Un débat sur le magistère ordinaire universel
L’infaillibilité du magistère ordinaire universel (MOU) est un argument fréquemment employé par les défenseurs du concile Vatican II. Contraints d’admettre que ce concile n’a pas énoncé de définitions solennelles (infaillibles), ils se raccrochent au MOU comme à leur dernière chance de « dogmatiser » un concile qui s’est voulu essentiellement pastoral. Nous avons déjà plusieurs fois expliqué ici pourquoi le MOU ne peut être invoqué en faveur de Vatican II [1]. M. l’abbé Bernard Lucien vient nous porter la contradiction dans un livre publié par les éditions La Nef sous le titre : Les Degrés d’autorité du magistère [2]. Ce livre reprend plusieurs articles déjà parus dans la revue Sedes Sapientiæ. Dans un chapitre nouveau M. l’abbé Lucien prend à partie ceux qui refusent certains textes du Concile, et notamment la déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse.
Le frère Pierre-Marie et M. l’abbé Calderon répondent ici aux critiques qui leur sont faites.
Le Sel de la terre.
I
Le magistère conciliaire est-il infaillible ?
par le frère Pierre-Marie O.P.
La position de l’abbé Lucien
L'abbé Bernard Lucien pense que le concile Vatican II a été infaillible, au moins dans ses « points centraux ». Voici le schéma de son argumentation :
1. — Le magistère ordinaire universel (MOU) de l’Église est infaillible.
2. — Or le concile Vatican II a exercé le MOU dans ses points centraux.
3. — Donc le concile Vatican II a été infaillible, au moins dans les « points centraux » de son enseignement.
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1. — Au sujet de la première proposition, l’abbé Lucien décrit ainsi le MOU :
Le « magistère ordinaire et universel » est le magistère exercé de façon courante, quotidienne, à chaque époque par le pape et les évêques subordonnés avec une unanimité morale. Ce magistère est infaillible lorsqu’il propose une doctrine comme révélée, ou comme nécessairement liée à la révélation, ou comme certaine, ou comme à tenir définitivement [3].
2. — En ce qui concerne la deuxième proposition de son raisonnement, voici ce qu’affirme l’abbé Lucien :
Certains passages de Vatican II sont couverts par l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel. Ce sont les passages où une doctrine est directement affirmée, et où en outre cette doctrine est présentée comme révélée, ou comme liée nécessairement à la révélation, ou comme absolument obligatoire pour tous les fidèles. Ce sont là en effet différentes manières de dire qu’une doctrine est à croire (ou à tenir) définitivement et de façon irrévocable [4].
L’abbé Lucien explique qu’il ne faut pas confondre le MOU avec « le canon Lérinien » [5].
Saint Vincent de Lérins, dans son Commonitorium, a déclaré qu’il faut croire ce qui est enseigné « partout, toujours et par tous (quod ubique, quod semper, quod ab omnibus [6]) ». Il s’agit d’un critère qui permet de s’assurer de l’orthodoxie d’une doctrine, de trouver ce qui est dans la Tradition.
Plusieurs auteurs ont pensé que pour que le MOU soit infaillible, il faut que le magistère respecte cette règle, et notamment qu’il enseigne toujours (semper) la même chose, c’est-à-dire qu’il se répète pendant un certain temps.
Dans ces conditions, l’enseignement ordinaire d’un concile, s’il est nouveau, ne peut prétendre à l’infaillibilité.
Cette opinion a été défendue notamment par le chanoine René Berthod [7], par Michel Martin [8] et par Arnaud de Lassus [9].
L’abbé Lucien combat cette opinion : il n’est pas nécessaire, dit-il, pour que le MOU soit infaillible, que le magistère s’exerce pendant un certain temps. Il suffit que tous les évêques (unanimité morale), à un moment donné, enseignent la même doctrine comme révélée ou comme nécessairement liée à la révélation, pour que l’on soit en présence d’un magistère infaillible.
Or c’est précisément ce qui s’est passé au Concile, pense l’abbé Lucien, en ce qui concerne les points centraux de son enseignement.
3. — Quant à la troisième proposition de son raisonnement, l’abbé Lucien donne comme exemple l’enseignement central de la déclaration Dignitatis humanæ. Voici ce qu’il écrit :
Soyons tout à fait précis : ce que nous soutenons ici et que divers auteurs « traditionalistes » nient, c’est que l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel couvre l’affirmation centrale de Dignitatis humanæ, affirmation contenue dans le premier paragraphe de DH, 2 et que nous rappelons : « Le concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même. » C’est évidemment l’analyse littéraire la plus élémentaire qui montre que ce passage est vraiment central dans la déclaration, et directement visé. De plus, nous possédons en l’occurrence une confirmation quasi officielle de cette « centralité ». La commission théologique chargée d’examiner, d’intégrer ou de refuser les corrections demandées par les Pères l’a en effet affirmée dans le compte rendu fourni lors de la 164e réunion générale (19 novembre 1965). […]
« [Réponse de la commission] – Le texte entier est nécessaire au lieu où il se trouve : c’est comme le point central de la déclaration. En outre quand il est question du fondement, il ne s’agit pas pour autant des arguments. »
Ainsi la commission affirme que notre passage est le point central de la déclaration, et elle précise que l’affirmation du fondement fait partie de ce point central, et donc est voulue pour elle‑même, et ne peut être reléguée au simple rang d’argument [10].
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Contrairement à M. l’abbé Lucien, nous pensons que l’enseignement du Concile n’est pas couvert par l’infaillibilité du MOU [11]. Nous fondons notre argumentation sur deux raisons :
1. — Pour faire partie du mou, il faut que l’enseignement soit présenté comme une vérité à croire ou à tenir de façon ferme et définitive. Or, au Concile, l’enseignement n’a pas été présenté de cette manière.
2. — Le magistère ordinaire et universel de l’Église est l’enseignement des évêques dispersés. Or, au Concile, les évêques étaient précisément réunis.
M. l’abbé Lucien s’en prend, dans son livre, à notre deuxième raison. Cette deuxième raison est moins importante que la première, comme nous l’expliquions dans Le Sel de la terre 41 (p. 239) : « Ce point est secondaire puisque, depuis la fin du Concile, les évêques maintenant dispersés continuent d’enseigner les erreurs de ce Concile. »
La raison principale pour laquelle nous affirmons que l’enseignement conciliaire sur la liberté religieuse (par exemple) n’est pas couvert par le MOU, c’est que le magistère conciliaire ne se présente pas comme enseignant des vérités à croire ou à tenir de façon ferme et définitive [12].
Cela dit, puisque l’abbé Lucien nous critique sur notre seconde raison [le magistère ordinaire et universel de l’Église est l’enseignement des évêques dispersés], nous allons examiner ses arguments. S’ils sont meilleurs que les nôtres, nous ne ferons pas difficulté à lui donner raison.
Les arguments d’autorité
Dans une question théologique, les arguments d’autorité sont les plus importants. Nous avons cité pour défendre notre point de vue plusieurs autorités, notamment le concile de Trente, Pie IX, les schémas préparatoires des deux derniers conciles et le DTC [13].
L’abbé Lucien n’examine pas ces textes. Il se contente de concéder qu’« une lecture rapide de plusieurs textes officiels (à des degrés divers) peut donner l’impression d’une identification entre “magistère ordinaire et universel” et “magistère dispersé” ». Il ajoute :
Enfin, on rencontre des théologiens qui, avant le concile Vatican II, s’expriment comme s’ils identifiaient « magistère ordinaire et universel » et « magistère dispersé » [p. 170].
Si bien que l’abbé Lucien lui-même reconnaît que « plusieurs textes officiels » et « des théologiens » s’expriment comme nous [14].
Pour défendre sa position, l’abbé Lucien, lui, ne cite qu’un seul texte, une intervention de Mgr Zinelli, membre de la députation de la foi, au concile Vatican I :
L’accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu’ils sont réunis : l’assistance en effet a été promise à l’union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle [15].
Ce texte peut faire impression. Mais quand on regarde le contexte, on voit que Mgr Zinelli commente un projet d’anathème concernant les définitions solennelles :
Si quelqu’un dit que l’assentiment de l’Église dispersée n’a pas de valeur pour statuer un dogme de foi, et que, par conséquent, il est tout à fait nécessaire que les évêques se réunissent pour définir les questions de foi et de mœurs, qu’il soit anathème [16].
Dans ce texte, Mgr Zinelli ne parle pas en tant que membre de la députation de la foi, mais en tant qu’évêque de Trévise. Il envisage le cas où l’on renoncerait à définir le dogme de l’infaillibilité du pape (à cause de l’opposition de certains évêques qui jugeaient cette définition inopportune), et il propose de donner quand même un enseignement sur la question (sous forme de quatre canons), de manière à rallier un grand nombre d’évêques. Dans ce projet d’anathème, il a en vue une définition faite par le pape, à laquelle se rallie une partie de l’épiscopat, ou qui est appuyée par une partie de l’épiscopat. Il explique qu’il n’est pas nécessaire de réunir les évêques pour faire cette définition. Il ne parle pas du MOU, mais des conditions qui permettent au pape de faire une définition infaillible.
L’accord des évêques dispersés dont il est question ici est un accord des évêques pour permettre au pape de « statuer un dogme de foi », de « définir les questions de foi et de mœurs ».
Nous ne sommes pas dans le cas du magistère ordinaire, qui n’a pas pour objet de définir des dogmes, mais celui de transmettre la doctrine, encore moins dans le cas du magistère ordinaire universel qui s’exerce par l’ensemble de l’épiscopat et non par le pape seul.
L’abbé Lucien ne peut donc pas faire état de ce texte pour appuyer sa thèse [17].
Nous pourrions arrêter là notre discussion.
En effet, alors que nous avons plusieurs arguments d’autorité en faveur de notre thèse, l’abbé Lucien ne peut en citer aucun en faveur de la sienne.
Toutefois, comme l’abbé Lucien nous accuse de « méconnaître complètement la véritable cause de l’infaillibilité du magistère universel, à chaque époque [18] », poursuivons quelque peu cette recension.
La véritable cause de l’infaillibilité du MOU
Dans Le Sel de la terre 35 (p. 48) nous écrivions :
Lorsque tous les évêques répandus sur toute la terre enseignent la même chose comme appartenant à la foi, la raison de leur unanimité ne peut être que leur origine commune, à savoir la Tradition apostolique. Si leur enseignement est commun, la seule raison en est qu’ils puisent à une même source : la Tradition apostolique. Mais si les évêques sont réunis, on peut trouver d’autres raisons à l’unanimité de leur enseignement : il peut y avoir des pressions, des influences [19], etc. C’est précisément ce qui est arrivé au concile Vatican II. Si l’on avait demandé aux Pères, avant de venir au Concile, alors qu’ils étaient encore dispersés, si la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse faisait partie de la foi de leurs Églises, il est bien clair que la grande majorité, sinon l’unanimité, aurait répondu par la négative. Mais au Concile, après quatre années de pression, après être revenu six fois à la charge (pour la déclaration sur la liberté religieuse), l’on a réussi à les faire plier presque tous [20].
L’abbé Lucien commente :
Le père Pierre-Marie méconnaît donc complètement la véritable cause de l’infaillibilité du magistère universel, à chaque époque. Cette cause, c’est Notre-Seigneur lui-même agissant toujours de façon actuelle, au fil des siècles, comme Tête de l’Église. C’est la doctrine même du Corps mystique. Notre-Seigneur agit en permanence, invisiblement et visiblement. Invisiblement, par lui-même et par le Saint-Esprit qu’il envoie [21].
Il nous semble plutôt que c’est l’abbé Lucien qui méconnaît la nature du magistère, et plus généralement la nature de la causalité.
Notre-Seigneur, tête et chef de l’Église, assiste (par le Saint-Esprit) invisiblement le magistère (« je suis avec vous tous les jours » Mt 28, 20), mais cela n’enlève pas aux agents seconds leur manière humaine et visible d’agir.
Le Saint-Esprit assiste invisiblement l’Église en sorte d’assurer la transmission visible de la Révélation à chaque époque, de manière humaine, visible, de main en main [22], depuis les Apôtres jusqu’à nous.
Nous pouvons donc constater cette transmission et, lorsque nous voyons qu’il y a unanimité dans l’enseignement ordinaire des évêques sur toute la terre, nous sommes assurés tant au niveau de la raison [23] qu’au niveau de la foi [24] que cet enseignement remonte aux Apôtres et fait partie de la Révélation.
Prenons maintenant le cas d’évêques réunis en concile.
Si un concile se trompait dans une définition (à laquelle tous sont tenus de se soumettre), l’Église aurait défailli : Notre-Seigneur ne le permettra donc jamais, les conciles sont infaillibles en leurs définitions [25].
Mais si un concile enseignait une erreur sans la définir (et donc sans l’imposer comme obligatoire), quelques évêques (minoritaires au concile ou absents) pourraient résister et continuer à transmettre la vraie foi, et, après un certain temps, faire revenir leurs collègues.
L’indéfectibilité de l’Église ne requiert pas systématiquement l’infaillibilité du magistère ordinaire des conciles, tandis qu’elle requiert celle du magistère ordinaire des évêques dispersés.
C’est ce que l’abbé Lucien n’a pas compris : pour lui, la réunion des évêques en concile ou leur dispersion dans leur diocèse est une différence accidentelle [26].
En réalité, cette différence n’est pas accidentelle au regard de la foi, puisque dans un cas tous les évêques sont impliqués et l’indéfectibilité de l’Église est directement engagée (si tous les évêques du monde entier se trompaient dans leur magistère ordinaire, l’Église aurait défailli dans la foi), tandis que dans l’autre cas tous les évêques ne sont pas impliqués et l’indéfectibilité n’est donc pas immédiatement engagée (si un concile se trompe dans un enseignement ordinaire, quelques évêques peuvent résister et faire revenir ensuite leur collègues [27]).
Cette différence n’est pas non plus accidentelle au regard de la raison. Nous avons expliqué comment des pressions peuvent être exercées dans un concile. C’est probablement la raison pour laquelle le pape Pie XI, bien conseillé par le cardinal Billot, a renoncé à convoquer un concile :
On sait que le concile Vatican I avait dû être interrompu à cause de la guerre de 1870. Pie XI, qui souhaitait poursuivre les travaux de ce concile, consulta ses cardinaux sur l’opportunité de convoquer les évêques pour achever Vatican I. Selon les recherches effectuées par Giovanni Caprile, vingt-six réponses sont conservées dans les archives vaticanes. Seuls deux cardinaux répondirent par la négative : le cardinal autrichien Andreas Frühwirth O.P. (1845-1933) et le cardinal Billot S.J. L’argumentation de Billot est chaque jour plus actuelle, car elle semble décrire – quarante ans avant la lettre – le climat et l’atmosphère de Vatican II. Il semble, raisonne Billot, que l’ère des conciles œcuméniques soit définitivement révolue, en raison des difficultés et des dangers qu’ils comportent, et notamment : la prolongation excessive des débats ; le grand nombre des participants ; la difficulté pour les Pères de garder le secret, assiégés qu’ils sont par une nuée de journalistes de tous les pays, ceux-ci étant munis de tous les moyens que la science et les coutumes les plus modernes mettent maintenant à leur disposition ; la répercussion immédiate, hors de l’aula conciliaire, de la moindre discussion, du moindre affrontement ; la prépondérance de certains blocs nationaux ; la durée excessive de l’ensemble du Concile ; le danger de voir des éléments extrémistes – les modernistes – se saisir du Concile « pour faire la révolution, un nouveau 1789, objet de leurs rêves et espérances ». (Le texte entre guillemets est de la plume du cardinal Billot : voir La Pensée Catholique n° 170, septembre-octobre 1977, p. 48 et 49). Qu’aurait dit Billot en assistant au concile Vatican II, manipulé par les periti, influencé par les « marx-media », envahi par les nuées germaniques préparant la Révolution d’Octobre [28] ?
De l’infaillibilité du magistère ordinaire dans un concile
Des explications qui précèdent, il ne faudrait pas conclure trop vite que le magistère ordinaire ne serait jamais infaillible dans un concile.
En réalité le concile participe à l’infaillibilité du pape [29] : dans le cas des définitions, il participe à l’infaillibilité du pape parlant ex cathedra ; en dehors des définitions, il est infaillible comme le pape dans son magistère ordinaire.
Or le magistère ordinaire du pape peut être infaillible. Sur ce point la position de Dom Paul Nau nous paraît équilibrée : pour qu’il y ait infaillibilité, il faut continuité et cohérence de l’enseignement pontifical [30]. Par conséquent le magistère ordinaire pontifical doit se répéter pendant un certain temps pour être infaillible [31].
Ainsi, pour que le magistère ordinaire d’un concile soit infaillible, il faut qu’il y ait continuité et cohérence de l’enseignement conciliaire [32].
L’abbé Lucien pense que l’enseignement ordinaire d’un concile est infaillible dans « les points centraux », concept nouveau et difficile à cerner. Si par « point central » il entendait les définitions, nous serions d’accord. Mais dans ce cas, Dignitatis humanæ n’est pas infaillible, puisque le pape Paul VI lui-même admettait que le Concile « a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique [33] ».
Notons toutefois que le magistère ordinaire conciliaire, même lorsqu’il n’est pas infaillible, a une grande autorité. Il en est de même du magistère ordinaire du pape dans ses documents les plus importants (comme une grande encyclique). Certains théologiens pensent même qu’il ne serait jamais permis à un simple fidèle de critiquer un tel enseignement [34].
C’est pourquoi, pour nous permettre de mettre en cause Vatican II, nous avons mis en avant d’autres raisons [35].
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En conclusion, les raisons de l’abb é Lucien nous paraissent bien faibles, et nous continuons de penser que Vatican II a pu se tromper, même dans les « points centraux » de son enseignement.
L’abbé Lucien exagère l’autorité du Concile : dans cette exagération il est resté proche des sédévacantistes, au point qu’il lui arrive fréquemment de renvoyer purement et simplement à leurs ouvrages pour critiquer notre position [36].
A cette première erreur sur l’autorité du Concile, l’abbé Lucien en ajoute une deuxième : il pense que la déclaration Dignitatis humanæ n’est pas erronée dans son « point central ».
Nous avons plusieurs fois réfuté cette erreur, expliquant les sophismes de l’abbé Lucien [37]. Sur ce point il n’a pas engagé de débat avec nous. N’aurait-il rien à nous répondre ?
II
Pour une lucidité catholique
par l’abbé Alvaro Calderón
L'abbé Bernard Lucien a publié récemment un livre où il reprend quelques-uns de ses articles sur le magistère de l’Église et les complète avec une critique des positions « traditionalistes » sur l’autorité doctrinale du concile Vatican II. A en juger par ses écrits, l’auteur est respectable dans sa doctrine et respectueux de ses adversaires. Comme, par ailleurs, il a pris la peine de lire nos articles – ce qui n’est pas une mince affaire – il mérite, contrairement à d’autres [38], que nous lui répondions d’une façon convenable.
Pour garder l’ordre de la discussion, nous considérerons d’abord ses réponses aux critiques que nous lui avions faites auparavant, et ensuite nous répondrons aux critiques qu’il nous fait ici. Le titre de chaque partie se rapporte au thème principal qui s’y trouve traité.
De la distinction entre magistère ordinaire et magistère extraordinaire
L’abbé Lucien soutient que le concile Vatican II définit infailliblement certaines doctrines, non par mode de magistère extraordinaire, mais par le magistère ordinaire universel. Dans notre premier article [39], nous avions placé son opinion dans notre cinquième objection, et, en répondant à cette objection, nous faisions deux critiques à notre contradicteur :
