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70e anniversaire

 

L’épopée

de l’Alcázar de Tolède

 

(21 juillet – 27 septembre 1936)

 

 

 

par Julio Melones Espolio

 

 

 

Il y a 70 ans la croisade espagnole contre le bolchevisme connaissait son épisode le plus fameux : l’épopée de l’Alcázar de Tolède. Pendant 70 jours, 1 777 personnes, dont 500 femmes et enfants, ont subi un siège terrible, tant au plan physique que psy­chologique. L’héroïsme dont ils firent preuve – qui fut admiré du monde entier – et la victoire sur un ennemi bien supérieur en nombre et en armement ne peuvent s’expliquer sans la foi et la prière qui valurent aux assiégés les secours du Ciel.

Aujourd’hui, la situation de la Tradition n’est pas sans analogie avec ce haut fait : les vrais fidèles de l’Église catholique sont comme assiégés par un ennemi bien supérieur en nombre, qui les soumet à toutes sortes de pressions psychologiques et même physiques pour leur faire abandonner la foi de leurs pères. Dans les deux cas, on ne sait pas combien de temps durera le siège. Cependant, les catholiques d’aujourd’hui bénéficient d’un avantage : les assiégés de l’Alcázar ne pouvaient être absolument sûrs de la victoire des armées nationalistes, tandis que nous sommes assurés par promesse divine que les forces de l’enfer ne pourront détruire la sainte Tradition.

Sans doute, même vaincus, les héros de l’Alcázar auraient triomphé de leurs ennemis en s’envolant vers le ciel, comme des milliers de leurs contemporains [1]. Mais ils n’auraient pas été une image de la situation actuelle. En effet, nous sommes assurés qu’après la crise actuelle – dont nous ne connaissons pas la durée – la Tradition triomphera et reprendra sa place dans la sainte Église de Dieu. Plus encore qu’il y a 70 ans, nous pouvons dire en toute sécurité : résister, c’est vaincre [2].

Le Sel de la terre.

 

*

 

L’

épisode le plus remarquable de la croisade espagnole [3],   celui qui synthétise de façon emblématique la nature religieuse et   militaire de ce combat, est sans aucun doute l’héroïque résistance de l’Alcázar de Tolède durant soixante-dix jours, face à une attaque venant de tous les côtés à la fois – puisque les forces révolutionnaires attaquèrent tant par les airs que par les sous-sols, usant de toutes les armes, depuis l’artillerie lourde jusqu’à la pression psychologique. Ces mêmes révolutionnaires allèrent jusqu’à déclarer solennellement que la prise de l’Alcázar était chose faite, et furent complètement discrédités et ridiculisés lorsque la forteresse fut libérée.

Sise au sommet de la colline où s’étend la ville de Tolède, l’impressionnante masse de l’Alcázar, avec ses quatre tours dont les flèches se dressent vers le ciel, est tout un symbole de la défense de la civilisation chrétienne face à la barbarie révolutionnaire du monde moderne. Et c’est justement ce caractère de défense ultime de la religion et de la patrie, cette alliance de la croix et de l’épée contre les forces du mal que nous allons essayer de mettre en relief dans ce récit d’un acte héroïque et historique accompli il y a maintenant soixante-dix ans.

 

 

Tolède, capitale religieuse de l’Espagne

 

La situation géographique de Tolède, enclavée en plein cœur des provinces hispaniques, située sur un promontoire stratégique, entourée d’un fleuve de grand débit (le Tage) et point de rencontre de plusieurs routes, encouragea les Romains à faire de cette antique cité celtibère le centre d’un « conventus » juridi­que au sein de la province romaine de Carthagène. Le christianisme s’enracina dans le « Toletum » romain et dès l’an 300 il bénéficiait d’un épiscopat propre et donnait ses martyrs (comme sainte Leocadia) lors de la persécution païenne.

Tolède atteignit son authentique rôle historique lors de la monarchie visigo­tique, en se muant, à la fin du VIe siècle, en ville royale (urbs regia) sous le règne de Léovigild. En 589, un fait historique capital orienta définitivement l’Espagne : au cours du IIIe concile de Tolède, le monarque visigotique Reccared abjura l’arianisme et se convertit au catholicisme. A partir de ce moment et jusqu’à l’invasion musulmane (711), quinze autres conciles se réuniront à To­lède, célèbres tant pour les professions de foi qui y seront prononcées que pour les normes disciplinaires qui y seront établies [4].

 

Tolède fut élevée au rang d’archevêché, et compta de saints évêques comme saint Eugène (646-657), saint Ildefonse (657-667) et saint Julien (680-690). A partir du XIIe concile (681), on reconnut à l’archevêque de Tolède le droit d’intervenir dans l’élection et la consécration des prélats espagnols ; il obtint ainsi le titre de primat du royaume.

Tolède est reconquise sur les musulmans en 1085. Le clunisien Bernard, élu archevêque, encourage, depuis le siège épiscopal, la réforme liturgique grégo­rienne. Bien que la Cour soit itinérante durant la reconquête, les monarques castillans résident souvent à l’Alcázar de Tolède, dont le premier alcade (maire), après la libération de la ville des mains des Maures, se trouve être le Cid Campeador en personne.

Au XVIe siècle, Tolède acquiert le titre de « ville impériale » lors de la rési­dence de Charles Quint dans la cité. Ce fut lui qui agrandit l’Alcázar. Sous le règne de Philippe II (1561), « seule Madrid est ville royale » et Tolède perdra progressivement son pouvoir civil, se distinguant seulement par son caractère de ville archiépiscopale où se trouve le siège du primat d’Espagne. Son prestige ecclésiastique se maintiendra jusqu’au XXe siècle, malgré les révoltes libérales qui diminuèrent le patrimoine de l’archevêché et rognèrent le territoire de sa province ecclésiastique. De son côté, l’édifice royal de l’Alcázar fut transformé en école militaire (infanterie) en 1846.

Cette histoire à la fois religieuse et militaire explique les accents dramatiques qui résonnèrent lors de l’avènement de la IIe République (avril 1931), quand le cardinal Segura, archevêque de Tolède fut contraint à  l’exil par les vexations des politiciens républicains.

 

 

La IIe République et son processus révolutionnaire croissant

 

Profitant de la confusion provoquée par l’élection de candidats républicains dans des grandes villes comme Madrid et Barcelone, la IIe République fut pro­clamée le 14 avril 1931.

Malgré sa neutralité lors du processus de changement politique, l’Église en fut la première victime. Dès le mois suivant, les incendies de couvents commen­cèrent à Madrid et à Barcelone, souvent avec la complicité de membres du gou­vernement [5]. La seconde victime du nouveau régime fut l’armée.

A part quelques parenthèses, l’escalade de la violence se développa alors peu à peu, accompagnée de désordres publics de tout genre au cours desquels les personnes et les institutions religieuses subirent fréquemment le pire. Les divers gouvernements républicains, à forte empreinte maçonnique et anticléri­cale, favorisaient en outre le renforcement de la gauche marxiste et anarchiste. Un des sommets de cette vague de violence fut la Révolution des Asturies [6], en octobre 1934 ; celle-ci ne put être éteinte que par l’intervention des forces mili­taires d’élite, la Légion espagnole.

Le triomphe du Frente Popular en février 1936, lors d’élections plus que dou­teuses, déclencha une nouvelle offensive révolutionnaire, plus violente, et favo­risée effrontément par le nouveau gouvernement. En de nombreuses occasions, le chef de l’opposition monarchique, don José Calvo Sotelo, prononça de coura­geuses plaidoiries devant les Cortes à propos de la situation chaotique de l’Espagne depuis le triomphe du Frente Popular [7]. Pour toute réponse, il ne reçut que des menaces, lesquelles se concrétisèrent lors d’un véritable assassinat organisé depuis les sommets du pouvoir et perpétré par la police républicaine elle-même, à l’aube du 13 juillet 1936. Sa mort fut le détonateur qui mit le feu aux soulèvements civils et militaires des 17 et 18 juillet et qui acheva de décider à agir contre le Frente Popular ceux qui, comme le général Franco [8], espéraient encore que le gouvernement en place se redresserait.

 

 

Le colonel Moscardó déclare

l’état de guerre à Tolède

 

Bien que la majorité de Tolède eût voté en faveur de la droite, il existait dans la ville des éléments de gauche très actifs qui étaient à l’origine d’affrontements avec les cadets et la garde civile.

 

Dans le reste de la pro­vince, la gauche jouissait d’une certaine prédomi­nance grâce, surtout, aux organisations syndicalistes paysannes d’inspiration marxiste et anarchiste.

L’École Militaire et la Escuela Central de Gimna­sia (située à côté de l’Alcázar) avaient fermé leurs portes avec l’arrivée de l’été. Leur personnel enseignant et la troupe se trouvaient en effectifs ré­duits à cause des permis­sions. Don José Moscardó Ituarte, colonel directeur de la Escuela Central de Gimnasia exerçait le rôle de commandant provisoire de la place en juillet 1936. Profitant de démarches officielles, Moscardó se rendit à Madrid le 18 juillet et constata l’ambiance révolutionnaire de la capitale, avec la présence de miliciens gauchistes nouvel­lement armés par le gouvernement du Frente Popular.

Revenu à Tolède, il convoque les principaux chefs et officiers qui se trouvent dans la place. Ils décident de s’unir au soulèvement national et concentrent leurs effectifs armés dans l’Alcázar et dans l’édifice proche du gouvernement mili­taire avec une communication directe et souterraine avec l’Alcázar.

Pour les membres du Frente Popular de Madrid, Tolède, dont la garnison peu importante était encore diminuée par la période estivale, ne semblait pas être un problème sérieux. Une fois résolues les difficultés de la capitale espa­gnole, l’éventuelle résistance de Tolède disparaîtrait. Conscient de sa faiblesse numérique et du danger qu’entraine la proximité de Madrid (à 70 kilomètres seulement), Moscardó décide de ne pas annoncer officiellement sa prise de parti avant d’avoir réuni les effectifs de la garde civile dispersés dans la province de Tolède (environ 300 hommes avec leurs familles respectives). La garde civile de la ville de Tolède s’était déjà réunie à l’Alcázar, ainsi qu’environ 120 civils ré­servistes dont la moitié appartenait à la Phalange espagnole.

Les 19 et 20 juillet se déclenche une « guerre téléphonique » : depuis les dif­férentes instances du ministère de la Guerre, on insiste auprès de Moscardó pour qu’il envoie à Madrid l’armement de l’Alcázar et, surtout, celui de l’usine d’armement, située extra-muros, car les troupes du Frente Popular veulent en finir avec la résistance du général Fanjul au sein de la caserne madrilène de la Montaña. Moscardó répond évasivement et s’emploie à gagner du temps en attendant les forces de la garde civile.

Le 21 juillet, sans plus attendre, Moscardó proclame l’état de guerre. D’un pas solennel et martial, une compagnie précédée de clairons et tambours ré­pand la proclamation dans la cité, tandis que les forces consignées occupent les points-clés de la ville, principalement les voies d’accès, car les premiers contin­gents de la garde civile de la province de Tolède commencent à arriver. A qua­tre heures de l’après-midi, les soldats postés à l’hôpital de Tavera, située sur la route de Madrid, au nord de la ville, sous le commandement du commandant Villalba, aperçoient l’ennemi : la « colonne Riquelme [9] ». Les premiers affronte­ments armés commencent. Villalba offre une résistance acharnée avec une pe­tite centaine d’hommes. Cette résistance va être vitale, car elle permettra aux défenseurs d’obtenir les quelques 700 000 cartouches de l’usine d’armement et de les transporter à l’Alcázar ; elle permettra aussi l’incorporation de la quasi totalité des gardes provinciaux attendus.

 

 

Le siège de l’Alcázar commence

 

Le 22 juillet commence le premier bombardement aérien républicain sur l’Alcázar, causant seulement quelques dégâts aux chapiteaux des tours. Ce même jour, Moscardó donne ordre aux détachements de l’hôpital de Tavera et du couvent des Carmélites de se replier sur l’Alcázar, car ils sont encerclés par un ennemi très supérieur en nombre et leur résistance isolée n’a plus de sens ; ils effectuent alors un repli en bon ordre. Tous ces événements du 20 au 22 juillet vont déterminer l’évolution ultérieure du siège de l’Alcázar.

D’un côté, Moscardó, à la tête des militaires, des gardes civils et de la milice civile soulevés contre le Frente Popular s’installe solidement dans l’Alcázar et son périmètre défensif (lequel comprend les installations annexes de la Escuela Central de Gimnasia et les édifices du gouvernement militaire) formant un noyau militaire compact de 1 200 hommes [10] hautement qualifiés, avec de nom­breuses munitions et un moral élevé.

De l’autre côté, les forces républicaines et du Frente Popular, opposées au soulèvement national, réussissent à prendre possession du reste de la capitale provinciale et de toute la province de Tolède ; ils ont en outre triomphé à Madrid, écrasant le 20 juillet les dernières forces résistant encore dans la caserne de la Montaña et ils sont parvenus à freiner à Guadarrama l’avance nationaliste venant des provinces du nord [11]. Au sud, l’enclave nationaliste la plus proche se trouve à Séville (environ 400 km de Tolède), et les forces du général Queipo de Llano ont là-bas assez à faire pour dominer la province et secourir les autres enclaves nationalistes andalouses (Cordoue et Grenade principalement).

Les défenseurs de l’Alcázar ne peuvent donc espérer un secours rapide mais doivent, en revanche, compter avec un ennemi nombreux et bien équipé qui a le temps pour lui puisque les assiégés n’ont qu’une semaine de vivres. Les éventuels avantages tactiques des assiégés sont ainsi nettement relativisés par leur difficile situation stratégique : complètement isolés du reste des forces na­tionalistes, ils manquent de ressources pour soutenir un siège prolongé.

La résistance tenace et héroïque des défenseurs de l’Alcázar face à leur puis­sant ennemi, ne peut s’expliquer que par un facteur spirituel, de nature reli­gieuse, qui leur fit voir leur cause non comme un simple engagement politique, mais comme la défense extrême de quelque chose de supérieur et sublime : la civilisation chrétienne. Les assiégés, en général, étaient des chrétiens croyants dont la foi ira en augmentant à mesure que les difficultés du siège croîtront. Leur chef, le colonel Moscardó, connut le 23 juillet une dure épreuve morale qui mit encore plus en évidence son caractère héroïque. Un des petits chefs locaux de la milice marxiste espérait obtenir par chantage la reddition de l’Alcázar en échange de la vie de Luis Moscardo, fils du colonel, qu’il avait fait prisonnier. Lors de la conversation téléphonique, le colonel refusa catégoriquement. Il de­manda à son fils de recommander son âme à Dieu et de mourir en criant : « Vive le Christ-Roi ! Vive l’Espagne [12] ». Et au petit chef qui tentait de l’intimider, il répondit qu’il était inutile d’attendre la fin du délai qu’il lui avait donné pour se rendre, car l’Alcázar ne se rendrait jamais [13].

La divine Providence s’employa rapidement à soutenir les réfugiés de l’Alcázar. Le problème le plus immédiat, l’alimentation, fut résolu d’abord par la découverte d’un entrepôt abandonné à proximité de l’Alcázar « la maison du blé », fin juillet ou dans les premiers jours d’août ; ils purent en extraire trente tonnes de blé.

Fin juillet, Riquelme, qui avait fixé le périmètre du siège, fut remplacé par le colonel Alvarez Loque. Les rivalités entre forces révolutionnaires de diverses tendances favorisèrent les défenseurs de l’Alcázar durant le mois de juillet et le début d’août, mais non la population civile de Tolède qui fut l’objet de vols et d’assassinats perpétrés principalement par les anarchistes. Une centaine de religieux furent martyrisés à Tolède [14], tandis que le gouverneur civil républi­cain participait à une mascarade sacrilège, revêtu des habits de l’archevêque et entouré d’acolytes également déguisés avec des habits sacerdotaux.

 

 

Le nœud se resserre

 

Quelques attaques aériennes avaient déjà été menées en juillet, pratique­ment sans conséquences. Elles s’intensifient à partir du 8 août, endommageant certaines redoutes extérieures de la défense, sans affecter la masse même de l’Alcázar. Le 22, l’attaque aérienne lance de l’essence, mais l’incendie souhaité ne se produit pas car les bombes manquent les bidons d’essence lancés aupara­vant. Le jour suivant, l’aviation républicaine renouvelle la manœuvre mais une des bombes tombe sur une barricade des assaillants, provoquant 8 morts et 36 blessés chez les républicains [15]. D’autres attaques aériennes auront des consé­quences similaires et l’on décide de suspendre les incursions aériennes à partir du 7 septembre [16].

L’action de l’artillerie durant le mois d’août va se caractériser par une puis­sance et une précision croissantes. Durant la première quinzaine d’août, le feu de l’artillerie frappe durement les défenses extérieures, éprouvant le moral des défenseurs (18 désertions se produisent). Durant la seconde quinzaine, la façade nord de l’Alcázar tombe sur elle-même, protégeant curieusement les caves de l’édifice et offrant depuis les ruines des positions de feu dominantes, meilleures peut-être que depuis les fenêtres avant leur destruction. Aussi, durant cette deuxième quinzaine, commence la construction d’un tunnel destiné à faire sauter l’Alcázar depuis ses fondations ; le souterrain est cependant découvert par les défenseurs de l’Alcázar, et son entrée, qui se trouvait dans une maison proche, est incendiée.

La guerre psychologique est aussi redoutable : depuis fin juillet, la presse et la radio républicaines donnent la redoute de l’Alcázar pour pratiquement tom­bée affirmant que les réfugiés viennent peu à peu se rendre, sous la pression du siège. La radio des défenseurs capte ces nouvelles, mais elle manque de la puis­sance suffisante pour émettre un message contradictoire et rétablir la vérité. Le capitaine Alba est alors envoyé comme messager avec mission de contacter les colonnes du général Mola à Avila pour lui transmettre la situation exacte des assiégés ; mais le messager est capturé et fusillé.

Ne pouvant communiquer avec la zone nationaliste extérieure, les défen­seurs s’encouragent mutuellement en rédigeant et lisant un journal interne à l’Alcázar (appelé : « El Alcázar »). Ils se recommandent surtout à Dieu,  et sa Pro­vidence vient à leur secours de la même manière que pour l’approvisionnement en vivres. Le 22 août, un avion nationaliste fait parvenir un message du général Franco en personne, indiquant que ses colonnes vien­nent à leur secours ; l’aide ne venait donc pas des armées nationalistes du nord, ni de celles d’Andalousie, mais de l’armée d’Afrique qui, une fois surmontées les difficultés du passage du détroit, se trouvait alors à Navalmoral, à 150 km de Tolède [17].

Le 3 septembre, les nationalistes prennent Talavera de la Reina à 120 km de Madrid et à 95 de Tolède, tandis que le Frente Popular est déterminé à en finir avec l’Alcázar le plus tôt possible. Le temps commence à jouer contre les assié­geants [18]. Le général Asensio Torrado prend en main l’organisation du siège. Les tirs continuels des 20 pièces d’artillerie ont abattu les deux tours de la façade nord, ainsi que la façade sud entre les 6 et 8 septembre. Mais ces écroulements, comme nous l’avons déjà indiqué, favorisent les défenseurs, car les décombres forment un nouvel obstacle que les ennemis devront franchir en cas d’assaut final ; ils renforcent aussi la solidité des caves. Les assiégeants réalisent un nou­veau tunnel, dont l’entrée est plus éloignée de l’Alcázar que la première. Les bruits croissants provenant de cette nouvelle tentative sont entendus par les réfugiés qui savent qu’une colonne de secours vient les aider, mais craignent qu’elle n’arrive trop tard.

Pour démolir le moral des défenseurs de l’Alcázar, obstacle principal auquel se heurtent les assiégeants, ces derniers intensifient les pressions psychologi­ques. Ils utilisent pour cela le chef d’état-major Vicente Rojo, compagnon et ami de quelques-uns des assiégés. Le 9 septembre, il pénètre dans l’Alcázar pour demander la reddition, expliquant « techniquement » les limites de la résistance et offrant des garanties. La réponse du colonel Moscardó est très nette :

 

Commandant militaire de Tolède – informé des conditions présentées par le Co­mité de défense de Tolède, j’ai l’immense satisfaction de vous informer que du plus humble soldat jusqu’au chef qui y souscrit, tous refusent les dites conditions et conti­nueront à défendre l’Alcázar et la dignité de l’Espagne jusqu’au dernier moment – Tolède le 9 septembre 1936. [Un cachet officiel indique : Commandement militaire de Tolède] [19].

 

En prenant congé de Rojo, Moscardó ne demanda qu’une seule chose : la ve­nue d’un prêtre pour dire la messe [20].

Le 11 au matin, le chanoine de Madrid Enrique Vàzquez Camarosa se pré­senta, vêtu en civil. Il avait la permission de rester trois heures à l’Alcazar. Bien qu’il accomplît correctement son ministère – célébrant la messe, baptisant les enfants nés durant le siège et donnant l’absolution « sub conditione » (le temps manquait pour entendre individuellement les confessions) – il agit néanmoins d’une manière équivoque, dissimulant aux assiégés la persécution menée par les Républicains contre la sainte foi catholique [21], et insistant auprès du colonel pour qu’il ne retînt pas les femmes et les enfants. Une des femmes, représentant ses compagnes, dut intervenir pour affirmer leur volonté commune d’être en­terrées le moment venu avec leurs maris au sein des ruines de l’Alcázar. Les stratagèmes du chanoine ne firent que renforcer l’opinion que les défenseurs avaient de l’importance de leur situation.

 

 

L’« Ange de l’Alcázar »

 

Il n’y avait pas de prêtre parmi les réfugiés, mais un homme s’occupa continuellement de la santé spirituelle des assiégés. Il s’agit de Antonio Rivera Ramirez, un jeune homme de 20 ans, à ce moment-là président de la Jeunesse d’Action Catholique de Tolède. Le 20 juillet, il avait quitté le logis paternel pour s’unir aux défenseurs de l’Alcázar, où il se consacra entièrement à l’apostolat, soutenant la foi, donnant du courage et soignant les blessés. Il organisa des réunions, des cercles, et des actes publics de piété, il dirigea les méditations religieuses. De plus il s’imposa une dure ascèse de pénitence et de prière. Militairement, il fut destiné aux services sanitaires de première ligne, avec la charge de retirer les bles­sés et les morts des décombres. Il profita de cette tâche pour apporter un peu de secours et de réconfort religieux aux blessés qui expiraient dans ses bras. Le jeune Antonio gagna rapidement l’affectueux surnom de « l’Ange de l’Alcázar [22] ».

La piété de Antonio Rivera était bien représentative de l’ambiance qui ré­gnait dans l’Alcázar durant le siège. Tous les après-midi, deux chapelets étaient récités devant une image de l’Immaculée (patronne de l’Infanterie) auxquels se joignaient non seulement les femmes et les enfants mais aussi la troupe, les chefs et les officiers. Les jours qui coïncidaient avec une solennité mariale spéciale comme l’Assomption, la Nativité de la Vierge et Notre-Dame de la Merci, le rosaire perpétuel était récité : on établissait des tours toutes les demi-heures pour couvrir les vingt-quatre heures de la journée.

Cette élévation d’âme et cette confiance en la divine Providence ne doivent pas être négligée. Les assiégés vécurent dans des conditions extrêmes : rareté de la nourriture, situation sanitaire et hygiénique précaires [23], bombardements aériens, destruction des murs de la forteresse et même pressions psychologi­ques, mais il y eut toujours comme une force mystérieuse qui empêcha que le mal ou l’agression aillent jusqu’au bout, sauvant toujours les défenseurs éprou­vés de l’Alcázar. Nous allons le constater encore plus lors de la phase finale du siège.

 

 

La fin du siège

 

Le 18 septembre, les explosifs  placés dans le tunnel creusé par les assié­geants éclatèrent (5 tonnes de tnt). Le but espéré était la pulvérisation de l’édifice historique, mais ils ne réussirent qu’à faire voler en éclat la tour sud-ouest, causant la mort de cinq personnes – les assiégés, en prévision, s’étaient réfugiés dans les caves de la partie opposée.

Après l’explosion, c’est l’assaut : environ 4 000 hommes se lancent dans les ruines de l’Alcázar pour en finir avec cette résistance. Quelques 1 000 défen­seurs leur font face depuis les cachettes des ruines, avec une telle efficacité que l’assaut est victorieusement repoussé [24].

Face à l’échec de l’assaut, Asensio décide de détruire toutes les défenses exté­rieures grâce à un tir d’artillerie concentré, transformant ses canons en fusils. Moscardó ordonne le repli progressif des forces qui gardent le périmètre exté­rieur. Le gouvernement militaire est la dernière redoute extérieure qui soit encore capable de refouler un assaut dirigé spécialement contre elle ; l’ennemi concentre donc ses tirs sur ce qui reste de l’édifice. Moscardó décide d’évacuer ce lieu le 20 septembre, car la radio rudimentaire de l’Alcázar a capté la nouvelle de la présence proche des nationalistes. En effet, le 21 septembre, tandis que l’artillerie républicaine abat l’ultime tour de l’Alcázar (la tour sud-est), les na­tionalistes arrivent à Maqueda (43 km de Tolède) et Franco donne l’ordre au général Varela de secourir l’Alcázar. Ses défenseurs sont dans une situation critique : il n’y a plus que 800 hommes en état de combattre, et seulement 400 sont indemnes.

Le 22 septembre, on se rend compte depuis l’Alcázar qu’une partie de l’artillerie ennemie change de position. A mesure que le siège se desserre le moral se relève : les nationalistes sont presque aux portes de Tolède.

A partir de ce jour, les assiégeants sont sous le commandement du lieutenant colonel Burillo qui craint d’être pris entre deux feux, devant l’imparable avance des nationalistes. Il ordonne le lendemain un nouvel assaut, cette fois par la façade nord. Il est repoussé de nouveau par les défenseurs qui ont su transfor­mer le matériel des décombres en d’efficaces parapets.

Burillo met alors en place un nouveau plan épouvantable : brûler vifs tous les réfugiés de l’Alcázar. Profitant d’un collecteur d’égout, il improvise une nouvelle sape et y introduit 5 tonnes de tnt qui explosent le 27, à 6 heures du matin, faisant voler en éclat le coin nord-est, mais sans atteindre les fondements de la tour détruite. Burillo ordonne alors d’injecter 7 000 litres d’essence dans les ruines. Mais lorsque 6 000 litres ont été versés, et avant qu’ils aient pénétré dans les caves, un des défenseurs lance une grenade qui enflamme l’essence. Les flammes s’étendent en une traînée et atteignent les camions citernes. Ceux-ci et les hommes présents sont pris dans un incendie vorace qui manque de peu de s’étendre à Tolède. Le nuage de fumée qui se forme devant les ruines de l’Alcázar favorise les défenseurs qui en profitent pour réunir plus d’éléments de combat afin de repousser les assauts républicains à venir.

A 10h 30 du matin, les forces nationalistes coupent la route de Madrid et avancent vers la Porte de Bisagra, au nord de la ville. Les républicains voyant leur communication coupée avec Madrid, fuient en désordre, non sans rece-voir un chaleureux « au revoir » tiré depuis les ruines de l’Alcázar ; plusieurs sont ainsi abattus dans leur fuite vers le pont d’Alcántara, au sud de la ville.

Dans l’après-midi, les premières forces nationalistes arrivent au secours de l’Alcázar, reçues avec enthousiasme par les défenseurs épuisés. Le lendemain, à 10 h. du matin, le général Varela pénètre officiellement dans l’Alcázar salué laconiquement par le colonel Moscardó par son célèbre : « Rien de nouveau à l’Alcázar, mon Général [25] ! »

Le 29 septembre, fête de saint Michel Archange, le général Franco, qui deux jours plus tard sera proclamé officiellement à Burgos généralissime et chef de l’Espagne, arrive dans les ruines de la vieille école d’infanterie et remet la croix de l’ordre de Saint-Ferdinand au colonel Moscardó, et à titre collectif à tous les défenseurs [26].

 

 

Épilogue

 

L’Alcázar de Tolède est devenu le plus grand épisode de la croisade espa­gnole. Cette résistance poussée jusqu’à ses ultimes limites créa une ambiance de confiance en la victoire finale, agissant comme cause exemplaire et établissant l’archétype propre de l’armée nationaliste, la limite du courage et du sacrifice exigibles. L’épopée de l’Alcázar marque le chemin sûr, ferme et éprouvé vers la victoire : si cela a pu être fait, tout le reste pourra l’être, et si l’ennemi a échoué malgré ses efforts, il échouera aussi dans le futur.

Mais de plus, l’épopée de l’Alcázar est une leçon qui transcende le temps et l’espace. Elle acquiert des dimensions universelles, spécialement applicables à l’heure actuelle, pour que nous continuions encore à défendre la civilisation chrétienne au milieu des ténèbres et de la confusion du monde moderne. Les forces du mal ont pénétré au sein même du sanctuaire, mais l’épopée de l’Alcázar nous transmet un enseignement catégorique et convaincant : résister c’est vaincre.


[1] — En Andalousie, à Notre-Dame de la Cabeza, un épisode semblable se termina de ma­nière plus tragique. En août 1936, 1 135 personnes (270 combattants et 865 hommes, femmes et enfants non combattants) se réfugièrent dans un sanctuaire de la Vierge située sur une montagne près de Andújar (Jaén). Commandés par le capitaine Cortés, ils tinrent un siège de huit mois, tandis que les armées nationalistes ne pouvaient les aider qu’en leur larguant par avion quelques provisions. Ils finirent par tomber aux mains de leurs ennemis. Nul doute que la Vierge, chez laquelle ils s’étaient réfugiés, ne les a introduits auprès de son Fils. 

[2] — Sur la croisade espagnole, nous recommandons les numéros spéciaux publiés par la revue Lecture et Tradition : nº 269-270 (72 p., 5,35 E), nº 271 (72 p., 5,35 E) et nº 329-330 (« Du nouveau sur la guerre d’Espagne » (64 p., 5 E). Adresse : Lecture et Tradition, B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil.

[3] — L’historiographie a coutume de nommer « Guerre Civile Espagnole » ce combat qui ensanglanta le territoire espagnol entre le 18 juillet 1836 et le 1er avril 1939. Nous préférons utiliser le terme de « Croisade Espagnole » à cause de son caractère profondément religieux, comme le fait apparaître la Lettre collective de l’Épiscopat espagnol du 1er juillet 1937.

[4] — Le plus célèbre d’entre eux fut le IVe concile de Tolède (633) présidé par saint Isidore de Séville. On y promulgua le code liturgique et canonique de toute l’église visigotique, servant de modèle à l’unification postérieure du droit civil, « le Fuego Juzgo », qui appli­quait aux occupants goths les mêmes règles juridiques qu’aux hispano-romains soumis.

[5] — Célèbre est la phrase du républicain Azaña : « Toutes les églises d’Espagne ne valent pas la vie d’un seul républicain. »

[6] — « Il y eut des curés de village, qui après avoir été maltraités sans aucune compas­sion, furent tués et leurs corps pendus dans des boucheries avec une étiquette annonçant : “Viande de porc.” On raconte que des paysannes furent violées et tuées pour avoir été pra­tiquantes… 956 édifices et 66 ponts furent détruits. A Oviedo on fit exploser la cathédrale ; l’université fut pillée avec sa bibliothèque riche de 80 000 volumes et ses tableaux de Zurba­ran et Ribera… En un mot, ce fut une catastrophe sans nom. » (Faustino Moreno Villalba, Franco, héroe cristiano en la guerra, Madrid, 1985, p. 60).

[7] — « Résumé des faits arrivés en Espagne du 16 février au 2 avril  1936. Attaques et des­tructions de centres politiques : 58 ; d’établissements publics : 72 ; de domiciles particuliers : 33 ; d’églises : 36 ; total 199. — Incendies de centres politiques : 12 ; d’établissements publics : 45 ; de domiciles particuliers : 15 ; d’églises : 106 (dont 56 totalement détruites) ; total 178. — Résumé des faits arrivés en Espagne du 1er avril au 4 mai 1936 : morts : 47 ; blessés : 216 ; grèves : 38 ; bombes : 53 ; incendies : 52 (églises pour la plupart) ; attaques, attentats, sacs : 99. (Carlos de Meer, Generalisimo. La era de Franco y sus empresas, Madrid, 1996, p. 570-571).

[8] — « […] Avec une grande indignation, mon cousin affirma que l’on ne pouvait pas attendre davantage et qu’il perdait tout espoir de voir le gouvernement changer de conduite en le voyant commettre un tel crime d’État : assassiner traîtreusement un député de la nation en employant pour cela la force de l’ordre public. La décision de Franco était définitive et irréversible. Je n’en ai jamais douté et je peux affirmer que je sentais que plus tôt il se soulèverait contre le gouvernement du Frente Popular, mieux ce serait, car nous risquions que les communistes nous prennent de vitesse et emportent l’avantage et l’initiative. Ce crime horrible justifiait pleinement les débuts du mouvement militaire. » (Francisco Franco Salgado, Mi vida junto a Franco, Barcelona, 1977, p. 150).

[9] — « Unidad Militar » sous les ordres du général Riquelme, composé d’environ 2 400 hommes dont 1 500 étaient des miliciens anarchistes.

[10] — Selon le récit du livre du commandant Martinez Leal intitulé El Asedio del Alcázar de Toledo, repris par Casas de la Vega Rafael, El Alcázar, Madrid, 1976, p. 363. La distribution des assiégés était la suivante : chefs et officiers : 136 ; sous-officiers : 103 ; cadets : 9 ; hommes de troupe : 190 ; gardes civils : 653 ; milice civile : 120 ; hommes non combattants : 75 ; religieuses : 5 ; femmes : 271 ; enfants 215 ; total : 1 777.

[11] — Le plan initial du général Mola était de faire converger quatre colonnes sur Madrid (la sienne depuis la Navarre et celles des généraux Cabanellas, Dávila et Saliquet depuis Zaragoza, Burgos et Valladolid) pour venir secourir les partisans du soulèvement national dans la capitale. Le triomphe de la révolution en Catalogne, pays Basque et Asturies ainsi que la précipitation des événements à Madrid, détruisit le plan initial.

[12] — Luis Moscardó mourra assassiné avec d’autres personnes le 23 août 1936.

[13] — Ce fait héroïque a été mis en doute en 1957 par l’historien américain Herbert Matthews, suivi par tous les historiens gauchistes. Il dut cependant ensuite reconnaître s’être trompé. La conversation téléphonique a eu plusieurs témoins tant du côté de l’Alcazar que du côté républicain. Leurs témoignages ont été réunis en 1997 par Bullon de Mendoza et Togores dans un ouvrage intitulé El Alcázar de Toledo. Final de una Polémica.

[14] — « Dans le diocèse de Tolède, 286 membres du clergé séculier moururent des mains des milices irrégulières, soit 47% des clercs incardinés dans le diocèse. » (Casas de la Vega, Rafael, p. 146).

[15] — Dans la nuit du 23 août, suite à la colère due au manque de précision de leur propre aviation, les miliciens fusillèrent 70 prisonniers, parmi lesquels Luis Moscardó (fils du colonel) et le doyen de la cathédrale.

[16] — Les républicains utilisèrent aussi des armes chimiques lors d’une attaque aérienne qui toucha aussi bien les assiégés que leurs assiégeants, mais ne causa que quelques désagréments physiques sans grandes conséquences.

[17] — Francisco Franco avait au début manifesté des réticences quant à l’éventualité d’un soulèvement militaire. Après l’assassinat de Calvo Sotelo il se montra totalement favorable à celui-ci, allant jusqu’à en devenir le principal artisan, et renversant la situation initialement défavorable aux insurgés. Il créa le premier pont aérien de l’histoire pour transporter ses troupes depuis l’Afrique, et, avec de faibles moyens navals, rompit le blocus ennemi par « El Convoy de la Victoria ». Il acheva ainsi le transport de ses unités avec lesquelles il prit rapidement Mérida et Badajoz, unissant ainsi les deux zones nationalistes par l’Extremadure.

[18] — « Et le problème de l’Alcázar cessait d’être moral et objet de propagande pour devenir stratégique, ainsi que le signalait l’histoire communiste de la guerre. Sa persistance face à une arrière-garde chaque fois plus proche du front affaiblissait sérieusement les troupes ; à l’inverse, écraser Moscardo permettrait de libérer quelques 4 000 hommes qui seraient très utiles pour affronter les colonnes de Yaguë » Moa Pio, Los Mitos de la Guerra Civil, Madrid, 2004, p. 262).

[19] — « La Epopeya del Alcazar de Toledo », Risco Alberto (S.J.), Toledo, 1967, p. 131.

[20] — Il n’y avait aucun prêtre avec les assiégés. Seules cinq sœurs de la Charité étaient avec eux exerçant leur métier d’infirmières. Cette abstention du clergé de Tolède n’empêcha pas les hordes révolutionnaires d’assassiner sans pitié une centaine de ses membres.

[21] — Il dit que les églises de Madrid étaient sous scellés et respectées, il cacha que celles-ci avaient été incendiées et que de nombreux prêtres et personnes dévotes avaient été emprisonnées et assassinées. Il cacha aussi d’abord les coups de fusil tirés (début août) contre l’image du Sacré-Cœur de Jésus au Cerro de Los Angeles, puis la destruction complète de cette image (acte qualifié de « sacrilège caractérisé » par le cardinal Goma).

[22] — « Le 18 septembre, une grenade à main déchira le bras gauche de Antonio Rivera. Il fut amputé sans d’autres secours et anesthésie que le crucifix et le chapelet qu’il serrait dans sa main droite. Il disait à ses compagnons : “Tirez, mais tirez sans haine.” Quand il mourut suite à ses blessures reçues lors du siège, ses dernières paroles furent : « Viva el Cristo Rey ! ». L’histoire le connaît sous le nom de “l’Ange de l’Alcázar”. En 1962, l’Église commença des démarches pour qu’il soit béatifié. » (Franco, Héroe cristiano en la guerra, Moreno Villalba, Faustino, Madrid, 1985, p. 96).

[23] — Il y avait dans l’Alcázar, au moment du siège, quatre médecins (trois militaires et un civil), dont aucun n’était chirurgien. Ils soignèrent malgré tout les quelques 600 blessés dont 400 grièvement atteints. Ils participèrent aussi à trois accouchements. Tout ceci se passa dans les caves éclairées par des bougies de graisse de cheval et sans aucun matériel chirurgical adéquat. Dans ce si pénible travail ils étaient aidés par deux préparateurs en pharmacie, deux infirmiers et les cinq sœurs de la charité. La Providence divine manifesta aussi son assistance en protégeant la santé des réfugiés : dans ces circonstances si peu favorables à l’hygiène, il n’y eut absolument aucune épidémie ni maladie parmi eux.

[24] — « La République espagnole demeura silencieuse face au monde entier représenté par les correspondants et cinéastes de guerre. Elle avait non seulement fait éclater une puissante charge explosive sous des centaines de personnes parmi lesquelles se trouvaient beaucoup de non-combattants, mais aussi employé des milliers d’hommes pour tenter l’occupation de la ruine, sans jamais y parvenir. A la cruauté que suppose le mépris de vies innocentes s’était ajouté l’incapacité des assaillants. Le monde entier était témoin de l’échec. Beaucoup de correspondants s’étaient auparavant faits complices d’une fausse nouvelle qui avait rempli les colonnes des journaux certains annonçant même en titre : L’Occupation de l’Alcázar » (Rafael Casas de la Vega, Ibid., p. 298).

[25] — Par ce salut d’ordonnance, propre à l’armée espagnole (équivalent au « Rien à signaler » français), Moscardó voulait signifier qu’il ne se considérait pas comme un héros, mais comme un soldat qui avait simplement accompli son devoir.

[26] — « La libération de l’Alcázar – confessa Franco enthousiasmé – est ce que j’ai le plus ardemment souhaité de toute ma vie. Maintenant la guerre est gagnée. » (Faustino Moreno Villalba, Ibid., p. 97).

Informations

L'auteur

Julio Melones Espolio collabore depuis de nombreuses années à la revue Le Sel de la Terre dans la rubrique « Civilisation chrétienne ». Ses articles se distinguent par une étude attentive des grands chefs-d’œuvre de la peinture religieuse espagnole et européenne, qu’il éclaire à la lumière de la doctrine catholique et de l’histoire de la Chrétienté.

Parmi ses contributions figurent des analyses sur des oeuvres d'art telles que Le retable de saint Thomas d’Aquin (œuvre de Pedro Berruguete), Le Christ aux outrages de Fra Angelico, La Dernière Cène de Juan de Juanes, L’Adoration des Mages de Frère Jean-Baptiste Maíno, La prédication de saint Vincent Ferrier d’Alonso Cano. Il a aussi écrit sur des thèmes historiques, tel l’épopée de l’Alcazar de Tolède, ou les institutions créées par Isabelle de Castille ou encore sur des sujets plus directement théologiques, comme Dominique Banez et les controverses sur la grâce.

Ces études rappellent comment l’art véritable, au service de la foi, exprime la grandeur de Dieu et la sainteté de l’Église. Julio Melones Espolio met ainsi en valeur la civilisation chrétienne dans son expression la plus haute, particulièrement dans la tradition espagnole marquée par la Reconquête et la Contre-Réforme.

Ses écrits invitent le lecteur à contempler la beauté sensible ordonnée à la vérité surnaturelle, conformément à l’enseignement constant de l’Église.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 58

p. 166-180

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