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Quand la Nouvelle Droite réécrit l’Histoire

 

Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au gré de leurs passions […] ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers des mythes.

Saint Paul (2 Tm 4, 3-5).

 par Michel Defaye


Une esquisse historique de la mouvance dite « Nouvelle Droite » a été présentée par Geoffroy Daubuis dans le numéro 60 du Sel de la terre [1]. Dans le présent article, Michel Defaye complète cette première approche en étudiant la réécriture de l’histoire chez les idéologues néo-droitiers.

Le Sel de la terre.

 

« Le terrain historique est le lieu par excellence où se  déploie le combat culturel du GRECE (Groupement de  Recherche et d'Études pour la Civilisation Européenne) [2]. » Ainsi s’exprime Olivier Moos dans une étude relative à l’antichristianisme des doctrinaires de la Nouvelle Droite. En effet, l’histoire bénéficie d’un traitement de faveur chez Dominique Venner, Philippe Randa, Pierre Vial, Alain de Benoist, Jean Mabire [3]. L’histoire n’est qu’un instrument de combat culturel pour amener les lecteurs à se réapproprier l’Europe « boréenne » c’est-à-dire païenne. Pour que cette histoire soit « revalorisée et vécue », écrit André Duchenoy dans la revue Éléments [4] elle « doit surtout et d’abord être transmise aux jeunes générations » et Dominique Venner indique la voie à suivre : « Revenir aux sources signifie que l’on doit préalablement nettoyer les broussailles masquant le chemin parcouru à l’envers afin de parvenir à l’essence de la tradition [5]. »

Pour aider leurs lecteurs à retrouver la « tradition » païenne, les historiens de la Nouvelle Droite bénéficient de plusieurs supports allant des revues aux livres, en passant par les sites internet. A travers eux, ils s’adressent à un public varié où l’on trouve à la fois le païen non-conformiste et le catholique féru d’histoire. Dès les années 1980, la Nouvelle Droite lance une première revue de vulgarisation : Histoire-Magazine, publiée jusqu’en 1984. Le rédacteur en chef est Philippe Conrad et de nombreux auteurs classés « à droite » apportent leur contribution. A cette première publication succède Enquête sur l’Histoire, dont le premier numéro paraît en 1991 et qui survit une petite décennie à un rythme trimestriel. Cette fois, la direction de la rédaction est confiée à Dominique Venner. Très proche quant à la forme de Histoire-Magazine, la revue Enquête sur l’Histoire marquait davantage son appartenance à la ligne éditoriale de la Nouvelle Droite. Enfin, le dernier-né de cette mouvance, La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) se trouve dans les kiosques depuis juillet 2002. Dominique Venner est encore directeur de la rédaction de ce bimestriel d’une soixantaine de pages, à la présentation soignée. Une autre revue, Visages de l’Histoire [6], voit le jour en 2000 mais disparaît en 2002. Son directeur, Philippe Randa, crée alors les éditions Dualpha, spécialisées dans les publications à caractère historique, ésotérique… et érotique.

A partir de ces auteurs et de ces revues (mais aussi des revues Éléments et Nouvelle École) nous examinerons trois thèmes récurrents :

1. —   le « romantisme historique » (avec une présentation mytho-romanti­que du paganisme) ;

2. —   le « pagano-christianisme » (ou la dénaturation de l’histoire du christianisme) ;

3. —   une réécriture de l’Histoire (ou les omissions par une histoire idéologi­que).


–– I ––

Une présentation mytho-romantique de l’Antiquité païenne

A lire les penseurs de la Nouvelle Droite (Dominique Venner, Alain de Benoist, Jacques Marlaud, Pierre Vial et Philippe Randa), l’Antiquité païenne a été une époque à nulle autre pareille. L’ère du paganisme antique fut une période de rêve, une sorte de paradis sur terre, un univers sans contrainte morale, sans guerre de religions, sans faute originelle, où l’unité s’enracinait dans la conscience d’une commune origine (mythique), celle des « Boréens ». Dominique Venner nous explique le sens de ce terme, cher aux néo-droitiers. Pour lui, Celtes, Germains, Hellènes, Hittites, peuples d’Asie, « pensaient que leur berceau primordial se trouvait dans un “ Nord ”mythique et imprécis. L’Inde védique, l’Iran ancien, la Grèce, le monde celtique et germanique ont conservé le souvenir légendaire d’un habitat nordique désigné comme “ les îles au nord du monde ”, le “ pays des Dieux ” ou le “ pays des Hyperbo­réens ” . »

Ce monde fut, selon Venner, « l’une de nos civilisations premières, [avec] ses dieux solaires, ses déesses-mères, ses héros invaincus, ses légers chars de guerre, les trésors somptueux de ses palais, ses longues barques audacieu­ses […] ». Ces peuples religieux cohabitaient aimablement sous le soleil « radieux » du paganisme et vivaient proches de la nature :

Pendant des dizaines de milliers d’années, les hommes des contrées européennes ont vécu de la sorte dans un monde religieux qu’ils avaient créé. Les bois, les vallons, les rivières, les pierres elles-mêmes, étaient habités par les dieux, les nymphes ou les fées. Tout était rite : travail, pêche, chasse, amour, fêtes, danses, art et jusqu’aux tâches les plus infimes de la vie [7].

Selon Alain de Benoist, dans ce monde heureux, « sorti du hasard chaoti­que », l’homme vivait dans un « ordre harmonieux » avec tous les êtres existants :

Le cosmos du paganisme est un ordre harmonieux, qui ordonne dans une totalité parfaite l’infinité des formes du possible auxquelles la physis donne réalité. Ce monde-ci, le même pour tous, nul des dieux ni des hommes ne l’a fait (Héraclite, fragm. 30), ce qui signifie que tous les êtres, animaux, humains ou divins, y sont également rattachés.

Et le paganisme, « indifférent au nombre des dieux », garantissait « la liberté religieuse, car il ne voyait pas d’atteinte à la vérité dans la religion des autres [8] ». Cette liberté religieuse assurait la paix des sociétés :

Ce qui frappe lorsque l’on étudie les plus anciennes religions de l’Europe – les religions païennes –, c’est précisément qu’elles ignorent toute forme d’intolérance proprement religieuse. Ce sont des religions polythéistes, auxquelles adhèrent des peuples qui n’imaginent pas un instant devoir repro­cher aux autres peuples de sacrifier à d’autres divinités. Ces religions sont étrangères au fanatisme. Elles ignorent la persécution religieuse, la croisade contre les « infidèles » ou « les mécréants », la guerre au nom de Dieu [9].

Alain de Benoist et Dominique Venner oublient de dire que ces religions païennes, si elles coexistaient, plongeaient les populations dans la terreur des sacrifices humains, des pratiques guerrières et des superstitions diaboliques. Depuis le péché de nos premiers parents, Adam et Ève, jusqu’à l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, le genre humain tout entier, à l’exception du peuple hébreu, vécut sous le joug tyrannique de Satan qui se fit élever des temples sur tous les lieux de la terre et se fit rendre un culte par le sacrifice humain et par la guerre ritualisée.

 

Le sacrifice humain (en particulier l’infanticide), phénomène universel chez les païens

« Tous les dieux des païens sont des démons » affirme le psalmiste [10], et ces démons avaient soif de sang humain [11]. Le sacrifice est une notion naturelle à l’homme et il aurait existé sans la chute originelle, mais elle fut détournée de sa fin par Satan l’ennemi du genre humain. L’usage horrible et universel des sacrifices humains pour venger (ou pour apaiser) les dieux est établi d’une manière incontestable par le témoignage de nombreux auteurs de l’Antiquité : cette pratique était enracinée chez les sauvages des plus lointains pays jusqu’aux sociétés les plus policées.

Tacite (vers 55-120) rapporte dans son ouvrage Sur l’origine et le pays des Germains, comment ces derniers sacrifiaient au dieu Wodan :

Parlons de leurs dieux. C’est Mercure qu’ils vénèrent le plus. Pour se le concilier, ils vont jusqu’à lui sacrifier certains jours des êtres humains et trouvent cela conforme aux lois divines [12].

L’un des témoignages les plus importants sur les sacrifices humains chez les Celtes est dû au géographe grec Strabon (vers 57 avant Jésus-Christ-25 après Jésus-Christ) dans son ouvrage magistral intitulé Géographie [13] :

Ils [les Celtes] cherchaient des présages dans les convulsions d’un homme, désigné comme victime, qu’on frappait dans le dos d’un coup d’épée. Ils ne sacrifiaient jamais sans qu’un druide fût présent. On cite aussi plusieurs formes de sacrifices humains chez eux : par exemple, on tuait certaines victimes à coups de flèches, ou on les crucifiait dans les temples, ou encore on confection­nait une effigie géante de paille et de bois, et après avoir jeté dedans des bestiaux et des animaux sauvages de tout genre et des hommes, ils en faisaient un holocauste.

La Grande-Bretagne a récemment livré le corps bien conservé d’un jeune homme sacrifié au IVe siècle avant Jésus-Christ. « Il était nu, à l’exception d’un bracelet en poils de renard. Ses ongles soignés indiquent l’appartenance à l’élite sociale. Il fut étranglé, égorgé et assommé, une triple manière de donner la mort qui relève d’un rituel complexe, attesté pour la première fois [14]. » Le pollen de gui retrouvé dans l’estomac de la victime indique le lien du sacrifice avec les pratiques attribuées aux druides.

Plutarque (biographe grec, vers 40–vers 120) s’indigne de telles pratiques :

N’aurait-il donc pas mieux valu pour les Gaulois de jadis et les Scythes n’avoir absolument aucune notion des dieux, aucune imagination, aucune tradition à leur sujet, que de penser qu’il existe des dieux qui se réjouissent du sang d’hommes égorgés et pensent que c’est là la perfection dans le rite et dans le sacrifice [15] ?

Avant leur conversion au christianisme sous Vladimir le Grand, (au Xe siècle après Jésus-Christ), les Russes sacrifiaient régulièrement au dieu Péroun.

En Phénicie comme en Chaldée, chaque ville avait son dieu : le Baal n’était apaisé que par des victimes, surtout les enfants des familles nobles, brûlés vifs devant la statue pendant que les mères assistaient à la scène. Installés avec leurs dieux sur le pourtour méditerranéen, les Phéniciens laissèrent un peu partout des champs d’urnes sacrificielles. Actuellement mis à jour à Carthage, à Hadrumète (Sousse), à Constantine, à Tharros, ils « témoignent de la persis­tance de l’usage de sacrifier des enfants ou leurs substituts animaux jusqu’à l’époque romaine. Cette preuve archéologique confirme le témoignage d’un Tertullien […] dont les paroles nettes et claires ne permettent pas de douter que la pratique de sacrifier des enfants à Saturne, l’ex-Baal Hamon, ait persisté en Afrique jusqu’aux IIe-IIIe siècles après Jésus-Christ [16] ». Voici le récit de Tertul­lien :

Des enfants étaient immolés publiquement à Saturne, en Afrique, jusqu’au proconsulat de Tibère, qui fit exposer les prêtres de ce dieu, attachés vifs aux arbres mêmes de leur temple, qui couvraient ainsi ces crimes de leur ombre, comme autant de croix votives : je prends à témoin les soldats de mon père qui exécutèrent cet ordre du proconsul. Mais, aujourd’hui encore, cet exécrable sacrifice continue en secret. C’étaient leurs propres parents qui venaient les lui offrir eux-mêmes, qui s’acquittaient « de bon cœur » (libentes) d’un vœu et qui caressaient leurs enfants, pour les empêcher de pleurer au moment où ils étaient immolés [17].

Chez les Perses, les prêtres prédisaient l’avenir à partir des entrailles d’hommes et de jeunes filles immolés au dieu Mithra. L’historien grec Hérodote (vers 484 avant Jésus-Christ - vers 420) rapporte que Xerxès (roi des Perses) sacrifia neuf jeunes garçons et neuf jeunes filles près du fleuve Strymon. Amestris, sa femme, fit enterrer quatorze enfants des plus illustres familles de son royaume pour sauver sa vie !

Les sacrifices humains étaient aussi généralisés chez les peuples méso-américains. Ils avaient pris des dimensions effrayantes lorsque les Espagnols débarquèrent en Amérique. Chez les Aztèques, lors de l’inauguration de la principale pyramide de Mexico, en 1487, ce fut un véritable carnage : certaines sources parlent de 80.400 victimes immolées en quatre jours ; d’autres n’en mentionnent que 20.000 ! L’immolation normale se faisait en haut du temple : ses ongles arrachés, la victime était allongée sur la pierre d’autel, le prêtre lui arrachait le cœur et l’élevait en l’air pour l’offrir au soleil, avant de le jeter dans une coupe ; le corps était précipité par les degrés de la pyramide et roulait jusqu’en bas où il était décapité. Il était souvent cuit avec du maïs, et utilisé pour des festins d’anthropophagie sacrée [18].

Les Aztèques n’avaient pas l’exclusivité de ces pratiques sanguinaires. Les Mayas, les Zapotèques, les Tarasques, les Incas, les Moches multipliaient, eux aussi, les sacrifices humains « pour la bonne marche de l’univers ». Les Moches étaient un peuple guerrier du nord-ouest de l’actuel Pérou. Les céramiques et les objets retrouvés dans cette région témoignent de la grande cruauté de ce peuple : alignement de nombreux prisonniers éventrés le long d’un mur, présentations répétées voire systématiques de scènes meurtrières à caractère guerrier ou sacrificiel. Leur principal dieu se nommait Ai-apaec, c’est-à-dire décapiter ; il est représenté tenant un couteau dans une main et de l’autre une tête pendue par les cheveux !

En Inde, les sacrifiés étaient offerts à la déesse Kali, pendant que les parti­cipants lui souhaitaient « bon appé­tit ». Mère de l’hindouisme, Kali est représentée quasi nue, la peau noire ou bleu foncé, le regard féroce, la bouche ensanglantée, la langue tirée. Des guirlandes de serpents autour du cou et des corps d’enfants sont accro­chés à ses oreilles. Portant un long collier de crânes humains, elle danse avec un pagne formé de bras coupés. Elle possède, enfin plusieurs mains dont une tient une tête décapitée, une autre, une hache ensanglantée… !

La secte indienne des Thugs pratiqua ainsi des sacrifices humains jusqu’au début du XXe siècle [19]. Lors des rites sacrifi­ciels, ils s’exclamaient :

Kali ! Kali ! Kali ! déesse aux dents terribles ! Rassasie-toi, déchire, broie tous ces lambeaux ! Mets-les en pièce avec cette hache ! Prends ! prends ! saisis ! arrache ! Bois le sang à longs traits.

En Océanie et particulièrement en Polynésie, les sacrifices humains étaient pratiqués comme le révéla James Cook. D’après l’historien Manéthon de Sebennytos [20], les anciens Égyptiens sacrifiaient quotidiennement trois hommes, jusqu’à ce que le Pharaon Amasis (569-539) les remplaçât par trois statues de cire.

Les Bédouins du désert pratiquaient encore le sacrifice humain au Ve siècle après Jésus-Christ. Comme en témoigne saint Nil le Jeûneur, disciple de saint Jean Chrysostome, ils recherchaient spécialement les jeunes gens dans la fleur de l’âge et les sacrifiaient à l’aube.

Même les deux peuples les plus civilisés de l’Antiquité, les Grecs et les Romains, n’y échappèrent pas et cette question a souvent gêné les spécialistes des cultures grecque et romaine. Le sacrifice humain est souvent présent dans les récits mythologiques : Agamemnon veut sacrifier sa fille Iphigénie à Diane. Homère relate également le sacrifice de douze jeunes Troyens qu’Achille immola aux mânes de son ami Patrocle. Dans la réalité : Thémistocle, avant la bataille de Salamine, sacrifie (à contre-cœur il est vrai, poussé par un oracle) trois jeunes prisonniers Perses. Au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, trois cents Spartiates et leur roi Théopompe sont immolés sur les autels pour mettre un terme à la disette. Quant aux Phocéens, ils brûlent leurs victimes humaines en l’honneur de Diane. Ces mêmes sacrifices se retrouvent en Crète, à Rhodes, à Lesbos, à Ténédos. Massilia, colonie phocéenne, possédait une forêt consacrée au sacrifice d’êtres humains (Lucain, La Pharsale, Livre III) [21]. Et Athénée (érudit grec, vers 170-après 223) de confesser :

D’après eux [les Celtes], c’est une coutume, quand ils gagnent une bataille, de sacrifier leurs prisonniers aux dieux ; ainsi, imitant les Celtes, j’ai juré aux pouvoirs célestes que je brûlerais sur un autel trois de ces faux dialecticiens [22].

A Rome, enfin, quoique rares et rapidement disparus, les sacrifices humains étaient aussi pratiqués : en 526 avant Jésus-Christ, menacée d’une guerre avec les Celtes, Rome apaisa les dieux en faisant enterrer deux person­nes de chaque sexe dans le forum boarium (Tite-Live). Les jeux du cirque, qui prirent tant d’importance dans la Rome décadente, étaient à l’origine des sacri­fices : deux frères du nom de Brutus introduisirent ceux-ci en 264 avant Jésus-Christ aux funérailles de leur père où les gladiateurs combattaient sur la tombe pour apaiser les dieux inférieurs par l’effusion de leur sang [23].

Les païens sacrifiaient aux dieux principalement au moment des guerres, qui avaient le plus souvent un caractère « religieux ».

 

La guerre ritualisée pour obtenir la faveur des dieux

Les dieux Istar à Ninive et Marduk à Babylone qui n’étaient les dieux que de leurs peuples devaient combattre les étrangers. Si le roi partait en guerre, c’était au nom de son dieu et pour le venger. Une inscription d’Assurbanipal, roi d’Assyrie qui régna de 669 à 627 avant Jésus-Christ, porte ces mots :

Les hommes, dont la bouche avait tramé des complots contre Assur et contre moi, ont eu la langue arrachée. Je les ai jetés dans le fossé, j’ai coupé leurs membres, je les ai fait manger par les chiens. En accomplissant ces choses, j’ai réjoui le cœur des grands dieux, mes seigneurs [24].

Au IVe siècle avant Jésus-Christ, les Carthaginois, vaincus par Agathocle [25], se reprochèrent de s’être aliénés le dieu Moloch-Baal. Alors qu’ils lui offraient autrefois les enfants de puissants citoyens, ils avaient secrètement renoncé à cet usage en achetant et en élevant des enfants pour être immolés. Diodore de Sicile (Ier siècle avant Jésus-Christ) rapporte le fait suivant :

En considérant toutes ces choses, et en voyant, de plus en plus, les ennemis campés sous les murs de leur ville, ils [les Carthaginois] furent saisis d’une crainte superstitieuse, et ils se reprochèrent d’avoir négligé les coutumes de leurs pères à l’égard du culte des dieux. Ils décrétèrent donc une grande solen­nité, dans laquelle devaient être sacrifiés deux cents enfants, choisis dans les familles les plus illustres ; quelques citoyens, en butte à des accusations, offri­rent volontairement leurs propres enfants, qui n’étaient pas moins de trois cents. Voici quelques détails concernant ce sacrifice. Il y avait une statue d’airain représentant Saturne, les mains étendues et inclinées vers la terre, de manière que l’enfant qui y était placé roulait et allait tomber dans un gouffre rempli de feu [26].

Ce genre de pratique se renouvela de multiples fois et de façon encore plus atroce après la première guerre punique, en 241 avant Jésus-Christ.

Les dieux étaient omniprésents chez les guerriers de l’Antiquité. Avant de déclarer une guerre, les belligérants consultaient les dieux (et leurs oracles) pour savoir si l’entreprise pouvait être couronnée de succès ou s’il fallait temporiser. Que surviennent des difficultés au cours des opérations militaires et aussitôt les chefs interrogeaient les dieux sur l’attitude à adopter (la retraite ou l’attaque). Enfin, il n’est pas jusqu’au traitement des vaincus qui ne fasse l’objet de la décision des dieux (la clémence ou le châtiment). Des dizaines d’exemples pourraient être cités à partir de sources diverses [27].

 

La tyrannie démoniaque

Ce culte à Satan et aux dieux-démons passait aussi par l’adoration des pierres, des astres, du soleil, des sources et des arbres qui leur étaient consacrés. Les mythes les plus ridicules et la prostitution sacrée [28] étaient répan­dus un peu partout. Les druides, les sorciers, les pythies, les prêtres et les prêtres­ses rendaient un culte aux démons par des oracles mais aussi par des maléfi­ces, des sortilèges, des envoûtements et des possessions… qui suscitaient la haine, la jalousie, l’envie et bientôt la guerre. Telles étaient les pratiques religieuses du monde antique. Si les théoriciens de la Nouvelle Droite les taisent, c’est qu’ils refusent l’amour du Fils de Dieu fait homme, souffrant et mourant pour nous arracher à une pareille tyrannie.

 

L’état social n’était guère plus enviable

Alain de Benoist, Pierre Vial, Philippe Randa et Dominique Venner ne peuvent pas ne pas savoir que pendant l’Antiquité un tiers de l’humanité était esclave [29] et qu’une élite souvent orgueilleuse, toujours belliqueuse – l’Empire romain ne connut que quarante-trois ans de tranquillité sur cinq cents ans d’existence – dominait la société politique. C’était la loi du plus fort qui s’imposait pour satisfaire à la « jalousie » des dieux ou pour contenter les caprices des princes.

« On réduisait en esclavage autant de vaincus qu’il plaisait au vainqueur » écrit Eugénio Corti dans son Caton l’Ancien. Et cet écrivain donne le témoi­gnage de l’historien grec Polybe (IIe siècle avant Jésus-Christ) selon lequel : « Lorsqu’ils sont vaincus dans la bataille, les ennemis peuvent être vendus comme esclaves, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, selon les lois univer­selles de la guerre. » Eugénio Corti rappelle quels furent les procédés esclava­gistes de l’époque :

Le nombre des individus réduits en esclavage au cours des guerres ne suffisait toutefois pas aux besoins des sociétés d’alors, et en conséquence on en capturait aussi au moyen de razzias et de bien d’autres façons. C’est au point que, comme le rappelle Mommsen (Livre IV, Chap. II), dans l’île grecque de Delphes, où les ravisseurs d’Asie Mineure amenaient leur marchandise humaine sur un important marché maritime, il arriva que dix mille esclaves débarqués le matin fussent vendus avant le soir. Cette tragique réalité d’êtres humains, hommes et femmes, réduits à l’état de choses, et soumis au bon plaisir des maîtres, au viol systématique et à toutes sortes d’autres abomina­tions, en sus du travail forcé jusqu'à épuisement, touchait une partie considéra­ble de l’humanité d’alors [30].

Malgré les réelles qualités naturelles de certains peuples païens – courage, force, dévouement ou générosité – la cruauté et la bestialité du monde antique étaient féroces et un grand journaliste du XIXe siècle les décrit :

Les jeux romains sont une chose qui passe l’imagination. Ce qui étonne, ce n’est pas la monstruosité du fait car l’homme, sous la puissance du démon, n’a pas de sentiments plus durables que la haine de l’homme. Il aime à le broyer, à l’humilier, à l’avilir, à le torturer longuement. N’y eût-il d’ailleurs pas d’autres signes de l’unité de la race humaine, on la pourrait constater à ce trait – non, le mystère formidable, c’est la stupidité de ces troupeaux qu’on amenait pour être égorgés, et qui se laissaient égorger [31].

On sait, par ailleurs, que ces spectacles avaient un caractère religieux et qu’ils ne commençaient jamais avant le sacrifice d’une victime.

 

Le pagano-romantisme de la Nouvelle Revue d’Histoire  

A la suite des revues de vulgarisation historique estampillées Nouvelle Droite, La Nouvelle Revue d’Histoire  n’échappe pas à cette présentation « mytho-romantique » du paganisme. Chaque numéro ou presque présente un des « lieux de mémoire » de l’Antiquité païenne pour le réhabiliter [32]. Cet héritage antique, selon Dominique Venner, peut se résumer dans celui des Grecs que font connaître les poèmes homériques [33]. « Livres fondateurs, l’Iliade et l’Odyssée ne sont pas seulement des poèmes grecs. Ils sont l’expression de tout l’héritage constitutif du noyau européen. A leur façon, ils reflètent l’esprit et la grandeur tumultueuse des mythes celtiques et germaniques. »

Certes, mais l’apport de la Grèce à la civilisation ne se limite pas à Homère. La grandeur de la Grèce, « peuple élu de la raison », ne vient pas de son paganisme, mais au contraire d’une remarquable lucidité d’esprit qui lui a fait libérer la philosophie et l’histoire des mythes païens, pour les établir en disciplines autonomes – soumises à la seule raison et à la force de la vérité –, préparant ainsi le chemin au christianisme. Aristote ne doit rien aux dieux grecs ni aux mythes. Sa philosophie fut facilement intégrée par saint Thomas d’Aquin et par l’Église, qui sauvegardèrent ainsi le meilleur de la pensée grecque. La Nouvelle Droite, qui fait mine d’exalter l’héritage grec de l’Europe, tronque en réalité cet héritage afin de mieux dissimuler ce que nous devons au christianisme. Et en même temps, elle tente de récupérer ce christianisme à ses fins propres.

 

 

–– II ––

Le « pagano-christianisme » ou la dénaturation de l’histoire du christianisme

 

La haine envers le christianisme naissant

Fruit du hasard, ce monde païen se suffisait à lui-même : « Au fond, ma conviction la plus profonde – précise Alain de Benoist – est que cet univers se suffisait en quelque sorte à lui-même, et qu’il aurait pu de lui-même poursui­vre sa trajectoire propre » c’est-à-dire échapper au christianisme.

Pour les théoriciens de la Nouvelle Droite, le christianisme est essentielle­ment une religion orientale, et, en tant que telle, étrangère au génie européen. Les racines de l’Europe sont païennes, son histoire l’est aussi et les deux mille ans de christianisme sont une malheureuse parenthèse qu’il faut refermer. Pour manifester son aversion du christianisme naissant, Alain de Benoist n’hésite pas à publier un auteur comme Celse [34], philosophe épicurien du IIe siècle, dont le violent pamphlet intitulé Contre les chrétiens a tellement accumulé les objections contre le christianisme naissant, qu’il n’a laissé aux impies modernes – Benoist est du nombre – que la vaine ressource de le copier. Ainsi, le théoricien de la Nouvelle Droite s’attaque-t-il aux principaux personnages des débuts du christianisme : Jésus et ses « frères » [35] ; la Vierge Marie [36] ; les auteurs des Évangiles [37]. En même temps qu’il minimise le nombre des martyrs chrétiens des premiers siècles, Alain de Benoist « gonfle » celui des païens tués lors des conflits. Il réécrit l’histoire pour les besoins de sa cause et sa haine du christianisme lui fait perdre toute mesure, tout sens des perspectives ou de la seule vraisemblance. Il écrit sans sourciller :

Qu’on le veuille ou non, entre le paganisme et le christianisme, il y a du sang, et c’est l’Église qui en a fait couler le plus grand flot. Entre les dizaines de milliers de martyrs du paganisme et les trois ou quatre cents chrétiens mis à mort dans l’Antiquité, essentiellement au IIIe siècle, la balance n’est pas égale [38].

Quelques témoignages d’auteurs contemporains suffiront à rectifier ce genre de propos. Déjà sous Néron, l’historien romain Tacite dans ses Annales (chapitre XV) et saint Clément dans sa Lettre aux Corinthiens parlent tous les deux d’une « multitude immense (multitudo ingens) de chrétiens martyrisés ». Le règne de Marc Aurèle, plus violemment persécuteur que ceux des premiers Antonins, fit lui aussi des milliers de victimes. Avant de relater la persécution des martyrs de Lyon commencée la dix-septième année du règne de cet empe­reur, l’historien Eusèbe de Césarée (265-339) fait remarquer dans son Histoire ecclésiastique (V,1) qu’il est loisible de croire que « des milliers de martyrs s’y illustrèrent d’après ce qui s’est passé dans une seule nation ».

Les relations de nombreuses persécutions sont parvenues jusqu’à nous. Contentons-nous de la dernière, celle de Dioclétien, qui dura dix ans et qui fut la plus meurtrière. Eusèbe témoigne qu’il « n’est pas possible d’exprimer par la parole, le nombre et l’excellence des martyrs de Dieu ». Les chrétiens brûlés ou noyés à Nicomédie au commencement de la persécution sont « une multi­tude compacte » (Histoire ecclésiastique, VIII, 4). Eusèbe estime à dix mille (hommes, femmes et enfants) les fidèles martyrisés en Égypte lors de la dernière persécution. Témoin oculaire, Eusèbe de Césarée relate la persécution dans la Thébaïde :

Tous ces supplices ne duraient pas seulement quelques jours ni une courte période de temps mais le long espace d’années entières ; tantôt c’était plus de dix et tantôt plus de vingt victimes qui étaient mises à mort ; une autre fois, elles n’étaient pas moins de trente et elles approchaient de soixante, et une autre fois encore, en une seule journée, le nombre montait jusqu’à cent hommes avec beaucoup d’enfants et de femmes... Nous avons aussi vu, nous-même étant sur les lieux, un grand nombre de chrétiens subir en masse, le même jour, les uns la décapitation, les autres le supplice du feu, si bien que le fer homicide était émoussé et que les bourreaux se relayaient les uns les autres [39].

Eusèbe offre un autre témoignage sur un massacre en Phrygie : 

Toute une petite ville peuplée de chrétiens, en Phrygie, fut entourée par des soldats, qui allumèrent un incendie et brûlèrent tout avec les enfants et les femmes, tandis que ceux-ci imploraient Dieu, père de tous [40].

Indiquer le nombre de martyrs, même de façon approximative, est impos­sible. Ce sont des dizaines de milliers de victimes, pour la plupart inconnues [41]. Leur nombre dans la soixantaine de catacombes qui entoure la Ville de Rome est important. A elle seule, la catacombe de Saint-Callixte, au sud de l’Urbs, est composée de 500.000 tombes. Certes, beaucoup de chrétiens inhumés n’ont pas été martyrisés, mais nous savons par l’inscription des plaques (souvent des palmes) que les martyrs y sont nombreux.

Par ces martyrs, « semence de chrétiens », l’Église triomphe du paganisme et règne bientôt sur les sociétés. Comment les idéologues néo-droitiers vont-ils présenter l’Europe christianisée ?

 

L’époque médiévale ou comment récupérer l’histoire du Moyen Age

Le Moyen Age, c’est la Chrétienté, la royauté de Jésus-Christ sur les nations, le règne social de l’Église ; c’est l’autorité de Charlemagne, de saint Louis, de saint Étienne de Hongrie, de saint Wenceslas sur les peuples chrétiens ; c’est aussi le temps des cathédrales, des croisades, de l’université et de la philosophie scolastique. Autant dire que c’est tout l’univers que rejettent les idéologues néo-païens. Pourtant, ceux-ci ne négligent pas le Moyen Age. En règle générale, la NRH ne s’intéresse guère à l’histoire de l’Église et assez peu à celle des États chrétiens. Mais nous trouvons dans la revue des études sur le fonctionnement de la féodalité (Éloge de la féodalité, n° 11, p. 32), sur la notion d’empire (Empereurs et Empires européens, n° 15, p. 35-59 ; De Charlema­gne à Napoléon, mille ans de rêve unitaire, n° 20, p. 41-43), sur le modèle de l’empire germanique (Le Modèle fédéral allemand, n° 11, p. 58), sur la quête du Graal et la légende arthurienne, la forêt de Brocéliande (l’univers des fées), la symbolique du chevalier et le rôle de l’aristocratie (thèmes chers à Julius Évola) et sur les conflits entre l’Islam et l’Europe (souvent abordés). Si la revue prête quelque attention à la société chrétienne, c’est pour montrer qu’elle aurait conservé les éléments du paganisme, constituant, selon eux, le « pagano-christianisme ». Dès son premier numéro, la NRH s’emploie à développer ce thème :

Ni les dieux ni les héros ne sont morts avec l’empire romain. Ils ont survécu dans les croyances des paysans, les pagani, « païens » aux yeux de l’Église. Le processus antique d’assimilation s’est poursuivi, certains devenant saints (Mercure portant Bacchus devient saint Christophe), d’autres démons, Pan en tête. La mythologie a été bien préservée dans la culture, sauvegardée par les clercs à travers les exégèses historique, allégorique, physique et morale qu’en faisaient déjà les anciens. La tradition figurative a été assurée : sarcophages transformés en autels, fragments sculptés réutilisés dans les églises, formes et motifs copiés, puis remaniés, déguisés et évoluant, bien vivants [42] […].

Cette thématique se retrouve dans de multiples recensions, articles, références aux publications historiques de la « nébuleuse néo-droitière ». A les lire, les lieux de survivance du paganisme sont partout. Dans son étude, Olivier Moos énumère : « l’inconscient collectif, les rites populaires coutu­miers, les fêtes calendaires, la musique, les mythes ou encore le polythéisme chrétien, à savoir le culte des saints [43] » .

Les néo-païens préfèrent réécrire l’histoire plutôt que cerner la réalité. Une réalité qui les dérange : le christianisme a supplanté le paganisme.

A l’idéal de la cité antique où les dieux qu’adoraient les païens étaient en même temps les dieux de l’État, le christianisme a substitué un idéal nouveau où l’homme devait aspirer à une cité supérieure que saint Augustin nomma « la cité de Dieu ». Sous le regard des évêques et des moines, le chrétien apprit à distinguer Dieu et César et reconnut tous les hommes comme ses frères.

« Dieu a soumis tous les peuples aux Romains pour préparer les voies au Christ » écrit le poète Prudence au Ve siècle et le christianisme leur apporta sur la vie et sur la mort une réponse que ni les mythes, ni les dieux, ni les arbres sacrés ne pouvaient offrir. C’est pourquoi, le christianisme devint rapidement la religion des simples et des pauvres en même temps que celle des élites sociales et intellectuelles de l’Empire. Et le christianisme s’est généralisé partout en Europe, se débarrassant des temples voués aux démons et des idoles de pierre [44]. Rufin d’Aquilée (vers 345-410) conte le récit de la destruc­tion d’une statue, celle du « dieu » Sérapis, à Alexandrie, en 391 :

Une croyance avait été répandue par les païens eux-mêmes, à savoir que si une main humaine portait atteinte à cette statue, la terre serait désagrégée dans le chaos et soudainement le ciel s’effondrerait dans l’abîme. Cette croyance provoquait tout de même une sorte de crainte qui paralysait le peuple. Mais voici que l’un des soldats, mieux protégé par sa foi que par ses armes, saisissant une hache à double tranchant, se dresse et, de toute sa force, frappe la mâchoire de Sérapis. Un cri est poussé par les deux communautés ; cependant ni le ciel ne s’écroule, ni la terre ne s’effondre. Il recommence encore et encore ; le génie enfumé de bois pourri tombe en morceaux et, jeté au feu, brûle aussi facilement que du bois sec [45] […].

D’une fécondité à peine croyable, le christianisme a bientôt fait naître non seulement de nouveaux systèmes politiques et sociaux (nouvelles nations, ordres religieux, hôpitaux, universités, chevalerie, etc.), mais encore de nouveaux modèles culturels (en architecture, littérature, musique, peinture...).

Comme dans toute guerre, le vainqueur s’est emparé des dépouilles du vaincu et les a réutilisées à son profit. L’Église prit ainsi au culte romain l’usage de l’encens, le titre de Pontifex maximus et jusqu’au style de ses orai­sons, aux jeux du cirque l’usage de l’orgue, etc. L’Église manifestait ainsi son universalité, montrant qu’elle est maîtresse de tout l’ordre naturel, et que tout ce qui est beau, bon ou vrai lui appartient pour le service du Christ, créateur et rédempteur de l’humanité. « Toute vérité appartient de droit à la pensée chrétienne comme les dépouilles de l’Égypte appartenaient aux Hé­breux » écrit saint Justin. De même, tout l’ordre naturel sert à Jésus-Christ Roi.

Aller, après cela, se focaliser sur tel ou tel vestige du paganisme réutilisé par l’Église et prétendre y voir une survivance cachée du paganisme, c’est la manifestation d’un comportement mytho-maniaque, caractéristique des tenants de la Nouvelle Droite. Cette tendance à tout vouloir « paganiser » aboutit à des situations grotesques et surréalistes. Ainsi dans la façon dont les néo-païens traitent les grandes figures de notre histoire nationale et nos monuments chrétiens.

 

Clovis, la vocation de la France, saint Louis

De nos rois, Clovis est peut-être le personnage le plus mal aimé des néo-droitiers. En effet, un païen qui répudie le paganisme pour se convertir au catholicisme ne peut être qu’un dégénéré ou un traître. (Comment un païen pourrait-il renier ses dieux ?) Dans le numéro d’Éléments [46] consacré au premier roi chrétien, Robert de Herte (A. de Benoist) cherche à « démythifier » le Clovis « chrétien ». Il esquisse le portrait d’un roi calculateur, peu scrupuleux, qui gravite au sein d’intrigues ecclésiales nombreuses. Sa conversion serait commandée par une stratégie de basse politique.

Au contraire, après sa victoire contre les Alamans, Clovis se rendit au tom­beau de saint Martin et ses derniers doutes se dissipèrent. Saint Nizier, évêque de Trèves, confident du fils aîné de Clovis, Thierry, est formel : « Lorsqu’il s’aperçut que ces démonstrations (les vérités de la foi catholique) étaient prouvées, il tomba humblement à genoux sur le seuil du bienheureux Martin et il promit de se faire baptiser sans délai. » Clovis avait trouvé « la réponse à sa question sur le pouvoir de Dieu, celui d’une foi transmise et reçue dans le secret du cœur », écrit Michel Rouche [47]. Ce miracle de conversion, opéré par l’intercession de saint Martin, fut à l’origine de la dévotion que les rois des Francs eurent toujours pour l’apôtre des Gaules. « Qu’on ne s’étonne pas, après cela, que la moitié du manteau de saint Martin soit devenue la relique la plus insigne du royaume des Francs [48]. » Cette conversion personnelle pouvait pourtant nuire à l’autorité politique de Clovis, en risquant de lui aliéner la fidélité de ses hommes. « Il n’était guère facile pour un roi païen de quitter officiellement la foi à laquelle était attaché son peuple et les dieux dont sa dynastie se prétendait la descendance », écrit Karl Ferdinand Werner [49]. Nous sommes loin du jugement peu nuancé du théoricien de la Nouvelle Droite.

Dans ce même article, Alain de Benoist refuse l’union du Christ et des Francs issue du baptême de Clovis et dédaigne la vocation des Francs qui est de défendre l’Église :

La France serait née du baptême de Clovis, premier acte de l’alliance du trône et de l’autel. « Fille aînée de l'Église », elle serait depuis lors appelée à remplir une « mission universelle » dévolue au nouveau peuple élu. Réinter­prétation providentialiste de l’histoire, mais surtout vision à la fois anachroni­que et ethnocentrique, où la France devient une entité quasi platonicienne et la « francité » une essence prédestinée capable de traverser intacte la succession des siècles, vision ayant pour but de légitimer le principe monarchique – dont la dynastie capétienne serait le plus beau fleuron – et, subsidiairement, de démontrer que la France actuelle est en état manifeste d’« apostasie », et qu’on ne saurait être « bon français » sans être chrétien [50].

On note que, au lieu d’argumenter, Alain de Benoist ne sait que caricaturer la position de ses adversaires.

Dans le même style, Jean Mabire écrivait en 1981 que la conversion de Clovis consacrait « le carriérisme étatique qui a ouvert la voie au cosmopoli­tisme et aboutit à la constitution d’un État-gérant, filiale française d’un univers multinational découpé en zones d’occupation américaines [51] » !

Saint Louis n’est pas beaucoup mieux traité. Il se trouve métamorphosé par Pierre Vial en un roi « druidique » rendant la justice sous un chêne « sacré » :

Saint Louis sous son chêne – arbre sacré – n’est-il pas, dans l’inconscient collectif, l’héritier d’une sagesse venue des lointaines racines celtiques, le souverain qui intègre, en un syncrétisme fécond, le mythe druidique à la tradi­tion chrétienne [52] ?

Dans l’histoire de la chrétienté, la sympathie des néo-païens va bien sûr à tous les théologiens hérétiques ou suspects d’hétérodoxie. Alain de Benoist confie :

Je n’ai pas de peine à retrouver des linéaments de la pensée païenne, défor­més, transformés, chez certains théologiens ou mystiques que l’Église a rejetés dans l’hérésie ou qu’elle a plus ou moins tenus à l’écart, de Scot Erigène et Pélage à Maître Eckart, Nicolas de Cues, Valentin Weigel, Jakob Böhme, Angelus Silesius, Caspar von Schwenckfeld et tant d'autres. Maître Eckhart fut le premier maître de l’Ordre des Dominicains soumis à un procès d’inquisition. François d'Assise sentit le fagot, avant que la légende ne s’en empare.

On se demande bien ce que saint François d’Assise vient faire dans cette galerie. Voulant à toute force paganiser les hommes et les choses, les événe­ments et les faits, les us et les coutumes, les mœurs et les mentalités, les néo-païens viennent compliquer ce qui est simple avec l’intention de répandre le trouble dans les esprits faibles. Le contresens ici commis sur saint François d’Assise est particulièrement grossier : il suffirait d’aimer la création pour être païen ! Un seul fait semble clair dans cette réécriture de l’histoire : les réalités surnaturelles sont niées a priori et les vraies causes des événements sont, pour cette raison, souvent occultées.

 

 

–– III ––

Une réécriture de l’histoire

 ou les omissions d’une histoire idéologique

 « Tout ici-bas est pour les élus, et les élus sont pour le Christ [53] »

Un chrétien qui lirait régulièrement, et sans esprit critique, les revues histo­riques estampillées Nouvelle Droite, comme la NRH, perdrait rapidement le regard de foi sur les événements. L’absence du nom de Jésus-Christ, roi de tout l’univers visible et invisible, roi du temps, roi de l’histoire ; l’occultation ou la dénaturation des deux mille ans d’histoire de l’Église (œuvres hospitaliè­res et sociales, enseignement, éducation, politique, diplomatie, saints…) faussent l’histoire de l’Europe et celle du monde. L’Église n’est jamais consul­tée, ni dans ses archives, ni dans sa diplomatie, ni dans son droit, ni dans son œuvre civilisatrice. Elle est la grande absente. Or, oublier l’Église, c’est oublier Jésus-Christ (M’est avis que l’Église et Jésus-Christ, c’est tout un, disait sainte Jeanne d’Arc). L’exemple des rapports entre l’Islam et la Chrétienté, souvent traité dans la NRH, servira à illustrer notre propos.

 

Jésus-Christ, le grand absent de l’Histoire

La plupart des théoriciens de la Nouvelle Droite sont opposés à l’invasion de l’Europe par l’Islam ; mais l’Islam en pays arabe, africain ou asiatique leur convient parfaitement. Quant aux croisades ou à l’évangélisation chrétienne des terres soumises à l’infidèle, elles sont présentées comme une incongruité. Pauline Lecomte, dans sa recension de l’ouvrage de Dominique Venner Histoire et tradition des Européens parue dans La Nouvelle Revue d’Histoire, résume clairement la pensée de l’auteur :

La thèse de Dominique Venner est que les grandes civilisations reposent sur des traditions multimillénaires, imperméables entre elles et toutes respectables. Tradition chinoise en Extrême-Orient avec Confucius, tradition sémite au Moyen-Orient avec Moïse et plus tard Mahomet, tradition hindoue au sud de l’Himalaya avec les védas, tradition boréenne en Europe avec Homère [54].

Oubli fâcheux ? Les deux mille ans de christianisme n’existent pas ! Dans cette énumération – comme dans tous les numéros des revues historiques de la Nouvelle Droite – le grand absent est le Fils de Dieu fait homme, Jésus-Christ. Venu chez les siens, il n’a pas été reçu et, à la différence de Mahomet (qui est chez lui au « Moyen-Orient »), Jésus-Christ n’a pas un lieu pour reposer sa tête. Son incarnation semble n’avoir rien changé à la vie des rois, des institu­tions et des peuples, aux mœurs politiques et aux relations internationales. L’Église, créée pour dispenser les grâces du salut, n’a rien à dire au monde. Ses œuvres multiples, qui ont civilisé les hommes, semblent n’avoir jamais vu le jour. Le pape, représentant du Christ sur la terre, n’est qu’un prince comme un autre, sans mission surnaturelle, sans prestige et sans gloire [55]

S’il ne veut pas oublier le sens chrétien de l’histoire, le lecteur (catholique) de la NRH devra se plonger dans les textes originaux. S’il veut, par exemple, apprécier à sa juste valeur l’estime d’un Charlemagne pour Jésus-Christ et pour son Église, il lui faudra lire le prologue de son Admonitio generalis :

Notre-Seigneur Jésus-Christ régnant pour l’éternité, moi, Charles, par la grâce et la miséricorde de Dieu roi et chef du royaume des Francs, pieux défenseur et humble assistant de la sainte Église, à tous les ordres du clergé et à toutes les dignités de la puissance séculière, dans le Christ Seigneur, Dieu éternel de paix et de béatitude perpétuelles, salut [56].

Sans cela, il épousera bientôt une tournure d’esprit qui le renfermera dans un naturalisme desséché et réducteur. Son jugement ne sera plus éclairé, et il en viendra à perdre le simple bon sens.

 

Les rapports Islam-Chrétienté

Sur les rapports conflictuels de l’Islam et de la Chrétienté, la NRH rappelle heureusement quelques vérités [57]. Elle n’hésite pas à affirmer que « les invasions arabes d’abord, celles des Turcs ensuite (furent) une menace séculaire qui a marqué la conscience européenne ». Sans concession pour l’histoire officielle, les principaux auteurs démontrent, cartes à l’appui, le danger permanent que fut l’Islam pour les pays balkaniques et pour l’Europe centrale. Ce fut la Chrétienté qui eut à subir l’assaut incessant du monde musulman (Arabes, puis Turcs seldjoukides et ottomans) et non l’inverse. La NRH a le mérite de le dire. Aussi, ses articles font-ils connaître les grandes victoires (chrétiennes) de Saint-Gotthard (1664), de Zenta (1697), de Peterwar­dein (1716), de Belgrade (1717), victoires le plus souvent occultées dans les livres scolaires. En même temps, sont présentés les héros méconnus de la lutte contre la présence islamique dans l’Europe des temps modernes (Jean Hunyade, Mathias Corvin, le comte Raimondo Montecuccoli, Charles V de Lorraine, le Prince Eugène de Savoie, Jean Sobieski, etc.)

Il manque pourtant à ces articles un regard de foi qui, seul, peut donner une compréhension vraie et plénière des événements : les desseins de Dieu sur l’histoire des hommes et la réponse des hommes à l’Amour divin. Il manque aussi le recours précieux aux archives de l’Église, le plus souvent oubliées ou négligées, ce qui n’est malheureusement pas l’apanage de la NRH.

Étudiée dans plusieurs numéros de la revue, la prise de Constantinople par les Turcs, le 29 mai 1453, est un fait insigne de l’histoire de l’Europe qui doit être examiné grâce aux sources authentiques que livrent les archives. Les auteurs de la NRH ont le mérite de présenter une chronologie commentée de l’événement. Encore celle-ci omet-elle deux faits : la haine des populations grecques pour les Latins : « Qu’avons-nous besoin du secours des Latins ? » et l’action du pape Nicolas V pour le soutien de la ville assiégée. La NRH s’en tient généralement à l’histoire-bataille, mais la portée théologique lui échappe totalement. Ne pas y prêter attention, c’est oublier que Dieu a parlé par cet événement.

Pour déchiffrer le sens plénier de ce fait tragique (et, par là même, de ceux que nous vivons) il faut posséder et les sources de l’histoire (en particulier celles de l’Église) et le regard de la foi qui donne l’explication surnaturelle aux événements. Dom Guéranger le rappelle pour l’apparition de l’Islam dans l’histoire des hommes :

L’islamisme et ses conquêtes viennent, dès le VIIe siècle, réclamer l’attention de l’historien, et un tel sujet offre une abondante source de considérations fécondes. L’écrivain naturaliste raconte les faits ; il entraîne son lecteur sur les pas de ces conquérants que le désert a vomis tout à coup. Dans ses récits, on les voit s’étendre comme un déluge, et sans qu’aucune digue ne les arrête, sur diverses provinces de l’empire d’Orient. D’où viennent-ils ? Quelle est la loi providentielle qui les conduit et leur assigne une limite qu’ils ne doivent pas franchir ? Ces questions, l’historien naturaliste ne se les fait pas à lui-même ; comment en pourrait-il donner la solution à son lecteur ? Un historien chrétien, au contraire, lui qui sait que tout en ce monde est dirigé selon le plan surnaturel, n’a garde de laisser passer un fait aussi immense sans l’avoir soumis aux investigations de sa foi. Instruit à l’école des saintes Écritures, il sait que l’asservissement des peuples sous le joug de fer de la conquête est à la fois un châtiment du Ciel pour les prévarications d’un peuple, et un exemple terrible donné aux autres nations [58].

Un extrait de la lettre du pape Nicolas V à l’empereur Constantin X Paléo­logue, datée du 11 octobre 1451, donne l’explication surnaturelle à l’inévitable prise de Constantinople par les Turcs, après quatre siècles de schisme « orthodoxe » :

Voici bientôt quatre siècles que, séduite par Satan, le père de tout mal et particulièrement de toute discorde, l’Église de Constantinople est entrée dans la voie de la désobéissance à l’égard de l’évêque de Rome, successeur de Pierre et vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. […] Ce qui est en question, c’est l’un des principaux articles de foi du chrétien, c’est l’unité de l’Église. Or, la condi­tion de cette unité est l’existence d’un chef unique et visible, représentant du Grand Prêtre éternel dont le trône est dans le ciel, et l’obéissance de tous les membres de l’Église à ce chef unique. Là où deux maîtres commandent, il n’y a point d’unité de l’empire. Hors de l’unité de l’Église, point de salut. Les schis­matiques ont, de tout temps, été punis plus sévèrement que les autres crimi­nels [59].

Et le pape poursuit sa correspondance épistolaire en rappelant le sort du figuier stérile. Ne produisant pas de fruit, il sera arraché ; en l’occasion, ce sont les Turcs musulmans qui s’en chargeront !

Dans la situation présente, il est clair que l’Islam en Europe est le châtiment de son apostasie, de l'abandon de la foi catholique romaine. Si l’Europe ne revient pas au catholicisme romain (le vrai, pas celui issu des apprentis-sorciers de Vatican II), elle sera soumise pour longtemps aux ennemis du nom chrétien. C’est une nécessité théologique. Le remède n’est donc pas de crier stupidement « haro » sur les musulmans (ce qui n’enlève d’ailleurs pas le devoir des politiques de faire reculer l’Islam par la législation), mais bien plutôt de renier l’athéisme politique et social, de réaffirmer les lois chrétiennes du mariage, de redevenir catholique et de faire connaître aux musulmans Jésus-Christ, leur Sauveur. Toute autre politique ne serait qu’un vain plâtrage sans lendemain.

 

Le surnaturel évacué : l’exemple de sainte Jeanne d’Arc

Lorsque les néo-païens ne cherchent pas à « paganiser » les faits ou les personnages de l’histoire chrétienne, ils leur enlèvent tout caractère surnatu­rel. Ainsi en est-il de sainte Jeanne d’Arc et de son épopée. Le personnage n’est pas antipathique aux néo-droitiers qui le considèrent comme « le corps de la France résistant victorieusement à l’agression extérieure et aux ferments de dispersion intérieurs ». Mais ils lui retirent sa mission surnaturelle (Charles VII doit reconnaître l’autorité de son suzerain Jésus-Christ sur le « saint royaume », le roi n’étant que le tenant-lieu, et alors, mais alors seulement, les Anglais seront boutés hors de France) et le caractère surnaturel des faits qui entourent la jeune fille (ses voix, ses miracles, son conseil, ses prophéties…). Ainsi, André Cherpillod, dans la revue Nouvelle École [60], cherche-t-il des explica­tions naturelles à la mission de la Pucelle (Jeanne serait une bâtarde royale) et à ses « voix » (elle était conseillée par des intrigants). Un chapitre leur est consacré, intitulé « Les voix : une explication humaine ». La conclusion laisse pantois :

Alors, les « voix » ? Ne serait-ce pas tout simplement celles des instructeurs de Jeanne, ceux qui la formaient à sa mission ? Ce serait en ce cas des « voix » bien terrestres, et plus faciles à admettre que celles de trois revenants. Mais pourquoi cette mise en scène ? Parce que dans la mentalité de l’époque, une personne chargée d’une mission est bien mieux acceptée par la foule si elle semble revêtue d’une auréole divine [61].

Le lecteur en conclura que Jeanne d’Arc était une mystificatrice. Pourtant, Jeanne s’est longuement expliquée sur ses voix lors de son procès. On trouvera dans l’ouvrage du R. P. Ayroles [62], aux chapitres IV et V (la céleste éducation ; la pucelle à l’école de saint Michel et des saintes) toutes les questions – parfois étonnantes – des juges sceptiques et les réponses théologiques (et quelquefois piquantes) de Jeanne. Ce fut l’archange saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, toutes les deux vierges martyres, qui étaient chargés de la forma­tion et de la direction de Jeanne pendant son épopée. Elle dira à ses juges : « Je les voyais des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois, et quand ils s’éloignaient, je pleurais car j’aurais bien voulu qu’ils m’emmenassent avec eux. […] Il n’y a pas de jour que je ne les entende. » Le rationaliste ne pourra jamais comprendre un tel phénomène (surnaturel) et cherchera des explica­tions naturelles, là où il n’y en a pas. Chesterton le dit excellemment : « Tout l’art de ces respectueux sceptiques consiste à discréditer des histoires surnatu­relles qui ont un fondement, en racontant des histoires naturelles qui n’en ont pas [63]. »

Pour écrire sur la Pucelle d’Orléans, Cherpillod et Peyrebonne auraient dû lire Dom Guéranger, prodigue de bons conseils :

Vous voulez écrire l’histoire de France ? Rien de mieux si vous êtes en mesure ; mais attendez-vous à vous trouver en face de Jeanne d’Arc. Or, que ferez-vous de cette merveilleuse figure ? Vous n’irez pas nier ou raconter sous forme ambiguë des faits qui sont désormais éclaircis au suprême degré. Chercherez-vous à les expliquer naturellement ? Ce serait perdre son temps ; rien de moins explicable que la mission et les gestes de la Pucelle d’Orléans [64] !

 

D’étranges silences et de curieuses omissions

D’autre part, il y a dans la NRH des silences et des discrétions que l’on a peine à expliquer. L’article intitulé Les tentatives de paix de 1917 (NRH, n° 25, juillet-août 2006, p. 19) en est un exemple frappant. S’interrogeant sur l’échec, en 1917, des tentatives de négociations dont l’empereur Charles d’Autriche avait pris l’initiative, l’auteur de l’article, Pierre de Meuse, limite la recherche des responsabilités, côté français, aux seuls présidents du Conseil Ribot et Clemenceau ; exonérant le premier, il conclut gravement à la responsabilité exclusive du second, pour des raisons idéologiques. Certes, l’exécration des principes catholiques et monarchiques – incarnés à ses yeux par l’Autriche-Hongrie – dictait la conduite de Clemenceau, tant en politique extérieure qu’intérieure. Mais comment est-il possible de ne pas faire état du rôle, reconnu par tous les historiens sérieux, des maçonneries internationales qui étaient animées des même principes que ceux de Clemenceau, mais avec des moyens de pression beaucoup plus importants que ceux d’un simple président du Conseil français ? Ne pas mentionner la franc-maçonnerie dans cette affaire relève d’un véritable tour de force : la NRH y parvient. Pour le lecteur la responsabilité de cette affaire se limitera au seul Clemenceau. Point, tournez la page.

La discrétion de la NRH est d’autant plus étonnante que dans la courte bibliographie, en fin d’article, est cité un livre de F. Fejtö [65] qui consacra tout un chapitre à la maçonnerie, dont le rôle – même minimisé – est clairement mis en évidence, du moins pour ce qui en a été rendu public. (Voir en particulier, l’annexe sur le congrès des maçonneries des nations alliées et neutres de juin 1917 et ses vœux de démembrement de la Double-Monarchie, deux ans avant que les traités de paix ne les réalisent). Quel crédit peut-on accorder à une revue qui omet sciemment « la face cachée de l’histoire où sont les vraies causes des événements » ? (Honoré de Balzac).

 

Conclusion

Il ne faut pas chercher dans les remarques précédentes une réfutation systématique des assertions de la Nouvelle Droite en matière historique. Le champ d’investigation des néo-droitiers est beaucoup plus vaste, (en particu­lier leurs études nombreuses sur le XXe siècle) [66] mais nous avons voulu attirer l’attention des lecteurs sur la réécriture des faits historiques à des fins idéolo­giques.

Dans cette mouvance intellectuelle, l’histoire tient, en effet, une place de choix parce qu’elle sert deux objectifs : détruire « l’emprise du christianisme sur la société occidentale » et redécouvrir une civilisation païenne indûment idéalisée.

Régulièrement lues dans les milieux catholiques, la NRH et les diverses publications de la Nouvelle Droite arrivent à fausser le jugement des esprits droits et à oblitérer le regard de foi que tout chrétien doit porter sur les événements.

Par la fin recherchée et par les méthodes employées, l’entreprise des néo-droitiers constitue « une démarche analogue à celle de la maçonnerie [67] », une démarche révolutionnaire à dénoncer et à combattre.

 



[1]  –– Geoffroy Daubuis, « La Nouvelle Droite, ses pompes et ses œuvres. D’Europe Action (1963) à la Nouvelle Revue d’Histoire (2002) », Le Sel de la terre 60, printemps 2007, p. 87.

[2]  — Olivier Moos, Les Intellectuels de la Nouvelle Droite et la religion. Histoire et idéologie d’un antichristianisme de droite (1968-2001), Fribourg, 2003, p. 93.

[3]  — Jean Mabire est mort le 29 mars 2006 à Saint-Malo.

[4]  — « Des dieux et des livres : une bibliothèque païenne », Éléments, n°89, 1997, p. 35.

[5]  — Dominique Venner, Histoire et Tradition des Européens, 30 000 ans d’identité, Paris, Le Rocher, 2002, p. 44.

[6]  — Citons aussi deux revues de tendance nationaliste-révolutionnaire : L’Autre Histoire (17 numéros, 1995-2002) et Les Cahiers Libres d’Histoire (11 cahiers, 2000-2003). Ces revues se sont surtout intéressées à l’histoire contemporaine.

[7]  — D. Venner, Histoire et Tradition des Européens, p. 23.

[8]  — C’est « avec le monothéisme [que] commence l’ère des guerres de religions, modèle de toutes les guerres modernes, celles où l’ennemi n’est pas une simple figure de l’altérité, […] mais un représentant du Mal, un ennemi du genre humain. On connaît la formule de Cyprien de Carthage, canonisé par l’Église : “ Hors de l’Église, point de salut ! ” On sait surtout quelles conséquences on en tira. » Alain de Benoist, extrait d’un entretien avec Danièle Masson, Dieu est-il mort en Occident ?, Paris, Trédaniel, 1998, p. 73 sq.

[9]  — Alain de Benoist « Les religions et la guerre » dans La Nouvelle Revue d’Histoire, n° 7, juillet-août 2003, p. 39. Il réitère plus loin : « L’intolérance religieuse, génératrice de guerres menées au nom de la foi, n’apparaît en fait dans l’histoire de l’humanité que dans un contexte bien précis : avec la naissance du monothéisme ».

[10] — Ps 96, 5.

[11] — « Satan est homicide dès le commencement », Jn 8, 44. Le monde moderne qui a apostasié et qui se paganise peu à peu revient inévitablement aux pratiques de l’infanticide et du sacrifice humain.

[12] — Tacite, La Germanie, Paris, Les Belles-Lettres, 1949. Dans cet ouvrage paru en 98 après Jésus-Christ, les dieux des Germains sont romanisés. Ainsi Wodan (ou Odin pour la mythologie scandinave) est-il identifié à Mercure.

[13] –– Strabon, Géographie, livre IV, 4. Voir l’intégralité du texte sur www.mediterranees.net.

[14] — Venceslas Kruta, directeur d’études à EPHE (Paris), « Rites, cultes et sanctuaires. La nature sacrée » dans : « Croyances et rites des anciens Celtes », Religions et Histoire, n° 10 sept.-oct. 2006, p. 70.

[15] –– Plutarque, De la superstition, Livre XIII, trad. de Jean Defradas, Jean Hari et Robert Klaerr, Paris, Les Belles Lettres, 1985.

[16] — Edward Lipinski, Dieux et déesses de l’univers phénicien et punique, dans Studia phœnicia, 14, Peeters, 1995, p. 481-482.

[17] — Tertullien, Apologétique, chap. IX, 2-4. Voir Lipinski, ibid., p. 482.

[18] — Voir Michel Graulich, directeur d’études à EPHE (Paris), « Du sang humain pour nourrir les dieux : la religion des Aztèques », dans Religions et Histoire, n° 7, mars-avril 2006, p. 46-53. Du même auteur : Le Sacrifice humain chez les Aztèques, Paris, Fayard, 2005.

[19] –– Voir l’extrait de la vie de saint François Xavier par le père A. Brou cité dans « Vatican II désavoué par saint François Xavier », Le Sel de la terre 42, automne 2002, p. 228-230 et le témoignage de Monsieur l’abbé Godard dans le « Courrier des lecteurs », Le Sel de la terre 45, été 2003, p. 251.

[20] — Manéthon de Sebennytos (IIIe siècle avant Jésus-Christ), « prêtre » égyptien qui a écrit, en grec et en trente volumes, l’histoire de l’Égypte à la demande de Ptolémée 1er. Voir aussi les horribles pratiques des Papous dans l’article « Moloch chez les Papous », Le Sel de la terre 62, automne 2007, p. 48-51.

[21] — Pierre Bonnechère, « Le sacrifice humain en Grèce ancienne. Bilans et perspectives », dans Les Cahiers d’Histoire, Montréal, 15, 1995, p. 5-25. Voir aussi : D.D. Hughes, Human sacrifice in Ancient Greece, Londres, 1991 et le dossier « Sacrifices et offrandes. Comment les Grecs parlaient aux dieux », dans Religions et Histoire, n°14, mai-juin 2007, p. 26-73.

[22] –– Athénée, Les Deipnosophistes, Livre IV.

[23] — Françoise Van Haeperen, Mises à mort rituelles et violences politiques à Rome sous la République et sous l’Empire, dans Res Antiquæ, t. 2, 2005, p. 327-346.

[24] — Albert Malet, L’Antiquité, Hachette, 1906, p. 63. Sur Assurbanipal, voir la récente biographie qui lui est consacrée par Daniel Arnaud : Assurbanipal, roi d’Assyrie, Paris, Fayard, 2007.

[25] — Tyran de Syracuse (361-289 avant Jésus-Christ).

[26] — Diodore de Sicile, La Bibliothèque historique, livre XX, chap. 14 dans Ferdinand Hoeffer, Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, Paris, Hachette, 1865.

[27] — Raoul Lonis, Guerre et religion en Grèce à l’époque classique, Paris, Les Belles-Lettres, 1979.

[28] — L’historien Hérodote décrit les pratiques de prostitution sacrée à Babylone dans le cadre d’un sanctuaire à Aphrodite et à Corinthe dans le temple d’Aphrodite Pandemos. Il signale des coutumes analogues sur l’île de Chypre.

[29] — Cette réalité ne semble pas déplaire à la revue Éléments qui rapporte plusieurs paroles « dictées » par le « dieu Horus » à Aleister Crowley lors de son voyage d’initiation en Égypte en 1904 : « La connotation nietzschéenne des paroles “dictées“ à Crowley est tout à fait étonnante : “La compassion est le défaut des rois ; écrasez le misérable et le faible : c’est la loi des forts, c’est notre loi et la joie du monde.“ », Éléments, 1987, nº 62, p. 18.

[30] — Eugénio Corti, Caton l’Ancien, Paris, éd. De Fallois, 2005, annexe I.

[31] — Louis Veuillot, Le Parfum de Rome, Paris, Lethielleux, 1924, p. 106.

[32] — Quelques titres d’articles de la Nouvelle Revue d’Histoire en témoignent : « L’Acropole d’Athènes : Pèlerinage sur l’Acropole. Ici, un peuple d’Europe comblé par les dieux a défini un type de beauté, dont les formes et les normes sont devenues les modèles de l’art occidental. » (NRH, n° 16, janvier-février 2005, p. 13-15) ; « Olympie. Jeux Olympiques : origine et signification. Sous les auspices d’Apollon, Zeus Pindare et du Comité international olympique, le 25 mars, a été allumée à Olympie (Péloponnèse) la flamme sacrée qui brûlera le temps des Jeux d’Athènes, du 13 au 29 août 2004. La grande prêtresse était incarnée par l’actrice Thalia Prokopiou. Par souci du détail vrai, la torche olympique a été allumée au moyen d’un miroir concave, comme cela se faisait dans l’Antiquité depuis les premiers Jeux célébrés en 776 (2780 de l’ère hellénique) » (NRH, n° 13, juillet-août 2004, p. 13-14) ; « L’ancienne civilisation nordique, entretien avec François-Xavier Dillmann » (NRH, n° 28, janvier-février 2007, p. 10-12).

[33] –– Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens : 30 000 ans d'identité, Monaco, Éd. du Rocher, 2002.

[34] —  Celse contre les chrétiens, texte réuni par Louis Rougier, réédition Le Labyrinthe, 1997, avec préface inédite d’Alain de Benoist, p. 9-27.

[35] — L’article blasphématoire « Jésus et ses frères » est paru dans Nouvelle École 52, 2001, p. 47-75. Édité par le Cercle Renan en 2001, puis par les éditions Dualpha de Philippe Randa en 2006.

[36] — Voir, par exemple, sa recension du livre Marie de Jacques Duquesne dans Éléments, n° 116, printemps 2005, p. 6 : « Voici un livre qui a scandalisé les catholiques traditionnels, parce que l’auteur, quoique lui-même catholique, y donne une image de la mère de Jésus qui ne correspond pas à celle qu’ils ont reçue. […] Le fait est que pour la quasi-totalité des spécialistes, le mythe de la “ conception virginale ”, n’est précisément qu’un mythe, et que tout donne à penser que Marie fut “ une mère de famille nombreuse”. »

[37] — « On ne connaît absolument pas l’identité des auteurs des Évangiles. Plus personne ne peut croire sérieusement qu’ils ont été composés par les quatre personnages sous l’autorité desquels on les a placés. » « Jésus sous l’œil critique des historiens », Nouvelle École 52, 2001, p. 39. « Que penser du fanatisme de l’Apocalypse, écrit typiquement judéo-chrétien faussement attribué à Jean, que les Actes d’ailleurs décrivent comme un illettré (4, 13) ? » Alain de Benoist, entretien avec Danièle Masson, ibid.

[38] — Alain de Benoist, entretien avec Danièle Masson, ibid. Jean Mabire ne cachait pas non plus sa sympathie pour les païens, ni son antipathie pour les chrétiens des premiers siècles. Voir sa recension du livre de Anne Bernet, Les Chrétiens dans l’Empire romain (Perrin, 2003) dans la Nouvelle Revue d’Histoire, n° 6 (mai-juin 2003), p. 14-15.

[39] — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VIII, 4.

[40] — Ibid., XI.

[41] — L’historien Jean Dumont précise qu’il est évidemment impossible de « chiffrer exactement le nombre des martyrs, beaucoup étant morts ignorés du monde et donc des historiens […] ». L’auteur de L'Église au risque de l'histoire adhère cependant à l’estimation de l’historien jésuite Hertling qui avance le chiffre de 100 000 martyrs « ce qui est considérable – ajoute Dumont – par rapport au peuplement, alors beaucoup plus faible qu’aujourd'hui, des pays appartenant à l’Empire romain. » Jean Dumont, L’Église au risque de l'histoire, Paris, Critérion, 1982, p. 31. Le livre a été réédité aux Éditions de Paris en 2002.

[42] — L’Abécédaire de la mythologie grecque et romaine, Flammarion, 1999, p. 85. Extrait publié dans la Nouvelle Revue d’Histoire, n° 1, juillet 2002, p. 52.

[43] — Olivier Moos, ibid., p. 73.

[44] — « Pour être l’auteur de ces dieux, l’homme n’en était pas moins possédé par son ouvrage. En les adorant, il entrait dans la société, non de stupides idoles, mais de terribles démons. Que sont, en effet, les idoles, sinon des objets qui, suivant la parole de l’Écriture, “ont des yeux, et ne voient point”; que sont-ils si ce n’est ce que peuvent être de vains chefs-d’œuvre, dépourvus de sentiment et de vie ? Mais les esprits immondes, liés à ces statues par un art néfaste, engageant dans leur société les âmes de leurs adorateurs, les avaient réduites à une misérable servitude. Aussi l’Apôtre dit-il : “Nous savons qu’une idole n’est rien ; et quand les païens sacrifient, c’est aux démons et non à Dieu qu’ils sacrifient. Or je ne veux pas que vous entriez dans la société des démons” ». Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre VIII, ch. 24. Le livre numérisé est en ligne sur : www.abbaye-saint-benoit.ch.

[45] — Rufin d’Aquilée (vers 345-410), Histoire ecclésiastique, 11, 23.

[46] — « Clovis, impostures et réalités », Éléments, Printemps 1996, n° 85, p. 3. Alain de Benoist, La Légende de Clovis, Paris, Édition Cercle Ernest Renan, 1996.

[47] –– Michel Rouche, Clovis, Paris, Fayard, 1996, p. 271.

[48] –– Ibid.

[49] –– Karl Ferdinand Werner, Les origines, Paris, Fayard, 1992, p. 306.

[50] — « Clovis sans auréole » Robert de Herte (Alain de Benoist) Éléments, n° 85, 1996, p. 3. Pour répondre aux contempteurs de Clovis, notre premier roi chrétien, lire l’œuvre magistrale de Godefroid Kurth, Clovis, Paris, Tallandier, 2005. Voir aussi, La Vocation des Francs d’après les Pontifes romains, Michel Defaye, Avrillé, Éditions du Sel, 2006.

[51] — Voir Olivier Moos, Les Intellectuels de la Nouvelle Droite et la religion. Histoire et idéologie d’un antichristianisme de droite (1968-2001), Fribourg, 2003, p. 109.

[52] — Pierre Vial, « Les Français ont-ils la nostalgie de la royauté ? », Éléments, printemps 1987, nº 62, p. 14.

[53] — Dom Guéranger, Jésus-Christ, roi de l’Histoire, Association Saint-Jérôme, BP 11, 33490 Saint-Macaire, 2005, p. 35.

[54] — La Nouvelle Revue d'Histoire, n° 11, mars-avril 2004, p. 52.

[55] — Assez régulièrement et de façon plus ou moins subtile selon les cas, la NRH critique l’Église, la papauté et les pontifes romains. Récemment, c’est l’« orgueil légendaire » de Boniface VIII qui est mis en avant. Ce pape aurait pris « prétexte de l’arrestation de l’évêque de Pamiers Bernard Saisset, pour dévoiler ses prétentions théocratiques » ! Emma Demeester, Philippe IV le Bel, NRH, n° 29, mars-avril 2007, p. 19-20. Sur la nature réelle du conflit entre Philippe le Bel et Boniface VIII, lire Georges Digard, Philippe le Bel et le Saint-Siège de 1285 à 1304, Paris, Librairie Sirey, 1936, 2 vol.

[56] — Charlemagne, « Prologue de l’Admonitio generalis », 23 mars 789. Dans Monumenta Germaniæ Historica, Capitularia regum francorum, t. I, Hanovre, 1883, p. 52. Voir Sel de la terre 19, p. 146.

[57] — Voir : « Les Turcs contre l’Europe » par Philippe Conrad, (NRH, n°1, juillet-août 2002, p. 47-49) ; « Affrontement de la croix et du croissant en Méditerranée » par Philippe Masson, (NRH, n°16, janvier-février 2005, p. 42-44) ; « Géopolitique de la Turquie » par Aymeric Chauprade, (NRH, n°16, janvier-février 2005, p. 34-37) ; « Sobieski triomphe à Vienne » par Adam Gwiazda, Ibid. ; « Les Habsbourg, défenseurs de l’Europe » par Henry Bogdan (NRH n°16, janvier février 2005, dossier, p. 31-61) ; « Ce jour-là : 29 mai 1453. Chute de Constantinople, jour de deuil » par Philippe Conrad (NRH, n°18, mai-juin 2005, p. 19-20).

[58] — Dom Guéranger, Jésus-Christ, roi de l’histoire, p. 85.

[59] — Lettre de Nicolas V à Constantin X Paléologue, 11 octobre 1451 reproduite dans Louis Pastor, Histoire des Papes depuis la fin du Moyen Age, Paris, Plon, 1907, t. II, p. 236-239. Le commandant en chef de la flotte byzantine basée à Constantinople, Luc Notaras, disait partout qu’il aimait mieux voir dans la ville « le turban turc que la tiare romaine. » Il fut exaucé et le lendemain de la prise de Constantinople, mis à mort avec des raffinements de cruauté par les Turcs !

[60] — André Cherpillod, « Les Mystères de Jeanne d’Arc. Pucelle de Domrémy ou princesse d’Orléans ? » Nouvelle École 47, 1995, p. 75-105. Micheline Peyrebonne, Jeanne d’Arc, bergère, princesse ou sorcière, (Paris, Dualpha, 2004) multiplie les affabulations sur Jeanne qui n’aurait été que le jouet de Yolande d’Aragon. Sur l’histoire vraie de la Pucelle, lire Régine Pernoud et le R.P Ayroles.

[61] — André Cherpillod, ibid., p. 105.

[62] –– Père Ayroles, La paysanne et l’inspirée d’après ses aveux, Paris, Gaume, 1894, p. 131-167. Ce livre a été réédité aux éditions Saint-Rémi en 2005.

[63] –– Cité par Henri Massis dans sa préface de l’ouvrage d’Hilaire Belloc, Jeanne d’Arc, Paris, Firmin-Didot, 1931, p. XX. Voir aussi l’article de l’abbé Nicolas Portail, « Jeanne d’Arc, une sainte charismatique de l’histoire de France », Le Sel de la terre 21, été 1997, p. 42-60.

[64] — Dom Guéranger, Jésus-Christ, roi de l’histoire, Association Saint-Jérôme, 2005, p. 41.

[65] –– François Fetjö, Requiem pour un Empire défunt. Histoire de la destruction de l’Autriche-Hongrie, Paris, Seuil, col. Poche, 1992.

[66] —  On pourrait montrer, par exemple, la forte propension à « romantiser » le fascisme italien et l’Allemagne du IIIe Reich.

[67] — Hubert Guillotel, Vu de Haut, Paris, Fideliter, 1981, n° 1, p. 58.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 63

p. 128-153

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