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Mgr Antonio de Castro Mayer 

par le frère João Batista O.S.B.

 

Nous publions ici des extraits d’un texte paru en supplément du Bulletin de la Sainte-Croix (nº 43, janvier-avril 2010). Nous l’avons quelque peu complété à l’aide d’une biographie de Mgr de Castro Mayer éditée par le monastère de la Sainte-Croix [1].

Le Sel de la terre a déjà publié une « Lettre à un ami au sujet de ce qui s’est produit entre Campos et Rome » du même frère João Batista O.S.B. (voir nº 43, p. 172).

Le Sel de la terre.

 

En 1981, je suis entré au séminaire « Marie Immaculée » du diocèse de Campos, à l’époque où Son Excellence Mgr Antõnio de Castro Mayer en était l’évêque.

C’est au cours de cette même année que Mgr Carlos Alberto Navarro remplaça Mgr de Castro Mayer à la tête du diocèse. Le nouvel évêque progressiste décida de fermer le séminaire. En attendant des jours meilleurs, les séminaristes ont dû rentrer chez eux. Grâce à Dieu, les prêtres traditionalistes ont alors fondé le Centre d’Études Marie Immaculée, où ils continuèrent la formation ecclésiastique de ceux qui voulaient persévérer dans leur vocation sacerdotale. Au cours de l’année 1983, je retournai au « séminaire » où je suis resté jusqu’à mon entrée au monastère de la Sainte-Croix en août 1987.

Durant cette période, j’eus l’opportunité de connaître de près Son Excellence Mgr Antonio de Castro Mayer et je pus aussi entendre à son sujet plusieurs anecdotes du père José Possidente. C’est ce qui me permet d’écrire ces quelques lignes de souvenir [2].

Je m’attacherai principalement à mettre en évidence l’aspect de sa lutte contre l’ennemi interne de l’Église : le modernisme.

 

Entrée au Petit Séminaire et études à Rome

Antoine de Castro Mayer, naquit à Campinas (État de São Paulo) le 20 juin 1904. A l’âge de 7 ans, il perdit son père, Jean Mayer, d’origine bavaroise. A 12 ans, il entra au petit séminaire de la ville de Bom Jésus de Pirapora, dirigé par les Prémontrés. En 1922, il entra au grand séminaire de l’archidiocèse de São Paulo. Il impressionna ses maîtres par son sérieux. Ses supérieurs lui conseillèrent d’aller à Rome terminer son doctorat en théologie. Mgr Duarte Leopoldo, son évêque, le sachant de famille de peu de ressources, se chargea des frais de ses études dans la Ville éternelle.

L’abbé Antoine de Castro Mayer étudia à l’Université pontificale grégorienne, sous le pontificat de Pie XI, et réussit avec succès son doctorat en théologie. Il fut ordonné prêtre le 30 octobre 1927 par le cardinal Basilio Pompili (cardinal vicaire de Rome de 1913 à 1931).

 

Au Brésil

Revenu au Brésil, il fut nommé professeur au séminaire de São Paulo : il y enseigna treize ans la philosophie et la théologie dogmatique.

Après avoir assumé diverses charges dans le diocèse, notamment celle d’assistant général de l’Action Catholique, il fut nommé vicaire général (1941), puis économe de la grosse paroisse de São José à Belém et professeur à l’université catholique pontificale de São Paulo (1945).

Le 6 mars 1948, sur proposition du nonce, Dom Antoine de Castro Mayer fut nommé évêque auxiliaire de Campos, avec droit de succession. Les modernistes, qui commençaient à le redouter, se réjouirent de cet éloignement de la métropole de São Paulo pour un diocèse de peu d’importance dans l’intérieur de l’État de Rio de Janeiro.

Il fut sacré le 23 mai suivant par Mgr Carlo Chiarlo, assisté de Mgr Ernesto de Paula, évêque de Piracicaba, et de Mgr Geraldo de Proença Sigaud, évêque de Jacarezinho, dans l’église de Notre-Dame des Carmes, à São Paulo. Il devint évêque en titre le 3 janvier 1949, à la suite du décès de Mgr Octaviano Pereira de Albuquerque.

Cela ne l’empêcha pas de continuer à enseigner à la faculté de Campos, d’abord la philosophie puis le droit.

Quand il prit la direction du diocèse, il constata le petit nombre de prêtres de son diocèse. Il fit alors appel à plusieurs communautés religieuses, notamment les rédemptoristes et les missionnaires du Sacré-Cœur, qui firent beaucoup de bien par leurs missions populaires.

 

Invasion moderniste dans les séminaires

Vers 1955, José Possidente, diocésain de Mgr de Castro Mayer, s’apprêtait à passer du petit au grand séminaire de Rio de Janeiro, lorsqu’il reçut l’ordre formel et inattendu de son évêque de ne pas poursuivre ses études dans ce séminaire mais d’entrer, l’année suivante, au séminaire de Mariana, dans l’État de Minas Gerais, pour y faire sa philosophie et sa théologie. L’abbé Possidente « tomba des nues ». Plus tard, il comprendra la raison de cet ordre de son évêque : le séminaire de Rio commençait déjà à être envahi par les progressistes.

Cependant, le séminaire de Mariana ne résista pas longtemps à l’infiltration moderniste. Mgr de Castro Mayer se vit obligé de fonder dans son diocèse un petit séminaire (1956). Plus tard, en 1967, contre toute expectative, il obtint des autorités ecclésiastiques l’approbation pour la fondation d’un grand séminaire dans un simple diocèse (les grands séminaires, au Brésil, n’existaient ordinairement que dans les archidiocèses).


Le concile Vatican II

Mgr de Castro Mayer assista au Concile. Il se joignit, avec plus de deux cents pères conciliaires, au Cœtus Internationalis Patrum dont Mgr Lefebvre était le président. Dans cette organisation, Mgr de Castro Mayer fut nommé vice-président et il était considéré comme « le théologien ».


Au diocèse de Campos, une bonne part de ce clergé adhéra aux idées nouvelles issues du Concile. Toutefois, il y avait encore des prêtres fidèles et la possibilité de former, dans son séminaire, de nouveaux prêtres selon les désirs de la sainte Église. Mgr de Castro Mayer, voyant qu’il pouvait encore y faire du bien, resta fidèle à son poste.

Que faire avec le clergé progressiste ? Il le supporta dans la mesure du possible, n’ayant aucun appui des autorités romaines pour exiger de ce clergé tant séculier que régulier une attitude conforme à la Tradition. Mais il réussit à expulser du diocèse les Missionnaires du Sacré-Cœur en raison de leurs attaques en chaire contre son autorité épiscopale. Même Rome ne pouvait s’opposer à cette décision, bien que certains évêques lui suggérèrent (insinuation très probablement venant de plus haut) de revenir sur sa décision. A cette époque, cet événement a eu un grand retentissement, parce que Mgr de Castro Mayer dut s’opposer, pour ainsi dire, à tout et à tous.

 

Une lettre à Paul VI

Le désaccord entre Mgr de Castro Mayer et les progressistes s’accentuait chaque jour. Au cours d’une réunion de la CNBB (conférence épiscopale brésilienne) il fut hué par les évêques en pleine assemblée, pour avoir attaqué les fausses doctrines d’un prêtre progressiste brésilien. Devant cette attitude de jeunes voyous, Mgr de Castro Mayer n’apparut plus aux réunions de la CNBB.

Ceci incommoda Paul VI qui s’enquit de savoir si Mgr de Castro Mayer avait quelque chose contre les enseignements du souverain pontife alors régnant. Très respectueusement, mais avec fermeté, celui-ci répondit que oui, et prouva son affirmation en envoyant trois documents mettant en évidence, à titre d’exemple, la divergence doctrinale entre Paul VI et ses prédécesseurs. Ces études étaient une analyse sur : 1) la déclaration Dignitatis Humanæ [3] ; 2) la lettre Octogesima Adveniens [4] ; 3) la nouvelle messe [5].

Dans la lettre qui accompagnait ce courrier, Mgr de Castro Mayer demandait à Paul VI de lui faire savoir ce qui, dans ces études, pouvait ne pas être en accord avec la doctrine catholique. La réponse vint de Rome par la nonciature, le 22 mars 1974, disant : la correspondance de Votre Excellence est parvenue à son auguste destinataire. Point final !

 

Mgr de Castro Mayer et Mgr Lefebvre

Mgr de Castro Mayer fut un compagnon de lutte de Mgr Lefebvre lors du concile Vatican II, et il accompagna toujours avec sympathie l’intrépide bataille menée par cet évêque. En 1981, un nouvel évêque, Mgr Carlos Alberto Navarro, fut nommé à Campos, et Mgr de Castro Mayer fut prié de démissionner. Il put alors, dirions-nous, « prendre son envol » n’ayant plus la position délicate d’un évêque diocésain à maintenir. A partir de ce moment, en union avec Mgr Lefebvre, il écrira des documents et prendra des positions décisives, certainement les plus importantes de sa vie.

 

Tristesse posthume

Quand, en 1988, Dom Gérard Calvet se mit d’accord avec les autorités romaines, Mgr de Castro Mayer qualifia de trahison cette attitude. Quelle tristesse aurait été la sienne, s’il avait vu Mgr Rifan, son successeur, défendre la nouvelle messe et Vatican II, et la quasi-totalité de son peuple fidèle suivre Mgr Rifan !

 

Un Ave Maria

Quand, en 1987, à l’occasion de mon entrée au monastère de la Sainte-Croix, je suis allé faire mes adieux à Mgr de Castro Mayer, il me demanda humblement de prier pour lui.

Bien que nous l’espérons déjà dans la vision béatifique, nous ignorons le degré de purification que la justice divine a exigé de lui à son entrée au Ciel. Aussi, je me permets de demander à tous ceux qui liront ces lignes de dire, au moins, un Ave Maria pour Mgr de Castro Mayer. Que le bon Dieu vous le rende !

 *

Le Sel de la terre a consacré un dossier sur Mgr Antonio de Castro Mayer dans Le Sel de la terre 37 (été 2001). Nos lecteurs peuvent trouver dans la revue divers textes de lui :

— Avertissements sur la T.F.P. (Le Sel de la terre 28, p. 187).

— Votum pour la préparation du Concile (Le Sel de la terre 37, p. 8).

— Lettre à Paul VI sur la nouvelle messe (septembre 1969) (Le Sel de la terre 37, p. 27) et voir (Le Sel de la terre 39, p. 262).

— « Vicaire du Christ » (Le Sel de la terre 37, p. 36 bis).

— Étude sur Dignitatis humanæ (adressée à Paul VI, en 1974) (Le Sel de la terre 37, p. 33).

— Solennelle mise en garde au pape Jean-Paul II août 1985 (avec Mgr Lefebvre) (Le Sel de la terre 37, p. 44) .

— Lettre ouverte au pape – Manifeste épiscopal du 9 décembre 1983 (avec Mgr Lefebvre) (Le Sel de la terre 68, p. 186).

— Déclaration à l’occasion des sacres (Le Sel de la terre 37, p. 47).

— Entretien accordé à un journal brésilien en 1989 (Le Sel de la terre 37, p. 48).

Lettre pastorale sur les problèmes de l’apostolat moderne (1953) – Catéchisme des vérités opportunes qui s’opposent aux erreurs contemporaines, in Le Sel de la terre du nº 37 au nº 432 (disponible en tiré à part aux Éditions du Sel, Avrillé, 2006, 128 p.).

— « L’anti-Église » (Le Sel de la terre 43, p. 56).

Lettre pastorale sur la médiation universelle de la très sainte Vierge Marie en date du 16 juillet 1978 (Le Sel de la terre 68, p. 55-78).




[1]  — Mosteiro da Santa Cruz, Caixa postal 96582, 28610-974 Nova Friburgo – RJ Brésil. Le monastère de la Sainte-Croix est un monastère bénédictin situé près de Rio de Janeiro et fidèle à la Tradition. Site : http://www.beneditinos.org.br/ — Signalons aussi la parution récente de la première biographie de Mgr de Castro Mayer en français : David Allen White, La Gueule du lion (traduction de l’américain par Michel Bur), Villegenon, éd. Sainte-Jeanne-d’Arc, 2010 ; le texte dont nous publions ici des extraits se trouve en annexe de ce livre.

[2]  — Il s’agit de souvenirs. J’ai voulu raconter les faits aussi précisément que possible et, au moins en substance, je crois avoir été fidèle

[3]  — Déclaration conciliaire sur la liberté religieuse. L’étude de Mgr de Castro Mayer a été publiée dans Le Sel de la terre 37, p. 35-43.

[4]  — Lettre de Paul VI au cardinal Roy en date du 14 mai 1971 à l’occasion du 80e anniversaire de l’encyclique Rerum novarum sur les questions sociales. En quarante-et-une notules, Mgr de Castro Mayer montrait les ouvertures subreptices faites par ce document à l’égalitarisme, à l’« interconfessionnalisme » et aux idéologies socialistes.

[5]  — Cette étude sur la nouvelle messe n’était pas de Mgr de Castro Mayer lui-même, mais de l’avocat brésilien Xavier da Silveira. Elle a paru en livre en 1975 (DPF, Chiré), sous le titre : La nouvelle Messe de Paul VI. Qu’en penser ? Mais la diffusion en a été retardée par la volonté de l’auteur.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 77

p. 182-187

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