Juifs et chrétiens sous l’islam
Voilà une historienne qui pulvérise plusieurs préjugés favorables à l’islam : Bat Ye’or – chercheuse d’origine égyptienne, de nationalité britannique, de religion israélite – étudie depuis plus de trente-cinq ans la situation légale et réelle des chrétiens et des juifs qui ont été conquis par les musulmans à partir du VIIe siècle.
Dans son dernier livre Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam, s’appuyant sur de très nombreux textes et références tirés du Coran, des juristes musulmans et des historiens, Bat Ye’or expose le calvaire qu’ont vécu les peuples chrétiens conquis par les armées musulmanes et peu à peu annihilés par la législation coranique. Elle montre comment, après s’être emparé du gouvernement, un petit nombre de musulmans a pu dominer ces peuples grâce à des lois politico-religieuses qui codifient minutieusement les rapports entre musulmans, chrétiens et juifs. Les musulmans sont les croyants ; les autres, qualifiés d’incroyants, infidèles méprisables, doivent être humiliés légalement pour qu’ils abandonnent leurs « erreurs ».
Le monde doit être islamisé
de gré ou de force
Bat Ye’or prouve par la législation coranique que les musulmans qualifiés d’intégristes sont les vrais musulmans, ceux qui prennent le Coran au sérieux, vivent selon ses normes et le mettent en application. C’est une affaire de dogme, une question de conscience. Selon la foi musulmane, les juifs et les chrétiens sont des falsificateurs de la Bible (Coran III, 17 ; II, 84, 103). Le Coran, en revanche, ne peut pas contenir d’erreur, c’est la vérité divine révélée une fois pour toutes.
Le dogme musulman postule la nature divine du Coran et de la prédication de Muhammed : celui qui obéit au prophète obéit à Dieu (Coran IV, 82, 106 ; VI, 114). Muhammed est le dernier des prophètes envoyé par Dieu pour instruire l’humanité [p.16].
Le Coran, mais aussi la vie et les agissements de Muhammed sont la règle à suivre. Or c’est par la guerre que Muhammed et ses premiers compagnons se sont imposés. Ce sont donc les musulmans qui, aujourd’hui, mènent ou prêchent la guerre sainte (djihad), qui sont les vrais disciples, obéissants et sérieux. Toute l’histoire islamique leur donne raison. Les traiter d’extrémistes, c’est ignorer leur religion ou bien s’aveugler volontairement.
A cause de leur philosophie idéaliste et de leurs jugements a priori, nos évêques, hommes politiques et journalistes vivent dans un irréalisme irresponsable et dangereux. Ils fabriquent un islam imaginaire, qui n’est pas celui du Coran ni de l’histoire. Tous leurs efforts pour fabriquer un islam modéré risquent fort de servir tôt ou tard la cause du véritable islam, celui du Coran et de l’histoire, c’est-à-dire du djihad et des guerres civiles. C’est une bombe, toujours prête à exploser entre leurs mains. Car la doctrine du djihad est considérée comme divine par les musulmans. Elle
divise les peuples de la terre en deux groupes irréconciliablement : les musulmans habitant du dar al-islam, pays soumis à la loi islamique ; et les infidèles – habitants du dar al-harb (harbis), pays de la guerre, destinés à passer sous juridiction islamique, soit par la conversion de leurs habitants, soit par la conquête armée. Le djihad est l’état de guerre permanente ou d’hostilité du musulman contre le dar al-harb, jusqu’à la soumission définitive des infidèles et la suprématie absolue de l’islam sur le monde [p. 25].
Il s’agit là d’un dogme, vérité divine, indiscutable, supérieure à la démocratie et aux lois humaines. Vouloir remplacer le Coran par les Droits de l’homme ne peut qu’être une folie, un non sens pour les musulmans qui prennent leur religion au sérieux. Il est vrai que certains musulmans intelligents savent profiter des circonstances. Ils voient que les Droits de l’homme favorisent l’expansion de leur religion dans les pays jadis chrétiens, aujourd’hui sans conviction, foi, ni loi religieuse. Ces musulmans clairvoyants savent que le temps travaille en leur faveur et qu’ils ne peuvent exiger d’emblée un État islamique en France, par exemple. Mais demain, quand ils seront plus nombreux, quand une bonne partie des actuels disciples de Voltaire et Rousseau se seront faits musulmans tandis que les autres, victimes de la révolution, auront volontairement renoncé à transmettre la vie et leurs valeurs, ce ne sont pas alors les idées folles et les paroles creuses des athées qui empêcheront l’islam coranique de s’imposer.
Les musulmans ne peuvent pas changer une doctrine qu’ils croient d’origine divine ; ils estiment en revanche tout à fait licite de tromper leur interlocuteur, puisqu’ils sont en état de guerre. Tant pis pour ceux qui ne le savent pas ou ne veulent pas comprendre la doctrine musulmane au sujet du djihad. Nos penseurs libéraux, indifférents ou antichrétiens, incapables de comprendre l’islam (dont le vocabulaire a un sens précis, juridique et dogmatique) vivent vraiment sur une autre planète. Le djihad n’est un accident ni dans l’histoire ni dans les institutions musulmanes.
Bat Ye’or démontre que :
1. le djihad est une institution militaro-religieuse destinée à propager l’islam (Coran IX, 29) ;
2. le djihad n’est pas l’œuvre de quelques fanatiques qui exagèrent ;
3. c’est par le djihad que tout le Proche-Orient chrétien a été conquis et détruit. La majeure partie des pays aujourd’hui musulmans ont d’abord été conquis par le djihad, puis progressivement islamisés par les lois musulmanes.
Les jurisconsultes musulmans, fondateurs du droit islamique développèrent la doctrine du djihad à partir du Coran et des hadits [les dits de Muhammed]. Le djihad est une obligation divine. […] De deux choses l’une : ou bien ils [les non-musulmans] se convertiront à l’islamisme, ou bien ils payeront la capitation [impôt spécial], sinon on leur fera la guerre [1].
La dhimmitude : régime de ségrégation religieuse
Bat Ye’or décrit comment les masses chrétiennes du Proche-Orient, trahies par leurs élites religieuses et civiles, ont été soumises à une poignée de guerriers musulmans, puis progressivement humiliées, méprisées et exploitées légalement ; parfois terrorisées et massacrées ; finalement islamisées (pages 39, 86). Les chrétiens et les juifs soumis à l’islam sont appelés dhimmis, citoyens de seconde zone destinés à servir l’islam, payer des impôts spéciaux, alimenter le fisc et les armées musulmanes.
Ces peuples enchaînés par un carcan juridico-dogmatique sont toujours et partout inférieurs aux musulmans. Ils ne pourront jamais s’en libérer à moins de renier leur religion en se faisant musulmans.
Une analyse quelque peu attentive de la condition du dhimmi révèle, qu’à certains égards, elle fut inférieure à celle de l’esclave. Celui-ci en effet, bien que privé de liberté ne souffrait pas comme le dhimmi d’un avilissement obligatoire et constant prescrit par la religion. Le mépris de la personne humaine et son infériorisation érigée en un principe théologique et politique, constituent un aspect majeur de la civilisation de la dhimmitude [p. 86].
C’est pourtant cette civilisation musulmane que nos « philosophes » et tous les ingrats anticatholiques ont chanté depuis le XVIIIe siècle, pour mieux dénigrer l’Église.
Liberté religieuse ?
Il va de soi que les chrétiens, comme les juifs, ne jouissent pas, sous l’islam, de la liberté religieuse telle qu’elle est prônée actuellement. A peine tolérés, soumis à une réglementation minutieuse qui souligne à chaque instant leur infériorité, ils n’ont le droit ni de construire de nouvelles églises, ni de défendre leur religion, ni de la prêcher aux non-chrétiens. Leurs chefs religieux dépendent totalement du gouvernement musulman.
L’élection du patriarche n’étant validée que par le calife, toute résistance à la politique d’islamisation fut impitoyablement éliminée du sein même de l’Église dont le clergé servit, en bien des cas, de courroie de transmission du contrôle islamique sur les masses chrétiennes (p. 38).
Quand la violence légale ne suffisait pas, la violence physique était employée :
D’un bout à l’autre du dar al-islam, des vagues de conversion forcées accompagnées de massacres accompagnèrent les conquêtes et se répétèrent à certaines époques au Maghreb, en Espagne, Égypte, Mésopotamie, Iran, Arménie, Anatolie et dans les Balkans [p. 39].
La chose est d’autant plus facile que le droit religieux islamique interdit aux non-musulmans de porter ou posséder des armes.
La prohibition du port d’armes pour des groupes spécifiques plaça dans une situation d’insécurité permanente et d’infériorité humiliante les masses indigènes par rapport à des populations allogènes, pour lesquelles le principe de la guerre était érigé en obligation sacrée [p. 42].
Le mythe de la tolérance islamique
Actuellement, par exemple, en Arabie Saoudite,
la chari’a [loi islamique] est strictement appliquée et la pratique du culte [islamique] est obligatoire. Les chrétiens représentent une population de travailleurs immigrés se chiffrant entre un demi-million et un million. Les églises, l’importation de Bible, de livres de prières et la célébration du culte (chrétien) y sont strictement interdites. La police religieuse punit sévèrement toute infraction par la destruction des oratoires clandestins, des tabernacles, des missels et de tout objet de culte. Les officiants sont traqués, emprisonnés, maintenus au secret et, dans les meilleurs des cas expulsés [p. 230].
L’Iran a expulsé tous les prêtres étrangers ; toutes les librairies chrétiennes ont été fermées, les livres des Évangiles destinés à la propagande confisqués et détruits :
Toutes les activités chrétiennes sont contrôlées par le ministre de la culture et de l’orientation islamique […]. Les chrétiens doivent obtenir la permission d’imprimer leurs bulletins paroissiaux et ne sont pas autorisés à construire de nouvelles églises. Ils peuvent seulement rénover les bâtiments anciens à condition de n’y adjoindre aucune construction nouvelle [p. 232].
Telle est, en fait, la tolérance islamique lorsqu’elle est mise en application.
Dans tous les pays musulmans, les chrétiens sont aujourd’hui encore soumis à la discrimination, au mépris et à la persécution légale ou populaire. Mais il y a un
silence général sur cette situation partout endémique depuis de nombreuses années, à croire que la persécution des non-musulmans dans les pays islamiques, tout comme la dhimmitude, constituent des sujets expressément interdits. Cette interdiction émane des églises elles-mêmes et particulièrement des églises arabes [p. 242].
Ce silence est imposé « par crainte des représailles contre les populations chrétiennes inoffensives et désarmées ».
L’auteur fournit aussi des données intéressantes sur la situation actuelle des chrétiens en Égypte, Soudan, Jordanie, Turquie, Pakistan, etc.
Le dialogue islamo-chrétien
profite à l’islam
Bat Ye’or dénonce le dialogue islamo-chrétien qui culpabilise la chrétienté. On oublie de mentionner que c’est l’islam qui a conquis et supplanté sur trois continents les peuples chrétiens et leur civilisation.
La dénonciation des croisades, la satanisation de l’impérialisme et du colonialisme, comme l’accusation d’une participation de l’Europe à la création d’Israël, tendent à imputer à l’Europe une dette morale envers le monde musulman, équivalent de la réflexion chrétienne face à la shoa. Ce courant culpabilisant l’Occident rassemble laïcs et ecclésiastiques [p. 292].
Un cri d’alarme
En conclusion, Bat Ye’or, en s’appuyant sur des centaines d’auteurs (41 pages de bibliographie et 38 pages de documents), démontre qu’il n’y a jamais eu de coexistence pacifique durable entre musulmans et chrétiens et juifs ; que partout où l’islam a triomphé, les chrétiens et les juifs ont été brimés, méprisés et persécutés légalement ; que le mythe de la tolérance islamique a été inventé au XIXe siècle pour protéger l’Empire ottoman contre la Russie (p. 52, 297). Finalement, la désinformation et la falsification délibérée de l’histoire en faveur d’un islam occidentalisé, profitent au vrai islam et lui livrent le pouvoir sur les peuples européens. Ce livre est un vrai cri d’alarme. L’historienne juive qui le lance a étudié durant toute sa vie la situation des peuples soumis à l’islam. Elle sait de quoi elle parle, et en donne des preuves. Son œuvre ne devrait pas déplaire aux musulmans, puisqu’elle met en valeur le véritable islam – sa doctrine constante, son histoire authentique – libéré de la falsification humanitaire. Mais elle sera surtout utile aux non-musulmans pour qu’ils prennent les vrais musulmans au sérieux en connaissant mieux leur doctrine et puissent se libérer de la désinformation entretenue, volontairement ou non, par quelques idéologues et journalistes athées qui s’arrogent le pouvoir infaillible de faire et défaire la religion de gens sincèrement croyants.
L’œuvre de Bat Ye’or contient une richesse extraordinaire d’informations historiques sur la situation des chrétiens en régime islamique. En la recommandant, nous ne faisons évidemment pas nôtres toutes les positions de l’auteur. Mais l’ouvrage est à lire, à méditer, à prêter et propager, spécialement auprès des évêques, des prêtres, des hommes politiques et des journalistes pour qu’ils aient un son de cloche différent de celui qu’ils entendent habituellement.
abbé Michel Boniface
Bat Ye'or, Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l'islam, Paris, Berg international éditeurs, 2005, 420 pages. (Ce livre a été traduit en anglais et en allemand.)
Du même auteur :
1) Les Juifs en Égypte, Genève, édition de l’Avenir, 1971.
2) Le Dhimmi. Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe, Paris, Anthropos, 1980.
3) Les chrétiens d’Orient entre djihad et dhimmitude, VIIe-XXe siècle, Paris, Cerf, 1991.
4) Eurabia, l’axe euro-arabe Paris, Jean-Cyrille Godefroy, 2006. « Ce livre décrit la transformation de l’Europe en “Eurabia”, une extension culturelle et politique du monde arabo-musulman. Eurabia est fondamentalement antichrétienne, antioccidentale, antiaméricaine et antisémite », dit Bat Ye’or.
[1] — Ibn Abi Zayd al-Qayrawani, La Risala (épître sur les éléments du dogme et de la loi de l’islam selon le rite malakite) ; Léon Bercher, (5e édition), Alger, 1960, p. 163, cité par Bat Ye’or, p. 25.
Informations
L'auteur
Membre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l'abbé Michel Boniface est né dans une famille de rite syriaque catholique, originaire de Mésopotamie du Nord (Turquie de l'Est).
La plupart de ses ancêtres ont été massacrés dans le génocide de 1915, à Tur-Abdin.
Le numéro

p. 192-197
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