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Les Evangiles sous le feu de la critique rationaliste

Fr. Emmanuel-Marie PERRET O.P.

Informations

ÉCRITURE SAINTE

Les thèmes

Écriture sainte
La Bible contre ses détracteurs
Le Sel de la terre n° 124

Le numéro

Printemps 2023
p. 4-32

L'auteur

Fr. Emmanuel-Marie PERRET O.P.

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

3,50 €

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Les Évangiles sous le feu de la critique rationaliste


par le frère Emmanuel-Marie O.P.


Grandeur de l’Évangile


DANS L’ENCYCLIQUE SPIRITUS PARACLITUS, publiée le 15 septembre 1920 à l’occasion du 15e centenaire de la mort de saint Jérôme, le pape Benoît XV se réjouissait de ce que, par les soins de la Société de Saint-Jérôme, les Évangiles et les Actes des Apôtres fussent largement répandus parmi les fidèles, « de manière que ces livres aient désormais leur place dans chaque famille chrétienne et que chacun prenne l’habitude de les lire et méditer chaque jour ».

[Car] Dieu n’a pas accordé les Livres saints aux hommes pour satisfaire leur curiosité ou leur fournir des sujets d’étude et de recherche, expliquait à son tour Pie XII dans Divino afflante Spiritu, mais, comme le remarque l’Apôtre, pour que ces divines paroles puissent nous « donner la sagesse qui conduit au salut par la foi en Jésus-Christ », et « en vue de rendre l’homme de Dieu parfait, apte à toute bonne œuvre » (cf. 2 Tm 3, 15. 17) [1].

Saint Jérôme disait dans le même sens :

S’il y a quelque chose qui tienne l’homme sage en cette vie et le persuade, au milieu des souffrances et des tourments de ce monde, de garder l’égalité d’âme, j’estime que c’est en tout premier lieu la méditation et la science des Écritures [2].


En effet, l’Écriture sainte est un trésor bien capable de nourrir nos âmes et de les conforter, et, au cœur de ce trésor, les quatre Évangiles sont la perle précieuse dont parle la parabole (Mt 13, 46). Car l’Évangile est doublement la parole de Dieu : il l’est comme toute l’Écriture inspirée, et il l’est à un titre spécial parce qu’il contient les paroles mêmes et les exemples de Notre-Seigneur, fidèlement rapportés par les évangélistes.

Dans les saints Évangiles, le Christ est présent pour tous, exemple suprême et parfait de justice, de charité et de miséricorde ; ici s’ouvrent pour le genre humain, déchiré et inquiet, les sources de cette grâce divine sans laquelle peuples et conducteurs de peuples ne pourront établir ou consolider ni l’ordre public ni la concorde des esprits [3].


Lisons donc l’Évangile, méditons-le soigneusement, pénétrons-nous de ses richesses, goûtons-le, et il nous adviendra ce qui arriva aux disciples d’Emmaüs, lorsqu’après avoir entendu les paroles du Maître, ils s’écrièrent : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous découvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). L’Évangile est le meilleur guide spirituel que nous puissions trouver, la meilleure école de vertu et de prière, bien plus profonde et efficace que n’importe quel livre de piété.


Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en a fait l’expérience, qu’elle nous livre dans son Histoire d’une âme :

Plus tard tous les livres me laissèrent dans l’aridité et je suis encore dans cet état. Si j’ouvre un livre composé par un auteur spirituel (même le plus beau, le plus touchant), je sens aussitôt mon cœur se serrer et je lis sans pour ainsi dire comprendre, ou si je comprends, mon esprit s’arrête sans pouvoir méditer... Dans cette impuissance, l’Écriture sainte et l’Imitation viennent à mon secours ; en elles je trouve une nourriture solide et toute pure. Mais c’est par-dessus tout l’Évangile qui m’entretient pendant mes oraisons, en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux... Je comprends et je sais par expérience Que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous [4].


Saint Jean Chrysostome a bien montré les merveilleux effets que produit dans l’âme chrétienne la lecture des Évangiles. Il en parle dans sa troisième homélie sur Lazare, prononcée à Antioche :

Dès l’instant où l’on a touché l’Évangile, on a aussitôt apaisé son propre esprit, on l’a retiré des choses du monde, et cela par le seul regard jeté sur le livre sacré. Si à cela s’ajoute une lecture attentive, l’âme, comme introduite dans un sanctuaire mystérieux, se trouve purifiée et rendue meilleure, car c’est Dieu lui-même qui lui parle dans l’Écriture. — Comment cela, direz-vous, si nous ne comprenons pas ce qui est renfermé dans ces livres ? — Quand bien même vous ne comprendriez pas ce qui est caché, sachez que de la simple lecture, naît une abondante sanctification. D’ailleurs, il est impossible que vous ne compreniez absolument rien : la grâce du Saint-Esprit en effet a mesuré et dispensé ces livres de telle sorte que ce sont des publicains, des pêcheurs, des fabricants de tente, des bergers, des gardiens de chèvres, des hommes sans lettres et sans instruction qui les ont composés ; afin qu’aucun ignorant ne pût se retrancher derrière cette excuse, afin que les choses dites fussent intelligibles pour tous, afin que l’ouvrier, le domestique, la femme veuve, comme le plus illettré de tous les hommes, pût recueillir quelque fruit de cette lecture… […] Qui en effet ne saurait comprendre ce qui est écrit dans l’Évangile ? […] C’est un prétexte, c’est une excuse, et qui sert de voile à la paresse. Vous ne comprenez pas ce qui est contenu dans ces livres ? Comment le comprendriez-vous, vous qui ne voulez même pas y jeter un regard [5] ?


L’Évangile attaqué

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