Lu dans les revues amies
Nous donnons ici des comptes rendus de lectures ou des textes extraits de revues amies qui nous semblent devoir intéresser nos lecteurs.
Le Sel de la terre.
*
Ecclesia Dei afflicta : le sas
par l’abbé Jean-Baptiste Frament
Extrait du Sainte-Anne [1], n° 201 de septembre 2008.
Un sas, cela sert à passer d’un milieu à un autre quand on ne veut pas mélanger les deux milieux. Par exemple, pour entrer ou sortir d’un sous-marin sans faire pénétrer l’eau dans le sous-marin, ou pour passer d’une zone contaminée à une zone saine sans contaminer la zone saine.
Comme je viens de le dire, cela sert à sortir ou à entrer. Cela dépend du sens dans lequel on l’utilise… et du point de vue où l’on se place.
En soi, un sas n’est pas un lieu de vie, mais un lieu de passage. Si l’on y vit, ce n’est que temporairement. La vie, la vraie, se déroule en dehors du sas. On ne reste pas enfermé dans un sas : sinon on y meurt, peut-être pas tout de suite, mais à la longue.
Cette description me semble bien s’appliquer aux divers regroupements de catholiques qui se réclament du motu proprio Ecclesia Dei afflicta. Le sas dont il s’agit est un sas entre deux milieux incompatibles : le milieu de la foi catholique et le milieu des erreurs modernes, le milieu de ceux qui se battent pour la défense de la foi et celui de ceux qui acceptent les erreurs.
Initialement, ce sas a été mis en place pour être un sas de sortie : la sortie du combat de la foi. Il s’agissait de vider le mouvement traditionnel de ses troupes avec un épouvantail et une carotte. L’épouvantail du schisme et de l’excommunication et la carotte de la Tradition protégée par Rome. Seulement voilà : s’ils pouvaient garder la Tradition, les « catholiques affligés » n’avaient pas le droit de se battre, de combattre les erreurs. Ils devaient, soit réintégrer les rangs officiels, soit cesser le combat en restant dans ce sas qui devint bientôt une sorte de ghetto, une réserve pour les indiens de la Tradition.
Comme nous l’avons vu, un sas n’est pas un lieu de vie. Même si le sas a été aménagé pour prolonger l’attente de ceux qui s’y sont enfermés, il n’est, de par sa nature, qu’un lieu de passage. En ce sens, le sas Ecclesia Dei est une impasse. Aussi, l’attente dans ce sas a, on le conçoit, quelque chose de désespérant. Il reste alors un moyen pour se consoler : faire nombre, se dire que ce lieu est un bon endroit de vie puisque beaucoup de monde s’y retrouve. Il n’y a qu’à voir l’ardeur de ceux qui cherchent à constituer partout des « groupes stables » pour le motu proprio de Benoît XVI… en oubliant que les groupes vraiment stables existent depuis longtemps et vivent de leur belle vie en menant le bon combat de la foi.
Mais l’accroissement numérique ne reste que quantitatif. Il ne peut pas changer l’inactivité en combat. Le sas reste un sas, et il faut tôt ou tard en sortir… d’un côté… ou de l’autre. « Nul ne peut servir deux maîtres » : c’était l’évangile de dimanche dernier [15e dimanche après la Pentecôte].
Et là, les choses deviennent intéressantes ! Car, pour faire nombre, les « catholiques affligés » avaient dû recruter… y compris chez les modernes. Et parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui sont entrés dans le sas et ont pris goût à la Tradition. Et comme ils comprenaient bien qu’on ne vit pas indéfiniment dans un sas, certains ont fini par rejoindre les rangs du bon combat de la foi. On peut imaginer le dépit de ceux qui avaient conçu le sas pour vider la Tradition : voilà que ce sas fonctionnait dans les deux sens !
Est-ce là l’explication de ce qu’on a appelé « l’ultimatum » ? Il s’agissait de nous interdire de combattre les erreurs quand elles étaient proposées par le pape. Était-ce un rappel que le combat des erreurs était prohibé par le Vatican ? Une tentative pour mettre un sens unique à l’entrée du sas ? Je n’en sais rien : je ne connais pas le secret des cœurs.
Ce qui est sûr, c’est que nos « catholiques affligés » sont vraiment dans une triste situation. Ils pensaient pénétrer l’Église de l’intérieur pour la ramener à sa Tradition et voici que les portes du sas commencent à se refermer.
Jadis, du temps de leurs combats pour la Tradition, ils étaient au cœur de l’Église et accumulaient victoires et mérites. Maintenant, ils se retrouvent en marge de l’Église officielle, considérés avec méfiance par ceux-là mêmes avec qui ils sont censés travailler… et tout cela, sans avoir rien gagné quant à leur place dans l’Église. Au contraire : ils ont perdu leur place d’honneur, au cœur du combat de la foi et de la Tradition.
Parmi ces catholiques affligés, certains ont trahi en abandonnant consciemment le bon combat : nous les confions à la miséricorde de Dieu ; d’autres ont abandonné le combat par aveuglement : nous prions Dieu de les éclairer ; d’autres enfin se sont faits piéger et – peut-être – n’osent pas faire marche arrière : nous prions Dieu de leur donner le courage de faire amende honorable et de reprendre le bon combat.
*
Quoi de neuf docteur ?
Les dangers de la garderie
par Jean-Claude Dupuis
Article paru dans Convictions (publication officielle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X au Canada : 480 McKenzie Street, Winnipeg, Manitoba, R2W 5B9 Canada) n°11, mars 2008, p. 4 et 5.
Le Québec est très fier de son réseau universel de garderies publiques, les Centres de la Petite Enfance (CPE). Les autres provinces canadiennes songent d’ailleurs à imiter le modèle québécois des « garderies à 7 $ » par jour. L’Institut C.D. Howe, un prestigieux centre de recherches socio-économiques, a étudié le sujet. Il a conclu que le programme de services de garde à l’enfance du Québec était plutôt avantageux sur le plan financier pour les familles à revenu moyen ou élevé, mais il a émis de sérieuses réserves sur les impacts psychologiques de la garderie, tant pour les enfants que pour les mères :
Plusieurs indicateurs du bien-être des enfants que nous avons examinés (un échantillon de 33 000 enfants entre 1992 et 2002) suggèrent cependant que les enfants ont été négativement affectés par l’introduction du programme universel de services de garde à l’enfance. Nous avons étudié un vaste éventail d’indicateurs, depuis l’anxiété et l’hyperactivité jusqu’aux aptitudes sociales et aux habiletés motrices. Pour presque tous les critères, nous constatons que le recours accru à la garde d’enfants est associé à une diminution du bien-être de ces derniers par comparaison avec les autres enfants. Par exemple, les signalements de bagarres et autres comportements agressifs ont augmenté de manière importante. Nos résultats correspondent aux résultats obtenus par le National Institute of Child Health and Development Early Childcare Research Network (2003), qui montrent que le temps qu’un enfant passe loin de sa mère au cours de ses 4-5 premières années d’existence est une variable explicative de comportement dominant de désobéissance et d’agressivité. Les parents sont aussi affectés négativement. D’après les données de l’enquête, les mères des enfants en garderie sont plus déprimées, comme l’indique l’augmentation appréciable de leur indice de dépression par rapport à la moyenne. La qualité de leur pratique parentale diminue, si l’on se fie aux réponses aux questions sur l’uniformité, l’hostilité ou l’inefficacité de leur rôle parental et aux interactions d’évitement. Les mères font également état d’une importante diminution de la qualité de leurs relations avec leur conjoint, (…). L’étude du modèle québécois n’en est qu’à ses débuts. A en juger par les résultats préliminaires, cependant, on ne sait pas bien si, tout compte fait, le programme constitue ce qu’il y a de mieux pour les enfants et leurs parents.
Il est intéressant de voir que certaines instances de la société libérale commencent à considérer les « dommages collatéraux » du rejet de la loi naturelle.
Référence : Michael Baker, Jonathan Gruber et Kevin Milligan, Quelles leçons tirer du programme universel de services de garde à l’enfance du Québec ?, Institut C.D. Howe e-brief, 1er février 2006, 5 p. dhowe.org).
*
Défense de la chrétienté
Par Nicholas Wansbutter, avocat
Article paru dans le même Convictions n°11, mars 2008, p. 19.
Introduction de cette nouvelle chronique par l’auteur :
Les manuels scolaires modernes semblent prendre plaisir à montrer combien le soi-disant « Age des Ténèbres » de la chrétienté fut une époque dure, brutale, sale, méchante, etc. Toute cette propagande est relayée par les films, la télévision et tous les autres médias de la pensée unique. Pourquoi dénigrer le Moyen Age ? Tout simplement parce que cette période fut le sommet de la civilisation chrétienne, c’est-à-dire catholique ; ce fut l’âge de la foi. Une attaque contre le Moyen Age est donc une attaque contre l’Église catholique. Dire que les gens de ce temps-là étaient barbares, superstitieux et irrationnels perpétue le mythe selon lequel la vie à notre époque est bien meilleure, puisque l’Église catholique, qui est soi-disant si désagréable, corrompue et tyrannique, n’a plus grande influence sur la société. C’est pourquoi je me propose, en une série de courts articles, de rétablir la vérité au sujet des mythes les plus communément admis concernant le Moyen Age, ce qui donnera des munitions à nos lecteurs pour leur apostolat.
L’hygiène au Moyen Age
Je voudrais débuter cette série en traitant de la question de l’hygiène, parce qu’elle continue d’être l’un des aspects les plus mal compris de cette époque. Permettez-moi d’être très clair dès le point de départ : non seulement les gens du Moyen Age se lavaient-ils, mais ils avaient la propreté en grande estime, et le bain et la baignade étaient choses courantes. Le vieux dicton « un bain par année, que vous en ayez besoin ou pas », est très éloigné de la pensée moyenâgeuse.
Il existe un livre, écrit par Barbara A. Hanawalt, qui lève le voile sur un grand nombre de préjugés au sujet du Moyen Age. Son titre est The Ties that Bound : Peasant Families in Medieval England. L’auteur est professeur à une université libérale, mais est néanmoins honnête et s’est livrée à de longues recherches pour recréer certains aspects de la vie paysanne du Moyen Age. Une partie de son travail consista à examiner les rapports d’enquêtes des coroners de l’Angleterre des 14e et 15e siècles. Elle en étudia ainsi un total de 3 118, faites au sujet de morts soudaines [2].
Parmi ces cas, il y en a 35 (donc plus de 1%) qui concernent des gens dont la baignade s’est terminée par une noyade. Les causes de ces noyades variaient beaucoup : certaines personnes se baignant dans un cours d’eau avaient été emportées par un courant dont elles avaient sous-estimé la puissance ; d’autres avaient glissé dans leur bain et s’étaient assommées [3]. De plus, l’étude démontre que les gens se lavaient aussi l’hiver, comme on peut le voir par le cas de la mort d’un enfant, lequel fut ébouillanté quand se cassa un des pieds d’un chaudron où l’eau pour le bain était en train de chauffer [4]. En plus de ces cas, il y en a 12 autres où des gens moururent en lavant leur linge sale. Vu que se laver et faire la lessive ne sont quand même pas des activités très dangereuses, on peut légitimement en conclure qu’il y avait un grand nombre de gens qui s’y livraient, puisqu’il y en eut tellement qui furent victimes de tels accidents malchanceux.
D’autres ouvrages prouvent que le savon était d’usage très commun au Moyen Age. La littérature de l’époque fait de nombreuses allusions au bain comme étant quelque chose de parfaitement normal et répandu [5]. De plus, selon les manuels d’étiquette du 13e siècle, on attendait des gens qu’ils se lavent les mains avant et après les repas. Quant à elles, les diverses règles monastiques spécifiaient toutes l’obligation de se laver régulièrement [6]. Le souci de propreté a même pris un aspect rituel à la cour des nobles. Quant à l’usage du parfum, il n’avait pas pour but de cacher un manque d’hygiène corporelle, mais il était employé pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui [7].
Finalement, quelques mots sur le mythe concernant l’hygiène dentaire au Moyen Age : on voudrait nous faire croire qu’elle était très mauvaise, et que les gens n’avaient comme dentition que quelques rares chicots noircis. Toutefois, les documents de l’époque nous apprennent qu’on y trouvait des liquides pour blanchir les dents, des composés servant à remplir les cavités dentaires, des dentiers faits de dents humaines ou d’os animal, et même des techniques chirurgicales pour traiter les cancers de la bouche ou les fractures de la mâchoire [8]. Les scientifiques qui ont étudié les restes de paysans médiévaux ont constaté qu’ils avaient en fait de meilleures dents que nos contemporains, probablement à cause d’une alimentation plus saine. Il y a même un cimetière de l’époque, où pas un seul corps ne montrait des signes de carie dentaire [9] !
La véritable attitude médiévale au sujet de l’hygiène corporelle pourrait se déduire d’un dicton commun dans la France de l’époque : « Venari, ludere, lavari, bibere ; hoc est vivere ! » (« Chasser, jouer, se laver, boire ; voilà la vie [10] ! »). Le Moyen Age était en fait une époque saine, honorable, dévote, et, comme nous l’avons montré, une époque propre.
Vive le Christ Roi !
*
[1] — Bulletin du prieuré Sainte-Anne (Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X), 22100 Lanvallay.
[2] — Hanawalt Barbara, The Ties that Bound : Peasant Families in Medieval England, Oxford : Oxford University Press, 1986, p. 13.
[3] — Ibid., p. 61.
[4] — Ibid.
[5] — Horvat Marian, « Refuting the anti-catholic lies of the e-pamphlet “Life in the 1500’s” », Tradition in Action. http://www.traditioninaction.org/History/A_005_Myths1500s.shtml
[6] — Horvat, Ibid.
[7] — « Cosmetics and Beauty Aids » Encyclopedia of the Middle Age, Norman F. Cantor (editor), London, Viking (publisher), 1999.
[8] — Elliot Jane, « Medieval Teeth Better than Baldrick’s », BBC News Online, 8 octobre 2004. http://news.bbc.co.uk/1/hi/health/3722598.stm
[9] — « Medieval Peasants had “better teeth” », Ananova, http :www.ananova.com/news/_1502422.html
[10] — Horvat, Ibid.

