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Agnès de Nanteuil


Auteur d’une thèse sur le scoutisme et d’articles sur les mouvements de jeunesse, Christophe Carichon ne s‘éloigne pas de son domaine de prédilection avec cette Vie d’Agnès de Nanteuil.

Issue, du côté paternel, de l’antique famille normande des de La Barre de Nanteuil, fidèle aux Bourbons et au pape, et, du côté maternel, des Cochin, de la haute bourgeoisie parisienne orléaniste et catholique libérale, la jeune Agnès découvre vers 15 ans l’action et la prière dans les mouvements de jeunesse catholique : « Enfants de Marie », « Jeunesse étudiante catholique féminine », « Guides de France ».

En février 1937, sa première retraite spirituelle marque une étape décisive : Agnès a désormais un directeur de conscience, prend l’habitude de noter ses impressions dans des carnets, conservés après sa mort, et se choisit pour devise : « Rien pour moi, tout pour les autres. » A la suite de revers de fortune, la famille, quatre filles et deux garçons, s’installe, à l’été 1937 près de Vannes, dans le Morbihan.

C’est une famille rayonnante, priante, accueillante, qui prend les choses avec bon sens et simplicité ; dans les difficultés, les Nanteuil ont le culte de l’effort et du don de soi, qualités qu’ils transcenderont au moment des années noires. (p. 58).

Pour Agnès, cet état d’esprit se traduit par un engagement de plus en plus poussé dans la JECF, dans laquelle elle voit un moyen de communiquer sa foi et de servir d’exemple. Le 18 novembre 1938, elle écrit dans son carnet, à propos d’une image de Jésus crucifié :

Douloureux et compatissant, sanglant et aimant… Je l’emmène partout. Je le mets dans chaque livre et alors, comme je deviens sage ! Il me suffit de le regarder pour avoir envie de le serrer contre mon cœur, de l’embrasser, de l’arroser de mes larmes et surtout de le consoler… (p. 65).

Ayant pour modèles sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et la bienheureuse Elisabeth de la Trinité, elle est tout naturellement amenée à se poser la question de la vocation, à laquelle, à la veille de la guerre, elle semble s’être décidée.

La défaite de juin 1940 et la présence de l’étranger vainqueur et spoliateur sont cruellement ressenties par toute la famille. Pour Agnès, bachelière en 1941, c’est, à vingt ans, le temps du choix d’une vie adulte : mariage ou vocation religieuse, qui paraît moins assurée ? Dans l’immédiat, elle devient cheftaine de louveteaux, puis monitrice de la « Fédération de gymnastique et sportive de patronages de France » et enfin aide médico-sociale, trois manières de manifester sa personnalité et le sentiment intérieur qu’elle éprouve de plus en plus de se dévouer aux autres. L’occasion lui en sera fournie, à Nantes, en septembre 1943, en participant, avec une équipe de la Croix-Rouge de Vannes, aux pénibles opérations de sauvetage consécutives aux bombardements américains qui firent 1444 morts.

Sans s‘être prononcée entre les différents choix politiques qui déchirent les Français, Agnès, en revanche, éprouve envers l’occu­pant une hostilité quasi-charnelle devant les malheurs infligés à la patrie. Aussi, à l‘exemple de sa mère, veuve depuis octobre 1942 et entrée, au début 1943, dans une organisation anti-allemande, participe-t-elle au recueil des pilotes alliés abattus dans la région et à leur évacuation vers l’Angleterre, soit entre 20 et 30 aviateurs de septembre 1943 à mars 1944. Elle sert également d’agent de liaison, puis est chargée de collecter des renseignements sur l’implantation et l’activité allemandes. Le 26 décembre 1943, madame de Nanteuil et ses six enfants se consacrent au Cœur Immaculé de Marie.

Peut-être Agnès prend-elle son activité anti-allemande pour un grand jeu scout, rendu plus excitant par les risques encourus. Ce n’en est malheureusement pas un. L’arrestation d’un membre de l’organisation entraîne la sienne, le 14 mars 1944, peu après la première messe, à la cathédrale de Vannes. Brutalement interrogée, elle est transférée à Rennes. Toujours en butte aux sévices, elle édifie ses compagnes de cellule par « sa force morale, sa douceur constante (…), sa perpétuelle et rayonnante bonne humeur » (p. 151), qu’elle puise dans la foi.

Le 2 août, les Allemands évacuent Rennes. Le train emmenant les prisonniers se trouve bloqué le 6 à Langeais, où il est mitraillé par six avions anglais. Dans l’affolement général, Agnès est grièvement atteinte par le tir d’un gardien. Après quelques jours de souffrances extrêmes endurées à l’hôpital de Tours, elle meurt le 13 août dans le train qui l’emmenait vers l’Est et est enterrée à Paray-le-Monial, à l’ombre du Sacré-Cœur.

C’est un beau livre que signe Christophe Carichon, ce qui fait d’autant plus regretter l’ahurissant passage où il écrit que les occupants pillent la France « avec la bénédiction du gouvernement de Vichy » et où le marché noir paraît être une activité à encourager (p. 93).

 

Philippe Girard

 

Christophe Carichon, Agnès de Nanteuil, 1922-1944 – Une vie offerte, Perpignan, éd. Artège, 2010, 207 p., 13x20cm, 18 €. EAN13 : 9782360400096.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 78

p. 189-191

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