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Lumière et ténèbres

 

Saint Dominique face au Tentateur

 

 

 

par sœur Mechtilde-Marie T.O.P.

 

 

 

Les luttes entre saint Dominique et le démon qu’on trouvera ici mises en scène ont eu lieu à Rome, et principalement au couvent Saint-Sixte (premier couvent dominicain dans la Ville éternelle) [1]. Pour simplifier, l’auteur de cette pièce a réuni en une seule journée des épisodes qui se sont déroulés en des moments différents.

 

Sœur Mechtilde-Marie T.O.P. (Madeleine Moly, 1899-1992) appartenait à la congrégation des Dominicaines de Notre-Dame du très saint Rosaire de Monteils. Elle fut plusieurs années secrétaire du célèbre père Bernadot (fondateur des revues La Vie spirituelle et La Vie intellectuelle, autour desquelles naîtront les éditions du Cerf) [2], puis, à la fin de sa vie, au service du Combat de la foi de M. l’abbé Coache. Celui-ci rapporte :

 

Le 16 février [1992] s’est éteinte en notre Maison notre bonne sœur Mechtilde, dominicaine, 92 ans. Depuis 24 ans elle suivait le Combat de la Foi avec ardeur et enthousiasme, un enthousiasme que son tempérament aveyronnais accentuait encore… On peut dire qu’elle vibrait à chaque nouvelle, bonne ou mauvaise. Extrême­ment fidèle, elle m’a toujours soutenu dans mes difficultés, et conseillé le cas échéant ; elle faisait preuve d’une grande intel­ligence et d’une mémoire étonnante, retenant tout sans effort, et capable, c’était sa spécialité !, de vous citer tous les noms de rois, en France ou à l’étranger, depuis les Mérovingiens jusqu’à nos jours, avec leurs frères et sœurs et toutes les histoires et péripéties qui ont ponctué leur existence. Son grand âge n’a jamais affaibli sa capacité d’enregistrer et de se souvenir. Sœur Mechtilde tenait à jour le journal de la Maison et avait entrepris, avec méthode, l’histoire du Combat de la Foi, sous forme de notes et de commentaires bien classés (peut-être, en ces commentaires, en rajoutait-elle un peu !).

Excellente religieuse, elle assurait ses exercices autant qu’elle pouvait, handicapée par sa colonne vertébrale douloureuse. Les derniers jours elle souffrait, à cause de son épuisement, de ne plus pouvoir dire son bréviaire. Elle ne craignait pas la mort et l’a accueillie très paisiblement. Qu’elle nous protège de Là-Haut.

 

Sœur Mechtilde-Marie est inhumée au monastère des moniales dominicaines d’Avrillé.


Le Sel de la terre.

 

 

*

  

 

 

Acte I

 

Le « Dormitorium » du jeune couvent des frères prêcheurs, la nuit.

Au fond, l’autel de la Vierge.

Au milieu, le couloir, séparant les deux rangées de cellules, ouvertes par-devant, formées de simples cloisons à hauteur d’homme.

En veilleuse.

 

Scène I

 

Saint Dominique

(en blanc, vu de dos, à genoux devant l’autel.)

 

O Mère

Bergère

D’un beau

Troupeau,

Étoile

Sans voile

Qui luit

La nuit,

Madone

Patronne

Voyez

Veillez.

(Il sort, après avoir jeté un regard sur le dortoir.)

 

Scène II

 

Le diable

 (Il apparaît, ne montrant d’abord que la tête, guettant le départ du saint.

Puis il s’enhardit et traverse la scène.)

 

Il est parti… Fort bien ! Oui, qu’il coure, qu’il erre…

C’est pour moi le moment de rallumer la guerre.

 

(Il gagne l’endroit par où saint Dominique vient de sortir et, tourné vers lui :)

 

Va prier ! Va prier !… Que tardes-tu, ce soir ?

 

(A part )

On dirait qu’il hésite à quitter le dortoir.

 

(Entrant carrément en scène :)

 

Vainqueur : je le serai dans la grande bataille,

A l’assaut du géant, sous sa petite taille [3].

Pour lutter contre lui, cet Espagnol rouquin [4],

Je me ferai serpent, tigre, singe, arlequin.

Et la chair et la rage et l’astuce et la ruse

Et mille tours mauvais dont j’use et dont j’abuse

Tout sera mis en branle afin de le traquer.

Il est averti, fort… mais, je sais m’embusquer !

 

Non, je ne cède pas, ô crâne Dominique :

Ton noble sang de preux, à l’ardeur magnifique,

Sang de princes, de rois, de Castillans guerriers [5],

Je vais le provoquer en combats meurtriers !

Oh ! pas la lutte ouverte, où s’engendre la gloire,

Où le vainqueur grisé voit venir la victoire

Dont l’aile palpitante étincelle en l’azur,

Mais le piège perfide, ignoré dans l’obscur…

 

Je t’exècre, Guzman, et d’une bave immonde,

Les voyant si nombreux sur la face du monde,

Je voudrais maculer le froc de tes enfants,

Les anéantir tous sous mes pieds triomphants.

(Il surveille les abords.)

 

Auprès d’eux, quand il sort, partout je me faufile…

Mais que vois-je ? Il revient… Le sorcier !… Hop ! je file.

 

(D’un bond il disparaît.)

 

Scène III

 

Saint Dominique

 (Il rentre à pas légers et jette un coup d’œil circulaire.)

 

Dans l’air un souffle impur… J’ai flairé l’ennemi…

Je craignais pour mes fils.

 

(Il fait le tour et regarde dans chaque cellule.)

 

                                               Ils sont tous endormis.

 

(A genoux, devant l’autel :)

 

Ô Reine de ces lieux ! Votre œil qui les regarde

Saura de mes enfants bien assurer la garde.

 

(Il repart.)

 

Scène IV

 

Le diable

 (Il montre la tête dès que le saint a tourné le dos

et rentre en scène en le suivant des yeux :)

 

Enfin, je suis tranquille ! Il a gagné le chœur…

Et cela, plus que tout, attise ma rancœur.

Car ainsi, chaque nuit [6], il veille, il prie, il clame :

Ainsi, jour après jour, il m’arrache les âmes…

Intrépide, inlassable. Ah ! l’étrange mortel !

S’il prend quelque repos, c’est au pied de l’autel [7].

Où irait-il dormir ? Il n’a pas de cellule,

Pas de lit [8]. Corps de fer… Depuis le crépuscule

Jusqu’à l’aube, souvent, il se tient en éveil :

Cet orant obstiné a vaincu le sommeil [9].

 

Oh ! la nuit mémorable où, son front touchant terre,

Je fis, rageur, crouler l’énorme bloc de pierre

Détaché de la voûte et lancé droit sur lui !

– Pas même le plaisir de voir qu’il avait fui !

Malgré le tourbillon, le fracas de tempête,

Le roc qui, le frôlant, faillit broyer sa tête,

L’écho qui résonnait, roulait, s’éparpillait,

Dominique  à genoux tranquillement priait [10]

 

Redoutable est pour moi sa prière acharnée ;

En son être on croirait l’oraison incarnée.

 

(Bruit confus de gémissements.)

 

Je l’entends ! Le voilà qui commence à gémir :

Pour l’étrangler d’un coup, je voudrais le tenir !

J’espérais le tuer par la main du sicaire [11],

Entre Prouilhe et Fanjeaux, au sentier solitaire,

Mais il vit l’assassin… et s’élança, joyeux,

Droit vers lui, bras ouverts et flamme dans les yeux,

Assoiffé du martyre et demandant en grâce

D’être mis en morceaux, et puis laissé sur place,

Mourant. L’autre, alors, tremble et lâche le couteau.

Dominique, déçu, remonte le coteau.

 

Des hommes comme lui déconcertent le diable !

 

(On entend plus fort Dominique au loin.)

 

Je sursaute à sa voix ! Quel accent effroyable [12] !

 

Dominique (à distance)  

Grâce pour les pécheurs !… Les pécheurs, ô mon Dieu !

 

Le diable

Laisse donc ces gens-là sous ma garde, en bon lieu.

 

Dominique

Leurs âmes en péril !

 

Le diable

                                                           Il rugit comme un tigre.

Les pécheurs sont à moi ! Tais-toi, mais tais-toi, bigre !

 

Dominique

Que vont-ils devenir [13] ?

 

Le diable

                                               Ils jouiront un peu.

 

Dominique

Toute l’éternité !

 

Le diable

                                    Ils seront dans le feu.

 

Dominique

Au nom du sang du Christ, faites miséricorde !

 

Le diable

Pour mieux les entraîner, je serrerai la corde.

 

Dominique

O mon Dieu, les pécheurs, les pécheurs !

 

Le diable

                                                                       Ils sont miens.

 

Dominique

Grâce, grâce pour eux !

 

Le diable

                                               A jamais je les tiens.

 

Dominique

Pardonnez, pardonnez… Seigneur, sauvez les âmes !

 

Le diable

Assez, te dis-je, assez : qu’elles viennent aux flammes !

 

(Encore cris et soupirs confus de Dominique.)

 

Ah ! cet homme maudit ! Ah ! ces rugissements [14] !

Et je supporterais de tels agissements !

 

(Bruit lointain de coups en cadence.)

 

La cadence des coups ! Encor ! La discipline

Vole, tourne, fend l’air, labourant son échine.

Plus il a de souffrance et plus il est content [15].

Tout l’enfer lutte en vain contre ce pénitent.

Trois fois toutes les nuits, violent, il se flagelle [16] ;

Sur son corps décharné trois fois le sang ruisselle.

Insensé ! Frappe donc ! Oui, frappe sans merci !…

 

A la fin, il viendra se reposer ici,

S’asseoir parmi ses fils, en surveillant leur somme

(Car il craint ma présence auprès d’eux, le saint homme !),

Lire Paul ou Matthieu, qu’il scrute chaque jour [17],

Qu’il commente souvent au pape et à sa cour.

Je vais l’attendre là… Il me vient une idée !

Si, par quelque bon tour, ma rage débridée

Éclatait en riant ? Mieux vaut se divertir !

En moine très dévot je vais me travestir [18].

Je viens d’apercevoir tout près une tunique ;

Et je saurai fort bien refaire leur mimique

A ces intelligents, qui sont pour moi nigauds,

Que j’aime ravaler, que j’appelle ribauds [19].

 

(Dans une cellule, il décroche un à un les trois articles : scapulaire, tunique et capuce.

Prenant le scapulaire :)

 

Un vêtement bénit ! Malheur ! Cela me brûle !

 

(Il le jette.)

 

Qu’il s’en aille rouler au fond de la cellule

Et demeure froissé, piétiné dans un coin !

Que ne puis-je à jamais le rejeter au loin,

Ce scapulaire, habit qu’Elle a donné pour veste,

La Femme qu’entre tous, plus que tous je déteste,

Pour protéger les siens, soi-disant contre moi [20] !

Sans Celle-là, partout, comme je serais roi !

 

J’enfile la tunique… et ris de mon allure !

Pour retenir les plis, ils mettent la ceinture ;

Mais encore à mes yeux, c’est un objet d’horreur :

Leur lanière de cuir excite ma fureur.

Me ceindre, moi ? Jamais !  Se ceindre est pour les chastes !

– Assurément, le jeu est tout dans les contrastes –

Moi, je suis dissolu, non lié, débauché…

 

(Se regardant :)

 

Du blanc !… J’aime être noir, noir comme le péché !

 

(Il passe le capuce.)

 

Les singer maintenant, en férie et en fêtes !

Au chœur, à l’unisson, mettant aux pieds leurs têtes,

Tout en psalmodiant, voici comment ils font :

 

(Inclinations de tête, moyenne et profonde [21].)

 

Courbettes en petit… en moyen… en profond…

Je vais pouvoir ainsi jouer au bon apôtre,

Paraître marmotter un vague patenôtre,

En attendant le vieux [22], qui ne tardera pas…

J’aperçois le profil de son ombre là-bas…

De lui faire du mal je n’ai pas grande chance ;

Mais je vais l’obliger à rompre le silence

Qu’il veut sévère ici : un lieu dit régulier [23] !

Il aura de ce fait un ennui singulier.

 

(Il se poste, mi-courbé, le capuce sur la tête, par côté, plutôt éloigné de l’autel.)

 

Scène V

Le diable – saint Dominique

 

Dominique 

(Il entre, couvert du capuce, lentement, recueilli,

 et, sans rien voir, s’agenouille au pied de l’autel, murmurant :)

 

Étoile

Sans voile

Qui luit

La nuit,

Qui garde,

Regarde,

Blanc lys,

Mes fils.

Puissance,

Clémence,

Secours

Toujours.

 

(Il se relève doucement, jette un regard vague dans le dortoir et aperçoit le diable.

A part :)

 

Mais… que vois-je ? Comment ? Un frère, à pareille heure !

Fausse dévotion… Cette fois, il se leurre.

 

(Sans avancer, le saint donne un coup de gosier, fait un geste du doigt, pour signifier d’aller au lit. Le diable, qui s’est redressé, incline la tête et fait un mouvement comme pour obéir. Le saint se retourne aussitôt pour s’agenouiller encore devant l’autel. Le diable s’arrête net après avoir fait un pas, et reprend sa posture en inclination.)

 

Dominique

Vierge, Mère de Dieu, des pièges du Malin

Daignez me préserver, s’il est sur mon chemin.

Dans l’ombre aime rôder cette bête infernale,

Qui reçoit, mais en vain, la leçon magistrale

D’être prise sans faute au piège qu’elle tend :

Elle dresse l’embûche et revient tout autant.

 

Qui bouge ?

 

(Il se lève, face aux cellules, et s’avance en silence vers le diable.

Celui-ci part lentement, entre dans une cellule.)

 

                        Il est parti !

 

(Dominique  se met en mesure de s’installer pour lire. Le diable reprend sa posture de prière au milieu du couloir. Cette fois, le saint s’approche, et lui dit :)

 

                                               Vous savez pourtant, frère,

Qu’il vous est défendu de rester en prière

La nuit. Je vous y prends trois fois déjà ce soir.

 

Le diable (arrogant)

Trois fois tu m’as fait signe, entrant dans ce dortoir :

J’ai voulu simuler la désobéissance

Afin de te forcer à rompre le silence.

 

(Éclatant de rire :)

 

Hi, hi ! Je suis content… mon coup est réussi.

 

Dominique

Ah ! comédien d’enfer ! Faux frère ! Toi, ici !

Tu m’allèges d’un poids : il n’est point de coupable !

Ne te réjouis donc pas si fort, misérable !

Vain et fat est ton jeu, peu subtil ton penser,

Car je suis supérieur et je puis dispenser

Du silence, à mon gré, lorsque c’est nécessaire.

Et puisqu’il faut parler pour mater l’adversaire,

Je parlerai, sans peur d’enfreindre aucune loi :

Ton manège odieux tournera contre toi.

Veux-tu rapidement enlever ce costume !

 

Le diable (goguenard)

De me trouver en blanc je n’ai point la coutume :

 

(Il jette le capuce à la face du saint.)

 

Tiens ! Le voilà, ton froc !

 

Dominique

(impératif, mais très digne)

                                               Ramasse-le.

 

Le diable

(qui s’exécute en grimaçant)

                                                                       Hou ! hou !

 

Dominique

Honte sur toi d’agir en semblable filou,

Qui croyais être beau, vêtu de cette robe,

Qui t’introduis partout, furètes et dérobes…

Que cherches-tu par là, misérable trompeur ?

Tu me braves, Satan ! Crois-tu me faire peur ?

 

Le diable (à part)

Je m’enfuis.

 

Dominique

                                    Halte-là ! Puisque, dans mon domaine,

Intrus, tu vas et viens sans arrêt : je t’enchaîne.

Au nom du roi du ciel, dont je suis pionnier,

 

(Au nom de Dieu, le diable tressaille et se courbe comme sous un coup de fouet.)

 

Prince Béelzébub, je te fais prisonnier.

 

(Il entraîne le diable près de l’autel.

Là, il prépare un siège pour s’asseoir.

Puis, il allume une chandelle à la veilleuse.)

 

Le diable

Ne me tourmente pas.

 

Dominique

                                               Non ! Tiens-moi la chandelle [24].

 

Le diable (reculant)

Moi !… Servir de bougeoir ?

 

Dominique

                                               Plutôt de sentinelle.

Tu vas demeurer là. Tu rêves batailler ?

Debout, monte la garde !

 

(Il s’assied, et sort de sa poche l’Évangile selon saint Matthieu.)

 

                                                           Et je vais travailler.

 

(Il lit.)

 

Le diable

(à part :)

Quel ennemi retors, dont la vigueur m’accable.

ï

(haut :)

 

Tu sens le lys… odeur qui m’est insupportable.

 

Dominique

Et ton souffle fétide, et cet air empesté :

Exhalaison du mal, de l’orgueil révolté !

 

(Il toise le diable :)

J’ai mieux qu’un chandelier : c’est un grand candélabre.

 

Le diable

(à part :)

Je commence à sentir tout en moi qui se cabre.

 

Dominique

De ton échec, Satan, es-tu bien convaincu ?

Tu ne seras jamais qu’un éternel vaincu.

 

(Il lance au démon un regard terrible. Puis il reprend sa lecture.)

 

Le diable

Ne me regarde pas.

 

(A part :)

 

                                    Son front porte une étoile [25].

Ce qui restait caché, devant lui se dévoile.

Son œil lance l’éclair. Tout son être est clarté.

Il a rayonnement, grandeur et majesté…

 

Hum ! ma position va devenir critique…

Mais j’ai toujours moyen de lancer la réplique !

 

(Il tire de son vêtement un feuillet qu’il déroule sans bruit, avec mystère.

Il fait semblant de le lire à la chandelle.)

 

Ce petit papier-là va le faire bondir,

Et d’un succès certain je pourrai m’applaudir.

Dominique 

(dressé d’un bond)

Lucifer, que lis-tu ?

 

Le diable

(à part :)

                                               Oh ! quels regards sévères !

 

Dominique

Montre-moi cet écrit.

 

Le diable

(brandissant le feuillet :)

                                               Les péchés de tes frères [26] !

 

Dominique

Malice de démon ! Veux-tu… veux-tu lâcher !

 

Le diable

La chandelle ? Bien sûr !… Et puis, me dépêcher.

 

Dominique

Ah ! non ! tu la tiendras pour éclairer ta honte !

 

Le diable

(à part :)

Il est blessé au vif. Tout est bien. Je l’affronte.

 

(Haut, triomphant :)

 

En kyrielle, à moi, les fautes, les délits

Et les infractions bien notés que je lis !

Sois assuré par là que tes fervents disciples

Travaillent à rebours ; que leurs fautes multiples

Retournent contre toi. Ah ! tu les crois des saints !

Entends bien : tu verras crouler tous les desseins

Que tu formais sur eux, parce qu’ils sont des lâches.

Faux or.

Dominique

                        Tais-toi ! Tu mens ! En leurs si lourdes tâches,

Pas à pas, jour par jour, je suis tous mes enfants ;

S’ils trébuchent parfois dans les chemins montants,

Leurs chutes ne sont pas de celles qui font traces ;

Non ! semblables oiseaux n’iront pas dans tes nasses…

Je veux savoir le contenu de ce billet.

 

Le diable

(exalté :)

Tout péché m’appartient !

 

(à part :)

 

                                                           Bon ! il est inquiet.

 

Dominique

Je l’ordonne, Satan, obéis tout de suite.

 

Le diable

J’enregistre pour moi la mauvaise conduite.

 

Dominique

(debout, majestueux)

Au nom béni de Jésus-Christ Notre-Seigneur !

 

(Automatiquement, le diable se plie en deux et lâche le feuillet, qui tombe sur le sol.

 Dominique  courroucé mais très calme, commande des yeux et de la main.

Le diable, penaud, ramasse le papier et le lui remet.

 Le saint parcourt l’écrit en silence, d’un regard rapide, front plissé. Puis, à part :)

 

Il peine pour ses frais, son éternel malheur,

Ce maudit !

 

Le diable

(à part :)

                                    J’ai su droit frapper son cœur de père !

Je sécrète pour lui un venin de vipère.

 

Dominique 

(se rasseyant)

J’ai vu. Je suis content. Le résultat final,

C’est qu’une fois de plus ton aplomb infernal

Pour déjouer tes tours vient encore à mon aide.

Tu révèles le mal : j’y porterai remède.

Mes fils, tu le sais bien, viennent spontanément,

Contrits, s’humilier pour chaque manquement.

Le diable

(larmoyant)

Aïe ! aïe… aïe ! La chandelle s’achève…

Au sol tu m’as rivé. Laisse-moi partir.

 

Dominique

                                                                       Trêve

De larmoiements, messire… et patiente un peu !

 

Le diable

(avec « force gémissements »)

Vois : mon doigt est touché par l’atteinte du feu !

Il va fondre… et déjà rougit comme une fraise.

 

Dominique

Douceur… près du foyer où tu n’es qu’une braise !

 

Le diable

Je n’en puis plus ! J’ai mal ! Je souffre ! Je rôtis !

 

Dominique

Rôtis, tison !

 

(Il présente au diable le bénitier.)

                                    Mais trempe là si tu pâtis !

 

(Le diable sursaute et se détourne, en gémissant plus fort.

Dominique tire de sa poche la discipline et, frappant le démon :)

 

Assez ! Et pour finir, voici le coup de grâce !

Prends donc plaisir un brin avant que je te chasse.

Et si je te revois, je t’en promets autant.

 

Tu me connais ?

 

Le diable

(rugissant)

                                    Hélas !

 

Dominique

                                                 Cela suffit. Va-t-en.

 

Le diable

(sautant d’un bond à la porte)

Ouf ! Ouf !

 

Dominique

                        Délivrez-nous, Seigneur, de cette engeance !

 

Le diable

(à la porte, dents serrées, poings tendus)

Dans mon antre d’enfer, je rêverai vengeance !

 

(Il disparaît.)

 

Scène VI

 

Saint Dominique

 (Il remet posément toutes choses en place.)

De sa méchanceté rien ne me surprendra,

Mais le secours de Dieu toujours nous défendra.

Le malheureux ! Hélas, il est incorrigible,

Et pour l’éternité sans repentir possible !

Le voilà bien maté. Mais, j’en suis trop certain,

Pour nuire, s’il le peut, il reviendra demain.

 

(Un silence.)

 

Maintenant j’ai besoin de reposer mon âme,

D’apaiser en mon cœur la trop ardente flamme ;

Je me sens fatigué par ce fracas d’enfer :

Je vais près de la Vierge oublier Lucifer.

En contemplant, ravi, la beauté de ma reine,

En recevant le flot de sa clarté sereine,

Remettre au tendre amour de ma Mère du ciel

Les soucis, les secrets de l’amour paternel.

 

(Il tombe à genoux devant l’autel :)

O Mère

Si chère,

Douceur

Splendeur,

Qui donnes

Rayonnes

Beauté

Clarté,

Mon âme

Réclame

Secours

Toujours.

 

(Un silence.)

 

Scène VII

La Vierge – saint Dominique

sainte Cécile – sainte Catherine d’Alexandrie [27]

 

(A l’entrée du fond, la Vierge apparaît, un moment immobile sur le seuil.

Dominique  va s’agenouiller du côté opposé et regarde.

Le dortoir s’éclaire. Une musique très douce se fait entendre.)

 

Dominique

Mon cœur la reconnaît… C’est elle ! C’est bien elle !

 

(La Vierge entre en scène, suivie des deux saintes, Cécile et Catherine. L’une porte un bénitier « très riche », l’autre un aspersoir. Après deux pas, la Vierge s’arrête de nouveau un instant, pour permettre à ses suivantes de se placer à ses côtés et avancer ensemble, elle au milieu.

Pendant ce court arrêt, Dominique  murmure :)

 

Vient-elle nous bénir, la Vierge toute belle ?

 

(Le groupe s’avance vers la première cellule à sa droite. Cécile, qui tient le goupillon, le passe à la Vierge, après l’avoir, d’un geste rapide, trempé dans le bénitier, aux mains de Catherine. La Vierge, posément, asperge le lit. Cécile reprend le goupillon. La Vierge pénètre d’un pas dans la cellule et trace lentement le signe de la croix sur le frère endormi.

Dominique s’est levé et, de sa place, suit tous les mouvements de la Vierge

 qui, un à un, bénit chaque frère comme le premier.

Quand elle arrive, en revenant, sous la veilleuse placée « au milieu du dortoir », Dominique  va au-devant d’elle, et se jette à ses pieds, les mains jointes et les yeux dans les yeux.)

 

Rideau.

 

 

*

 

 

Acte II

 

(Le lendemain, sainte Sabine : la cour intérieure, avec bancs rustiques.

Au fond, le cloître.)

 

Scène I

Saint Dominique – Frère Tancrède (prieur)

 

Fr. Tancrède

Père ! Vous frappiez fort, au dortoir, cette nuit.

 

Dominique

L’ennemi, pour sa honte, a provoqué ce bruit.

 

Fr. Tancrède

Notre jeune couvent exciterait sa rage ?

 

Dominique

Certainement, mon fils, puisqu’il fait du tapage.

Êtes-vous effrayé d’un tel perturbateur ?

 

Fr. Tancrède

Près de vous, père saint, nous n’avons jamais peur.

Vaincu par le sommeil, j’ai fermé la paupière :

Et j’ai cru voir jaillir, en songe, une lumière,

Entendre un chant du Ciel me bercer doucement

Et sentir près de moi passer une maman.

Bien vite réveillé, j’ai contemplé l’extase

Dans le céleste éclat de votre cher visage

Et dans votre regard enivré du divin.

Qui vous apparaissait ? L’Étoile du matin ?

Ne me le cachez pas, Père, je vous en prie.

 

Dominique (hésitant)

Un secret… Oui, Prieur,… la divine Marie

A fait durant la nuit sa visite au dortoir.

Deux saintes la suivaient, avec un aspersoir,

D’une cellule à l’autre. Et cette tendre Mère

Aspergeant, bénissait, un à un, chaque frère [28].

 

Fr. Tancrède

Vous a-t-elle parlé ?

 

Dominique

                                    Oui : pour me révéler

Combien elle aime l’Ordre, et lui renouveler

Ses promesses de vie. En même temps, par elle,

J’apprenais que ces deux jeunes filles si belles,

Ont reçu pour mission d’aider l’Ordre naissant

Et de le protéger d’un pouvoir agissant.

L’une était Catherine,

 

Fr. Tancrède

                                               Honneur d’Alexandrie !

 

Dominique

Et l’autre était Cécile,

 

Fr. Tancrède

                                               Ange de l’harmonie !

 

Dominique

Notre-Dame, surtout, voulait faire entrevoir

Qu’elle est, mon fils, notre douceur et notre espoir.

 

(Un silence.)

 

Prieur, j’étais venu pour vous dire autre chose :

Nos frères de Paris seront là, je suppose,

Sans tarder. En mon nom, veuillez les accueillir.

 

Fr. Tancrède

Père, il en sera fait selon votre désir.

 

(Ils sortent, séparément.)

 

 

Scène II

Saint Dominique – Le diable

 

(Le diable arrive, folâtrant et chantonnant. Il tient à la main un petit sac.

 Il fait ainsi le tour de la scène.

Dominique se retourne au bruit.)

 

Dominique accourant

Ah ! mon Dieu ! Mais enfin ! Encore l’adversaire

Qui parcourt la maison ?

 

Le diable

                                               Cette fois, j’ai affaire

Au coq ébouriffé. Il est tout frémissant.

 

Dominique

Et toi, en tes circuits de lion rugissant,

Cherchant qui dévorer [29] ?

 

Le diable

                                               Ma présence le prouve :

Si je suis là, c’est pour le profit que j’y trouve [30].

 

Dominique

Du profit ? Je voudrais bien savoir quel résultat !

 

Le diable

Je triomphe sans cesse et même sans combat ;

Je m’enrichis toujours sur les pas de tes frères,

Hommes faibles, fautifs, chancelants, pauvres hères,

Qui de lutter sans fin se sont déjà lassés

Et de tendre au parfait trouvent que c’est assez.

 

Dominique

Bien sûr ! C’est pour cela que tu ne peux les vaincre

Et que tu veux au moins chercher à me convaincre.

 

Le diable

Je suis toujours chez toi, et tu m’y vois souvent :

De la cave au grenier je parcours ton couvent.

 

Dominique

Magnifiques exploits, qui te couvrent de gloire !

Montre, si tu les as, les fruits de ta victoire.

D’où viens-tu ?

 

Le diable

                                    De partout. J’ai traversé dortoir,

Réfectoire, chapelle, et je vais au parloir.

Mais admire comment j’ai su remplir ma bourse !

Je regrette ce temps qui ralentit ma course.

 

Dominique

C’est vrai : tu es pressé ! Allons, dépêche-toi

D’étaler à mes yeux tes conquêtes de roi.

Que prends-tu au dortoir ?

 

Le diable

Oh ! là, j’ai bonne aubaine !

Point n’est besoin d’ailleurs d’audace ni de haine :

Il suffit de troubler, d’enlever le sommeil.

Au frère appesanti, quand sonne le réveil,

Je suggère aisément de supprimer l’office :

Le bon repos au lit vaut bien le sacrifice !

Puis j’entre plus avant, si j’en ai permission :

J’infiltre dans l’esprit subtile tentation.

 

Dominique

Du mensonge effronté je sais ce qu’il faut croire.

Parle, vantard, poursuis : passons au réfectoire.

 

Le diable

« Qui donc ne mange plus ou moins qu’il ne le faut ? »

 

Dominique

Le menu est frugal !

 

Le diable

                                    Aussi vrai que c’est sot !

Jeûner, jeûner encor ! Vous en êtes tous maigres,

Toi le premier ! Pain dur, dosé, pitances aigres…

Et pourquoi dépérir ? Mangez à votre faim.

 

Dominique

Serait-ce, Lucifer, diminuer ton gain

Que de nous mettre tous à faire bonne chère ?

 

Le diable

Vous auriez plus de voix pour fulminer en chaire.

 

Dominique

Sur ce chapitre, assez. Tu m’as nommé le chœur.

 

Le diable

Eh ! bien sûr. Tu vas voir comme j’y suis vainqueur.

 

Dominique

Hein ?

 

Le diable

            Je fais arriver en retard. Je m’arrange

Pour distraire, endormir, perturber. La louange

Se transforme en murmure, émis nonchalamment ;

Puis, j’incite à sortir avec empressement…

 

(Il fait mine de partir précipitamment.)

 

Et maintenant, je cours au lieu de mes délices.

 

Dominique

L’abîme ?

 

Le diable

                        Ici !

 

Dominique

                                    Oser afficher ta malice

Jusqu’à dire qu’ici quelque chose est à toi !

 

Le diable

Oui, j’ai dans ta maison un endroit tout à moi.

 

Dominique

Tu possèdes au moins l’orgueil de la réplique,

Le cynisme du faux. Je te l’ordonne : explique.

 

Le diable (Il danse)

Je m’y plais, j’y suis maître et j’y vais en dansant.

J’y fais fortune aussi.

 

Dominique

                                               Ah ! singe grimaçant !

De quel lieu parles-tu ?

 

Le diable

                                    Du parloir, pour tout dire :

Avec les vains discours, le passe-temps, le rire,

Les amitiés, le monde et son joyeux entrain…

La langue en liberté qui clappe et va bon train.

 

Dominique

Finis, Béelzébub ! Quelle astuce infernale !

Vois-tu, là-bas, au fond : il est une autre salle

Dont tu ne souffles mot.

 

Le diable (gêné)

                                               Je ne vais pas par là.

 

Dominique (« traînant » le diable, de force [31] :)

Tu croyais donc me prendre au filet ? T’y voilà !

Et tu ne danses plus ? Tu ne fais plus le pitre ?

Ah ! tu ne l’aimes point, la salle du chapitre,

Et la coulpe [32] n’est pas pour grossir ton avoir ?

Once d’humilité annule ton pouvoir !

 

Le diable

Je déteste ce lieu par-dessus tous les autres :

C’est mon tourment.

 

Dominique

                                    Tu dis ?

 

Le diable

                                                           Quels procédés bien vôtres !

Mauvais pour moi : aveux, avis, correction…

Et prenez donc plaisir en votre abjection !

Je pars, et je vous laisse à toutes vos histoires.

 

Dominique

Quoi ! Tu cesses déjà de chanter tes victoires !

Où passent ton aplomb et tes propos gouailleurs ?

 

Le diable

Ici je perds tout ce que j’ai gagné ailleurs.

(Il part en courant, puis s’arrête.)

 

Dominique

Constate, Lucifer : à tes frais, tu nous tentes !

Nous te déplaisons fort puisque tu nous tourmentes

Sans nous faire ni peur ni mal, en vérité.

 

Le diable

Pour tourmenter les miens, j’aurai l’éternité.

 

(D’un bond il disparaît. Saint Dominique sort après lui.

De l’autre côté entrent le prieur – frère Tancrède – avec les frères Bertrand [33] et Laurent [34])

 

 

Scène III

 

Les frères Tancrède, Bertrand et Laurent

 

Fr. Tancrède

Ainsi, frère Bertrand, vous arrivez de France,

A pied, comme toujours ?

 

Fr. Bertrand

                                                         Oui, la douce espérance

De revoir notre saint nous portait en avant.

 

Fr. Laurent

Et nous allions, joyeux, de couvent en couvent.

 

Fr. Tancrède

Asseyons-nous, causons, en attendant le père :

Il ne s’appartient plus ! Dévorant ministère !

 

Fr. Bertrand

En présence du pape, on m’a dit qu’il parlait.

 

Fr. Tancrède

Souvent, depuis qu’il est maître au Sacré Palais [35].

Fr. Laurent

La vaine gloire, en lui, ne dresse pas d’obstacle.

 

Fr. Bertrand

Qu’importe, à qui détient le pouvoir du miracle !

 

Fr. Tancrède

Thaumaturge célèbre en toute la cité,

Il parle, et nous voyons les morts ressusciter [36].

 

Fr. Bertrand

Quand l’écho de ces faits vient frapper mes oreilles,

En mon esprit revit la trame des merveilles

Dont mon cœur a gardé l’exaltant souvenir.

Tel pour lui le passé, tel sera l’avenir.

Théologien puissant, il savait dans la lutte

Confondre l’ennemi [37], qui cherchait la dispute.

Ses premiers compagnons l’ayant abandonné,

A son œuvre, avec lui, je voulus me donner.

 

Fr. Tancrède

Vous le suiviez partout, partageant ses épreuves.

 

Fr. Bertrand

Ayant de son amour les plus touchantes preuves.

 

Fr. Tancrède

Vous l’avez consolé dans son adversité.

 

Fr. Bertrand

Maintenant je jouis de sa prospérité.

 

Fr. Tancrède

Quel prestige, Bertrand, quelle gloire sans ombre !

 

Fr. Bertrand

De ses enfants, bientôt, qui comptera le nombre ?

Fr. Tancrède

Le flot des jeunes court se ranger sous ses lois.

 

Fr. Bertrand

Prophète du Très-Haut, tout s’ébranle à sa voix.

 

Fr. Tancrède  Fr. Bertrand)

Et sa frappe est sur vous, le vrai fils de sa race,

Émule et confident.

 

Fr. Bertrand

                                    Pour marcher sur sa trace,

Comme on se sent petit, faible, pauvre, néant !

 

Fr. Laurent

Mais il nous tire tous après lui, ce géant !

 

Fr. Tancrède

Frères ! Connaissez-vous sa lutte avec le diable ?

 

Fr. Bertrand

Certes !

 

Fr. Laurent

            Moi, vaguement.

 

Fr. Tancrède

                                               C’est à peine croyable…

Le monstre rôde ici, narguant notre regard.

Plusieurs frères l’ont vu, en singe ou en lézard.

Au dortoir, cette nuit, scène sensationnelle :

Le père l’obligeait à tenir la chandelle !

 

Fr. Laurent

Que n’étais-je présent !

Fr. Tancrède

                                    Vous auriez entendu

Les coups pleuvoir sur lui, et ses cris de vaincu.

 

Fr. Bertrand

Dominique et Satan sont vieilles connaissances.

Mais le père, au combat, montre une telle aisance,

Il repousse l’assaut si magnifiquement

Que l’ennemi, toujours, fuit lamentablement.

 

Fr. Tancrède

Mais ne désarme pas.

 

Fr. Laurent

                                    Le diable a la peau dure.

 

Fr. Tancrède

Et le dard aiguisé.

 

Fr. Bertrand

                                    Depuis que cela dure !

Je suis bien au courant de quelques faits anciens.

 

Fr. Tancrède

A Fanjeaux ?

 

Fr. Bertrand

                        Oui. Le chat de la taille d’un chien.

 

Fr. Laurent

Qui, pour s’enfuir, saisit la corde de la cloche ?

 

Fr. Bertrand

Grimpa, puis disparut par le trou. Son approche

Laissait aux assistants une fétide odeur,

Aux femmes qui tremblaient, l’épouvante et l’horreur [38].

Neuf d’entr’elles [39], dès lors, quittaient les hérétiques,

Et dans un même élan disaient à Dominique :

« Ensemble, nous voulons embrasser votre foi,

Vivre sous votre égide et fuir les Albigeois. »

 

Fr. Tancrède

Le père ainsi fonda son premier monastère.

 

Fr. Bertrand

A Prouilhe, en Languedoc.

 

Fr. Laurent

                                               Les sœurs avant les frères.

 

Fr. Bertrand

Déjà l’Ordre naissait. Quel soufflet pour Satan !

 

Fr. Tancrède

Il en exhale encor sa rage à chaque instant.

Est-ce le père saint qu’il poursuit en ses filles ?

A Rome aussi, nos sœurs l’ont parfois à leurs grilles.

Tel, pendant un sermon, ce passereau moqueur

Que le père pluma tout vif – et de quel cœur [40] !

 

Fr. Bertrand

C’est lui, son grand fléau, que l’enfer persécute…

Si contre nous, un jour, se déchaîne la lutte,

N’ayant  eu rien à craindre en vivant près de lui,

Fils, nous aurons toujours pour invincible appui

L’éclatante vertu, les mérites sans nombre,

La sainteté de notre père. Car son ombre,

Oui, son ombre est sur nous.

 

Fr. Laurent

                                               Une ombre de clarté.

 

Fr. Tancrède

Frère, vous l’avez dit. Voyons le beau côté :

De l’esprit ténébreux, l’attaque est coutumière ;

Mais nous avons aussi les anges de lumière

Qui parcourent ces lieux, parfois visiblement,

Pour nous dédommager du noir agissement

De l’enfer : délégués des célestes phalanges.

Sans parler du secours de la Reine des anges !

 

 

Scène IV

 

Les mêmes – Frère Roger, cellérier

 

Fr. Roger

Je m’excuse, mais dois vous informer, prieur,

En mon nom comme au nom du frère procureur,

Que nous sommes sans pain, sans vin, sans nourriture.

 

Fr. Tancrède

Je l’avais deviné, voyant votre figure,

Bon frère cellérier.

 

Fr. Roger

                                    Oui… qu’allons-nous donner

Aux frères réunis ? Car l’heure va sonner.

 

Fr. Tancrède

Servez comme toujours le produit de la quête.

 

Fr. Roger

Mais c’est précisément cela qui m’inquiète :

Les quêteurs ne sont pas encore de retour ;

Partis dès le matin… c’est le milieu du jour !

 

Fr. Tancrède

Ils ne sont pas rentrés ?

 

Fr. Roger

                                      Non.

Fr. Tancrède

                                                           Que faut-il conclure ?

 

Fr. Roger

Qu’il leur est survenu quelque mésaventure

Et que notre repas de midi…

 

Fr. Bertrand

                                               Vous croyez ?

 

Fr. Roger

Hélas ! j’en suis certain.

Fr. Tancrède

                                               Nous avons envoyé

Des hommes bien choisis.

 

Fr. Roger

                                               Les deux meilleurs, en somme :

Frère Jean de Calabre et frère Albert de Rome.

 

Fr. Tancrède

Ils connaissent la ville et tous nos bienfaiteurs,

Ne s’attardent jamais.

 

Fr. Roger

                                    Deux excellents quêteurs.

 

Fr. Tancrède

Avez-vous alerté le père Dominique ?

 

Fr. Roger

Lui tout d’abord, bien sûr. Un sourire angélique

A couru sur ses traits. Vous savez comme moi

Que l’épreuve, jamais, ne le jette en émoi.

Les croix ne sont pour lui qu’allégresses divines.

 

Fr. Bertrand

C’est exact. Il chantait, marchant dans les épines [41].

 

Fr. Tancrède

Il est heureux surtout dans les contradictions [42].

Fr. Roger

Sa joie éclate à plein au sein des privations.

 

Fr. Tancrède

Que fait le procureur ?

 

Fr. Roger

                                    Il est à la chapelle,

Priant dévotement.

 

Fr. Tancrède (l’œil au dehors)

                                    Mais Dominique appelle

Nos frères de Paris.

(Fr. Bertrand et Fr. Laurent sortent.)

 

Scène V

 

Fr. Tancrède et Fr. Roger,

puis Fr. Jacques de Melle, procureur

 

Fr. Tancrède (à part)

                                    Dieu ! notre pourvoyeur,

Ne nous délaissez pas !

 

Fr. Roger

                                    Voici le procureur.

 

Fr. Jacques

Les frères sont rentrés, le sac tout à fait vide.

 

Fr. Roger

Sans cela leur retour eût été plus rapide.

 

Fr. Tancrède

N’ont-ils rien rapporté, vraiment ?

 

Fr. Jacques

                                                           Rien, prieur, rien.

 

Fr. Tancrède

Rien !

Fr. Roger

            Je le devinais trop, et vous le disais bien.

 

Fr. Jacques

Ils se sont arrêtés auprès de notre père,

Qui, si j’en crois mes yeux, ne se tourmente guère :

Son front, pour le moment, est aussi radieux

Que le vôtre et le mien, prieur, sont soucieux.

 

Fr. Tancrède

D’hier, que reste-t-il ?

 

Fr. Jacques

                                    Rien.

 

Fr. Tancrède

                                               Rien ?

 

Fr. Jacques

                                                           Rien. Pas miette.

 

Fr. Tancrède

Légumes ?

 

Fr. Jacques

                        Rien.

 

Fr. Tancrède

                                    Poisson ?

 

Fr. Jacques

                                                      Rien.

 

Fr. Tancrède

                                                                       Fruits ?

 

Fr. Jacques

                                                                                   Rien.

 

Fr. Roger

                                                                                                   La disette !

 

Fr. Tancrède

L’angoisse me saisit. Cent bouches à nourrir !…

Ayez pitié, mon Dieu ! Daignez nous secourir !

Mais qu’en dit Dominique ?

 

Fr. Jacques

                                                         Il veut qu’on aille à table.

Je retourne. Avec lui rien n’est irrémédiable.

 

 

Scène VI

 

Fr. Tancrède et Fr. Roger.

 

Fr. Tancrède

Nous, hommes mûrs, encor ! Mais ces pauvres enfants !

Nombreux sont parmi nous ceux qui n’ont que vingt ans.

Riches, pourvus de tout, nourris dans les délices…

Ils ont fait pour leur Dieu les plus grands sacrifices…

Ils arrivent ici : tout est virilité.

Ils soulagent leur corps avec l’austérité :

Abstinence toujours, jeûne, étude, prière,

Lever de nuit et chœur… Ah ! la règle est sévère !

 

Fr. Roger

Mais nous l’avons voulue !

 

Fr. Tancrède

                                               Ils la veulent aussi,

Car c’est de leur plein gré qu’ils restent tous ici.

Belle es-tu, pauvreté, à ce degré suprême :

Quêter au jour le jour – mais rude tout de même !

Vous ne priverez pas, Seigneur, d’un peu de pain,

Le pauvre, attendant tout de votre seule main.

 

 

Scène VII

 

Les mêmes – saint Dominique – le procureur.

 

Dominique

Prieur ! L’heure est passée : appelez donc les frères.

 

Le prieur

Père saint ! Nous manquons des vivres nécessaires.

 

Dominique

Mais c’est précisément lorsque nous n’avons rien

Que, pour nous secourir, le Seigneur intervient.

Laissez donc votre foi remporter la victoire !

Je veux que tous mes fils viennent au réfectoire.

Vous, frère cellérier, veuillez tout préparer

Mettre nappes sur tables ; allez, sans différer.

Et pour chacun, surtout, vous poserez les coupes.

 

Le prieur

Appelez à votre aide un frère dans les groupes.

 

Fr. Roger

Nous boirons tous de l’eau.

 

Dominique

                                               Vous servirez du vin.

 

Fr. Roger

Père, je n’en ai pas.

 

Dominique

                                    Vous vous troublez en vain.

Pourquoi tant hésiter ?

(Fr. Roger sort.)

 

 

Scène VIII

 

Saint Dominique – le prieur – le procureur

 

Dominique

                                    O foi pusillanime !

 

Fr. Tancrède

Faites passer en nous celle qui vous anime.

 

Dominique

Le Seigneur veille en père et sait pourvoir les siens.

Ceux qui comptent sur lui possèdent tous les biens.

Prieur, ne tardez plus : que l’appel de la cloche

Annonce le repas. Et que chacun s’approche.

 

Fr. Tancrède

Père, nous ferons tous comme vous l’ordonnez,

Et nul ne manquera. Frère Jacques, sonnez.

 

Rideau.

 

Là, lire le récit de sœur Cécile :

 

Au signal, les frères entrèrent au réfectoire. Le bienheureux père bénit les tables, les frères s’assirent et frère Henri de Rome commença la lecture. Or le bienheureux Dominique se mit à prier, les mains jointes au-dessus de la table, et, comme il l’avait promis dans l’Esprit-Saint, voici que, par une divine providence, apparurent soudain au milieu du réfectoire deux très beaux jeunes gens chargés sur l’épaule de deux nappes très blanches, pleines de pain par-devant et par-derrière. Et commençant par les derniers, l’un du côté droit, l’autre du côté gauche, ils mirent devant chaque frère un pain entier d’une admirable beauté. En arrivant au bienheureux Dominique, ils lui mirent aussi un pain entier, puis, inclinant la tête, ils disparurent aussitôt, et on ignore encore aujourd’hui où ils allèrent et d’où ils étaient venus.

Or le bienheureux Dominique dit aux frères : « Frères, mangez le pain que le Seigneur vous a envoyé. » Puis il dit aux frères servants de verser du vin. Mais ils répondirent : « Père saint, nous n’en avons pas. » Alors, le bienheureux Dominique, rempli d’un Esprit prophétique, leur dit : « Allez au muid, et versez aux frères le vin qu’y a mis le Seigneur. » Ils s’y rendirent donc comme ils en avaient reçu l’ordre, et trouvèrent le muid plein jusqu’au bord d’un vin excellent. Ils y puisèrent et en rapportèrent aux frères. Le bienheureux Dominique dit alors : « Frères, buvez le vin que le Seigneur a envoyé. » Ils mangèrent et ils burent donc tant qu’ils voulurent ce jour-là, le lendemain et le troisième jour. Mais après le repas du troisième jour, il fit donner aux pauvres tout ce qui restait de pain et de vin et défendit qu’il en demeurât rien dans le couvent. Pendant les trois jours il n’envoya pas les frères mendier, puisque le Seigneur avait envoyé du ciel le pain et le vin en abondance. Après cela, le père saint fit aux frères un très beau sermon, leur recommandant de ne jamais douter de la divine Providence, même dans le besoin.

Ce miracle si éclatant, frère Tancrède, prieur des frères, frère Odon de Rome, frère Henri de la même ville, frère Laurent d’Angleterre, frère Gaudion, frère Jean de Rome et plusieurs autres, le rapportèrent à sœur Cécile, qui demeurait encore au monastère de Sainte-Marie-in-Tempulo, et aux autres moniales. Ils leur donnèrent même de ce pain et de ce vin, et elles les gardèrent plusieurs années comme des reliques [43].

Annexe

 

Saint Dominique explique

le saint Rosaire

 

 

Voici, sur saint Dominique, une autre petite pièce de sœur Mechtilde-Marie. Le fondateur des Frères Prêcheurs y explique le rosaire à l’un de ses premiers compagnons français : le bienheu­reux Bertrand de Garrigues [44]. La scène s’achève par la célèbre réponse du père Lacordaire à ceux qui accusaient le rosaire d’être répétitif : L’amour n’a qu’un mot ; en le disant toujours, il ne le répète jamais.

Le Sel de la terre.

 

 

 

Scène unique

Saint Dominique – fr. Bertrand

 

 

Fr. Bertrand

Oui, nous avions besoin de dire tous ensemble

Au Dieu si bon : Merci !

 

(se tournant vers saint Dominique :)

 

                                    Très doux Père, il me semble

Que nous vivons d’avance en notre éternité,

Puisque le Ciel est là, en cette intimité.

 

Dominique

C’est bien cela, mon fils : le divin nous enserre.

Nous passons, dominant les choses de la terre ;

Dieu nous tient en sa grâce et sa possession,

En attendant, demain, l’éternelle vision.

 

Fr. Bertrand

Attentif aux bienfaits que votre voix proclame,

J’aime vous écouter, parlant de Notre-Dame.

Voulez-vous, Père saint, reprendre l’entretien

En me disant encor comment un tendre lien

Rattache, par l’Ave, les enfants à la Mère,

Combien a de pouvoir l’angélique prière.

 

Dominique

L’Ave touche toujours son cœur reconnaissant :

Marie incline alors son front resplendissant,

Ainsi qu’à son enfant une mère se donne,

Tandis que celui-ci tendrement la couronne.

Car l’Ave Maria pour elle est une rose

Qui, montant de la terre, aimablement se pose

Sur son front maternel, en un royal décor :

Rose de couleur blanche, ou rouge, ou jaune d’or.

 

Fr. Bertrand

Joyeux mystères blancs de la divine enfance ;

Dans le rouge du sang resplendit la souffrance ;

Et la gloire a de l’or pour briller à jamais,

Quand de l’éternité nous goûterons la paix.

 

Dominique

Diadème d’amour, dressé par la louange,

Et guirlande de fleurs, qui donne beauté d’ange

A la tête qu’il orne, en formant le chapel [45].

 

Fr. Bertrand

Parure auréolant comme le nimbe au ciel,

Et qu’on voudrait toujours sur le front de sa mère.

 

Dominique

montrant et égrenant sa corde à nœuds

Les cent cinquante Ave [46] deviendront le rosaire ;

Quant aux trois tiers, « chapels » ils seront appelés.

 

Fr. Bertrand

Et nos petits chapels seront des chapelets.

 

Dominique

Chapels ayant l’odeur très suave des roses,

Fleurs au souffle d’amour sur nos lèvres écloses,

Qui revêtent l’éclat des célestes parvis

Et qui s’en vont tout droit fleurir au paradis.

 

Bertrand, il faut planter ces rosiers sur la terre.

 

Fr. Bertrand

Père, nous le faisons. En chaque monastère

Abritant vos enfants, quelle belle éclosion !

 

Dominique

Sur les pas de mes fils, c’est bien à profusion

Que je vis en effet s’épanouir les roses.

Mais il ne s’agit pas de les laisser encloses

Dans les jardins, les murs restreints de nos couvents :

Prêchez, prêchez l’Ave ; semez à tous les vents,

Aux places des cités et sur les pauvres landes :

Que se forment ainsi de célestes guirlandes.

Comme la salua le messager des cieux,

La Vierge veut entendre, en tout temps, en tous lieux,

Aux lèvres des humains les accents angéliques.

 

Fr. Bertrand

Père, partout croîtront vos chers rosiers mystiques.

 

Dominique

debout, comme en extase

Comme la floraison, en un jour de printemps,

A foison, toujours plus, jusqu’à la fin des temps,

Bouquet mystérieux où les âmes s’unissent

En un rythme sacré, des lèvres qui bénissent

Montent les roses : gerbe blanche et rouge et or.

 

Fr. Bertrand

Oui, nous dirons l’Ave, le redirons encor ;

Et la Reine du Ciel, par les humbles bénie,

Déversera sur eux sa tendresse infinie.

Nos chapels embaumés, tout frais et gracieux,

Couronneront son front miséricordieux.

 

Dominique

Les âmes la louant de la même manière,

Lui répétant sans fin une même prière,

Avec les mêmes mots, en si bel unisson,

Ces âmes, je l’entends, rendent le même son.

De ces âmes, déjà, oui, je me sens le père :

De la mienne à la leur, ce doux lien du rosaire

Établit le contact. Ô douce vibration !

Magnifique unité, sublime filiation :

Du trône impérial jusqu’à l’humble chaumière,

L’Ave, toujours l’Ave, montera de la terre,

Du Nord jusqu’au Midi, du Levant au Couchant,

Les siècles passeront, et tous en l’égrenant.

 

Un silence

 

Fr. Bertrand

Père saint !

 

Dominique

Il se rassied

                        Mon enfant ?

 

Fr. Bertrand

                                               Voulez-vous me permettre

D’objecter : Quel ennui, nous dira-t-on peut-être,

Ces paroles qui vont toujours se répétant,

Monotones, sans fin, trop uniformément ?

 

Dominique

Mon fils, je vous réponds : cette objection est nulle,

Car l’amour n’a qu’un mot, une seule formule,

Il le redit toujours sans répéter jamais [47].

 

 

*

  

 






La répétition des prières dans le rosaire

 

Le père Lacordaire justifie en ces termes le principe de la répétition de l’Ave Maria :

 

Qui n’a rencontré des processions de pèlerins roulant dans leurs doigts les grains du rosaire, et charmant la longueur de la route par la répétition alternative du nom de Marie ? […] Le rationaliste sourit en voyant passer des files de gens qui redisent une même parole : celui qui est éclairé d’une meilleure lumière comprend que l’amour n’a qu’un mot et qu’en le disant toujours, il ne le répète jamais [48].

 

Le P. Garriguet commente :

 

Lorsque l’homme a trouvé une formule précise, adé­quate, pour analyser une idée, décrire une situation, et surtout pour exprimer un des sentiments profonds de son âme, son amour ou sa haine, son enthousiasme ou son indignation, il s’y repose, il s’y complaît, il y revient à satiété. […] En prononçant cette formule une première fois, quels que soient l’accent qu’il y met, la perception qu’il en a, l’émotion et la secousse qu’il en ressent, il ne la pénètre, il ne l’approfondit pas tout entière, il ne l’épuise pas. Dès lors, il est juste qu’il y revienne pour y découvrir de nouveaux aspects de la vérité. Chaque répétition est comme un nouveau coup qui fait jaillir de nouvelles étincelles. Demandez aux soldats en marche pourquoi ils aiment à chanter dix fois, cent fois, le même refrain sur le même air ? Ne doivent-ils pas craindre d’augmenter la monotonie de la marche par celle du chant ? Non pas certes, parce que, sous la simplicité ou peut-être sous la banalité des paroles, il peut y avoir dans ce refrain quelque chose de grand et de noble, un cri d’amour pour la patrie, un salut aux ancêtres, un appel à la victoire, un défi à la mort ; et dix fois et cent fois l’âme du soldat s’enrôle dans ce défi, dans cet appel, dans ce salut, dans ce cri d’amour. — Pourquoi les rameurs en Orient aiment-ils à marquer la cadence des rames par des versets brefs, réguliers, toujours les mêmes ? Pourquoi dans les Indes, où je voyageais il y a quelques années, les porteurs de palanquins font-ils traverser des landes infinies, des forêts immenses de palmiers, scandant leur course par la même mélopée gutturale et sauvage ? Parce qu’ils ont trouvé les uns et les autres, rameurs ou porteurs de palanquins, la formule naïve où se plaît leur âme fatiguée et rêveuse. — Pourquoi le mendiant ne se lasse-t-il pas, debout au coin d’une rue, sous la pluie, le vent ou la neige, de tendre la main pendant des heures et de redire la même plainte : Du pain, au nom de Dieu, du pain ! C’est parce qu’il a trouvé dans cette plainte la formule la plus propre à exprimer sa détresse et à émouvoir le bon Samaritain qui passe. — Pourquoi, dans les jours de fêtes populaires, sur le passage d’un héros, la foule pousse-t-elle indéfiniment les mêmes vivats ? C’est parce qu’ils disent, cent fois mieux que les harangues académiques, ses sentiments pour l’homme qui incarne à ses yeux une grande idée ou une grande espérance. Or, après le Pater, que vous associez d’ailleurs à l’Ave Maria dans le chapelet, il n’est pas de prière qui traduise mieux que cet humble Ave ce qu’il y a de plus sacré dans notre âme et c’est pourquoi il est si populaire [49].


[1] — Les faits ont été rapportés par plusieurs témoins, en particulier par sœur Cécile, qui avait reçu l’habit religieux des mains de saint Dominique et fait profession devant lui en 1221 (année même de la mort du saint). Son témoignage, qui s’achève par un célèbre portrait de saint Dominique, est reproduit dans le recueil du père Marie-Humbert Vicaire O.P., Saint Dominique, La vie apostolique, Paris, Cerf, 1965 [abrégé désormais VA], p. 103-124. Le même ouvrage reproduit les dépositions que divers témoins de la vie du saint firent à Bologne et Toulouse, en 1233, pour le procès de canonisation. — D’autres sources sur la vie de saint Dominique (et notamment le Libellus du bienheureux Jourdain de Saxe) sont reproduites dans un deuxième recueil du père M.-H. Vicaire : Saint Dominique et ses frères, Évangile ou croisade ?, Paris, Cerf, 1967 [abrégé désormais EC].

[2] — Voir Le Sel de la terre 67, p. 177-180.

[3]Petite taille : selon le témoignage de sœur Cécile, saint Dominique était de « taille moyenne » (§ 15 – VA, p. 124).

[4]Espagnol rouquin : au témoignage de sœur Cécile (§ 15), saint Dominique avait « les cheveux et la barbe légèrement roux » (VA, p. 124).

[5] — Félix de Guzman, père de saint Dominique, appartenait à la noblesse castillane et s’illustra dans la Reconquista contre l’islam.

[6]Chaque nuit : « Frère Buonviso de Plaisance […] raconte que le bienheureux [Dominique] avait l’habitude, après complies, lorsque les frères quittaient l’église pour aller dormir, de s’y cacher pour prier. Pour se rendre compte de ce qu’il faisait, le témoin se cachait aussi maintes fois ; il l’entendait alors prier Dieu avec des grands cris, d’abondantes larmes et de grands gémissements. Quand on lui demande comment il sait que c’était le bienheureux frère Dominique, il répond qu’il le voyait grâce à la lumière qui était dans l’église et qu’il reconnaissait sa voix ; il était donc très sûr que c’était lui. » (Témoignage pour le procès de canonisation, déposition de Bologne § 20 –VA, p. 48). — « Il priait ainsi toutes les nuits » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[7]S’il prend quelque repos, c’est au pied de l’autel : « Frère Dominique passait en prières la plus grande partie de la nuit et très souvent la nuit entière, et il pleurait beaucoup en priant. Le témoin à qui l’on demande comment il connaît ces détails répond qu’il l’a souvent trouvé dans l’église en prière et en larmes, et quelquefois endormi, vaincu par le sommeil. Aussi ses nombreuses veilles antérieures l’amenaient-elles très souvent à sommeiller à table. » (Frère Ventura de Vérone, déposition de Bologne § 6 –VA, p. 39).

[8]Pas de cellule, pas de lit : « Le témoin ne se souvient pas de l’avoir jamais vu dormir la nuit dans un lit ; on lui avait bien aménagé pour s’y coucher un coin où il n’y avait qu’un bois de lit avec une simple couverture, sans paillasse et sans sac ; mais le frère ne l’a jamais trouvé dans un lit pendant tout le temps qu’il a vécu près de lui dans un cloître, et cela en dépit de ses recherches et de ses tentatives très souvent renouvelées pour essayer de le trouver au lit. » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63-64.)

[9]Jusqu’à l’aube, souvent : « Très souvent, sa prière nocturne se prolongeait jusqu’à l’office des matines ; il le récitait néanmoins avec ses frères. »(Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[10] — « Une nuit, alors que saint Dominique était prostré devant l’autel, le diable, s’efforçant de le troubler, jeta une grosse pierre depuis le toit de l’église, avec une telle force que le bruit résonna dans toute l’église ; la pierre passa si près de la tête du saint qu’elle frôla son capuce. Mais comme le saint demeurait immobile, l’ennemi, poussant un grand cri, s’enfuit, rempli de confusion. » (Thierry d’Apolda, Libellus de vita et obitu et miraculis sancti Dominici et de ordine quem instituit § 171 – Acta sanctorum [« grands bollandistes »], août, t. I, Bruxelles, 1967, p. 588.)

[11] Par la main du sicaire : Des sicaires (tueurs à gages) avaient été recrutés par les hérétiques pour tuer saint Dominique sur le chemin entre le village de Fanjeaux (où résidait le saint) et le monastère de Prouilhe (où il se rendait fréquemment), au lieu où se dresse aujourd’hui le calvaire dit Croix du sicaire. Au dernier moment, les bandits reculèrent. — « Traversant le passage où il soupçonnait que l’embuscade était tendue contre lui, Domi­nique s’avançait l’allure joyeuse, et en chantant. Quand on eut raconté le fait aux hérétiques, ils s’étonnèrent d’une si ferme contenance et lui demandèrent : Est-ce que tu n’as pas peur de la mort ? Qu’aurais-tu fait si nous nous étions emparé de toi ? Mais lui : Je vous aurais prié, dit-il, de ne pas me donner tout de suite des blessures mortelles, mais de prolonger mon martyre en mutilant un par un tous mes membres. Ensuite, de me faire passer sous les yeux les parties amputées de mes membres, de m’arracher alors les yeux, enfin de laisser le tronc baigner en cet état dans son sang ou de l’achever tout à fait. Ainsi, par une mort plus lente, je mériterai la couronne d’un plus grand martyre. Ces paroles sincères d’un ennemi les stupéfièrent. Ils ne lui dressèrent plus de pièges désormais et cessèrent d’épier l’âme du juste, craignant, en lui donnant la mort, de lui rendre service plutôt que de lui nuire. » Bx Jourdain de Saxe, Libellus § 34 (EC, p. 75).

[12]Quel accent effroyable ! : « Il restait en oraison à l’église et, la nuit, pendant sa prière, s’émouvait et poussait de tels gémissements et de telles plaintes que les frères endormis dans les cellules les plus rapprochées étaient réveillés de leur sommeil, et quelques-uns d’entre eux en étaient même touchés jusqu’aux larmes. » (Frère Étienne, déposition de Bologne § 37 –VA, p. 63.)

[13]Que vont-ils devenir ? : « Le témoin n’a vu personne qui fût si assidu à l’oraison ni qui répandît une aussi grande abondance de larmes. Quand il était en prière, il criait si fort qu’on le pouvait entendre tout autour ; et il disait dans sa clameur : Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Que vont devenir les pécheurs ? [Quid fient peccatores ?] Il passait ainsi en veille des nuits entières, pleurant et gémissant pour les péchés des autres. » (Guillaume Peyre, déposition de Toulouse § 18 –VA, p. 83.)

[14] — « Au cours et à la fin de ses oraisons, il avait accoutumé de proférer des cris et des paroles dans le gémissement de son cœur ; il ne pouvait se contenir et ces cris, sortant avec impétuosité, s’entendaient nettement de loin ». (Bienheureux Jourdain de Saxe, Libellus, § 13 – EC, p. 55.)

[15]Plus il a de souffrance et plus il est content : « Il supportait avec une admirable patience les malédictions et les paroles injurieuses, et c’est avec joie qu’il les recevait comme un don et une grande récompense. » (Guillaume Peyre, déposition de Toulouse § 18 –VA, p. 82.) — « Le témoin n’a jamais vu maître Dominique manifester de la colère, de l’émotion ou du trouble […] ; il l’a vu bien plutôt joyeux dans les tribulations et patient dans les adversités. » (Fr. Paul de Venise, déposition de Bologne § 41 –VA, p. 68.)

[16]Trois fois : « Chaque nuit il se donnait de sa propre main trois fois la discipline avec une chaîne de fer : une fois pour lui-même, une autre pour les pécheurs qui sont dans le monde, la troisième fois pour ceux qui souffrent en purgatoire. » (Constantin d’Orvieto, Legenda sancti Dominici § 61 – EC, p. 131.) — Voir aussi Fr. Jean d’Espagne, dé­position de Bologne § 25 (VA, p. 51-52) ; Thierry d’Apolda, § 220 (Acta sanctorum p. 596).

[17]Paul ou Matthieu : « Le bienheureux portait toujours sur lui l’Évangile de saint Matthieu et les Épîtres de saint Paul, et les étudiait beaucoup jusqu’à les savoir presque entièrement par cœur. » (Fr. Jean d’Espagne, déposition de Bologne § 29 –VA, p. 55.)

[18] — «  Comme il ne parvenait pas à l’effrayer, le démon entreprit de se moquer de lui : alors qu’il était en prière, il lui apparut sous l’aspect d’un religieux priant devant un des autels. Pensant qu’il s’agissait d’un frère, le saint lui fit signe de la main d’aller se coucher. Inclinant la tête celui-ci, s’éloigna. Peu après, le bienheureux père recommanda aux frères de ne pas rester dans l’église après le dernier signal. Néanmoins, ce faux frère qui avait, une première fois, simulé la prière le fit une deuxième fois, puis une troisième. Venant à lui, le bienheureux père lui dit : Qu’est-ce que cette désobéissance ? Voici la troisième fois que je vous prends à faire ce que j’ai plusieurs fois défendu ! Alors, le Mauvais ricana : Au moins, j’ai réussi à te faire rompre le silence ! – Il est inutile de t’en réjouir, répartit le saint, car tu n’y trouveras aucun profit. J’ai le pouvoir de dispenser du silence, et je peux donc parler lorsque cela me semble nécessaire. » (Thierry d’Apolda, § 172 – Acta sanctorum p. 588).

[19]Ribaud : terme de l’époque, dont le démon usait contre saint Dominique (témoignage de sœur Cécile § 5 – VA, p. 110).

[20] — Le scapulaire dominicain fut donné par la sainte Vierge elle-même – du vivant de saint Dominique – au bienheureux Réginald d’Orléans. (Le bienheureux Jourdain de Saxe témoigne avoir entendu saint Dominique raconter cette apparition : Libellus § 37 – EC, p. 94-95.)

[21] — Le cérémonial dominicain prévoit ces trois sortes d’inclinations liturgiques.

[22] — Le saint a la cinquantaine. Parmi les cent frères de la communauté, beaucoup sont très jeunes.

[23] — Les constitutions primitives de l’Ordre des frères prêcheurs prévoient le silence le plus absolu dans « le cloître, le dortoir, les cellules, le réfectoire et l’oratoire des frères » (I, XVII, 1 –VA, p. 172).

[24] — « Une nuit, les frères demeuraient encore à Saint-Sixte, le bienheureux père, ayant veillé longtemps en prières, sortit de l’église vers le milieu de la nuit, et, à la lumière d’une chandelle, s’assit et se mit à écrire à l’extrémité du dormitorium. Et voici qu’un démon apparut devant lui sous forme de singe et se mit à marcher de-ci de-là en sa présence, en gambadant comme un jongleur et en faisant force grimaces. Alors le bienheureux Dominique lui fit signe de la main de s’arrêter. Et, prenant la chandelle allumée il la lui donna à tenir. Lui, prenant la chandelle, resta sans bouger et la tint, tout en continuant ses grimaces moqueuses devant le bienheureux Dominique. Entre-temps, la chandelle finit, et le doigt de ce singe prit feu. Il commença alors à se tordre ainsi que de douleur, et à se lamenter, comme si lui, qui brûle dans la géhenne du feu éternel, craignait le feu temporel. Le bienheureux Dominique lui fit signe encore de rester tranquille. Quoi de plus? Le singe resta tranquille et continua d’éclairer si longtemps que son index fut tout brûlé jusqu’à la jointure de la main. A ce moment, il se mit à se tordre et à se lamenter plus fort. Alors le bienheureux Dominique prit le bâton qu’il portait toujours avec lui, et le frappa fortement en disant :Va-t’en, mauvais ! Le coup résonna comme s’il avait frappé une outre sèche pleine de vent ; le singe, se jetant dans la muraille la plus proche, ne reparut jamais ; il laissa une odeur très forte, preuve évidente de la vraie nature de ce singe. Ce fait, le bienheureux père lui-même le raconta aux frères et aux sœurs. Sœur Cécile l’entendit et lui vit faire les gestes de ce singe. » (Témoignage de Sœur Cécile, § 4 – VA, p. 109-110.)

[25] — Thierry d’Apolda, § 12 (Acta sanctorum, p. 562)

[26] — « Une nuit, saint Dominique vit l’accusateur des frères lisant à la lumière d’une lampe un feuillet qu’il tenait d’une main de fer. Et comme le saint lui demandait ce qu’il lisait, il répondit : La liste des péchés de tes frères. Le bienheureux père lui commanda avec autorité de lâcher cette feuille, ce que le démon fit, contraint par le nom du Christ. Le père y trouva plusieurs points sur lesquels il corrigea ses fils. Voilà comment l’impie est pris dans ses propres filets et comment les justes sont libérés de ses pièges. » (Thierry d’Apolda, § 173 – Acta sanctorum, p. 588-589)

[27] — Scène racontée en tous ses détails dans le témoignage de sœur Cécile (§ 7 – VA, p. 114-115).

[28] — Apparition décrite dans le témoignage de sœur Cécile (§ 7 – VA, p. 114-115).

[29] — Allusion à la première Épître de saint Pierre : Adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit quærens quem devoret. (1 Pe 5 ; texte cité tous les soirs à l’office de Complies.)

[30] — Toute la scène qui suit (avec le récit des visites du démon au dortoir, au réfectoire, au chœur, au parloir et au chapitre) est rapportée par Thierry d’Apolda, § 174-175 (Acta sanctorum, p. 589).

[31] — « Il le traîna », dit Thierry d’Apolda (« Cumque a sancto traheretur », § 175).

[32]La coulpe : c’est au chapitre que les religieux font leur coulpe, c’est-à-dire s’accu­sent devant leurs frères de leurs manquements extérieurs à la Règle.

[33] — Bienheureux Bertrand de Garrigues († 1230). Né au diocèse de Nîmes, il fut un des premiers compagnons de saint Dominique, et le fondateur du premier couvent domini­cain à Paris (Saint-Jacques) en 1217. Enterré dans l’abbaye de Bouchet (près d’Orange), où l’on peut encore voir sa dalle funéraire.

[34] — Frère Laurent d’Angleterre. Envoyé à Paris avec le bienheureux Bertrand de Garrigues en 1217, il revint à Rome en janvier 1218, avec le frère Jean de Navarre, pour informer saint Dominique des difficultés de la fondation de Paris.

[35] — « Maître au Sacré Palais » : prédicateur en titre à la Cour pontificale. La charge, créée pour saint Dominique, subsiste toujours, confiée à un dominicain.

[36] — Saint Dominique a opéré trois résurrections au couvent Saint-Sixte, à Rome : la première en 1218 (racontée par Constantin d’Orvieto, Legenda sancti Dominici § 36 – EC, p. 120), les deux autres en 1220 (racontées en détail par Sœur Cécile, § 1 et 2 – VA, p. 103-107 ; voir aussi le Libellus du Bx Jourdain de Saxe § 100 – EC, p. 127).

[37] — Les Albigeois, hérétiques retors.

[38] — Témoignage recueilli à Toulouse, en 1233, pour le procès de canonisation : « Bérengère déclare sous la foi du serment qu’elle vit de ses yeux et entendit de ses oreilles la scène où le bienheureux Dominique obligea neuf femmes converties de l’erreur, à regarder le démon qui les possédait. Celui-ci parut sous la forme d’un chat, dont les yeux, grands comme ceux d’un bœuf, paraissaient des flammes de feu ; sa langue, pendant d’un demi pied, semblait de feu et il avait une queue longue d’un droit bras ; il atteignait bien la taille d’un chien. Sur l’ordre du bienheureux, il s’échappa par le trou de la corde de la cloche et disparut à leurs regards. Heureusement le bienheureux Dominique avait eu soin de leur recommander de ne pas s’effrayer. en annonçant qu’il allait leur montrer quel maître elles avaient servi. » (Dépositions de Toulouse § 23 – VA, p. 84.)

[39] — Appartenant à la noblesse du pays, toute passée à l’hérésie cathare.

[40] — « En ce temps-là, le bienheureux Dominique revenant d'Espagne, apporta aux sœurs, en délicat souvenir, des cuillères de cyprès, une pour chaque sœur. Un soir, après avoir passé la journée en prédications et autres oeuvres de charité, il vint chez les sœurs et leur offrit ces cuillères qu'il avait rapportées d'Espagne. Il s'assit près de la grille, ainsi que plusieurs frères, et se mit à leur prêcher sur les ruses de l'ennemi. Il leur expliqua comment Satan, pour tromper, non seulement se transfigure en ange de lumière, mais parfois même, afin d'empêcher la prédication et les autres bonnes œuvres, prend la forme des êtres les plus communs, par exemple, quelquefois, de petit oiseau. A peine le vénérable père avait-il achevé ces paroles, que l'ennemi du genre humain, arrivant sous forme d'un petit oiseau, se mit à voltiger au-dessus de la tête des sœurs, si près quelles auraient pu l'atteindre si elles avaient voulu ; et il empêchait ainsi la prédication. Ce que voyant, le bienheureux Dominique appela sœur Maximilla et lui dit : Lève-toi, prends-le, et apporte-le moi. La sœur se leva, et, étendant la main, s'en saisit aussitôt sans aucune difficulté, puis elle le passa à travers la grille au bienheureux Dominique. Alors celui-ci, prenant dans sa main le petit oiseau, se mit à le déplumer rapidement, en disant : Ennemi, ennemi ! Les frères et les sœurs souriaient en le voyant arracher toutes les plumes, et l'oiseau gazouillait d'un ton lamentable. Puis le bienheureux Dominique le jeta en disant : Va, ennemi du genre humain, maintenant vole si tu peux. Tu feras encore beaucoup de bruit et d'embarras, mais tu ne pourras plus faire de mal. […] » (Témoignage de Sœur Cécile § 10 – VA, p. 118.)

[41] — Voir Gérard de Frachet, Vitæ Fratrum, II, 2 (EC, p. 76).

[42] — Saint Dominique avait « l’habitude d’être plus joyeux dans la tribulation que dans la prospérité » (témoignage du Fr. Buonviso, déposition de Bologne § 22 – VA, p. 49).

[43] — Témoignage de sœur Cécile, § 3 (VA, p. 108-109). Une autre relation du même miracle est fournie dans le témoignage du frère Buonviso (déposition de Bologne § 22 – VA, p. 50.) — Ce miracle a aussi été mis en scène dans la pièce de Claude Just, (pseudonyme du père Aimon-Marie Roguet O.P., 1906-1991), Le Père des prêcheurs ou la pitié des hommes – Quatre actes d’après la vie de saint Dominique pour le 7e centenaire de sa canonisation, Paris, Des­clée de Brouwer, 1934.

[44] — Sur le bienheureux Bertrand de Garrigues, voir plus haut, p. 186, note 1.

[45] — Terme du Moyen Age : chapeau.

[46] — « Psautier de Marie ».

[47] — Henri-Dominique Lacordaire O.P. Voir l’annexe ci-dessous.

[48]  — Henri-Dominique Lacordaire O.P., Vie de saint Dominique [1840], ch. 6 [Paris, Cerf, 1989, p. 116-117].

[49]  — Louis Garriguet, La Vierge Marie : Sa prédestination. Sa dignité. Ses privilèges. Son rôle. Ses vertus. Ses mérites. Sa gloire. Son intercession. Son culte, Saint-Céneré/Paris, Téqui, 1933 [8e édition].

Informations

L'auteur

Née en 1899, Madeleine Moly entra en religion à l'âge de treize ans chez les tertiaires dominicaines de Notre-Dame du très saint Rosaire de Monteils, où elle reçut le nom de "Soeur Mechtilde-Marie". 

Dotée d'une excellente mémoire et d'une grande vivacité d'esprit, elle fit partie des religieuses affectées en 1919 au secrétariat de la revue "La Vie spirituelle" et de son directeur, le père Bernadot (1883-1941).

Elle composa également des saynètes en vers sur plusieurs thèmes religieux (la Nativité, l'Épiphanie, la Résurrection, les luttes entre saint Dominique et le démon).

Elle rejoignit en 1968 le "Combat de la foi" de l'abbé Louis Coache (1920-1994), au Moulin-du-Pin, où elle est décédée à l'âge de 92 ans. Elle est inhumée dans le cimetière des moniales dominicaines d'Avrillé.

Le numéro

Le Sel de la terre n° 69

p. 162-202

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