Du sacrifice propitiatoire au sacrifice de solidarité
Négation d’un dogme dans la bouche d’un archevêque
Le bulletin d’information de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X pour les pays de langue allemande de mai 2009 [1], rapporte un entretien du président de la Conférence épiscopale allemande dans lequel il attente gravement aux fondements de notre foi. Ses affirmations montrent les conséquences très concrètes des déviations doctrinales de la nouvelle théologie telles qu’elles ont été analysées dans la pensée du pape Benoît XVI [2]. Malheureusement, ces élucubrations ne sont pas purement spéculatives : elles pénètrent dans l’esprit des évêques et des fidèles.
Le Sel de la terre.
Le Samedi saint, 11 avril 2009, le président de la conférence des évêques allemands, Mgr Robert Zollitsch, archevêque de Fribourg-en-Brisgau, a nié, dans l’émission radiophonique Horizonte, le caractère propitiatoire de la passion et de la mort du Christ. Par la passion de son Fils, Dieu se serait seulement solidarisé avec les hommes pour les assister dans la souffrance et la mort. Jésus aurait pris sur lui les péchés des hommes, sans les expier, mais seulement en les portant pour s’approcher des hommes par un sentiment de solidarité. Ainsi, il nous aurait montré un chemin, du péché et de la mort vers le Ciel. Cela est faux, hérétique : c’est la négation du sacrifice propitiatoire comme réparation en justice de l’offense à Dieu le Père. Selon la doctrine de l’Église, c’est une hérésie manifeste. Mgr Zollitsch doit donc rétracter publiquement ses affirmations fausses.
L’entretien
Horizonte : Hier, c’était le Vendredi saint, le jour où Jésus a été crucifié et, selon la tradition théologique, est mort pour les péchés des hommes. Est-ce que cette façon d’interpréter est encore actuellement valable ?
Mgr Zollitsch : On discute beaucoup aujourd’hui sur cette question. Il n’est pas mort pour les péchés des hommes, comme si Dieu avait eu besoin d’un sacrifice pour le péché, pour ainsi dire d’un bouc émissaire. Il s’est solidarisé jusqu’au bout avec nous les hommes, avec notre corps, avec notre mort, et a montré que, même la souffrance des hommes, chaque douleur et la mort ont été assumées par Dieu et sont transformées par Dieu en son Fils Jésus-Christ. C’est, pour moi, cette grande perspective, cette puissante solidarité qui va si loin, qu’il souffre tout cela avec moi, et, quand je me demande, parfois dans la nuit, quel est le sens de la souffrance et de la mort, je trouve comme réponse décisive que Jésus-Christ a porté tout cela avec moi et pour moi, et qu’il assume tout cela. Cela m’apporte la lumière : « Je ne suis pas seul ici, Dieu chemine avec moi. » C’est cela le message grandiose du Vendredi saint.
Horizonte : Alors vous ne formuleriez plus ainsi, maintenant, que Dieu a, pour ainsi dire, livré son Fils, parce que nous, les hommes, étions si pécheurs. Vous ne le diriez plus ainsi ?
Mgr Zollitsch : Non, il a laissé entrer son Fils en solidarité avec nous jusque dans cette dernière extrémité de la mort, pour nous montrer : « Vous avez une si grande valeur pour moi. Je vais avec vous, je suis tout près de vous dans toute situation. »
Horizonte : Mais cela donne quand même l’image d’un Dieu cruel. Ce signe, n’aurait-il pu le donner autrement aux hommes ?
Mgr Zollitsch : Bien sûr, Dieu aurait pu faire beaucoup de choses autrement. Mais il en a disposé ainsi. Il y a aussi la liberté de l’homme, la liberté de s’opposer à Dieu, et de faire le mal. Et Dieu nous laisse cette liberté, mais il nous dit en son Fils : « Même si vous vous détournez de moi, si vous faites le mal, je suis auprès de vous en vous aidant et en vous portant. Je vous montre la perspective, non point du haut du Ciel, sans m’identifier avec le tout, mais au sein de votre être humain, dans lequel j’entre pleinement. » Et c’est pour moi quelque chose de grandiose en Dieu.
Conclusion
Ainsi, le président de la conférence épiscopale allemande, archevêque de Fribourg, Mgr Robert Zollitsch, nie un dogme de l’Église. S’il ne rétracte pas cette négation, il court le danger de devenir hérétique formel selon le droit canonique.
Enseignement de l’Église
Concile de TrenteLa cause méritoire de la justification est « le Fils unique bien-aimé de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, “alors que nous étions ennemis” (Rm 5, 10), “à cause du grand amour dont il nous a aimés” (Ep 2, 4), par sa très sainte passion sur le bois de la croix, nous a mérité la justification et a satisfait pour nous à Dieu son Père [3]. »
Décret LamentabiliCe décret de saint Pie X condamne la proposition suivante : « 38. La doctrine de la mort expiatrice du Christ n'est pas évangélique mais paulinienne seulement [4]. »
Sainte Écriture« Maintenant que nous sommes justifiés dans son sang […], nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils » (Rm 5, 5-6). « Il a lui-même porté nos péchés en son corps sur le bois, afin que, morts au péché, nous vivions pour la justice ; c'est “par ses meurtrissures que vous avez été guéris” » (1 P 2, 24). « Ceci est mon sang, [le sang] de l'Alliance, répandu pour beaucoup en rémission des péchés » (Mt 26, 28). |
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[1] — Mitteilungsblatt mai 2009 – n° 364.
[2] — Voir Mgr Bernard Tissier de Mallerais, « Le mystère de la rédemption selon Benoît XVI », Le Sel de la terre 67, hiver 2008-2009, p. 22.
[3] — 6e session, 13 janvier 1547: décret sur la justification, ch. VII. DS 1529.
[4] — DS 3438.

