La Révolution expliquée dès janvier 1789
par l’abbé Augustin Barruel
C’est dans le numéro de janvier 1789 du Journal ecclésiastique que l’abbé Augustin Barruel (1741-1820) publia le saisissant discours que nous reproduisons ci-dessous.
L’arrêt du conseil royal convoquant les États Généraux avait paru le 8 août 1788. Les députés furent élus au début du mois de janvier 1789, et Louis XVI leur adressa la convocation officielle le 14 janvier.
Avant même l’ouverture de l’assemblée, le 5 mai, à Versailles, le discours de l’abbé Barruel avait produit une telle impression que certains lecteurs, pour le mieux diffuser, l’éditèrent spontanément en tirés à part (notamment à Liège et à Marseille), sans même en prévenir l’auteur.
Quelques mois plus tard, il fut réuni à deux autres discours, dans un volume intitulé Le Patriote véridique, ou Discours sur les vraies causes de la révolution actuelle (Paris, chez Crapart, place Saint-Michel, 1789) [1].
L’abbé Augustin Barruel est surtout connu comme historien, grâce à ses Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797) [2]. Mais la pénétration et le souffle qui animent ce discours de janvier 1789 mériteraient qu’il devînt, lui aussi, un des classiques contre-révolutionnaires.
(Les sous-titres et les quelques notes de bas de page ont été ajoutés par nos soins.)
Le Sel de la terre.
Voué à des travaux purement ecclésiastiques, nous nous sommes assidûment tenu dans les limites que notre objet essentiel nous prescrivait ; nous avons évité des détails mémorables dans les annales de la politique.
Les besoins de l’État, la détresse publique, ce déficit immense annoncé dans le trésor du fisc, les révolutions de la magistrature, les troubles des provinces, les dissensions des divers ordres de la société ont semblé échapper à notre attention. Le tonnerre a grondé dans les provinces, la populace a élevé ses haches, agité ses tisons ; la capitale a eu ses mouvements tumultueux ; sous le meilleur des rois, l’horreur du despotisme et de la tyrannie a partout fait entendre les cris de la sédition. En vain, l’autorité a fléchi elle-même son sceptre ; en vain, un prince, moins jaloux de se montrer en père qu’en monarque, a révoqué ses lois, sacrifié ses ministres, et accueilli celui que la voix publique poussait auprès du trône [3] ; en vain, nous l’avons vu appeler ses notables, annoncer que bientôt au milieu de la nation entière, il allait s’entourer de toutes ses lumières, pour tout sacrifier au bonheur de son peuple ; la paix de quelques jours a fait place à de nouveaux désordres ; l’intérêt a changé les partis, ne les a pas unis. Ce sceptre qui flottait dans les mains du monarque, entre la bonté et la puissance, qu’il laissait échapper par amour pour son peuple, tous les ordres se le sont disputé ; la plus nombreuse classe en a revendiqué la plus grande partie [4] ; la plus majestueuse par ses fonctions [5], la plus distinguée par ses titres et ses ancêtres [6], ont fait valoir leurs droits et leurs services. L’une et l’autre, annonçant des sacrifices d’intérêt, n’étouffent pas encore les réclamations. De toutes les parties du royaume arrivent des pétitions, des requêtes, des souscriptions. Les magistrats s’alarment ; leurs arrêts annoncent des combats entre une constitution établie sur la base des siècles et le sentiment d’une révolution accélérée par la multitude ; entre l’amour du peuple et celui d’une classe à laquelle le sang les a unis, comme l’importance de leurs fonctions et l’étendue de leurs prérogatives. Les esprits s’échauffent et s’aigrissent, les associations se multiplient, les confédérations se forment ; un bruit sourd et confus annonce des orages.
Chercher la vraie cause du mal
C’est au milieu de ces affreux présages que vient de s’écouler une année uniquement consacrée par nous à des travaux religieux et littéraires. Mais que nos sentiments seraient bien peu connus, si le silence que nous avons gardé, pouvait rendre suspect tout l’intérêt que nous avons dû prendre à des événements trop semblables à ceux qui devancent des révolutions plus funestes encore, des désastres plus grands dans les empires ! Nous ne les avons pas perdus de vue, ces grands événements, ces troubles intestins ; nous en avons gémi en citoyen zélé pour la patrie ; et s’il nous est permis d’élever la voix à notre tour, nous le dirons dans l’amertume de notre cœur : ces malheurs nous ont plus affligé qu’ils ne nous ont surpris. Nous oserons le dire : ce qui ajoute encore à notre affliction, c’est que tous les remèdes qu’on cherche à tant de maux ne les guériront pas ; c’est qu’on affecte trop d’en cacher l’origine pour en tarir la source.
Dans ces productions diverses que chaque jour voit naître sur l’état actuel de la patrie, sur la dette publique, sur la détresse universelle, sur la convocation des États Généraux, sur les prétentions des divers ordres, vous trouverez sans doute des démonstrations de sensibilité et de patriotisme et de sages conseils sur l’administration du fisc, vous trouverez des recherches savantes sur nos anciens comices et sur les droits du citoyen. Mais pour un peuple entier dans la détresse et la confusion, ces leçons seraient-elles, et les plus pressantes, et les plus essentielles ?
Ces maux étaient prévus
Lorsqu’il s’agit du bonheur des nations, il est sans doute des moyens qui dépendent des lumières des sages et du conseil des rois ; mais il est dans les cieux un arbitre suprême du sort des nations ; c’est sur lui qu’il fallait fixer notre attention. Ce qu’il fallait nous dire, avant toute autre chose, c’est qu’un peuple sans mœurs fut et sera toujours un peuple malheureux ; c’est qu’un peuple qui laisse la religion s’éteindre travaille à sa propre ruine ; c’est que, dans tout empire, il faut des dogmes qui appuient le trône sur l’autel, qui lient les sujets au souverain, et qui donnent aux lois leur sanction ; c’est que, sans ces principes de tout gouvernement, l’État n’a plus de base, le méchant plus de frein et la loi plus de force. De zélés défenseurs du culte nous les ont, il est vrai, répétées, ces leçons ; elles ont retenti dans nos temples ; nous les trouvons surtout consignées dans les apologistes de la religion. Ils ont, en combattant une philosophie ennemie des vertus, ennemie de l’autel, ennemie de toute autorité, ils ont prévu nos maux, nous les ont annoncés ; mais ces vrais sages ont été accueillis comme de faux prophètes ; et toutes leurs menaces ont été méprisées, tantôt comme l’effet de l’enthousiasme, tantôt comme celui d’une crainte frivole et pusillanime, qui toujours accompagne la superstition.
Qu’avaient-elles pourtant de si frivole, ces craintes, ces menaces ? N’est-il pas naturel que du sein des familles, les vices répandus dans les villes, et de là sur toute la surface des empires, en chassent l’harmonie, et finissent par les bouleverser ? Le mépris des vertus domestiques laissera-t-il régner le respect pour les lois de l’État ? Qui n’aima point son père, sera-t-il attaché à ses concitoyens ? Qui se laissa dompter par les plaisirs, aura-t-il le courage, la magnanimité des Macchabées ? Qui se laissa éblouir par l’intérêt et enchaîner par l’avarice, ou dominer par l’ambition, la jalousie, la haine, et ses passions diverses ; qui méprisa enfin tous ses devoirs, et ne compta pour rien le titre d’honnête homme, attachera-t-il bien un grand mérite à celui de fidèle sujet et de vrai patriote ? Et quand tout un empire ne sera composé que d’époux infidèles, de pères scandaleux, d’indociles enfants, de vieillards sans pudeur, de jeunes gens sans frein, de grands sans équité, d’un peuple sans vertu, ce monstrueux ensemble formera-t-il jamais un état consistant ? Le choc de ces passions diverses ne suffira-t-il pas pour l’ébranler, et, tôt ou tard, pour l’entraîner dans sa ruine ?
Qu’avaient-elles encore de si frivole, ces craintes, ces menaces ? Dieu, suprême arbitre des empires, ne pourrait-il donc pas attacher leur succès, leur bonheur à l’amour des vertus et à l’honnêteté publique ? Ou cet arrêt des cieux, qui fait des mœurs des peuples la mesure de leur prospérité et qui veut que tout tombe, quand le vice s’élève, serait-il donc contraire aux lois de la justice, aux principes de la sagesse !
Qu’avaient-elles enfin de si frivole, ces craintes, ces menaces ? L’histoire nous a-t-elle encore montré un peuple qui, en perdant ses mœurs, n’ait pas aussi perdu sa force, ses liens, ne se soit dissous, et n’ait vu tomber son trône, son bonheur et sa gloire ?
Nos cris n’étaient donc pas ceux des pusillanimes et des superstitieux, quand nous vous menacions de quelques grands malheurs, à l’aspect des grands désordres que nous avons vus naître et se fortifier, s’étayer sur les nouveaux principes, et s’étendre avec eux.
Sommes-nous donc plus coupables que nos pères ?
Je le sais, ces discours ne seront, pour bien des lecteurs, que de vaines déclamations : on nous demandera si nos pères valaient mieux que leurs enfants, s’ils étaient plus heureux, s’ils méritaient davantage de l’être ?
Déjà on a osé le dire et le penser, qu’avec notre dépravation, avec nos opinions impies, notre philosophie d’orgueil et de ténèbres, nous sommes aussi grands, aussi bons que le furent nos pères ! Et déjà dans ces siècles qui nous ont précédés, et auxquels nous osons nous préférer, on confond celui même qui, le plus près de nous [7], nous écrase le plus par la splendeur du trône, par l’éclat des vertus, par ces héros plus grands aux pieds de nos autels que dans nos champs de Mars ; par ces génies nombreux, mais qui, dans tous les ordres, donnèrent aux talents, à leurs productions, l’empreinte du respect pour la loi ou du zèle pour la religion ! Laissons, laissons au moins à ce siècle fameux les vertus des Turenne et des Condé, la pénitence des Racine et des Corneille, la piété des Fénelon, celle de Louis même, et la haine de tous contre l’irréligion et le scandale. Ils sont trop près de nous, les hommes de ce siècle ; le contraste est trop fort ; et la comparaison serait trop humiliante.
Mais, lorsque nous parlons encore de nos ancêtres, de quel droit, remontant à des siècles plus hauts, nous dirons-nous meilleurs ? Je n’excuserai pas les erreurs de leurs temps mais, prenant leur histoire, je dirai : Montrez-nous donc vos vices dans leurs annales, et, dans les vôtres, montrez-nous leurs vertus. De toutes les nations, je n’en connais aucune dont le nom annonçât, comme le leur, celui d’un peuple généreux et sensible ; je n’en connais aucune dont la réputation ait été mieux fondée sur la noblesse des sentiments, sur la franchise et la sincérité, sur la fidélité à sa parole, sur l’amour pour ses rois, sur l’honneur de servir et d’illustrer sa patrie ; je n’en connais aucune sur qui le nom d’honneur ait fait plus de prodiges. Qu’on demande à la génération présente quelle est la nation où l’égoïsme est venu se montrer le plus effrontément ; où l’intérêt personnel, réduit en grand principe de toutes nos actions, ait reçu tant d’accueil ; où l’oubli de soi-même, où les vrais sacrifices soient mis plus généralement au nombre des chimères, vous rougirez, Français, si vous êtes sincères ; et vous serez forcés d’en convenir : nous disputons sur des vertus qu’ils mettaient en pratique. Pour les croire impossibles, il ne nous manquerait que de les effacer de leur histoire. Mais malgré nous encore, elle montre des hommes attachés à leurs foyers par amour pour l’épouse et les enfants, et qui ne les quittaient que pour voler au salut de l’État ; malgré nous, elle montre des fils respectueux, des mères chastes et toujours occupées des soins de leurs foyers, et des vierges dont le front, orné par la pudeur, annonçait l’innocence, commandait le respect et chassait les désirs illicites. Malgré nous, le tableau inférieur de nos pères est celui de la simplicité antique et le règne des mœurs.
Nous parlons de leur humeur guerrière, de leur ardeur pour les combats, nous aimons à ne voir dans leur histoire qu’un farouche héroïsme, ou que des lois barbares de féodalité, et nous leur opposons notre philosophie, plus douce, plus paisible, plus amie du peuple et de l’égalité. Mais si nous aimons à vivre plus tranquilles, est-ce dans nous vertu ou lâcheté ? Et, au sein de nos villes, les passions règnent-elles avec moins de désordre qu’au milieu de leurs camps ? La paix que nous aimons avec l’ennemi du dehors est-elle dans le sein de nos familles ? Les époux en sont-ils plus unis ? Les pères en sont-ils plus chers à leurs enfants ? Ceux-ci en sont-ils plus liés entre eux par l’amitié fraternelle ? Sont-ils, et plus soumis, et plus respectueux pour l’auteur de leurs jours ? De quel siècle dateront, dans l’histoire, ces unions scandaleuses où le serment légal et religieux de ne plus se quitter devient le signal même du divorce ; où l’on devient époux en tremblant d’être père ; où la bénédiction des patriarches est un fléau ? Dans quel siècle avant nous, les enfants n’ont-ils vu dans le bienfait de leur naissance que l’attrait d’un plaisir qui les dispense de la reconnaissance et dans l’instant qui leur donne des forces, celui qui a brisé le joug de toute obéissance ? Nos pères sont pour nous des barbares, parce que leur courage était presque toujours en activité ; mais ces héros qui volaient au combat s’y voyaient appelés par la nécessité ; et ils laissaient au moins dans leurs foyers l’image des vertus. Leurs villes étaient prises d’assaut, mais l’étendard de la corruption n’était pas arboré dans toutes les rues. Là, on ne voyait pas des légions de prostituées, sous les auspices même du magistrat, tendre, de place en place, des pièges à l’innocence ; ici, les arts, d’accord avec l’avidité du commerçant, n’étalaient pas aux yeux de tout un peuple les images obscènes de tous les adultères et de tous les incestes des dieux du paganisme. L’impiété, d’accord avec la volupté, n’avait pas pris encore la place du génie ; et celui qui cherchait à s’instruire dans les productions de l’esprit humain n’était pas exposé à tomber sur cent volumes de sophismes ou de romans lascifs.
Ils avaient un spectacle, et il était grossier, par-là moins dangereux. Vous en avez pour toutes les classes et ils sont tous perfides à l’innocence. Vous avez des tréteaux pour la plus vile populace, et vous l’y appelez par les attraits d’une volupté ordurière et impie. Vous en avez pour les plus riches ; et pas un où la pudeur n’ait à rougir ; pas un dont le grand art ne soit de fomenter les passions et de les émouvoir par tous les sens.
Jadis on accourait de toutes parts dans votre capitale ; elle n’était alors que la ville des sciences : aujourd’hui, le centre du désordre et le centre du luxe, elle appelle tous les efféminés, tous les voluptueux des nations voisines et lointaines. Un seul de vos palais suffit à tous les vices comme à tous les besoins ; la vertu seule en redoute l’approche, et s’y trouve étrangère ; et ce palais regorge sans cesse de citoyens de tous les ordres !
Sommes-nous au moins plus libres ?
Si nous continuons à rapprocher nos mœurs de celles de nos pères, nous les verrons sans doute entourés de leurs serfs ; mais ces hommes sur lesquels ils régnaient, trouvaient aussi en eux des protecteurs. Si ces maîtres ont usé de leurs droits, qu’ils croyaient légitimes, au moins ignoraient-ils l’oppression du luxe. Ces arts, qui appauvrissent par les richesses même, qui dépeuplent les champs en corrompant les villes, leur étaient inconnus ; et qui de nous osera prononcer qu’en multipliant les besoins de nos Crésus, et leurs jouissances factices, qu’en arrachant le peuple à des travaux que la nature ordonne, que la vertu approuve, ces arts ont ajouté à ses moyens et à sa subsistance ? Qui de nous ne voit pas que les chaînes de la corruption sont plus pesantes que celles de nos grands suzerains ? Et qui oserait dire nos villes moins peuplées d’indigents, nos pauvres moins souffrants, moins avilis, depuis que nous croyons les avoir rendus libres ?
Comme vous, je saurai féliciter le peuple de cette liberté ; mais c’est à vous que je ferai un crime de l’avoir rendu libre sans le rendre plus heureux ; c’est à lui-même que je reprocherai d’être devenu libre sans devenir meilleur. Car il n’est pas possible de le dissimuler ; ce n’est plus simplement le citoyen aisé ou riche qui méconnaît les lois de la vertu ; la dépravation est passée de l’oppresseur à l’opprimé, des maîtres aux valets, des villes aux campagnes ; et si, en rapprochant toutes les classes, nous les voyons toutes changées, si nous sommes tout autres que nos pères, l’endroit le plus frappant de la comparaison, c’est que nous sommes pires. Leurs défauts furent ceux de l’état de leur gouvernement ; les malheurs de l’État sont l’effet de nos vices.
L’impiété triomphante
Je n’en ai pas encore nommé la grande cause ; je n’ai pas dit encore : nos pères avaient aussi leurs vices ; ils avaient leurs erreurs, mais ils avaient un Dieu, et ce Dieu était saint ; c’était le Dieu de l’Évangile ; ils aimaient ses autels, ils respectaient ses lois, ils protégeaient son culte ; la gloire de son nom leur était chère à tous ; ils s’estimaient heureux d’être chrétiens, et les plus grands des crimes, à leurs yeux, étaient les crimes contre le christianisme. Que la génération présente se confonde à ces mots. Nous avons hérité du Dieu de nos ancêtres, mais c’est pour le combattre, pour mépriser ses lois, délaisser ses autels, attaquer tous ses dogmes, affliger son Église. Depuis un demi-siècle, une légion d’impies s’est élevée ; nous avons accueilli les adeptes et couronné les maîtres ; nous avons dévoré leurs productions, souri à leurs blasphèmes, adopté leurs principes ; et leur école est devenue pour nous celle de la sagesse. Elle était cependant celle de tous les vices, de toutes les passions, celle de la licence et de la volupté, celle de l’égoïsme, du sordide intérêt, de la fausse amitié et de la perfidie, du mensonge et du parjure, de l’orgueil et de la bassesse, de l’ignorance et du sophisme. Cependant, leurs leçons rompaient tous les liens des pères, des enfants, des époux, des sujets. Pour nous rendre vicieux, ils nous rendaient impies, ils soulevaient nos cœurs contre les cieux ; et pour nous rendre heureux, ils nous abrutissaient, ils nous faisaient ramper à côté de l’insecte, nous donnaient sa nature, ses plaisirs et sa mort. Cependant, le vice et la vertu, à leur école, n’étaient que préjugés ; la Divinité même n’était qu’un vain fantôme. Cependant, le remords était illusion ; tout mystère une erreur ; toute religion un culte fanatique et superstitieux.
Cette école d’abord rampa dans les ténèbres, mais nos cœurs l’appelaient au grand jour. Nos tribunaux la flétrissaient, mais la loi mollissait ; mais le magistrat même oubliait ses arrêts : aujourd’hui, la défense enorgueillit l’auteur impie, renchérit le commerce de ses productions ; mais elles sont partout dès qu’elles sont impies ; elles sont recherchées par cela seul qu’elles sont contre Dieu.
Le zèle de nos pères a pu être de sang, ils péchaient par excès ; mais le nôtre est de glace ; et, s’il fallait encore courir aux armes, nous les prendrions plutôt contre le Ciel qu’en sa faveur. Nous voulons qu’on tolère ; mais cette tolérance que nous sollicitons, est celle qui rugit à l’aspect de l’autel. Notre crime est celui de la haine, ou plutôt, aujourd’hui, nous commençons à voir le philosophe même avec mépris ; l’excès de ses erreurs l’a humilié aux yeux de ses adeptes mêmes ; nous ne déclarons plus la guerre aux cieux ; rassasiés de blasphèmes, nous regardons le Dieu de nos ancêtres comme nous regardons un ennemi vaincu, et nous dédaignons même de nous entretenir de sa défaite : l’apathie, l’oubli et cette indifférence plus outrageante encore que la haine, succèdent aux combats répétés des Voltaire et des Rousseau, des Diderot et des Lucrèce. Il n’est plus qu’une secte, c’est celle qui méprise la religion du Christ. On a cessé de croire à la philosophie, mais on ne revient pas à l’antique symbole. Il en coûtait à la raison de soutenir ces guerres contre la vérité et l’évidence de la révélation ; les passions se trouvent mieux d’un sommeil léthargique ; toute notre sagesse est dans l’insouciance. Nous ne disputons plus contre les dogmes et contre les préceptes ; nous nous étourdissons pour ne plus y penser.
Et nous serons surpris que ce Dieu, si longtemps combattu dans nos cercles, dans nos productions, aujourd’hui oublié, dédaigné, rejeté de nos pensées mêmes, appelle ses fléaux ! Qu’il ordonne à sa foudre de gronder sur nos têtes, pour nous apprendre au moins que nos mépris ne l’ont pas arrachée à son empire ! Qu’il ordonne à l’orage d’anéantir l’espoir du moissonneur ; qu’il pousse des campagnes dans nos villes, cette foule indigente, qui vient solliciter des secours que ses bras fournissaient ; qu’il suspende le cours de nos rivières, ou qu’il défende aux vents de broyer notre pain ! Qu’aux rigueurs des frimas, il ajoute l’horreur de la détresse [8] ; que des années d’impiété soient des années de désastres ! Dans ces calamités publiques, nous allons nous en prendre aux éléments ; mais ces éléments mêmes ne rappellent-ils pas le Dieu qui les maîtrise ? Mais tous ces autres maux qu’il verse sur l’empire, sont-ils encore l’effet des éléments ou de l’impiété, des leçons et des dogmes d’une fausse sagesse ?
La dette publique et ses causes
Remontons à la source de cette dette immense, de l’horreur, de l’effroi général qu’elle inspire, des divisions, des troubles intestins qu’elle a fait naître, des factions qu’elle fomente, des révolutions dont elle vous menace. Sous le meilleur des princes, vous n’osez vous en prendre à un roi dont la providence semble prendre plaisir à faire contraster l’économie et la simplicité antique avec tant de trésors ruinés et dispersés, avec l’insuffisance des impôts redoublés, avec toutes les richesses de ce vaste royaume, aussitôt dissipées qu’entassées dans le fisc. Non, ce n’est pas ce prince trop ami de son peuple pour être ami du luxe, qui cause le désastre ; le mal est dans sa cour mais il y vient de vous, de vos villes, de vos provinces, de tous les vices qui règnent dans l’État.
Vous êtes étonnés du vide des finances ; mais, dans la capitale, quel est celui qui n’avait pas sans cesse les yeux tournés vers le trésor public, pour y puiser de quoi fournir à ses passions ? Vous accusez la cour ; mais cette cour nombreuse, c’est vous qui la formez, par vous, par vos amis, par vos enfants ou par vos protecteurs ; vous y courez du fond de vos provinces ; vous y venez, non pas avec des titres, mais avec les ressources de l’intrigue, avec des prétentions toujours exagérées. Vous n’examinez pas si la demande est juste, mais s’il est des moyens de séduire ; si le trésor est déjà entouré de dissipateurs, mais si vous pourrez y puiser avec eux, pour dissiper comme eux ; si abuser un prince bienfaisant et généreux, c’est voler le public, mais si le vol sur le trésor public aide à l’ambition, au faste, à l’avarice. Et quel monarque, entouré de ministres, de commis, d’intrigants, de protégés, tous avides, tous ambitieux, tous égoïstes, ne sera pas séduit ! De partout on accourt pour tendre des pièges à sa justice, à sa bonté ; chacun veut avoir part à ses largesses. L’intérêt personnel dans tout ce qui l’entoure s’étend dans les provinces. L’émissaire du prince y volera comme il sera volé ; avec vos mœurs, avec votre art de faire taire la conscience, de mettre de côté toutes les lois de Dieu quand il n’est plus question que de voler l’État, quelle partie du fisc sera exempte de déprédations ? Quel trésor suffira à tant de vrais larcins ? Avec votre philosophie, quel administrateur, quel instrument du prince ne le volera pas ? Vos sages vous ont dit que l’intérêt personnel était la première vertu ; ils vous ont dit que le sacrifice de cet intérêt propre à l’intérêt public était un sacrifice qu’il serait risible de tenter, impossible de faire. Vos traitants, vos commis, vos ministres, vos fournisseurs, vos approvisionneurs, tous les agents du fisc ont cru à leurs leçons ; ils ont bravé les nôtres ; vous leur avez appris vous-mêmes à se jouer de nos menaces, de notre Dieu et de notre grand Juge ; vous êtes la victime de vos propres principes.
Votre sagesse apprit à sacrifier toutes les lois pour acquérir ; celui qui vend au prince, celui qui en achète et celui qui le sert ont suivi vos leçons ; voilà le déficit qui écrase l’État. Cette même sagesse apprit à dissiper pour jouir davantage ; elle a justifié tous les excès du luxe et des plaisirs ; voilà votre détresse. Avec peu d’or et beaucoup de vertus, vos pères étaient riches ; avec de l’or et beaucoup plus de vices, vous êtes bientôt pauvres ; voilà où vous conduit votre philosophie.
Vous rougirez d’être Français
Ce ne sera pas là son dernier crime : elle vous déprava, elle vous appauvrit, elle saura vous faire rougir d’être Français. Ce nom lui rappelait un peuple célèbre par l’amour de ses rois, elle détestait trop l’autorité pour la voir concentrée dans le monarque ; faut-il le dire encore ? Écoutez dans vos cercles les contestations contre le trône ; lisez les productions du jour ; voyez quelles sont celles auxquelles le Français applaudit, et dites si vos pères auraient pu les entendre sans en être indignés.
Non, nous ne sommes plus cette grande famille qui contemplait avec transport son père dans le premier des rois ; nous jalousons un trône que nos pères aimaient, que leur bras protégeait de toute sa valeur. Tous nos efforts tendent à diviser un sceptre dont ils avaient su faire le centre de leur force et de leur gloire. Interrogez ces hommes qui se croient philosophes, et qui sont si nombreux parmi nous. Consultez-les sur la nature même de notre monarchie ; vous verrez à quel point les idées sont changées ; vous verrez qu’un monarque n’est plus celui qui fait la loi, qui peut, qui doit avoir un conseil dans la nation, mais qui ne peut avoir de juge que Dieu même ; vous verrez combien peu pardonnent au clergé cet aveu solennel, cette profession, la dernière barrière du pouvoir monarchique, que toutes les remontrances faites, toutes les formes épuisées, la volonté réitérée et définitive du monarque doit être supérieure à toutes les volontés. Mais vous vous souviendrez que ces hommes, qui avaient substitué au mot de religion, de culte, celui de superstition, de fanatisme, sont ceux qui, les premiers, substituèrent parmi nous, au mot jadis chéri de roi et de monarque, ces mots si répétés dans nos conversations, ces dénominations si odieuses de despote, de tyran ; et au titre honorable de sujet, l’inculpation flétrissante d’esclave. Ô Bayard ! O Coucy ! O Crillon ! Vous n’étiez donc aussi que des esclaves, parce que votre roi guidait votre courage ? Et pour vous croire libres, il eût fallu le voir soumis lui-même aux caprices du peuple et des tribuns ? Vous auriez plus aimé, vous auriez mieux servi votre patrie si vous lui aviez vu un chef moins élevé, moins digne d’elle !
Qu’elle prononce donc, cette philosophie ennemie de nos rois [9] ; qu’en renversant le trône, elle publie au moins le nouveau code qu’elle prétend dicter à des Français. Ses leçons ont déjà échauffé les esprits ; ils ont saisi l’instant où la bonté semblait oublier la puissance ; où le prince, jaloux de se montrer en père bien plus qu’en souverain, semblait abandonner à la nation même le droit de prononcer. A quoi nous a servi de nous être un instant crus arbitres des lois ? C’est alors qu’on a vu les prétentions s’accroître, et diviser les cœurs comme les intérêts ; c’est alors qu’on a vu les pétitions, les associations et les protestations. Au milieu de ces troubles, j’aurais volontiers dit à toutes les classes : ô Français ! A quoi tendent vos contestations ? Si c’est de vos lumières qu’un roi veut s’entourer, pourquoi exigez-vous qu’il compte les suffrages, au lieu de les peser ? Un bon avis peut n’être que celui d’un seul sage ; et malheur au bon prince qui ne peut pas le suivre ! Le sceptre dans ses mains n’est plus que l’instrument de la multitude. Il n’est plus de monarque où le nombre fait la loi ; osez-vous espérer qu’il y ait plus de sagesse ? Si vous n’avez que des vœux à offrir, que des supplications, des doléances à présenter, que peut faire le nombre, lorsque l’autorité doit tout à la justice ? Nous reviendrons un jour sur ces discussions et nous prononcerons en vrais Français ; mais en ce moment, c’est la source des contestations et non pas les droits mêmes que nous examinons ; et cette source, qui peut se le cacher ? Elle est moins dans l’espoir d’éclairer par le nombre, que dans celui d’acquérir sur le sceptre un droit que l’explosion d’une fausse sagesse ne peut que lui ravir.
A quoi servent les lois sans la vertu ?
L’erreur nous a conduits sur les bords du précipice ; en éteignant partout l’esprit religieux, en poussant la dépravation à son dernier période, elle a multiplié nos fléaux, nos désastres, elle a soufflé la haine, la discorde entre les divers ordres ; elle a rendu les sujets jaloux les uns des autres, jaloux du trône même. La cause de nos maux n’est plus problématique ; et l’avoir découverte, c’est avoir démontré combien nous sommes loin encore du vrai remède. Dans ces productions que chaque jour voit naître, vous discutez, Français, sur la dette publique, sur les droits du peuple, sur les droits des grands et sur ceux du monarque. Vous nous parlez sans cesse des lumières du siècle ; parlez-nous de vos mœurs. A quoi sert la lumière dans le cœur des méchants ? Elle éclaire le vice, ajoute à ses moyens, et le rend plus méchant. Vous osez tout attendre de vos nouvelles lois ; à quoi servent les lois sans la vertu ? Elles prescrivent l’ordre ; personne n’obéit. Vous nous parlez sans cesse de régénération ; qu’est-ce qu’une régénération où nos crimes nous restent ?
Votre confiance est toute, en ce moment, fondée sur vos comices ; vos vœux depuis longtemps y appellent vos députés, vos sages. Mais si le Dieu qui confond la sagesse des sages, ne voit point la vertu assise au milieu d’eux ; si, fixant ses regards sur des états si grands et si augustes aux yeux des nations, il voit en trop grand nombre, là, des ministres d’une religion sainte dégradés par les vices des profanes, ici, des hommes vains, et toujours prêts à faire, du droit de la naissance, celui de l’oppression, et là enfin, des hommes qui ne jalousent d’un ordre supérieur que les trésors et la licence ; qui ne secouent le joug du plus puissant, que pour vivre en esclaves de plus de passions ; si l’ange d’Abraham n’y découvre le nombre de ces justes qui doivent détourner ses fléaux, quel espoir est le vôtre ! A quoi sert d’assembler des vieillards corrompus et des sages impies, un peuple irréligieux ? A quoi sert d’appeler de toutes vos provinces, de toutes vos villes, de toutes vos bourgades, les chefs et les pasteurs, les magistrats, les citoyens de tous les ordres, s’il ne doit résulter de cet ensemble qu’un spectacle de corruption, d’impiété, de luxe, de dépravation ? A quoi sert de hâter ces comices nombreux, s’ils ne peuvent qu’offrir et réunir, sous un même coup d’œil, les vices et les crimes de toutes vos provinces, de toutes vos villes, de toutes vos bourgades ?
Dieu seul peut nous régénérer
Comment le Saint des Saints prononcera-t-il des paroles de bénédiction sur les représentants d’un peuple qui a pu si longtemps applaudir à une école de dépravation, et suivre ses principes ? Comment bénira-t-il une nation dont le plus beau des titres était d’être régie par des rois très-chrétiens, et dont le grand forfait est d’avoir appelé siècle de la sagesse un siècle de blasphèmes contre le christianisme ? Ah ! fléchissons d’abord la colère des cieux ; rappelons parmi nous cet amour et ce zèle d’une religion qui seule régénère les cœurs ; qui, prescrivant aux riches de justes sacrifices, aux peuples le respect, aux princes la justice, aux sujets l’obéissance, aux magistrats l’intégrité, aux ministres, aux administrateurs, la fidélité, à tous la charité, l’amour, la paix et la concorde ; qui, retenant chacun dans ses devoirs, fait partout régner l’ordre et rend l’État heureux par les vertus de tous. Bannissons de nos cœurs l’impiété ; que le Dieu de Clovis et du pieux Robert, que le Dieu de saint Louis, de Charlemagne, reconnaisse son peuple ; que son culte bien plus que nos finances soit l’objet de nos soins ; et il opérera lui-même cette régénération que nous nous promettons en vain sans son appui.
Oui, malgré les excès de ce peuple, et malgré les funestes triomphes d’une fausse sagesse, la France peut encore attirer ses regards. Il est encore chez nous, et dans le sein même de nos grandes Babylones, des cœurs justes et purs, des hommes religieux. Puissent-ils dominer dans nos comices ! Remontant, comme nous, à la source du mal, ils verront la détresse publique résulter de nos mœurs ; ils nous diront : Français, vous étiez trop pervers pour être plus heureux. Ils jetteront les yeux sur une éducation trop négligée pour que notre jeunesse vive moins effrénée ; sur des pères trop scandaleux dans leurs foyers pour être plus fidèles dans l’administration ; sur des lois trop propices à l’ambition et à l’intrigue auprès de l’autel même pour qu’il ne soit servi que par des saints ; sur un luxe trop désastreux dans nos cours, dans nos villes, pour ne pas dépeupler et ruiner les campagnes ; sur des spectacles trop multipliés et trop lascifs pour ne pas infecter toutes les classes ; sur des productions trop variées et trop impies pour ne pas ébranler la foi dans tous les cœurs ; sur des voies de fortune trop peu éclairées pour n’enrichir que la probité ; sur des mœurs enfin partout trop dépravées pour ne pas fomenter partout de grands désordres et nourrir de grands maux ; et leurs premières lois tendront à rappeler nos antiques vertus.
Accourus des diverses provinces de l’empire, ils se regarderont comme représentants d’un même peuple ; l’intérêt général sera l’objet de tous ; la générosité, jadis nationale, renaîtra pour bannir l’odieux égoïsme ; s’il faut des sacrifices, ils se ressouviendront qu’ils naquirent Français.
Français !
Qu’à ce nom seul s’éteignent toutes les jalousies, toutes les haines : nous sommes tous Français ; nous n’aurons tous qu’un cœur et qu’un même intérêt ; mais à ce nom aussi, qu’elle disparaisse, cette philosophie ennemie du trône autant que de l’autel. Nous sommes tous Français ; nous n’avons tous qu’un roi : ce n’est pas le moment où il se montre en père, que nous aurons choisi pour contester ses droits. Ce n’est pas le moment où nos dissensions viennent de nous prouver qu’il faut à des Français un centre de puissance et d’activité, comme il leur faut un centre de grandeur et de gloire, que nous aurons choisi pour nous jeter dans le mélange informe d’une aristocratie oppressive, ou d’une démocratie tumultueuse et toujours inquiète, toujours en mouvement comme la multitude. La grandeur de nos pères fut toute dans leurs rois, comme la grandeur de nos rois fut toute dans nos pères. Ce n’est pas le moment où le meilleur des rois se montre à nous, que nous aurons choisi pour affaiblir son trône et diviser son sceptre.
Mais en nous retrouvant, Français, à son aspect, souvenons-nous qu’encore un pas vers le philosophisme, et nous cessions de l’être. Souvenons-nous que des blasphèmes contre la monarchie nous ont paru un instant des vérités ; que dès lors l’anarchie s’est montrée ; qu’à la détresse publique sont venues se mêler les jalousies de corps, les dissensions, les guerres intestines ; que ce sceptre des lois disputé au monarque, nous n’avons pu savoir en quelles mains le déposer.
Souvenons-nous surtout que l’État n’a été ébranlé, que nos malheurs n’ont paru à leur comble, qu’à l’instant où la dépravation de nos mœurs a été consommée, où notre impie philosophie, après avoir longtemps calomnié et combattu le Dieu de nos pères, lui faisait, par l’oubli, par le mépris, par le dédain, le dernier des outrages. Et, connaissant enfin la cause de nos maux, convenons que le retour sincère à nos vertus antiques, au Dieu de nos ancêtres, en est le seul remède ; convenons que les craintes des hommes religieux n’étaient pas chimériques lorsqu’ils nous disaient qu’une philosophie ennemie des mœurs saintes, ennemie de l’autel, ennemie du trône, devait, tôt ou tard, être pour l’État même une philosophie désastreuse.
[1] — Le volume fait 132 pages. — Le premier discours (« Influence des mœurs et du philosophisme sur les événements actuels ») en occupe les pages 7 à 36. Le deuxième (« Sur l’influence du sacerdoce sur le progrès de la corruption des mœurs et du philosophisme ; sur la nécessité et les moyens de réformer en France les abus du clergé »), les pages 37 à 79 (avec quelques additions, p. 79 à 89) ; le troisième (« De l’esprit des ouvrages du jour, sur la monarchie »), les pages 89 à 132.
[2] — Voir Christian Lagrave, « L’abbé Barruel, ses idées et leurs sources » Le Sel de la terre 55, p. 210-232.
1 — Révoqué ses lois : une des premières mesures prises par le roi Louis XVI fut malheureusement de rappeler les parlements que son prédécesseur, Louis XV, avait eu tant de mal à écarter. — Sacrifié ses ministres : notamment Tabourau, ministre des Finances et Sartine, ministre de la Marine (sacrifiés à Necker), Saint-Germain (écarté à cause d’une cabale des « philosophes »), Calonne, etc. — Celui que la voix publique poussait auprès du trône : le calviniste genevois Necker, qui fut le principal ministre de Louis XVI de 1776 à 1781.
[4] — Le tiers-état.
[5] — Le clergé.
[6] — La noblesse.
[7] — Le plus près de nous : le 17e siècle, qui vit, en France, le triomphe de la réforme tridentine – et que l’abbé Barruel, dans son enthousiasme, semble idéaliser quelque peu (voir, sur ce sujet, Le Sel de la terre 19, p. 372-378).
[8] — Aux rigueurs des frimas il ajoute l’horreur de la détresse : l’hiver 1788 fut terriblement froid, et le prix du pain croissait sans cesse (A Paris, la miche de quatre livres passa de onze à quatorze sous en janvier 1789).
[9] — Qu’elle prononce : qu’elle rende son jugement.
Informations
L'auteur
Pour une présentation générale de la vie et de l'œuvre de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820), et une réfutation des calomnies les plus courantes à son sujet, voir "L'abbé Barruel, ses idées et leurs sources" par Christian Lagrave, dans Le Sel de la terre 55.
Le numéro

p. 152-167
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