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Jésus-Christ, roi et prêtre

Le psaume 109

 

par le frère Étienne Hugueny O.P.

 

 Le père Hugueny a publié, au début du 20e siècle, un commentaire complet des psaumes du bréviaire ainsi que d’autres commentaires, comme celui du petit office de la sainte Vierge [1]. Nous tirons ces explications de son ouvrage Psaumes et cantiques du bréviaire romain [2].

Le psaume 109, l’un des plus célèbres psaumes messianiques, annonce la divinité et la royauté du Messie que l’Église célèbre dans la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi, le dernier dimanche d’octobre.

Le Sel de la terre.

 

Traduction du père Hugueny

Texte de la Vulgate

Psaume de David

I

1. Oracle de Yahwéh à mon Seigneur« Assieds-toi à ma droite,

2. Jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis,Escabeau pour tes pieds.

II

3. Le sceptre de ta puissance,C’est Yahwéh qui l’envoie ;De Sion règne en maître,Au milieu de tes ennemis.

1. Psalmus David.

 

Dixit Dóminus Dómino meo :Sede a dextris meis,donec ponam inimícos tuos,scabéllum pedum tuórum.

 

2. Virgam virtútis tuæ emíttet Dóminus ex Sion :domináre in médio inimicórum tuórum.

III

4. Avec toi le principat,Au jour de ta force,Dans les ornements de la sainteté ;Du sein, avant l’aurore, je t’ai en­gendré. »

IV

5. Yahwéh l’a juré,Il ne se dédira pasTu es prêtre pour toujours,Selon le type de Melchisédech.

V

6. Mon Seigneur est à ta droite,Il brise les rois, au jour de sa colère ;

7a. Il exerce le jugement parmi les nations ;Il entasse les cadavres.

VI

7b. Il brise les têtes,Sur une grande étendue de terre.

8. Du torrent, sur le chemin, il boira ;C’est pourquoi il relèvera la tête [3].

 

 

3. Tecum princípiumin die virtútis tuæ in splendóribus sanctórum :ex útero, ante lucíferum, génui te.

 

 

4. Jurávit Dóminus,et non pœnitébit eum :Tu es sacérdos in ætérnumsecúndum órdinem Melchísedech.

 

5. Dóminus a dextris tuis ;confrégit in die iræ suæ reges.

6a. Judicábit in natiónibus,implébit ruínas ;

 

 

6b. conquassábit cápitain terra multórum.

7. De torrénte in via bibet ;proptérea exaltábit caput.

Présentation

 Ce psaume est une prophétie messianique citée maintes fois comme  telle dans le nouveau Testament [4] et par Notre-Seigneur lui-même  qui s’en est fait l’application [5]. Son sens original était quelque peu mystérieux et obscur, comme celui de toutes les prophéties messianiques, avant que la vie de Notre-Seigneur en donnât la clef. Cette obscurité s’est encore augmentée du fait que les copistes, ne comprenant pas le texte primitif, l’ont mal lu et y ont fait des corrections intentionnelles, dans le but de l’éclaircir. De là vient qu’aujourd’hui, non seulement le sens, mais le texte original lui-même est assez incertain pour qu’en plusieurs passages du psaume, on n’arrive pas à des conclusions sûres. Nous signalerons ces incertitudes dans le commentaire particulier de chaque strophe.

Si, malgré son obscurité, ce psaume tient une place importante dans la liturgie des Vêpres, d’où il est rare­ment absent aux offices du dimanche et des jours de fête, c’est qu’il chante la filiation davidique, la royauté, le sacerdoce, le triomphe final et, au moins dans notre texte liturgique, la divinité du Messie. Toutes les gloires de notre Sauveur Jésus y sont annoncées.

 

Commentaire

 — 1ère strophe —

I. Oracle de Yahwéh à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, 2. Jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis, Escabeau pour tes pieds.

I. Dixit Dominus Domino meo : / Sede a dextris meis : / 2. Donec ponam inimicos tuos, / scabellum pedum tuorum.

Pas de difficulté dans le texte et la traduction de cette strophe. On sait que les Septante et, après eux, la Vulgate, ont toujours traduit « Yahwéh » par « Seigneur »  [6] ; ces versions ont aussi rendu le substantif hébreu qui signifie « oracle », par le verbe « a dit », ce qui donne comme premier stique : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur. » C’est sous cette forme que le psaume est cité dans l’évangile de saint Matthieu nous racontant la question embarrassante posée par Notre-Seigneur aux Pharisiens :

Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il fils ? — De David, répondent-ils. — Et comment donc David prophétisant l’appelle-t-il son Seigneur, en disant : “Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis, escabeau sous tes pieds.” ? Si David appelle le Christ son Seigneur, comment le Christ est-il son fils ? — Et personne ne pouvait lui répondre mot [Mt 22, 41-46].

Cet embarras ne doit pas nous surprendre. Pour répondre, il eût fallu savoir, comme nous aujourd’hui, de quelle façon le mystérieux oracle devait se réaliser, comment le fils de Dieu deviendrait le fils de David et comment, en Jésus fils de David, l’homme serait appelé, au jour de l’ascension, à partager, au ciel, la gloire de la divinité, pendant que, sur terre, continuerait la lutte contre les ennemis de son règne, jusqu’au jour du jugement final où tout pouvoir hostile sera définitivement brisé. Ce jour-là, le Christ fera hommage au Père de toutes les créatures qu’il se sera soumises, soit en gagnant leur amour, soit en domptant leur révolte. C’est ainsi que saint Paul entend notre psaume, quand il écrit dans la première épître aux Corinthiens 15, 20 et 24 :

Maintenant le Christ est ressuscité des morts, prémice des endormis, […] puis ceux-là ressusciteront qui sont du Christ, qui ont cru en son avènement. Ensuite ce sera la fin, quand le Christ donnera le royaume à Dieu et au Père, ayant réduit à néant tout principat, toute puissance et toute force. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds.

Le règne que le Christ remonté aux cieux, assis à la droite du Père, exerce sur la terre, est donc un règne combattu où les puissances mauvaises useront largement du pouvoir de résistance qui leur a été accordé par la Providence, pour l’épreuve de la liberté humaine et la glorification des élus par la lutte. Le Christ a déjà à son service, pour cette lutte, l’usage de la puissance de Dieu. Il s’en sert maintenant pour soutenir le cou­rage des élus et assurer leur triomphe moral dans les oppositions de toutes sortes et les persécutions qu’ils rencontrent au service de Dieu. Mais un jour viendra où ce ne seront pas seulement les justes qui le glorifieront, mais les damnés et les démons rendront eux-mêmes hommage à sa divinité. « Au nom de Jésus, tout genou fléchira dans les enfers et sur terre aussi bien qu’au ciel » (Ph 2, 10). Le Père recevra, de son Fils, l’hommage du monde subjugué ; au règne de lutte succédera le règne de la paix bienheureuse dont jouiront tous ceux qui auront combattu avec le Christ.

Ce caractère de lutte du règne actuel du Christ est nettement marqué par la seconde strophe du psaume.

 

— 2e strophe —

3. Le sceptre de ta puissance, C’est Yahwéh qui l’envoie ; De Sion, règne en maître [7], Au milieu de tes ennemis.

3. Virgam virtutis tuæ / emittet Dominus / ex Sion, dominare / in medio inimicorum tuorum.

Est-ce encore Yahwéh qui parle ou est-ce le psal­miste ? A ne considérer que cette strophe, c’est le psal­miste, puisqu’on y parle de Yahwéh à la troisième personne, et, si l’on s’en tient au texte massorétique, il n’y a aucune difficulté à limiter à la première strophe l’oracle de Yahwéh qui ne reprend la parole qu’au verset 5, après que le psalmiste nous en a avertis. Mais si nous suivons le texte de la Vulgate et des Septante qui, sans nouvelle introduction, attribuent à Yahwéh les paroles de la strophe suivante, il nous faudra considérer cette seconde strophe comme faisant partie de l’oracle de Yahwéh aussi bien que la troisième. Son attribution à Yahwéh ou au psal­miste ne change d’ailleurs rien au sens de la description qu’elle nous donne du règne du Christ.

Ce règne s’est établi en vertu d’une mission divine ; il a ses débuts en Sion et s’affirme au milieu même des persécutions et de l’opposition des ennemis, par une maîtrise que la lutte ne saurait supprimer. Les puis­sances de l’enfer ne prévaudront jamais contre l’Église du Christ qui restera cependant militante et combattue jusqu’à la fin du monde. Leur opposition est soumise aux limites que lui pose la puissance divine, elle ne peut que servir à l’épreuve des saints, à la distinction des bons et des méchants.

 

— 3e strophe —

4. Avec toi le principat, Au jour de ta force, Dans les ornements de la sainteté ; Du sein, avant l’aurore, je t’ai engendré. »

4. Tecum principium, / in die virtutis tuæ, / in splendoribus sanctorum ; / ex utero ante luciferum genui te.

Le mot « principium », « principe » de la Vulgate, est, de l’aveu de tous les commentateurs, une mauvaise tra­duction du mot « arxè[FR1]  », que les Septante n’ont pas entendu dans le sens de « principe », mais dans le sens de « principat », de « commandement ».

Le texte massorétique de ce premier stique est diffi­cile, pour ne pas dire impossible à traduire littérale­ment. La traduction : « Ton peuple se donne à toi au jour de ta force », qui paraît plus admissible, est une inter­prétation plus qu’une traduction. Les Septante ont très probablement mieux lu le texte original que les mas­sorètes. Les mots qui suivent dans la Vulgate : In splendoribus sanctorum, donnent un sens quelque peu équi­voque qu’il faut interpréter d’après les Septante et l’hébreu. L’hébreu est clair : « Dans des ornements de sainteté. » Il s’agit de la parure sacrée revêtue par le Roi-Prêtre au jour de la manifestation de sa puissance.

Les derniers mots de cette strophe sont les plus discutés ; le texte massorétique est certainement corrompu. Voici sa traduction littérale : « De l’aurore » ou « plus que l’aurore à toi la rosée de ta jeunesse ». On ne peut donner que des interprétations hypothétiques de cette formule. Cette difficulté jointe à celle du premier stique, rend très incer­taines toutes les traductions proposées pour cette strophe d’après le texte massorétique.

En ces conditions, mieux vaut nous en tenir à celle des Septante. Nous ne devons pas cependant dissi­muler les difficultés qu’elle soulève. L’emploi de la première personne : « Je t’ai engendré », paraît étrange après qu’on a parlé de Yahwéh à la troisième personne dans le verset précédent, et l’expression : « Du sein je t’ai engendré », paraît plus étrange encore sous une plume juive. Si étrange qu’elle paraisse, elle était cependant possible, puisqu’elle a été employée par les auteurs juifs de la Bible grecque ; d’ailleurs, elle se rapproche beaucoup de la formule du psaume 2, 7 : « Yahwéh m’a dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. » Quoi qu’il en soit de sa valeur de représentation fidèle du texte original, elle exprime trop bien notre dogme catholique et se chante depuis trop longtemps, pour que nous ne la préférions pas, dans la liturgie, à des essais tout à fait incertains de restitution du sens original.

L’idée maîtresse de cette strophe, ainsi traduite d’après les Septante, nous paraît quelque peu précisée dans le début de l’Épître aux Romains où saint Paul se pro­clame l’Apôtre de Jésus-Christ, « né de la race de David selon la chair, déclaré Fils de Dieu puissant, selon l’Esprit de sainteté, du fait d’une résurrection d’entre les morts [8] ».

Le Christ n’a pas exercé, dès son apparition en ce monde, les droits de sa royauté ; il y a même renoncé, comme le dit saint Paul, pour mener parmi nous une vie pauvre commencée dans l’humilité de la crèche et de la vie cachée, terminée par l’humiliation du Calvaire. Mais cette suprême humiliation, expiation de notre orgueil, a marqué l’heure où le Père devait glorifier son Fils. La résurrection, l’ascension, la pentecôte ont été l’aube du jour de puissance, le commencement du règne. Le rayonnement sacré que ces glorieux mystères ont donné à la personnalité du Christ est déjà suffisant pour que toutes les âmes de bonne volonté croient à sa parole et adorent en lui le Fils de Dieu. Mais cet éclat grandira encore et, au jour du jugement, il sera tel, que les méchants, aussi bien que les bons, seront obligés de confesser que Jésus n’est pas une simple créature et que Dieu peut lui dire en vérité : « Du sein, avant l’aurore, je t’ai engendré », c’est-à-dire : « Tu es vraiment pour moi un Fils, engendré de toute éternité, avant qu’aucune aurore ait marqué le commencement du temps ».

Adorons Jésus, notre roi, fils de David et fils de Dieu, glorieusement manifesté par sa résurrection et son ascen­sion. Attendons avec confiance la manifestation plus glorieuse encore du jour du jugement final. Mais nous n’avons pas encore dit toutes les gloires de notre roi. Ce roi est prêtre.

 

— 4e strophe —

5. Yahwéh l’a juré, Il ne se dédira pas : Tu es prêtre pour toujours, Selon le type de Melchisédech.

5. Juravit Dominus / et non pœnitebit eum : / Tu es sacerdos in æternum, / secundum ordinem Melchisedech.

Le Messie sera Roi-Prêtre, comme Melchisédech était à la fois roi de Jérusalem et prêtre du Très-Haut (Gn 16, 18). Cette alliance de la royauté et du sacerdoce, voilà, pour le psalmiste, le point de départ de la comparaison établie entre le Messie et Melchisédech. L’Épître aux Hébreux développe cette comparaison dans les chapitres cinquième et sixième consacrés au sacerdoce du Christ. Ces textes étant trop longs à citer, nous en donnerons seulement l’analyse.

Jésus est prêtre et grand-prêtre. Il n’a pas usurpé de lui-même cette dignité, mais il l’a reçue de Dieu qui lui a dit : « Tu es prêtre pour toujours selon le type de Melchisédech. » Notre frère par son humaine nature, chargé de nous représenter auprès de Dieu et d’offrir des sacrifices pour nos péchés, il s’est offert lui-même et, par le dur sacrifice du Calvaire, il a mérité d’être exaucé et de devenir cause de salut pour tous ceux qui lui obéissent. Son sacerdoce, supérieur au sacerdoce lévitique, n’est bien figuré que par celui de Melchisédech.

Melchisédech, par son nom de roi de justice et par son titre de roi de Salem, roi de paix, annonce le caractère pacifique et réparateur de la royauté sacerdotale du Messie. De Melchisédech, l’Écriture ne mentionne ni la naissance, ni la mort, ni le père, ni la mère. C’est bien la figure d’un sacerdoce qui n’est plus, comme celui de Lévi, attaché à la génération charnelle, mais dépendant d’une vie divine qui le rend éternel. Abraham et, en lui, Lévi et ses enfants, se sont agenouillés devant Melchisédech, lui ont demandé sa bénédiction et payé la dîme. C’est encore là le signe de la supériorité du sacerdoce constitué selon le type de Melchisédech, avec la solennité d’un serment dont l’institution lévitique n’avait pas été honorée, parce que l’alliance dont elle était l’organe devait disparaître devant l’alliance nouvelle garantie pour l’éternité, par l’éternité du sacerdoce du Christ. A ces analogies, signalées par l’Épître aux Hébreux, entre le sacerdoce du Christ et celui de Melchisédech, nous pouvons ajouter, avec les Pères, celle de l’offrande du pain et du vin, faite en dehors du Temple juif et par un prêtre dont la prière n’avait pas le caractère et les limites d’une prière nationaliste.

Le sacerdoce de chacun de nos prêtres catholiques n’est pas distinct de celui du Christ, c’est le même sacerdoce représenté, dans les différents moments du temps et les différents lieux de l’espace, par les actes rituels du prêtre, qui ne fait en son nom propre aucun acte vraiment sacerdotal, mais qui dit, au nom et en la personne du Christ : « Ceci est mon corps. »

Honorons, dans nos prêtres, le pouvoir sacerdotal du Christ lui-même, mis à notre service, et prions pour que ceux qui sont ainsi les instruments du sacerdoce du Christ, mettent de plus en plus, dans leur vie et dans leur ministère, ce détachement de la terre et cette élévation céleste que l’Écriture nous donne comme une des caractéristiques du sacerdoce constitué selon le type de Melchisédech.

 

— 5e et 6e strophe —

6. Mon Seigneur est à ta droite, II brise les rois, au jour de sa colère ; 7a. Il exerce le jugement parmi les nations ; Il entasse les cadavres.

7b. Il brise les têtes, Sur une grande étendue de la terre. 8. Du torrent, sur le chemin, il boira ; C’est pourquoi il relèvera la tête.

6. Dominus a dextris tuis, / confregit in die iræ suæ reges. / 7a. Judicabit in nationibus, / implebit ruinas ;

7b conquassabit capita / in terra multorum. / 8. De torrente in via bibet : / propterea exaltabit caput.

« Mon Seigneur est à ta droite. » Cette traduction suppose que nous lisons « ‘Adonaï » dans le texte hébreu et non pas « ‘Adonaï », comme le porte actuellement le texte massoré­tique et comme les Septante semblent l’avoir lu. Cette correction de voyelle est-elle légitime ? Il nous semble qu’elle s’impose et qu’on doit vraiment lire ici « ‘Adoni » comme dans le premier verset. Après avoir écrit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assieds-toi à ma droite », le psalmiste s’adresse maintenant à Yahwéh dont il vient de parler et dit : « Mon Seigneur est à ta droite, et c’est en vertu de la puissance que lui vaut cette participation à la majesté divine, qu’il brise les rois… » Le sujet de cette première proposition : « Mon Seigneur est à ta droite » doit être le même que celui de tous les verbes qui suivent [9].

« Il brise les rois, au jour de sa colère ; il exerce le jugement parmi les nations, il entasse les cadavres, il brise les têtes sur une grande étendue de terre » ou bien « sur la terre d’Égypte », si on lit « rahabh » au lieu de « rabbâh », l’Égypte symbolisant le pays des pécheurs orgueilleux, ennemis irréductibles de Dieu et de son peuple. Voilà une description qui nous représente un Messie tout à fait guerrier et ne convient guère, semble-t-il, au Roi-Prêtre que l’on com­parait tout à l’heure à Melchisédech, roi de Salem, roi de paix, et que l’Écriture, en maints endroits, nous présente comme le prince de la paix.

Le Messie sera-t-il, oui ou non, roi de paix ou roi de guerre ? La vie et les enseignements de Jésus ne nous permettent plus d’hésiter sur cette question : le Messie est un roi de paix, dont la miséricorde appelle les pécheurs avec une inlassable patience. C’est le seul qui puisse donner, au monde en général et à chaque individu en particulier, la paix après laquelle aspire tout coeur d’homme. Mais ce roi de paix aura un jour de colère ; nous le savons, non seulement par ce psaume, mais encore par l’Évangile ; c’est le jour où il jugera le monde, où les pécheurs obstinés et surtout leurs princes trembleront devant sa majesté qui les condamnera sans pitié et sans recours, après les avoir si longtemps, mais vainement, appelés à la pénitence. Si terribles que soient les images du pro­phète, elles ne sont qu’un pâle symbole de la réalité du châtiment qui menace ceux qui, jusqu’à la fin, auront refusé d’accepter le joug si doux du Christ-Roi. Écoutons les appels de la miséricorde de notre Sauveur, si nous ne voulons pas être définitivement brisés au jour de sa terrible colère.

« Du torrent, sur le chemin, il boira ; c’est pourquoi il relèvera la tête. » Le Messie partagera les peines et les humi­liations de ce torrent aux eaux troubles qu’est notre vie, et c’est par cet abaissement qu’il méritera son exaltation. Telle est l’interprétation commune de ce verset dans les écrits des Pères. On a fait récemment remarquer que, dans les pays d’Orient, l’image du torrent, auquel on s’abreuve, éveille l’idée de rafraîchissement et de réconfort plutôt que celle de peine. Le verset voudrait dire que le Messie, au cours de sa lutte, ne manquera pas des divines consolations qui seront son soutien. Le verset étant assez obscur, il est difficile d’en fixer sûrement le sens précis.

L’interprétation que nous venons de donner de ce psaume prophétique est une interprétation chrétienne. Grâce à ce que nous savons de la vie du Messie, Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous y avons mis des précisions qui ne sont, après tout, que le développement de ce qu’il y a d’implicitement contenu dans la prophétie. Notre interprétation, même avec ces précisions, est certainement plus fidèle au sens original que les multiples essais de l’interprétation rationaliste qui voudrait limiter la signification de notre psaume à l’exaltation d’un des prêtres-rois de la dynastie des Macchabées.



[1]  — Père Étienne Hugueny O.P., Psaumes et cantiques du petit office de la sainte Vierge : traduction, commentaire, méditation, Paris, Labergerie, 1931.

[2]    —   Père Étienne Hugueny O.P., Psaumes et cantiques du bréviaire romain, Paris, Labergerie, 1931, t. I, p. 331.

[3]    —   Nous rendrons compte de notre traduction dans le commen­taire de chaque strophe.

[4]    —   Mt 22, 41-45 ; 26, 64. Mc 14, 62. Lc 20,  42 ; 22, 69. Ac 2, 32 ; 5, 31. Rm 8, 34. 1 Co 15, 24. Ep 1, 20. Col 3, 1. He 1, 13 ; 5, 5 ; 6, 20 ; 7, 17 ; 8, 1 ; 10, 12. 1 P 3, 22. Ap 3, 21.

[5]    —   Mt 22, 41.

[6]  — La Septante (notée LXX) est la version grecque de l’ancien Testament, traduite de l’hébreu à Alexandrie, à partir du 3e siècle avant J.-C. ; la Vulgate latine (Vg) est la traduction latine de la Bible que l’on doit à saint Jérôme. Elle suit habituellement la Septante. — Voir l’article du Fr. Emmanuel-Marie O.P., « Les juifs ont-ils falsifié l’Écriture ? », Le Sel de la terre 40, printemps 2002, p. 10, sur les différents textes et versions de la Bible, et leur valeur. (NDLR.)

[7]    —   Il nous paraît difficile de garder la coupure du verset 3, telle qu’elle est actuellement indiquée dans la Vulgate : « Le sceptre de ta puissance, c’est Yahwéh qui l’envoie de Sion ; règne en maître au milieu de tes ennemis… » On comprend que Yahwéh envoie le sceptre du ciel au Messie qui règne sur terre ; on ne comprend pas comment il peut l’envoyer de Sion à un autre endroit indé­terminé de la terre, puisque le Messie doit régner sur Sion et sur toute la terre.

[8]    —   Rm 1, 3-4. A. Lemonnyer O.P., Épîtres de saint Paul, traduction et commentaire, Paris, Bloud, Collection de la Pensée chrétienne, 1905.

[9]    —   C’est l’interprétation de saint Augustin et de saint Robert Bellarmin.

 [FR1]à reproduire en lettres grecques sur l’ordinateur final.

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 66

p. 6-14

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