Quand le loup cherche à se cacher
Une censure aussi discrète qu’efficace protège Vatican II. Les Actes du Concile publiés par le Vatican ont soigneusement omis une phrase où Mgr Lefebvre dénonçait clairement la voix du loup qui se faisait entendre dans l’aula conciliaire.
Il s’agit d’un texte que Mgr Lefebvre a remis au secrétariat du Concile le 9 septembre 1965 sur le fameux « Schéma 13 » (qui allait devenir la constitution Gaudium et Spes). Ce texte de Mgr Lefebvre n’a pas été lu dans l’aula, mais il appartient quand même aux interventions officielles faites au Concile et il a été publié dans les Actes. Toutefois, on a supprimé habilement la dernière phrase (nous la soulignons en italique) :
Cette constitution pastorale n'est ni pastorale, ni émanée de l'Église catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d'autre part, jamais l'Église n'a parlé ainsi. Cette voix, nous ne pouvons l'écouter, parce qu'elle n'est pas la voix de l'Épouse du Christ. Cette voix n'est pas la voix de l'Esprit du Christ. La voix du Christ, notre Berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous l'ignorons. Le vêtement est celui des brebis ; la voix n'est pas celle du Berger, mais peut-être celle du loup [1].
Voici le texte publié par les Actes :
Hæc constitutio pastoralis neque est pastoralis neque dimanat ab Ecclesia catholica, quia non pascit homines et fideles veritate evangelica et apostolica, et quia nequaquam sic locuta est Ecclesia. Vocem hanc audire non possumus quia non est vox Sponsæ Christi. Hæc vox non est Spiritus Christi. Christi et Pastoris nostri vocem cognoscimus. Hanc vocem ignoramus [2].
Si l’on compare avec le texte qui a été remis au Concile (voir le fac-similé ci-après [3]), on voit qu’on a supprimé les mots : « Vestis est ovium, attamen vox non est Pastoris sed forsan lupi (le vêtement est celui des brebis ; la voix n'est pas celle du Berger, mais peut-être celle du loup). » Visiblement cette phrase gêne. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : le diable, pour agir, a besoin de dissimuler sa présence.
Non seulement Satan a introduit sa fumée dans l’Église de Dieu [4], mais il y a fait entendre sa voix. Merci à Mgr Lefebvre de l’avoir dit, de l’avoir écrit. A nous de veiller à ne pas nous laisser tromper.
Ce n’est pas le premier « arrangement » que la Rome conciliaire se permet avec les textes. Rappelons, par exemple, le cas des « semences du Verbe » : on nous affirme que les Pères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme des « semences du Verbe », alors qu’il n’en est rien (voir l’éditorial du Sel de la terre 38).
Autre manière de « s’arranger » avec la vérité : l’occulter. La Rome conciliaire est passée maîtresse dans cette méthode : les catholiques contemporains ignorent pratiquement tout ce qui a précédé le Concile, et notamment les textes du magistère qui condamnent les erreurs de l’Église conciliaire.
Ce silence est affecté, puisqu’on ne répond rien quand ces contradictions sont signalées. A moins que l’on ne réponde, comme le fit Paul VI à Mgr Lefebvre : « Ce n’est pas le lieu dans cette lettre de reprendre chacun de ces problèmes [5]. »
Cet esprit de mensonge, pour appeler les choses par leur nom, empêche la confiance. On comprend dès lors la prudence de Mgr Fellay qui demande des « préalables » à toute discussion avec Rome, afin de rétablir la confiance perdue.
[1] — Lefebvre Mgr Marcel, J’Accuse le Concile, Martigny, 1976, p. 93.
[2] — Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Œcumenici Vaticani II, Volumen IV (Periodus quarta), Pars II, 1977, p. 784.
[3] — Archives de Mgr Lefebvre, Écône, E 02, 04.
[4] — « Par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le Peuple de Dieu. […] On croyait qu’après le Concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude. [Paul VI, 29 juin 1972, DC 1613, 16 juillet 1972, p. 658.]
[5] — Lettre du 11 octobre 1976. Si ce n’est pas le lieu dans une lettre de dix-huit pages, ce ne sera jamais le lieu.

