Le combat politique et social chez le cardinal Pie
par l’abbé Nicolas Pinaud
Louis-François-Désiré-Édouard Pie, fils de cordonnier [1], cardinal-prêtre [2] de la sainte Église romaine au titre de Sainte-Marie-de-la-Victoire, évêque de Poitiers, est très vraisemblablement le premier à employer en langue française l’appellation de « Christ-Roi ». Il l’empruntait à la liturgie de l’office du très Saint-Sacrement : Christum Regem adoremus dominantem gentibus.
C’est lui, encore, qui prononça dans une chaire de France le premier panégyrique du Christ-Roi, lorsque, le 8 novembre 1859, il fit dans la cathédrale de Nantes, l’éloge de saint Émilien, évêque et guerrier. A cette occasion il affirma qu’« on ne changera point l’essence des choses : Jésus-Christ est la pierre angulaire de tout l’édifice social. Lui de moins, tout s’ébranle, tout se divise, tout périt [3]. »
Il consacrera toute sa vie à la prédication et à la restauration de la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Lui-même le dira à Jules Grévy, tout nouveau président de la République française, lors de la réception de la barrette cardinalice, le 26 mai 1879 :
Une obligation plus étroite m’est imposée d’employer les derniers restes de ma vie, les dernières ardeurs de mon âme, à inculquer à nos contemporains la sentence apostolique dont les trente années de mon enseignement pastoral n’ont été que le commentaire, à savoir que « personne ne peut poser un autre fondement en dehors de celui qui a été posé par la main de Dieu, et qui est le Christ Jésus », et que, pour les peuples comme pour les individus, pour les sociétés modernes comme pour les monarchies, « il n’y a point sous le ciel d’autre Nom donné aux hommes dans lesquels ils puissent être sauvés, si ce n’est le Nom de Jésus-Christ » [Ac 4, 12] [4].
Mgr Pie, successeur de saint Hilaire sur le siège épiscopal de Poitiers, restera dans l’histoire de l’Église le docteur de la Royauté sociale et politique du Christ [5].
Non seulement vous avez toujours enseigné la saine doctrine, mais avec votre talent et l’éloquence qui vous distingue, vous avez touché avec tant de finesse et de sûreté les points qu’il était nécessaire ou opportun d’éclairer, selon le besoin de chaque jour, que pour juger sainement les questions et savoir y adapter sa conduite, il suffisait à chacun de vous avoir lu…
Je modifierais volontiers : « il suffirait à chacun de vous avoir lu… »
Ces quelques lignes ont été adressées par le pape Pie IX à Mgr Pie à l’occasion de la première édition complète de ses œuvres en 1875 [6].
Nombreux sont les témoignages qui affirment que saint Pie X était un lecteur habituel des œuvres de Mgr Pie [7]. Le chanoine Vigué rapporte dans son introduction aux Pages choisies [8] ces paroles de saint Pie X à un prêtre du diocèse de Poitiers : « J’ai là tout proche les œuvres de votre cardinal et voilà bien des années que je ne passe guère de jours sans en lire quelques pages ».
Cette lecture fut-elle sans influence ? Non, bien sûr ! Il est facile de constater que plus d’un passage des actes de saint Pie X sont puisés littéralement dans les œuvres de l’évêque de Poitiers, notamment la première encyclique, E supremi apostolatus, du 4 octobre 1903, qui reproduit une partie substantielle de la première lettre pastorale de Mgr Pie datée du 25 novembre 1849, jour de son sacre à Chartres.
En 1915, à l’occasion du centenaire de la naissance du cardinal Pie, le cardinal Billot n’hésitait pas à écrire :
La grande figure de Mgr Pie n’a rien perdu de son actualité ; au contraire et plus que jamais, dans cette effroyable lutte engagée entre l’Église et la Révolution, il est pour nous l’homme de la situation, une lumière, un porte-étendard, un chef digne de figurer au premier rang parmi ces pères de notre génération, que nous devons louer, dont nous devons suivre les conseils, imiter les exemples, méditer les enseignements. […] Nous donc, qui que nous soyons, à quelque degré de la hiérarchie que nous appartenions, en quelque milieu, office, fonction, que nous nous trouvions placés, si seulement nous avons au cœur l’ambition de servir selon la mesure de nos moyens la cause sacrée de Dieu et de la sainte Église dans les temps exceptionnellement troublés que nous traversons ; nous tous, dis-je, nous n’aurons que profit à nous mettre à l’école du maître dont le déclin de l’année courante amène le centenaire et rappelle le souvenir. De lui, en effet, que de lumières à utiliser, que de précieuses indications à recueillir, que de conseils à prendre, que d’enseignements à inscrire à notre ordre du jour ! Que d’encouragements aussi à recevoir dans la lassitude et l’épuisement de la lutte [9].
Mentionnons encore le jugement de Dom Besse dans sa petite vie du cardinal Pie qui a été rééditée dernièrement à l’occasion du deuxième centenaire que nous célébrons :
Celui qui lirait avec une intelligence soutenue ses œuvres pastorales se formerait une synthèse philosophique d’une inappréciable valeur. Les hommes, prêtres ou laïques, qui désirent avoir la clef des événements dont ils sont à l’heure présente les témoins attristés, n’ont qu’à les lire et relire encore. Que de pages semblent écrites depuis quelques jours seulement, tant leur vérité saisit [10].
Enfin, le 21 février 1916, au nom de Benoît XV, le cardinal Gasparri écrivait au chanoine Vigué pour sa publication des Pages choisies du cardinal Pie [11] :
L’action que le cardinal Pie a exercée de son vivant est de celles qui doivent se perpétuer au sein du clergé français et dans l’Église universelle.
Nous ne pouvons donc mieux faire que d’aller demander à ce chevalier du Christ les principes de la restauration du règne social du Christ, notre Roi, d’autant que Mgr Pie a osé les exposer en face d’une formidable opposition de la société contemporaine.
Cette doctrine de la Royauté sociale du Christ a fait l’objet de deux excellentes études qui se complètent : la première est celle du père Théotime de Saint-Just [12] ; la seconde, plus récente, est celle du chanoine Étienne Catta, rééditée cette année, à l’occasion du 2e centenaire de la naissance de l’évêque de Poitiers. Cet exposé n’est qu’une synthèse de ces deux remarquables ouvrages, mais j’emprunte mon plan au père Théotime de Saint-Just.
1. – Jésus-Christ est Roi des nations
Les preuves scripturaires utilisées par l’évêque de Poitiers sont très nombreuses [13], mais ce passage de saint Paul – en raison même du terme qu’il contient –, « Nul ne peut poser un fondement autre que celui qui a été posé par Dieu, le Christ-Jésus » (1 Co 3, 11), peut être considéré comme le fondement de la doctrine de Mgr Pie [14]. Il en tire cette affirmation déjà citée en introduction : « Jésus-Christ est la pierre angulaire de tout l’édifice social. Lui de moins, tout s’écroule, tout se divise, tout périt… [15] », et encore celle-ci : « Jésus-Christ n’est pas facultatif... [16] »
Impossible de citer toutes les preuves scripturaires que Mgr Pie découvre dans l’Écriture. Le R.P. Longhaye, annonçant la publication des huit premiers volumes des œuvres de Mgr Pie, écrit :
« Il faut qu’il règne, Oportet autem illum regnare » ! Tout y est plein de cette pensée. Elle préoccupe dès 1844 le jeune et éloquent panégyriste de Jeanne [17]. Elle inspire en 1848 le grand vicaire de Chartres appelé, chose piquante, à bénir un arbre de la liberté [18]. L’évêque lui devra ses plus fiers accents. J’oserais presque dire qu’il lui devra tout ; car dans son enseignement répandu selon le jour et le besoin, sans intention d’unité ni de méthode, prédication solennelle, homélies familières, entretien avec le clergé, polémique avec les ministres, la pensée du règne social de Jésus-Christ reparaît toujours. Là même où elle n’est pas directement en vue, on la sent qui circule pour ainsi dire à fleur des choses, comme un feu latent qui donne à tout chaleur et vie [19].
Deux exemples tirés du panégyrique de saint Émilien illustrent ces propos du père Longhaye.
Le premier est un commentaire de saint Jean 18, 37 :
Jésus-Christ est roi ; il n’est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et des apôtres qui ne lui assure sa qualité et ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des juifs : Ubi est qui natus est, rex Judœrum ? Jésus est à la veille de mourir : Pilate lui demande : Vous êtes donc roi : Ergo rex es tu ? Vous l’avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. Écrivez donc, écrivez, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n’entendez pas le mystère. Quoi que l’on puisse alléguer et représenter, gardez-vous de changer ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que vos ordres soient irrévocables, parce qu’ils sont en exécution d’un arrêt immuable du Tout-puissant. Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en la langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, et en la langue grecque, qui est la langue des docteurs et des philosophes, et en la langue romaine qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez, maintenant, ô juifs, héritiers des promesses ; et vous, ô Grecs, inventeurs des arts ; et vous, Romains, maîtres de la terre ; venez lire cet admirable écriteau ; fléchissez le genoux devant votre Roi [20].
Le deuxième est un commentaire de la mission que Notre-Seigneur confie à ses Apôtres :
Entendez les derniers mots que N.-S. adresse à ses apôtres, avant de remonter au ciel : Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez toutes les nations. Remarquez, mes frères, Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, toutes les familles, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement : Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez la sépulture religieuse aux morts. Sans doute, la mission qu’il leur confère, comprend tout cela, mais elle comprend plus que cela, elle a un caractère public, social, car Jésus-Christ est le roi des peuples et des nations. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie ses apôtres et son sacerdoce vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous sa doctrine et sa loi. Leur devoir, comme celui de saint Paul, est de porter le nom de Jésus-Christ devant les nations et les rois et les fils d’Israël [21].
Si Jésus-Christ demande à ses Apôtres de prêcher son règne social, c’est qu’il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. C’est pourquoi il le fait demander par tout chrétien dans la prière du Pater.
Jamais, le divin fondateur du christianisme n’a mieux révélé à la terre ce que doit être un chrétien que quand il a enseigné à ses disciples la façon dont ils devaient prier. En effet, […] c’est dans la formule élémentaire qu’en a donnée Jésus-Christ qu’il faut chercher tout le programme et tout l’esprit du christianisme. Écoutons donc la leçon actuelle du Maître. Vous prierez donc ainsi, dit Jésus. Notre Père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. […] Le chrétien, ce n’est donc pas, comme semble le croire et comme l’affirme tous les jours et sur tous les tons un certain monde contemporain, ce n’est donc pas un être qui s’isole en lui-même, qui se séquestre dans un oratoire indistinctement fermé à tous les bruits du siècle et qui, satisfait pourvu qu’il sauve son âme, ne prend aucun souci du mouvement des affaires d’ici-bas. Le chrétien, c’est le contre-pied de cela. Le chrétien, c’est un homme public et social par excellence. […] Jésus-Christ, en traçant l’oraison dominicale, a mis ordre à ce qu’aucun des siens ne pût accomplir le premier acte de la religion qui est la prière, sans se mettre en rapport, selon son degré d’intelligence et selon l’étendue de l’horizon ouvert devant lui, avec tout ce qui peut avancer ou retarder, favoriser ou empêcher le règne de Dieu sur la terre [22].
Jésus-Christ est Roi des nations. Mgr Pie le prouve par l’Écriture. Mais quels sont ses titres à la royauté ? Leur importance n’a pas échappé à l’évêque de Poitiers. Il les indique dans son panégyrique de saint Émilien :
Elle date de loin et elle remonte haut cette universelle royauté du Sauveur. En tant que Dieu, Jésus-Christ était roi de toute éternité ; par conséquent, en entrant dans le monde, il apportait avec lui déjà la royauté. Mais ce même Jésus-Christ, en tant qu’homme, a conquis sa royauté à la sueur de son front, au prix de son sang [23].
Sont affirmés ici les droits de naissance et de conquête.
Assurément le nom et l’attribut de Maître et Dominateur suprême appartient par droit de nature au Fils de Dieu fait homme : c’était l’apanage obligé de la personnalité divine.
Mais, à son droit de naissance, il a eu la noble ambition de joindre le droit de conquête, il a voulu posséder à titre de mérite, et comme conséquence des actes de sa volonté humaine, ce que la nature divine lui octroyait déjà par collation.
Quel a été le prix de cette conquête ?
Dans son épître aux Philippiens, saint Paul nous l’apprend : « Étant l’image vivante et consubstantielle du Père, et ne commettant point d’usurpation en revendiquant d’être égal à Dieu, il s’est pourtant anéanti lui-même, […] il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix. Voilà pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. » Chacune des paroles du texte sacré a besoin d’être pesée. Entendez-vous : Exinanivit semetipsum. Il s’est anéanti lui-même. […] C’est librement, c’est par choix, c’est par amour pour nous, que le Fils de Dieu, égal et consubstantiel à son Père, a résolu de s’abaisser jusqu’à prendre notre nature. Puis, ayant poursuivi ce dessein, c’est par un acte méritoire de sa volonté humaine et de ses facultés créées que, non content de s’être fait homme, il s’est fait esclave, qu’il a choisi la confusion de préférence à la gloire, la pauvreté de préférence à la richesse, la souffrance de préférence à la joie et finalement qu’il a poussé le sacrifice jusqu’à l’acceptation de la mort et de la mort de la croix.
Or, dit le grand Apôtre, à cause de cela, propter quod et abstraction faite du nom, du rang et de l’empire que lui assurait sa céleste origine, Dieu l’a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom en l’établissant, à un titre nouveau, celui de conquête, Roi, Maître et Dominateur suprême.
La conclusion s’impose :
Tout genou, omne genu, toute langue, omnis lingua. N’établissez donc point d’exceptions là où Dieu n’a pas laissé place à l’exception : in eo enim quod omnia ei subjecit, nihil dimisit non sujectum. L’homme individuel et le chef de famille, le simple citoyen et l’homme public, les particuliers et les peuples, en un mot tous les éléments quelconques de ce monde terrestre doivent la soumission et l’hommage à Jésus Roi [24].
Conséquence : les nations doivent obéissance au Christ
Tous, nous avons la rigoureuse obligation de reconnaître Jésus-Christ comme Roi et de nous soumettre à ses lois. Pas seulement les individus, mais également les peuples eux-mêmes, en tant que peuples, avec leurs chefs. Ainsi parlent David et Isaïe :
Venez, ô patries des peuples, venez apporter au Seigneur l’honneur et la gloire, venez lui offrir la gloire due à son nom. Prenez des victimes et entrez dans ses parvis. Que toute la terre soit émue devant sa face, dites parmi les nations que le Seigneur a régné [Ps 95].
Tous les rois de la terre l’adoreront, toutes les nations le serviront. Les peuples marcheront dans sa lumière, les rois dans la splendeur de son lever [Ps 71].
Épanchez, Seigneur, le flot de votre courroux sur les nations qui n’ont pas voulu vous connaître et sur les royaumes qui n’ont pas invoqué votre nom. Toute nation et tout royaume qui ne vous aura pas servi, périra [Is 40, 12].
Mgr Pie précise que le règne de Dieu, de Jésus et de l’Église, c’est une même identité :
Le règne visible de Dieu sur la terre, c’est le règne de son Fils incarné, et le règne visible du Dieu incarné, c’est le règne permanent de son Église [25].
Le dogme catholique consiste tout entier dans l’enchaînement de ces trois vérités : un Dieu qui réside au ciel ; Jésus-Christ, le Fils de Dieu, envoyé vers les hommes ; l’Église, organe et interprète permanent de Jésus-Christ sur la terre. Or ces trois vérités liées l’une à l’autre sont le triple faisceau qu’il est impossible de rompre. Mais ne touchez pas à une seule de ces vérités, bientôt il ne resterait plus rien des deux autres [26].
Ailleurs, mais toujours dans les Œuvres sacerdotales [27], l’abbé Pie nous explique très finement pourquoi il en coûte toujours peu de parler de Dieu, mais beaucoup plus de parler de Jésus-Christ et de l’Église :
Il est des hommes qui parlent emphatiquement de Dieu, de l’Être suprême : cela coûte peu. Après tout, Dieu c’est une sorte d’abstraction, tant qu’il reste dans son ciel, il n’est pas trop à craindre, et puis notre raison lui donne les couleurs que nous voulons qu’il ait. Mais Jésus-Christ, c’est-à-dire Dieu fait homme, Dieu au milieu de nous, Dieu parlant, commandant, menaçant, ah ! voilà qui est beaucoup trop sérieux. Que Dieu règne sur nous du haut du ciel, à la bonne heure ! mais celui-ci : hunc, nous n’en voulons point : Nolumus hunc regnare super nos.
D’autres admettent encore Jésus-Christ et son Évangile. Jésus-Christ a prouvé sa divinité, il faut bien y croire. Il nous a donné l’Évangile, il faut bien le recevoir. D’ailleurs, l’Évangile renferme de grandes beautés. Certains hommes protègent l’Évangile. Passe donc pour l’Évangile ! Mais l’Église catholique, avec son tribunal suprême, son interprétation sévère et inflexible de chaque mot de l’Écriture, ah ! voilà qui est beaucoup trop précis ; il n’y a pas même un petit raisonnement à glisser entre la vérité et nous. L’Évangile, à la bonne heure ! mais cette Église, ce corps enseignant, ce pape, ce concile, hunc, nous n’en voulons point : Nolumus hunc regnare super nos. Il est encore d’autres hommes qui acceptent la religion telle qu’elle est ; ils aiment la religion, elle est nécessaire ; elle a été avant nous, elle sera après. Mais les prêtres, c’est-à-dire les instruments immédiats, les seuls instruments par lesquels la religion, sortant de la généralité puisse s’appliquer à l’individu, à l’homme, oh ! c’est autre chose. La religion, c’est une sorte d’abstraction encore qui ne gêne pas beaucoup. La religion, par exemple, dit bien qu’il faut se confesser ; mais s’il n’y avait qu’elle, elle ne confesse pas, la religion ; mais le prêtre, l’homme de la religion, l’homme de la confession, oh ! voilà qui nous touche de trop près. La religion, oui, mais le prêtre, celui-ci, hunc, nous n’en voulons pas : Nolumus hunc regnare super nos.
Quelques citations des œuvres épiscopales :
Dieu s’étant incarné dans le Christ et le Christ continuant de vivre, d’enseigner et d’agir dans son Église, tout ce qui dépend de Dieu dans l’ordre des choses spirituelles, religieuses et morales dépend conséquemment de Jésus-Christ et de l’Église [28].
Il n’y a pas de force hors de Dieu. Dieu n’est pas hors de son Christ. Le Christ n’est pas hors de l’Église [29].
Dès là que le symbole de notre foi nous apprend que Dieu, par l’incarnation de son Fils, est descendu dans son œuvre, qu’il a donné son Évangile à la terre et qu’il y a institué une puissance souveraine pour l’interpréter et l’appliquer, les devoirs des peuples envers Jésus-Christ se confondent avec leurs devoirs envers Dieu [30].
Certains, pour refuser le règne social, objecteront que le Christ a affirmé : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Mgr Pie le concède : le royaume du Christ est d’abord un royaume spirituel, établi non par les armes, mais par la puissance divine. Mais ceci ne signifie nullement que le Christ ne veuille pas régner socialement [31].
D’autres craignent un retour à la théocratie de l’ancien Testament. Après avoir prouvé qu’il n’y a aucune crainte à avoir concernant un retour à une théocratie, Mgr Pie rappelle que, quelle que soit la forme de gouvernement, elle doit soumission à Dieu.
D’autres encore souhaitent seulement que l’Église soit libre dans l’État libre. Mgr Pie reconnaît là le régime de droit commun – la vérité au milieu de l’erreur –, un régime qui peut être acceptable dans des situations d’exception, mais un régime qui n’est pas conforme au principe qu’il rappelle dans sa Troisième instruction synodale [32] : puisque les peuples, en tant que peuples, dépendent du Créateur, ils doivent, en tant que peuples, reconnaître son autorité. Ils doivent à Dieu un hommage public, social, national.
2. – L’apostasie des nations modernes et ses conséquences
Cette Royauté sociale du Christ est-elle acceptée par les nations et par les peuples ?
Qu’en est-il du passé ?
L’histoire montre que pendant de longs et beaux siècles, le droit chrétien, qui est le code du règne social de Jésus-Christ était reconnu par la famille des nations européennes.
Le droit chrétien, écrit Mgr Pie dans sa troisième synodale, a été pendant mille ans le droit général de l’Europe et il a été pour elle, en même temps que la source de tous les bienfaits, un principe de gloire incomparable, car, nous ne craignons pas de l’affirmer, l’histoire à la main, les temps et les pays chrétiens ont vu plus de grands règnes, des règnes plus purs, plus saints que les temps d’Israël. Qu’on compare les livres des Juges, des Rois et des Macchabées avec les annales des nations catholiques et qu’on dise si le désavantage est du côté qui offre ici les Charlemagne et les saint Louis, là les saint Henri d’Allemagne, les saint Étienne de Hongrie, les saint Wenceslas de Bohême, les saint Ferdinand de Castille, les saint Édouard d’Angleterre, enfin tant de princes et de princesses non moins illustres par l’éclat religieux de leur règne que par leurs grandes et royales qualités [33].
Mgr Pie ne nie pas que ce passé où Jésus-Christ était reconnu et proclamé Roi des peuples et des nations, a connu ses misères et ses vices, mais ce passé demeure la belle époque pour l’Europe :
Certes, cette société eut ses vices, et les hommes encore à demi barbares qui la composaient ne purent être tous transformés jusqu’à dépouiller leur première nature. Mais ce qu’on peut affirmer, c’est que tout ce qu’il y eut de nobles sentiments et de grandes actions à cette époque, et il y en eut beaucoup, fut le fruit des doctrines et des institutions, c’est que si le cœur humain resta faible par ses penchants, la société fut forte par sa constitution et ses croyances ; en un mot, c’est que le vice ne découla pas de la loi et que la vertu ne fut pas l’inconséquence et l’exception [34].
Qu’en est-il du présent ?
Pour Mgr Pie l’État moderne est un état d’apostasie, c’est l’état de péché mortel d’une société sciemment et volontairement séparée de Jésus-Christ. C’est le naturalisme à la place du christianisme, l’homme à la place de Dieu, l’État au-dessus de l’Église. C’est à le dénoncer et à y remédier qu’il d épense toute son énergie et il incite tout prêtre à consacrer sa vie à cette œuvre.
Jeune vicaire général, il profitera de l’invitation de Mgr Fabre des Essarts à prononcer le panégyrique de saint Louis [35] dans la cathédrale de Blois, pour prêcher une nouvelle croisade :
Celle du courage chrétien contre les lâchetés de l’apostasie, celle du dévouement chrétien contre les abaissements de l’égoïsme, celle de la sainteté chrétienne contre l’abrutissement du matérialisme, cet autre islamisme qui menace notre société d’une seconde barbarie. Les barbares ne sont plus à nos portes, ils sont au milieu de nous !
Le présent, c’est Jésus-Christ chassé de la société, c’est la sécularisation absolue des lois, de l’éducation, du régime administratif, des relations internationales et de toute l’économie sociale [36].
Le 27 décembre 1862, Mgr Pie écrit au comte de Persigny, ministre de l’Intérieur :
Vers quel but le monde nouveau fait-il hautement profession de tendre, sinon vers une complète sécularisation, ce qui veut dire, dans le langage actuel, vers la rupture absolue entre la société « laïque » et le principe chrétien ? L’indépendance des institutions humaines par rapport à la doctrine révélée est préconisée comme la grande conquête et le fait culminant de l’ère moderne [37].
Le 28 juillet 1859, l’évêque de Poitiers écrivait au pape Pie IX :
Le gouvernement temporel du vicaire de Jésus-Christ est aujourd’hui l’asile à peu près unique de la politique orthodoxe. Quel triomphe pour l’enfer si cette dernière forteresse du droit public chrétien était forcée et renversée. C’est un effort suprême de la Révolution et de l’enfer pour introduire les principes de 89 dans toute l’Italie et jusque dans les États de l’Église, afin que l’Église n’ait plus ni la pensée ni la possibilité de rétablir les principes du droit chrétien dans les sociétés civiles [38].
Hélas ! nous dit Mgr Pie, on veut bien de Jésus-Christ Rédempteur, de Jésus-Christ Sauveur, de Jésus-Christ Prêtre, c’est-à-dire sacrificateur et sanctificateur, mais de Jésus-Christ Roi on s’en épouvante, on y soupçonne quelque empiètement, quelque usurpation de puissance, quelque confusion d’attributions et de compétence [39].
L’erreur dominante, le crime capital de ce siècle, c’est la prétention de soustraire la société publique au gouvernement et à la loi de Dieu [40].
Quelle est la conséquence de cette apostasie ?
Elle est double : d’abord la perte des âmes, ensuite, la décadence des sociétés qui les conduira à leur destruction.
• Conséquence pour les individus :
La société qui ne veut pas reconnaître Jésus-Christ Roi, fait perdre la foi aux âmes ; elle les éloigne du prêtre, médiateur officiel du salut, et leur enseigne la doctrine funeste du naturalisme. L’athéisme social conduit à l’athéisme individuel :
Dire que Jésus-Christ est le Dieu des individus et des familles, et n’est pas le Dieu des peuples et des sociétés, c’est dire qu’il n’est pas Dieu. Dire que le christianisme est la loi de l’homme individuel et n’est pas la loi de l’homme collectif, c’est dire que le christianisme n’est pas divin. Dire que l’Église est juge de la morale privée et qu’elle n’a rien à voir à la morale publique et politique, c’est dire que l’Église n’est pas divine [41].
Que penser d’un état laïc qui se déclarerait incompétent en matière de foi et ferait profession de neutralité, laissant libres les individus ?
La loi n’est pas athée, affirme-t-on, mais elle est incompétente. Eh quoi ! au 19e siècle la société est incompétente à prononcer l’existence de Dieu ? Mais cette déclaration d’incompétence, qu’est-ce autre chose que l’athéisme de l’omission et de l’indifférence, à la place de l’athéisme d’affirmation et de principe [42].
C’est précisément cet athéisme social de l’omission et de l’indifférence qui fait perdre la foi :
Beaucoup d’hommes […] n’ont pas l’air de s’en douter, mais la chose est cependant démontrée par l’expérience : quand l’erreur est une fois incarnée dans les formules légales et dans les pratiques administratives, elle pénètre les esprits à des profondeurs d’où il devient comme impossible de l’extirper [43].
Le jugement est sans appel :
L’acte de foi, qui est la racine même de la religion, a été extirpé de la société européenne. Voilà le crime capital [44].
La perte des âmes par l’incrédulité. Telle est la première conséquence de l’athéisme de l’État.
Mgr Pie en ajoute une seconde : l’opposition au sacerdoce catholique, opposition qui écarte des sources du salut une multitude d’âmes. S’adressant à ses prêtres pendant le carême 1875, l’évêque de Poitiers disait :
Jamais peut-être, l’opposition au prêtre n’avait été poussée si loin et n’avait été partagée par un si grand nombre d’esprits. […] La qualification la plus compromettante pour un citoyen, pour un homme public est celle de clérical. Crayonné sur le dossier du fonctionnaire, elle le frappe d’un discrédit notable et devient un obstacle sérieux à son avancement dans la carrière. Pourquoi nous le dissimuler ? Nous sommes antipathiques à la génération contemporaine, antipathiques à ce point que nous rendons humainement impossibles et les causes et les personnes pour lesquelles on nous soupçonne d’avoir de la préférence ou qu’on soupçonne d’être animées de bon vouloir envers nous [45].
Quelle est la cause de cette aversion ?
[C’est] que vous affirmiez les droits de Dieu en contradiction avec nos droits de l’homme ; que vous parliez au nom du Ciel à propos des intérêts de la terre ; que vous fassiez du christianisme la règle des institutions et des lois humaines ; enfin qu’il vous appartienne de dire le dernier mot de l’orthodoxie sur les attributions de la science, de la liberté, de l’autorité : voilà ce que l’esprit moderne, esprit essentiellement laïque, ne vous concédera jamais. Là est le mur de séparation entre vous et nous [46].
À l’occasion de l’éloge de la bienheureuse Jeanne-Marie de Maillé, Mgr Pie précise encore :
Le grand obstacle au salut de nos contemporains, le concile du Vatican l’a signalé dès son ouverture et en tête de sa première constitution doctrinale. Oui, ce qui multiplie aujourd’hui la perte des âmes, disons le mot, ce qui peuple l’enfer plus qu’à d’autres époques, c’est ce système trop répandu, ce fléau trop général du rationalisme ou du naturalisme, lequel se mettant en opposition radicale et absolue avec la religion chrétienne, en tant qu’elle est une institution révélée, s’emploie de toutes ses forces à exclure le Christ, notre unique Maître et Sauveur, à l’exclure de l’esprit des hommes, ainsi que de la vie et des mœurs des peuples, pour établir ce qu’on nomme le règne de la pure raison ou de la pure nature. Or, là où le souffle du naturalisme a passé, la vie chrétienne a été tarie jusque dans sa source, détruite jusque dans ses fondements. C’est la stérilité complète dans l’ordre du salut [47].
Cette stérilité, qui a son châtiment dans l’éternité, est, en très grande partie, la conséquence logique de l’enseignement de l’État « qui donne aux blasphémateurs de Dieu et de son Fils le mandat direct et officiel d’enseigner du haut des chaires publiques [48] ». Au passage, notons cette petite remarque importante qui date des premières années de sacerdoce de l’abbé Pie : « L’éducation publique n’est si mauvaise parmi nous que parce qu’avant tout l’éducation domestique est nulle [49] ».
• Pour les sociétés, quelles sont les conséquences de cette apostasie ?
Mgr Pie rappelle la grande loi :
La grande loi, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c’est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations [50].
La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l’Église.
Eh bien ! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire : à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de sa Providence. Le pouvoir qui, comme tel, ignore Dieu, sera, comme tel, ignoré de Dieu… Or, être ignoré de Dieu, c’est le comble du malheur, c’est l’abandon et le rejet le plus absolu [51].
« Cette loi du talion finit toujours par s’accomplir sur la terre [52] », parce que les nations ne doivent point revivre pour recevoir de châtiment dans l’autre monde.
Des fautes passagères sont sanctionnées par des fléaux transitoires, mais une apostasie qui devient permanente reçoit de Dieu un châtiment permanent. Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c’est la décadence morale de la société.
Il n’y a plus de moralité publique, plus de justice, dites-vous. Ces résultats vous étonnent ; il était facile de les prévoir. Est-ce qu’un sage du paganisme n’a pas dit qu’on bâtirait plus aisément une ville en l’air qu’une société sans Dieu ? Est-ce que l’orateur romain n’a pas dit qu’avec le respect de la divinité disparaît la bonne foi, la sûreté du commerce et la plus excellente de toutes les vertus, qui est la justice ? Est-ce que l’Esprit-Saint n’a pas déclaré dans un langage plus énergique que partout où règnent les impies, les hommes n’ont à espérer que des ruines ?
Vous ajoutez : tout s’en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne ; il eût été facile de le prévoir… Car la législation qui fait profession de neutralité et d’abstention concernant l’existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité ? En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m’autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même ? Nous n’avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi. Et moi je vous réponds : Si le dogme de l’existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n’est qu’un mot, elle n’est qu’une chimère [53].
A cette absence de justice, Mgr Pie ajoute le développement du sensualisme égoïste et de l’orgueil effréné. A propos du sensualisme égoïste de la société contemporaine, il faut lire, en entier, la magnifique instruction pastorale pour le carême de 1853, consacrée à l’esprit de renoncement et de sacrifice [54] :
Les sensuels et les égoïstes furent de tous les temps et de tous les lieux. Saint Paul s’affligeait devant le Calvaire encore fumant, qu’il y eût beaucoup d’ennemis de la croix ; et cette plainte, l’Église a dû la répéter pendant tout le cours des siècles. Mais aujourd’hui, plus qu’à aucune autre époque, les ennemis de la croix de Jésus-Christ se sont multipliés. Il était facile de le prévoir. L’homme n’avait pas accompli une œuvre abstraite en proclamant ses droits et en décrétant sa souveraine indépendance ; une apothéose purement métaphysique ne l’eût pas longtemps satisfait. C’est le propre de Dieu de s’aimer soi-même, de rapporter tout à soi. L’homme étant devenu à lui-même son Dieu, ne fut que conséquent en ramenant tout à lui-même comme à sa fin dernière. La morale et le culte devaient se constituer en harmonie avec le dogme, et le dogme de la déification de l’homme une fois admis, l’idolâtrie de soi devenait un culte rationnel et l’égoïsme était élevé à la dignité de religion.
Et, au sensualisme, il faut ajouter l’orgueil effréné :
La plus grande impossibilité du moment, ce qui rend le monde ingouvernable, c’est que la souveraineté de Dieu étant méconnue, chacun veut désormais être souverain dans la sphère qu’il occupe. […] On veut être le premier, et pour le devenir, on se fait violent, perturbateur ; à un jour dit, on se ferait cruel. […] Que faudrait-il pour les satisfaire ? Il ne leur manque qu’une chose, c’est d’être princes, et princes souverains, ou mieux encore, c’est d’être ministres tout puissants d’un prince qui n’en ait que le nom, ou enfin, ce qui est convoité par-dessus tout, d’être les chefs suprêmes d’une démocratie constituée à l’état de dictature. Faites cela, créez quelques milliers, ce n’est pas assez, quelques millions de chefs souverains ou de ministres dirigeants, commandant aux autres et n’obéissant à personne, donnant le branle à tout et pouvant s’attribuer le mérite de tout : la plupart de ces hommes se montreront d’assez bons princes ; l’histoire parlera de leur clémence et leur reconnaîtra plus d’une vertu. Mais une société, où les hommes ne sont satisfaits et ne demeurent tranquilles qu’à la condition de trôner et de gouverner, est une société impossible ; un pays où se produit une pareille prétention est un pays perdu [55].
Quels sont les conséquences de cette apostasie sur le gouvernement des peuples ? Il y en a trois. Une telle situation engendre la tyrannie, l’instabilité et la bassesse.
– La tyrannie :
« Quand le droit de Dieu a disparu, il ne reste que le droit de l’homme, et l’homme ne tarde pas à s’incarner dans le pouvoir, dans l’État, dans César [56] » ou dans l’omnipotence anonyme du parlement.
Quand la religion n’est plus la médiatrice des rois et des peuples, le monde est alternativement victime des excès des uns et des autres. Le pouvoir, libre de tout frein moral, s’érige en tyrannie, jusqu’à ce que la tyrannie devenue intolérable amène le triomphe de la rébellion. Puis de la rébellion sort quelque nouvelle dictature plus odieuse encore que ses devancières. « Après que plusieurs tyrans se sont succédés, dit l’Écriture, le diadème est allé se poser sur une tête qu’on n’aurait jamais soupçonnée. » Telles sont les destinées de l’humanité émancipée de l’autorité tutélaire du christianisme [57].
Un peuple qui a rejeté le joug salutaire de la foi, retombe de droit sous le joug de la tyrannie. N’étant plus digne, ni capable de porter la liberté, la liberté lui échappe dans toutes ses applications les plus diverses : libertés personnelles et libertés publiques, franchises des corporations, des municipes et des provinces, droits de la famille et de la nation, tout s’effondre à la même heure et disparaît sous un même coup de main. Dans ces jours d’épouvante et de vertige, le despote est accueilli comme un bienfaiteur au moins temporaire, parce que, sans lui, la civilisation sombrerait de nouveau dans l’abîme de la barbarie [58].
– La tyrannie engendre l’instabilité, autre châtiment infligé par Dieu aux gouvernements qui rejettent la royauté sociale de son Fils. Dans une homélie célèbre, Mgr Pie compare la société française à l’épileptique de l’Évangile :
Manifestement, dit-il, la société actuelle est atteinte du mal caduc. A tout propos, elle est jetée à terre… Et ces chutes ont pris un caractère de périodicité qui semble devenu la loi de l’histoire contemporaine. Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit : Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? demande Jésus au père de l’épileptique. Réponse : Depuis son enfance, at ille ait ; ab infantia. Et vraiment il en est ainsi. Le monde moderne met un certain amour-propre à proclamer la date de sa naissance ; volontiers il se dit l’enfant de 89… Or, depuis cette époque, la chose publique n’a pas discontinué de subir l’influence des lunaisons [59].
– Enfin (sans avoir connu ce que nous connaissons aujourd’hui !), Mgr Pie nous explique que « la décadence et la nullité des hommes » est le suprême châtiment des sociétés qui ont rejeté le Christ-Roi.
Malgré leurs vains efforts pour se hausser et se grandir, les hommes continuent à descendre et chacun des sauveurs qui apparaît à l’horizon ne tarde pas à tomber au-dessous de celui qui l’a précédé ; c’est comme une compétition et une rivalité d’impuissance.
Les principes manquant, la disette d’hommes est devenue si grande dans le camp de l’ordre qu’on ne voit surgir en ce temps ni chef politique, ni chef militaire, ni prince, ni prophète qui nous fasse trouver le salut [60].
Je le crois bien, il n’y a pas d’hommes là où il n’y a pas de caractères, il n’y a pas de caractères où il n’y a pas de principes, de doctrines, d’affirmations ; il n’y a pas d’affirmations, de doctrines, de principes, où il n’y a pas de foi religieuse et par conséquent de foi sociale [61].
Comment, seraient-ils des guides sûrs quant aux questions pratiques de second ordre, ceux pour qui la question première et capitale n’existe pas encore ? Gens avisés qui pensent à tout, hormis Dieu ; et qui, ne semblant pas soupçonner le vice radical de nos institutions, sont toujours prêts à recommencer les mêmes expériences, qu’attendent les mêmes châtiments divins. N’apprendront-ils donc point, à l’école de l’histoire et du malheur, ce qu’ils ne veulent pas entendre de notre bouche, à savoir qu’on ne se moque pas de Dieu : Nolite errare, Deus non irridetur ? Or, c’est se moquer de l’Être nécessaire que de se poser socialement en dehors de lui. Depuis l’incarnation du Fils de Dieu, le gouvernement de l’ordre moral ne peut être que le gouvernement de l’ordre chrétien. Aussi longtemps que les droits de Dieu ou de son Christ seront méconnus, passés sous silence, la confusion régnera par rapport à tous les droits secondaires, et cette confusion propice aux complots du despotisme et de l’anarchie reconduira une fois de plus aux alternatives de la servitude et de la terreur.
3. – Que faire pour restaurer le règne social de Jésus-Christ ?
Mgr Pie prend soin de nous avertir que nous sommes tous concernés par cette restauration : fidèles ; prêtres ; élite intellectuelle ; chefs du peuple.
Devoirs des fidèles pour la restauration du règne social du Christ
Le premier devoir des fidèles, c’est avant tout de faire régner Jésus-Christ dans leur intelligence par l’instruction religieuse [62].
La seule espérance de notre régénération sociale, leur dit Mgr Pie, repose sur l’étude de la religion... le premier pas de retour à la paix et au bonheur sera le retour à la science du christianisme.
La renaissance sociale chrétienne de la France passe par l’enseignement du catéchisme. Le tout jeune vicaire de la cathédrale de Chartres explique l’importance de l’étude de la religion et en indique la méthode dans les quatre sermons prêchés en 1840, première année de son sacerdoce [63].
Mgr Pie est particulièrement attentif au rôle de la femme dans cette œuvre de restauration de la vie familiale chrétienne :
Durant la première moitié de ce siècle, l’Église n’a rencontré sous sa main qu’un élément vraiment conservateur, qu’une puissance sérieusement conservatrice : la femme française. Ce sont les femmes françaises qui ont empêché le culte et le Nom de Dieu de périr sur la terre et qui, malgré les sarcasmes et les dédains, ont conservé dans leur cœurs et dans leurs habitudes la religion de Jésus-Christ.
Mais pour que les femmes chrétiennes d’aujourd’hui soient dignes de celles qui les ont précédées, Mgr Pie les exhorte à s’opposer énergiquement
à ces habitudes nouvelles, à ces allures étrangères aux traditions de notre éducation nationale et chrétienne, qui menacent de se substituer à cette modestie suave, à cette aisance noble et réservée, à cette grâce enjouée et bénigne, en un mot à toutes ces qualités inexprimables qui ont rendu les femmes françaises l’admiration du monde entier [64].
Il ne suffit pas de connaître la religion chrétienne, il faut encore la pratiquer ostensiblement [65], notamment par :
– la sanctification du dimanche (Mgr Pie appelle la loi du dimanche « le chef d’œuvre de la législation sociale [66] ») ; il revient si souvent sur ces sujets : sacrifice de la messe, liturgie, etc., qu’on pourrait en faire un volume entier [67] ;
– l’observance de la loi quadragésimale [68] ;
– la fondation d’associations qui développent la vie paroissiale et ainsi favorisent la perfection de la vie publique du chrétien [69] (par exemple, les Cercles catholiques d’ouvriers, fondés par le comte de Mun [70]) ;
– les pèlerinages [71] qui sont une manifestation publique de la foi ;
– tous les actes de la vie publique qui, chez un chrétien, doivent être chrétiens.
Aux timorés qui se disent :
la sphère dans laquelle je suis forcément placé n’est pas une sphère chrétienne, m’y poser en chrétien serait une singularité et un contraste, parfois même ce serait une provocation au sarcasme et au blasphème. Il faut bien se plier aux exigences des temps et aux nécessités des positions ;
l’évêque de Poitiers répond :
Donc, mon très cher frère, c’est parce que Jésus-Christ est méconnu de beaucoup de vos contemporains que vous vous croyez autorisé à le méconnaître ; c’est parce qu’un souffle mauvais et irréligieux a passé sur la génération présente que vous revendiquez le droit de participer à la contagion.
Eh bien ! sachez-le, cette infidélité générale que vous invoquez comme une excuse, c’est une circonstance qui aggrave plutôt qu’elle n’atténue votre faute. En face de cette apostasie du grand nombre, vous étiez tenu de déclarer plus hautement votre foi et de devenir ainsi un exemple et une protestation. N’entendez-vous pas retentir à vos oreilles la solennelle affirmation du Sauveur : Celui qui se sera fait honte de moi et de mon Évangile, devant cette génération corrompue et pécheresse, j’en aurai honte à mon tour quand j’apparaîtrai dans la gloire de mon Père, en la société de mes anges.
Honneur donc à vous, chrétiens, qui êtes conséquents avec vous-mêmes ; honneur à vous qui croyez et qui ne rougissez point de votre croyance. Celui que vous confessez devant les hommes, sans ostentation, sans jactance, mais aussi sans respect humain, sans fausse honte, vous confessera devant son Père et devant ses anges [72].
– Enfin, le premier et le plus efficace de tous les moyens pour la promotion de ce règne social du Christ sur la terre [73], c’est la prière qui vivifie l’action et obtient du ciel le succès que nos seuls efforts ne sauraient obtenir.
Mgr Pie écrivait à une religieuse combien les trois premières demandes du Pater nous rappellent ce règne social :
Dieu n’est mis par personne à sa place. Hélas ! nous apprendrons à nos dépens qu’on ne se passe pas impunément de l’Être nécessaire. Le monde lui pardonne son existence, pourvu qu’il veuille bien laisser son œuvre se passer de lui, et ce monde n’est pas seulement le monde impie, mais un certain monde politique chrétien. Pour nous, appliquons-nous à mieux sentir, à mieux accentuer que jamais les trois premières demandes du Pater. Et tant que le monde présent durera, ne prenons point notre parti de confiner le règne de Dieu au ciel, ou même à l’intérieur des âmes : sicut in cælo et in terra ? Le détrônement terrestre de Dieu est un crime : ne nous y résignons jamais [74] !
Apprendre toute la religion et la pratiquer publiquement, croire à la royauté sociale de Jésus-Christ et prier pour qu’elle arrive, c’est le devoir des fidèles.
Devoirs des prêtres pour la restauration du règne social du Christ
On peut s’y attendre : Dans cet immense travail de restauration sociale chrétienne, un rôle capital est réservé au prêtre. Sans lui, rien ne pourra être fait.
Je crois, écrivait Mgr Pie, quelques jours après sa promotion épiscopale, que Dieu demandera beaucoup de nous, pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société. Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien ; cela ne se fera pas par un miracle, ni par une série de miracles sur tout, cela se fera par le ministère sacerdotal, ou bien cela ne se fera pas du tout, et alors la société périra [75].
Ne nous bornons pas comme les simples fidèles à dire chaque jour : Notre Père qui êtes aux cieux, que votre règne arrive. Vouons notre vie entière à procurer cet avènement [76].
Mais, à quoi, précisément, se ramène ce rôle du prêtre ?
Si le premier obstacle à la restauration du règne du Christ, comme nous l’avons vu, c’est l’ignorance religieuse, le devoir primordial du prêtre sera donc d’instruire, pour redresser les esprits et dissiper les préjugés. C’est là sa mission. Après avoir établi « qu’il n’est aucune atteinte, aucune lésion dans l’ordre intellectuel qui n’ait des conséquences funestes dans l’ordre moral et même dans l’ordre matériel », Mgr Pie poursuit :
Parmi cette confusion d’idées et de fausses opinions, c’est à nous prêtres, de nous jeter à la traverse et de protester ; heureux si la rigide inflexibilité de notre enseignement peut arrêter le débordement du mensonge, détrôner les principes erronés qui règnent superbement dans les intelligences, corriger des axiomes funestes qui s’autorisent déjà de la sanction du temps, éclairer enfin et purifier une société qui menace de s’enfoncer dans un chaos de ténèbres et de désordres.
Pour cela, le prêtre doit être un homme de doctrine, profondément pénétré de l’enseignement de l’Église sur la royauté de Jésus-Christ.
Mgr Pie attachait une grande importance à la connaissance du Syllabus :
L’acte du 8 Décembre [1864] a une portée considérable… Le naturalisme politique érigé en dogme des temps modernes par une école sincèrement croyante, mais qui se met en cela d’accord avec la société déchristianisée au sein de laquelle elle vit : voilà l’erreur capitale que le Saint-Siège a voulu signaler et à laquelle il a voulu opposer les vrais principes de la doctrine catholique [77]…
Le remède doit être administré dans toute son intégralité :
Supposons qu’en temps d’épidémie le pharmacien de la cité ait la barbarie de couper de moitié d’eau l’antidote qui aurait besoin de toute sa puissance pour triompher du fléau mortel, cet homme serait-il moins criminel qu’un empoisonneur public ? Or, la société moderne est en proie à un mal terrible qui lui ronge les entrailles et qui peut la précipiter au tombeau. Le contrepoison ne sera efficace que s’il garde toute son énergie ; il sera impuissant s’il est atténué. Ne commettons pas le crime d’obéir aux fantaisies, aux sollicitations même du malade. Le miel, aux bords de la coupe, à la bonne heure, mais que le breuvage conserve toute sa force, sinon la société périra par cette funeste condescendance [78].
La mission du prêtre, pour la restauration du règne social, est essentiellement doctrinale, c’est la raison qui incita Mgr Pie à refuser les différentes propositions de mandat politique qui lui furent adressées :
Un siège à l’Assemblée constituante lui fut proposé pour les élections du 27 avril 1848. Il sollicita les conseils de Mgr Parisis, évêque de Langres et de M. de Montalembert qui restèrent indécis. Il demanda alors une neuvaine de prières aux carmélites de Chartres. Suite à cette neuvaine, il écrivit à Mgr Dupont des Loges, évêque de Metz :
J’ai refusé une candidature dont le succès était certain. On est d’avis que j’arrivais le troisième sur sept. Il faudrait des volumes pour exposer toutes les raisons de mon refus. Je m’applaudis infiniment du parti que ma conscience m’a dicté, contrairement à l’avis presque unanime de mon entourage. Si plus tard la France veut du prêtre, non seulement comme homme d’ordre et de conservation matérielle, mais comme homme de foi et de convictions ; si elle lui donne un mandat direct, afin qu’il représente les intérêts religieux et qu’il défende la doctrine de Jésus-Christ devant l’Assemblée, je serais prêt à l’accepter pour ma part. Aujourd’hui je ne vois rien à faire de bon et d’utile. Je ne vois que déshonneur à recueillir là ; car on endosse plus ou moins la responsabilité des faits contre lesquels la force majeure empêche de protester [79].
Aux élections d’octobre 1870, Mgr Pie sera sollicité par le comité électoral du Morbihan pour porter sa candidature sur la liste catholique et royaliste de ce département. Il refusa.
Ce mandat du Morbihan lui sera offert de nouveau, en 1872, pour remplacer le général Trochu, qui s’écartait de la politique. Mgr Pie expliqua son nouveau refus par ces quelques mots :
J’avoue humblement n’avoir pas assez d’abnégation pour me résigner à faire partie de ce Parlement, l’un des plus honnêtes, mais le plus impuissant qui ait figuré dans notre histoire [80].
Enfin, en 1875, Mgr Pie fut sollicité une dernière fois ; il s’agissait cette fois d’un siège au Sénat. En marge de l’adresse louangeuse qui faisait appel à lui, il écrivit seulement :
Comme aucun groupe tant soit peu nombreux n’accepterait mon programme, je me trouve dispensé d’exposer mes objections [81].
Mgr Pie s’est toujours souvenu des paroles de Mgr Claude-Hippolyte Clausel de Montals, qu’il rappelait le 8 janvier 1857, dans la cathédrale de Chartres, à l’occasion de son éloge funèbre :
Il refusa les distinctions honorifiques que les gouvernements successifs lui offrirent à plusieurs reprises. Sans blâmer personne, et surtout sans attribuer à certaines choses une gravité qu’elles n’ont pas, il croyait cependant qu’un évêque en ce siècle n’est jamais plus apte à rendre d’utiles services à la religion et à la société que quand il est seulement évêque : tout cela, et rien que cela [82].
Devoirs de l’élite intellectuelle pour la restauration du règne social du Christ
Le mouvement de restauration doit partir d’en haut.
Les chefs sont de deux sortes : il y a l’élite intellectuelle et tous ceux qui détiennent à quelque degré une autorité civile. Voyons donc :
– d’abord, les devoirs communs à l’élite intellectuelle et aux chefs ;
– ensuite, les devoirs spéciaux de cette élite intellectuelle ;
– enfin, les obligations spéciales des chefs politiques, obligations que l’on peut confondre avec le programme de restauration sociale.
1. – Devoirs communs à l’élite intellectuelle et aux chefs
Ce qui combat la foi dans l’avenir de la France, c’est que l’erreur a envahi presque complètement les classes dirigeantes [83].
Sachez au moins votre catéchisme, vous qui gouvernez le monde [84].
Évidemment, le catéchisme n’est pas suffisant ; il faut une solide et complète instruction religieuse basée sur la philosophie de saint Thomas d’Aquin. Car Mgr Pie est conscient de la nocivité d’une mauvaise philosophie :
La philosophie sans foi et sans loi a passé désormais des spéculations dans l’ordre pratique... et elle a donné le jour à la politique sans Dieu [85].
Il veut chez les chefs une instruction solide, complète, supérieure, et il en traça lui-même le programme détaillé. C’était en 1875, à l’occasion de l’érection de la Faculté de théologie de Poitiers.
Si l’enseignement d’une bonne faculté de théologie recrutait chaque année dix ou douze étudiants laïques des divers points de la France, s’ils venaient y suivre un bon cours de philosophie selon saint Thomas, un cours de droit naturel, un cours de droit social chrétien et de droit ecclésiastique, avec cela le pays changerait de face.
Dans dix ans, cent élèves auraient reçu cet enseignement et la moitié d’entre eux dussent-ils n’en pas profiter, car il faut prévoir les défaillances, les autres iraient porter dans les fonctions de l’État, dans les carrières libérales, au grand avantage du pays, cette science que le prêtre est le seul aujourd’hui à connaître et dont, en dehors de lui, nul n’a plus l’idée. Une vingtaine, une trentaine d’hommes supérieurs, fortement nourris de la science du droit, appuyée des principes dont l’Église est demeurée seule dépositaire, auraient une influence énorme soit dans une assemblée nationale, soit dans la gestion des diverses charges publiques [86].
A cette philosophie doit s’ajouter une connaissance assez étendue de la théologie et tout spécialement du droit social chrétien et du droit ecclésiastique. « Le salut n’est que là » dit-il [87]. Car « la théologie est au fond de toutes les questions contemporaines. La question religieuse résume et domine toutes les autres, les questions politiques y sont nécessairement subordonnées [88] ».
Outre ce premier devoir d’une solide formation philosophique et théologique, il exige que tous les chefs de peuple prennent part officiellement au culte public de l’Église [89].
Qu’ils « observent religieusement et fassent observer de tous ceux qui leur obéissent le jour consacré à Dieu ; qu’ils assistent avec foi et piété au sacrifice des autels ; qu’ils entendent avec docilité et respect la parole évangélique... qu’ils viennent humblement avouer leurs fautes et puiser dans les sacrements catholiques [90]… »
Mgr Pie n’hésite pas à juger d’avance les responsabilités :
Sachez-le donc bien, hommes d’ordre et de conservation, si le désordre finit par triompher en France, s’il vient un jour de complète ruine pour tous les intérêts à la fois, vous serez responsables au tribunal de l’histoire d’avoir opté pour tous ces malheurs plutôt que de revenir à la pratique d’une religion qu’avaient pratiquée vos pères depuis plus de quatorze siècles. Le salut était possible, vous n’aurez pas voulu l’acheter à ce prix [91].
2) Devoirs spécifiques de l’élite intellectuelle
L’élite intellectuelle, c’est-à-dire : les philosophes, les historiens, les littérateurs, etc., et, en général, tous ceux qui écrivent, mais spécialement les professeurs qui ont la délicate mission de présider à la formation intellectuelle et morale de l’enfance et de la jeunesse.
Mgr Pie accuse cette élite d’être gravement responsable de la situation :
Ne dirait-on pas, que les philosophes de ces derniers temps, profitant de leurs accointances avec les politiques, ont inventé le secret de faire le vide autour de Jésus-Christ ? […] Or, le chrétien dont il s’agit, aura passé sa vie à traiter de la science qui a les points de contact les plus multipliés et les plus inévitables avec la religion, avec son dogme, avec sa morale, avec son culte, avec son histoire. Il avait pour auditeurs, pour lecteurs des hommes baptisés comme lui, vivant dans un milieu trop souvent indifférent ou sceptique, des jeunes hommes dont le jugement déjà plus mûr, les passions plus ardentes, réclamaient une doctrine forte et solide qui les aidât à retenir et peut-être à recouvrer la foi baptismale. […] Eh bien ! non ; il a parlé de tout, de Dieu, de l’âme, du corps, de l’origine de l’homme, de ses facultés, de sa destinée, de la vie présente, de la vie future et pas une fois, il n’a prononcé, avec l’accent d’un croyant, le nom de Dieu fait homme ; pas une fois il n’a présenté à son disciple les caractères raisonnables et rationnels de la foi chrétienne ; il a disserté toute sa vie en païen, en infidèle ; […] toute sa philosophie, loin de conduire à Jésus-Christ, n’a réussi qu’à supprimer Jésus-Christ, à le rendre inutile ; toute sa sagesse humaine a eu pour résultat d’anéantir, et comme parle saint Paul d’évacuer la croix du Sauveur, en faisant les hommes justes par la seule foi de leur nature, son enseignement les a détachés de Jésus-Christ et fait déchoir de sa grâce [92].
Si tous les élèves ne sont pas catholiques, ce n’est pas un motif légitime pour instituer une neutralité irréalisable [93], car…
les protestants, les juifs, les musulmans pourront avoir des écoles à eux, écoles réservées à leurs coreligionnaires et tolérées par l’État. Mais, si les parents des enfants non catholiques, les envoient librement aux écoles de maîtres catholiques, la neutralité dans ces écoles serait une injure à Dieu et une cruelle injustice envers ces élèves, car pourquoi ne pas éclairer ces hérétiques ou ces infidèles ? pourquoi les laisser dans la nuit de l’hérésie ou de l’infidélité laquelle, au témoignage du Docteur angélique, est le comble de la perversité morale [94].
Non, jamais, on ne sauvera les nations, jamais on ne rétablira l’ordre moral et social au moyen de l’impiété. Or, depuis que Jésus-Christ est venu sur la terre, quiconque néglige ou refuse de le connaître et de lui obéir est un impie. Il est en révolte non seulement contre le Fils, mais contre le Père qui l’a envoyé, il pêche nous l’avons dit, non seulement contre la Révélation, mais contre la raison qui ne permet point de mépriser la parole révélée de Dieu. On ne le répétera donc jamais assez : la morale qui pouvait suffire aux nations païennes, est insuffisante depuis les temps chrétiens. […] Philosophes qui proclamez la déchéance de Jésus-Christ, vous ne prendrez point sa place, et s’il était vrai qu’il n’existât plus sur la terre de société chrétienne, vous ne réussiriez pas davantage à y refaire une société d’honnêtes païens [95].
Mgr Pie n’a pas connu notre législation contemporaine. Qu’aurait-il dit au sujet de l’enseignement actuel, lui qui flagellait ainsi la neutralité des élites intellectuelles de son temps ?
Un jugement « très dur, nous dit l'Écriture, est réservé à ceux qui président aux autres – Judicium durissimum his qui præsunt » [Sg 6, 6]. Quel sera donc le jugement réservé à ceux qui n'auront usurpé la direction intellectuelle des âmes que pour creuser un abîme infranchissable entre la raison et la foi, c'est-à-dire entre les hommes et le salut éternel ! Toutes leurs excuses seront trouvées vaines, car nous l’avons prouvé, ni aucun des exemples qu’ils invoquent ne les justifie, ni aucune loi, ni aucune institution du pays ne leur fait une nécessité de dissimuler et d’abdiquer leur croyance [96].
3) Enfin pour les chefs politiques, devoirs spéciaux qui peuvent se confondre avec le programme de restauration sociale.
De son temps, le naturalisme politique n’avait pas produit tous les fruits de mort que nous lui connaissons ; il était alors impossible de donner des précisions que les faits ne réclamaient pas encore.
Mgr Pie n’a pas tracé un programme complet de restauration, mais on peut dire que, pour lui, la première nécessité c’est l’union de l’Église et de l’État. Sur ce sujet des rapports de l’Église et de l’État, il faudrait citer les trois instructions synodales sur les erreurs du temps présent.
« L’accord parfait du sacerdoce et de l’empire est le droit commun et l’état normal des sociétés chrétiennes [97] », c’est la condition primordiale d’un gouvernement chrétien.
La société civile et la société religieuse sont deux sociétés réellement distinctes et indépendantes dans leur sphère propre. Pourtant, la société civile, bien que distincte de l’Église, société religieuse, doit lui être unie et subordonnée. La raison de cette union et de cette subordination est la volonté expresse de Jésus-Christ, qui impose l’ordre surnaturel non seulement aux individus et aux familles, mais aux sociétés elles-mêmes [98].
Mgr Pie, cherchant la cause de cette volonté, la trouve en Jésus-Christ lui-même, Dieu et homme. Jésus-Christ, type et modèle de l’union de l’Église et de l’État !
De même qu’en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont distinctes, sans se confondre, conservant chacune, sans altération, leurs qualités et leurs opérations, unies indissolublement sans jamais se séparer en la personne du Fils de Dieu, ainsi la société chrétienne est constituée par deux éléments : l’Église et l’État qui doivent être distincts, non confondus, unis, non séparés [99].
Ajoutons que les deux natures du Christ étant inégales et par conséquent subordonnées, l’humaine à la divine, les deux éléments de la société chrétienne doivent être de même subordonnées, l’État à l’Église.
Citons quelques textes :
Si le Christ est le Dieu fait homme, l’humanité tout entière fait partie du système dont il est le centre : elle est tenue de se laisser emporter dans sa loi, dans son mouvement et de graviter vers lui [100].
Mgr Pie aspire à une alliance plus intime du pouvoir civil avec l’Église, un concordat plus parfait que celui de 1801. Il donnait volontiers comme modèle de concordat avec Rome celui que l’Autriche avait signé en 1856. Il appelait ce concordat « un traité régénérateur dont l’application et l’extension serait le coup de mort pour la Révolution [101] ».
Ensuite Mgr Pie exige que la constitution mentionne explicitement Dieu, Jésus-Christ et l’Église [102]. Parlant de la devise révolutionnaire : « Liberté, Égalité, Fraternité », il dira :
Il ne suffit pas d’avoir inventé un nouveau trisagion et de redire éternellement trois fois rien. Dites plutôt une fois : Dieu, et la face de la société sera renouvelée [103].
Mgr Pie exigeait encore pour l’Église la pleine et entière liberté d’enseigner, de fonder des écoles, de choisir ses maîtres et ses programmes [104].
Cette restauration exige de l’autorité civile, qu’elle reconnaisse et favorise les lois chrétiennes, telle que la sanctification du dimanche [105] ; qu’elle réprime les publications obscènes, les spectacles immoraux, les blasphèmes de la presse [106] ; qu’elle proscrive les sociétés secrètes [107].
Enfin, la politique extérieure doit assurer dans le monde l’expansion, le prestige et la liberté de l’Église catholique [108]. Mais, sur ce point, sauf la recommandation de multiplier les œuvres charitables en terre infidèle [109], Mgr Pie n’a formulé ni programme ni méthode.
Ce programme chrétien n’est ni plus ni moins que la négation des principes de la Révolution et l’affirmation des droits de Dieu, de Jésus-Christ et de l’Église. C’est ce programme que l’Empire de Napoléon III n’a pas su établir, comme le lui dira Mgr Pie lors de l’audience du 15 mars 1859 :
Notre constitution, n’est pas, loin de là, celle d’un État chrétien et catholique […] parce que vous n’avez pas relevé son trône, parce que vous n’avez pas renié les principes de la Révolution [110].
La constitution chrétienne envisagée par le cardinal Pie consiste donc dans une union très parfaite de l’Église et de l’État, un appui donné par le pouvoir aux lois de l’Église, une législation civile strictement conforme aux règles morales de l’Évangile (enseignement chrétien à tous les degrés), une politique extérieure ayant pour but l’indépendance territoriale du Saint-Siège.
Objections contre une telle restauration de l’ordre chrétien
Quelques objections ont été faites à Mgr Pie par de hauts fonctionnaires du gouvernement impérial [111] au sujet de ce programme chrétien. Leur réfutation apportera la lumière qui mettra en évidence la nécessité, la possibilité et les inappréciables bienfaits du droit chrétien.
Ces objections peuvent se répartir en trois groupes :
– les objections historiques qui regardent le passé ;
– les objections permanentes tirées des prétendus dangers qu’une constitution chrétienne fait courir aux États ;
– enfin les objections actuelles qui déclarent le droit social chrétien incompatible avec la société contemporaine.
1. – Les objections historiques qui regardent le passé
L’immixtion indue de certains princes dans les affaires intimes de l’Église a engendré, par le passé, des hérésies et des guerres civiles ou religieuses. Mais ce danger, qui peut-être réel, n’est pas dû au fait que le prince était devenu chrétien, mais au fait qu’il n’était pas encore suffisamment chrétien :
C’est une proposition explicitement condamnée par l’Église que celle qui affirme que la christianisation de la puissance et des institutions politiques par Constantin et ses successeurs a été en elle-même une chose fatale. Cela n’est jamais fatal en soi qui est dans la nécessité de l’ordre et dans les exigences de la vérité. La transformation chrétienne du régime social devait logiquement suivre celle des membres individuels de la société, et l’épanouissement de l’Évangile devait, avec le temps, amener la conversion des Césars, comme Césars, et non seulement comme particuliers [112].
Quant à l’affirmation que les hérésies, les guerres civiles et religieuses ne seraient apparues qu’avec l’époque constantinienne, c’est un grossier mensonge historique que Mgr Pie réfute avec humour et ironie :
« Les dissidences religieuses, les hérésies sont nées de là : il n’y en avait point auparavant ! » Quel étrange mépris de la vérité ! Les épîtres de saint Paul et surtout de saint Jean, les cinq livres d’Irénée, évêque de Lyon, Adversus hæreses, les écrits de Tertullien, d’Origène, etc., sont non avenus quant à l’existence d’hérésies antérieures au pouvoir constantinien de l’Église…
Pareillement, puisque les guerres civiles et toutes les calamités sociales sont provenues de l’avènement de l’Église au pouvoir, elles ont cessé, n’est-ce pas, avec ce pouvoir : de telle sorte que depuis le règne des grands principes de 89, depuis la proclamation des droits de l’homme et de l’État, à l’exclusion de tous droits sociaux de la grande institution surnaturelle de Jésus-Christ, il n’y a plus eu de guerres civiles ni de catastrophes sociales [113] ?
2. – Danger de dissensions
Que de luttes du sacerdoce et de l’Empire, de conflits des parlements et du clergé remplissent l’histoire de nos quatorze siècles chrétiens [114] !
Sans nier ces conflits, Mgr Pie observe que : « Les rois de la terre, depuis quinze siècles, ont eu beaucoup plus à souffrir des complaisances que des résistances de l ’épiscopat [115]. »
Il n’élude pas l’objection posée par le premier article de 1682 (définissant les « libertés de l’Église gallicane ») qu’on peut résumer ainsi : « Les rois et les princes dans les choses temporelles ne sont soumis soit directement soit indirectement à aucune autorité ecclésiastique ».
Mgr Pie donne d’abord une interprétation orthodoxe de ce fameux premier article, à savoir « liberté de se mouvoir dans sa sphère propre et particulière [116] ». Puis il cite Bossuet lui-même (qui fut le rédacteur des ces articles de l’Assemblée du clergé de France de 1682), disant qu’il faut « rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi, un hommage national [117] ».
Puis il constate :
Les dernières pages de notre histoire sont un terrible commentaire de cette parole. L’ancienne monarchie, unie à l’Église par les plus étroits liens, avait duré quatorze siècles : pendant ce long espace de temps, deux changements de race seulement étaient survenus, et ç’avait été sans révolution violente, sans altération de la constitution du pays. La royauté s’est fatiguée d’une alliance salutaire ; elle a considéré comme une atteinte à sa souveraine indépendance cette subordination religieuse qui avait été pour elle la source de tant de biens : elle a voulu désormais ne rien devoir à l’Église. Les rois donc ont fini par ériger en maxime qu’ils ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Or, depuis soixante-dix ans, le monde s’est demandé : Où donc est le Dieu des rois ? Ubi est Deus eorum ? Et a pu se demander aussi : Où est leur épée ? Épée de l’ancienne monarchie en 1793 ; épée du plus grand guerrier du monde en 1814 et 1815 ; épée de la branche aînée en 1830 ; épée de la branche cadette en 1848 ; épée même de la république en 1851 ; pas un glaive n’a été assez fort pour résister à la justice du Dieu jaloux qui a incarné ses droits dans les droits de son Église…
Nous savons qu’on ne se découragera point de tenter l’expérience. Sans souci du passé, les légistes, les politiques, tous les mauvais génies du pouvoir raviront imperturbablement les mêmes formules et ils diront : « l’État est complètement indépendant de l’Église, le premier ne relève que de Dieu et de son épée ! » Dieu et l’épée continueront de faire leurs éloquentes réponses, et l’Église continuera d’assister aux mêmes spectacles. On ne lassera ni sa patience ni son courage. Elle est aussi résignée à voir jusqu’à la fin les tristes scandales des révoltes populaires, sociales, légales, impériales, qu’elle est assurée de traverser les vaines menaces qu’on lui oppose, et d’assister tôt ou tard au châtiment des rebelles qui les auront élevées [118].
3. – Danger que le gouvernement chrétien devienne une théocratie !
Il suffit de définir la théocratie pour que l’objection s’évanouisse [119] !
4. – La restauration du règne social et politique du Christ est-elle possible ?
A l’occasion de sa nomination épiscopale, Mgr Pie écrivait à Dom Guéranger :
Tout est à refaire pour créer un peuple chrétien… Je n’ai à cet égard aucune idée faite ; mais j’ai des pressentiments et des lueurs, et je crois que Dieu demandera beaucoup de nous pour le maintien de son Église et le renouvellement de la société.
S’adressant aux pessimistes, il leur dit :
Je pense mieux de mon siècle, et sans vouloir jamais me ranger parmi ses flatteurs, je déclare qu’on le m éconnaît. Notre siècle est fatigué d’expédients, fatigué de transactions et de compromis [120]. On a essayé de tout ! l’heure ne serait-elle pas venue d’essayer de la vérité [121] ?...
Ailleurs, il ajoute : « La vérité est moins dénuée de ressources qu’on ne le suppose pour se faire accepter à la longue, même par les plus hostiles [122]. » Et encore : « La grande et suprême habileté, c’est la vérité [123]. »
Qui va nous faire connaître cette vérité ?
La grande institution du christianisme s’incarne, se personnifie principalement dans un homme que Jésus-Christ s’est donné pour représentant terrestre, pour successeur permanent ici-bas : C’est Pierre, c’est le pontife romain [124].
La mission du pontife romain est d’interpréter le droit chrétien et d’en déterminer l’application [125].
Que les chefs de peuples s’adressent donc à Rome, qu’ils consultent le souverain pontife. Sa sagesse résoudra toutes les difficultés :
Le jour où les souverains, après tant de conflits avec le ciel, plus encore qu’avec la terre, iraient redemander au vicaire de Jésus-Christ de réconcilier enfin leur pouvoir avec l’orthodoxie et leur trône avec celui de Dieu, le monde s’apercevrait que, nonobstant une longue abstention, Rome possède toujours le génie des grandes affaires et qu’elle n’a pas cessé d’être douée du sens pratique le plus sûr et le plus exercé [126].
Cet écrit date de 1862. Qu’écrirait-il en 2015 ?
Quant aux prêtres et aux fidèles, qu’ils préparent cette restauration, surtout par la foi la plus complète en la royauté sociale de Jésus-Christ et l’affirmation intégrale et constante de cette foi, car « tôt ou tard les croyances finissent par entrer dans les lois, et la chose publique se laisse imprégner des principes qui prévalent dans les esprits [127] ».
Mgr Pie espérait-il que ce programme chrétien se réaliserait ? « Je tremble en mettant la main sur l’avenir », disait-il. Cependant il ne fut ni d’un optimisme exagéré ni d’un pessimisme découragé. Mgr Baunard écrit :
Mgr Pie était avec tous les grands orthodoxes d’alors, avec Donoso Cortès, avec Dom Guéranger, de ceux qui espéraient contre toute espérance, le règne social du Christ sur la terre, mais sans oser l’espérer définitif, durable, et qui ne se rattachaient plus qu’à l’espoir d’un brillant coucher de soleil [128] de la civilisation catholique, dont il ne leur semblait plus possible d’arrêter le déclin [129].
L’évêque de Poitiers a lui-même formulé ses espérances et ses craintes.
1. – Ses espérances
Et quand nous parlons ainsi le langage de l’espérance, notre voix aura d’autant plus de poids auprès de vous, que vous nous savez étranger à cette disposition optimiste qui rêve pour la terre des destinées indéfinies que la parole divine ne lui a point promises. Non, nous ne nous exagérons point à nous-même les symptômes de dégénération qu’offre le monde actuel, et nous ne nous dissimulons aucune des conquêtes profondes que l’esprit du mal a obtenues sur la société chrétienne. Toutefois, nous croyons avoir l’esprit de Dieu en nous, quand, en comparant les éléments de bien et de mal qui s’agitent et se remuent à cette heure, nous osons prévoir encore le retour d’une ère de prospérité pour l’Église de Dieu ici-bas [130].
Le culte du Sacré-Cœur de Jésus est une des richesses nationales de la France. C’est par la France que Jésus a révélé son Cœur à l’Église et au monde. Le Christ qui aime les Francs, c’est à la France qu’il a donné les prémices, c’est sur la France qu’il veut verser les plus larges effusions de l’infinie tendresse qui est dans ce Cœur. La confidente des secrets divins, la bienheureuse Marguerite-Marie, aurait voulu que cette dévotion fût dès l’origine une dévotion publique, officielle, nationale. Ce que les deux siècles précédents n’ont pas compris, que notre siècle, éclairé par tant de revers, effrayé par tant de dangers, le comprenne enfin [131].
Dix ans plus tôt, Mgr Pie avait écrit dans sa troisième synodale : « La France est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations [132]. »
Ce rétablissement ne peut venir que de la France :
Ceux, dit-il, qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l’ordre chrétien dans le monde sont d’accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France [133].
L’oraison funèbre du général de La Moricière s’achève dans une envolée que certains estiment d’inspiration prophétique. Elle date du 5 décembre 1865 ; saint Pie X l’a faite sienne dans son allocution consistoriale du 29 novembre 1911 [134]. La voici en entier :
Seigneur, mon Dieu, vous avez créé la France pour l’Église et jamais la France n’abdiquera entièrement sa mission. Il y a dans le naturel de ce pays, des ressources infinies et les esprits y sont capables de retours inespérés… Dieu tient dans ses mains les cœurs des peuples aussi bien que les cœurs des hommes. Courage, ô France, c’est ainsi que tu reviendras à ta vocation première. De précieux instincts qui se dérobent encore à toi, mais qui ne sont qu’endormis, se réveilleront dans ton sein. Et tandis que comme Saul respirant encore les menaces et le carnage sur la route de Damas, tu sembleras lancée peut-être dans la voie de l’impiété et de la violence, tout à coup, une force secrète te renversera, une lumière subite t’enveloppera et une voix se fera entendre : « Qui êtes-vous, t’écriras-tu… Qui es Domine ? — Je suis Jésus que tu poursuis, que tu persécutes. Ego sum Jesus quem tu persequeris. O France, il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. Faire la guerre à Dieu n’est pas dans ta nature. Relève-toi, race prédestinée, race d’élection et va, comme par le passé, porter mon Nom à tous les peuples et à tous les rois de la terre [135].
2. – Ses craintes
Pour être complet, il faut dire aussi que Mgr Pie n’excluait pas non plus la crise finale. Il écrit à l’occasion du carême 1851 :
Que d’autres s’en plaignent, c’est selon nous la principale fortune de la France que ni la Providence divine, ni son tempérament naturel ne lui permettent de rester tranquillement assise dans les ténèbres et les ombres de la mort, mais que son mal devienne bientôt si extrême qu’elle doive accepter le remède ou risquer de périr dans la crise [136].
En 1860, il écrivait à Monsieur Foisset : « Si la France doit redevenir socialement chrétienne, il lui faudra un siècle et au-delà pour désinfecter son vêtement, jour par jour, de la vermine révolutionnaire qui l’a envahie [137]. »
À combien de siècles, l’évêque de Poitiers estimerait-il aujourd’hui notre désinfection ?...
Ses craintes, car il en a manifestées, augmentèrent après 1870, lorsqu’il vit le régime sectaire de la Troisième République solidement établi. L’annonce de l’école sans Dieu lui semblait comme le glas funèbre de la France.
Si, pour refaire une génération d’hommes, vous alliez inventer des écoles dont personne ne devrait être absent si ce n’est Dieu, cet outrage à la liberté humaine, comme à la raison et à la religion serait le coup de grâce et l’arrêt de mort. Des mains sacrilèges et parricides auraient écrit sur la pierre sépulcrale de notre pays : Finis Galliæ [138].
Dans son dernier entretien synodal, il confiait à ses prêtres en juillet 1879 :
J’ignore jusqu’où Dieu permettra que le mal triomphe ; il peut entrer dans ses desseins de pousser loin l’épreuve qui nous est réservée, et dont l’expérience seule, peut-être, dessillera les yeux de toute une catégorie d’hommes aujourd’hui encore satisfaits d’eux-mêmes et de leurs déplorables systèmes. Mais les signes les moins trompeurs nous l’annoncent : le retour aux vrais principes et à tous les biens qui en procèdent s’effectuera dans la mesure même des ravages que les principes contraires auront opérés. Assurément, je suis plein de douleur à la vue de tous les maux, de tous les troubles, de tous les excès que nous avons en perspective ; je voudrais, au prix de mon sang et de ma vie, les conjurer et les écarter ; je demande et nous demandons tous à Dieu que ces périls soient dissipés, et que tant d’intérêts de tous genres ne soient pas injustement méconnus. Mais enfin, tranquilles sur le dénouement d’un conflit entre l’homme et Dieu, entre « l’évangile » de M. Ferry et l’Évangile du Christ, nous répétons la parole du prophète : « Assemblez-vous et soyez vaincus : congregamini et vincimini ; réunissez vos forces et soyez vaincus : confortamini et vincimini ; armez-vous en guerre, et soyez vaincus : accingite vos et vincimini ; dressez vos plans et ils seront dissipés ; dites le mot, et il ne passera point en acte, parce que Dieu est avec nous : Inite consilium, et dissipabitur : loquimini verbum, et non fiet, quia nobiscum Deus [139]. »
Mgr Pie croit en la victoire, mais quelle victoire ? Celle que Mgr de Ségur propose en conclusion de son petit ouvrage sur la Révolution expliquée aux jeunes, à savoir l’Apocalypse ?
Mgr Pie reconnaît et affirme que si la restauration n’a pas lieu, c’est la conséquence d’un manque de courage [140] qui résulte d’un manque de foi [141] dont le libéralisme est la cause [142].
Conclusion
Il faut conclure. Je le ferai par ce passage du panégyrique de saint Émilien déjà cité au début de cet article :
Je veux le dire bien haut, aujourd’hui plus que jamais, la principale force des méchants, c’est la faiblesse des bons et le nerf du règne de Satan parmi nous, c’est l’énervation du christianisme dans les chrétiens.
Puis Mgr Pie appelle à la lutte, sans illusion :
[Luttons] avec espérance contre l’espérance même. Car je veux le dire à ces chrétiens pusillanimes, à ces chrétiens qui se font esclaves de la popularité, adorateurs du succès et que les moindres progrès du mal déconcertent.
Ah ! affectés comme ils sont, plaise à Dieu que les angoisses de l’épreuve dernière leur soient épargnées ! Cette épreuve est-elle prochaine, est-elle éloignée ? Nul ne le sait et je n’ose rien augurer à cet égard. Mais ce qui est certain, c’est qu’à mesure que le monde approchera de son terme, les méchants et les séducteurs auront de plus en plus l’avantage. On ne trouvera quasi plus de foi sur la terre, c’est-à-dire elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres. Les croyants eux-mêmes oseront à peine faire une profession publique et sociale de leurs croyances. La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par saint Paul comme un signe précurseur de la fin, nisi venerit discessio primum, ira se consommant, de jour en jour. L’Église, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques [143]. […] Enfin, il y aura pour l’Église de la terre comme une véritable défaite, « il sera donné à la Bête de faire la guerre avec les saints et de les vaincre » [Ap 13, 7]. L’insolence du mal sera à son comble.
Or, dans cette extrémité des choses, dans cet état désespéré, sur ce globe livré au triomphe du mal et qui sera bientôt envahi par les flammes, que devront faire encore tous les vrais chrétiens, tous les bons, tous les saints, tous les hommes de foi et de courage ?
S’acharnant à une impossibilité plus palpable que jamais, ils diront avec un redoublement d’énergie et par l’ardeur de leurs prières et par l’activité de leurs œuvres et par l’intrépidité de leurs luttes : O Dieu ! ô notre Père qui êtes dans les cieux, que votre Nom soit sanctifié sur la terre comme au ciel ; que votre Règne arrive sur la terre comme au ciel ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, sicut in cælo et in terra...
Sur la terre comme au ciel ! ils murmureront encore ces mots et la terre se dérobera sous leurs pieds. Et, […] tous les chœurs des anges, tous les ordres des bienheureux viendront au-devant des généreux athlètes qui auront soutenu le combat jusqu’au bout, espérant contre l’espérance même : contra spem in spem. Et alors, cet idéal impossible, que tous les élus de tous les siècles avaient obstinément poursuivi, deviendra enfin une réalité. Dans ce second et dernier avènement, le Fils remettra le royaume de ce monde à Dieu son Père, la puissance du mal aura été évacuée à jamais au fond des abîmes ; tout ce qui n’aura pas voulu s’assimiler, s’incorporer à Dieu par Jésus-Christ, par la foi, par l’amour, par l’observation de la loi, sera relégué dans le cloaque des immondices éternelles. Et Dieu vivra et il régnera pleinement et éternellement, non seulement dans l’unité de sa nature et la société des trois personnes divines, mais dans la plénitude du corps mystique de son Fils incarné et dans la consommation des saints [144] !
[1] — Lettre de Mgr Fava, évêque de Grenoble, du 31 mars 1886 à Mgr Baunard, auteur de l’Histoire du cardinal Pie, 2 vol. : « Votre ouvrage, cher Seigneur, a le mérite de peindre fidèlement cette noble figure avec sa physionomie à part, de l’élever à la cime de notre société contemporaine, pour dire aux grands et aux petits comment l’Église sait anoblir le fils d’un humble cordonnier, une des gloires les plus pures que notre âge léguera aux siècles à venir. »
[2] — Ludovicus Franciscus Desideratus Eduardus, Sanctæ Romanæ Ecclesiæ Presbyter Cardinalis Pie, Dei et Sedis Apostolicæ gratia, Episcopus Pictaviensis, etc.
[3] — « Panégyrique de saint Émilien », Œuvres épiscopales [ŒE], t. 3, p. 52.
[4] — « Discours au président de la République », 26 mai 1879, ŒE, t. 10, p. 7.
[5] — Il n’est pas le seul, il faut lui adjoindre Mgr Marcel Lefebvre.
[6] — Ce sont les huit premiers volumes des ŒE avec un épilogue du P. Longhaye, de la Compagnie de Jésus, et une table générale.
[7] — Voir Le Sel de la terre 42, p. 207 ; Vu de Haut 11, p. 23 et sq., printemps 2003.
[8] — 2 vol., p. XI.
[9] — « Le centenaire de la naissance du cardinal Pie » par le cardinal Billot, publié dans le Bulletin Catholique du diocésain de Montauban nº 40 et 41 des samedis 2 et 9 octobre 1915, sous l’épiscopat de l’intrépide Mgr Pierre Marty.
[10] — Dom Besse, Le Cardinal Pie. Sa vie, son action religieuse et sociale, p. 113-114. – A l’occasion de l’oraison funèbre du cardinal Pie, Mgr Gay n’hésitera pas à dire : « Là fut le grand champ de bataille de l’évêque de Poitiers ; il n’y descendit pas seulement, il y fixa sa tente pour ne la replier jamais » (p. 37).
[11] — Le chanoine Étienne Catta remarque justement que « ces deux petits volumes mériteraient d’être réédités ». Le père Théotime de Saint-Just désirait « voir ces deux précieux volumes dans les mains de tous les prêtres et de tous les laïques instruits. Ils seraient pour eux un incomparable instrument de travail. »
[12] — Père Théotime de Saint-Just, La Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ d’après le cardinal Pie.
[13] — ŒE, t. 3, p. 513 et sq., « Discours pour la réception des reliques de saint Émilien » à Nantes, le 8 novembre 1859 ; ŒE, t. 7, p. 538, « Discours pour la clôture du pèlerinage national à Notre-Dame de Chartres », le 28 mai 1873 ; ŒE, t. 8, p. 56 et sq., « Homélie pour la saint Hilaire sur l’étendue universelle de la royauté de Jésus-Christ », le 18 janvier 1874 ; ŒE, t. 10, p. 256 et sq., « Homélie sur le psaume 2 » pour le Jeudi-Saint 21 avril 1859, et les trois « Homélies sur le psaume 2 » contenues dans le t. 10, p. 241 et sq. Ces homélies sur le Psaume 2 se prêtent difficilement à une synthèse ; cependant, il faut les lire et les méditer si l’on veut connaître à fond la preuve scripturaire de la Royauté du Christ.
[14] — Au moins cinq fois, et chaque fois, dans des circonstances graves ou des documents primordiaux de son enseignement. Voir ŒE, t. 1, p. 103, « Prise de possession », 1849 ; t. 2, p. 469, 476, « Deuxième instruction synodale », 1856 ; et t. 5, p. 100, « Troisième instruction synodale », 1863 ; t. 7, p. 78, « Sur les motifs de craindre et d’espérer », Noël 1870 ; t. 10, p. 7, « Discours au Président de la République », 1879.
[15] — ŒE, t. 5, p. 333, « Instruction pastorale sur la paix », carême 1864.
[16] — « Première instruction synodale sur les erreurs du temps présent », 7 juillet 1855, ŒE, t. 2, p. 381.
[17] — « Éloge de Jeanne d’Arc » dans la cathédrale d’Orléans, le 8 mai 1844, ŒE, t. 1, p. 3 sq.
[18] — « Savez-vous pourquoi depuis plus d’un demi siècle nous avons vu périr au milieu de nous toutes les formes du gouvernement, sans excepter celle-là même à laquelle nous revenons aujourd’hui ? Je vais vous le dire. Toutes les formes dont s’est revêtue la société ont péri parce que, sous ces formes, il manquait une âme. Or, si heureusement pourvu qu’il soit d’articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c’est un cadavre, et c’est le propre d’un cadavre de tomber bientôt en dissolution. L’âme de toute société humaine, c’est la croyance, c’est la doctrine, c’est la religion, c’est Dieu. Or les sociétés modernes ont trop longtemps divorcé avec Dieu » (« Discours pour la bénédiction d’un arbre de la liberté », ŒE, t. 1, p. 85).
[19] — P. Longhaye, Épilogue, « Vingt-cinq ans d’épiscopat », dans ŒE, t. 8, p. 265-266.
[20] — ŒE, t. 3, p. 511-512. Mgr Pie, lors de son voyage à Rome en 1866, vénéra longuement cette inscription de la Croix. « Là, dit-il, mon impression a été encore plus vive que la première fois en lisant d’une façon si nette le mot Rex écrit sur ce bois de la croix par l’ordre de Pilate. Ce que le procurateur romain a écrit, était bien écrit et restera écrit : quod scripsi, scripsi ». Mgr Baunard, t. 2, ch. 10, p. 294.
[21] — ŒE, t. 3, p. 514, « Panégyrique de saint Émilien », 8 novembre 1859 à Nantes.
[22] — ŒE, t. 3, p. 497-498 ; p. 500-501, « Panégyrique de saint Émilien ».
[23] — ŒE, t. 3, p. 512, « Panégyrique de saint Émilien ».
[24] — ŒE, t. 8, p. 58-59, « Homélie prononcée en la solennité de saint Hilaire, sur l’étendue universelle de la royauté de Jésus-Christ », 18 janvier 1874.
[25] — ŒE, t. 3, p. 501. Sur cette identité des trois règnes : règne de Dieu, règne de J.-C., règne de l’Église et la nécessité de ne pas les séparer, voir surtout : Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 143-144 (sur l’importance d’étudier la religion) ; p. 317 à 320 (sur l’union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes) ; p. 381 (que la vérité est nécessairement combattue sur la terre) ; p. 499-500 (quelques considérations sur la parole de Dieu).
[26] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 317-318-319-320 (sur l’union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes, 1841 et 1847).
[27] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 143-144 (sur l’importance d’étudier la religion chrétienne, 1840).
[28] — ŒE, t. 4, p. 249, lettre au ministre de l’instruction publique, 16 juin 1861.
[29] — ŒE, t. 9, p. 123, « Lettre pastorale concernant la consécration au Sacré-Cœur de Jésus », 1er juin 1875. Voir aussi : ŒE, t. 4, p. 283, « Homélie pour la saint Fiacre », 1er septembre 1861 dans l’église de Montierneuf.
[30] — « Lettre pastorale au sujet de l’établissement canonique de la faculté de théologie de l’Université de Poitiers », 25 novembre 1875, ŒE, t. 9, p. 283.
[31] — ŒE, t. 3, p. 513, « Panégyrique de saint Émilien », 8 novembre 1859 à Nantes.
[32] — ŒE, t. 5, p. 182, « Troisième instruction synodale », août 1863.
[33] — ŒE, t. 5, p. 188-189, « Troisième instruction synodale », août 1863.
[34] — ŒE, t. 1, p. 66-67, « Panégyrique de saint Louis », 29 août 1857 à Blois et 27 août 1858 à Versailles. — Voir aussi : t. 7, p. 98-100 : « N’est-il pas trop manifeste que le nombre des impies s’est étendu parmi nous et qu’il a prodigieusement grandi dans les temps modernes ? Et ce qui est infiniment plus injurieux pour Dieu et plus pernicieux pour la terre, n’est-il pas trop établi, que sous plusieurs de ses aspects, le crime d’impiété n’est plus seulement le crime des particuliers, mais qu’il est devenu le crime de la société ? » (« Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France », carême 1871) ; t. 10, p. 206-207, « Homélie pour la messe d’ouverture du Congrès des Comités de l’Union catholique », 19 août 1875.
[35] — 29 août 1847 ; prêché également l’année suivante à Versailles le 27 août 1848.
[36] — ŒE, t. 5, p. 172, « Troisième instruction synodale », août 1863.
[37] — ŒE, t. 4, p. 327 et t. 7, p. 100 : « Le principe posé à la base de tout le moderne édifice social, a été l’athéisme de la loi et des institutions, qu’on le déguise sous les noms d’abstention, de neutralité, d’incompétence, ou même d’égale protection... il est l’essence de ce qu’on appelle les temps nouveaux. »
[38] — ŒE, t. 3, p. 424, « Lettre adressée au souverain pontife à la suite de la retraite et du synode », juillet 1859.
[39] — ŒE, t. 3, p. 511, « Panégyrique de saint Émilien », 8 novembre 1859.
[40] — ŒE, t. 7, p. 3, « Lettre pastorale et mandement portant publication de la bulle apostolique qui annonce la suspension du concile œcuménique », 31 octobre 1870.
[41] — ŒE, t. 6, p. 434, « Entretiens avec le clergé sur les conditions dans lesquelles semble devoir se tenir le prochain concile œcuménique », juillet 1869 ; t. 9, p. 166, « Entretiens avec le clergé sur la discussion relative à la liberté de l’enseignement supérieur, etc. », 7-12 juillet 1875.
[42] — Œuvres Sacerdotales, t. 2, p. 626, « Deuxième conférence sur le symbole prêchée le 3e dimanche de l’Avent 1847 à la cathédrale de Chartres ».
[43] — ŒE, t. 7, p. 573, « Entretiens avec le clergé sur quelques applications pratiques du libéralisme religieux, etc. », 12-16 juillet 1873 ; et encore : « Il faut méconnaître entièrement les conditions réelles de l’humanité et s’aveugler à plaisir sur la situation morale et doctrinale de notre pays pour ne pas voir à quel point le vice ou seulement la lacune des institutions influe sur toutes les classes de la société et pèse sur les esprits même en apparence les plus fermes et les plus indépendants » : t. 7, p. 102, « Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France », carême 1871.
[44] — ŒE, t. 5, p. 191, « Troisième instruction synodale sur les erreurs du temps présent », juillet 1862 et août 1863. — Voir également, ŒE, t. 7, p. 399, « Éloge de la bienheureuse Jeanne-Marie Maillé » dans la cathédrale de Tours, le dimanche 7 avril 1872.
[45] — ŒE, t. 7, p. 367, « Instruction pastorale sur l’opposition à Dieu manifestée par l’opposition au prêtre », carême 1872.
[46] — ŒE, t. 7, p. 375. — Voir aussi : Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 334 et sq., sur le sacerdoce et son influence sociale.
[47] — ŒE, t. 7, p. 400-411, « Éloge de la B. Jeanne-Marie de Maillé », le 7 avril 1872 à Tours.
[48] — ŒE, t. 7, p. 63 et t. 9, p. 172. Mgr Pie fait ici allusion à Renan qui a fait un mal incalculable à la jeunesse française.
[49] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 46, note.
[50] — Sur cette loi de talion, voir ŒE, t. 10, p. 445, « Homélie pour le jour de Noël 1874 » : « Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations ». — Voir aussi : lettre de Mgr Pie à M. Foisset, Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. 2., p. 65-66 ; lettre à l’archevêque de Turin (26 décembre 1858) communiquée par ce dernier et insérée dans l’ouvrage L’infaillibilité de Blanc de Saint-Bonnet, p. 485-487.
[51] — ŒE, t. 5, p. 176, « Troisième instruction synodale ».
[52] — ŒE, t. 8, p. 90, « Instruction pastorale sur l’obligation de confesser publiquement la foi chrétienne », carême 1874.
[53] — Œuvres sacerdotales, t. 2, p. 627-628-629 (2e conférence sur le Symbole, Chartres 1847).
[54] — ŒE, t. 1, p. 597-601, « Instruction pastorale sur l’esprit de renoncement et de sacrifice », carême 1853.
[55] — ŒE, t. 9, p. 226-227, « Exhortation prononcée après la bénédiction des bâtiments du cercle catholique ouvrier de Parthenay », le 16 septembre 1875 ; t. 2, p. 312, « Homélie prononcée dans la solennité d’ouverture du second synode diocésain », juillet 1855.
[56] — ŒE, t. 5, p. 199, « Troisième instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent ».
[57] — ŒE, t. 7, p. 379, « Instruction pastorale sur l’opposition à Dieu manifestée par l’opposition au prêtre », carême 1872.
[58] — ŒE, t. 8, p. 52-53, « Homélie sur le caractère de l’autorité dans le christianisme », 25 décembre 1873.
[59] — ŒE, t. 8, p. 18-19, « Homélie » du 25 novembre 1873. Ailleurs, Mgr Pie fait observer que nous vivons dans un temps où l’on prétend follement arracher le sceptre aux principes qui sont immuables et qui forment le patrimoine divin de nos esprits, pour le remettre à l’opinion. L’opinion, c’est-à-dire, quant à son origine, l’acte le plus infime de la raison humaine, et, quant à la conduite qu’elle détermine, la règle la plus mouvante, la plus incertaine et la plus aisément déréglée (ŒE, t. 9, p. 125, « Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur », 1er juin 1875).
[60] — ŒE, t. 7, p. 289, « Homélie sur les alliances de Dieu avec les peuples », 13 août 1871.
[61] — ŒE, t. 7, p. 353, « Homélie de Noël 1871 ». — Dans une lettre à M. de l’Estoile, Mgr Pie constate ainsi la nullité des hommes : « Pas plus de 1830 à 1849 que de 1792 à 1815, les hommes que l’on a appelés bien pensants n’ont pu parvenir à bien penser. C’est lamentable ! » (Mgr Baunard, t. 1, p. 221).
[62] — « Une des plaies les plus lamentables de la société actuelle, c’est l’ignorance en matière de religion » (« Lettre synodale de promulgation du concile de La Rochelle », 1854).
[63] — ŒE, t. 1, p. 98-189.
[64] — Voir ŒE, t. 2, p. 1-14, « Éloge de sainte Theudosie ». — Pour entretenir et développer la vie chrétienne au foyer domestique, Mgr Pie consacrait les familles de son diocèse au Sacré-Cœur (ŒE, t. 6, p. 614, « Homélie pour la clôture de la neuvaine au Sacré-Cœur de Jésus à l’intention de l’Église et de la France » le 16 octobre 1870).
[65] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 506-519, « Instruction pour le 3e vendredi de carême 1842 sur la nécessité d’un culte extérieur ».
[66] — ŒE, t. 3, p. 594, « Seconde instruction sur la loi du dimanche », carême 1860. — Au sujet de la sanctification du dimanche, Mgr Pie a écrit : « L’institution du dimanche, avec les salutaires observances qu’elle réclame, suffirait à elle seule pour faire fleurir la plus parfaite morale sur la terre. » (Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 329 , « Sermon sur l’union de la morale avec la foi et les pratiques chrétiennes », cathédrale de Chartres en 1841 et 1847).
[67] — Sur les temples catholiques : Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 519-535. — Sur le caractère dramatique du culte catholique : ŒE, t. 2, p. 535-562. — Sur les offices de l’Église : Œuvres sacerdotales, t. 2, p. 38-52. — Sur le cycle ecclésiastique : ibid., t. 2, 52-67. — Sur la journée sanctifiée par l’Église : ibid., t. 2, p. 76-92. — Résumé des instructions sur le culte : ibid., t. 2, p. 92-102.
[68] — ŒE, t. 6, p. 40-60, « Instruction et mandement sur l’observation quadragésimale », carême 1867. —Voir l’enseignement parallèle de Dom Guéranger dans L’année liturgique. Le Carême, ch. 2 et 3.
[69] — ŒE, t. 4, p. 189. et sq., « Exhortation aux mères chrétiennes », le 19 mars 1861 ; ŒE, t. 4, p. 277, « Messe pour la saint Fiacre, Patron des jardiniers », 1er septembre 1861.
[70] — Voir ŒE, t. 7, p. 410-411 ; t. 9, p. 631 et sq.
[71] — ŒE, t. 7, p. 584-587, « Lettre pastorale concernant les supplications publiques et les indulgences accordées par Pie IX », le 17 juillet 1873.
[72] — ŒE, t. 8, p. 81-83, « Instruction pastorale sur l’obligation de confesser publiquement la foi chrétienne », carême 1874.
[73] — ŒE, t. 4, « Lettre synodale des Pères du concile de La Rochelle, portant promulgation des décrets du second concile provincial », 1854 : « Dans le cadre si vaste des matières traitées au concile de 1850, il est un point que nous n’avions pas touché et auquel nous donnons aujourd’hui une attention spéciale ; nous voulons parler de la prière en commun et de tout ce qui constitue la religion domestique. Dans le langage de saint Paul, chaque maison est un sanctuaire. Qu’on y trouve donc la croix de Jésus-Christ, qui est le signe de toute maison chrétienne, et que l’image de Marie, la Mère de Dieu et notre mère, soit inséparable du Crucifix ! »
[74] — Mgr Baunard, t. 2, L. IV, ch. 2, p. 435. A la prière, le fidèle doit joindre la souffrance, la pénitence, la réparation. Mgr Pie cherchait à éveiller dans ses fidèles l’idée de la réparation nationale. Au sujet d’un jeûne prescrit, il écrivait en 1873 : « Ce jeûne devra être offert en esprit de réparation nationale » (ŒE, t. 7, p. 584).
[75] — Mgr Baunard, t. 1, ch. VII, p. 219.
[76] — ŒE, t. 2, p. 313, « Homélie prononcée dans la solennité d’ouverture du second synode diocésain et résumé des questions traitées dans ce synode », les 8, 9 et 10 juillet 1855. Cette homélie ne se trouve pas dans la 1ère édition.
[77] — ŒE, t. 5, p. 436, « Entretien avec le clergé », Juillet 1865 ; et ŒE, t. 7, p. 567-572, trois brefs pontificaux relatifs au libéralisme catholique.
[78] — ŒE, t. 3, p. 260 « Seconde instruction synodale sur les principales erreurs du temps présent » ; voir également ibid., p. 262 et t. 7, p. 382-383, « Instruction pastorale sur l’opposition à Dieu manifestée par l’opposition au prêtre », carême 1872, qui comporte un passage semblable sur « les fatales condescendances qui seraient des trahisons envers le ciel et envers la terre ».
[79] — Mgr Baunard, t. 1, p. 191
[80] — Mgr Baunard, t. 2, p. 461.
[81] — Mgr Baunard, t. 2, p. 577. C’était le cinquième refus. Le Marquis de Moussac, qui fut chargé de la négociation au nom du Comité royaliste de Vannes, rapporte la réponse qui lui fut donnée. Elle reproduit trop parfaitement l’attitude profonde du cardinal pour que nous ne la citions pas intégralement : « Je ne trouve pas, dit-il, que la place d’un prêtre, encore moins d’un évêque soit dans les parlements français contemporains. Les exigences de la tactique parlementaire l’obligent sans cesse à taire ce qu’il voudrait dire ou à dire autrement qu’il ne le voudrait ou le devrait ce qu’il lui est permis d’exprimer. Le vrai terrain d’un évêque est la chaire de sa cathédrale ou la plume de ses mandements. Lorsque je crois quelque chose utile à dire, je monte dans la chaire de Saint-Pierre [cathédrale de Poitiers] ou dans cette pièce retirée qui donne sur la petite rue paisible des R. P. Oblats, à l’abri du bruit et des importuns. Là, je suis libre, indépendant, je parle ou j’écris ; je dis ce que j’ai à dire sans avoir à rendre compte à personne d’autre qu’au souverain pontife et au souverain Juge. C’est le seul terrain où je suis inexpugnable. Que nos amis du Morbihan veuillent donc bien me permettre d’y rester. » (Revue catholique et royaliste, 20 mai 1909, p. 564.)
[82] — ŒE, t. 2, p. 604 ; voir également l’« Instruction pastorale sur l’opposition à Dieu manifestée par l’opposition au prêtre » (carême 1872) où Mgr Pie reprend à son compte les paroles de l’ancien évêque de Chartres.
[83] — F. Le Play, Lettre 1871.
[84] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 162, « Instruction sur la nécessité d’entendre la parole de Dieu », Chartres 1840.
[85] — ŒE, t. 3, p. 516, « Discours pour la solennité de la réception des reliques de saint Emilien, évêque de Nantes », 8 novembre 1859.
[86] — ŒE, t. 9, p. 216-217, « Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers », le 21 août 1875. Mgr Pie anticipe l’encyclique Æterni Patris recommandant la philosophie de saint Thomas, qui paraîtra le 4 août 1879.
[87] — ŒE, t. 9, p. 218, « Paroles prononcées à la séance de clôture du congrès catholique de Poitiers », 1875.
[88] — ŒE, t. 8, p. 88, « Instruction pastorale sur l’obligation de confesser publiquement la foi chrétienne », carême 1874 ; ŒE, t. 10, p. 452, « Paroles avant la lecture du bref apostolique qui érige canoniquement la Faculté de Théologie de Poitiers », le 7 octobre 1875 : « Le monde périt parce que la connaissance de Dieu a disparu et la connaissance de Dieu, c’est proprement la théologie. Elle éclaire tout, elle protège, elle défend toutes les autres vérités : celles qui se rapportent à Dieu, aux hommes vivant en société, à tous les devoirs moraux de la vie. Avec ses annexes nécessaires : l’Écriture sainte, le droit ecclésiastique, l’histoire, la philosophie qui est son préambule, elle plonge ses racines dans toutes les parties de l’esprit humain ».
[89] — ŒE, t. 3, p. 136-137, « Seconde instruction synodale ». Mgr Pie y rappelle que « laïque » est un nom de création et d’origine chrétienne, et qu’il n’est pas synonyme d’indifférent.
[90] — Surtout dans la sainte eucharistie, car « L’eucharistie est le centre où tout le christianisme se termine, c’est le résumé vivant et substantiel de la loi nouvelle... Tout est inachevé dans la vie du chrétien, tant qu’il n’en vient pas à la Communion » (ŒE, t. 10, p. 140, « Homélie pour le jour de Pâques prêchée à Saint-Louis des Français », à Rome en 1880).
[91] — Œuvres sacerdotales, t. 1, p. 194 et « Deuxième instruction à l’occasion du jubilé semi-séculaire », ŒE, t. 1, p. 329-330.
[92] — ŒE, t. 3, p. 167, 212-214, « Seconde instruction synodale », juillet 1857 et juillet 1858.
[93] — Voir ŒE, t. 3, p. 210-212, « Seconde instruction synodale ».
[94] — ŒE, t. 3, p. 180 et 218, « Seconde instruction synodale ».
[95] — ŒE, t. 2, p. 402-403, « Première instruction synodale », 7 juillet 1855.
[96] — ŒE, t. 3, p. 214, « Seconde instruction synodale ».
[97] — ŒE, t. 2, p. 32, « Entretien avec le clergé diocésain », 1853.
[98] — Dans un discours prononcé en 1848, l’abbé Pie compare l’union qui doit exister entre l’Église et l’État à l’union de l’âme et du corps. Si les différentes formes du gouvernement ont péri en France, c’est qu’elles n’étaient pas unies à l’Église comme le corps doit être uni à l’âme : « Or, si heureusement qu’il soit pourvu d’articulations, de ressorts et de muscles, un corps sans une âme, c’est un cadavre, et le propre d’un cadavre est de tomber bientôt en dissolution. L’âme de toute société humaine, c’est la croyance, c’est la doctrine, c’est la religion, c’est Dieu. » ŒE, t. 1, p. 85. — Voir ŒE, t. 4, p. 250, « Lettre à M. le ministre de l’Instruction publique et des Cultes » du 16 juin 1861 où Mgr Pie cite Yves de Chartres qui fut plus d’une fois aux prises avec son souverain : « Nisi regatur ab anima, tantum valet terrena potestas nisi informetur ab ecclesiastica disciplina – Autant ce que vaut le corps s’il n’est pas régi par l’âme, autant vaut le pouvoir temporel s’il n’est guidé par la discipline ecclésiastique. »
[99] — ŒE, t. 4, p. 247-248, « Lettre à M. le ministre de l’Instruction publique et des Cultes », 16 Juin 1861.
[100] — Notamment : « Troisième instruction synodale », ŒE, t. 5, p. 39-40 et 166.
[101] — ŒE, t. 3, p. 424. Voir également Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. 1, p. 8 et t. 2, p. 520 : « Vous comprenez, Messieurs, que je fais allusion ici au récent concordat d’Autriche, œuvre digne des meilleurs jours de la république chrétienne, et qui, en nous reportant au-delà des temps de Charles-Quint et de François Ier, n’a refusé aux faits accomplis et au droit public des temps modernes aucun des ménagements conciliables avec la franche déclaration et le libre exercice des droits imprescriptibles de Dieu, de Jésus-Christ et de l’Église. Ce traité de paix entre la religion et la société, signé au 19e siècle, mérite d’être approfondi dans toutes ses parties. » (« Instruction synodale adressée au clergé sur Rome considérée comme siège de la papauté », 12 et 13 septembre 1856.)
[102] — « La religion catholique, qui est pour les Français la religion de quatorze siècles dans le passé et de trente-cinq millions de citoyens sur trente-six dans le présent, est la religion du pays et de ses institutions. Les citoyens qui professent les autres cultes jouiront de toutes les garanties accordées par la loi. »
[103] — Œuvres sacerdotales, t. 2, p. 629, « Deuxième conférence sur le Symbole », 3e dimanche d’Avent 1847. — Mgr Baunard, t. 1, p. 665-670 (entrevue avec Napoléon III).
[104] — Il approuva fort la franche et nette déclaration de M. Chesnelong à la Chambre française, le 12 juin 1875 : « Les comités catholiques réclament la liberté d’enseignement au nom de la foi catholique, et parce que, selon eux, l’Église tient de sa mission le droit d’enseigner. Vous appelez cela une nouveauté, mais c’est la foi de dix-huit siècles. Il faut que vous en preniez votre parti : La France catholique n’y renoncera pas »( ŒE, t. 9, p. 171). — Sur cette question capitale de l’enseignement, voir : Mgr Baunard, t. 1, L. II, ch. 2, p. 289-300 et t. 2, L. IV, ch. 6, p. 589-692. Au sujet du monopole universitaire, Mgr Pie disait à ses prêtres qu’« aucun catholique ne pouvait hésiter à réclamer et à appeler de tous ses vœux la suppression du monopole universitaire » (« Entretien adressé au clergé », 27 août 1850 et 25 août 1851 ; ŒE, t. 1, p. 362).
[105] — ŒE, t. 3, p. 573-574, « Seconde instruction sur la loi du dimanche », carême 1860.
[106] — ŒE, t. 7, p. 65, « Homélie prononcée dans l’église Notre-Dame-la-Grande sur l’action simultanée du bien et du mal », le 8 décembre 1870.
[107] — ŒE, t. 4, p. 323, « Lettre au ministre des Cultes » du 11 novembre 1861 ; ŒE, t. 5, p. 586-587, « Entretiens avec le clergé à la suite du second voyage ad Limina », août 1866 ; ŒE, t. 8, p. 40, « Lettre pastorale donnant communication de l’encyclique du Saint-Siège publiée le 21 novembre 1873 » ; voir Mgr Baunard, t. 1, L. 1, ch. 2 p. 42. Le cardinal Pie appelle ces sociétés détestables et abominables : « Nous leur imputons la majeure partie des maux qui désolent aujourd’hui le monde et nous sommes convaincus que devant Dieu elles en sont responsables » (ŒE, t. 7, p. 52, « Adresse du clergé et des fidèles du diocèse de Poitiers à Pie IX »).
[108] — C’est à l’expansion du catholicisme dans ces possessions coloniales que pense Mgr Pie. « A supposer, écrivait-il, qu’on ne puisse espérer la conversion en masse d’un peuple musulman, encore ne faudrait-il pas oublier que la conquête spirituelle d’une seule âme a plus de prix et plus de portée aux yeux de la religion que la conquête matérielle d’un royaume » (ŒE, t. 7, p. 95, « Instruction pastorale sur les malheurs actuels de la France », carême 1871). — Voir aussi ŒE, t. 6, p. 211-212, « Entretiens avec le Clergé sur l’état actuel des intérêts de la société et de l’Église », 12 juillet 1868 ; t. 7, p. 26 à 31, « Homélie pour le 21e anniversaire de notre consécration épiscopale » le 25 novembre 1870, et p. 494-495, « Exhortation adressée aux membres de l’association de Saint-François-de-Sales », le 29 janvier 1873. — Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. 3, p. 86.
[109] — ŒE, t. 6, p. 194, « Lettre au Clergé prescrivant une quête en faveur de la population arabe de l’Algérie décimée par la famine », le 10 mai 1868.
[110] — Mgr Pie a toujours combattu les principes de la Révolution française : « Cette politique, qui est l’application de la philosophie sécularisée, a un nom dans l’Évangile : la puissance du mal et de la bête. Elle a reçu aussi un nom dans les temps modernes, un nom formidable qui depuis 70 ans a retenti d’un pôle à l’autre : elle s’appelle la Révolution. Avec une rapidité de conquête qui ne fut jamais donnée à l’Islamisme, cette puissance, émancipée de Dieu et de son Christ, a subjugué presque tout à son empire, les hommes et les choses, les trônes et les lois, les princes et les peuples » (ŒE, t. 3, p. 516, « Discours pour la réception des reliques de saint Émilien », 8 novembre 1859).
[111] — Plusieurs de ces objections, en effet, se trouvent dans le rapport présenté au Conseil d’État par M. Suin dans l’affaire du mandement du 22 février 1861 et dans la lettre du comte de Persigny, ministre de l’Intérieur au cardinal archevêque de Bordeaux, publiée par L’Indépendance belge le 11 Novembre 1862 (Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. IV en entier).
[112] — ŒE, t. 9, p. 168, « Entretiens avec le clergé sur la discussion relative à la liberté de l’enseignement supérieur », 7-12 juillet 1875.
[113] — ŒE, t. 4, p. 167-168, « Allocution prononcée à la suite de la bénédiction de la chapelle des Petites Sœurs des Pauvres », 28 février 1861.
[114] — ŒE, t. 5, p. 186, « Troisième instruction synodale ».
[115] — ŒE, t. 4, p. 423, « Réponse à son Excellence M. Billault, ministre et commissaire du gouvernement impérial ».
[116] — ŒE, t. 4, p. 248, « Lettre à M. le ministre de l’Instruction publique », 16 juin 1861.
[117] — ŒE, t. 10, p. 259, « Homélie sur le Psaume 2 ». — Mgr Pie rappelle la pensée de Mgr de Montals, ŒE, t. 4, p. 185-186. — Voir également ŒE, t. 4, p. 246 et 250, « Lettre au ministre de l’Instruction et des Cultes » du 16 juin 1861.
[118] — ŒE, t. 4, p. 250-251, ibid.
[119] — ŒE, t. 5, p. 187, « Troisième instruction synodale » et t. 3, p. 514, « Panégyrique de saint Émilien », 8 novembre 1859.
[120] — Fatigué aussi de « paroles vagues et creuses, de banalités sonores, dont on a charmé et endormi dans leur berceau ou sur leur lit de mort tous les régimes disparus » (ŒE, t. 7, p. 111, « Instruction pastorale sur les malheurs actuels », carême 1871).
[121] — Mgr Baunard, t. 2, L. IV, ch. 1, p. 375.
[122] — ŒE, t. 5, p. 192, « Troisième Instruction synodale ».
[123] — ŒE, t. 6, p. 269 « Éloge funèbre du général Auguste de la Rochejaquelein ».
[124] — ŒE, t. 5, p. 556 « Exhortation aux zouaves pontificaux », 17 juin 1866.
[125] — ŒE, t. 5, p. 306, « Homélie du 8 décembre 1863 ».
[126] — ŒE, t. 5, p. 193. — Beaucoup de chrétiens « en reconnaissant à l’Église son autorité infaillible d’enseignement n’ont pas une juste et suffisante idée de l’assistance journalière qu’elle reçoit pour sa conduite pratique. Et cependant le dogme de l’inhabitation continuelle du Saint-Esprit dans l’Église, le dogme de la présence quotidienne de Jésus-Christ en elle, doit être pour nous une croyance très arrêtée. L’Église ne possède pas seulement la science abstraite des vérités et des doctrines : elle possède au même degré la science des applications et des opportunités » (ŒE, t. 5, p. 204, « Troisième Instruction synodale »).
[127] — ŒE, t. 9, p. 213, « Paroles prononcées à la séance de clôture du Congrès catholique de Poitiers », 21 août 1875.
[128] — « Les pressentiments des bons semblent nous permettre d’espérer encore pour l’Église militante des jours de triomphe, au moins temporaire » (ŒE, t. 4, p. 106, « Homélie du 25 novembre 1860 »). Un an auparavant, le 30 novembre 1859, Mgr Pie avait écrit à M. de l’Estoile : « J’espère un beau quart de siècle, dont le commencement n’est pas très loin de nous » (Mgr Baunard, t. 2, L. III. c 1, p. 33).
[129] — Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. 2, p. 39.
[130] — ŒE, t. 4, p. 4 et sq., « Mandement qui ordonne une quête pour les chrétiens de la Syrie », 29 août 1860. — Mgr Baunard, t. 2, p. 204 : « Une fois les principes chrétiens reconnus et la vérité sauve, Mgr Pie, fidèle à la pensée de l’Église, ne fait plus difficulté d’entrer en composition et de descendre de l’idéal spéculatif et désirable à la pratique réalisable, dans les conditions présentes de notre société. C’est l’hypothèse après la thèse, c’est la question de conduite après la question de doctrine ; et, sur ce terrain des réalités pratiques, il n’existe plus qu’une loi : celle du possible d’abord, du plus grand bien ensuite. Si donc il n’y a plus aujourd’hui de possible et de profitable au plus grand bien des hommes qu’un régime de loyale et franche liberté, l’Église l’acceptera. Mais son droit reste entier, et, sa prérogative inviolable, elle ne l’abdiquera pas ; et les deux conditions qu’elle posera toujours, c’est que, premièrement, ce régime moderne, si durable qu’il puisse être, ne soit pas érigé en principe chez elle et traité de progrès ; c’est que, secondement, on ne cesse de travailler à l’amélioration de cet état présent des choses, en faisant le plus possible pénétrer l’esprit chrétien dans les institutions et la législation. »
[131] — ŒE, t. 7, p. 549, « Discours prononcé dans la solennité de clôture du pèlerinage national à Notre-Dame de Chartres » le 28 mai 1873. Mgr Pie a fait beaucoup pour le culte du Sacré-Cœur, espoir suprême de la restauration sociale chrétienne de la France. Ajoutons que c’est à Poitiers, durant son épiscopat et avec ses encouragements, qu’a été élaboré le projet du monument du Vœu national de Montmartre (Mgr Baunard, t. 2, L. IV. c. 11, p. 443). — ŒE, t. 9, p. 134, « Lettre pastorale et mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur de Jésus » le 1er juin 1875.
[132] — ŒE, t. 5, p. 183, « Troisième Instruction synodale ».
[133] — ŒE, t. 7, p. 517, « Homélie pascale au retour d’un voyage ad limina apostolorum, prononcé dans la cathédrale de Poitiers », le jour de Pâques 1873.
[134] — Act. Apost. Sedis, 1911, p. 657. Allocutio habita occasioni impositionis bireti novis cardinalibus die XXIX novembris MCMXI. Dans la table analytique des Acta, ce passage est ainsi indiqué : GALLIA... persecutio erit temporanea, reditus ad ecclesiam certus.
[135] — ŒE, t. 5, p. 506-507, « Éloge funèbre de La Moricière », 5 décembre 1865. Quatorze ans plus tard, le 28 septembre 1879, quelques mois seulement avant sa mort, Mgr Pie, dans les mêmes termes, redisait à Rome la même espérance (ŒE, t. 10, p. 63-64, « Discours de prise de possession du titre presbytéral de N.-D. de la Victoire »). Il avait manifesté la même espérance dès 1846 (Œuvres sacerdotales, t. 2, p. 332-333, « Premier sermon sur le retour à Dieu prêché le 1er dimanche de carême 1846 »). — Voir notre article : « Saint Pie X et le cardinal Pie », Le Sel de la Terre 42, automne 2002, p. 207-211.
[136] — ŒE, t. 1, p. 315-316-317, « Seconde instruction pastorale à l’occasion du jubilé », carême 1851. Dans une célèbre homélie prononcée à Reims, en 1876, Mgr Pie signale un triple caractère de la France : « L’inaltérable fidélité à l’orthodoxie, l’alliance indissoluble du sacerdoce et des pouvoirs publics, le zèle de l’apostolat et du protectorat catholique dans le monde entier : triple cachet de la vocation des Francs et par suite triple condition de leur prospérité, car les peuples comme les individus ne grandissent et ne durent qu’en se conformant aux lois qui ont présidé à leur naissance et à leur formation première »( ŒE, t. 9, p. 390).
[137] — Mgr Baunard, t. 2, L. III, ch. 2, p. 66.
[138] — ŒE, t. 7, p. 354, « Homélie de Noël 1871 ».
[139] — ŒE, t. 10, p. 27-29, « Entretien avec le clergé à l’occasion des récentes discussions de la Chambre sur l’enseignement, etc. ».
[140] — Les paroles de Jaurès à l’adresse des députés catholiques à l’occasion de la séparation de l’Église et de l’État, est une illustration a posteriori de ce manque de courage : « Nos adversaires ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution, l’entière pensée catholique, de réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne le droit, non seulement d’inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés, ils ont chicané sur les détails d’organisation. Ils n’ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l’âme de l’Église. »
[141] — ŒE, t. 8, p. 25, 26-27, « Homélie du 25 Novembre 1873 ».
[142] — ŒE, t. 7, p. 572-573, « Entretien avec le clergé », 1873.
[143] — Pour éclairer ces « proportions domestiques », voir dans ŒE, t. 7, p. 411-412, les paroles prononcées à la suite de l’installation du Cercle des ouvriers à Notre-Dame-des-Dunes, le 25 août 1872 : « Ce matin, M. le comte de Mun a été frappé à la vue de nos églises, de nos clochers, de nos établissements religieux, de nos nombreux sanctuaires. Mais il en est un dans lequel il n’a pas encore pénétré, avec lequel il n’a pas fait connaissance : je veux dire le sanctuaire domestique. Et pourtant c’est celui-là qui peuple tous les autres et qui les sanctifie, en même temps qu’il est sanctifié par eux. Oui, c’est la foi, c’est la religion, c’est l’honnêteté, fidèlement conservées dans ce sanctuaire de la famille, dans ce foyer chrétien, qui débordent à certains jours, et qui nous donnent des spectacles comme celui que nous avons présentement sous les yeux. »
[144] — ŒE, t. 3, p. 527 à 529, « Panégyrique de saint Émilien à Nantes », le 8 novembre 1859. — Voir également : ŒE, t. 9, 19, « Mandement et instruction pastorale à l’occasion du jubilé universel de l’année sainte et pour le carême 1875 » : « O vous qui désespérez des choses humaines, mon frère, s’il ne vous est pas donné de sauver votre pays, sauvez au moins votre âme ; si vous n’avez plus foi à aucun lendemain en ce monde, assurez sans retard votre lendemain immortel. Les nations périront, votre âme est impérissable ; la patrie terrestre finira, la patrie d’en haut ne connaît pas de fin. » — ŒE, t. 3, p. 526 (« Panégyrique de saint Émilien) : « Vaincre entièrement le mal ici-bas, le détruire de fond en comble, et planter sur ses ruines l’étendard désormais inviolable du Nom, du règne et de la loi de Dieu, c’est un triomphe définitif qui ne sera donné à aucun de nous, mais que chacun de nous n’en doit pas moins ambitionner avec espérance contre l’espérance elle-même. » — Mgr Baunard, t. 2, p. 507-510 : « Si Dieu veut sauver la France, il lui inspirera de meilleures dispositions, sinon elle périra victime de ses stupides antipathies. »
Informations
L'auteur
L'abbé Nicolas Pinaud a été ordonné prêtre dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX).
Le numéro

p. 202-240
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