Éditorial
Jean-Paul II et la Tradition
L'annonce de la prochaine béatification de Jean-Paul II (prévue pour le 1er mai de cette année) est l’occasion de rappeler à nos lecteurs que nous avons déjà publié un article de l’abbé Hervé Gresland sur ce sujet : « Quelques raisons de ne pas béatifier Jean-Paul II [1] ». Résumons brièvement les arguments de cet article :
Jean-Paul II a été le pape de Vatican II, le concile qui a introduit une rupture avec le passé de l’Église pour la première fois dans son histoire. Il a développé, selon l’analyse du professeur Dörmann [2], l’étrange théologie qui propage l’idée d’un salut universel (et donc d’un enfer vide). Il a présenté toutes les religions comme des moyens de plaire à Dieu, notamment par des gestes œcuméniques spectaculaires comme à Assise en 1986. Il a été le premier pape à visiter une synagogue et une mosquée : non seulement il n’y a pas prêché Jésus-Christ, mais il a laissé croire que ces cultes qui nient explicitement la médiation de Notre-Seigneur Jésus-Christ peuvent plaire à Dieu. Il a d’ailleurs baisé publiquement le Coran – manifestant son respect pour un livre qui nie la divinité de Jésus-Christ et présente un homme perclus de vices comme un envoyé de Dieu – et il a glissé un message de repentance dans le Mur des Lamentations à Jérusalem – comme si c’était Isaac qui avait persécuté Ismaël et non pas l’inverse [3]. Il a encore manifesté, en l’an 2000, sa repentance pour tout le passé glorieux de l’Église, notamment les croisades. Il faudrait encore signaler ses excès dans l’inculturation (il a accepté de participer à des cultes païens et les a mêlés au culte catholique), sa morale décentrée, fondée sur la dignité de l’homme et non plus sur la loi divine, sa propagation d’un catholicisme superficiel, notamment lors des JMJ, l’inflation des voyages, des béatifications et des canonisations (il a canonisé plus de saints que tous ses prédécesseurs réunis), son gouvernement libéral laissant se propager des mouvements douteux ou scandaleux (par exemple, il avait une grande admiration pour le père Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ [4]), etc.
Tout le monde désormais peut constater les fruits de ce pontificat : l’apostasie des nations chrétiennes et l’auto-démolition de l’Église.
Si l’on cherche l’origine de toutes ces erreurs, il est facile de les découvrir dans l’abandon de la Tradition au profit d’une « nouvelle théologie » néo-moderniste souvent analysée dans nos colonnes.
En effet, Jean-Paul II restera dans l’histoire de l’Église surtout comme le pape qui a excommunié Mgr Lefebvre, et, à travers lui, la Tradition bi-millénaire de l’Église. Cette tache est indélébile. Et si, ce qu’à Dieu ne plaise, la béatification et la canonisation de Jean-Paul II se réalisaient, il faudrait prier pour que Dieu abrège cette passion de l’Église et pour qu’il lui suscite un vrai pasteur qui annule cet acte scandaleux et redonne à la Tradition son honneur.
En attendant, défendons, à la mesure de nos moyens et sur les traces de Mgr Lefebvre – dont nous fêtons le 20e anniversaire du décès (voir la partie « Documents » de ce numéro) –, la sainte Tradition. C’est ce qu’ont fait tous les saints, tous les docteurs, tous les bons pasteurs, tous les grands écrivains ecclésiastiques comme en témoigne cette citation du célèbre Origène (185-253) :
Puisqu'il y en a beaucoup qui croient avoir les sentiments du Christ, alors que certains pensent différemment des autres, on doit garder la prédication ecclésiastique, transmise à partir des Apôtres par ordre de succession et conservée dans les Églises jusqu'à présent ; et seule doit être crue la vérité qui n'est pas en désaccord avec la Tradition ecclésiastique et apostolique [5].
[1] — Dans Le Sel de la terre 55 (hiver 2005-2006), p. 252-260.
[2] — Nous avons publié une partie de son livre sur l’encyclique Dives in misericordia dans Le Sel de la terre nº 49 à 52. Nous avons aussi recensé ses quatre principaux ouvrages dans Le Sel de la terre nº 5, p. 185 ; nº 16, p. 186 ; nº 33, p. 218 ; nº 46, p. 191.
[3] — Pour l’explication de cette allégorie, voir Ga 5, 21-31.
[4] — En 1998, une plainte a été déposée par huit membres de la Légion du Christ à la congrégation pour la Doctrine de la foi (dirigée alors par le cardinal Ratzinger), accusant Marcial Maciel d'abus sexuels. Le 26 mars 2010, dans un communiqué, les responsables de la Légion du Christ reconnaissent que leur fondateur a commis des « actes d'abus sexuel sur des séminaristes mineurs ».
[5] — « Cum multi sint, qui se putant sentire quae Christi sunt, et nonnulli eorum diuersa a prioribus sentiant, seruetur uero ecclesiastica praedicatio per successionis ordinem ab apostolis tradita et usque ad praesens in ecclesiis permanens, illa sola credenda est ueritas, quae in nullo ab ecelesiastica et apostolica traditione discordat. » Origène, Traité des principes, t. 1, Cerf, SC 252, 1978, p. 78-79. Pour les auteurs anciens ayant écrit en faveur de la Tradition, on peut citer : saint Irénée, Adversus hæreses, I, 9, 4 ; I, 10, 1 ; III, 2, 2 ; Tertullien, De la prescription, XIII ; Apologétique, XLVII, 10 ; Du voile des vierges, I, 3 ; Contre Praxéas, II, 2 ; Clément d’Alexandrie, Stromates, VII, 16, 94-95 ; VII, 17, 107. Enfin, d’Origène on peut encore citer son Commentaire de saint Jean, XIII, 16, 98. Voir R.P.C. Hanson, Tradition in the Early Church, Londres, 1962.


