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Dossier sur le sacre épiscopal de Mgr Jean-Michel Faure

 

 

 

 

Le 19 mars 2015, au monastère Santa Cruz (Brésil), Mgr Richard Williamson procédait à la consécration épiscopale de l’abbé Jean-Michel Faure.

Étant donné l’importance de cet événement, nous avons réuni quelques documents relatifs à cet acte. Cela nous a semblé d’autant plus utile que Mgr Faure a peu de moyens de se faire entendre.

Plusieurs des textes que nous reproduisons ici sont déjà parus sur internet, mais tous – heureusement – n’ont pas accès à internet, et il est nécessaire de garder une trace écrite de ces documents et de les présenter dans leur ensemble sous forme de dossier.

Il ne sera pas superflu de rappeler ici ce que nous avons déjà écrit en présentant le texte de l’« Adresse aux fidèles » :

Les prêtres signataires de l’« Adresse » ont estimé devoir présenter aux fidèles, non pas une déclaration de rupture avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, mais au contraire, le témoignage public de leur attachement ferme et fidèle aux principes qui ont toujours guidé Mgr Lefebvre dans le combat de la foi. [...] Il ne s’agit pas de prétendre à l’exclusivité (bien des prêtres qui n’ont pas signé l’« Adresse » continuent de mener le bon combat de la foi), ni de créer une organisation qui s’opposerait à une autre organisation. Catholiques, nous ne saurions nous enfermer dans une logique de parti ou de secte. « Tout ce qui est catholique est nôtre ». Loin de rompre avec quiconque, nous voulons, autant qu’il dépend de nous, entretenir de bonnes relations avec tous les défenseurs de la foi [1].

Le Sel de la terre.

 


 

 

Pourquoi un sacre en 2015 ?

 

 

par dom Thomas d’Aquin O.S.B.

 

 

– Pourquoi un sacre en 2015 ?

Parce que la situation reste essentiellement la même qu`en 1988. La Rome moderniste qui s`est manifestée au Concile reste en place et devient de plus en plus moderniste et libérale. La perversion profonde de l’esprit ne fait que s`accentuer.

– Mais pourquoi pas ne pas attendre que la Fraternité Saint-Pie X nous donne des évêques ?

Parce que les autorités de la Fraternité ont pris une nouvelle orientation dans les rapports avec Rome.

– Voulez-vous dire par là que la Fraternité a abandonné la vraie foi ou le combat de la foi ?

Je veux dire que la direction de la Fraternité a pris progressivement au cours des dernières années, et surtout depuis 2011 et 2012, une nouvelle orientation dans ses rapports avec Rome.

– Mais la question est de savoir si oui ou non la Fraternité a abandonné le combat de la foi. Qu’en dites vous ?

Le propre des libéraux est l’incohérence. Or la direction actuelle de la Fraternité a rendu le combat de la Fraternité incohérent. La partie saine de la Fraternité essaye de mener ce combat comme par le passé, mais l’aile dominante, son Supérieur Général en tête avec l’abbé Pfluger, persécutent ceux qui veulent continuer ce combat comme avant.

– Avez-vous des preuves de cela ?

Elles ne sont que trop abondantes. Le refus d’ordonner les candidats dominicains et capucins à la date prévue en 2012 en est une. Les bénédictins de Bellaigue aussi ont été menacés.

Mais beaucoup plus grave et significatif a été la scandaleuse expulsion de Mgr Williamson, précédée de l’ordre de cesser les Commentaires Eleison. En fait, Menzingen ne supporte pas qu’on s’oppose à sa nouvelle orientation. Menzingen ne veut pas qu’on continue publiquement le combat de la foi comme avant, à la suite de Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer.

Les prêtres des districts sont surveillés de près et leurs articles ne peuvent pas sortir sans des permissions assez strictes.

– Mais quel mal y a-t-il en cela ? Toute institution doit surveiller ce qui est dit en son nom !

Pas comme cela. On doit punir ceux qui écrivent contre la foi catholique, mais pas installer un régime comme celui que Mgr Fellay a déjà mis en place.

En outre, ceux de tendance libérale ont des larges permissions pour écrire, tandis que le livre de l’abbé Pivert est retiré de la vente. Le Sel de la terre est mal vu et retiré des tables de presse. Les prêtres les plus fidèles sont désavoués, ou même punis, voire expulsés.

Malheureusement les exemples ne manquent pas. La liste est déjà assez longue, alors que le GREC a pu travailler en toute tranquillité et que l’abbé Pfluger fait ses interviews scandaleuses sans être inquiété.

– Mais on trouve de bons articles dans Le Chardonnet par exemple. N’est-il pas faux de dire que les anti-libéraux sont persécutés dans la Fraternité ?

Oui, il y encore de bons articles dans Le Chardonnet, et pas seulement dans Le Chardonnet. Malheureusement, cela est loin d’empêcher la tendance accordiste de Menzingen d’avancer.

– Voulez-vous dire au fond que Menzingen est en train de trahir le combat de la foi ?

Oui, Menzingen est en train de trahir le combat de la foi. C’est pourquoi un sacre est devenu nécessaire pour assurer la continuité de l’œuvre de Mgr Lefebvre, surtout que Mgr Fellay refuse maintenant d’ordonner des candidats opposés à sa politique, comme c’est le cas pour plusieurs communautés religieuses d’hommes, à qui il refuse aussi les Saintes Huiles (nécessaires pour baptiser les enfants et extrémiser les mourants). « On continue », tout simplement, comme Mgr Lefebvre avait coutume de dire. Et nous sommes persuadés que les bons catholiques nous donnent raison au fond de leur cœur.

Si nous semblons être trop durs envers Menzingen, prenez le temps de repasser la longue série des faits qui ont jalonné l’histoire de la Tradition ces dernières années et vous verrez que les deux évêques les plus combatifs de la Tradition ont été, l’un expulsé de la Fraternité, l’autre mis au silence, en partie au moins. A cela s’ajoutent les procès iniques des abbés Pinaud et Salenave, et encore tant et tant de faits.

– Que dites vous de l’élu ?

Qu’il a été choisi par Mgr Lefebvre en 1988. Il avait alors proposé un autre nom. C’est tout à son honneur. Aujourd’hui il accepte ce lourd fardeau. Nous lui sommes profondément reconnaissants.

Pour conclure, disons aussi et surtout notre gratitude envers Mgr Williamson qui a su protéger et transmettre l’héritage reçu des mains de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, qui n’est autre que le dépôt de la foi confié par Notre-Seigneur aux Apôtres.

Un dernier appel. Lisez les œuvres de Mgr Lefebvre. Tout y est. Lisez aussi les Commentaires Eleison pour comprendre la gravité du mal actuel.

Corçâo disait : « Il n’y a que les saints qui croient au mal ». Parole profonde qui est un avertissement. Que Notre-Dame nous aide à voir le mal où il est, pour travailler avec elle, elle qui a toujours écrasé la tête du serpent infernal. « Ipsa Conteret. » C’est la devise de celui qui, si Dieu le veut, sera demain Mgr Jean-Michel Faure. Que Notre Dame le bénisse et nous le garde « ad multos annos ».

(18 mars 2015.)     

 

 

Entretien avec l’abbé Faure

 

 

Cet entretien a été publié sur le blog « Non possumus » le 18 mars 2015 ; la traduction a été revue par nos soins.

Le Sel de la terre.

 

 

– Un peu d’histoire pour commencer. M. l’abbé, comment avez-vous rencontré Mgr Lefebvre et la Tradition ?

En 1968, en étant en Argentine, je suis allé visiter l’Archevêque du Parana, qui m’a dit : « Veux-tu défendre la Tradition ? Au Concile, elle a été défendue par un évêque courageux, mon ami, Mgr Marcel Lefebvre ». C’était la première fois que j’entendais parler de Mgr Lefebvre. Je suis allé à la recherche de Mgr Lefebvre en Suisse en 1972 à Pâques et l’y ai rencontré.

– Où êtes-vous né ? Pourquoi viviez-vous en Amérique du Sud ?

Je suis né en Algérie et ma famille, après l’indépendance, a acquis un terrain en Argentine, près du Parana. Ma famille a été expulsée d’Algérie parce que le gouvernement français a livré le pouvoir aux combattants musulmans qui ont accompli des massacres épouvantables au cours du processus d’indépendance. Mes grands-pères, parents et des oncles étaient agriculteurs là-bas dès 1830.

– En continuant avec l’histoire, comment avez-vous développé votre apostolat dans la FSSPX ?

J’ai été ordonné par Mgr Lefebvre en 1977 à Écône, et 15 jours après, je l’ai accompagné dans une tournée aux États-Unis, Mexique (où le gouvernement nous a empêchés d’entrer), Colombie, Chili et Argentine. Mgr Lefebvre m’a demandé de commencer l’apostolat dans cette région. La première année, deux prêtres argentins m’ont aidé et, l’année suivante, un espagnol (de la FSSPX). Tout de suite, le District d’Amérique du Sud a été créé, et confié à ma charge, et j’ai commencé à prêcher des retraites jusqu’au Mexique. Il y a eu, la première année, environ douze vocations qui se sont installées dans le Prieuré de Buenos Aires, qui était une assez grande maison. Par la suite, en 1980, on a construit le séminaire de La Reja (Buenos Aires), dont Mgr Lefebvre m’a nommé directeur. Là, je suis resté jusqu’à 1985, quand j’ai été nommé supérieur du District du Mexique.

Les églises, dans la capitale et à Guadalajara, ont été construites à ce moment. J’ai travaillé avec les abbés Calderón, Angles et Tam, dans les différentes parties du pays. Ensuite, j’ai passé quelques années en France. Puis, j’ai été nommé au séminaire d’Argentine comme professeur d’his­toire et je suis resté là jusqu’à l’expulsion de Mgr Williamson d’Argentine (2009).

– Mgr Lefebvre avait confiance en vous ?

Monseigneur m’a donné libre accès à son courrier et m’a chargé de certains dossiers. Il avait une certaine confiance en moi : par exemple, en 1977, il m’a demandé, à Albano, ce que je pensais à propos des sacres. À une autre occasion, en 1977 encore, il m’a confié : « Ils m’attendent » (le directeur d’Écône et les professeurs). Ils lui suggéraient d’accepter la nouvelle messe et le Concile afin de conserver la messe tridentine). Ils disaient : « Nous sommes maintenant confrontés à Rome. Pour conserver la messe (tridentine), on doit accepter le Concile. » Ils voulaient que Mgr Lefebvre se retire dans une belle maison en Allemagne, mais il leur a dit qu’ils étaient libres de partir s’ils le souhaitaient. Il les a renvoyés.

– Est-ce vrai que Mgr Lefebvre vous a demandé d’accepter d’être sacré ?

En 1986, lors d’une visite à Écône, il m’a pris à part après un repas et m’a demandé si j’accepterais d’être consacré évêque. Sachant ce qui a suivi, peut-être aurais-je dû accepter.

– Donc, vous n’avez pas accepté ?

Je lui ai dit que je pensais que Mgr de Galarreta serait plus approprié.

– Pouvez-vous résumer ce qui s’est passé en 2012 ?

Cette année, nous étions très proches d’un accord, qui a échoué au dernier moment, sans doute, à cause de l’affaire Williamson. L’accord a échoué pour cette raison et à cause de la lettre des trois évêques. Ces deux raisons ont fait échouer l’accord.

– On dit que la clé de la stratégie de Mgr Fellay ad intra, c’est d’avoir obtenu le soutien du Chapitre général. Pouvez-vous nous dire quelque chose à ce sujet ?

Le Chapitre général a été bien préparé par Mgr Fellay et ils (les accordistes) ont atteint leurs objectifs. Là, j’ai compris ce qui est arrivé à Mgr Lefebvre et à ses amis à Vatican II. Lui (Mgr Fellay) avait décidé une approche politique de Rome et il a réussi à avoir le soutien du chapitre général pour expulser Mgr Williamson, qui était le seul capable d’empêcher cette politique.

– À votre avis, quelles doivent être les conditions requises pour faire un accord avec Rome ?

Mgr Lefebvre nous a dit que, tant qu’il n’y a pas de changement radical à Rome, un accord est impossible, parce que ces personnes ne sont pas loyales, et l’on ne peut pas essayer de transformer les supérieurs. C’est le chat qui mange la souris et non la souris qui mange le chat. Un accord reviendrait à se livrer entre les mains des modernistes : par conséquent, il faut absolument le repousser. C’est impossible. Il faut espérer que Dieu intervienne.

– Pouvez-vous nous dire ce que vous pensez des visites d’évaluation de divers prélats modernistes dans les Séminaires de la Fraternité ? Il est vrai que Mgr Lefebvre a reçu certains prélats. Quelle est la différence maintenant ?

Il s’agissait de visites exceptionnelles dans lesquelles [pour donner un exemple] le cardinal Gagnon n’a pas eu la possibilité de défendre le Concile, alors que maintenant il s’agit des premiers pas de la réintégration (de la FSSPX) dans l’Église conciliaire.

– Que pensez-vous d’une éventuelle reconnaissance unilatérale de la part de Rome de la FSSPX ?

C’est un piège.

– Entre le chapitre de 2006 et la crise qui a commencé en 2012, on observe un changement d’attitude des autorités de la FSSPX concernant Rome. Pourquoi ce changement ?

Cela vient de la décision des supérieurs de réintégrer l’Église conciliaire. Dès 1994 ou 1995, le GREC a pris des contacts qui furent des pas significatifs vers la réconciliation, comme l’avait prévu l’ambassadeur Pérol (un ambassadeur de France en Italie) : ce groupe est à l’origine de la levée des excommunications (2009) et du Motu Proprio (2007). Cela devait avoir pour contrepartie la reconnaissance du Concile.

– Que ferait Mgr Lefebvre dans l’actuelle situation ?

Il suivrait la ligne qu’il nous a indiquée après les consécrations, en écartant absolument l’éventualité d’un accord.

– Si à l’avenir vous étiez invité à aller à Rome pour parler avec le Pape, iriez-vous, que diriez-vous ?

En premier lieu, je consulterais tous nos amis de la Résistance. J’irais avec Mgr Williamson et d’autres bons prêtres qui mènent le combat de la Résistance avec beaucoup de courage. Et je tiendrais informés tous nos amis, avec une totale transparence.

– Mgr Fellay a dit que la FSSPX est d’accord avec 95% de Vatican II. Qu’en pensez vous ?

Mgr Lefebvre a répondu que tout le Concile est envahi par un esprit subjectiviste qui n’est pas catholique.

– Francois, qui est un démolisseur efficace de l’Église et un destructeur objectif de la foi, est-il vrai pape ?

A mon avis, on ne peut pas dire que François soit pire que Paul VI, qui a mis l’Église dans une mauvaise voie; et donc nous devons conserver l’attitude qui a été celle de Mgr Lefebvre, l’attitude prudente qui exclut le sédévacantisme. Mgr Lefebvre a toujours refusé d’ordonner un séminariste sédévacantiste. Et c’était la politique de la FSSPX jusqu’à sa mort. Donc qu’on ne vienne pas nous dire que Mgr Lefebvre a dit ceci ou cela.

– Où en êtes-vous dans votre processus d’expulsion de la FSSPX ?

Les dernières nouvelles sont que j’ai trouvé, dans le courrier et par hasard, la deuxième admonition. Donc, demain, la FSSPX aura de nouveau quatre Évêques. Ils doivent rapidement me renvoyer ! Deo gratias!

– Cette décision de vous sacrer évêque doit avoir été très soupesée et méditée pendant longtemps. Suivant l’exemple de Mgr Lefebvre, vous, Mgr Williamson et les prêtres de la Résistance ne voulez pas collaborer à la destruction de l’Église. C’est pour conserver la foi intacte que lui, comme vous, êtes persécutés, condamnés et souvent calomniés. Votre sacre épiscopal vous apportera une prétendue excommunication. Quelles ont été les principales raisons de ce sacre ?

La raison principale consiste en ce que nous ne pouvons pas laisser la Résistance sans Évêques. Comme l’a dit Mgr Lefebvre, les Évêques catholiques sont indispensables pour la conservation de la vraie doctrine de la foi et des sacrements.

– Mgr Lefebvre pensait à vous pour être consacré évêque et maintenant Mgr Williamson est en mesure de remplir ce désir. Quelle sera votre principale préoccupation ?

M’efforcer de maintenir l’œuvre de Mgr Lefebvre dans le chemin qu’il a tracé, sans dévier à droite ni à gauche.

– Quel sera votre lieu de résidence ?

La France, où nous avons prévu d’ouvrir un séminaire près des dominicains d’Avrillé.

– Voulez-vous dire quelques mots aux prêtres et aux fidèles qui sont encore sous la structure de la Fraternité, mais qui sont inquiets de la dérive libérale de la Fraternité de ces dernières années ?

Qu’ils relisent et méditent les textes de Mgr Lefebvre.

– Voulez vous nous expliquer l’essentiel de votre blason épiscopal ?

Dans le centre c’est l’Agneau de l’Apocalypse, l’Alpha et l’Oméga, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, annoncé par Isaïe. Les Cœurs rappellent la Vendée, martyre de la Révolution, et la fleur de lys est l’emblème de la France catholique. La devise, ipsa conteret (elle t’écrasera) est tirée de la Vulgate (Genèse 3, 15), où Dieu promet la victoire de la Vierge Marie sur le dragon.

– Y a-t-il autre chose que vous voudriez ajouter ?

Conservons la foi, l’espérance et la charité. Il ne faut pas douter et il faut demander cela à Dieu et à Notre-Dame, qu’ils nous maintiennent dans ces vertus.

– M. l’Abbé, nous remercions profondément Dieu, sa très sainte mère et saint Joseph Protecteur de l’Église, pour une si grande grâce. Nous prions que le Bon Dieu vous conserve et vous garde. Nous vous remercions d’avoir accepté une charge si lourde et nous remercions aussi Mgr Williamson de vous consacrer comme successeur des Apôtres. Deo Gratias!

 

 

Sermon de Mgr Williamson

A l’occasion du sacre de Mgr Faure

 

 

En cette très grande fête de saint Joseph, le plus grand de tous les saints catholiques après la sainte Vierge Marie, et le saint patron de l’Église, – je n’avais pas particulièrement réfléchi à cela mais – le fait est que c’est bien en la fête du saint patron de l’Église que nous nous trouvons là aujourd’hui pour assurer le sacre d’un deuxième évêque pour la dite résistance.

Beaucoup de choses ont été dites, mais le fait est que la vérité de Dieu, la vérité du Christ, la vérité de l’Église est aujourd’hui en grand danger. En premier lieu, bien sûr, à cause du concile Vatican II. Le fait est que, depuis quelques siècles déjà, les ennemis de Dieu sont en train de préparer un nouveau monde ; il se nomme le Nouvel Ordre Mondial. C’est un autre monde qu’ils veulent établir à la place du monde de Dieu. C’est Dieu qui a créé la nature, qui a créé toutes choses ; ce n’est pas l’homme. C’est Dieu qui est le créateur et le maître de l’Univers, le maître des maîtres, le seigneur des seigneurs, le Roi des rois. C’est Dieu et pas l’homme. Saint Pie X, dans sa première encyclique, dit : « Le grand problème de l’homme moderne, c’est de vouloir se substituer à Dieu, prendre la place de Dieu ». Au début de l’Église, les papes ne pouvaient pas supporter cette « trahison ». Mais le monde se donnait de plus en plus à la gloire de l’homme en s’éloignant de la gloire de Dieu. Et enfin, à force de rôder constamment autour de l’Église et de ses hommes, ces derniers aussi ont cédé ; ce fut le concile Vatican II. Et là, les hommes d’Église, mais hommes quand même, essayèrent de changer la religion de Dieu. Et la contamination était déjà si profonde que la grande majorité des évêques du Concile suivirent, accompagnèrent et approuvèrent la trahison. Incroyable certes, mais pas tant que cela pour quelqu’un qui comprend combien est profonde la corruption du monde moderne. Cette corruption a fini par pénétrer à l’intérieur de l’Église. Les hommes d’Église tombèrent en grande majorité et en particulier les papes : Jean XXIII, Paul VI et les papes postérieurs au Concile : Jean-Paul II, Benoit XVI et maintenant le pape François qui s’en démarque comme le plus révolutionnaire tout en appliquant cependant les mêmes principes que ses prédécesseurs du Concile. C’est-à-dire qu’au fond, un pape comme Benoit XVI est autant révolutionnaire que le pape François, mais ce dernier est le plus évident. Leurs intentions, seul Dieu peut les juger ; mais objectivement, objectivement, ce sont des traîtres à la vraie religion de Dieu.

Il y a eu néanmoins un évêque qui résista et resta fidèle. Et aujourd’hui, nous tous qui sommes ici présents, nous le remercions beaucoup pour son courage et sa foi, pour sa fidélité à Notre-Seigneur et à Notre-Dame dans la vraie religion de Dieu : Mgr Marcel Lefebvre, bien sûr. Sans lui nous ne serions pas là aujourd’hui, c’est évident. Et le point culminant de sa résistance fut, bien entendu, le sacre qu’il fit de 4 évêques en 1988. Or, lors de sa prédication, il dit : « Ce qu’on est en train de faire ici est l’opération survie en réponse à l’opération suicide. Si nous faisions un compromis comme au concile du Vatican, si nous suivions ce compromis, ce serait le suicide de notre résistance. Parce que notre résistance est menée par la vérité pour la défendre contre le mensonge ; n’oublions jamais cela ». Et il disait aussi : « Si nous aussi, on faisait un compromis, ce serait une opération suicide. A la place de cela, je sacre des évêques pour assurer l’opération de survie de la foi, de la vérité dans un monde de mensonge -il ne parlait pas comme ça, ce n’était pas son style, mais c’est un fait : c’est un monde de mensonges, de tromperies, de trahisons-, nous accomplissons aujourd’hui cet acte, nous sacrons 4 évêques pour défendre la vérité. Si nous n’étions pas certains que la foi catholique est la vraie, alors nous ne serions pas catholiques. Au fond des choses il y a la vérité ; et la foi catholique, bien sûr, c’est la plénitude de la vérité ». Or aujourd’hui que faisons-nous ? Nous accomplissons l’extension des temps modernes, c’est-à-dire, 25 ans plus tard, l’extension de l’opération survie, et pas autre chose !

Autrement dit nous réparons, d’une certaine manière, l’éclairage de secours de Mgr Lefebvre. Il y eut l’Église, un grand édifice avec son éclairage électronique normal, et cet éclairage s’est éteint parce que des ténèbres sont entrées dans l’Église. Mgr Lefebvre créa, alluma un éclairage d’urgence, et maintenant la FSSPX aussi est en train de suivre le compromis de Vatican II. Ils veulent s’associer, devenir les amis des Romains ; ils veulent suivre les Romains. La Fraternité n’est pas encore morte, mais elle mourra si elle persévère dans son cheminement actuel. Peut-être qu’elle abandonnera ce chemin pour retourner sur celui tracé par Mgr Lefebvre, soit celui de la défense de la vérité. La vérité en premier, deuxième, et troisième lieu ! Beaucoup d’hommes aujourd’hui ont perdu la vérité et c’est le fond de la crise du monde et de l’Église. Les hommes ont perdu le sens de la vérité qui consiste dans la correspondance entre « mon » esprit (il pose son doigt sur sa tempe) et la réalité. Les hommes modernes, en vivant leurs vies virtuelles, de commodité, de bourgeoisie, -que sais-je-, électronique, toutes ces choses, se sont créé un monde artificiel où on perd le sens de la vérité. On manque de « paysans » (de gens terre-à-terre) avec un sain jugement, pour comprendre immédiatement que tout ce qu’est en train de faire l’Église est faux, et que le chemin que la Fraternité veut suivre de son côté est faux. Mais ils ne le voient pas ; ils ne le voient pas. Alors nous devons jouer le rôle de réparateurs de l’éclairage d’urgence. Ce n’est pas un rôle glorieux. Nous n’avons pas la prétention de sauver l’Église. Nous n’avons pas du tout la prétention de sauver l’Église. Non, non, non ! Seul Dieu peut sauver l’Église aujourd’hui, et il le fera en son temps qui sera le meilleur […] Mais, pour le moment, Dieu purifie son Église. Et il ne dépend que de nous de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à sauvegarder les trésors de l’Église, pour les restituer à nouveau quand les hommes d’Église auront été corrigés, éclairés véritablement par Dieu. Cela arrivera, mais probablement par un châtiment inimaginable, puisque seuls des événements gravissimes pourront restituer à un grand nombre le sens de la réalité ; autrement ils resteraient dans leurs rêves. Alors nous faisons ce que nous pouvons.

Nous remercions le Prieur, l’abbé Faure pour cette belle cérémonie et cette « cathédrale en métal » magnifique, une improvisation magnifique et, comme on dit en anglais, « là où on trouve de la volonté, on trouve le chemin » (« quand on veut, on peut ») et, si nous autres voulons demeurer fidèles à Dieu, nous trouverons le chemin. Il est impossible que Dieu abandonne les âmes qui ne l’ont pas abandonné, Lui. Ce n’est pas Dieu qui nous abandonnera mais c’est bien nous qui L’abandonneront, si nous choisissons de L’abandonner, mais que Dieu empêche cela !

[Nous remercions le Père et les sœurs qui ont beaucoup travaillé pour construire cette belle cathédrale improvisée. Nous remercions les moines qui ont aussi beaucoup travaillé pour mener à bien cette cérémonie, et ils l’ont très bien fait.] Et il en sera ainsi demain, après-demain avec, très probablement, de nouvelles trahisons, c’est très probable, c’est normal si les choses continuent ainsi ; mais peu importe, à chaque jour suffit sa peine. Aujourd’hui nous savons que nous pouvons rester fidèle et nous vous remercions, vous tous, qui êtes venus pour certains de très loin.

Et je m’excuse de n’avoir pas voulu rendre publique l’annonce de cet événement avant, mais nous voulions assurer la cérémonie et la protéger de certains empêchements qui pouvaient surgir : car cette cérémonie n’est pas du goût de tout le monde, c’est évident ! Et nous pouvons espérer que cette cérémonie déplaise beaucoup au démon qui possède foule de serviteurs qui auraient pu l’empêcher. On aurait pu prier, demander, espérer un signe de la Providence comme Mgr Lefebvre le fit en 1988, mais je pense que l’Église ne peut pas subsister sans évêques qui peuvent ordonner des prêtres et confirmer des enfants, des adultes… Dans la situation politique actuelle, une troisième guerre mondiale peut exploser à n’importe quel moment ; une nouvelle récente de mon pays, l’Angleterre, nous informe que des armes atomiques ont été préparées afin d’être expédiées sur la Russie au cas où (« por anticipo » = par anticipation). C’est une folie, c’est une folie, mais les hommes sont fous et ont l’instinct du suicide, comme les libéraux, et la troisième guerre mondiale sera un produit de cet instinct du suicide. Cela arrivera et alors il est impossible de dire comment vont se dérouler les événements. C’est pourquoi rester seul pour confirmer ou ordonner… il me semble que c’est une irresponsabilité ; le monde n’est pas tranquille, il est très instable. Nous ne savons pas ce qui va arriver. Aussi, puisque nous ne recherchons pas à faire de la publicité, nous ne recherchons aucune gloire, nous ne voulons pas attirer l’attention du monde, je voudrais me retirer dans l’ombre après cette cérémonie, ou d’autres cérémonies qui sont possibles – seul Dieu le sait – nous faisons cela sans aucune prétention, nous faisons cela pour défendre l’Église.

Chers fidèles, chers prêtres […] prions saint Joseph, le grand saint Joseph, pour qu’il nous aide, lui, fidèle, très fidèle, par son exemple de fidélité et de protection et son absence de publicité (humilité)… nous ne voulons pas de publicité ! […] Prions donc saint Joseph pour que chacun d’entre nous sache rester fidèle, discrètement, comme des enfants de Dieu, de Jésus-Christ, et de sa sainte mère, la très sainte vierge Marie.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 


Mandat apostolique

de la consécration épiscopale de Mgr Faure

 

 

Parmi les premiers mots prononcés lors du rite de consécration épiscopale, on a cette déclaration faite à l’évêque consécrateur par son assistant principal :

« Très Révérend Père, notre sainte mère l’Église catholique demande que vous éleviez ce prêtre ici présent au fardeau de l’épiscopat. »

En réponse, l’évêque consécrateur demande si l’assistant a le « mandat apostolique ».

La réponse est : « Nous l’avons. »

A quoi l’évêque consécrateur réplique : « Que lecture en soit faite. »

Lors de la cérémonie du 19 mars, en réponse à l’invitation de Mgr Williamson, lecture fut faite du texte suivant. Il remplit à la fois un rôle liturgique et celui d’explication publique des motifs de cette consécration. Les premiers paragraphes sont très semblables aux paroles de Mgr Lefebvre lors du 30 juin 1988.

 

Mandatum apostolicum

 

Nous l’avons par l’Église romaine qui dans sa fidélité aux saintes traditions reçues des Apôtres nous commande de transmettre fidèlement ces saintes traditions – c’est-à-dire le dépôt de la foi – à tous les hommes, en raison de leur devoir de sauver leur âme.

Or, d’une part les autorités de l’Église romaine depuis le concile Vatican II jusqu’aujourd’hui sont animées d’un esprit de modernisme qui subvertit en profondeur la sainte Tradition jusqu’à en pervertir la notion même : « Ils ne supportent plus la saine doctrine, détournant toute la vérité, pour se tourner vers des fables », comme dit saint Paul à Timothée dans sa seconde Épître (4, 3-4). A de telles autorités que servirait-il de demander un mandat pour sacrer un évêque qui s’opposera en profondeur à leur si grave erreur ?

Et d’autre part, pour avoir un tel évêque les quelques catholiques qui comprennent son importance pouvaient, même après Vatican II, espérer qu’il viendrait de la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Marcel Lefebvre comme celui-ci leur en a sacré quatre par un premier mandat de suppléance en 1988. Hélas, depuis qu’on observe que les autorités de cette Fraternité prennent le même chemin moderniste en se dirigeant constamment vers les autorités romaines, cet espoir s’avère vain.

Et alors ces catholiques croyants, d’où obtiendront-ils ces évêques essentiels à la survie de leur vraie foi ? Dans un monde chaque jour plus acharné politiquement contre Dieu et contre son Église, le danger semble tel que l’on ne peut guère plus laisser dépendre cette survie d’un seul évêque pleinement antimoderniste. C’est la sainte Église elle-même qui lui demande de s’en associer un second : en l’occurrence Monsieur l’abbé Jean-Michel Faure.

Aucune présomption ni octroi du pouvoir épiscopal de juridiction n’accompagne cette transmission du pouvoir épiscopal d’Ordre, et dès que Dieu interviendra pour sauver son Église, à laquelle ne reste aucun espoir humain de salut, les effets de cette transmission et de ce mandat de suppléance seront remis sans tarder entre les mains d’un pape de nouveau entièrement catholique.

 

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Communiqué de la Maison générale

de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X au sujet de la consécration épiscopale de l’abbé Faure

 

 

Le 19 mars 2015, Mgr Richard Williamson a procédé à la consécration épiscopale de l’abbé Jean-Michel Faure, au monastère bénédictin Santa Cruz de Nova Friburgo (Brésil).

Mgr Williamson et l’abbé Faure ne sont plus membres de la Fraternité Saint-Pie X depuis respectivement 2012 et 2014, à cause des vives critiques qu’ils formulaient contre toute relation avec les autorités romaines, dénonçant ce qui était, selon eux, une trahison de l’œuvre de Mgr Marcel Lefebvre.

La Fraternité Saint-Pie X déplore que cet esprit d’opposition aboutisse à cette consécration épiscopale. En 1988, Mgr Lefebvre avait clairement manifesté son intention de sacrer des évêques auxiliaires, sans juridiction, – en raison de l’état de nécessité dans lequel se trouvait la Fraternité Saint-Pie X et les fidèles catholiques –, dans le seul but de permettre à ces fidèles de recevoir les sacrements par le ministère des prêtres qui seraient ordonnés par ces évêques. Après avoir tenté l’impossible auprès du Saint-Siège, Mgr Lefebvre procéda aux sacres le 30 juin 1988, solennellement devant plusieurs milliers de prêtres et de fidèles, et quelques centaines de journalistes du monde entier. Tout montrait que cet acte, malgré l’absence d’autorisation de Rome, était posé publiquement pour le bien de l’Église et des âmes.

La Fraternité Saint-Pie X dénonce la consécration épiscopale de l’abbé Faure qui, malgré les affirmations du consécrateur et du consacré, ne s’apparente en rien aux sacres de 1988. En effet, toutes les déclarations de Mgr Williamson et de l’abbé Faure prouvent à l’envi qu’ils ne reconnaissent plus les autorités romaines, si ce n’est de façon purement rhétorique.

La Fraternité Saint-Pie X réaffirme que l’état actuel de nécessité dans l’Église légitime son apostolat de par le monde, sans la dispenser de reconnaître les autorités ecclésiastiques pour lesquelles ses prêtres prient à chaque messe. En s’opposant aux erreurs d’où qu’elles viennent, elle veut garder le dépôt de la foi et la morale afin de les transmettre par la liturgie traditionnelle et la prédication, dans l’esprit missionnaire de son Fondateur : Credidimus caritati. (1 Jean 4,16)

Menzingen, le 19 mars 2015.    [2]

 



Mgr Williamson est excommunié de fait après avoir accompli un « acte illégitime ». Le Vatican a confirmé, vendredi 20 mars, l’excom­munication de l’évêque britannique intégriste Richard Williamson qui, le 19 mars 2015, a procédé au Brésil à l’ordination épiscopale d’un prêtre français, l’abbé Jean-Michel Faure.

Interpellé par I.MEDIA, le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei a confirmé qu’après cet « acte illégitime », l’évêque négationniste déjà exclu de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) était automatiquement excommunié.

– Excommunication « laetae sententiae [3] »

« Mgr Williamson a consacré évêque ce prêtre qui n’appartient pas non plus à la Fraternité Saint-Pie X », explique Mgr Guido Pozzo, précisant que le prélat britannique a « accompli un acte illégitime ». « Lorsqu’un évêque consacre un autre évêque sans mandat pontifical, il est excommunié latæ sententiæ », c’est-à-dire du simple fait de l’acte accompli, rappelle le prélat romain avant d’ajouter que « les conséquences canoniques devraient être désormais prises par la Congrégation pour les évêques, dont c’est la compétence ».

Aux yeux de Mgr Pozzo, le nouvel évêque ordonné illicitement -le Français Jean-Michel Faure est également « un de ces extrémistes et jusqu’au-boutistes qui ont quitté la Fraternité-Saint Pie X ». Âgé de 73 ans, ce proche de Mgr Williamson envisage d’ouvrir un séminaire en France pour l’Union sacerdotale Marcel-Lefebvre fondée par le prélat britannique et qui rassemble une soixantaine de prêtres.

– Deuxième excommunication pour Mgr Williamson

Exclu en 2012 de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X pour ses positions extrêmes et sa vive opposition à tout rapprochement avec Rome, Mgr Williamson est donc excommunié une seconde fois. Illicitement consacré évêque en juin 1988 par Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991), alors supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, il avait été excommunié par Rome.

En janvier 2009, dans une main tendue visant à permettre un retour de la FSSPX dans le giron de l’Église, Benoît XVI (2005-2013) avait choisi de lever l’excommunication des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre. Mais les propos négationnistes tenus quelques jours plus tôt [4] par Mgr Williamson sur une télévision suédoise avaient mis le Saint-Siège dans l’embarras et déclenché une vive polémique.

– Le geste de Mgr Williamson vivement condamné par la Fraternité Saint Pie X

« Nous apprécions ce qu’a fait savoir la Maison générale de la Fraternité Saint Pie X, qui s’est exprimée très clairement », confie encore Mgr Guido Pozzo. « Mgr Williamson et l’abbé Faure ne sont plus membres de la Fraternité Saint Pie X depuis respectivement 2012 et 2014, à cause des vives critiques qu’ils formulaient contre toute relation avec les autorités romaines, dénonçant ce qui était, selon eux, une trahison de l’œuvre de Mgr Marcel Lefebvre », a particulièrement précisé un communiqué. La FSSPX a également relevé que « toutes les déclarations de Mgr Williamson et de l’abbé Faure prouvent à l’envi qu’ils ne reconnaissent plus les autorités romaines, si ce n’est de façon purement rhétorique ».

– Le dialogue continue entre Rome et la FSSPX

Actuellement, confie par ailleurs Mgr Guido Pozzo, le dialogue « continue » avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. « Plusieurs rencontres ont eu lieu et sont encore prévues avec certains prélats pour approfondir les problèmes qui restent à éclaircir, dans un rapport de confiance », poursuit le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei pour qui, au-delà des difficultés doctrinales qui subsistent, les problèmes sont « internes à la fraternité ».

« Le pape, poursuit Mgr Pozzo, attend que la Fraternité Saint-Pie X décide d’entrer (dans l’Église) et nous sommes toujours disponibles, avec un projet canonique qui est déjà connu », à savoir la création d’une prélature personnelle. « Il faut un peu de temps, conclut-il, pour que les choses s’éclaircissent en interne et que Mgr Fellay puisse obtenir un consensus assez élargi avant d’accomplir ce geste ».




Brève réponse au communiqué de Menzingen du 19 mars 2015

 

 

par dom Thomas d’Aquin O.S.B.

 

 

Menzingen dénonce le sacre de Mgr Jean-Michel FAURE comme n’ayant rien de commun avec les sacres de 1988. Pour ce faire, la maison générale de la Fraternité-Saint-Pie X fait un certain nombre de considérations. Examinons quatre d’entre elles.

 

1) Mgr Williamson et Mgr Faure ont été expulsés de la Fraternité parce qu’ils étaient contre toute relation avec Rome.

C’est faux. Ils sont contre la manière dont s’y prend Mgr Fellay et ses assistants, et même le chapitre général de 2012, qui cherchent un accord pratique sans conversion de Rome.

 

2) Mgr Williamson et Mgr Faure ne reconnaîtraient pas les autorités de Rome.

C’est également faux. Ni l’un ni l’autre ne sont sédévacantistes.

 

3) Menzingen insinue que la publicité de l’événement a été insuffisante et la compare à la grande publicité de 1988. Comparée à celle de 1988, celle de 2015 fait piètre figure, mais considérée en elle-même, elle n’est pas si mince que cela. Si on compte tous ceux qui ont participé à la cérémonie, on voit représentés les pays suivants : Angleterre, France, États-Unis, Mexique, Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Colombie et Brésil. Une centaine de fidèles ont assisté à la cérémonie. Les médias ont soit téléphoné, soit sont venus sur place.

 

4) La quatrième question regarde l’état de nécessité. Disons qu’il nous semble y voir la pointe de l’iceberg bien connu : l’état de nécessité de 1988 ne serait plus celui de 2015. Rome n’est plus aussi agressive contre la Tradition qu’en 1988. C’est une vieille chanson : Rome change ! Oui, Rome change... en pire ! et cela, déjà sous Benoît XVI.

 

Conclusion : Menzingen désapprouve le sacre de Mgr Faure ; plus que cela, elle l’attaque. C’est bien normal. Tant que Menzingen ne comprendra pas qu’elle fait fausse route, elle attaquera toute résistance à sa politique d’approche avec Rome.

Au fond, ce qui est en jeu, c’est ce que Mgr Lefebvre disait lors du sermon historique de Lille en août 1976 :

Je veux qu’à l’heure de ma mort, lorsque Notre-Seigneur me demandera : « Qu’as-tu fait de ta grâce épiscopale et sacerdotale ? » je n’aie pas à entendre de la bouche du Seigneur : « Tu as contribué à détruire l’Église avec les autres.

Nous non plus. C’est pourquoi nous continuons le combat, et pour cela, nous avons besoin d’évêques. C’est la raison du sacre du 19 mars. Il ne faut pas la chercher ailleurs.

 

 

 

Miel et fiel à Menzingen

 

 

par Amicus Romanus

 

 

De la même bouche coulent le fiel et le miel. Mais pas dans la même direction.

– Envers Mgr Williamson et Mgr Faure, c’est tout fiel.

– Envers la Rome conciliaire, tout miel.

Le communiqué de Menzingen sur le sacre du 19 mars offre un contraste vraiment impressionnant.

 

I. — Tout fiel !

 

Les frères de Joseph ne pouvaient pas lui dire un seul mot paisiblement, tant ils le jalousaient (Gn 37, 4). N’attendez pas de Menzingen une seule parole de bienveillance, de reconnaissance, de charité envers Mgr Williamson ou Mgr Faure, après leurs décennies de bons et loyaux services. Menzingen ne songe qu’à les dénoncer. « La FSSPX dénonce la consécration épiscopale de l’abbé Faure. » Ça, au moins, c’est clair. Mais pourquoi cette dénonciation ? En quoi ce sacre est-il répréhensible ? C’est beaucoup plus obscur. On sent une animosité très forte, mais on ne discerne pas beaucoup d’arguments rationnels. Plus gênant encore : ce goût de fiel ! Menzingen semble incapable de parler objectivement des deux évêques en respectant tout simplement les faits. Il lui faut à tout prix déformer, salir les intentions, noircir les personnes. La tendance semble irrépressible.

 

1. « Contre toute relation »

 

Premier exemple : les relations avec Rome. Chacun sait que Mgr Williamson et Mgr Fellay s’opposent sur ce point. Le premier estime (à tort ou à raison, ce n’est pas ici la question) que le second manque de la force nécessaire pour s’opposer franchement – face à face – aux erreurs des autorités romaines ; au lieu d’impressionner ses interlocuteurs – comme Mgr Lefebvre – en leur rappelant frontalement les vérités gênantes, il se laisserait impressionner par eux.

Plus fondamentalement, l’opposition porte sur la finalité des entretiens. Pour Mgr Williamson, un seul but : que les autorités romaines abjurent les erreurs modernistes et libérales, et tout sera résolu. Tandis que Mgr Fellay rêve d’une reconnaissance canonique avant même la conversion des autorités.

Tout cela est de notoriété publique. La question n’est pas de savoir s’il faut ou non discuter avec Rome, mais comment et dans quel but mener ces discussions.

Menzingen pouvait facilement le dire d’un mot : Mgr Fellay et Mgr Williamson divergent quant aux discussions avec Rome. C’était clair, simple, vrai, parfaitement objectif.

Eh bien non ! Menzingen n’a pu se résoudre à dire les choses telles qu’elles sont. Le besoin de noircir était trop violent. Au mépris de l’évidence, Menzingen déclare que Mgr Williamson et Mgr Faure sont « contre toute relation avec les autorités romaines ». Ils ont pourtant tous les deux explicitement déclaré le contraire (et encore la veille du sacre), mais ça ne fait rien. Apparemment, Menzingen sait mieux qu’eux-mêmes ce qu’ils pensent !

 

2. « Ne s’apparente en rien »

 

Deuxième exemple : la comparaison entre le sacre de 1988 et celui de 2015.

Des différences et des ressemblances, on peut discuter longtemps [5]. Il semble au moins indiscutable que la nature de l’acte est la même. Qu’il y a un lien de parenté (à travers Mgr Williamson, Mgr Lefebvre est désormais le « grand-père dans l’épiscopat » de Mgr Faure). Que Mgr Lefebvre avait lui-même envisagé de sacrer Jean-Michel Faure. Que l’état de nécessité dans l’Église n’a pas diminué depuis 1988. Et enfin que Mgr Williamson tient le même discours que Mgr Lefebvre à l’époque.

On peut toujours discuter des autres circonstances de temps, de lieu ou de manière, mais Menzingen ne s’y essaye même pas. Son communiqué déclare tout simplement que « la consécration épiscopale de l’abbé Faure ne s’apparente en rien aux sacres de 1988 ». Vous avez bien lu : en rien.

Entre toutes les façons de critiquer le sacre de 2015, Menzingen a choisi la plus expéditive, la plus extrémiste, la plus insoutenable : tout nier en bloc. « Ne s’apparente en rien ». C’est le négationnisme intégral.

 

3. « Toutes les déclarations… »

 

On approche du sommet. Le voici enfin : « Toutes les déclarations de Mgr Williamson et de l’abbé Faure [on a noté le « toutes »] prouvent à l’envi [à l’envi : de façon surabondante] qu’ils ne reconnaissent plus les autorités romaines. »

C’est l’accusation qui tue : sédévacantisme ! Accusation catégorique, portée sans l’ombre d’un doute ou d’une nuance. On est très loin des formules interrogativo-négatives ou des allusions feutrées de Mgr Fellay quand il s’agit d’émettre des réserves sur le pape François (« Nous ne comprenons pas… », « on a l’impression… »). Ici, Menzingen comprend très bien, et a la certitude. L’aveu n’a pas été fait une fois, par surprise et à demi-mot, il est dans « toutes les déclarations » des deux méchants évêques. Oui : toutes ! Foi de Menzingen !

Pourtant, Menzingen réalise qu’il pourrait se trouver, parmi les lecteurs du communiqué, quelques lecteurs de Mgr Williamson. Qui risquent d’être un peu surpris. Car ils y ont lu tout le contraire. Non seulement Mgr Williamson reconnaît les autorités romaines, mais il a souvent argumenté contre le sédévacantisme (et, à tout prendre, de façon plus convaincante que Mgr Fellay, qui se contente de le brandir comme un épouvantail).

Ceux qui ont lu l’abbé Faure (notamment l’entretien juste avant son sacre) pourraient éprouver la même surprise. Et peut-être même s’imaginer que le bon Mgr Fellay ment. Ou, tout au moins, raconte n’importe quoi.

Heureusement, la réserve de fiel n’est pas épuisée. Pour se prémunir contre toute question embarrassante, il suffit d’accuser Mgr Williamson et Mgr Faure de mentir eux-mêmes ! Toutes leurs déclarations affirment reconnaître les autorités romaines ? Qu’à cela ne tienne ! C’est tout simplement qu’ils ne pensent pas ce qu’ils disent. Ce ne sont que des paroles en l’air, des formules creuses, des tournures de rhétorique. Et Menzingen, qui sait mieux qu’eux-mêmes ce qu’ils pensent réellement, complète : « Toutes les déclarations […] prouvent à l’envi qu’ils ne reconnaissent plus les autorités romaines, si ce n’est de façon purement rhétorique. »

C’est ce qu’on appelle, en bon français, un procès d’intention. La tactique préférée des subversifs (communistes, maçons, etc.), car elle est très difficile à contrer. Vous pouvez répondre ce que vous voulez, peu importe, puisqu’on a posé en principe que vous ne pensez pas réellement ce que vous dites ! Affirmez dix fois que vous reconnaissez bel et bien les autorités romaines, prenez même la peine de réfuter les arguments sédévacantistes : on se contentera de répondre que votre insistance sur ce point est bien louche et confirme, une fois de plus, que vous ne reconnaissez pas du tout les dites autorités « si ce n’est de façon purement rhétorique ».

Simple question à Mgr Fellay : en conscience, et devant Dieu, est-il vraiment certain que ce procédé polémique est pleinement conforme à l’Évangile ?

 

II. — Tout miel !

 

Mais le plus impressionnant, c’est le contraste.

Après tout, Menzingen souffrait peut-être d’une rage de dent ou d’une mauvaise nuit quand il a rédigé son communiqué. Cela pourrait expliquer le fiel.

Mais le miel ?

Car enfin, relisez attentivement : n’est-il pas évident qu’on a écarté de ce communiqué toute expression qui pourrait constituer ne serait-ce que l’ombre d’un risque de déplaisir à la Rome conciliaire ?

 

1. « État de nécessité » sans cause identifiée

 

« La FSSPX réaffirme que l’état actuel de nécessité dans l’Église légitime son apostolat de par le monde. » — Mais d’où provient cet état de nécessité ? Il semble flotter dans l’air, sans cause ni explication autre que le malheur des temps. Menzingen le mentionne comme on constaterait la pluie ou le soleil, et ne rappelle pas une seule fois que le mal vient d’abord du pape et du Saint-Siège qui répandent depuis 50 ans des erreurs mortelles pour les âmes.

 

Chut ! Chut ! Chut ! Attention ! Vous allez offenser Rome !...

 

2. Des évêques limités à la distribution des sacrements

 

Mgr Lefebvre a sacré des évêques pour qu’ils puissent ordonner des prêtres, c’est certain, mais aussi défendre la foi et combattre les erreurs actuelles. Surtout les erreurs modernistes et libérales, diffusées par la hiérarchie conciliaire.

Apparemment, c’est terminé. Pour Menzingen, les évêques ne doivent plus combattre les erreurs. Le communiqué explique que Mgr Lefebvre a sacré des évêques, en 1988, « dans le seul but de permettre [aux] fidèles de recevoir les sacrements par le ministère des prêtres qui seraient ordonnés par ces évêques ».

« Le seul but » : l’état de nécessité, dans l’Église, se limite aux sacrements. — Et la crise doctrinale ? Et les erreurs de la Rome conciliaire, de tendance néo-moderniste et néo-protestante, si souvent dénoncées par Mgr Lefebvre ?

 

Chut ! Chut ! Chut ! Attention ! Vous allez offenser Rome !...

 

3. Des erreurs qui viennent on ne sait d’où

 

Il y a pourtant des erreurs. Menzingen indique même qu’il faut s’y opposer. Dans son martial élan, le communiqué va jusqu’à déclarer courageusement que la Fraternité doit s’opposer aux erreurs « d’où qu’elles viennent ». Ah ! comme il sonne bien, ce « d’où qu’elles viennent » ! Et justement, d’où viennent-elles ? On n’en saura pas plus !

 

Chut ! Chut ! Chut ! Attention ! Vous allez offenser Rome !...

 

Accusé par Mgr Williamson de mollir face à la Rome conciliaire, Mgr Fellay aurait pu profiter de l’occasion pour prouver qu’il n’en est rien. Quelques mots contre la Rome néo-moderniste et néo-protestante auraient été particulièrement adaptés. La situation semblait même les exiger. Eh bien non ! Rien ! Pas un traître mot ! Mgr Williamson et Mgr Faure sont vilipendés, mais la Rome moderniste n’est aucunement dénoncée.

 

Et là, de deux choses l’une :

– Soit (soupçon complotiste) le nouveau responsable de la communication de Menzingen est un allié secret de Mgr Williamson : il travaille perfidement à discréditer Mgr Fellay en publiant, en son nom, des communiqués à facture libérale (mielleux pour les ennemis de la foi, fielleux pour ses défenseurs).

– Soit il exprime réellement la pensée de Mgr Fellay. Et alors, on comprend les félicitations que Mgr Pozzo a aussitôt adressées à la FSSPX pour ce beau communiqué.

 

P.S. Considération accessoire.

 

Il est curieux que Menzingen s’exprime toujours comme si l’état de nécessité qui sévit dans l’Église était sa chasse gardée ou sa propriété privée. Seule la FSSPX semble pouvoir l’invoquer pour justifier son apostolat.

Finalement, Menzingen semble s’attribuer une suprême juridiction extraordinaire à peu près comme le pape exerce la suprême juridiction ordinaire. Cette perspective expliquerait pourquoi Menzingen se croit autorisé à « dénoncer » le sacre de Mgr Faure : il porte atteinte à son monopole.

Si ce n’est pas cela, qu’est-ce donc ? Une prélature personnelle déjà accordée par Rome – secrètement – à Mgr Fellay ?

 

 

 


Lette ouverte aux autorités de la Fraternité Saint-Pie X

 

Beaumont, le 21 mars 2015

 

Mgr Bernard Fellay, Mgr Tissier de Mallerais, Mgr de Galarreta.

Les autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

 



Excellences, Messieurs les abbés,

 


Mes lettres précédentes à vos Excellences Mgr Fellay et Mgr de Galarreta n’ayant pas reçu de réponse, et vu l’urgence de la situation, je me permets de vous envoyer cette lettre ouverte.

Comme la pression de la part de la Rome moderniste augmente, depuis le 23 septembre 2014 et surtout depuis la consécration de Mgr Faure par Mgr Williamson, j’estime qu’il est de mon devoir de vous faire part de mes sentiments vis-à-vis de la situation.

Le communiqué de presse officiel du Vatican du 23 septembre 2014 (qui n’a jamais été contredit par la Fraternité) disait : « Les parties, qui ont examiné certaines questions d’ordre doctrinal et canonique, ont convenu de procéder par paliers, mais dans un délai raisonnable vers le dépassement des difficultés. Et ce dans la perspective désirée d’une pleine réconciliation. »

Par ailleurs, Mgr Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei dans un entretien, le 20 mars 2015, à I.MEDIA, La Croix, dit : « Le pape attend que la Fraternité Saint-Pie X décide d’entrer [dans l’Église] et nous sommes toujours disponibles, avec un projet canonique qui est déjà connu. Il faut un peu de temps pour que les choses s’éclaircissent en interne et que Mgr Fellay puisse obtenir un consensus assez élargi avant d’accomplir ce geste. » 

Par la présente, je vous fais part, Excellences, Messieurs les abbés, que je ne puis, en conscience, faire partie de ce consensus pour une reconnaissance canonique de la Fraternité par les autorités conciliaires, que je reconnais par ailleurs comme légitimes, tout comme le grand prêtre Caïphe était l’autorité religieuse légitime de la seule vraie religion. Par ce que Mgr Lefebvre qualifiait de « mystère d’iniquité », les autorités conciliaires, tout comme Caïphe, se servent de leur autorité légitime pour combattre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Église. D’autre part, la Fraternité ayant été fondée avec la pleine reconnaissance canonique de la part de l’Église en 1970, et ce statut canonique lui ayant été retiré injustement pour seul motif de refus des réformes empoisonnées du concile Vatican II, le fait même de demander ou d’accepter un statut canonique qu’elle possède toujours pleinement, de droit, est mensonger et trompeur.

Par conséquent, je vous supplie, pour l’honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant et de son Église, de ne pas accepter une « pleine réconciliation » avec les autorités conciliaires, grâce à un « dépassement des difficultés » ; reconnaissance qui ne peut qu’être au mieux faite sur des bases ambiguës et illusoires. Dans les circonstances actuelles, un cessez-le-feu doctrinal (qui malheureusement semble déjà avoir commencé à se manifester) serait en effet un manque grave au devoir de défendre la foi puisque celle-ci est attaquée ouvertement et de façon grave par la « Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante ». Je ne pourrai pas, en conscience, me rallier à un tel abandon. Je vous supplie pareillement de condamner publiquement la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 en explicitant ce en quoi elle est condamnable.

 

Je vous prie d’accepter, Excellences, Messieurs les abbés, mes plus respectueuses salutations en Jésus et Marie.

Jean-Louis De Vriendt       

 

 

 

Un aveu de Menzingen

 

 

par dom Thomas d’Aquin O.S.B.

 

 

Le communiqué de Menzingen du 19 mars, bien que bref, nous apprend bon nombre de choses. Entre autres, on y trouve un aveu : à savoir que Mgr Williamson a été expulsé de la Fraternité Saint-Pie X à cause de son opposition à la politique de ralliement de Mgr Fellay.

Jusqu’à présent Menzingen parlait de désobéissance : Mgr Williamson était un indiscipliné, un mauvais sujet qui n’obéit pas aux ordres reçus. Maintenant, Menzingen avoue la vraie raison : « les vives critiques » de Mgr Williamson au sujet des relations de Menzingen avec Rome. De même pour Mgr Faure. Voilà leur tort.

L’affaire de la lettre des trois évêques à Mgr Fellay et à ses assistants n’a pas été digérée. Des rapports avec Rome, Mgr Lefebvre en a bien eus, mais avec l’espoir que Rome se reprendrait, ferait marche arrière. En fait, c’était plutôt Mgr Lefebvre qui menait l’affaire, avec une certitude invincible, parce que son critère était la foi de toujours. Même en agissant de la sorte, il a failli tomber dans le piège de Rome. « Je suis allé trop loin », a-t-il dit.

Par contre, avec Mgr Fellay, les choses se passent bien autrement. Ce n’est pas lui qui mène l’affaire. Ce n’est pas lui qui a la force de dire à Rome : « C’est moi, l’accusé, qui devrais vous juger. » Non, Mgr Fellay ne se pose pas comme juge des erreurs de Rome. Il se pose plutôt comme un coupable « en situation irrégulière », qui doit rentrer dans le rang et qui a bien du mal parce que « sa » Fraternité ne le suit pas.

Ouvrons une parenthèse. Juger Rome ? N’est-ce pas là le rôle des supérieurs et non des inférieurs ? Bien sûr. Mais ce sont les supérieurs qui ont déjà jugé. C’est Quanta Cura, Pascendi, Quas Primas, etc., qui condamnent les papes libéraux. C’est Rome, la Rome éternelle, qui a déjà jugé la Rome néo-moderniste et néo-protestante. Cela, Mgr Fellay semble vouloir l’oublier et le faire oublier avec son « Église concrète d’aujourd’hui ». Fermons la parenthèse.

Mgr Williamson bloquait les démarches de Menzingen. Il constituait une entrave. On le savait bien, mais la maison générale donnait une autre version. Maintenant, elle avoue. Ce sont « les vives critiques » de Mgr Williamson contre son opération suicide qui ont été la cause de son expulsion. Il était temps que Menzingen le dise. Maintenant, c’est fait.

Menzingen fausse cependant l’affaire en disant que ces vives critiques portaient sur « toute relation avec les autorités romaines ». Non. Cela n’est pas vrai. Elles portent sur le ralliement qui mettrait la Fraternité Saint-Pie X sous le joug moderniste et libéral par lequel le démon essaye d’arriver à ce que Corção appelait « le péché terminal » : faire tomber les derniers bastions dans un ultime et monumental affront à Dieu.

A cela il ne saurait être question de prêter notre concours. Le démon n’arrivera pas à ses fins, parce que Notre Dame y veille : Ipsa conteret. Voilà notre espérance. Elle ne sera pas déçue, si nous sommes fidèles par la grâce de Dieu : Fidelis inveniatur.

(22 mars 2015.)     

 


 

Entretien avec Mgr Jean-Michel Faure

 

 

Cet entretien est paru sur le site « Non possumus » le 25 mars 2015.

Le Sel de la terre.

 

– Monseigneur, certains s’interrogent sur les motifs pour lesquels votre consécration fut réalisée avec autant de discrétion. N’aurait-il pas été préférable de donner une plus grande publicité à un événement aussi heureux ?

La consécration a dû être réalisée ainsi pour ne pas être empêchée. La situation de Mgr Williamson restant délicate. Nous avons choisi ce monastère d’accès assez difficile qui permettait certaines mesures de sécurité. En outre les installations ici sont suffisantes et l’on dispose d’un bon nombre de ministres pour la liturgie. Avant tout il s’agissait d’éviter toute manifestation et la cérémonie s’est parfaitement déroulée.

– Monseigneur, pouvez-vous nous parler de la signature du protocole de 1988 ? Étiez-vous avec Mgr Lefebvre à ce moment là ?

Non, j’ai appris la nouvelle comme les autres membres de la FSSPX. Le 5 mai 1988 Mgr Lefebvre a signé un protocole en vue d’un accord avec Rome selon lequel le pape lui reconnaissait le droit de consacrer un évêque choisi parmi les prêtres de la Fraternité. Cela était alors considéré comme nécessaire pour assurer la survie de l’œuvre de Mgr Lefebvre après sa mort, mais cela fut aussi l’hameçon utilisé pour obtenir la signature de Monseigneur. Je pense que Mgr Lefebvre eut alors un moment – très bref – de faiblesse, comme ce fut le cas de sainte Jeanne d’Arc et, comme elle, il écrivit après « la plus mauvaise nuit de sa vie » une lettre de rétractation à son interlocuteur du Vatican, par laquelle le protocole se trouvait annulé. Mgr Fellay ne peut prétendre imiter la conduite de Mgr Lefebvre en se basant sur ce moment de faiblesse, au sujet duquel il a déclaré : « Je suis allé trop loin. » Quant à la diplomatie, Mgr Lefebvre ne se faisait aucune illusion sur ses interlocuteurs romains. Bon nombre de ses déclarations montrent sa détermination qui apparaît particulièrement dans sa déclaration fondamentale de 1974 sur les deux Rome, qui n’a rien de diplomatique, la Rome éternelle et la Rome moderniste, les deux Églises : catholique et conciliaire. Mgr Fellay, dans la mesure où il confond la Rome actuelle, officielle, moderniste avec la Rome éternelle se rend infidèle à la Rome éternelle, maîtresse de vérité. Il confond aussi l’Église conciliaire, dont Mgr Lefebvre a tant parlé et l’Église catholique. Pour Mgr Fellay il n’y a qu’une seule Église et une seule Rome : c’est l’antithèse de la position de Mgr Lefebvre.

– Monseigneur, ces jours-ci nous avons pu lire de nombreuses critiques contre vous-même. Le diable ne semble guère apprécier votre consécration. Que nous dites-vous à ce sujet ?

La raison en est que nous prétendons suivre le plus fidèlement possible la ligne de Mgr Lefebvre, et c’est pour quoi nous recevons des attaques de la gauche et de la droite, exactement comme Mgr Lefebvre.

– De la gauche et de la droite ?

Oui. À gauche se trouvent ceux qui ont entrepris d’intégrer la FSSPX à l’Église conciliaire et à droite se trouvent les sédévacantistes. Le sédévacantisme est une simplification excessive du problème (parfois non exempte de sentiments qu’on peut comprendre) et qui n’a pas été acceptée, après avoir été longuement étudiée par Mgr Lefebvre avec les théologiens et les canonistes qu’il consultait régulièrement. On pourrait parler d’une véritable grâce d’état de Mgr Lefebvre dans un rôle semblable à celui de saint Athanase, face au modernisme. Pour nous il ne fait pas de doute que la Providence l’a suscité pour nous guider dans cette crise de l’Église qui empire dans ses conséquences mais qui reste substantiellement la même. On ne peut dire que François ait une responsabilité plus grande que Paul VI ou Jean-Paul II dans le développement de cette crise à laquelle firent face Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, le père Calmel et tant d’autres grands théologiens.

– Cependant Menzingen prétend que vous-même et Mgr Williamson reconnaissez les autorités romaines « d’une façon purement rhétorique ».

Ni plus ni moins que Mgr Lefebvre. C’est la raison pour laquelle les sédévacantistes nous attaquent également et d’une façon assez violente.

– Monseigneur, priez-vous, à la messe, pour le pape François ?

Je suis les instructions de Mgr Lefebvre à ce sujet : prier pour le pape et dénoncer ses hérésies, selon l’exemple de saint Athanase et de tant d’autres saints qui eurent à s’opposer au pape de leur époque dans des circonstances difficiles.

– Au sujet de ces papes libéraux et modernistes et de la question de l’Église catholique et de l’Église conciliaire, suivez-vous la position que les dominicains d’Avrillé exposent dans leur étude intitulée « Une hiérarchie pour deux Églises » ?

Oui.

– Continuons sur la question du pape. Dans l’entrevue précédente nous demandions à l’Abbé Faure ce qu’il ferait s’il était invité à une entrevue avec le pape François. Maintenant nous demandons à Mgr Faure ce qu’il dirait à François.

Avant tout, je dis qu’une telle entrevue est pratiquement irréalisable, car une condition sine qua non est la présence de Mgr Williamson et d’autres prêtres de nos amis, étant exclu absolument tout type de « négociation » en vue d’un accord quel qu’il soit tant que, comme le disait Mgr Lefebvre, n’ait lieu une conversion radicale de Rome, acceptant, en fait et en droit, toutes les encycliques antérieures au concile Vatican II, ainsi que les condamnations du libéralisme et du modernisme qu’elles contiennent, ce qui apparemment n’arrivera pas avant la troisième guerre mondiale (qui parait proche). Je dirais au pape, comme Mgr Lefebvre : « A quelle Église appartenez-vous, à l’Église catholique ou à une falsification de l’Église ? Votre fonction est de confirmer vos frères dans la foi. » Je lui rappellerai ces paroles saint Paul : « Votre autorité est pour édifier, et non pour détruire (2 Cor 13, 10) », pour édifier et non pour détruire la foi et la morale des catholiques. Je lui dirais aussi ceci citant Mgr Lefebvre : « Êtes-vous d’accord avec toutes les grandes encycliques antérieures à Jean XXIII et avec tous les papes jusqu’à Pie XII compris ? Êtes-vous en pleine communion avec ces papes et avec leurs enseignements ? Acceptez-vous le serment antimoderniste ? Êtes-vous en faveur du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ ? Si vous n’acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs il est inutile de parler avec Vous. C’est parce que nous sommes fidèles à la Rome éternelle que nous nous voyons obligés de nous séparer de la Rome moderniste et libérale actuelle et officielle. » Ce n’est pas parce que Menzingen se laisse séduire qu’un Mgr Williamson ou moi tomberions dans le même piège, avec la grâce de Dieu.

– Revenons aux critiques et mensonges à votre sujet, certaines sont franchement ridicules. Veuillez nous pardonner cette question que nous posons afin d’honorer la vérité et de protéger quelques âmes simples et excessivement crédules. Pouvez-vous nous parler des circonstances qui ont entouré l’enterrement de votre père ?

Le 3 mars 1986, le corps de mon père fut ramené chez moi pour être veillé. Il fut placé sur mon lit et non sur le sol comme le prétendent faussement les calomnies des sédévacantistes. Qu’ils donnent le nom de leurs témoins ! Personnellement je peux nommer l’abbé Canale FSSPX qui a célébré la messe de Requiem, l’abbé Ricardo Olmedo FSSPX, les professeurs du séminaire qui connaissent les faits, les séminaristes qui sont aujourd’hui prêtres, l’abbé Schmidberger FSSPX, qui se trouvait à la messe et au cimetière et aussi les membres de la famille Masuda, qui furent de grands bienfaiteurs du séminaire dès les débuts et qui veillèrent toute la nuit. Eux-mêmes, par la suite, accueillirent dans leur maison de campagne les vingt-cinq séminaristes qui s’enfuirent du séminaire à l’occasion de la rébellion sédévacantiste de 1989. Mon père est enterré dans le petit cimetière du séminaire où sa tombe est bien visible. Les séminaristes et de nombreux prêtres et fidèles assistèrent à la messe. Il n’y eut dans cet épisode rien de spécial et rien à cacher, sinon que l’on trouve en cela un exemple de la logique sédévacantiste pour pouvoir dire que Mgr Faure est juif : je suis né en Algérie ; or, les juifs sont nombreux en Algérie ; donc je dois être juif ! Mais comme les musulmans sont beaucoup plus nombreux, ne serais-je pas un musulman marrane ? Contre ces calomnies et ces inventions ridicules, je dispose en France d’un arbre généalogique bien fait que je rendrai public lors de mon retour.

– Que pouvez-vous nous dire de la crise qui eut lieu au séminaire d’Argentine en 1989 ? On vous accuse aussi à ce sujet.

Au sujet de la crise du séminaire de Buenos Aires, je dois dire que je suis arrivé à Mexico le 24 septembre 1985, cinq jours après le terrible tremblement de terre, après avoir été nommé supérieur du district du Mexique ; or, cette crise eut lieu en 1989 dans le cadre de la rébellion sédévacantiste contre Mgr Lefebvre. Le directeur, un professeur et plusieurs prêtres de cette tendance avaient influencé la moitié des séminaristes de La Reja, qui, en 1989, attendirent la visite de l’abbé Schmidberger pour quitter en masse le séminaire et s’en aller dans un « séminaire » construit par un groupe de laïcs mexicains. Échec total : un petit groupe d’entre eux se rendit dans un monastère abandonné près de Cordoba, Argentine, et ensuite dans les environs de Lujan et finalement à El Boson (au sud de l’Argentine). Donc il est évidemment faux que le prétendu scandale de l’enterrement de mon père, survenu trois ans avant, ait provoqué la sortie immédiate de ces vingt-cinq séminaristes. Mgr Tissier a relaté ces faits dans la biographie de Mgr Lefebvre (page 546, 2e édition corrigée, Clovis, 2002).



Entretien de Mgr Faure avec Rivarol

 

 

Ces propos recueillis par Jérôme Bourbon ont été publiés dans le journal Rivarol daté du jeudi 2 avril 2015. Rivarol est favorable au sédévacantisme, ce qui explique certaines questions. Il est regrettable qu’aucune question n’ait été posée à Mgr Faure sur la situation à Rome, qui est le principal problème actuel (mais dans la perspective sédévacantiste, ce n’est pas un problème, puisque François n’est pas pape !).

Le Sel de la terre.

 

 

– RIVAROL : Pour quelles raisons avez-vous accepté d’être sacré évêque le 19 mars au Brésil par Mgr Richard Williamson ?

Monseigneur Jean-Michel FAURE : Pour servir l’Église, pour la gloire de Dieu, pour le salut des âmes. Un évêque est puissant pour tout cela, à condition de rester fidèle. Le but principal de cette transmission est de conférer la grâce de l’ordre sacerdotal et la grâce du sacrement de confirmation. Mgr Williamson ne pouvait voyager dans le monde entier.

– R. : Êtes-vous certain que la Fraternité Saint-Pie X va se rallier au Vatican ?

Mgr FAURE : Là où il y va des deux mystères, de la grâce de Dieu et du libre arbitre des hommes, rien n’est certain. Mais humainement parlant, Mgr Fellay donne maintes indications de sa volonté ferme de rallier l’Église conciliaire, en particulier par la visite de prélats conciliaires auprès des séminaristes et d’après les récentes déclarations de Mgr Pozzo à la suite de la dernière consécration.

– R. : Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de ne pas avoir au moins attendu un ralliement public en bonne et due forme de la FSSPX pour procéder à un acte aussi lourd de conséquences ?

Mgr FAURE : Menzingen fait glisser tout les jours un bon nombre de bons prêtres vers ce ralliement désastreux en obligeant, par exemple, les séminaires de la FSSPX à recevoir – et donc à accepter en principe – les visites de ces prélats conciliaires et œcuménistes.

– R. : Menzingen a condamné avant même le Vatican votre sacre et beaucoup plus fermement. Qu’est-ce que cela vous inspire comme réaction ?

Mgr FAURE : Menzingen a peur. Elle perd son autorité parce qu’elle n’est plus fidèle à la vérité.

– R. : L’Institut Mater Boni Consilii (IMBC) a publié le 20 mars un communiqué dans lequel il dénonce votre sacre comme sacrilège, illicite et schismatique car réalisé en reconnaissant publiquement François Ier comme vicaire du Christ tout en lui désobéissant avec un sacre sans mandat pontifical et destiné à combattre son magistère. Que répondez-vous à cette argumentation ?

Mgr FAURE : Dans la vraie Église Catholique, la foi prime sur l’autorité, parce que l’autorité n’est là, au fond, que pour servir la vérité. Or, le pape François possède bien l’autorité papale, personne d’autre n’est, ni ne peut être pape tant qu’il est en vie et ne démissionne pas, mais il ne met pas son autorité au service de la vérité, de la vraie foi et donc on n’est pas obligé devant Dieu de lui obéir plutôt qu’à Dieu.

– R. : Que répondez-vous à l’accusation d’avoir eu recours à un « mandat romain apocryphe », ce qui est jugé comme une faute grave ?

Mgr FAURE : Un mandat romain “apocryphe” s’impose lorsque la foi est en danger grave.

– R. : La soumission au pape est un dogme de foi pour les catholiques. Boniface VIII dans la bulle infaillible Unam sanctam affirme : « Nous déclarons et définissons qu’il est nécessaire pour toute créature humaine d’être soumise au Pontife romain pour faire son salut ». Dans ces conditions, comment pouvez-vous combattre fortement l’occupant du siège de Pierre et le reconnaître en même temps comme l’autorité légitime, le vicaire du Christ qui a le pouvoir des clés et l’infaillibilité doctrinale ?

Mgr FAURE : La soumission et l’obéissance au pape ne sont pas inconditionnelles, mais conditionnelles : à condition qu’elles servent Dieu en servant la foi. Détacher l’obéissance de la foi, c’est la faire servir les hommes plutôt que Dieu.

– R. : Comment peut-on dire qu’un concile œcuménique (comme se prétend être Vatican II) est faillible et peut enseigner l’erreur et l’hérésie alors que vous dites qu’il a été promulgué par un vrai pape sachant qu’un concile œcuménique promulgué par le pape est nécessairement infaillible (magistère extraordinaire) ?

Mgr FAURE : Les papes conciliaires eux-mêmes ont proclamé qu’avec les Décrets du Concile Vatican II ils ne voulaient pas engager leur Magistère infaillible. Donc l’une des quatre conditions manque pour que celui-ci ait été engagé (la volonté du pape de lier – obliger – toute l’Église).

– R. : Comment peut-on dire que la nouvelle messe et les nouveaux sacrements sont un poison pour la foi et affirmer parallèlement qu’ils ont été promulgués légalement par la sainte Église et le Vicaire de Jésus-Christ ?

Mgr FAURE : Mgr Lefebvre affirmait tout simplement que la nouvelle messe ne remplit pas l’une des conditions essentielles à une loi valide : elle est contre le bien commun. Le même argument radical de bon sens s’applique à toutes ces apparentes “lois” qui détruisent l’Église.

– R. : Ne craignez-vous pas que cette énième division parmi les traditionalistes ne décourage beaucoup de baptisés et ne les éloigne totalement de la foi et de la pratique religieuse ?

Mgr FAURE : Je ne le crains pas du tout. Comme un ami l’a dit, « cette consécration a brisé l’étau de Menzingen et permet à de bons catholiques dans le monde entier de respirer ». Pourquoi ? Parce que l’on restaure une autorité catholique qui est unie à la vérité catholique.

– R. : Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos projets en France, sur l’ouverture d’un séminaire près du couvent d’Avrillé ?

Mgr FAURE : Ce projet avance.

– R. : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes trop âgé (74 ans en août 2015) pour devenir évêque, les évêques (ou plutôt ce qui en tient lieu) partant aujourd’hui à la retraite à 75 ans ?

Mgr FAURE : Obliger les évêques à démissionner à 75 ans est une bêtise révolutionnaire, pour empêcher la vieillesse de faire valoir son expérience. Certainement la vérité catholique a besoin de nouveaux champions jeunes, mais en attendant, contentons-nous des vétérans de Mgr Lefebvre qui l’ont mieux compris qu’un grand nombre de jeunes.

– R. : Une polémique est née à propos de l’enterrement de votre père en Argentine. Des sites Internet hispaniques vous accusent d’être marrane, des ecclésiastiques qui étaient à l’époque prêtres – comme Mgr Morello, directeur du séminaire de La Reja au moment des faits –, affirment, qu’à la mort de votre père en Argentine votre famille avait procédé à des rituels judaïques et que ce scandale serait l’une des principales raisons (mais non la seule) du départ ultérieur de 25 séminaristes et de 8 prêtres du séminaire de La Reja ?

Mgr FAURE [6] : Le 3 mars 1986, le corps de mon père fut ramené chez moi pour être veillé. Il fut placé sur mon lit et non sur le sol comme le prétendent faussement les calomnies des sédévacantistes. Qu’ils donnent le nom de leurs témoins ! Personnellement je peux nommer l’Abbé Canale (FSSPX) qui a célébré la messe de Requiem, l’Abbé Ricardo Olmedo (FSSPX), les professeurs du séminaire qui connaissent les faits, les séminaristes qui sont aujourd’hui prêtres, l’Abbé Schmidberger (FSSPX), qui se trouvait à la messe et au cimetière et aussi les membres de la famille Masuda, qui furent de grands bienfaiteurs du séminaire dès les débuts et qui veillèrent toute la nuit. Eux-mêmes, par la suite, accueillirent dans leur maison de campagne les vingt-cinq séminaristes qui s’enfuirent du séminaire à l’occasion de la rébellion sédévacantiste de 1989. Mon père est enterré dans le petit cimetière du séminaire où sa tombe est bien visible. Les séminaristes et de nombreux prêtres et fidèles assistèrent à la messe. Il n’y eut, dans cet épisode, rien de spécial et rien à cacher, sinon que l’on trouve en cela un exemple de la logique sédévacantiste pour pouvoir dire que Mgr Faure est juif : je suis né en Algérie : les juifs sont nombreux en Algérie ; donc je dois être juif! Mais comme les musulmans sont beaucoup plus nombreux, ne serais-je pas un musulman marrane ? Contre ces calomnies et ces inventions ridicules, je dispose en France d’un arbre généalogique bien fait que je rendrai public lors de mon retour.

Au sujet de la crise du séminaire de Buenos Aires, je dois dire que je suis arrivé à Mexico le 24 septembre 1985, cinq jours après le terrible tremblement de terre, après avoir été nommé supérieur du district du Mexique, mais cette crise eut lieu en 1989 dans le cadre de la rébellion sédévacantiste contre Mgr Lefebvre. Le directeur (NDLR : l’abbé Morello, aujourd’hui Mgr Morello), un professeur (NDLR : l’abbé Medina) et plusieurs prêtres de cette tendance, avaient influencé la moitié des séminaristes de La Reja, ceux qui, en 1989, attendirent la visite de l’Abbé Schmidberger pour quitter en masse le séminaire et s’en aller dans un “séminaire” construit par un groupe de laïcs mexicains. Échec total: un petit groupe d’entre eux se rendit dans un monastère abandonné près de Cordoba, en Argentine, et ensuite dans les environs de Lujan et finalement à El Boson (au sud de l’Argentine). Donc il est évidemment faux que le prétendu scandale de l’enterrement de mon père, survenu trois ans avant, ait provoqué la sortie immédiate de ces vingt-cinq séminaristes. Mgr Tissier a relaté ces faits dans la biographie de Mgr Lefebvre (page 546, 2e édition corrigée, Clovis, 2002).

– R. : Ne craignez-vous pas d’être pris en sandwich, si vous me permettez, Monseigneur, cette expression familière, entre la Fraternité Saint-Pie X à “gauche” et les sédévacantistes à “droite”, les deux, pour des raisons certes différentes, vous accusant d’être schismatique et d’entrer dans une logique sectaire et non catholique ?

Mgr FAURE : Au nom du Ciel, existe-t-il une Vérité au-dessus de tous les hommes, oui ou non ? Si oui, zut aux libéraux, et zut aux sédévacantistes ! Pour cette vérité volontiers on jouera le rôle de sandwich. Le prêtre est un homme mangé, disait le Curé d’Ars !

– R. : Vous vous réclamez de la Tradition. Mais qui est l’interprète authentique et le garant de la Tradition sinon le pape, sinon le magistère ? Comment donc pouvez-vous sortir de cette impasse ?

Mgr FAURE : Lisez l’Évangile de saint Jean. On y trouve une vingtaine de citations selon lesquelles Jésus en tant qu’homme exprime sa soumission absolue à la volonté de son Père, qui est au-dessus de Lui, et qui est absolue. Cette vérité et cette volonté, il les a transmises (tradidit), et voilà l’origine et l’infaillibilité de la Tradition, qui est donc elle aussi au-dessus des papes, a fortiori, ayant été au-dessus de Jésus (en tant qu’homme). Voilà ce que perdent de vue tous les conciliaristes, mais ce que Mgr Lefebvre n’a jamais perdu de vue : bien comprise, la Tradition est la mesure des papes et non les papes la mesure de la Tradition. Elle reste ce qu’elle a toujours été, indépendamment de leurs éventuelles bêtises.

Toute la raison d’être et la force de cette consécration du 19 mars, c’est sa fidélité à cette Tradition. Que Dieu nous y garde fidèle, par la très sainte Vierge Marie.

 


[1] — Introduction à l’« Adresse aux fidèles », parue dans Le Sel de la terre 88, Printemps 2014, p. 138-139.

[2] — http: //www.la-croix.com. (20 mars 2015.)

[3] — Lapsus révélateur ? L’excommunication est dite lætæ (joyeuse), au lieu de latæ (automatique). (Note du Sel de la terre.)

[4] — Non pas quelques jours, mais quelques mois plus tôt ! La TV suédoise qui avait piégé Mgr Williamson et enregistré ses propos les gardait en réserve pour les diffuser au moment opportun ! (Note du Sel de la terre.)

[5] — Côté différences, Menzingen souligne avec emphase les « quelques centaines de journalistes du monde entier » présents en 1988. Visiblement, pour Mgr Fellay c’est très important. On a envie de lui demander combien de journalistes, à son avis, étaient présents lors de la première consécration épiscopale, le soir du Jeudi Saint.

[6] — Cette réponse de Mgr Faure est pratiquement identique à celle donnée dans l’« entretien » cité plus haut (p. 165). Nous la reproduisons cependant pour conserver aux documents cités leur intégralité. (Note du Sel de la terre.)

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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 92

p. 139-169

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