Le frère André de Montréal
Apôtre de saint Joseph et thaumaturge
(1845-1937)
par Jean-Claude Dupuis
La canonisation du Frère André, le 17 octobre 2010, a soulevé beaucoup d’intérêt et d’enthousiasme au Québec [1]. Le journal Le Devoir avait prédit qu’elle ne susciterait pas la même réaction que la béatification de 1982 parce qu’« elle n’a aucune résonance dans nos vies, aucun sens pour les jeunes générations [2] » ; mais il s’est trompé [3]. Les médias ont largement, et plutôt respectueusement, couvert l’événement. Les pèlerins se sont bousculés pendant des semaines à l’Oratoire Saint-Joseph. Les dévots du frère André ont rempli le stade olympique de Montréal lors d’une cérémonie d’action de grâces. Le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le Premier ministre du Québec, Jean Charest, ont assisté à l’événement (peut-être par électoralisme plus que par conviction). Un sondage a révélé que 35 % des Québecois croyaient aux miracles du frère André, contre 22 % qui n’y croyaient pas, et 43 % d’indécis [4]. En 1937, près d’un million de personnes avaient défilé devant le cercueil du célèbre thaumaturge. C’était une autre époque, dira-t-on. Mais qui aurait cru que le frère André pouvait encore faire déplacer les foules, 73 ans après sa mort, et dans une société aussi laïque ? Peut-on en conclure que la foi catholique n’est pas aussi moribonde que le prétendent les médias ? Serait-ce le signe de la survivance d’un quelconque « pays réel » derrière le « pays légal », pour reprendre l’expression maurrassienne ?
Un frère humble mais étonnant
Alfred Bessette est né en 1845 dans une modeste famille de treize enfants, au Mont Saint-Grégoire, dans la région de Montréal. Orphelin de père et de mère à l’âge de douze ans, il fut recueilli par une tante. Il était petit de taille (1,50 m) et de santé fragile. Il n’est presque jamais allé à l’école. Il lisait péniblement et il lui fallait cinq minutes pour écrire son nom. Toute sa vie, il souffrit de graves problèmes de digestion, ce qui ne l’empêchait pas de s’imposer de lourdes pénitences alimentaires et de porter une ceinture à pointes de fer. Il apprit les métiers de boulanger et de cordonnier (1862) avant de « s’exiler aux États » (1863-1867), comme on disait alors, pour travailler dans les filatures de coton de la Nouvelle-Angleterre. Son expérience américaine lui permit d’apprendre l’anglais, ce qui lui sera par la suite fort utile. Mais il revint heureusement au Québec et s’engagea au service du curé de Saint-Césaire (1868) qui l’orienta vers la vie religieuse. Alfred Bessette entra en 1870 au noviciat de la Congrégation de Sainte-Croix, une communauté enseignante française, fondée en 1818 par les abbés Jacques-François Dujarié et Basile-Antoine Moreau [5], et que l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, avait fait venir au Canada en 1847. La communauté hésitait à admettre Alfred Bessette à la profession religieuse à cause de sa mauvaise santé, mais Mgr Bourget intervint en sa faveur [6]. « Si ce jeune homme, reconnut le maître des novices, devient incapable de travailler, il saura au moins bien prier. » Alfred Bessette fit sa profession perpétuelle en 1874 sous le nom de frère André, choisi en l’honneur du curé André Provençal qui avait su discerner sa vocation.
Jusqu’en 1904, le frère André occupa l’obscure fonction de portier du Collège Notre-Dame, une institution située au pied du Mont-Royal, la colline de 234 mètres où s’élèvera plus tard le majestueux Oratoire Saint-Joseph. Doté d’un sens de l’humour qui deviendra célèbre, il disait : « Après mon noviciat, mes supérieurs m’ont mis à la porte ; et j’y suis resté 40 ans. » Il ne se faisait guère remarquer, sinon par son obéissance, son austérité, son ardeur au travail et sa grande dévotion à saint Joseph. Mais sa réputation de thaumaturge commença à se répandre en 1878, lorsque les Annales de l’Association de Saint-Joseph, publiées à Paris, rapportèrent la guérison miraculeuse du frère Aldéric, qui risquait de se faire amputer la jambe à cause d’une infection mal soignée. Le frère André lui avait recommandé de frotter sa plaie avec l’huile d’une lampe qui avait brûlé devant une statue de saint Joseph, et le mal avait disparu au bout de quelques jours.
En 1904, le frère André fit construire sur le Mont-Royal une petite chapelle de bois consacrée à saint Joseph et pouvant contenir dix personnes. Il y dépensa toutes ses économies, et les 200 $ qu’il avait ramassés depuis des années en coupant les cheveux des élèves du Collège Notre-Dame, à cinq sous la coupe. Comme toutes les œuvres divines, celle de l’Oratoire Saint-Joseph débuta bien modestement, si l’on pense que la basilique actuelle doit valoir plusieurs centaines de millions de dollars.
Le frère André recevait de plus en plus de visiteurs. Il prescrivait les mêmes remèdes pour tous les maux, qu’ils soient physiques ou spirituels : neuvaine, médaille et huile de saint Joseph. Les témoignages de guérison se multipliaient dans les journaux, comme celui de Martin Hannon qui retrouva l’usage de ses jambes, complètement broyées par la chute d’un bloc de marbre [7]. Les malades n’étaient pas tous guéris, mais ils repartaient toujours consolés.
Au début, les autorités ecclésiastiques considéraient ces histoires de miracles comme de la superstition. Le Dr Charrette, médecin du Collège Notre-Dame, accusait le frère André d’être un charlatan. On le surnommait « le frère graisseux », par dérision pour l’usage de l’huile de saint Joseph. Le père Georges-Auguste Dion, provincial de la Congrégation de Sainte-Croix, consulta l’archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, qui lui fit la sage réflexion de Gamaliel (Ac 5, 38-39) : « Si l’on demandait au frère André de ne plus recevoir de malades, obéirait-il ? — Il le ferait immédiatement, répondit le provincial. — Laissez-le donc faire. Si l’œuvre est humaine, elle tombera d’elle-même ; si elle est divine, elle subsistera. »
Et l’œuvre subsista. Le frère André guérit d’une hémorragie nasale l’épouse du Dr Charrette, qui se convertit et qui devint ensuite l’un des plus ardents zélateurs de l’Oratoire Saint-Joseph. Les jeunes frères de la communauté cessèrent également de se moquer du « vieux fou » lorsqu’ils virent le frère André passer au travers des portes de la chapelle qu’ils avaient verrouillées, par gaminerie plutôt que par méchanceté, pour l’empêcher d’aller prier la nuit comme à son habitude. Mais un fait plus extraordinaire dut ébranler les supérieurs de la Congrégation de la Sainte-Croix. En 1910, le frère André demanda qu’on lui adjoigne un prêtre pour entendre les confessions des malades. « Demander une faveur à saint Joseph sans être d’abord en règle avec le bon Dieu, ce n’est pas chanceux », disait-il. On désigna le père Adolphe Clément, qui était aveugle : « Je ne pourrai pas vous être d’un grand secours, dit-il, puisque je ne peux ni célébrer la messe, ni lire mon bréviaire. — Vous commencerez demain, répondit le frère André. » Le lendemain, le jeune prêtre de 33 ans recouvra la vue, tout en conservant la malformation qui provoquait la cécité. « Vos yeux ne peuvent pas voir », disaient les médecins. « Et pourtant, je vois », répondait-il comme le miraculé de l’Évangile. En 1912, l’archevêque de Montréal affirma publiquement qu’il croyait aux récits des miracles et qu’il projetait d’ériger sur le Mont-Royal une « basilique digne de saint Joseph ».
A son « bourreau » de travail
En 1903, les amis du frère André firent construire près de la chapelle, entre-temps agrandie, un bureau et une salle d’attente chauffés pour recevoir les malades et les pénitents. Nommé par ses supérieurs « gardien de l’Oratoire », le saint thaumaturge passera le reste de sa vie dans ce qu’il appelait son « bourreau de travail », accueillant chaque jour des visiteurs au rythme de quarante à l’heure.
Le frère André n’était pas loquace. Il recommandait simplement d’avoir confiance en saint Joseph. Mais il avait parfois des répliques cinglantes : « Pourquoi venez-vous me voir, alors que vous n’êtes pas malade ? », dit-il à un moribond qu’il avait guéri avant même de le rencontrer. « C’est votre fille qui est maquillée comme une poupée ? Vous devriez avoir honte Madame. » Comme le Padre Pio, il pouvait lire dans les âmes : « Pensez-vous que saint Joseph vous guérira, alors que vous vivez avec la femme d’un autre ? », dit-il un jour à un aveugle. Le frère André admonestait souvent les femmes vêtues inconvenablement : « Vous avez mal à la gorge ?, dit-il à une dame largement décolletée. Frottez-vous avec de l’huile de Saint-Joseph jusqu’à ce que le linge repousse. »
Aujourd’hui, on reproche parfois au frère André sa rudesse de langage. Mais c’était la manière dont on s’exprimait dans les classes populaires du Québec de ce temps. Le style campagnard du frère André plaisait généralement aux gens du peuple, qui étaient alors habitués à entendre les curés à parler bien plus fort en chaire. Néanmoins, une dame fut, un jour, offusquée que le frère André lui ait reproché sa tenue indécente. Mais, pendant qu’elle vociférait contre lui, ses amies lui firent remarquer qu’elle ne s’était même pas aperçue qu’elle pouvait maintenant marcher sans ses béquilles. Il est vrai que le frère André avait parfois des sautes d’humeur, surtout dans sa vieillesse alors qu’il souffrait de terribles maux d’estomac. Mais son confident, le Père Émile Deguire, nous dit qu’il les regrettait amèrement. Le bon Dieu laisse toujours aux saints quelques imperfections pour les garder dans l’humilité.
Toutefois, l’humour du frère André compensait ses impatiences. Il racontait qu’il avait reçu un jour la visite d’un homme en béquilles, accompagné de sa femme. L’épouse commença à raconter les malheurs de son mari. « Taisez-vous, Madame, répondit sèchement le frère, qui trouvait que les femmes parlaient trop ; je préfère entendre votre époux. » Après la courte entrevue, l‘homme sortit en s’appuyant toujours sur ses béquilles. « Le frère André t’a-t-il guéri ?, lui demandèrent alors ses amis. — Non, répondit l’infirme, mais il a fait un plus grand miracle que ça : il a réussi à faire taire ma femme. Moi, je n’y suis jamais parvenu en quarante ans de mariage ! »
La réputation de thaumaturge du frère André attira l’attention d’un journaliste canadien-anglais de renom, devenu directeur des relations publiques de la puissante compagnie des chemins de fer Canadian Pacific, le colonel George Henry Ham. Ce protestant rationaliste écrivit le premier ouvrage sur le frère André [8], mais en précisant qu’il n’était « en aucune façon inspiré par l’Église catholique romaine ». George Ham croyait aux miracles et il constatait avec admiration que le frère André guérissait des protestants et des juifs autant que des catholiques ; mais il ne semble pas s’être converti au catholicisme [9]. Les miracles ne réussissent pas toujours à ébranler les esprits forts : « Même s’ils voyaient des morts ressusciter, disait Notre-Seigneur, ils ne croiraient pas. »
L’opuscule fit néanmoins connaître le frère André dans le monde anglo-saxon. Il a même été lu par le roi d’Angleterre, George V. Un jour, le frère André reçut un digne prélat anglican. « Je suis le chapelain du roi d’Angleterre, dit-il. Sa Majesté a lu l’ouvrage de George Ham à votre sujet et elle m’a demandé de venir vous saluer lors de mon prochain voyage au Canada. » Le frère André ne parut guère impressionné par la courtoisie royale. Il s’excusa en disant que des malades l’attendaient à son bureau.
Un saint apolitique ?
Le frère André ne se mêlait pas des questions politiques et religieuses de son temps. Il ne devait pas y comprendre grand-chose. Il gardait toujours le silence en présence d’un prêtre : « Que voulez-vous qu’un ignorant comme moi dise à quelqu’un qui a étudié la théologie ? » Mais plusieurs prêtres et évêques, dont les archevêques de Montréal, Mgrs Paul Bruchési et Georges Gauthier, aimaient discuter de spiritualité avec lui. Le caractère apolitique de l’œuvre du frère André explique en partie sa popularité actuelle. Le bon frère priait et guérissait les malades. Les modernistes n’ont rien contre cela, et les charismatiques se délecteront des récits de miracles. Le type de sainteté du frère André ne semble pas « déranger » le monde moderne, contrairement à celui d’un antilibéral comme Mgr Bourget. Et pourtant, la spiritualité du frère André, fondée sur l’esprit de pénitence et de sacrifice, devrait déranger l’hédonisme contemporain et le catholicisme postconciliaire à l’eau de rose.
Mais le frère André n’était peut-être pas aussi apolitique que l’on pense. Il montra à quelques occasions, rares mais significatives, son adhésion aux idées nationalistes, conservatrices et anticommunistes de la plus grande partie du clergé canadien-français de son temps.
Le frère André se montrait accueillant pour tous, une fois pourtant il hésita à recevoir un visiteur. En 1923, Mgr Michael Fallon, évêque de London (Ontario) se présenta à l’Oratoire Saint-Joseph : « Est-il vrai que l’on accueille ici toutes sortes de personnes ? — Bien sûr, lui répondit-on. — Si vous me connaissiez, vous hésiteriez à me recevoir : je suis le pire ennemi des Canadiens français. » Le prêtre qui lui avait répondu reconnut alors le « terrible » Mgr Fallon. En 1912, le ministère de l’Éducation de l’Ontario avait interdit l’usage du français dans les écoles bilingues de la province, qui ne comptait que 6 % de francophones. Le clergé canadien-français combattit héroïquement cette mesure inique, qui fut finalement abrogée en 1927. Mais le clergé irlandais (anglophone) soutenait la politique assimilatrice du gouvernement ontarien, parce qu’il considérait que l’Église catholique du Canada ne devait pas être associée à la minorité française, si elle voulait convertir la majorité anglo-protestante. Mgr Fallon était un « colonisé-colonisateur », un Irlandais qui avait intériorisé l’esprit impérialiste britannique au point de mépriser les Canadiens français. Mais il avait une grande dévotion à saint Joseph et il voulut rencontrer le frère André. Ce dernier refusa, mais ses supérieurs lui ordonnèrent de le recevoir : on ne pouvait tout de même pas éconduire un évêque. Mgr Fallon demanda au frère André : « Est-ce bien vrai que saint Joseph vous accorde tout ce que vous lui demandez, tandis que nous autres, nous le prions sans rien obtenir ? — Oh ! Cela Monseigneur, je ne le crois pas, parce que devant saint Joseph, nous sommes tous égaux. Lui, il ne fait jamais exception de personne. » L’évêque de London comprit la leçon : le frère André l’invitait à traiter les Canadiens français plus équitablement. Mgr Fallon changea ensuite d’attitude. Il légua même, après sa mort, survenue en 1931, une importante somme d’argent aux écoles franco-ontariennes. Le frère André avait-il obtenu la « conversion » de l’évêque francophobe ?
Un épisode cocasse survint en 1930 lorsque le frère André reçut le nouvel évêque de Regina (Saskatchewan) et futur cardinal-évêque de Toronto, Mgr James McGuigan. Ce dernier était d’origine irlandaise, mais il parlait parfaitement français, car il avait étudié au grand Séminaire de Québec et à l’Université Laval. Le frère André croyait donc discuter avec un pur canadien français : « J’espère, Monseigneur, que vos irlandais ne vous font pas trop de misère, là-bas. — Mais, mon frère, je suis Irlandais ! » Le prélat ne semble pas avoir été choqué par la bévue du frère André puisqu’il le consulta fréquemment par la suite.
Le frère André ne cachait pas sa sympathie pour le chef de l’Union nationale, Maurice Duplessis, qui fut Premier ministre du Québec de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959. Il avait souvent coupé les cheveux du petit Maurice, qui était pensionnaire au Collège Notre-Dame vers 1900. Duplessis était un habitué de l’Oratoire Saint-Joseph et il garda toujours contact avec le frère André. Le Premier ministre paya même le cercueil qui servit à ensevelir le saint en 1937.
Mais le frère André avait autant d’égard pour le rude adversaire de Duplessis, Adélard Godbut, chef du parti libéral et Premier ministre du Québec de 1939 à 1944. Depuis sa jeunesse, Godbout souffrait d’un terrible mal de genoux. Cette maladie lui avait autrefois fait quitter le grand Séminaire et elle risquait maintenant de briser sa carrière politique. En 1931, Godbout alla visiter le frère André, qui obtint sa guérison sans tenir compte de son étiquette politique. Quelques jours plus tard, Adélard Godbout prit la parole au Club de la Réforme, le centre de réunion de l’élite du parti libéral. « Laissez-moi, dit-il, vous raconter l’histoire d’un homme qui a été guéri par le frère André. » Cet aréopage de libres-penseurs commençait déjà à se moquer de ces bondieuseries lorsque Godbout leur infligea une douche froide en disant : « Cet homme, c’est moi. »
Et qu’en était-il de la politique ecclésiastique ? En 1927, le délégué apostolique à Ottawa, Mgr Andrea Cassulo, visita le frère André en compagnie de Mgr Gauthier. Il félicita le frère pour son œuvre et se recommanda à ses prières, mais en ajoutant, avec un fort accent italien : « Prenez garde à l’esprit de superbe. » Mgr Gauthier éclata de rire : « Que voulez-vous que cette vieille canaille de frère André comprenne à l’esprit de superbe ? Il ne sait ni lire ni écrire ! » En fait, l’évêque de Montréal devait surtout s‘amuser d’entendre un diplomate romain prêcher contre la vanité humaine.
Mais la seule vraie préoccupation politique du frère André était la menace communiste. Il s’affligeait des persécutions subies par les catholiques au Mexique (Guerre des Cristeros, 1926-1929), en Espagne (Guerre civile, 1936-1939) et en Russie (Révolution bolchevique de 1917). Il priait constamment saint Joseph pour que le fléau communiste épargne le Canada.
La dévotion à saint Joseph
Le frère André obtenait toutes ses faveurs par l’intercession de saint Joseph. Il se fâchait lorsqu’on parlait des « miracles du frère André ». Pour lui, il n’y avait que les « miracles de saint Joseph ». Il se qualifiait lui-même de « petit chien de saint Joseph ». Le frère André s’inscrivait à cet égard dans une longue tradition canadienne-française. La dévotion à saint Joseph est apparue plutôt tardivement dans l’histoire de l’Église, vers la fin du Moyen Age, dans le courant de spiritualité franciscaine. Instituée au 15e siècle, la fête de saint Joseph ne devint obligatoire qu’en 1621. Le Père Le Caron, un franciscain récollet, consacra le Canada à saint Joseph en 1624. Cette consécration fut confirmée par le pape Urbain VIII en 1637. Saint Jean de Brébeuf écrivit que l’évangélisation des Indiens avait été placée sous le patronage de saint Joseph parce qu’« il est bien à craindre qu’ils ne s’effraient sur le propos de la pureté et chasteté, et qu’ils ne se rebutent à cette occasion de la doctrine du Fils de Dieu [10] ». Au Québec, on retrouve fréquemment « saint Joseph » comme nom de lieu ou d’institution. Traditionnellement, les Canadiens français donnaient à tous les garçons le prénom secondaire Joseph.
Étant presque illettré, le frère André n’a évidemment pas laissé d’écrits. Sa spiritualité ne nous est donc connue que par les témoignages de ses proches. Saint Joseph fut le compagnon et le confident de la vie errante d’orphelin et d’ouvrier du jeune Alfred Bessette. Le frère André comprenait que Jésus était l’unique source de sanctification et Marie la médiatrice de toute grâce ; mais il comprenait également que saint Joseph était, en tant que protecteur de l’Église, l’intendant qui distribuait aux hommes les largesses divines. Le thaumaturge déclencha un prodigieux mouvement en faveur du patron de l’Église universelle. Mais paradoxalement, il parlait assez peu de saint Joseph dans ses conversations intimes. Il préférait s’entretenir de la Passion de Notre-Seigneur et de la grandeur de l’eucharistie. Il disait bien de faire une neuvaine à saint Joseph, mais en ajoutant qu’il s’agissait d’une neuvaine de chemins de croix ou de communions. Le frère André s’efforçait d’orienter vers Dieu le culte de saint Joseph. Sa spiritualité ne se rattachait pas aux « dévotionnettes » qui s’arrêtent aux saints sans remonter à la Trinité. Il dénonçait l’ignorance des gens qui demandaient des faveurs à saint Joseph sans se préoccuper de vivre en état de grâce. Il voyait la dévotion à saint Joseph comme une étape préliminaire vers la dévotion à la Vierge Marie, et notamment à Notre-Dame des Sept Douleurs, qui était particulièrement honorée dans sa communauté. Le frère André lisait peu et mal, mais il aimait relire un opuscule consacré à Marie-Marthe Chambon (1841-1907), une visitandine qui avait une dévotion spéciale aux saintes plaies de Notre-Seigneur [11]t. La piété du frère André n’était pas celle d’un théologien, mais celle d’un ouvrier. C’était une piété simple et profonde, à la portée du peuple : faire une neuvaine, porter une médaille, monter les marches de l’Oratoire à genoux en récitant des Ave Maria, contempler les sept douleurs et les sept allégresses de saint Joseph. Le frère André prêchait une confiance absolue en saint Joseph, une confiance fortement éloignée des peurs et des scrupules jansénistes. Le nœud de sa spiritualité, c’était le lien intime entre la dévotion à saint Joseph et la méditation de la Passion de Notre-Seigneur.
Lorsqu’on demandait au frère André pourquoi saint Joseph accordait tant de faveurs aux pèlerins de l’Oratoire, il répondait : « Pour que le peuple ouvre les yeux et qu’il se convertisse ; mais le peuple reste aveugle. » Le taux de pratique religieuse était pourtant élevé dans le Québec de ce temps, mais cette pratique était probablement superficielle. Ce n’était qu’une « religiosité sociologique », comme on dit de nos jours. En fait, le matérialisme des années 1920 (« les années folles ») préparait déjà l’effondrement spirituel des années 1960.
Et pourquoi certains pèlerins de l’Oratoire étaient-ils immédiatement guéris, alors que d’autres devaient attendre longtemps la faveur demandée ?
Ceux qui sont immédiatement exaucés répondait le frère André, n’ont pas la foi. Ils ont besoin de quelque chose de spectaculaire pour se convertir. Mais ceux qui ont la foi doivent souvent attendre, car le Bon Dieu les éprouve pour qu’ils puissent gagner plus de mérites.
La propre cousine du frère André était aveugle, et il n‘a jamais obtenu sa guérison. « Tu as la foi, lui dit-il carrément, tu peux donc supporter ton épreuve pour te sanctifier. »
Le frère André a-t-il eu des visions de saint Joseph ? C’est possible, mais il fut très discret sur ce point. En 1915, Mgr Bruchési lui demanda si l’idée de construire une basilique sur le Mont-Royal lui avait été suggérée par une voix du ciel. Le frère répondit : « Il n’y a rien de tout cela. Je n’ai que ma grande dévotion à saint Joseph. C’est elle qui me guide et me donne une entière confiance. » Mais le cousin du frère André, Henri Bessette, affirme qu’il lui raconta, en 1925, que saint Joseph lui était apparu, vers 1904, pour lui demander de construire sur le Mont-Royal une chapelle en son honneur. Ce fait semble confirmé par un autre témoignage. Le Père Dion voulait ériger la chapelle à un endroit, mais le frère André lui dit que saint Joseph lui avait plutôt indiqué tel autre endroit. Et le supérieur provincial se soumit à ce qu’il considérait être un ordre du Ciel.
Le chanoine Étienne Catta se demande comment un frère aussi humble aurait pu engager les autorités de l’Église dans un projet aussi grandiose et coûteux que la construction de l’Oratoire Saint-Joseph (nous parlons ici de la basilique, et non de la chapelle primitive) sans y être poussé par une voix surnaturelle. Il pense que le frère André aurait eu ce que la théologie mystique appelle une « vision intellectuelle [12] ». C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre l’expression : « La dévotion qui me guide. »
D’autres phénomènes extraordinaires se sont produits dans la vie du frère André. Des témoins l’ont vu auréolé d’une lumière qui sortait d’une statue de saint Joseph. D’autres ont apporté des cas de bilocation et de lévitation. Le frère André semble avoir été physiquement attaqué par le démon, comme le saint Curé d’Ars. Il aurait eu une vision de la Vierge à l’Enfant, ainsi que de l’Œil de Dieu qui nous regarde. Saint Jean de la Croix invite les âmes à ne pas se préoccuper de ces phénomènes extraordinaires, sinon pour en extraire un sens surnaturel conforme à la foi [13]. Et le frère André en tirait la leçon suivante : « Plus on est près de Dieu, plus on souffre. »
L’oratoire du Mont-Royal
Le plus grand miracle du frère André est sans doute l’érection de la basilique de Mont-Royal, le plus important sanctuaire de saint Joseph au monde. Comment expliquer qu’un humble frère convers sans charisme ni éloquence ait réussi à convaincre les autorités de la Congrégation de Sainte-Croix et de l’archevêché de Montréal de s’engager dans un projet aussi ambitieux ? Comment expliquer que le financement soit toujours arrivé à point nommé, en reposant surtout sur les petites contributions des pèlerins miraculés et des abonnés des Annales de Saint-Joseph ? L’Oratoire Saint-Joseph fut construit entre 1916 et 1938. L’archevêché avait presque renoncé à compléter le dôme, en 1936, à cause de la crise économique. Le frère André déposa alors une statue de saint Joseph au milieu du chantier en disant : « Si saint Joseph veut être couvert, il y verra. » Quelques mois plus tard, la Congrégation de Sainte-Croix obtenait de manière inespérée un prêt bancaire pour terminer le projet.
Les autorités ecclésiastiques craignaient, à juste titre, que l‘affluence des pèlerins ne diminue après la mort du frère André ; mais ce ne fut pas le cas. Plus de 70 ans après la disparition du thaumaturge, l’Oratoire Saint-Joseph attire encore deux millions de visiteurs par année. C’est un édifice monumental, surtout lorsqu’on le voit illuminé la nuit ; bien que la décoration intérieure soit décevante.
Les plans initiaux ont été dessinés en 1914 par deux architectes canadiens, Dalbé Viau et Alphonse Venne. Le style néoclassique s’inspirait du Montmartre de Paris. Mais l’archevêché de Montréal décida en 1936 de confier la poursuite du projet au célèbre architecte religieux français, Dom Paul Bellot. Ce dernier préférait le style médiéval au style renaissance. « Si je le pouvais, disait-il, je ferais dynamiter toutes les colonnes déjà construites. » Le changement d’architecte souleva la controverse dans les journaux ; et il opposa l’archevêché de Montréal, favorable à Dom Bellot, à la Congrégation de Sainte-Croix, qui préférait conserver le plan initial. Quel était l’enjeu de cette querelle artistique ? Certains n’y ont vu qu’un simple conflit de générations entre deux styles architecturaux [14]. Mais d’autres y percevaient une véritable querelle doctrinale, accusant Dom Bellot d’opérer une « révolution » dans l’architecture religieuse. Le supérieur-général de la Congrégation de Sainte-Croix, le père James W. Donahue, consulta l’architecte bostonnais Ralph Adams Cram, qui publia un rapport très hostile à « l’hérésie artistique de Dom Bellot » qu’il voyait comme un art moderniste, l’art d’une civilisation technocratique et matérialiste [15]. Mais l‘archevêché de Montréal imposa son point de vue à la Congrégation de Sainte-Croix en invoquant le devoir d’obéissance d’une communauté à l’ordinaire.
La pauvreté de la décoration intérieure de l’Oratoire contraste avec la majesté de son architecture. Au départ, la décoration fut confiée à de bons artistes comme Alfred Laliberté (statue de saint Joseph), Henri Charlier (fresque du tombeau du frère André et statues des douze apôtres), Joseph Guardo (bas-reliefs) et Louis Parent (chemin de croix extérieur). Mais elle n’était malheureusement pas terminée lors du concile Vatican II. Les magnifiques plans de décoration des Ateliers Labouret (France) furent écartés au profit d’un « style dépouillé », plus conforme à « l’esprit de la nouvelle liturgie [16] ». Ce fut une catastrophe. Soyons honnêtes, l’intérieur de l’Oratoire est franchement laid. L’œuvre de démolition conciliaire est passée par là, comme ailleurs. Mais lorsque l’Église aura vaincu le modernisme, il ne sera pas trop tard pour refaire la décoration dans un esprit authentiquement catholique.
Le miracle de la canonisation
On attribue au frère André plus de 125 000 guérisons. Celle qui a été retenue par le Vatican pour le procès de canonisation est survenue en 1990 [17]. Un enfant de dix ans avait été frappé par une voiture. Il avait deux fractures du crâne et une hémorragie cérébrale. Il était dans le coma depuis trois semaines lorsque le médecin écrivit dans le dossier : « Coma post-traumatique. Stade terminal par engagement cérébral. » Il avertit la famille qu’un arrêt cardio-cérébral était prévisible et qu’il n’y avait plus d’espoir. Mais l’enfant sortit du coma au moment même où, à l’Oratoire Saint-Joseph, un membre de sa famille demandait au frère André sa guérison. Le Dr Yvon Roy et l’équipe de huit médecins qui ont analysé le dossier sont formels : « Cette guérison est scientifiquement inexplicable. L’état de l’enfant, qui avait contracté une pneumonie, était irréversible et le médecin soignant avait cessé tout traitement ; il l’avait même placé sur un protocole de don d’organes. » L’enfant n’a gardé aucune séquelle physique ou mentale de l’accident. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il se porte à merveille, mais il ne souhaite pas être identifié.
Les rationalistes expliquent toujours les miracles par l’effet placebo. Mais comment l’effet placebo pourrait-il guérir le traumatisme cérébral d’un enfant comateux par la prière d’une autre personne à un saint, dont l’enfant ignorait probablement lui-même l’existence. Les rationalistes perdraient-ils la raison ?
L’ultime sacrifice
Le frère André est mort d’une asthénie cardiaque causée par l’artériosclérose. Lorsque son supérieur, le père Albert Cousineau, le visita à l’hôpital, le saint frère lui dit :
Je remercie Dieu de m’accorder la grâce de la souffrance, car j’en ai tant besoin. La maladie est une bonne chose ; parce que cela aide à reconsidérer sa vie et à réparer par la souffrance. Mon père, voulez-vous prier pour ma conversion ?
Comme saint Paul, le frère André fit son salut dans la crainte et le tremblement. Comme Notre-Seigneur, il refusa de prendre les calmants qu’on lui proposa. Il offrit plutôt ses souffrances pour l’Espagne et pour le Saint-Père. Il dit à la religieuse qui veillait à son chevet :
Vous ne savez pas tout le bien que le bon Dieu peut faire à l’Oratoire. Quels malheurs il y a dans le monde. J’étais bien placé pour cela. Il aurait fallu que je sois tout : avocat, médecin, prêtre. Mais le bon Dieu aidait. Comme il est bon, comme il est beau. Oui, il est beau puisque l’âme, qui n’est qu’un reflet de sa beauté, est si belle.
Le frère André s’éteignit paisiblement le 6 janvier 1937 à l’âge de 91 ans. Pas moins de 324 journaux en ont parlé à travers le monde. « Au Canada, un extraordinaire thaumaturge vient de mourir », rapportait le Figaro en France. « Brother André, Miracle Man dies in Montreal », titrait le Daily Times en Angleterre. On estime qu’un million de personnes défilèrent devant son cercueil. Quelques-unes obtinrent des guérisons. Les policiers ne réussirent pas à frayer un chemin parmi la foule pour le cardinal-archevêque de Québec, Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve.
J’avais lu dans les vies des saints, raconta ensuite son Éminence, que la foule empêchait parfois des personnages de haut rang d’arriver jusqu’à leur dépouille. Je croyais à une pieuse exagération. Mais hier, je me suis rendu compte que cela pouvait être authentique.
Le cardinal Villeneuve se reprit en faisant une allocution au moment de l’absoute :
Sur la tombe qui garde les restes vénérés de l’apôtre de saint Joseph, le frère André, vous lirez trois mots : Pauper, Servus et Humilis. Voyez celui que saint Joseph a choisi non seulement pour construire cette basilique, mais pour répandre la dévotion qui s’est emparée de notre peuple depuis trente ans.
Du haut du Ciel, la mission du frère André venait de commencer.
Bibliographie
La littérature sur le frère André est abondante, en français comme en anglais. Celui-ci n’a pas laissé d’écrits spirituels, mais ce qui peut en tenir lieu est le Recueil de paroles du frère André rapportées par les témoins, colligé par le père Roland Gauthier, Centre de recherche et de documentation de l’Oratoire Saint-Joseph, 1987, 70 p.
L’ouvrage de base reste l’hagiographie écrite immédiatement après la mort du saint par le R.P. Henri-Paul Bergeron C.S.C., Le Frère André de la Congrégation de Sainte-Croix : l’apôtre de saint Joseph, 1938, 189 p. Étant de la même communauté, le père Bergeron a fréquenté le frère André. Son livre, qui a été traduit en plusieurs langues et qui fut souvent réédité, a fait connaître le frère André et l’Oratoire Saint-Joseph à travers le monde. C’est un ouvrage profond, centré sur la vie intérieure du saint plutôt que sur les récits de miracles. La spiritualité du frère André a été succinctement analysée par le chanoine Léon Cristiani, La Grâce et le don chez le frère André du Mont-Royal, Paris, L’Évangile dans la Vie, 1951, 39 p. L’étude la plus scientifique et la plus exhaustive est celle du chanoine Étienne Catta, Le Frère André (1845-1937) et l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, Montréal et Paris, Fides, 1965, 1146 p. Le chanoine Catta est une référence sûre, bien appréciée dans les milieux traditionalistes pour son excellente étude sur La Doctrine politique et sociale du cardinal Pie (1815-1882), Paris, Nouvelles éditions latines, 1959, 374 p. Mais ceux qui préfèrent une biographie plus accessible se tourneront vers celle de Micheline Lachance, Le Frère André : l’histoire de l’obscur portier qui allait accomplir des miracles, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1980, 414 p. Écrite comme un roman, c’est une lecture agréable, mais qui tend parfois à tomber dans le merveilleux et l’anecdotique. Micheline Lachance ne cache pas son admiration pour le frère André. Elle a eu le courage de rédiger son livre dans la tourmente postconciliaire, alors que ce genre de sujet n’était plus guère à la mode. Cependant elle semble mal à l’aise avec la sévérité du frère André envers les tenues féminines indécentes. Elle l’explique par un quelconque « traumatisme de jeunesse » plutôt qu’à la lumière de la véritable doctrine de l’Église en la matière. La monographie de Denise Robillard, Les Merveilles de l’Oratoire : l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal (1904-2004), Montréal, Fides, 2005, 484 p. est plus rigoureuse. On y apprend bien des choses intéressantes, mais c’est un ouvrage qui s’adresse aux spécialistes. Denise Robillard a également rédigé la notice « Bessette, Alfred dit frère André » du très « universitaire » Dictionnaire biographique du Canada en ligne, 2000.
Plusieurs ouvrages ont été publiés ou réédités dans le sillage de la canonisation. Signalons celui de Françoise Deroy-Pineau, Frère André : un saint parmi nous. L’histoire d’une humilité tranquille qui a transformé une montagne, Montréal, Fides, 2010, 219 p. Le survol de la bibliographie nous laisse croire que l’auteur est de tendance charismatique. C’est néanmoins une hagiographie de facture classique, ce qui est réconfortant pour un livre rédigé à notre époque. Notons que Françoise Deroy-Pineau s’appuie largement sur l’étude du chanoine Catta, d’où la qualité de son ouvrage. Mais lorsqu’elle y ajoute de son cru, ça se gâte. Son commentaire final sur saint Joseph nous fait sourire. Elle le présente comme « un anti-macho, le partenaire respectueux, celui qui apparaît et disparaît au bon moment, laissant la place à la femme et à l’enfant, tout en leur permettant des aventures inédites et autonomes ». Il faudrait donc ajouter deux nouveaux titres à saint Joseph : Patron des hommes roses et Protecteur des féministes. On se demande si le frère André y aurait reconnu « son » saint Joseph.
[1] — La nouvelle procédure de canonisation de l’Église conciliaire soulève des critiques, surtout lorsque l’on pense aux cas plus que douteux de Jean XXIII, de Mgr Balaguer ou de Mère Térésa. Mais l’enquête diocésaine qui a précédé l’introduction de la cause du frère André fut réalisée avant le concile Vatican II, dans le respect des normes, beaucoup plus rigoureuses, de cette époque. Sur le problème des canonisations postconciliaires, voir Mgr Marcel Lefebvre, « L’Infaillibilité des canonisations faites par le pape Jean-Paul II », Le Sel de la terre 42, Automne 2002, p. 244-245 ; Jean-Michel Gleize, « L’Infaillibilité des canonisations dans la logique de Vatican II », Vue de Haut, revue de l’Institut universitaire Saint-Pie X, octobre 2004, p. 300-322 ; Régis de Cacqueray, « Les Saints du Concile », Fideliter, nº 182, mars-avril 2008.
[2] — Josée Bilodeau, Canonisation du frère André : perte de sens », Le Devoir, 20 février 2010.
[3] — « Canonisation du frère André : crypte comble à l’Oratoire », La Presse canadienne, 18 octobre 2010 ; Christian Roux, « Canonisation du frère André, place Saint-Pierre, à Rome : la foule acclame saint Alfred Bessette », Le Devoir, 18 octobre 2010 ; Marco Bélair-Crinio, « Gloire au frère André, au plus haut des… gradins ! », Le Devoir, 1er novembre 2010.
[4] — Sondage Léger Marketing, 16 octobre 2010.
[5] — Étienne Catta, Le T.R.P. Basile-Antoine Moreau (1799-1873) et les origines de la Congrégation de Sainte-Croix, Montréal et Paris, Fides, 1950-1955, 3 vol.
[6] — Mgr Bourget avait de son vivant une réputation de sainteté. Le frère André disait lui-même : « Si vous saviez comme Mgr Bourget est placé haut dans le ciel. » Mais l’archevêché de Montréal n’a jamais cherché à promouvoir la cause de Mgr Bourget, car son antilibéralisme dérange trop l’Église conciliaire. Voir Jean-Claude Dupuis, « Mgr Ignace Bourget et l’ultramontanisme canadien-français (1799-1885) », Le Sel de la terre 38, Automne 2001 ; p. 137-166.
[7] — « Une guérison miraculeuse à l’Oratoire Saint-Joseph », La Patrie (Montréal), 10 janvier 1910.
[8] — George H. Ham, The Miracle man of Montreal, Toronto, The Musson Book Co., 1922, 68 pages ; traduit en français par Raoul Cloutier sous le titre Le Thaumaturge de Montréal,Toronto, The Musson Book Co., 1922, 72 pages.
[9] — Valérie Knowles, « Ham, George Henry (1847-1926) », Dictionnaire biographique du Canada en ligne.
[10] — Jean de Brébeuf, « Relation de ce qui s’est passé dans le pays des Hurons en l’année 1636 », dans Écrits en Huronie, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2000, p. 194. Saint Jean de Brébeuf (1593-1649) était le supérieur des jésuites en Nouvelle-France. Il fut torturé à mort par les iroquois en 1649, et canonisé avec les autres « saints martyrs canadiens » en 1930.
[11] — Sœur Marie-Marthe Chambon et les Saintes Plaies de N.S.J.C., Chambéry, 1923, 60 p.
[12] — Étienne Catta, Le Frère André (1845-1937) et l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, Montréal et Paris, Fides, 1965, p. 845. L’auteur s’appuie sur Réginald Garrigou-Lagrange, O.P., Perfection chrétienne et contemplation selon saint Thomas d’Aquin et saint Jean de la Croix, t. II, Paris, Éditions de la Vie spirituelle, p. 550-551.
[13] — Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, l. III, Paris, Seuil, 1947, p. 178.
[14] — Père Aimé Trottier, « Une querelle des anciens et des modernes », Annales, janvier 1967.
[15] — Denise Robillard, Les Merveilles de l’Oratoire : l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal (1904-2004), Montréal, Fides, 2005, p. 216.
[16] — Ibid., p. 388-392.
[17] — Micheline Lachance, « Comment on fabrique un saint », L’Actualité, 1er août 2010, p. 48.

