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Les persécutions actuelles

en Chine communiste

 

Pour la plupart des gens, il n’y a plus de persécutions en Chine de­puis la mort de Mao (1976), le pays s’est même ouvert depuis Deng Xiaoping, et commerce aujourd’hui avec le monde entier. Les Jeux Olympiques s’y dérouleront d’ailleurs en 2008 !

En réalité, les catholiques sont toujours persécutés en Chine ; et si le pays s’est ouvert au capitalisme, il n’a pas rompu pour autant avec la tyrannie. Beaucoup des produits fabriqués en Chine et vendus à bas prix dans nos pays proviennent d’ailleurs tout simplement des camps de prisonniers.

Nous présentons ici un dossier en trois parties sur les persécutions en Chine communiste :

— un entretien avec madame Rose Hu, qui a connu l’arrivée de Mao Zedong en Chine, et a été 26 ans en camp de concentration ;

— le point sur la situation de l’Église souterraine de Chine au­jourd’hui ;

— une recension de l’ouvrage d’Harry Wu sur les camps de la mort actuellement en Chine communiste.

N’oublions pas les catholiques chinois dans nos prières !

Le Sel de la terre.

 

Préambule

Une évangélisation difficile

 

Le christianisme s’est répandu fort tôt en Chine (qui, dans l’anti­quité, n’était pas un empire fermé et isolé comme dans les temps mo­dernes, mais en contact avec l’Inde, la Perse, l’Occident, et en particu­lier avec Rome [1]).

Selon l’antique bréviaire chaldéen de l’Église Malabar, c’est par saint Thomas que le christianisme passa de l’Inde à la Chine. Bien plus tard, vers 635, des reli­gieux nestoriens vinrent s’installer à Xi’an (ancienne Chang’an, capitale de la Chine, actuelle province du Shaanxi) [2]. Leur mission entraîna la création de nombreux lieux de culte dans le Céleste Empire, quoique pour une partie très limitée la population. Cette expansion du christianisme en Chine fut réduite à néant par la grande persécution de 842-845 contre les « religions étrangères »  (persécution principalement dirigée contre le bouddhisme mais qui atteignit aussi le christianisme).

Il faut attendre la dernière décennie du XIIIe siècle pour voir le catholicisme revenir en Chine, avec les franciscains. L’un d’entre eux, Jean de Montcorvin, devint même archevêque de Pékin ; s’il eut maille à partir avec les nestoriens, il sut gagner la bienveillance de l’empereur [3].

Cependant, en 1368, une nouvelle dynastie arriva au pouvoir : les Ming, confucéens, hostiles à toute religion venant de l’étranger. Si l’on ajoute les diffi­cultés matérielles de communication entre Rome et la Chine, on comprend pour­quoi les missions franciscaines, prospères au début, finirent par dépérir lente­ment.

Saint François-Xavier (1506-1552) crut pouvoir pénétrer sur le continent chi­nois, mais il mourut sur l’île de Sancian en face de Canton, sans avoir pu réaliser son rêve. Ce dernier fut enfin mis à exécution par Matteo Ricci (1552-1610) et les premiers missionnaires jésuites [4]. Malheureusement, leur méthode d’apostolat comporta trop d’accommodements avec des rites chinois qu’ils permettaient aux nouveaux convertis : en particulier certaines cérémonies en l’honneur des an­cêtres, de Confucius et de l’empereur, qui n’étaient pas sans équivoque. Le pape Clément XI condamna ces pratiques en 1704, ce qui déclencha la colère de l’em­pereur Kangxi. Celui-ci expulsa les missionnaires, détruisit les églises et interdit la foi chrétienne. En 1742, Benoît XIV confirma les condamnations de Clément XI. Rome avait préféré sacrifier héroïquement les missions plutôt que de mettre en péril la pureté de la foi [5].

L’Église catholique renouvela ses tentatives. Les missionnaires furent plusieurs fois expulsés mais réussirent à laisser le soin des chrétiens à des prêtres chinois. Un certain essor fut possible à partir du milieu du XIXe siècle, où l’Église jouit d’une sécurité relative grâce à la protection des gouvernements étrangers. Mais la guerre des Boxers ruina de nouveau la chrétienté chinoise au début du XXe siècle, faisant des milliers de martyrs. Comme le sang des martyrs est semence de chré­tiens, l’Église vécut depuis lors en paix et son extension fut rapide. Dans le se­cond quart du XXe siècle, elle connut un développement extraordinaire et réussit à pénétrer toutes les classes du pays. Elle comptait alors trois millions et demi de membres.

En 1946, Rome put réorganiser la hiérarchie chinoise en établissant 137 dio­cèses répartis entre 21 provinces, comprenant des écoles, collèges, universités catholiques, qui préparaient des élites parmi le clergé et les fidèles, tandis que les hôpitaux, dispensaires, orphelinats, léproseries gagnaient à l’Église une recon­naissance grandissante dans tout le pays. L’Église de Chine pouvait alors se croire au début d’une période de grande prospérité.

Mais la Chine n’était pas seule au monde.

La Russie n’ayant toujours pas été consacrée au Cœur Immaculé de Marie du fait de la négligence des hommes d’Église [6], le communisme continuait à ré­pandre ses erreurs et sa domination sur un nombre grandissant de pays. La Chine devait être sa prochaine victime.

Depuis 1937, les communistes chinois avaient déjà commencé à persécuter l’Église, profitant de la guerre sino-japonaise. Toute avancée des communistes sur les Japonais se soldait par la confiscation des églises, l’arrestation des mis­sionnaires.

Une fois maîtres de toute la Chine, les communistes accordèrent aux catho­liques un certain répit. Mais dès 1950, la lutte reprit d’une manière hypocrite, sous couvert de patriotisme, spécialement à partir de la guerre de Corée. Pour montrer leur loyalisme, les chrétiens furent invités à purger leurs rangs de tous les « impérialistes » qui étaient censés s’y trouver, et à réclamer pour l’Église de Chine l’autonomie par rapport à Rome. Chasser les impérialistes de l’Église, c’était la purifier ; réclamer l’autonomie, secouer le joug de l’étranger, c’était faire œuvre de patriote et participer au relèvement national sous la conduite du chef illustre, le président Mao Zedong. Ceux qui ne dénonçaient pas les espions impé­rialistes mettaient en danger la sécurité du peuple et de l’État, et devaient être ju­gés par des cours extraordinaires de justice.

A la fin de novembre 1950, le Mouvement des trois autonomies (d’administration, de finances et d’apostolat), d’abord lancé dans l’Église protes­tante, se déclencha dans l’Église catholique. Cela aboutit à la création d’une Église catholique chinoise schismatique, à la solde du parti communiste, tandis que les évêques, prêtres et fidèles refusant de s’y soumettre subirent la plus ter­rible des persécutions [7] et s’installèrent dans la clandestinité où ils sont encore aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que Rose Hu fut arrêtée. Elle était présidente de la Légion de Marie à Shangai, et avait 21 ans. Laissons-la parler, maintenant réfu­giée aux États-Unis, où elle s’est mariée et où elle fréquente les chapelles de la Fraternité Saint-Pie X. Elle est interrogée ici par madame Karen Lee [8].

 




[1] — Dans son ouvrage L’Évangélisation apostolique du globe, Mgr Jean-Joseph Gaume (1802-1879) donne des faits tendant à prouver que l’Évangile aurait été porté en Chine dès les temps apostoliques, ce que semblent confirmer certaines découvertes archéologiques récentes.

[2] — La fameuse stèle de Xi'an, datée de 781, atteste de l'arrivée de ces religieux en 635. — Sur le nestorianisme, on peut se reporter à l’article de l’abbé Boniface, « Bref résumé de l’histoire de l’Église d’Orient » paru dans Le Sel de la terre 35, p. 166-204 ; et à la recension du Traité de l’incarnation contre Nestorius de Jean Cassien parue dans Le Sel de la terre 36, p. 239-242.

[3] — Jean Charbonnier, Histoire des chrétiens de Chine, ibid., p. 56-60.

[4] — Signalons la tentative de François de Capillas, dominicain (1608-1648), qui réussit à s’introduire en Chine et devint le protomartyr chinois, martyrisé avec dix compagnons.

[5] — Sur cette question, on peut se reporter à J. Bricout, Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, Paris, Letouzey et Ané, 1925, t. 2, col. 87-92.

[6] — Voir Le Sel de la terre 53, consacré au message de Fatima.

[7] — On lira avec profit l’ouvrage du P. Monsterleet S.J., Les martyrs de Chine parlent, Paris, Amiot-Dumont, 1953, dont nous nous sommes inspirés pour cette introduction ; de même le livre du P. François Dufay M.E.P., En Chine, l’étoile contre la Croix, Paris, Casterman, 1954.

[8] — La Fraternité Saint-Pie X a édité cet entretien en DVD (en langue anglaise). Il est suivi d’un exposé très documenté de M. l’abbé Trevor Burfitt (FSSPX) analysant l’infiltration communiste dans l’Église catholique. On peut acquérir ce DVD auprès de madame Karen Lee (soldierofchrist33@peoplepc.co) — L’entretien a été légèrement remanié pour Le Sel de la terre avec l’aide de madame Hu, qui a eu l’amabilité d’y ajouter le récit de la messe clandestine. La traduction a été faite par nos soins.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 59

p. 184

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