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— II —

La situation actuelle de l’Église de Chine. Le casse-tête chinois

 

par Xiao Chang

 

En 1995, des catholiques chinois contactèrent les journalistes de l’émission « Zone interdite » de la chaîne de télévision française M6 pour les inviter à réaliser un reportage sur l’Église clandestine en Chine. Ce reportage fut diffusé le 5 novembre 1995 et suivi d’un débat. On s’y demandait notamment ce qui avait poussé ces catholiques clandestins à prendre tant de risques (on apprit par la suite que plusieurs d’entre eux avaient été retrouvés par la police communiste et sévèrement châtiés pour leur collaboration à ce reportage). La réponse fut donnée au cours de l’émission : ces catholiques fidèles à Rome essayaient tout simple­ment de se protéger contre… Rome, que l’on savait sur le point de traiter avec le pouvoir communiste ! Ils essayaient donc de faire savoir à l’Ouest que l’Église clandestine était encore bien vivante, bien fidèle, et prête à continuer le combat [1]. Accessoirement, ce reportage manifes­tait, par quelques détails, que la liturgie et les pratiques traditionnelles étaient encore en vigueur en Chine.

Dix ans plus tard, le piège s’est refermé sur les catholiques chinois, comme le montre l’article suivant, originellement paru dans le n° 73 (31 mai 2006) du bulletin Miles (bulletin de l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame [2]). En nous autorisant à le reproduire, son auteur a bien voulu l’actualiser quelque peu pour les lecteurs du Sel de la terre, et nous l’en remercions.

Le Sel de la terre.

 

 

La situation des catholiques de Chine est un véritable casse-tête. Depuis la création par le gouvernement et le Parti communiste chinois d’une Église « patriotique » séparée de Rome et la consécration d’évêques « patriotiques » sans mandat pontifical, l’Église de Chine se trouve séparée en deux ; ou, pour mieux dire, une partie « schismatique » s’est coupée de l’Église catholique véritable devenue « souterraine » dans ce pays par suite de la persé­cution. Les catholiques seraient actuellement au nombre de 12 millions – pour 16 millions de protestants [3] – dont les deux tiers seraient aujourd’hui clandestins ou « souterrains ».

Pour arriver à ses fins, Pékin a en effet créé en 1957 une Association patrio­tique des catholiques chinois [4] fondée sur les « trois autonomies » (de la Chine par rapport à l’étranger) : autonomie d’administration, de développement et d’apostolat [5]. Douze évêques patriotiques furent excommuniés par Rome cette année-là.

La liberté religieuse est aujourd’hui théoriquement garantie par la Constitution chinoise, mais les clercs remplissant une charge doivent, pour en bénéficier, ad­hérer à cette association, qui spécifie que ses membres refusent toute intervention des puissances étrangères – et spécifiquement du Vatican – dans les affaires inté­rieures de l’Église de Chine. En conséquence, elle rejette la juridiction du pontife romain. Bien sûr, le pape étant un personnage très médiatique, on trouve son portrait dans les églises patriotiques, mais ce n’est là qu’une figure embléma­tique, sans pouvoir réel. Désormais, « comme au temps des premiers chrétiens » (et de la Révolution française), c’est « le peuple » qui choisit les évêques : ce qui signifie en fait qu’ils sont désignés par le clergé patriotique diocésain, en accord avec le Parti communiste. Pour compliquer les choses, la Révolution Culturelle, qui a marqué les dix dernières années du règne de Mao Zedong, a aussi envoyé des prêtres patriotiques en camps de concentration, les fameux « laogai ». Le clergé patriotique a même eu ses propres martyrs, tout comme les prêtres « jureurs » ont eux-mêmes été persécutés pendant la Terreur en France, après avoir trahi leurs confrères « réfractaires ».

Les papes Pie XII et Jean XXIII ont qualifié les évêques patriotiques de « faux évêques », « faux pasteurs » et « schismatiques ». Mais le 14 janvier 1995, Jean-Paul II lançait de Manille un appel à la réconciliation aux catholiques chinois :

 

Chacun doit essayer de faire un pas vers la réconciliation, chacun doit faire don de sa personne, de son passé, de son témoignage courageux, de ses moments de faiblesse, de sa souffrance présente, dans l’espérance de parvenir à un futur meil­leur. L’objectif est assez clair, mais le chemin qui conduit vers un tel but semble être encore dans le brouillard. Nous devons oser prendre pour guide la lumière du Saint Esprit et le pardon [6]

 

Œcuménisme pour la Chine

 

En somme, les catholiques souterrains doivent se réconcilier avec leurs faux frères et persécuteurs patriotiques. Et voici maintenant plus de dix ans que cette nouvelle politique chinoise est appliquée par le Vatican. On explique aujour-d’hui, à Rome, que le clergé patriotique était en état de nécessité. On croirait en­tendre Mgr Lefebvre, à cette différence près que la nécessité considérée par celui-ci était le salut des âmes, tandis que celle qui a « contraint » certains clercs chinois était la crainte de la persécution.

La nouvelle politique vaticane a été assez clairement expliquée par le cardinal Etchegaray, qui a fait quatre voyages en Chine en 1980, 1996, 2000 et 2003, dont certains avec « l’accord » du pape Jean-Paul II. Il s’agirait en quelque sorte d’une réédition de la politique du Concordat de 1801. Bonaparte exigea alors la démis­sion des évêques fidèles, réfractaires, persécutés par la Révolution, et voulut im­poser un certain nombre d’évêques de son choix, souvent « jureurs ». Mais le pape exigea fermement de ceux-ci qu’ils rétractent leur serment révolutionnaire. Tandis que la volonté de Rome est aujourd’hui de casser la résistance de l’Église du silence en opérant une grande fusion œcuménique entre souterrains et patrio­tiques, sans que ceux-ci aient rien à renier.

On retrouve l’œcuménisme à la manière de Vatican II, appliqué à la situation particulière de la Chine : unité et paix entre les hommes – par-delà et au-dessus de la foi – fondées sur le sable de la diplomatie et des accords humains toujours instables, et non sur le roc inébranlable de la paix du Christ.

Malgré les directives du Vatican qui interdisent encore en théorie – mais cela n’est pas respecté – la communicatio in sacris entre souterrains et patriotiques [7], la pression est très forte pour obtenir la coopération et même la concélébration des uns avec les autres. Certains évêques souterrains s’y prêtent volontiers aujour-d’hui et l’exigent même de leurs prêtres. Le pape Jean-Paul II a lui-même d’ail­leurs concélébré avec des prêtres patriotiques [8]. La politique du Vatican marque donc des points de ce côté-là. Quant aux autres évêques souterrains – la « vieille garde » – qui ont pour la plupart passé une trentaine d’années aux travaux forcés et sont encore soit détenus, soit en fuite, soit assignés à résidence, Rome attend tout simplement qu’ils disparaissent les uns après les autres. Beaucoup ont plus de 80 ans. En janvier 2005 l’administration pénitentiaire rendait aux membres de sa famille le corps inanimé de Mgr Jean Gao Kexian, évêque de Yantai dans le Shandong, exigeant qu’ils creusent immédiatement sa tombe et l’enterrent sans cérémonie.

Aujourd’hui, après la première étape œcuménique entre souterrains et patrio­tiques, commence discrètement la seconde étape, entre catholiques et protestants, par la volonté romaine. A la 5e Conférence œcuménique européenne pour la Chine, qui s’est tenue à Rome du 16 au 20 septembre 2005, le cardinal Etchegaray déclarait qu’il existe un besoin pressant d’un « dialogue plus étroit et plus confiant » entre toutes les Eglises chrétiennes de Chine, et que la « crédibilité » de leur témoignage au Christ « dépend de leur unité visible » : on ne peut être plus clair en matière d’œcuménisme pan-chrétien ! L’idée, c’est que le nombre importe plus que le reste, face à Pékin. Le cardinal ajoutait que le « vrai œcuménisme est encore dans son enfance en Chine [9] ». 

 

L’Église du Silence

 

En 1982, Mgr Fan, évêque de Baoding, avait consacré trois évêques sans man­dat de Rome, par réel cas de nécessité. Il avait d’ailleurs par la suite écrit au pape pour expliquer son geste et avait reçu une réponse apaisante : vous avez bien fait ! Par la suite, Rome avait concédé aux souterrains la permission de consacrer des évêques sans mandat préalable ; le Vatican a aujourd’hui fait marche arrière, étant donné sa nouvelle politique ; il a retiré cette possibilité et même interdit formellement de telles consécrations.

A l’époque, il restait en fait deux grands évêques : Mgr Pierre-Joseph Fan Xueyan, évêque de Baoding, et Mgr Ignace Gong Pinmei, évêque de Shanghai et futur cardinal (généralement connu sous le nom de « cardinal Kung », autre transcription du nom « Gong »). Après avoir été incarcéré une trentaine d’années, celui-ci a été mis en résidence surveillée. Le cardinal Sin, archevêque de Manille, lui rendit visite en 1987 et les autorités chinoises organisèrent un banquet à cette occasion. Elles prirent cependant soin de placer chacun des deux évêques à une extrémité de la longue table, afin qu’ils ne puissent pas communiquer. Entre eux se trouvaient une vingtaine de cadres du Parti et d’évêques patriotiques. Mais, à Chinois, Chinois et demi : à la fin du repas, Mgr Kung leva son verre et entonna en latin un « chant » très particulier : « Tu es Petrus et super hanc petram ædificabo ecclesiam meam », faisant ainsi savoir au cardinal Sin que, malgré les tortures, il n’avait pas cédé et restait fidèle au Siège Apostolique. Mgr Kung, né en 1901 et créé cardinal par Jean-Paul II, est décédé en l’an 2000 aux États-Unis.

Quant à Mgr Fan Xueyan, il avait été élu, en son absence, le 21 novembre 1989, président de la conférence épiscopale clandestine réunie secrètement dans le Shaanxi. Quelques jours plus tard, tous les participants à cette réunion étaient arrêtés. Lui-même le fut aussi en novembre 1990 (ce n’était pas la première fois). Son corps fut remis à sa famille dans un sac poubelle, les membres disloqués et les chairs meurtries. Il était mort le Jeudi Saint 16 avril 1992. Sa tombe étant de­venue un lieu de pèlerinage, elle fut passée au bulldozer le 23 mai 2001. Son suc­cesseur au siège de Baoding, Mgr Jacques Su Zhimin, s’était déjà fait arrêter en 1956 – c’était alors un séminariste de 24 ans – pour son opposition à la formation d’une Église de Chine séparée de Rome.

Dans ce diocèse béni du Hebei (à 150 km au sud-ouest de Pékin) se trouve le sanctuaire Notre-Dame Impératrice de Chine, de Donglü, le Lourdes chinois, où la Vierge est apparue et où, tous les ans, des milliers de Chinois viennent en pèle­rinage. Début 1996, Mgr Su Zhimin, son auxiliaire Mgr François An Shixin, des prêtres, des religieuses et des laïcs avaient formé une chaîne humaine devant les blindés qui venaient détruire le sanctuaire où une foule de fidèles « insoumis » s’était rassemblée. Rien n’y fit, le sanctuaire fut anéanti, la statue de la Vierge confisquée, de nombreuses arrestations suivirent, dont celle du curé du lieu, l’abbé Pierre Cui Xingang. L’évêque fut lui aussi arrêté et personne ne sait au­jourd’hui s’il est encore en vie. Son auxiliaire le fut également et gardé au secret. Le 31 mars 2001, ce fut le tour du vicaire général, l’abbé Lu Genyou, et en août 2004 de l’administrateur du diocèse, l’abbé Paul Huo Junlong. D’autres arresta­tions ponctueront les années suivantes.

 

Les diocèses chinois

 

En 1946, le Saint-Siège a établi 137 diocèses en Chine – il y en a 138 depuis 1949, répartis en 21 provinces. Cependant, si le clergé fidèle à Rome a conservé ces diocèses canoniques, la conférence épiscopale patriotique les a, pour sa propre hiérarchie, réduits successivement à 115 en 1998, puis à 97 tout récem­ment [10]. Parmi ces 97 diocèses figurent des diocèses identiques à ceux des souterrains, mais aussi des diocèses nouveaux composés de plusieurs diocèses ou de plusieurs parties de diocèses canoniquement établis. Il existe donc en tout, en fait, environ 150 diocèses en additionnant les diocèses canoniques et les diocèses patriotiques, qui ne se superposent pas exactement. Pendant longtemps le nombre des évêques souterrains et celui des évêques patriotiques a tourné autour de 50 ou 60 de chaque côté. La Civiltà Cattolica (dont les épreuves sont relues à la Secrétairerie d’État) comptait début 2004, 79 évêques patriotiques et 49 souter­rains. Cependant les Missions étrangères de Paris indiquent seulement 38 souter­rains [11]. Aujourd’hui, l’écart semble s’être encore creusé, avec la disparition de quelques évêques souterrains et surtout la nomination de nouveaux évêques « officiels ». De plus, environ la moitié des évêques souterrains sont en fuite, as­signés à résidence, en prison, ou ont même complètement disparu depuis leur ar­restation. Ceux qui sont assignés à résidence réussissent encore à faire passer des consignes à leurs prêtres et religieuses, mais il en reste très peu qui soient à peu près libres de leurs mouvements, et il s’agit souvent d’évêques de diocèses péri­phériques et désertiques : Mongolie intérieure, Shaanxi, Gansu, Xinjiang.

 

Liturgie et doctrine en Chine

 

Pendant leurs trente années de camp de concentration les prêtres et les évêques n’ont pas pu dire leur messe. Tout ce qui pouvait encore exister de mis­sels, catéchismes, bibles, livres de théologie et de philosophie catholique a été brûlé lors de la Révolution Culturelle. C’est seulement dans les années 1980, sous Deng Xiaoping, que ce clergé fidèle a été rendu à une semi-liberté. Il a alors voulu se procurer des missels et d’autres ouvrages en provenance de Taiwan ou Hong Kong. Mais dans l’intervalle avait eu lieu Vatican II : nouvelle liturgie, nouvelle doctrine. Sortant des camps de concentration, n’ayant pas célébré de­puis trente ans, et privés de tout moyen de comparaison, la plupart des ecclésias­tiques se sont d’autant plus facilement laissés prendre que leur attention a sur­tout été attirée par le changement de langue. Le latin étant beaucoup plus éloigné du chinois que du français ou de l’anglais, la plupart des prêtres l’avaient oublié – ou jamais appris (les jeunes prêtres ordonnés dans les années 1980 sont au­jourd’hui l’immense majorité en Chine [12]  et ils ne savent pas le latin).

C’est donc en toute bonne foi que ces prêtres ont célébré le Nouvel Ordo Missæ, sans les intentions perverses de nos progressistes occidentaux. Aujourd’hui, la nouvelle messe est dite presque partout par les souterrains – par obéissance à Rome – et même par les patriotiques, qui ne veulent pas avoir l’air d’être en retard [13]. Les ouvrages doctrinaux, notamment les textes de Vatican II, sont venus avec les livres liturgiques et ils sont souvent l’unique base d’étude dans les séminaires : les « vieux » documents ont été brûlés et, même en dehors de la Chine communiste, ne sont plus guère disponibles en langue chinoise. Finalement l’œcuménisme et le modernisme sont entrés dans les mentalités de beaucoup. En outre, les plus chanceux des séminaristes sont allés faire leurs études en Occident, dans des universités particulièrement progressistes, comme celle de Louvain, tristement célèbre. A la persécution physique et psychologique du Parti communiste, s’ajoute donc le venin moderniste, qui détruit la volonté de résistance, et la pression vaticane, qui pousse à la coopération et à l’union avec les patriotiques.

 

La lâcheté au naturel

 

Le Vatican a individuellement donné sa reconnaissance à 70 évêques patrio­tiques [14], qui restent cependant… patriotiques. Ce qui signifie que Rome reconnaît aujourd’hui 110 à 120 évêques dont un tiers seulement de souterrains – qui, pour la plupart, ne sont pas libres. C’est ainsi que se fait progressivement « l’unité » des deux Églises appelée de ses voeux par Jean-Paul II. Chaque fois qu’un évêque souterrain meurt ou accepte la coopération et l’union avec les patrio­tiques, l’unité se fait un peu plus, et elle sera parfaite lorsque le dernier de ces vieillards entêtés aura rendu son dernier soupir. Aussi bien le cardinal Etchegaray précise-t-il :

 

Mais les blessures et les rancoeurs sont encore si vives que certains sont enclins à protéger leur identité catholique de manière sectaire.

 

Rien que cela ! Pauvres catholiques souterrains – car c’est bien d’eux qu’il s’agit – qualifiés de « sectaires » par un cardinal de la curie romaine [15] ! Il est stu­péfiant d’ailleurs de voir à quel point ce cardinal Etchegaray se laisse éblouir par la « délicatesse » de ses hôtes : on lui a proposé du poisson un vendredi et un feu d’artifice fut organisé à son insu pour son anniversaire. Mais il oublie que, par un raffinement tout aussi extrême, ses hôtes ont fait arrêter des prêtres souterrains à l’occasion de son arrivée en Chine ; ils ont fait en sorte qu’il apprenne la nouvelle sur place, afin de voir s’il réagirait. Or il a attendu son retour à Rome pour émettre une vague protestation. A ce degré, on ose espérer qu’il ne s’agit ni de malignité ni de perversité de sa part, mais de pure bêtise et de simple couardise.

 

Qui est quoi ?

 

La situation actuelle est donc très confuse. Pour tenter d’y voir un peu plus clair, on peut sans doute distinguer six ou sept catégories dans le clergé chinois (les fidèles ne pouvant que suivre l’une ou l’autre).

 

— Les patriotiques purs et durs, qui refusent tout compromis avec Rome : ces évêques sont par principe « vendus » au pouvoir. L’évêque de Pékin est membre du Parti, marié et père de famille : ce n’est qu’un pantin dans les mains des communistes.

 

— Les patriotiques ordinaires, reconnus par Pékin, et maintenant aussi de plus en plus, par le Vatican lui-même. Beaucoup d’entre eux jouent en fait sur les deux tableaux, car on ne sait jamais ! En outre, cela leur donne l’assurance qu’ils succéderont à l’évêque souterrain du diocèse à sa mort, ce qui est tout de même appréciable. Ainsi devrait se faire l’unité dans chacun de ces diocèses. Sauf s’il y a des prêtres souterrains qui continuent leur apostolat sans évêque… Mais pour combien de temps ?

 

— Les patriotiques qui se disent « romains » : ce sont quelques simples prêtres, qui ne veulent en rien avoir affaire avec l’Association patriotique et, en principe, n’y ont pas adhéré, ce qui en fait n’est exigé que de ceux qui ont une charge pas­torale. Certains d’entre eux se prennent pour des souterrains, mais ils n’ont au­cun lien avec ceux-ci et ont été ordonnés par des évêques patriotiques.

 

— Les vrais souterrains, dont les prêtres sont régulièrement arrêtés et parfois relâchés : encore aujourd’hui, il y a des arrestations tous les mois. Le nouveau gouvernement de Hu Jintao, loin d’être plus libéral, vient de prendre des sanc­tions très graves contre tous ceux qui participeraient à des messes célébrées dans des lieux privés, c’est-à-dire en dehors des églises dont la plupart ont été données aux patriotiques. Les couvents et les séminaires sont clandestins ; les séminaristes et les religieuses vivent par petits groupes dans des fermes, dans des conditions de pauvreté difficiles à imaginer, et ils changent souvent de résidence. Le simple fait d’être ordonné clandestinement conduit encore aujourd’hui au laogai ou à la disparition. Pensons au courage de ces séminaristes, souvent très jeunes, et à la lâcheté de ceux qui les trahissent en France comme à Rome. Ainsi le Guide de l’Église Catholique de Chine, édité par les Missions Étrangères de la rue du Bac à Paris, qualifie d’officiels les évêques patriotiques et d’officieux, en fin de chapitre, les évêques fidèles. C’est tout dire ! L’auteur, le père Jean Charbonnier, opte pour le point de vue du gouvernement de Pékin, et peut-être celui de la diplomatie va­ticane actuelle, et non pour celui de la sainte Église.

 

— Les souterrains qui concélèbrent avec les patriotiques : c’est par exemple le cas de Mgr Lin Xili, évêque de Wenzhou, dans le Zhejiang, entre Shanghai et Taiwan, ou de Mgr Jia Zhiguo, évêque de Zhengding, dans le Hebei. L’un des évêques consacrés par ce dernier, Mgr Wang Chonglin, évêque de Xingtai, éga­lement dans le Hebei, figure d’ailleurs aujourd’hui sur la liste des évêques offi­ciels, patriotiques.

 

— Les souterrains qui sont devenus « publics » : ce sont aujourd’hui des « patriotiques sans le nom ». Dans certaines régions où il y a beaucoup de catho­liques, tel le Fujian, quelques prêtres souterrains ont passé des accords avec le Parti communiste à leur sortie de prison et se sont autoproclamés responsables des relations entre le diocèse et le Parti : ce sont eux en fait qui mènent la danse, tandis qu’ils « chambrent » leur évêque, étroitement surveillé et coupé de toutes les relations importantes avec l’extérieur. Moyennant quoi, le gouvernement leur concède la plupart des églises et chapelles de la région et leur laisse une assez grande liberté. Il est clair que, s’ils n’ont pas adhéré à la Charte de l’Association patriotique, ils en ont au moins accepté toutes les grandes lignes. Et ils en ont l’esprit : « En Chine, tout va très bien… grâce au gouvernement », disent-ils.

 

— Il existe en outre une « troisième force », promue de manière différente par Mgr Nugent, un Hollandais, représentant du pape à Hong Kong pour la Chine, et donc relativement modéré quant à la forme, et par Mgr Wei Jingyi, évêque souterrain de Qiqihar (dans le Heilongjiang, au Nord-Est, dans l’ancienne Mandchourie), fort prétentieux, entêté et mauvais théologien, d’après certains de ses confrères, et qui a de plus bon espoir de coiffer un jour tous les évêques de Chine. Cette troisième force ou troisième voie, ni souterraine ni patriotique, re­flète en fait la volonté du Vatican de faire un grand amalgame entre souterrains et patriotiques, sans se soucier ni de leur foi, ni de leurs moeurs, ni de la validité de leur consécration. Il est en fait difficile de dire aujourd’hui quel est l’impact réel de cette troisième force.

 

Finalement les communistes n’ont pas réussi à entamer la fidélité à Rome des souterrains, mais Rome est en train de les détruire.

 

Ping-pong diplomatique

 

Fin 1999, il semblait que Rome et Pékin étaient sur le point de parvenir à un accord. Mais les communistes voulurent placer la barre un peu plus haut. Singeant la tradition de la consécration de douze évêques par le pape le jour de l’Épiphanie à Rome, la Chine annonça brutalement le sacre de douze évêques le 6 janvier 2000 à Pékin, sans l’approbation du Vatican. Dans ces conditions, la plu­part des candidats désignés refusèrent l’honneur qui leur était fait par les au­torités communistes et se déclarèrent malades ou restèrent absolument introu­vables. Le gouvernement finit tout de même par en dénicher cinq, y compris des remplaçants, et à les faire consacrer. Cela gela les négociations pour quatre ans.

Quelques mois plus tard – le 1er octobre 2000 –, la canonisation de 120 martyrs de Chine (morts entre 1648 et 1930, c’est à dire avant la période communiste) remplit de fureur les autorités chinoises, qui voulurent y voir une insulte, le 1er octobre étant le jour de la fête nationale (anniversaire de la fondation de la République populaire le 1er octobre 1949). Rome répondit qu’il s’agissait sim­plement du Dimanche des Missions de cette Année Sainte 2000 et de la fête de la petite Thérèse, patronne des Missions (selon le nouveau calendrier liturgique). Mais rien n’y fit…

En mai 2004, la revue italienne 30 Jours annonçait cependant qu’un accord ta­cite s’était finalement concrétisé entre Rome et Pékin. En effet, deux nominations d’évêques coadjuteurs, « élus par le peuple », venaient d’être reconnues publi­quement par Rome avant leur consécration, après avoir bien sûr été acceptées par le gouvernement. Il s’agit de Mgr Feng Xinmao, 39 ans, coadjuteur de Hengshui dans le Hebei, consacré le 6 janvier, et de Mgr Zhang Xiawang, 38 ans, coadjuteur de Jinan dans le Shandong, consacré fin avril. Des jeunes prévus pour durer. Il s'agit de patriotiques consacrés par des patriotiques… avec l’aval de Rome.

Le nouveau pape semble avoir fait un pas de plus dans cette direction : le 28 juin 2005, Benoît XVI a autorisé la consécration d’un évêque auxiliaire par l’évêque patriotique de Shanghai, « au nez et à la barbe » si l’on peut dire, du vé­ritable évêque (souterrain) de Shanghai, qui s’est vu refuser la même autorisa­tion [16]. Celui-ci, Mgr Fan Zhongliang, avait succédé au célèbre cardinal Kung comme évêque de Shanghai, mais dès la constitution de l’Eglise patriotique, il eut Mgr Aloysius Jin Luxian (évêque patriotique du même diocèse) comme adver­saire.

Il y a là donc un geste accompli par Benoît XVI, non seulement dans l’une des toutes premières mégapoles de Chine, mais aussi dans un diocèse où l’opposition entre souterrains et patriotiques a toujours été et reste encore aujourd’hui la plus vive, depuis l’arrestation et le procès populaire en 1955 du futur cardinal Kung, du clergé et des responsables laïcs, tout spécialement ceux de la Légion de Marie.

Mgr Jin Luxian a d’ailleurs confirmé dans une interview :

 

Rome a dit qu’après la mort de l’évêque souterrain, il n’y aurait plus de division [17].

 

C’est dire que Rome ne nommerait plus d’évêques souterrains.

Ce 28 juin, Mgr Fan a donc assisté à son propre enterrement par les autorités romaines, devant tout le peuple catholique de Shanghai ébahi… Si Mgr Jin Luxian avait alors 89 ans, Mgr Joseph Xing Wenzhi, l’auxiliaire qu’il venait de consacrer, avec l’aval simultané de Rome et de Pékin, n’en avait que 42 : c’est donc lui qui devrait succéder aux deux évêques. Un mois plus tard, Benoît XVI récidivait ailleurs. Avec son autorisation, comme avec celle de Pékin, Antoine Dang Mingyan, 38 ans, était consacré évêque auxiliaire de Xi’an (l’antique capi­tale de la Chine) par Mgr Antoine Li Du’an, ordinaire du lieu (qui devait mourir moins d’un an plus tard, le 25 mai 2006) [18].

Le 20 septembre 2005, à Rome, Mgr Claudio Maria Celli, « son Excellence asia­tique », ainsi que l’appelait Jean-Paul II, recevait le Prix Freinademetz pour son « extraordinaire » contribution à une meilleure compréhension mutuelle des cul­tures et des peuples de Chine et d’Europe. L’abbé Hou, curé de la basilique de Sheshan près de Shanghai (grand centre de dévotion mariale pour toute la Chine), lisait une lettre de félicitations de Mgr Jin Luxian, qui reconnaissait que depuis l’accession au trône pontifical du pape Benoît XVI « les perspectives de re­lations entre la Chine et le Saint Siège s’étaient nettement améliorées » [19]. Et, lorsque Benoît XVI convoque un certain nombre d’évêques du monde entier à Rome pour un synode en octobre 2005, il invite quatre évêques de Chine « continentale » acquis à sa politique : justement Mgr Aloysius Jin et Mgr Antoine Li, évêques patriotiques de Shanghai et de Xi’an, qui venaient de consacrer deux auxiliaires avec sa permission, Mgr Luc Li, évêque souterrain devenu « officiel » de Fengxian (il a réussi le tour de force, on ne sait comment, d’entrer à la Conférence épiscopale patriotique sans rejoindre officiellement l’Association pa­triotique) et Mgr Joseph Wei, le jeune loup souterrain, promoteur de la Troisième Force pour l’union avec les patriotiques [20]. Voilà qui laisse clairement com­prendre de quel côté penche le coeur du pape actuel.

Le gouvernement communiste s’opposa finalement à la sortie de ces évêques. Cependant, entre janvier 2005 et mai 2006, quatre nouveaux évêques furent ac­ceptés à la fois par les autorités chinoises et par le pape. C’est ainsi que, dernier en date, Mgr Joseph Xu fut consacré évêque de Suzhou (province du Jiangsu) le 20 avril 2006 [21].

Le 25 mars 2006, à Rome, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États déclarait que les temps étaient « mûrs » pour une éventuelle normalisation des relations sinovaticanes et le 3 avril, à Pékin, dans un article du très officiel quotidien anglophone China Daily, le directeur de l’administration d’État pour les Affaires religieuses déclarait que « le contact » entre les deux parties était « continu, même s’il était difficile de fixer un calendrier » pour une normalisation des relations diplomatiques. Le 9 avril, l’évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Zekiun, s’est montré plus précis. Lors d’une émission télévisée, il a déclaré qu’à son avis, les rencontres entre des représentants du Vatican et des re­présentants des autorités chinoises allaient au-delà de simples « contacts ». « Mon impression est qu’ils sont entrés dans une phase de réels pourparlers », a-t-il précisé, ajoutant que les négociations se déroulaient à Rome [22]. Et puis bruta­lement, quelques jours plus tard, Pékin fait sacrer deux évêques sans l’accord, et même après le refus de Rome, et il semble que cela vienne des plus hautes autori­tés, sans doute le président Hu Jintao lui-même : le 30 avril, l’abbé Joseph Ma Yinglin, 40 ans, est sacré évêque « officiel » de Kunming (province du Yunnan) et le 3 mai l’abbé Joseph Liu Xinhong, 41 ans, évêque « officiel » de Wuhu (province de l’Anhui). Les deux impétrants avaient été informés du fait que leur candida­ture à l’épiscopat ne recevait pas l’assentiment de Rome. Mais le choix gouver­nemental n’était pas anodin. L’évêque intrus Ma vit habituellement à Pékin, où il exerce d’importantes responsabilités dans les structures officielles de l’Église. Secrétaire général de la conférence épiscopale « officielle », il est aussi l’un des vice-présidents de l’Association patriotique. C’est encore l’un des trois représen­tants du clergé catholique, qui siègent à l’Assemblée nationale populaire et sont donc membres du Parti. Autant dire que c’est un pion des communistes [23].

 

Le Saint-Père – a déclaré M. Navarro Valls, directeur de la salle de presse du Saint-Siège – a appris ces nouvelles avec un profond déplaisir étant donné qu’un acte aussi important pour la vie de l’Église qu’une ordination épiscopale, a été ac­compli dans les deux cas, sans respecter les exigences de la communion avec le pape. […] Il s’agit, ajoutait-il, d’une grave blessure contre l’unité de l’Eglise, pour laquelle, on le sait, sont prévues des sanctions canoniques [l’excommunication].

 

Le 7 mai, c’était au tour de Mgr Paul Pei Junmin d’être consacré évêque coad­juteur de Shenyang (province du Liaoning, dans l’ancienne Mandchourie), mais cette fois Rome avait donné son accord [24].

 

L’alternance de consécrations avec ou sans aval de Rome n'est cependant pas terminée. Ainsi l’abbé Jean Wang Renlei, 37 ans, vicaire général du diocèse pa­triotique de Xuzhou (province du Jiangsu) – qui est dit conciliant et craintif vis-à-vis du gouvernement – vient d’être sacré évêque de ce diocèse, le 30 novembre 2006, sans l’autorisation du pape. C’est la troisième consécration de ce type de­puis celles qui ont été faites d’un commun accord début 2004. La chaîne de télé­vision chinoise CCTV4 (destinée à l’étranger) a présenté la carrière du nouvel évêque , en insistant sur le fait que c’était le privilège du peuple de se déterminer sur ces questions. On a noté par ailleurs que Mgr Qian Yurong, 94 ans, évêque émérite de Xuzhou, très proche du gouvernement communiste, et l’un des rares évêques « patriotiques » à n’être pas reconnu par Rome, devait ordonner son propre successeur, mais qu’il a en fait été remplacé par Mgr Zhao Fengchang, évêque de Yanggu (province du Shandong), l’un des évêques consacrés en rébel­lion contre Rome, lors de la rupture retentissante de l’Épiphanie 2000. Mgr Qian assistait à la cérémonie, mais était trop vieux et malade, a-t-on laissé entendre. Fait en tout cas significatif, l’un des évêques qui avaient été enlevés par les agents du Bureau des Affaires religieuses pour être contraints à assister à la cérémonie, a réussi à s’échapper le temps qu’elle se déroule. Il s’agit de Mgr Li Liangui, évêque patriotique de Cangzhou (alias Xianxian, dans le Hebei), reconnu par le Saint-Siège. Finalement, seulement quelques centaines de fidèles étaient présents, contre plusieurs milliers ordinairement, mais il est vrai que la cérémonie n’avait été annoncée que quatre jours à l’avance.

Enfin, il faut constater que si le Vatican a exprimé « la profonde douleur » de Benoît XVI et rappelé les sanctions canoniques encourues en principe par ceux qui commettent un tel acte – « une ordination épiscopale illégitime est un acte objectivement tellement grave que le droit canonique établit des sanctions sé­vères pour ceux qui la confèrent et ceux qui la reçoivent » – il ajoutait immédia­tement : « toujours à condition que l’acte soit accompli dans une situation d’au­thentique liberté » ; cette liberté étant ainsi présentée comme douteuse, l’excom­munication latæ sententiæ ne semble pas s’appliquer et elle n’est en tout cas pas confirmée. C’est d’ailleurs l’argument utilisé par le Vatican depuis Jean Paul II, pour refuser de considérer le clergé patriotique comme schismatique, contraire­ment à ce qu’affirmaient Pie XII et Jean XXIII. Cette impunité vis-à-vis des consé­crateurs comme des ordinands est interprétée comme une faiblesse par Pékin, qui se sent ainsi conforté dans sa politique du fait accompli systématique et encou­rage même le clergé chinois à se laisser forcer la main par le gouvernement communiste. On est loin du courage des martyrs de l’Église clandestine !

En définitive, Pékin veut tenir la dragée haute au Vatican. La diplomatie va­ticane est réputée, mais les Chinois sont redoutables en cette matière. A tout le moins, le gouvernement chinois veut-il faire passer en force ses hommes dans la hiérarchie ecclésiastique avant un éventuel rétablissement des relations diploma­tiques avec le Vatican, ce qui lui permettrait de garder un certain contrôle à l’in­térieur même de l’Église de Chine. A cela, il faut sans doute ajouter les désirs vengeurs de l’Association patriotique, qui se sent marginalisée par les négocia­tions directes de Pékin avec le Vatican, à Rome même, et qui a prévu en consé­quence une vingtaine de consécrations sauvages pour un avenir proche.

Mais Pékin sait manier la carotte autant que le bâton. C’est ainsi que Mgr An Shuxin, l’évêque auxiliaire de Baoding, que nous avons cité plus haut, a été libéré le 24 août 2006, après plus de dix ans de détention. Bizarrement, d’évêque souter­rain, il devient évêque officiel, sans toutefois faire partie de l’Association patrio­tique. Il est le seul, avec Mgr Luc Li, évêque de Fengxian (déjà cité), à être dans ce cas de figure. Beaucoup de fidèles de son diocèse sont choqués de ce revirement. Que lui a-t-on fait miroiter du côté de Pékin ? Il semblerait en fait que ce soit le Vatican qui ait suggéré ce compromis – intégrer la conférence épiscopale offi­cielle, sans rejoindre l’Association patriotique – de façon à permettre une officia­lisation progressive de l’Église clandestine et faciliter les négociations entre la Ville Éternelle et l’Empire du Milieu.

 

Une pierre d’achoppement

 

Bien sûr, le bon Dieu sait toujours tirer le bien du mal. Du martyre moral subi par les évêques fidèles, des propres mains du pape, au nom duquel ils ont offert leur vie, sortira un plus grand bien. Ainsi, à l’occasion du Concordat de 1801, le sacrifice demandé aux évêques fidèles pour laisser la place aux anciens « jureurs », a permis le renouveau de la foi en France, non sans quelques avatars. Pourtant, à l’amertume de cette épreuve, s’ajoute en Chine le poison distillé par les modernistes romains que les souterrains boivent en toute confiance comme le bon lait de leur propre mère. L’abandon de ceux-ci par le Saint-Père étant main­tenant patent, les autorités chinoises risquent de se jeter à la curée sur ce qui sub­siste encore de l’Église du Silence.

Il reste cependant une solide pierre d’achoppement sur la route de la « réconciliation », obstacle que la diplomatie romaine a, semble-t-il, sous-estimé jusqu’ici. Au problème du schisme des patriotiques, s’ajoute celui de la validité des consécrations épiscopales. Il existe des cas concrets et patents où l’évêque patriotique, forcé de consacrer, a volontairement omis la forme de la consécration, car il ne voulait consacrer validement ! Les patriotiques eux-mêmes ont des doutes sur la validité de leurs consécrations, à tel point que certains de leurs prêtres vont se faire réordonner sous condition, aux Philippines ou ailleurs. Rome n’a pas encore répondu à cette objection. Pourtant, aujourd’hui, une très grande partie des évêques patriotiques sont issus de ce genre de consécrations douteuses. Il faudrait reconsacrer ou réordonner sous condition la plupart de ces évêques et prêtres patriotiques, et passer par pertes et profits tous les sacrements donnés aux fidèles, qui n’étaient pas des sacrements.

 




[1] — C’est le 14 janvier 1995 que Jean-Paul II lança son appel de Manille pour la réconciliation entre catholiques clandestins et « patriotiques » (voir ci-dessous). La démarche faite quelques mois plus tard par les catholiques souterrains constituait une réponse de leur part, et une sorte d’appel au secours.

[2] — Adresse électronique : ond.miles@mysunrise.ch

[3] — D’après le Mouvement des Trois Autonomies (équivalent protestant de l’Association patriotique des Catholiques chinois, également contrôlé par le PCC). Asia Focus, Union of Catholic Asia News (UCAN), Hong Kong, vol. 21, nº 36, 30 septembre 2005, p. 6. Les statistiques des différentes sources se recoupent à peu près, bien qu’il soit difficile d’avoir des chiffres exacts.

[4] — EDA 439, eglasie.mepasie.org cité par ZENIT.org le 24 avril 2006.

[5] — Self-government, self-teaching, self-support. 

[6] — Avvenire, dimanche 27 février 2005 : « Ciascuno deve tentare un passo verso la riconciliazione, ciascuno deve fare dono de la sua persona, del suo pas-sato,  della sua corragiosa testimonianza, dei sui momenti di debolezza, delle sue sofferenze presenti, nella speranza di pervenire a un futuro migliore. La meta è abbastanza chiara, ma il cammino che porta verso tale scopo sembra ancora nella nebbia. Dobbiamo azzardare a prendere como guide la luce dello Spiritu Santo e il perdone. »

[7] — Directive du 3 septembre 1988 du cardinal Joseph Tomko, préfet de la Sacra Congregatio pro Gentium Evangelizatione seu de Propaganda Fidei (Prot. 3314/88), rappelée par Mgr Eugène M. Nugent, représentant du Vatican à Hong Kong pour la Chine, le 3 juillet 2004.

[8] — Tripod, Hong Kong, n° 137, été 2005, p. 16-17.

[9] — Asia Focus, UCAN, Hong Kong, vol. 21, n° 36, 30 septembre 2005, p. 1.

[10] — Tripod, Hong Kong, n° 137, été 2005, p. 16-17, et ZENIT ZF06051606.

[11] — Chiffres donnés par la Civiltà Cattolica citée par 30 Jours, en contradiction semble-t-il avec le Guide de l’Église de Chine, édité par les Missions Étrangères de Paris en 2000, qui donne à l’époque : 78 évêques « patriotiques » et seulement 38 « souterrains ». Le chiffre de 78 est confirmé dans Asia Focus, UCAN, Hongkong, vol. 21, n° 34, 16 septembre 2005, p. 3), mais celui de 49 « souterrains » est surprenant, dans la mesure où il ne semble pas qu’il y ait eu 11 consécrations de souterrains en quelques années.

[12] — Sur les 1300 prêtres que compte aujourd’hui l’Eglise patriotique, 1200 ont été ordonnés depuis 1986. Et les proportions sont assez semblables dans l’Église souterraine (http:// www.mepasie.org/regards_asie/chine/index.htm).

[13] — L’adoption de la nouvelle liturgie s’est faite à des dates très différentes selon les régions. Dans la région de Pékin, l'Église clandestine a adopté la nouvelle messe en 1992. L'église patriotique à Pâques 1995. On continue cependant à célébrer la messe traditionnelle en quelques endroits. A Pékin, la nouvelle messe n'est apparue dans certaines églises qu'en septembre 2002.

[14] — Newsweek, 8 février 2006, « A “Single” Church », par Jonathan Adams, Taipei.

[15] —  Avvenire, dimanche 27 fécrier 2005 : « Ma le ferite i ranconri sono ancora così vivi que taluni sono inclini a proteggere la loro identità cattolica in modo settario ». — Voir Roger Etchegaray, Verso i Cristiani in Cina visti da una rana dal fondo di un pozzo, Milan, Mondadori Editore, 2005.

[16] — Newsweek, 8 février 2006, « A “Single” Church », par Jonathan Adams, Taipei.

[17] — Ibid.

[18] — Asia Focus, UCAN, Hong Kong, vol. 21, n° 34, 16 septembre 2005, p. 3.

[19] — Asia Focus, UCAN, Hong Kong, vol. 21, n° 36, 30 septembre 2005, p. 3.

[20] — Asia Focus, UCAN, Hong Kong, vol. 21, n° 34, 16 septembre 2005, p. 1.

[21] — ZENIT.org (4 mai 2006).

[22] — ZENIT.org (2mai 2006), citant eglasie.mepasie.org

[23] — ZENIT ZF06050207.

[24] — ZENIT ZF06051606.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 59

p. 193-206

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