L’acédie
Quand le « cafard » devient péché
par Agnès Delacroix
Il ne nous est pas seulement imposé de vivre de Dieu et de l’aimer, mais d’avoir notre joie en lui, en sorte que le sentiment opposé […] est, de sa nature, un sentiment qui donne la mort.
R.P. Héris, O.P. [1]
UNE AMUSANTE NOUVELLE [2] nous dépeint l’enfer mobilisé pour faire tomber un honnête chrétien. Dans la simplicité de son âme, celui-ci déjoue un à un tous les pièges, jusqu’au jour où Lucifer, furieux des échecs répétés de ses démons, décide de prendre lui-même l’affaire en mains. Dans son langage d’ange déchu, il adresse à ses troupes une semonce mémorable :
Qui est-ce qui lui avait foutu des incapables pareils ? Tout juste bons à utiliser le catéchisme le plus élémentaire pour imaginer des chausse-trapes ! Les sept péchés capitaux, voilà tout ! Et la théologie historique, ils la connaissaient la théologie historique ? Ils n’avaient pas eu un peu l’idée d’aller piocher l’inspiration du côté du Moyen Age, où les hommes s’y entendaient à recenser les fautes graves pour tâcher de n’y point tomber ? Non, bien sûr ! L’acédie, par exemple, ils n’y avaient pas pensé à l’acédie ? […] Ah, l’acédie, le plus terrible des péchés peut-être. […] Complètement tombé dans l’oubli. […] L’acédie ! Autrement dit la tristesse, le chagrin, l’ennui, l’indifférence, l’abattement, la morosité, le dégoût, la mélancolie, l’inquiétude, le tracas, la désespérance, le spleen, le cafard, le noir, le blues, le buis, le mouron, le bourdon quoi… Tout cela en un seul mot ! Qui est-ce qui le savait aujourd’hui que l’acédie était un péché grave ? Personne en vérité. Voilà donc par où attaquer une âme rebelle ! Voilà ce qu’il fallait pour la faire choir !
Notre héros échappera de justesse à cette ruse infernale, mais, par ailleurs, il semble bien que cette leçon démoniaque ait porté ses fruits. La simple observation montre en effet que ce vice est très présent aujourd’hui, et ce d’autant plus qu’il est plus méconnu [3]. Un spécialiste de la question a pu écrire : « L’acédie est le démon de notre époque [4]. »
L’objectif de la présente étude est de faire connaître ce péché d’acédie, ennemi redoutable de la vie spirituelle, autrefois recensé parmi les péchés capitaux. Ainsi démasqué ce vice sera plus aisément vaincu. Et puisque c’est la tradition monastique, qui, dès les premiers siècles de l’Église, s’est intéressée à l’acédie, nous nous mettrons à l’école des grands maîtres spirituels qui ont su l’identifier, la définir, la décrire. Les plus prolixes sur ce sujet sont les Pères du désert [5], parmi lesquels Jean Cassien, Évagre le Pontique, saint Jean Climaque, dont l’enseignement plein de réalisme et de psychologie a été repris et systématisé au Moyen Age, principalement par saint Thomas d’Aquin.
Après une première ébauche de la notion d’acédie (I), nous étudierons les définitions qu’en donnent saint Thomas d’Aquin (II) et Évagre le Pontique (III), puis nous décrirons les manifestations de cette maladie de l’âme (IV) et les remèdes qu’on peut lui opposer (V), avant de rapprocher l’acédie d’un certain nombre de notions connexes (VI).
Première approche
A première vue l’acédie semble une nébuleuse dont on peine à préciser les contours. Aussi n’est-il pas inutile, pour commencer, de donner une première description qui fera mieux comprendre ensuite de quoi nous traitons.
Sous la plume de Cassien [6], nous trouvons un tableau très pittoresque du moine en proie à l’acédie. Quoiqu’un peu long, ce texte constitue une bonne introduction à une définition plus théologique de ce vice [7]. Nous soulignons au fur et à mesure les mots-clés qui nous aideront ensuite à mieux cerner cette notion.
En sixième lieu nous avons à combattre ce que les Grecs appellent l’acédia et que nous pouvons nommer le dégoût ou l’anxiété du cœur [tædium sive anxietatem cordis]. Voisin de la tristesse, cet adversaire éprouve surtout les solitaires, attaque plus souvent et plus durement ceux qui demeurent dans le désert […]. Quand cette passion s’est une fois rendue maîtresse de l’âme d’un moine, elle engendre en lui de l’horreur pour le lieu où il demeure, du dégoût pour sa cellule, du mépris pour les frères qui vivent avec lui ou sont éloignés, qu’il considère comme négligents et peu spirituels. Elle le rend mou et sans courage pour tous les travaux qu’il a à faire à l’intérieur de sa cellule, l’empêchant d’y demeurer et de s’appliquer à la lecture. Il se lamente souvent de n’y faire aucun progrès spirituel aussi longtemps qu’il ne sera pas uni à telle communauté. Il s’afflige de rester ainsi sans aucun gain spirituel, inutile dans le lieu où il réside, lui qui, alors qu’il pourrait diriger les autres et leur être tellement utile, n’aura édifié et fait profiter personne de sa manière de vivre et de son enseignement ! Il fait grand cas des monastères éloignés, les décrivant comme bien plus propres au progrès et plus avantageux au salut : le commerce des frères qui y vivent, il le peint comme bien agréable et plus spirituel, tandis que tout ce qu’il a à la portée de la main est incommode, que les frères qui demeurent sur place ne sont nullement édifiants, et même que l’on a peine à y trouver de quoi vivre sans un labeur accablant. Finalement, il pense ne pouvoir assurer son salut s’il reste en ce lieu, s’il ne s’en va pas au plus tôt, abandonnant la cellule […]. Vers la cinquième ou sixième heure [8], il se figure être si las et avoir tant besoin de nourriture [9] qu’il semble s’être épuisé par un très long chemin ou un travail excessif ou avoir passé deux ou trois jours sans manger […]. L’esprit troublé et comme enténébré, il devient tellement oisif et incapable de toute activité spirituelle qu’il croit ne plus avoir d’autre remède pour sortir de cet accablement que la visite d’un frère ou le soulagement du sommeil. De même cette maladie lui suggère comme convenable et nécessaire d’aller saluer d’autres frères et de rendre visite à des malades même s’ils demeurent fort loin. […] Ne vaut-il pas mieux se dépenser à ces bonnes œuvres que de demeurer inutilement dans sa cellule, sans y faire aucun progrès ? Ainsi assaillie par les ruses de l’ennemi, la malheureuse âme pressée par l’esprit d’acédie comme sous les coups d’un bélier puissant est amenée soit à céder au sommeil, soit à quitter les limites de sa cellule et à rechercher dans la visite d’un frère un remède à sa tentation [10].
Cette page citée, une remarque s’impose.
Si l’acédie se trouve ainsi décrite dans le cadre de la vie monastique, elle n’est pas uniquement, loin s’en faut, une « maladie de moines ». Les auteurs que nous citerons l’ont, certes, étudiée dans le cadre de la vie monastique ou érémitique, mais les transpositions sont faciles à faire à la vie du monde et il importe de les effectuer, sous peine de passer à côté de l’actualité du sujet.
Dotés de la même nature humaine et de la même destinée surnaturelle que les religieux, les laïcs sont en effet sujets autant que leurs « grands frères », aux assauts de l’acédie, même si les déguisements dont celle-ci s’affuble dans le monde sont plus subtils. Comme le remarque finement le père Bunge :
Il n’y a qu’une vocation chrétienne. Laïcs et moines n’ont pas chacun une spiritualité qui leur serait propre, puisqu’ils ont, les uns et les autres, reçu le même Saint-Esprit au baptême. […] L’adversaire est le même pour tous, laïcs et moines quels que soient les déguisements qu’il emprunte. […] La victoire sur les puissances du mal ne peut être remportée que d’une seule et même façon, même si laïcs et moines ont, à première vue, recours à des moyens différents [11] .
Il importe de garder ces vérités à l’esprit en abordant les définitions de l’acédie.
L’acédie selon saint Thomas : une tristesse contraire à la charité
Saint Thomas réalise la synthèse des approches de ses prédécesseurs sur le sujet. Il a le grand mérite de donner une qualification théologique et morale à une notion jusqu’alors un peu confuse.
C’est dans son traité sur la charité, dans la Somme théologique, que le Docteur angélique étudie l’acédie en tant que vice s’opposant directement à la vertu de charité. Graduellement, il initie son lecteur à la découverte de ce vice et de sa gravité intrinsèque.
Une tristesse
A la suite de saint Jean Damascène, saint Thomas décrit l’acédie comme « une espèce de tristesse [12] ».
Qu’est-ce qu’une tristesse ? Il s’agit de « ce mouvement de dépression qui s’empare des puissances affectives lorsqu’elles se trouvent en présence d’un mal [13] » ou privées d’un bien.
Plus précisément l’acédie est : « Une tristesse accablante qui produit dans l’esprit de l’homme une dépression telle qu’il n’a plus envie de faire quoi que ce soit [14]. »
Une tristesse portant sur le bien divin
Toute tristesse n’est pas de l’acédie. L’acédie a un objet particulier : le bien divin, c’est-à-dire tout ce qui touche à Dieu de près ou de loin.
Ce bien divin, qui fait le bonheur de ceux qui le possèdent au ciel, peut devenir pour nous source de tristesse en tant qu’il contrarie les désirs charnels de notre nature. Ainsi l’accomplissement du devoir d’état, la prière, la pénitence, qui participent de ce bien divin et sont source de grâces pour l’âme, répugnent parfois à notre nature déchue et lui apparaissent alors comme un mal.
Cela est d’autant plus vrai que l’âme est plus dépendante de ses passions :
Quand le désir charnel domine dans l’homme, le bien spirituel lui devient fastidieux comme lui étant contraire [15].
Une tristesse peccamineuse
En tant que tristesse, l’acédie est une passion, au même titre que la crainte, la joie, le désir, l’amour, et en tant que telle, elle est moralement neutre. En effet une passion n’acquiert de valeur morale qu’en fonction de son objet. Aussi « la tristesse est louable quand elle provient d’un mal véritable et qu’elle reste modérée. La tristesse est blâmable quand elle provient d’un bien ou qu’elle est immodérée [16] ».
Or l’acédie est une tristesse qui provient d’un bien, et du plus grand d’entre eux : le bien divin. Donc en soi (secundum se) l’acédie est peccamineuse.
Par ailleurs, dans ses effets aussi (secundum effectum), l’acédie est moralement répréhensible. En effet, même une tristesse provenant d’un mal véritable – et en tant que telle permise – devient mauvaise « lorsqu’elle accable l’homme au point de l’empêcher totalement de bien agir ». Or c’est bien là un des effets les plus connus de l’acédie, nous y reviendrons.
Donc l’acédie est doublement mauvaise (dupliciter mala) : en elle-même puisqu’elle porte sur un bien, et dans ses effets puisqu’elle paralyse l’âme dans son élan vers le bien.
Un péché mortel
Est mortel le péché qui supprime de l’âme la vie de la grâce, c’est-à-dire la charité. Aussi, tout péché s’opposant directement à la vertu de charité est mortel par son genre même.
Or l’acédie est essentiellement contraire à la charité. En effet la joie spirituelle étant un effet de la charité, la tristesse portant sur le bien spirituel s’oppose directement à la vertu de charité. Aussi « par son genre même, l’acédie est un péché mortel [17] ».
Hâtons-nous de préciser que l’acédie n’est pas toujours, de fait, un péché mortel. Pour qu’elle le soit, il faut d’abord qu’elle porte sur une des œuvres nécessaires au salut. Soit elle pousse à s’attrister de ce type d’œuvres (« comme par exemple de se voir obligé à être juste, ou de ne pouvoir se venger d’une injure [qu’on] aura reçue [18] »), soit elle nous fait omettre ces œuvres nécessaires au salut (par exemple l’assistance à la messe le dimanche). Lorsqu’elle porte sur un point de moindre importance, la matière est légère. En outre, l’acédie n’est péché mortel que si elle est pleinement consommée, autrement dit si la raison consent au mouvement d’acédie ressenti par l’âme.
C’est ainsi qu’un mouvement d’acédie existe parfois dans la sensualité en raison de la répugnance de la chair pour l’esprit. Il s’agit alors d’un péché véniel [19]. Mais quand le mouvement d’acédie parvient jusqu’à la raison qui accepte de fuir, de prendre en horreur et de détester le bien divin, la chair prévalant pleinement contre l’esprit, alors il est évident que l’acédie est un péché mortel [20].
Ainsi, si le moine décrit plus haut par Cassien, succombe, avec pleine advertance et plein consentement, à la tentation d’abandonner son monastère, il commet un péché mortel. Il en sera de même de l’époux, qui, dans les mêmes conditions, abandonne son épouse et ses enfants sous l’effet d’une tentation d’acédie (et ce, même si aucune circonstance d’adultère ne se mêle à ce départ).
Il n’est pas inutile d’insister ici sur l’antagonisme fondamental entre l’acédie et la charité. L’acédie s’oppose à la charité en tant qu’amour de Dieu, puisqu’en ôtant à l’âme la joie de l’intimité divine, elle vise à dégoûter l’âme de Dieu et à l’éloigner de lui. Mais elle s’oppose aussi à la charité en tant qu’amour du prochain puisqu’en plongeant l’âme dans la tristesse et l’accablement, elle paralyse le don de soi et l’ouverture à l’autre.
Ainsi l’acédie touche vraiment le cœur de notre vie spirituelle. En s’attaquant à la joie qui naît de la charité, elle atteint, blesse et va jusqu’à supprimer le dynamisme profond de l’âme dans sa quête de Dieu. Voilà pourquoi les Pères du désert la considèrent comme un des vices les plus graves.
Un péché capital
« Un vice est dit capital lorsqu’il est apte à donner naissance à d’autres vices en qualité de cause finale [21]. » Or de nombreux auteurs se sont plu à décrire les « filles » de l’acédie. Saint Grégoire le Grand, par exemple, en distingue six : la malice, la rancœur, la pusillanimité, le découragement, la torpeur vis-à-vis des commandements, le vagabondage de l’esprit autour des choses défendues. Saint Isidore en compte sept : l’inaction, l’indolence, le papillonnage de l’esprit, l’agitation corporelle, l’instabilité, le bavardage, la curiosité.
Avec une telle progéniture, l’acédie a bien gagné son titre de vice capital !
Notons, et nous y reviendrons, que parmi les vices secondaires engendrés par l’acédie, certains semblent contradictoires : l’agitation corporelle et l’inaction, par exemple. Ils n’en sont pas moins les deux facettes d’un seul et même péché capital, d’autant plus difficile à démasquer qu’il prend des formes plus diverses.
L’acédie selon Évagre le Pontique : l’anarchie des facultés
Bien que l’analyse d’Évagre [22] soit très antérieure dans le temps à celle de saint Thomas, elle la complète. Saint Thomas donnait un cadre général d’ordre moral, Évagre va descendre dans des aspects plus psychologiques en nous montrant par quel jeu le démon de l’acédie agit sur nos facultés.
Évagre et les « pensées »
Pour Évagre, le combat du moine (ou du chrétien) est à mener contre des « pensées », sous-entendues mauvaises. Il distingue huit pensées qui apparaissent selon un ordre fixe, de la plus grossière à la plus subtile : la gourmandise, la fornication, l’avarice, la tristesse, la colère, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil. Nous retrouvons ici, à quelques variantes près la liste de nos péchés capitaux. Ces pensées sont dites génériques car elles sont mères de toutes autres pensées. Toutes néanmoins découlent d’une racine unique : l’amour de soi (philautia, littéralement « tendresse pour soi »).
A ces huit pensées s’opposent huit vertus : l’abstinence, la continence, la pauvreté volontaire, la joie, la longanimité, la patience, la modestie et l’humilité. Quant à l’amour de soi, il a pour antidote la charité (« agapè [23] »).
Les huit « pensées » sont communes à tous les hommes et nous ne pouvons empêcher qu’elles ne se présentent un jour ou l’autre à notre âme. En revanche, nous pouvons choisir ou non d’y consentir : « Que toutes ces pensées troublent l’âme ou ne la troublent pas, cela ne dépend pas de nous ; mais qu’elles s’attardent ou ne s’attardent pas, qu’elles déclenchent les passions ou ne les déclenchent pas, voilà ce qui dépend de nous [24]. »
Le combat du chrétien consiste à résister à ces pensées, pour empêcher qu’elles ne se transforment en passions puis en péchés. Pour cela, il faut leur fermer la porte de l’âme en leur opposant les vertus, « particulièrement deux vertus qui freinent la partie passionnelle de l’âme : la charité, frein de l’irascible et l’abstinence, bride du concupiscible. Tant que ces deux vertus règnent dans l’âme, les impressions sensibles ne déclenchent pas les passions [25] ».
Du rôle de l’irascible et du concupiscible dans l’âme vertueuse
L’irascible et le concupiscible sont les deux puissances de l’appétit sensitif (elles nous sont donc communes avec les animaux).
Le concupiscible « porte l’âme à rechercher [désirer : concupiscere] ce qui convient aux sens, et à repousser ce qui leur est nuisible ».
L’irascible tend à vaincre ce qui nous empêche d’obtenir le bien convoité par le concupiscible. C’est à la fois un attaquant et un défenseur qui combat pour le concupiscible [26].
Comment se comportent ces deux facultés dans une âme vertueuse ? Évagre répond dans son Traité pratique :
L’âme raisonnable agit selon la nature quand sa partie concupiscible tend à la vertu, quand sa partie irascible lutte pour elle [la vertu], et que sa partie rationnelle perçoit la contemplation des êtres.
Autrement dit, dans l’âme en pleine santé spirituelle, irascible, concupiscible et intellect sont tous trois tournés vers la volonté de Dieu. Le désordre intervient lorsque l’un d’eux au moins entend suivre son propre chemin en s’éloignant de Dieu.
L’acédie, anarchie des facultés
L’acédie attaque à la fois les deux facultés irrationnelles de l’âme : l’irascible et le concupiscible :
L’acédie est un mouvement simultané, de longue durée de l’irascible et du concupiscible, le premier étant furieux de ce qui est à sa disposition, le dernier par contre languissant après ce qu’il n’a pas [27].
L’irascible est furieux de ce qui est à sa disposition. Effectivement, le moine décrit plus haut par Cassien ne supporte plus ni sa cellule, ni sa communauté. « Tout ce qu’il a à portée de la main est incommode. »
Le concupiscible languit après ce qu’il n’a pas. Il veut rompre le jeûne, fuir sa cellule et ses frères : « Il pense ne pouvoir assurer son salut s’il reste en ce lieu, s’il ne s’en va pas au plus tôt, abandonnant la cellule »… pour trouver un « ailleurs » vu comme forcément meilleur : « Il fait grand cas des monastères éloignés, les décrivant comme bien plus propres au progrès et plus avantageux au salut : le commerce des frères qui y vivent, il le peint comme bien agréable et plus spirituel [28]. »
En agissant ainsi à la fois sur l’irascible et le concupiscible, l’acédie atteint par ricochet l’intellect :
Cassien parle de son côté d’« esprit enténébré [31] » et saint Jean Climaque évoque « un laisser-aller de l’intellect [32] ».
Le dégoût de tout ce qui est, combiné avec le désir diffus de tout ce qui n’est pas, paralyse les fonctions naturelles de l’âme, à tel point qu’aucune pensée ne parvient à s’imposer [33].
En maniant l ’acédie, le diable agit donc en remarquable psychologue. Il dégoûte l’homme de ce qu’il a, le pousse vers ce qu’il n’a pas et le détourne ainsi d’accomplir la volonté de Dieu hic et nunc sur lui. Il le coupe très efficacement de l’union à Dieu puisque celle-ci ne se réalise que dans l’accomplissement de la volonté divine à l’instant présent [34].
Détourné de Dieu quant à la volonté, l’homme l’est aussi quant à la pensée. L’intellect étouffé, enténébré, est privé de toutes les bonnes pensées qui pourraient ramener l’âme à Dieu. Dans son cœur comme dans son esprit, l’acédiaque est coupé de Dieu.
Vice directement opposé à la charité, péché mortel et péché capital, l’acédie mérite bien d’être connue et vigoureusement combattue. Pour cela, il importe de connaître les manifestations par lesquelles le démon de l’acédie signale sa présence.
Un vice aux manifestations diverses et contradictoires
L’acédie est une hydre à deux têtes. La première consiste dans le dégoût de Dieu et des moyens concrets de s’unir à lui, la deuxième réside dans la recherche du bonheur loin de Dieu. Aussi les manifestations de l’acédie vont proliférer dans deux directions [35] :
1 — la fuite de la vie spirituelle et du présent qui attriste ;
2 — la recherche de compensations.
La fuite de ce qui attriste
Cette fuite peut se faire soit par abandon (torpeur, paresse, négligence) soit par agressivité (mépris, rancune).
— Torpeur [36] à l’égard du devoir d’état
L’acédiaque entre dans une phase de déprime plus ou moins marquée qui lui ôte toute énergie. Saint Thomas, nous l’avons vu, évoque « une tristesse accablante »… Cassien nous décrit un moine « mou et sans courage pour tous les travaux qu’il a à faire à l’intérieur de sa cellule [37] ». Cette torpeur se traduit par de la négligence dans les principaux devoirs d’état (familial, professionnel …) à l’égard desquels on pèche par omission.
Mais l’acédie tendant à couper l’homme de Dieu, il est normal que ses effets se fassent sentir plus spécialement dans le domaine de la prière et de l’étude des choses divines.
Les témoignages des Pères abondent en ce domaine et leur réalisme n’est pas dénué d’humour. Saint Jean Climaque :
Quand [le moine] est à la prière, le démon le plonge […] dans le sommeil et lacère chaque verset par des bâillements intempestifs […]. Quand ce n’est pas l’heure de la psalmodie, l’acédie ne paraît pas. Et quand l’office est achevé, nos yeux se rouvrent [38].
Évagre renchérit :
Le moine en proie à l’acédie est nonchalant dans la prière et parfois il ne dira même pas du tout les mots de la prière [39].
Et tous les prétextes sont bons pour justifier cette négligence ou cet abandon des exercices spirituels :
L’acédie nous détourne de la lecture [de l’Écriture sainte] et de l’étude des paroles spirituelles en disant : eh bien, tel vieillard saint ne connaissait que douze psaumes, et pourtant il était agréable à Dieu [40].
Comme nous le verrons plus loin, l’acédie pourra aussi prétexter tel service à rendre, tel devoir de charité pour négliger, écourter ou bâcler la prière.
— Fuite de la pénitence
L’acédie est l’ennemie de la pénitence notamment de la plus commune aux moines des premiers siècles : le jeûne. Cassien nous décrit le moine en proie à l’acédie observant à tout moment le soleil, en attendant qu’il annonce enfin l’heure de manger ; il « ne sait penser à rien d’autre qu’à la nourriture ou à son ventre [41]. »
Toute autre mortification corporelle sera fuie de la même manière de peur de nuire à la santé. En effet « le souci de la santé physique, bien souvent, n’est rien d’autre qu’une tentation d’acédie [42] ». Ce soin exagéré de sa santé procède de ce repli sur soi qui est le propre de l’acédie. On se sent alors incapable de supporter telle ou telle privation, qui, avec plus de ferveur ou après une bonne retraite, paraîtrait aller de soi.
La torpeur de l’acédiaque et son besoin de consolations temporelles lui rendent très difficile toute mortification, même non corporelle. S’il s’y adonne ce sera avec de grandes difficultés et à contrecœur. Cette incapacité à se priver pour Dieu de quoi que ce soit est un signe assez net de la présence de l’acédie dans une âme : s’étant éloignée de Dieu, elle ressent d’autant plus vivement le besoin de se raccrocher au temporel pour combler le vide.
— Mépris à l’égard du prochain
Le dégoût de l’acédiaque pour Dieu va naturellement s’étendre au prochain [43]. Le moine de Cassien juge ses frères « négligents, peu spirituels, nullement édifiants ». Il les regarde de haut, les juge avec mépris et devient incapable de supporter leurs défauts [44]. Aussi faut-il qu’il les fuie à tout prix pour rejoindre un autre monastère.
Dans d’autres états de vie, le « bouc émissaire » pourra être aussi le supérieur, les collègues, le conjoint – dans tous les cas, des personnes qui remplissent la vie quotidienne et qui deviennent aussi insupportables que le quotidien lui-même.
Mais en fait l’acédiaque ne supporte pas les autres parce qu’il ne se supporte plus lui-même. Pressentant confusément qu’il manque à son devoir envers Dieu et envers lui-même, il en fait retomber la responsabilité sur les autres. S’il avait meilleure conscience, il serait plus indulgent pour ses frères.
— Dégoût de l’état de vie
C’est peut-être là un des signes les plus patents de la présence du démon de l’acédie.
Nous l’avons dit, l’acédiaque est dégoûté du présent qu’il veut fuir. Il va donc rêver d’un autre état de vie. Le religieux regrettera de n’être pas marié, le mari enviera l’indépendance du célibataire, la mère de famille soupirera après la solitude du cloître [45]. Le prêtre séculier rêvera être chartreux, le trappiste missionnaire. Tous s’épuiseront en vains désirs, en rêveries stériles, en regrets inutiles… et pendant ce temps, ils n’accompliront pas la volonté de Dieu sur eux.
L’acédie étant « le démon de midi » – midi du jour ou, plus souvent, midi (ou milieu) de la vie –, il va frapper plus particulièrement vers le milieu de l’existence c’est-à-dire entre quarante et cinquante ans. A cet âge, on a pris depuis longtemps un engagement définitif, l’enthousiasme des débuts est retombé et l’on a suffisamment pratiqué son état de vie pour en connaître les côtés pénibles. On est donc plus vulnérable aux insinuations de l’ennemi qui va suggérer que l’on s’est trompé de voie et que l’on a encore suffisamment de temps devant soi pour « refaire sa vie ».
C’est là cette fameuse « crise de la quarantaine », cause de tant de divorces et d’abandons de la vie consacrée. Mais qui voit que derrière cela se cache le plus souvent une crise d’acédie qui pourrait être guérie par les remèdes que nous indiquerons plus loin ?
La recherche de compensations
Ayant renoncé à chercher sa joie en Dieu, l’acédiaque va essayer de la trouver parmi les choses créées et, pour tenter de combler le vide qui l’habite, il va se jeter dans une recherche effrénée de compensations. Celle-ci se traduira principalement par l’activisme, l’instabilité et la fuite dans des paradis artificiels.
— L’activisme
Pour détourner plus sûrement sa proie de la prière et du recueillement, le démon de l’acédie la jette dans l’action et la pousse à se dépenser sous les meilleurs prétextes du monde [46] :
Telle femme pieuse et consacrée à Dieu […], ce serait vraiment œuvre de piété que de la visiter souvent et de lui procurer ce qui lui est nécessaire, à elle qui est si négligée et méprisée de ses propres parents. Ne vaut-il pas mieux se dépenser à ces bonnes œuvres que de demeurer inutilement dans sa cellule sans y faire aucun progrès [47] ? L’acédie suggère de recevoir les hôtes ; […], elle exhorte avec ardeur à visiter les malades en rappelant la parole du Seigneur : j’ai été malade et vous m’avez visité [Mt 25, 36] ; elle porte à aller voir ceux qui sont abattus et découragés [48] .
Un auteur moderne met ces paroles sur les lèvres du diable « éduquant » un jeune démon à l’acédie.
Notre poison c’est l’activisme […]. Fatigue-les, crève-les à la tâche. Comment prendre un jour de repos hebdomadaire lorsqu’il y a tant de malades à visiter, de personnes à accompagner. Et mère Teresa et saint Vincent de Paul, se reposaient-ils [49] ?
Mais la charité n’est pas le principe de ces prétendues « bonnes œuvres » inspirées par le démon de l’acédie ; c’est pourquoi elles ne valent rien pour la vie spirituelle [50] et peuvent même l’entraver. Elles ne sont qu’un prétexte pour s’agiter et fuir le recueillement. Conjuguées avec le dégoût pour la prière, elles vont conduire à en diminuer la part : « L’idéal est que la “réunionnite” ronge progressivement le temps du bréviaire puis celui de la messe quotidienne [51]. »
Pour les laïcs aussi, il existe un besoin de se dépenser dans des œuvres extérieures qui peut masquer une fuite de la vie intérieure et des devoirs d’état. Tel père de famille nombreuse, par désir de fuir la monotonie du quotidien, s’absorbera excessivement dans l’organisation de pèlerinages, la participation à des actions d’ordre politique ou social, et manquera ainsi, faute de temps, à son devoir d’état d’éducation et de soutien à son épouse et à son premier devoir de chrétien : celui de prier et d’adorer Dieu.
— L’instabilité
Saint Thomas, reprenant saint Isidore, évoque cette instabilité qui touche tous les domaines.
Elle s’attaque d’abord à l’esprit (en tant qu’il meut la volonté). Ce papillonnage de l’esprit (importunitas mentis) fait que l’on « se répand à contretemps dans des occupations variées [52] ».
Souvent elles ne sont pas menées à terme. « Impossible de terminer un travail commencé, de finir un livre… on prend quelque chose et on le remet [53]… » Évagre nous dépeint un moine incapable de lire de façon continue :
Feuilletant les pages, il perd son temps à considérer la fin du texte. Il compte les feuillets, suppute le nombre des cahiers, se plaint de l’écriture et de l’ornementation. Enfin, refermant son livre, il pose la tête dessus et s’y endort [54].
Elle touche ensuite la puissance de connaissance : il s’agit alors de curiosité, ce besoin maladif de connaître pour connaître. L’acédiaque sera constamment à l’affût des dernières informations – et il lui faudra écouter « les nouvelles » deux à trois par jour sous peine de se sentir en état de manque –, des derniers ragots [55]… Cette curiosité pourra prendre aussi l’apparence d’un goût pour l’étude. En fait, elle ne vise pas à la charité ou à l’apostolat, mais seulement à satisfaire une avidité désordonnée, avidité d’autant plus grande que l’absence de vie intérieure creuse en l’âme une sorte de faim inassouvie.
L’instabilité atteint aussi la parole. Il s’agit alors de bavardage. L’âme éprouve une sorte de démangeaison de parler qui révèle une absence de silence intérieur. N’entretenant plus de colloque avec Dieu, elle se répand auprès des créatures. Le moine de Cassien suscite ainsi les occasions de rencontres pour satisfaire son besoin de converser, lui qui a fui toute conversation avec Dieu.
Enfin l’acédie exerce ses effets sur le corps qui sera sujet à l’agitation [56] et à l’instabilité proprement dite, c’est-à-dire au besoin de changer de lieu. Les moines gyrovagues [57] que la tradition monastique des premiers siècles fustige si sévèrement sont de belles illustrations de cette forme d’acédie. Aujourd’hui, le besoin de voyager – que toute une industrie s’évertue à entretenir chez nos contempo-rains – peut être, s’il est récurrent et trop prononcé, un signe d’acédie.
D’une façon générale, l’instabilité se traduit donc par un besoin de changer pour changer : « Changer de lieu, de travail, de situation, d’institution, d’occupa-tion, de conjoint, d’amis [58]. » C’est la culture du zapping, passée aujourd’hui à l’état de phénomène de société.
— Paradis artificiels
Cette recherche de compensations pourra se traduire enfin par une fuite dans les paradis artificiels que sont, par exemple, l’alcool ou la drogue, ou encore certains jeux (jeux de rôle, jeux vidéo…) dont la pratique à un certain degré altère le rapport de l’âme au réel.
Portant à la passivité ou à l’activisme, les effets de l’acédie sont donc divers et parfois contradictoires.
Cependant chacun est tenté plus habituellement dans un sens précis, en fonction de son caractère [59]. Il importe hautement de connaître dans quelle direction nous pousse habituellement le démon de l’acédie, d’une part pour pouvoir repérer l’approche d’une tentation d’acédie, d’autre part, pour lui opposer les remèdes adéquats. Il y a là un important travail de discernement à effectuer chacun pour son propre compte.
Un mal parfaitement curable
En dépit de sa gravité intrinsèque et malgré l’ampleur de ses effets, l’acédie est un mal parfaitement curable et les remèdes à appliquer sont extrêmement simples. Dès les premiers siècles, les Pères du désert les ont énumérés et les maîtres spirituels les enseignaient à leurs dirigés. Nous n’avons qu’à mettre, une fois de plus, nos pas dans les leurs.
Persévérer
Les premiers moines et leurs successeurs sont unanimes à ce sujet : l’acédie se vainc essentiellement par la persévérance (hypomonè).
Évagre l’affirme en maints endroits :
Si l’esprit d’acédie tombe sur toi, ne quitte pas ta maison et n’esquive pas au moment donné la lutte profitable. Comme l’argent que l’on fait briller, ainsi ton cœur deviendra étincelant [60].
Et encore : « La persévérance réprime l’acédie [61]. » Nous avons vu ci-dessus que, dans la liste des remèdes qu’Évagre dresse pour chacun des péchés capitaux, c’est la patience qui est opposée à l’acédie.
Cassien décrit les effets déplorables de la lâcheté face au démon de l’acédie :
Le remède que [l’âme] utilise présentement [en cédant à l’acédie] la rendra plus malade peu après. Car l’adversaire attaquera plus souvent et plus violemment celui qu’il sait devoir lui tourner le dos sitôt le combat engagé, et qu’il voit espérer le salut non de la victoire ou de la lutte, mais de la fuite [62].
Cette persévérance s’incarne pour le moine dans la garde de la cellule, maintes fois recommandée par les Pères. Nous aussi, nous avons une « cellule » qui est le contexte dans lequel Dieu nous a placés (état de vie, métier, famille, paroisse, pays…), le cadre de temps et de lieu où se déroule notre vie quotidienne, où s’exprime la volonté de Dieu sur nous et où nous pouvons communier à lui par l’accomplissement de nos divers devoirs. C’est cette « cellule » qu’il s’agit de garder, sans céder au désir de fuite qui caractérise l’acédie – fuite qui, nous l’avons vu, peut prendre des formes très diverses.
Cette patience, cette persévérance dans la monotonie du quotidien requièrent un grand courage, voire dans certains cas une forme d’héroïsme, mais elles auront raison de l’acédie, c’est Évagre qui nous l’assure :
Ce démon n’est immédiatement suivi d’aucun autre : un état paisible et une joie ineffable lui succèdent après la lutte [63].
La méditation des fins dernières
Une des racines profondes de l’acédie réside dans le manque d’esprit de foi. Si l’acédiaque ne trouve que morosité dans sa vie, c’est qu’il l’envisage « par le petit bout de la lorgnette » et non sous l’angle de la foi. La grandeur de notre vocation surnaturelle, le don immense qui nous est fait dans le Christ, le bonheur éternel auquel Dieu nous convie par pure miséricorde, la valeur infinie attachée à nos moindres actions lorsque nous accomplissons la volonté de Dieu par amour, toutes ces vérités enthousiasmantes échappent au regard enténébré de l’acédiaque. Il lui faut donc rouvrir les yeux à la lumière de la foi.
Aussi saint Jean Climaque insiste-t-il sur la prière et la méditation des fins dernières. Voici les propos qu’il prête à l’acédie :
J’ai mes mères nombreuses : parfois l’insensibilité de l’âme, parfois l’oubli des réalités d’en haut. […] Mon ennemie, c’est la pensée de la mort. Ce qui m’anéantit complètement, c’est la prière avec la ferme espérance des biens futurs [64].
Nous avons là une des sources de l’acédie et son antidote.
La méditation de la mort ainsi que des peines de l’enfer et du purgatoire nous ramène à l’essentiel et remet chaque chose sous son vrai jour. Nous reprenons conscience de la gravité du péché, de l’enjeu éternel de nos moindres faits et gestes, de l’importance du temps qui nous est donné et qu’il faut « racheter » comme le dit saint Paul. Face à Dieu et à l’éternité, tout cet échafaudage de tristesse, de plaintes, de désirs insatisfaits qui s’était artificiellement construit autour de notre petit « moi » s’écroule comme un château de cartes…
La pensée du ciel, elle aussi et plus encore peut-être, est un puissant stimulant. Dans cette lumière, notre vie reprend son sens. Le renoncement est plus faci-lement accepté puisque « les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit se manifester en nous [65] ».
Dieu n’est plus vu comme l’auteur de contraintes qui surchargent notre vie mais comme le bien infini, cause du bonheur des élus du ciel et cause de notre bonheur dès ici-bas si nous consentons à jeter un regard de foi sur les réalités présentes. Cette contemplation de la joie du ciel, cette « espérance des biens futurs » sont les plus sûrs moyens de puiser la véritable joie, antidote idoine à l’acédie.
C’est pourquoi dom Nault, auteur de la thèse citée plus haut, conjuguant les deux remèdes sus-cités (persévérance et espérance du ciel) insiste sur la persévérance joyeuse. Selon lui, elle « regroupe le mieux l’ensemble des moyens à mettre en œuvre » contre l’acédie et « résume parfaitement notre attitude spirituelle face à la tentation [66] ». Cette attitude d’âme permet de ne pas en rester au côté quelque peu stoïcien que pourrait présenter la persévérance seule et lui donne son véritable sens : notre persévérance est saturée d’espérance en la joie éternelle à venir.
La componction
