La délicate vertu d’obéissance
par Mgr Marcel Lefebvre
Mgr Lefebvre a traité de la délicate vertu d’obéissance dans une conférence de retraite prêchée à Avrillé, le 18 octobre 1989.
Le Sel de la terre.
Pas d’obéissance aveugle
Nous sommes dans un temps, vraiment, qui rend la vertu d’obéissance délicate, et qui montre qu’il n’y a pas d’obéissance aveugle.
C’est un terme que les auteurs spirituels emploient pour encourager les âmes à être pleinement obéissantes, sans limite ; mais il n’y a pas d’obéissance aveugle, cela n’existe pas. Saint Thomas lui-même montre très bien qu’il faut que l’obéissance soit un acte intelligent et non pas un acte aveugle […]. Si ce n’est plus un acte intelligent, si ce n’est plus un acte libre, ce n’est plus méritoire ! Cela ne signifie rien, une obéissance aveugle.
Malheureusement, on voit cette obéissance aveugle à l ’œuvre dans les différents monastères qui nous ont quittés, c’est un fait.
Je suis stupéfait de voir tous ces monastères comme Solesmes, Fontgombeau, Randol, Dom Augustin et maintenant Dom Gérard… Dès lors que le supérieur a suivi une orientation qui est tout simplement un ralliement au progressisme et au modernisme, dans la réalité, en définitive, eh bien ! c’est incroyable de voir que tous les moines ont suivi comme un seul homme – à part l’une ou l’autre unité, mais très très peu. Ils n’ont pas voulu réfléchir, semble-t-il, ils ont fermé les yeux et ils ont dit : « Bon, nous suivrons notre supérieur, il dira ce qu’il voudra, il fera ce qu’il voudra, nous suivrons et terminé. »
C’est extraordinaire, c’est incroyable ! Alors qu’avant, tous ces moines sont rentrés dans ces monastères parce qu’ils étaient traditionnels, parce qu’ils étaient fermes dans la doctrine, fermes dans la foi, parce qu’ils avaient gardé toute la liturgie traditionnelle, parce qu’ils avaient gardé […] leur règle de saint Benoît ; on leur change ces choses-là, on leur change leur liturgie… et tout le monde suit !
La vraie obéissance est dans la conformité à la foi
L’obéissance aujourd’hui est une vertu difficile à pratiquer, mais dans les faits, grâce à Dieu, dans les communautés qui ont gardé la foi, il n’y a pas de raison de mettre en doute l’orientation qui est donnée par les supérieurs. Vérifier l’orientation et la conformité à la foi, ce n’est pas une question personnelle, il suffit de consulter les bibliothèques. Vous avez ici une magnifique bibliothèque, tous les livres, tous les conciles, toutes les encycliques des papes, que sais-je ! Il suffit de consulter les Pères de l’Église pour voir où est la foi traditionnelle, quelle est la foi de l’Église.
Ce n’est pas difficile ! Pendant vingt siècles, l’Église a manifesté sa foi, les théologiens, les hommes de science ont écrit ; alors, vous pouvez vérifier ces écrits pour savoir si nous sommes vraiment dans la bonne succession de l’Église, dans la vérité de l’Église.
J’ai l’occasion de dire fréquemment aux séminaristes lorsqu’il m’est donné de leur parler : « Ne dites pas que nous sommes avec Mgr Lefebvre, ne dites pas que nous sommes des disciples de Mgr Lefebvre… » Non, non ! nous sommes disciples de l’Église, nous suivons l’Église. Moi, j’essaie dans la mesure du possible de me faire l’écho de la foi de l’Église. Ce n’est pas difficile, il n’y a qu’à prendre le Catéchisme du concile de Trente, il n’y a qu’à prendre n’importe quel livre écrit qui résume la foi, Le Dictionnaire de théologie catholique qui a été édité avant le Concile…, pour avoir la réponse à tous nos problèmes sur la foi. C’est cela que nous avons à suivre, c’est cela que nous cherchons à enseigner, à transmettre – transmettre la vérité, transmettre la doctrine.
Tradidi quod et accepi
Je souhaite que sur ma tombe on écrive : « Tradidi quod et accepi. J’ai transmis ce que j’ai reçu. »
Déjà, saint Paul dit cela.
Cela ne vient pas de moi : j’ai reçu, je transmets, j’essaie de transmettre aussi fidèlement que possible ; et pour savoir si c’est transmissible, maintenant, on peut se référer à tous les documents qui manifestent la foi…
Il faut rester bien dans cet esprit-là et ne pas faire du personnalisme. C’est alors que nous tomberions dans une espèce de secte, et il n’est pas question pour nous de former de secte quelconque, une Église quelconque, ni une division de l’Église quelconque. Nous continuons comme l’ont fait ceux qui nous ont précédés et qui nous ont transmis la foi. […]
Je pense au père Haegy qui a fait ce livre que vous avez dans les mains [1] et au père Stercky. Haegy était mon maître de liturgie. J’étais cérémoniaire au Séminaire français, et j’avais comme préfet de liturgie le père Haegy qui a fait ce livre, qui a été réédité par le père Stercky. Le père Haegy était membre de la commission de liturgie de Rome. Ce que nous faisons, c’est donc ce que le père Haegy nous a enseigné, lui qui est né en 1850. Il a donc bien connu la liturgie romaine et il nous l’a enseignée. Donc on ne change pas, il n’y a rien à inventer, simplement à transmettre ce qu’on m’a enseigné et on s’aperçoit que la transmission de cette tradition produit des fruits et qu’à côté, ceux qui ont abandonné cette tradition, sont dans la stérilité, n’ont plus rien du tout… Alors, c’est une preuve.
Ce sont eux qui se sont excommuniés eux-mêmes
Après, pas la peine de me poser des problèmes invraisemblables : « Vous êtes schismatique, vous êtes excommunié, vous ne représentez plus l’Église. » Alors, ceux qui nous ont enseigné cette doctrine que nous enseignons sont un peu schismatiques aussi, et excommuniés !
Je ne vois pas comment on peut sortir de ce problème, c’est l’un ou l’autre. Si vraiment nous sommes excommuniés pour ce que nous enseignons et ce que nous faisons, tous ceux qui nous ont enseigné cela au Séminaire français ou à la Grégorienne sont excommuniés aussi ! c’est ridicule, cela n’a pas de sens.
Ce sont eux, ceux qui nous excommunient, qui ont tout changé ; ce sont eux qui se sont excommuniés eux-mêmes, ce sont eux qui sortent eux-mêmes, qui s’éloignent de l’Église ; ce sont eux qui sont excommuniés par les papes, parce qu’ils nous enseignent des choses que les papes ont condamnées : ils enseignent le modernisme, et les modernistes ont été excommuniés par le pape saint Pie X. Ce sont eux qui sont excommuniés, pas nous !
[1] — Manuel de liturgie et cérémonial selon le rit romain, par les PP. Léon Le Vavasseur et Joseph Haegy, revu et mise à jour par le P. Louis Stercky, 2 tomes. (NDLR.)

