Nazareth ressuscitée
par le frère Emmanuel-Marie O.P.
Nous commémorons, en cette année jubilaire, la naissance terrestre de Notre-Seigneur.
Pour l’honorer comme il convient et profiter des grâces du jubilé, il faut le connaître et méditer spécialement ce que saint Thomas appelle les acta et passa Christi in carne, les actions et les souffrances du Christ incarné [1]. Il faut connaître « sa vie réelle et non pas supposée » comme disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et, pour cela, la replacer dans son cadre historique véritable.
C’est ce cadre que nous nous proposons de faire revivre à la lumière des textes évangéliques, des données de l’histoire et de l’archéologie.
Commençons par Nazareth, le lieu de l’entrée du Fils de Dieu dans le monde : Hic Verbum caro factum est.
La fleur de la Galilée
« Nous irons à Nazareth et, selon l’interprétation de son nom, nous verrons la fleur de la Galilée » (Saintes Paula et Eustochium à sainte Marcella).
SITUÉE à flanc de colline (à environ 350-400 m d’altitude), Nazareth est bâtie sur les premiers contreforts des Monts de Galilée et domine la célèbre plaine de Yzréel [2] (ou d’Esdrelon) qui sépare la Galilée de la Samarie.
Son nom semble tiré de nétzèr (rx,nE), le rejeton ou la fleur, mot qu’emploie le prophète Isaïe pour annoncer que le Messie naîtra de la descendance de David : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé » (Is 11, 1). C’est peut-être à cette prophétie que saint Matthieu fait allusion lorsqu’il dit que Joseph « vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dit les prophètes : “Il [le Christ] sera appelé Nazaréen” » (Mt 2, 23).
On donne encore comme origine : nâtzar (rxn), surveiller, garder, préserver. Nazareth signifierait alors « observatoire » ou « gardienne », en raison de sa position élevée qui domine la plaine d’Yzréel ; et nazaréen désignerait le « gardien », l’« observant », ou, inversement, « celui qui est préservé », mis en réserve pour Dieu. Mais le mot nâzîr, le « consacré à Dieu » (Jg 13, 5), qu’on a aussi donné comme étymologie, ne s’écrit pas de la même façon (ryzIn:).
Cette bourgade, dont les plus anciens vestiges remontent au XIIe siècle avant l’ère chrétienne [3], est restée inconnue jusqu’à Notre-Seigneur. Son nom apparaît pour la première fois sous la plume des évangélistes. A l’époque de Jésus, ce devait être un humble village agricole de quelques centaines d’habitants [4], d’où la réflexion sceptique de Nathanaël : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46). Plus encore qu’à son peu d’importance, c’est à son site isolé qu’elle devait d’être ignorée. La célèbre voie de communication antique – la via maris, la route de la mer – qui montait depuis l’Égypte le long de la côte méditerranéenne et reliait, après avoir traversé la plaine d’Yzréel, le lac de Tibériade d’où elle gagnait Damas, passait à ses pieds, le long des collines, sans même la voir.
C’est dans cet asile de solitude et de recueillement que vivait, six ou sept ans avant l’ère chrétienne, une jeune vierge appelée Marie, orpheline, à ce qu’il semble, de père et de mère [5].
Nous savons aujourd’hui qu’en elle la grâce avait devancé la nature, (…) que seule des enfants d’Adam, par un miracle de préservation rédemptrice, elle avait échappé à la contagion originelle. (…) Mais ses compatriotes ne s’en doutaient pas et quand elle allait, le soir, remplir sa cruche à l’unique fontaine du village, elle ne se distinguait du groupe de ses compagnes que par sa douceur, sa modestie et par je ne sais quel air de majesté simple qui imposait le respect. C’était la perle précieuse dédaignée des hommes et dont seul l’artiste divin, qui l’avait choisie entre toutes, connaissait le prix [6].
Malgré son jeune âge, Marie était « fiancée » à un parent nommé Joseph (Mt 1, 18 ; Lc 1, 27), issu comme elle de la tribu de Juda et de la famille de David [7]. Les « fiançailles » n’étaient pas comme chez nous une simple promesse de mariage ; c’était le mariage effectif, avec ses droits et ses devoirs mutuels et toutes ses conséquences juridiques, mais dont la cohabitation était différée : « Ils n’habitaient pas encore ensemble » précise saint Matthieu [8].
Cependant, Marie avait voué à Dieu sa virginité. Ce mariage d’une vierge consacrée a quelque chose d’étrange. On propose comme explication, en dehors des secrets desseins de la Providence, l’obligation imposée par la loi de Moïse aux héritières d’épouser un de leurs proches pour empêcher le patrimoine familial de passer dans des mains étrangères (Nb 36, 6-12 et 27, 1-6). Si pauvres qu’on les suppose, les parents de Marie devaient posséder à Nazareth une maison avec quelque lopin de terre ; c’est ce modeste héritage que Marie était tenue de conserver à la tribu de Juda et à la famille de David. Voilà pourquoi il fut convenu qu’elle serait fiancée à Joseph, son parent [9].
C’est donc dans ce village de Galilée, dans cette « maison de Marie » comme on l’a appelée depuis, dans l’intervalle de temps compris entre la conclusion et la célébration du mariage, que s’accomplit le mystère de l’incarnation du Verbe dont saint Luc nous a laissé le récit :
L’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, auprès d’une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la vierge était Marie. L’ange étant entré chez elle, lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes » (Lc 1, 26-28).
Saint Luc rapporte ensuite qu’« en ces jours-là », c’est-à-dire peu de temps après l’annonciation, Marie « s’en alla en hâte dans le haut-pays, en une ville de Juda » qu’on situe à Aïn Karim [10], pour visiter et aider sa cousine Elisabeth dont elle venait d’apprendre la miraculeuse maternité. « Elle y resta environ trois mois et s’en retourna chez elle » (Lc 1, 56). C’est alors qu’il faut placer les événements racontés par saint Matthieu au début de son Évangile :
Marie, (…) étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. Joseph, son mari, qui était un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement. Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie, ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. (…) Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : Il prit avec lui Marie son épouse. Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle enfantât son fils premier-né, à qui il donna le nom de Jésus (Mt 1, 18-20 et 24-25).
La scène se passe à Nazareth, puisque Marie y est revenue. Ce texte nous apprend donc que Joseph avait lui aussi une maison à Nazareth, et que c’est dans cette maison qu’il prit son épouse et que se passa désormais la vie de la sainte Famille.
En effet, après la naissance du Christ à Bethléem et la fuite en Égypte, Joseph et Marie revinrent s’installer à Nazareth [11], vraisemblablement dans cette même maison qui était celle de saint Joseph : c’est là que Jésus passa son enfance et sa vie cachée (Lc 2, 39 et 51). D’où le nom que lui donnèrent ses contemporains, rapporté par les évangélistes : « le prophète de Nazareth » (Mt 21, 11), ou encore : « le Nazaréen » (Mc 14, 67 ; Jn 19, 19), appellation que les musulmans donnent aujourd’hui aux chrétiens.
La tradition, confirmée par l’archéologie, a gardé le souvenir de ces deux maisons de Nazareth sur lesquelles les chrétiens s’empressèrent de bâtir des églises : la maison de Marie ou grotte vénérée de l’Annonciation, où le Verbe s’est incarné dans le sein de la Vierge, et la maison de saint Joseph, où le Christ fut élevé, et que les anciennes chroniques appellent pour cette raison « l’église de la Nutrition ».
Mais, pour comprendre les sanctuaires de Nazareth et leurs vestiges, il faut dire un mot de son histoire.
Histoire de Nazareth
Les « judéo-chrétiens »
Depuis le Christ jusqu’à nos jours, l’humble Nazareth fut surtout marquée par les dévastations, les épreuves et les souffrances.
En effet, c’est en Galilée, en 66-67, que débuta « la guerre des Juifs » qui allait entraîner la destruction de Jérusalem et du Temple. L’historien Flavius Josèphe, qui était le chef des révoltés de Galilée, quand il raconte l’avancée des troupes romaines, mentionne les villes de Sépphoris, Jaffia et Jotopata [12] qui sont à quelques kilomètres à peine de Nazareth. S’il ne nomme pas le village de Notre-Seigneur, c’est sans doute parce que celui-ci n’était pas fortifié et ne présentait aucun intérêt stratégique, mais la bourgade souffrit certainement de la guerre et de la répression romaine comme toute la contrée environnante.
Qu’arriva-t-il ensuite ? Le silence des textes ne permet pas de se faire une idée précise du sort de Nazareth. Toutefois, saint Épiphane de Salamine (315-404), dans son traité Adversus hæreses (1, 36 ; PG 41, 279), dit qu’un certain comte Joseph de Tibériade, juif converti né vers la fin du IIIe siècle, obtint de l’empereur Constantin la permission d’édifier à Nazareth et en d’autres localités [13] des églises, « car il n’y avait jusque là dans ces villes, ni grec, ni samaritain, ni chrétien ». Les chrétiens avaient-ils donc quitté la région ? On l’a cru ; on a supposé que des groupes de pharisiens et de zélotes, expulsés de Jérusalem en 70, étaient venus s’installer en Galilée et en avaient chassé les Gentils, les samaritains et les chrétiens. Mais de nombreux témoignages attestent une présence chrétienne en Galilée comme en plusieurs autres points de Palestine après la mort des apôtres. Il faut donc comprendre la parole de saint Épiphane comme s’appliquant aux chrétiens issus de la Gentilité par opposition à ceux qui s’étaient convertis du judaïsme et qu’on appelle les « judéo-chrétiens » : les premiers ne se sont effectivement implantés en Palestine qu’au IVe siècle, tandis que les seconds, attirés au Christ par la première évangélisation des apôtres, ne l’ont jamais quittée.
Ici, une précision s’impose. « Judéo-chrétiens » est l’expression utilisée par les historiens et consacrée par l’usage pour désigner les chrétiens issus du judaïsme, qui formèrent, au début, la masse du christianisme palestinien. Mais c’est un mot ambigu, car il désigne aussi les « judaïsants », c’est-à-dire les chrétiens mal convertis que dénonçait saint Paul parce qu’ils restaient trop attachés non seulement à certaines pratiques extérieures de la loi mosaïque mais aussi à la foi juive. Avec le temps, leurs groupes devinrent des sectes que les Pères de l’Église combattirent avec vigueur (ainsi, les ébionites) [14]. C’est donc dans sa première acception que nous employons ici ce terme [15].
La littérature rabbinique de la fin du Ier siècle a conservé la trace de ces « judéo-chrétiens » que les juifs appelèrent « nazoréens » ou « nazaréens [16] » (Notzrim), parce qu’ils étaient les disciples du Nazaréen (hanotzri). Comme ils n’avaient pas complètement rompu avec certaines coutumes du judaïsme et gardé l’habitude de fréquenter les synagogues, les rabbins instituèrent vers 80, à Yavneh [17], ce qu’on appela la « bénédiction des Minim » (c’est-à-dire des « hérétiques ») et « des Notzrim », pour provoquer la rupture définitive : Rabban Gamaliel II ajouta au texte des dix-huit bénédictions rituelles de la Amidah ou Chemoneh Esreh [18], une malédiction qui visait les chrétiens (et les samaritains) afin de leur interdire toute participation au culte synagogal [19].
Il existait donc bien une communauté catholique en Palestine après 70, fortement marquée encore par son origine juive et, par là-même, distincte du catholicisme de la Gentilité [20].
Les « frères du Seigneur »
Tant à Jérusalem qu’à Nazareth, ce premier noyau chrétien se forma autour des « frères du Seigneur » et de leurs descendants.
L’Évangile nous apprend en effet que Jésus avait de la famille à Nazareth : « Étant venu dans sa patrie, il enseignait dans la synagogue ; de sorte que, saisis d’étonnement, ils disaient : D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-ce pas le fils du charpentier [21] ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères Jacques, Joseph [ou Joset], Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? » (Mt 13, 54-56 [22]). Les expressions « frères » et « sœurs » de Jésus sont évidemment à prendre au sens large : elles étaient couramment employées chez les Hébreux pour désigner les proches, c’est-à-dire les cousins ou les neveux [23].
Par recoupements, il est d’ailleurs possible d’identifier ces « frères » de Jésus. Ainsi, dans saint Matthieu et saint Marc, Jacques (appelé « le Mineur », Mc 15, 41) et Joseph sont-ils explicitement donnés comme fils d’une Marie qui est présente, avec Marie-Madeleine et Salomé, au Calvaire (Mt 27, 56) et que saint Jean (Jn 19, 25) appelle « sœur » – en réalité, belle-sœur ou cousine – de la mère de Jésus et « femme de Clopas » ou Cléophas.
Citant Hégésippe [24], Eusèbe de Césarée rapporte que ce Jacques fut le premier évêque de Jérusalem, que « tous l’appelaient le Juste parce que beaucoup portaient le nom de Jacques » et « à cause de son éminente justice », et qu’il fut lapidé sur l’ordre du grand-prêtre Anne le Jeune, en 62 [25]. C’est également à lui que la tradition attribue l’épître dite « de saint Jacques » et, d’après les indications de saint Paul (Ga 1, 19 [26]) qui l’appelle une « colonne de l’Église », il faut probablement l’identifier avec l’apôtre Jacques appelé « fils d’Alphée » par les évangélistes [27] (Mt 10, 3). Alphée serait donc un autre nom de Clopas, ou, plus vraisemblablement, Marie, femme de Clopas, était-elle veuve d’Alphée dont elle avait eu Jacques et Joseph (Joset) [28].
Nous savons ensuite par saint Luc, les Actes des apôtres (Ac 1, 14) et Jude 1, que Jude, le dernier nommé des frères du Seigneur, auteur de l’épître qui porte son nom, était « frère de Jacques, fils d’Alphée » et qu’il faisait également partie des Douze (Lc 6, 16) ; saint Matthieu et saint Marc le nomment Thaddée (Mt 10, 3 ; Mc 3, 18) pour le distinguer de Judas Iscariote.
Enfin, Simon est ordinairement identifié avec le Simon (ou Siméon), « fils de Clopas » et « frère du Seigneur » que mentionne Eusèbe de Césarée comme successeur de saint Jacques le Juste à la tête de l’Église de Jérusalem [29]. Simon et Jude seraient donc les fils de Clopas et de Marie, la veuve d’Alphée, et les quatre « frères du Seigneur » seraient frères utérins. Ainsi se concilient toutes les données [30].
La primitive Église de Nazareth
A Nazareth, on trouve des membres de la famille du Seigneur jusqu’à la fin du IIIe siècle et il y a tout lieu de penser que l’Église locale s’organisa autour d’eux. Les compatriotes de Jésus ne l’avaient pas honoré de son vivant (Mt 13, 57 ; Mc 6, 4), mais ils surent le reconnaître après son ascension.
Il y a d’abord le témoignage d’Hégésippe : celui-ci raconte comment, sur la dénonciation d’hérétiques, les descendants nazaréniens de Jude furent arrêtés et conduits devant l’empereur Domitien (empereur de 81 à 96) :
Il y avait encore, de la race du Sauveur, les petits-fils de Jude, qui lui-même était appelé son frère selon la chair : on les dénonça comme étant de la race de David. L’evocatus [l’huissier] les amena devant Domitien César, car celui-ci craignait la venue du Christ, comme Hérode. Et il leur demanda s’ils étaient de la race de David et ils dirent que oui. Alors il leur demanda combien de propriétés ils avaient, de quelles richesses ils étaient les maîtres. Ils dirent qu’à eux deux ils possédaient seulement neuf mille deniers et que chacun d’eux en avait la moitié, et ils ajoutèrent qu’ils n’avaient même pas cela en numéraire, mais que c’était l’évaluation d’une terre de trente-neuf plèthres sur lesquels ils payaient les impôts et qu’ils cultivaient eux-mêmes pour vivre [31].
Ils montrèrent alors leurs mains incrustées de durillons, comme preuve de leur travail personnel et expliquèrent à l’empereur que le royaume du Christ n’était pas de ce monde mais céleste et angélique et qu’il arriverait à la consommation des siècles lorsque le Christ reviendrait dans la gloire juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres.
Domitien, là-dessus, ne les condamna à rien, mais il les dédaigna comme des hommes simples, les renvoya libres et fit cesser par un édit la persécution contre l’Église. Lorsqu’ils furent délivrés, ils dirigèrent les églises, à la fois comme martyrs et comme parents du Seigneur, et, la paix rétablie, ils restèrent en vie jusqu’à Trajan [32].
On aimerait savoir quelles sont ces églises qu’ils dirigèrent. En tout cas, ce texte nous renseigne sur la profession des parents du Seigneur : ils travaillaient la terre, comme l’attestent également les Constitutions apostoliques (datées de 380) : « Nous aussi, tout en nous appliquant à la parole de l’Évangile, nous ne négligeons pas pour autant les travaux accessoires ; en effet parmi nous, les uns sont pêcheurs [Mt 4, 18], d’autres fabricants de tentes [Ac 18, 3], d’autres cultivateurs [33]. » Ce point a d’ailleurs été confirmé par les fouilles archéologiques qui ont mis à jour les installations agricoles du village évangélique de Nazareth, comme nous le verrons plus loin.
Il faut encore citer Jules l’Africain (écrivain du début du IIIe siècle) qui affirme, dans sa lettre à Aristide [34], qu’à son époque, des parents du Seigneur (qu’il appelle desposynes [35]) résidaient encore à Nazareth et à Kaubab (à quelques kilomètres au nord-ouest) et gardaient des généalogies de leur famille.
Enfin, nous savons que le diacre martyr Conon, mis à mort en Pamphylie sous Dèce en 249, était un cultivateur chrétien originaire de Nazareth et appartenait à la famille du Sauveur : « Je suis de Nazareth, parent du Seigneur que je sers comme l’ont servi mes aïeux », déclara-t-il à ses bourreaux avant d’être mis à mort [36]. Son martyrium (tombeau) a été érigé dans la grotte contiguë à celle de l’Annonciation, comme nous allons le voir.
Quel culte spécial ces premiers chrétiens de Nazareth avaient-ils établi en l’honneur du mystère de l’annonciation ? En quoi consistait leur activité religieuse et liturgique ? Nous ne le savons pas au juste. Les fouilles archéologiques ont montré qu’un sanctuaire fut construit très tôt sur la grotte et que la Vierge y était spécialement honorée. Les baptistères qu’on a retrouvés et le symbolisme de leurs décorations donnent à penser qu’il y avait en ce lieu une liturgie baptismale particulière. Mais il faut rester prudent et ne pas prêter arbitrairement à ces judéo-chrétiens un trop grand particularisme cultuel et spirituel. La littérature chrétienne ou apocryphe qui leur est contemporaine, comme Le Pasteur d’Hermas ou les Odes de Salomon, peut aider à expliquer le sens, souvent symbolique, des inscriptions et des décorations trouvées par les archéologues, mais il ne faudrait pas inventer, ni a fortiori appliquer aux catholiques palestiniens de cette époque, les doctrines, la mentalité ou les descriptions qu’on trouve dans les écrits tardifs des hérétiques appelés aussi judéo-chrétiens, comme si ces derniers étaient les continuateurs des premiers. Un tel amalgame, que certains chercheurs n’hésitent pas à faire (O. Cullmann, par exemple), est faux et injuste pour l’Église primitive de Terre sainte.
Quoi qu’il en soit du particularisme des judéo-chrétiens, ce qu’il faut surtout noter, c’est la présence immédiate et continue de chrétiens sur l’emplacement de la grotte de Nazareth, depuis Notre-Seigneur. Le père Bagatti, qui a dirigé les fouilles, pense que ce sont les parents du Seigneur qui sont restés les propriétaires de l’endroit : ce sont eux, probablement, qui construisirent le sanctuaire primitif et accueillirent les premiers pèlerins dont on a retrouvé les graffitis gravés dans la pierre. Ainsi, le site n’a-t-il jamais été perdu de vue, et nous sommes sûrs, en allant y prier, de nous trouver sur le lieu même de l’annonce faite à Marie.
Les joies et les souffrances de Nazareth chrétienne
Avec l’édit de Milan (313), les pèlerins commencèrent à affluer dans les Lieux saints qui se couvrirent rapidement d’églises. La Palestine connut trois siècles de paix relative malgré les troubles causés par les grandes hérésies trinitaires et christologiques.
Nazareth subit l’invasion perse de 614, comme l’ensemble du pays, mais ses sanctuaires ne paraissent pas en avoir souffert. Les Perses aidés par les juifs s’attaquèrent aux chrétiens jusqu’au moment où l’empereur Héraclius réussit à les chasser, en 624. C’est alors que les chrétiens demandèrent à l’empereur de chasser les juifs de Nazareth et de Galilée, et Eutychès d’Alexandrie dit dans ses Annales qu’ils se réfugièrent en Égypte.
En 638, les musulmans Omeyyades occupèrent à leur tour la Terre sainte dont ils chassèrent les byzantins. Eux aussi respectèrent Nazareth qui échappa à la destruction. Mais, en 1009, le calife al-Hakim, de la dynastie des Fatimides d’Égypte, fit raser les basiliques de Nazareth et de beaucoup d’autres localités [37].
La ville fut libérée par les Francs de la première Croisade. Tancrède, le fidèle lieutenant de Godefroy de Bouillon, prit possession de la « princée » de Galilée en août 1099. Il entreprit de reconstruire les églises, spécialement la basilique de l’Annonciation : « Tancrez [Tancrède], écrit Guillaume de Tyr, tint cele terre si bien et si sagement que loez en fu de Dieu et du siècle. Les églises de cele terre fonda mout richement et grauz rentes leur donna. Aornemenz i mist biaus et de grant valeur, nomement l’église de Nazareth et de Tabarié [Tibériade], et cele de Monte Tabor leissa en mout haut point [38]. »
Mais cette magnifique cathédrale croisée de Nazareth, devenue le siège d’un archevêché, était à peine construite que la menace musulmane pesa à nouveau sur la Galilée. En 1183, nous dit le traducteur de Guillaume de Tyr, quand les armées de Saladin apparurent sur les collines dominant la ville, les femmes et les enfants, terrorisés, se ruèrent dans l’église de l’Annonciation au point que beaucoup périrent étouffés. Quatre ans plus tard, le 4 juillet 1187, Saladin défit les troupes croisées aux Cornes de Hattin (entre le Thabor et Tibériade), à quelques kilomètres de Nazareth. La ville fut occupée, un grand nombre de chrétiens furent tués dans la basilique même et les autres furent réduits en esclavage. Il fallut attendre le traité passé en septembre 1192 entre Richard Cœur-de-Lion et Saladin, pour que les pèlerins aient à nouveau le libre accès à Nazareth et aux autres Lieux saints.
Saint Louis, accompagné de la reine Marguerite de Provence, put faire le pèlerinage de Nazareth le 25 mars 1254, pour la fête de l’Annonciation. Geoffroy de Beaulieu, le confesseur du roi, nous a laissé un récit saisissant de cette journée. C’est revêtu d’un cilice que le roi voulut entrer dans le bourg : « D’aussi loin qu’il aperçut la sainte ville, il descendit de sa monture et pria pieusement à genoux. Puis, marchant en toute humilité, il parvint à la sainte ville et entra dans le lieu sacré de l’incarnation. » Toute la journée, il jeûna au pain et à 1’eau, il participa aux offices et communia [39].
Moins de dix ans plus tard, en mars 1263, Ala ed-Din Taybar, le lieutenant du féroce sultan Baîbars, détruisit la superbe cathédrale croisée. La population fut contrainte d’adhérer à l’Islam ou massacrée. Désormais, seuls quelques pèlerins, de loin en loin, continuèrent à venir vénérer la sainte grotte devenue la propriété des infidèles.
Ce n’est que le 19 décembre 1620, au bout de trois cent cinquante ans, que les franciscains purent racheter le site et s’y installer, grâce aux dispositions bienveillantes de l’émir druze Fakr ed-Din. Mais la disparition brutale de l’émir, étranglé à Constantinople, fut pour les religieux la cause d’une grande insécurité, ponctuée de nombreux emprisonnements et d’expulsions : les Turcs s’acharnaient à les déloger et eux s’obstinaient à revenir. Voici le témoignage d’un illustre visiteur, François-Charles du Rozel, seigneur du Gravier et secrétaire de la chambre du Roy, au milieu du XVIIe siècle : « A présent, il n’y a plus qu’un chétif village dont les maisons ne sont, la plupart, que des grottes faites sur le coteau du mont. Au bas du village est le couvent des religieux. A présent, tout est ruiné et il n’y a plus qu’une petite chapelle sur la place de la Sainte Case, où il y a trois autels. (…) Il n’y a plus que trois pauvres religieux qui sont journellement persécutés par les Turcs, qui leur viennent tout rompre et emporter ce qu’ils ont [40]. »
En 1730, l’autorisation de rebâtir une église fut enfin accordée aux franciscains. Mais il fallut faire vite : le décret autorisant la construction ne donnait qu’un délai de six mois, le temps qu’il fallait aux autorités musulmanes les plus fanatiques pour le pèlerinage aller-retour de la Mecque. C’est cette pauvre église que connut le père Charles de Foucauld. Sa première visite à Nazareth est du 5 janvier 1889 : l’abbé Huvelin lui avait conseillé de faire le voyage de Terre sainte pour étudier sa vocation. L’impression qu’il en retira fut profonde : il avait trouvé le modèle de sa vocation. Entré à la Trappe en 1890, il garda au fond du cœur la nostalgie, comme il l’a écrit, « de cette vie (…) que j’ai entrevue, devinée, en marchant dans les rues de Nazareth que foulèrent les pieds de Notre-Seigneur, pauvre artisan, perdu dans l’abjection et l’obscurité [41] ». Il soupirait tant après Nazareth qu’il obtint finalement de ses supérieurs la permission d’aller s’y établir. En mars 1897, il fut accepté comme domestique au couvent des clarisses et s’installa dans une cabane en planches : « Je suis fixé à Nazareth... Le Bon Dieu m’a fait trouver ici, aussi parfaitement que possible, ce que je cherchais : pauvreté, solitude, abjection, travail bien humble, obscurité complète, l’imitation, aussi parfaite que cela se peut, de ce que fut la vie de Notre-Seigneur Jésus dans ce même Nazareth... J’ai embrassé ici l’existence humble et obscure de Dieu, ouvrier de Nazareth [42]. » Le frère Charles de Jésus ne resta en fait que trois ans à Nazareth, mais c’est là qu’il avait trouvé sa voie ; il en garda toujours l’esprit. Au fond du Sahara, au milieu des Touaregs délaissés de Tamanrasset, il continua de mener la vie cachée de Nazareth jusqu’au sacrifice suprême.
Enfin, en 1955, les franciscains démolirent leur église du XVIIIe siècle pour construire l’actuelle basilique de l’Annonciation qui fut achevée en 1969.
Une longue suite de pèlerins *
L’histoire de Nazareth serait incomplète si elle ne rapportait pas aussi les témoignages des pèlerins qui la visitèrent au fil des siècles. Ces témoignages sont précieux, car ils nous ont conservé le souvenir et la description des édifices du passé retrouvés par les archéologues.
La première, la célèbre Égérie (ou Éthérie), pèlerine modèle pleine d’énergie et de curiosité, passa à Nazareth au cours du grand pèlerinage qui la conduisit, entre 381 et 384, du Sinaï à Constantinople, et dont elle a laissé un récit passionnant. Son manuscrit, l’Itinéraire, nous est malheureusement parvenu incomplet et le compte rendu de sa visite en Galilée manque. Mais Pierre Diacre, bibliothécaire du Mont Cassin au XIIe siècle, avait un exemplaire intact entre les mains qu’il utilisa pour rédiger sa propre chronique de Terre sainte. Comme il n’était jamais allé sur place, on pense qu’il reprit les propos d’Égérie mêlés à d’autres sources anciennes : « [A Nazareth], écrit-il, la grotte dans laquelle elle [Marie] habita est grande et très belle ; on y a placé un autel [43]. »
Saint Jérôme est également venu à Nazareth en compagnie de sainte Paula, en 385-386, avant de se fixer à Bethléem, mais il n’en dit pas grand chose : « A vive allure, elle [Paula] parcourut Nazareth, nourricière du Seigneur… [44]. » Il précise cependant, dans sa traduction de l’Onomasticon d’Eusèbe de Césarée, qu’à Nazareth « se trouve une église, à l’endroit où l’ange entra pour annoncer la grande nouvelle à la bienheureuse Marie, et une autre, au lieu où le Seigneur fut élevé (nutritus) ».
Le pèlerin anonyme de Plaisance, qui écrivait entre 560 et 570, atteste quant à lui que « la maison de sainte Marie est une basilique [45] ». Un siècle plus tard, en 680, l’évêque gaulois Arculfe trouva la ville sans murailles de défense, « étant placée sur une montagne », mais pourvue « cependant de grands édifices de pierre », parmi lesquels « deux grandes églises », « l’une au milieu de la ville, (…) à l’emplacement où était construite autrefois la maison dans laquelle fut élevé notre Sauveur », et l’autre « à l’endroit où était construite la maison dans laquelle l’archange Gabriel entra chez la Vierge Marie et, la trouvant seule à cette heure, lui parla seul à seul ». Ce témoignage d’Arculfe « qui reçut l’hospitalité deux nuits et autant de jours » à Nazareth, a été recueilli par Adomnan, abbé d’un monastère écossais, qui le consigna dans son ouvrage Des Lieux saints [46].
Au VIIIe siècle (en 720), saint Bède le Vénérable évoque à son tour le sanctuaire de l’Annonciation [47], et la religieuse d’Heydenheim qui a recueilli les souvenirs de saint Willibald [48] (en 724-726) parle d’une église « que les chrétiens rachetaient souvent aux Sarrasins quand ceux-ci menaçaient de la détruire ».
En 1103, le pèlerin Sæwulf (ou Sevulfo) visita lui aussi le site de l’Annonciation récemment libéré par les Francs. D’après son récit, il semble que la cathédrale croisée n’était pas encore sortie de terre ; il fait remarquer l’état lamentable où les Sarrasins avaient laissé la ville. En revanche, lorsque l’higoumène russe Daniel Abate vint à Nazareth, en 1106-1107, la nouvelle basilique existait, inachevée sans doute : « Précédemment, ce saint lieu avait été dévasté, et ce sont les Francs qui l’ont rebâti avec le plus grand soin. » Théodoric, de même, en 1172, évoque « la vénérable basilique » élevée sur la grotte. Jean Phocas, en 1177, s’enthousiasme pour la splendeur et la magnificence de la construction croisée.
En 1263, la basilique romane fut détruite par le sultan Baîbars comme nous l’avons dit, mais le souvenir de sa localisation ne se perdit pas pour autant. Des pèlerins continuèrent de visiter la grotte enfouie sous les décombres mais toujours accessible.
Ainsi, en 1283 [49], l’Itinéraire de Buccardo explique qu’à Nazareth, on peut voir « le lieu où l’ange Gabriel porta l’annonce du salut à la bienheureuse Vierge. (…) Il y a trois autels dans la chapelle qui est creusée dans le roc. » A la même époque, Ricoldo di Monte Croce, dominicain de Florence et missionnaire en Orient, témoigne de l’état des lieux : « Nous vînmes à Nazareth. Nous trouvâmes une grande église, presque rasée ; des premiers édifices il ne restait que la cellule (cella) dans laquelle Notre-Dame reçut l’annonce de l’ange. Le Seigneur l’a préservée par-dessus tout, pour que l’on garde mémoire de son humilité et de sa pauvreté [50]. » Ricoldo ajoute qu’« il y a encore un autel au lieu où la Dame priait quand l’ange Gabriel lui fut envoyé en messager ».
Jacques de Vérone, un peu plus tard (1335), dit également que l’église croisée, « admirable par sa grandeur et sa beauté », a été détruite, qu’il ne reste qu’une partie des murs sur un côté et la « caverne faisant chapelle ou voûte, qui fut la grotte où habitait Marie ». L’année suivante (1336), c’est Guillaume de Boldensele, de l’ordre des frères prêcheurs, qui visita les lieux : « Là, écrit-il, se trouvait jadis une grande et belle église, maintenant, hélas ! presque entièrement détruite. Un endroit exigu s’y trouve cependant à couvert, et jalousement gardé par les Sarrasins ; là, près d’une colonne de marbre, ils affirment que se sont accomplis les mystères de la conception divine [51]. »
Citons encore frère Nicolas de Poggibonsi (1347) qui parle de « la chambre [de Notre-Dame] très petite et travaillée d’œuvres en mosaïque [il confond sans doute avec les mosaïques de la grotte contiguë de Conon] » et précise que « la maison [de Marie] s’appuyait à une grotte de pierre [52] ». Enfin, frère Francesco Suriano (1485) décrit Nazareth comme un village de quatre-vingts foyers, où se trouve « la maison de la Vierge, creusée dans le mont, qui est de tuf, et elle est sous terre, grande de seize coudées de côté. (…) Cette maison très sainte, dit-il, fut dédiée au culte divin au temps des chrétiens : ils édifièrent au-dessus une grande église, à présent toute écroulée. »
Forts de ces témoignages, les pères franciscains Bagatti et Testa, archéologues chevronnés, entreprirent la prospection archéologique du site de l’Annonciation entre 1955 et 1960, avant que ne soit édifiée la nouvelle basilique. Ces fouilles ont révélé la face jusqu’alors cachée du village évangélique et de la maison de Marie. « Si eux se taisent, les pierres crieront [53] » avait prédit Jésus aux Pharisiens qui s’offusquaient des hommages que lui adressaient ses disciples. A Nazareth aussi, les pierres ont crié. C’est ce qu’il nous faut examiner maintenant.
La maison de Marie
De « la maison de Marie », il ne reste donc qu’une grotte vénérée dont l’authenticité, fondée, on vient de le voir, sur de nombreux témoignages, ne fait aucun doute et qui est actuellement abritée dans la crypte de la basilique de l’Annonciation.
Mais cette grotte n’est pas isolée, elle est au centre d’un réseau d’autres grottes et de vestiges multiples que les fouilleurs ont dégagés et qui sont les restes du village évangélique.
Le village du Christ
D’après les sondages effectués, le village antique s’étendait sur un périmètre en forme d’amande à flanc de colline, au centre de la ville actuelle. A l’intérieur de ce périmètre, l’emplacement de la basilique et son esplanade ont été soigneusement fouillés. On a découvert un vaste ensemble de grottes, de citernes, de silos en forme de poire, de pressoirs rustiques et d’installations agricoles souterraines, creusés dans le rocher et formant de vrais labyrinthes, parfois sur plusieurs étages. Toutes ces cavités étaient garnies d’objets divers : meules, poteries, céramiques, lampes à huile, etc., datant des époques hasmonéennes, hérodiennes et romaines et même parfois, beaucoup plus anciens [54].
Sous l’esplanade, au nord de la basilique, on peut désormais visiter plusieurs de ces grottes mises à jour. L’une est équipée d’un four à pain : il n’est pas impossible que la Vierge soit venue y déposer son pain car chaque maison ne possédait pas son propre four. D’autres sont munies de silos ou de niches qui devaient servir de celliers ou de magasins.
Il ne faut pas croire toutefois que les habitants de Nazareth vivaient dans des cavernes comme des troglodytes. Ces grottes, naturelles ou artificielles, servaient d’annexes ou de prolongements à des maisons de pierre. Le passage du temps a effacé toute trace d’habitations maçonnées, parce que les pierres des constructions ont été réemployées systématiquement pour construire d’autres maisons plus récentes. Mais il faut imaginer par-dessus ces grottes ou à côté, édifiées à même le rocher, de petites maisons toutes simples en pierre calcaire, sans étage, bâties en petit appareil et couvertes de palmes et de terre battue ou de terrasses, comme celles, en pierre noire volcanique, dont on voit les restes à Capharnaüm.
La maison de la Vierge se trouvait donc au milieu d’habitations paysannes de ce genre, et la grotte de l’Annonciation était certainement, elle aussi, recouverte ou complétée par une maison contiguë aujourd’hui disparue (on pense, bien sûr, à la maison de Lorette).
Une église synagogale pré-byzantine
Revenons à la grotte de l’Annonciation. Les fouilles ont permis de découvrir ou de vérifier l’existence des nombreux sanctuaires successifs construits autour et au-dessus de cette grotte vénérée [55].
Tout d’abord, au niveau le plus bas, sous les mosaïques de l’église byzantine, les archéologues ont découvert un premier sanctuaire pré-byzantin du IIe ou IIIe siècle, dont on ignorait l’existence, et que le père Bagatti a nommé « église synagogale » parce que son plan et les éléments retrouvés (mur stylobate [56], morceaux de corniches, chapiteaux, bases et troncs de colonnes) sont identiques à ceux des synagogues galiléennes de la même époque.
Il s’agit bien, pourtant, d’un sanctuaire chrétien, car plusieurs fragments trouvés étaient recouverts d’un enduit de plâtre coloré sur lequel se trouvaient des graffiti judéo-chrétiens [57] bien connus des spécialistes : le iota grec avec une barre transversale, le waw hébreu avec la croix, le navire, et même, la silhouette d’un homme debout, vêtu d’un habit rustique et tenant dans sa main un bâton surmonté de la croix inscrite dans un carré. Le père Bagatti pense qu’il s’agit d’une représentation de saint Jean-Baptiste.
Mais le plus célèbre et le plus intéressant de ces graffiti est l’émouvant « CE MARIA » (cai`re Mariva, « je vous salue Marie ») gravé sur la base d’une colonne. Ce graffito atteste de manière irrécusable un culte marial dans ce lieu, bien avant le concile d’Éphèse (431) qui proclama Marie « Mère de Dieu » (Théotokos). Ce n’est d’ailleurs pas la seule inscription mariale : sur l’enduit d’une autre colonne, une pieuse pèlerine a inscrit, en grec : « Prosternée sous le lieu saint de M[arie], tout de suite j’ai écrit là [les noms], je me suis acquittée de mes devoirs envers elle [ou bien : j’ai orné de mon mieux son image] [58]. »
Un baptistère et un martyrium
Dans l’enceinte de ce sanctuaire pré-byzantin, on a également retrouvé une vasque creusée dans le rocher, à laquelle on accédait par sept degrés et dont les parois étaient couvertes d’un enduit détérioré par un long usage et marqué de symboles chrétiens. La découverte d’une vasque identique, encore plus décorée, dans le sous-sol de l’église Saint-Joseph, à cent mètres au nord, a montré qu’il s’agissait certainement de cuves baptismales.
Pourtant, cette vasque est orientée dans un sens légèrement différent du mur de l’église-synagogue. S’agit-il d’une construction antérieure ? Diverses fouilles de synagogues antiques pratiquées ces dernières années ont révélé l’existence de vasques similaires qu’on a identifiées comme des bassins de purification rituelle (des miqvaot, généralement construits à proximité des synagogues [59]). On suppose donc que les premiers chrétiens de Nazareth ont réoccupé d’anciennes installations synagogales proches de la grotte de l’Annonciation et les ont converties en église et en baptistère chrétiens [60]. Au reste, les tout premiers oratoires chrétiens de Palestine s’inspirèrent certainement du modèle architectural des synagogues, tout comme, à Rome, les premières églises chrétiennes furent édifiées sur le modèle des basiliques païennes.
Tout près de la vasque baptismale, se trouve une mosaïque, dite « de la Couronne », orientée au nord (vers la grotte). On y voit, dans un double quadrilatère, une représentation symbolique du paradis terrestre (perdu par le péché originel) débouchant sur la croix monogrammée du Christ entourée de trois cercles concentriques qui représentent la Sainte Trinité (Le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit efface le péché originel et confère la grâce du Christ). Cette mosaïque paraît contemporaine de l’église judéo-chrétienne ; elle fut manifestement insérée ensuite dans le parterre de mosaïque de l’église byzantine du Ve siècle qui recouvrait les vestiges judéo-chrétiens et notamment la vasque baptismale.
Enfin, il faut dire un mot d’un autre élément pré-byzantin : la grotte de Conon. En 1895, déjà, on avait fortuitement découvert cette petite grotte contiguë à celle de l’Annonciation. Mais on croyait avoir affaire à une excavation sans valeur. Les fouilles de 1955-1960 ont montré qu’il s’agit au contraire d’une mensa martyrum, un autel dressé en l’honneur d’un martyr. On pense que ce martyr était Conon, parent du Seigneur et originaire de Nazareth, mis à mort en 249 comme on l’a dit plus haut. On a donc appelé cette grotte : « grotte de Conon ». Ses parois sont ornées de remarquables restes de peintures chrétiennes du IIIe siècle que les pères Bagatti et Testa ont découverts après avoir décapé six couches d’enduits superposés, et qui représentent des rameaux et une couronne (symbolisant peut-être le paradis, récompense du martyre). Une splendide inscription grecque en l’honneur du martyr, peinte en rouge et longue de huit lignes, vient en surcharge. Elle dit : « J’ai fait mémoire de la lumière. Seigneur Christ, sauve ta servante Valérie. J’ai rendu hommage à la mort de… Et donne la palme à la souffrance [accordée] à ceux qui sont mis à mort pour le Christ. Amen [61]. » D’autres suppliques gravées contiennent de belles professions de foi : « O Jésus, Christ, Fils de Dieu, viens en aide à Génos et Elpis [62]. »
Devant le seuil de cette grotte, une mosaïque byzantine (donc plus tardive), dégagée en 1892, porte en son coin l’inscription grecque suivante : « Don de Conon, diacre de Jérusalem ». L’emplacement et le texte de cette mosaïque renforcent l’attribution du martyrium au martyr Conon : en effet, le diacre de Jérusalem auteur de l’inscription n’a-t-il pas voulu honorer son illustre homonyme en lui offrant une décoration somptueuse ?
Tous ces vestiges groupés autour de la grotte de l’Annonciation attestent assurément un culte bien implanté et une dévotion intense pour la Vierge et son divin Fils, aux tout premiers siècles.
De la basilique byzantine à la basilique moderne
Au début du Ve siècle, l’église synagogale fut remplacée par une basilique byzantine à trois nefs et précédée d’un grand atrium de 20,5 m sur 16 m comme on en trouve dans beaucoup d’églises grecques de cette époque [63].
Les assises de l’abside centrale, dégagées au cours des fouilles, ont été conservées dans la crypte de l’actuelle basilique où elles demeurent visibles. La grotte vénérée jouxtait la nef septentrionale [64] tandis qu’une petite construction, certainement un monastère, flanquait la nef méridionale. Appartenant à cet ensemble, les archéologues ont retrouvé des restes de dallage en mosaïque qu’ils ont dû déposer pour fouiller l’église synagogale.
C’est ce sanctuaire que visitèrent le pèlerin de Plaisance vers 570 et Arculfe en 680, alors que Nazareth était déjà sous occupation arabe. Il fut détruit en 1009, comme on l’a dit, par le calife fanatique al-Hakim.
Les croisés construisirent à la place, à partir de 1105 environ, une somptueuse cathédrale pourvue également de trois nefs, longue de 75 m et large de 30 m, d’une rare manificence si l’on en juge par les témoignages et les vestiges qui en ont été conservés. Elle englobait la grotte dont la voûte émergeait du pavement. Peut-être même la grotte fut-elle alors séparée de la masse rocheuse pour pouvoir être incluse dans la nouvelle construction. Les fouilles ont permis de retrouver divers éléments de cette grandiose basilique dont les soubassements servent désormais de fondations à la basilique moderne. On voit encore, dans l’actuelle crypte, une partie du mur nord et plusieurs bases des piliers à redents de ce vaisseau roman. Mais le souvenir le plus beau est, sans conteste, une sculpture inachevée de deux têtes barbues et un groupe de cinq chapiteaux historiés, d’une grande finesse, illustrant la mission des apôtres d’après les légendes des récits apocryphes. Ces sculptures sont dues aux talents d’un artiste que l’on croit être de l’école de Bourgogne ou du Berry. Elles avaient été cachées dans une grotte pour être soustraites à la fureur des guerriers musulmans et c’est là que le père Viaud les a retrouvées en 1909. On pense qu’elles étaient destinées au portail extérieur de la basilique qui, apparemment, n’était pas complètement terminé quand la ville tomba aux mains des Sarrasins en 1187.
Pour remplacer l’édifice croisé détruit en 1263, les franciscains construisirent en 1730 une église sans prétention et de dimensions modestes (22 m sur 17). Cette église, contrairement aux précédentes, fut orientée sud-nord, de telle sorte que le chœur se trouvait au-dessus de la grotte à laquelle on accédait par un large escalier. Le 7 avril 1799, Bonaparte visita cet humble sanctuaire dont l’allure campagnarde le déçut. On l’allongea en 1877, et Charles de Foucauld, durant son séjour chez les clarisses de Nazareth entre 1897 et 1900, vint y prier quotidiennement, comme on l’a vu.
L’actuelle basilique, construite de 1960 à 1969, reprend l’emprise exacte de la cathédrale croisée [65]. Elle contient deux églises superposées : la basilique supérieure (paroisse des arabes chrétiens de Nazareth) ne présente pas grand intérêt, même si des artistes du monde entier ont œuvré à ses décors ; la basilique inférieure, en revanche, abrite la grotte vénérée et conserve le tracé des absides de la basilique byzantine et de la basilique croisée.
La basilique de Nazareth vue depuis le versant du Nebi Sa’ïn (depuis le nord-ouest). L’église située au premier plan, à gauche, est l’église melkite construite sur le lieu de l’ancienne synagogue du Ier siècle. L’autre église munie d’un clocher carré, à droite, est la chapelle du couvent des Sœurs de Nazareth, à l’emplacement de la « tombe du Juste » dont il est question ci-après. (La grande mosquée – quatre minarets ! – qui est en cours de construction depuis quelques mois, se trouvera à l’extrême droite de la photographie, dans l’alignement de la basilique de l’Annonciation, là où a été trouvée une tombe que les islamistes prétendent être celle du cheik Shibad-al-Din, .)
La grotte de l’Annonciation, dans la basilique souterraine. Au fond à gauche, la grotte (actuellement décalottée) de Conon ; au centre, éclairée, la grotte où l’ange salua Notre-Dame. L’autel, au premier plan, est à l’endroit du sanctuaire de la basilique byzantine du Ve siècle. Tout au fond, on devine le mur nord de la cathédrale croisée.
La Santa Casa de Lorette
Mais comment concilier ces données avec la tradition de la « Santa Casa » de Nazareth vénérée à Lorette, dans les Marches italiennes ? Le problème paraît insoluble.
La tradition veut, en effet, que la sainte maison de la Vierge ait été transportée par les anges en 1291, depuis Nazareth jusqu’en Dalmatie, d’où elle serait passée en Italie en 1294 pour aboutir, l’année suivante, à Lorette où elle se trouve désormais [66]. Cette histoire de maison transportée par les anges, par étapes successives, est vraiment déconcertante pour l’homme du XXe siècle. Fallait-il que les anciens soient bien naïfs pour croire des miracles d’une telle ampleur ? Les esprits modernes s’en sortent en parlant de légende…
Pourtant les foules n’ont cessé de se rendre en pèlerinage à Lorette vénérer cette Santa Casa. L’Église a consacré le fait de sa translation miraculeuse par une fête liturgique (10 décembre). Les papes ont entrepris des travaux considérables pour l’enchasser dans une imposante basilique. Pie IX, pour ne citer que cet exemple, a publié un bref le 26 août 1852 dans lequel il parle de « cette maison de Nazareth, chère à Dieu à tant de titres, d’abord construite en Galilée puis arrachée de ses fondements et transportée par vertu divine très loin, au-delà des mers jusqu’en Dalmatie, puis en Italie ». Que faut-il en conclure ? Croire au miracle sans chercher à comprendre ? Ou bien s’ingénier à trouver de fausses explications pour satisfaire la raison incrédule ?
Le frère Bruno Bonnet-Eymard a rédigé sur cette question un article bien documenté dans la CRC de novembre 1995 (nº 317), auquel nous renvoyons nos lecteurs. Il s’inspire du livre du père Giuseppe Santarelli, recteur du sanctuaire de Lorette, intitulé : La Santa Casa di Loreto (Loreto, 1988). Cet ouvrage est le résultat d’une minutieuse enquête historique et archéologique et il apporte des lumières qui paraissent trancher définitivement le débat. Nous nous contenterons de résumer ses propos.
Les fouilles de la Santa Casa
Les fouilles archéologiques entreprises à Lorette entre 1962 et 1965 ont montré qu’en son état primitif, la Santa Casa ne consistait qu’en trois simples murs en moellons de pierre alignés, s’élevant jusqu’à trois mètres de haut, posés au milieu d’une ancienne voie publique et privés de fondations propres [67]. Ce n’est en effet qu’après quelque temps que ces murs d’origine furent exhaussés et allongés par des briques, qu’on ferma le côté oriental par un quatrième mur, qu’on mit un plafond, et qu’on rapporta des fondations en sous-œuvre, avec le souci de ne pas toucher aux murs existants comme on fait dans les restaurations scientifiques de monuments classés. Puis, au début du XIVe siècle, pour consolider l’ensemble transformé en chapelle, on ceintura la Casa par l’extérieur en élevant un mur de doublage à quelques centimètres de ses parois. Enfin, au XVIe siècle, des portes nouvelles furent percées et le mur de ceinture fut démoli et remplacé par le revêtement de marbre de Bramante qu’on voit encore aujourd’hui.
L’absence de fondations et l’installation sur un ancien chemin [68] montrent donc que la Casa n’est pas à son emplacement normal et qu’elle n’a pas été initialement construite à cet endroit, mais bien apportée d’ailleurs, remontée et, plus tard, consolidée et embellie. Pourquoi ? D’où venait-elle ? Comment et depuis quand est-elle arrivée là ?
Pour vérifier l’origine des pierres de la Casa, le père Santarelli a envoyé aux pères Testa et Bagatti, les savants archéologues du sanctuaire de Nazareth, « l’estampage et les clichés de graffiti observés sur les murs de la Casa, pour expertise, sans révéler leur provenance ».
La réponse des deux savants consultés par correspondants interposés fut claire : « Testa a pu affirmer qu’au moins quatre des graffiti soumis à son examen “sont sans aucun doute d’origine palestinienne”. » Après avoir étudié une dizaine de graffiti, le Père Bagatti a répondu « en offrant l’explication des symboles correspondants, presque tous d’origine judéo-chrétienne, et en concluant par ces mots : “Les signes présentent un grand intérêt et il serait utile qu’ils fassent l’objet de publications avec toutes les descriptions requises de la part des savants.” » Parmi ces graffiti, il y a notamment la croix avec un waw en guise de transversale dont nous avons vu qu’elle figure aussi à Nazareth. Les pierres de la Casa sont donc signées, elles portent la marque de leur lieu d’origine. Comme le conclut le père Santarelli : « Il n’est pas facile d’expliquer la présence à Lorette de graffiti qui, à l’examen, paraissent d’origine judéo-chrétienne, sans admettre que les pierres de la Santa Casa proviennent de Nazareth, comme le veut la tradition [69]. »
De nombreux indices et des documents lumineux
Le principal argument des détracteurs de la translation de la Santa Casa est le caractère tardif des sources qui la rapportent : « le silence est complet pendant cent quatre-vingts ans. (…) Durant cette longue période, pas une voix ne s’est élevée parmi les chrétiens d’Orient pour déplorer la disparition de cette précieuse demeure. En Occident non plus, pas une voix ne s’est élevée pour célébrer un miracle qui aurait dû répandre la stupeur, non seulement en Italie, mais dans toute la chrétienté [70]. »
L’enquête du père Santarelli montre au contraire que de nombreux indices ou documents anciens font état de l’événement et qu’il existe des preuves que tout s’est bien accompli à la fin du XIIIe siècle, comme le veut la tradition.
Il y a d’abord les trouvailles effectuées dans la maison elle-même à l’occasion de sondages effectués dans les murs. Ainsi, en 1968, on découvrit une petite cavité contenant des objets qui tous, nous ramènent aux Croisades : cinq croix d’étoffes rouges murées, sans doute des ex-voto placés là par des croisés rentrés de Terre sainte ; des morceaux de coquille d’œuf d’autruche [71] ; et une pièce de monnaie de Ladislas d’Anjou-Durazzo, roi de Naples (1376-1414), descendant direct de Charles d’Anjou, le frère de saint Louis. Or saint Louis visita Nazareth en 1254 – donc au temps où la maison de Marie, d’après la tradition, s’y trouvait encore – et une fresque du XIVe siècle le représentant est précisément peinte sur les murs de la Casa, en souvenir de cette visite. Ces vestiges scellés dans la maçonnerie montrent donc que la vénération de la Casa santa, en lien avec la Palestine et Nazareth, existait déjà au XIVe siècle.
On a encore retrouvé un grand nombre de monnaies sous le pavement de la Casa, à l’occasion de travaux de restauration. Ces monnaies « se partagent en deux lots distincts. Le premier appartient à la fin du IIIe siècle de notre ère, et le second remonte à la deuxième moitié du XIIIe siècle. Entre les deux : rien [72]. » Ces dates sont éclairantes : le premier lot fait manifestement partie des souvenirs ramenés avec les pierres de la Casa ; le deuxième correspond à la date de sa translation ou de sa reconstruction à Lorette. En effet, parmi les monnaies du deuxième lot, il y a notamment deux deniers tournois portant l’inscription : « Gui Dux Atenes ». Il s’agit de Guy de la Roche, duc d’Athènes de 1287 à 1308 : nous voilà exactement dans l’intervalle de temps où la tradition place l’arrivée de la Santa Casa en Italie et à Lorette, en 1294-1295. « Or nous savons aujourd’hui que l’on plaçait jadis des monnaies dans les fondations des édifices, pour rappeler la date du début des travaux et quelquefois aussi en mémoire des protagonistes de la construction. [73] »
Santarelli parle ici des « protagonistes de la construction » parce que ce Guy de la Roche, duc d’Athènes, était lié à une famille dont l’histoire est intimement associée à la Casa de Lorette : il était le fils d’Hélène Angeli-Comnène. Or, c’est la cousine de cette Hélène, la princesse Ithamar, surnommée Marguerite Angeli, qui apporta en dot à Philippe II d’Anjou, prince de Tarente, son époux, « les saintes pierres extraites de la maison de Notre-Dame ». Ainsi s’exprime, en effet, le document le plus important et le plus décisif de l’enquête de Santarelli : le Chartularium culisanense. Ce cartulaire, jadis conservé au palais de Collesano (Palerme), donne la liste des biens que Philippe d’Anjou reçut du père d’Ithamar, Nicéphore Ier Angelo-Comnène, à l’occasion de son mariage célébré à Naples en septembre-octobre 1294. Pour comprendre, il faut savoir que ces Angeli-Comnène étaient une branche, par les femmes, de la famille impériale des Comnène qui règnaient à Constantinople. Ils possédaient d’importants domaines en Palestine et fondèrent, au XIIe siècle, une despotie en Épire (actuelle Albanie). Chassés de Palestine par les Turcs, ils vinrent s’installer en Italie à la fin du XIIIe siècle, dans la région d’Ancône et de Recanati précisément, où ils avaient des terres. Plus tard, du XVIe au XIXe siècle, ils résidèrent à Palerme.
Ainsi donc, dans cette énumération des biens meubles de la dot d’Ithamar – dont la liste couvre cinquante-deux paragraphes – on lit, en deuxième place, juste après la mention d’une relique insigne, un clou de la crucifixion serti dans un diadème, les mots suivants : « 2. — Les saintes pierres extraites (ablatas) de la maison de Notre-Dame, la Vierge mère de Dieu [74]. »
Alors, tout devient clair. Et il est possible désormais de reconstituer sans difficulté l’histoire de la Casa et de sa translation.
De Nazareth à Lorette : la translation de la Santa Casa
A Nazareth, originellement, la maison jouxtait la grotte. Santarelli pense qu’elle était placée face à la grotte, dans le prolongement de la large ouverture du rocher ; en effet, la largeur et la hauteur des trois murs d’origine de la Casa correspondent aux dimensions de cette ouverture (voir plan). Se trouve ainsi justifié le fait que la Casa ne possède que trois murs : la grotte formait le quatrième, lui offrant comme une abside naturelle [75].
Sans doute, le père Bagatti n’a retrouvé aucune trace de construction à cet endroit. Cependant, comme on peut le constater sur le plan, si la maison était bien là où la situe Santarelli, son mur oriental se trouvait exactement dans l’axe d’un morceau de mur de l’église synagogale retrouvée par Bagatti, de même épaisseur et de même appareillage que lui, ce qui fait dire à certains qu’il y aurait eu une « deuxième chambre » de Marie. A la vue du plan, on comprend aussi pourquoi l’abside de l’église byzantine du Ve siècle s’interrompt brutalement : « l’interruption n’est pas fortuite, écrit Santarelli. Cela fait raisonnablement supposer un corps de bâtiment à sauvegarder à tout prix, qui n’est autre que la maison de Lorette. » Tout concorde.
D’autant que, comme on l’a vu, jusqu’en 1291, les témoignages sont nombreux qui parlent de la « maison » de Marie à Nazareth [76]. Même s’il ne faut pas presser les mots – la « maison » pourrait à la rigueur désigner la grotte seule –, ce point mérite d’être noté. Le dominicain Ricoldo di Monte Croce, cité plus haut, semble être le dernier témoin qui ait vu la Casa à Nazareth. Quelque temps avant 1291 [77], il dit en effet que « reste la cellule (cella) dans laquelle Notre-Dame reçut l’annonce de l’ange ». En revanche, Guillaume de Boldensele, en 1336, ne parle que d’un endroit exigu et recouvert, soigneusement gardé par les Sarrasins (parvulus locus […] coopertus est, et a Saracenis diligentius custoditur). Pourquoi gardé ? Parce qu’il y avait eu un enlèvement ?
Effectivement, entre ces deux dates – exactement : dans la nuit du 9 au 10 mai 1291 si l’on en croit Jérôme Angelita –, alors que le siège de Saint-Jean d’Acre durait déjà depuis plus d’un mois et que la ville allait bientôt tomber aux mains des musulmans (le 28 mai 1291), par un coup de main hardi et à l’insu des Sarrasins, quelques croisés, agissant sous l’inspiration divine et, peut-être, pour le compte de la famille Angeli qui voulait sauver le bien le plus précieux de ses domaines de Palestine, démontèrent les pierres de la Casa abouchée à la grotte et les emportèrent [78].
L’enquête du père Santarelli passe ensuite en revue les étapes du voyage de la Casa Santa, par l’Albanie (c’est-à-dire par l’ancien despotat d’Épire de la famille des Angeli) jusqu’en Italie. Nous avons vu que le mariage avec Ithamar (Marguerite Angeli), par lequel Philippe II d’Anjou hérita des « saintes pierres extraites de la maison de Notre-Dame », eut lieu en septembre-octobre 1294. Les dates correspondent puisque Jérôme Angelita nous dit que la Casa rejoignit le littoral italien le 10 décembre 1294, c’est-à-dire deux mois après le mariage. Enfin, un an après, le 2 décembre 1295, la Casa fut définitivement reconstruite au sommet de la colline de Lorette [79] (après donation au pape ?), et les pèlerins ne tardèrent pas à affluer comme l’attestent les monnaies retrouvées. D’anciens croisés vinrent y offrir leur croix en ex-voto, et les restaurations et consolidations successives furent marquées par de discrets témoignages qui nous permettent aujourd’hui d’en retracer l’histoire [80].
« Rien n’est impossible à Dieu » avait dit l’ange à Notre-Dame en annonçant la conception miraculeuse de saint Jean-Baptiste. Au moment où la Palestine tombait sous le joug des Mameloucks et où disparaissait pour plusieurs siècles la présence chrétienne en Terre sainte, Dieu, par un effet de sa vertu divine, fit transporter en Occident catholique l’un des plus touchants témoignages de sa miséricorde à notre égard : la maison de sa mère où il s’est incarné pour nous arracher à l’esclavage du péché. Pouvait-il y avoir symbole plus éloquent ?
Il nous reste à parler de l’autre sanctuaire de Nazareth : la maison de saint Joseph ou « église de la Nutrition ».
La maison de Joseph
Nous avons dit en commençant qu’il y a, à Nazareth, deux maisons vénérables : celle de la Vierge Marie, dont nous venons de parler, et celle de saint Joseph qui fut aussi celle de la sainte Famille et que les anciennes chroniques appellent « de la Nutrition ». La localisation de cette dernière est plus difficile à établir que pour l’Annonciation. Trois sites sont en effet proposés : l’église grecque orthodoxe Saint-Gabriel qui abrite la « fontaine de la Vierge » ; l’église Saint-Joseph et sa grotte appelée « l’atelier de saint Joseph » ; le couvent des sœurs de Nazareth sous lequel a été trouvée la « tombe du Juste ».
Nous pouvons éliminer la première localisation : la jolie petite église Saint-Gabriel, construite, il est vrai, sur l’emplacement d’un sanctuaire croisé du XIIe siècle, est en dehors du village antique [81]. Elle abrite, au fond d’un transept étroit orné de mosaïques, l’unique source actuellement connue de Nazareth, et c’est pourquoi la tradition veut que la Vierge y soit venue puiser. Du coup, les grecs prétendent que l’annonciation eut lieu à cet endroit, parce que le Protévangile de Jacques situe la salutation de l’ange près d’une fontaine ; de même, certains archéologues [82] y placent l’église de la Nutrition parce qu’Arculfe dit qu’il y avait une fontaine dans cette église. Mais ces raisons ne tiennent pas à l’examen. Les deux autres localisations, en revanche, sont sérieuses. C’est entre elles qu’il faudra choisir.
L’évêque Arculfe est le seul à avoir laissé une description un peu précise de l’ancienne basilique de la Nutrition qu’il visita vers 670-680. Voici son texte, il nous aidera à y voir clair : « Au milieu de la ville, [l’église] a été élevée sur deux substructures (super duos cancros fundata), à l’emplacement où était construite autrefois la maison dans laquelle fut élevé notre Sauveur. Cette église, comme on l’a dit plus haut, repose sur deux tertres reliés par des arches (tumulis et interpositis arcibus subfulta) ; au-dessous, entre ces tertres, est située une fontaine très limpide que fréquente tout le peuple de la cité pour y puiser de l’eau. On fait monter de cette eau par un treuil, dans des vases, dans l’église édifiée au-dessus [83]. »
L’église Saint-Joseph ou « atelier de saint Joseph »
Il s’agit d’une église, reconstruite en 1914 sur les ruines d’un édifice roman à trois nefs, située à peu de distance de la basilique de l’Annonciation, dans l’enclos des franciscains. Le père Viaud, qui en a dirigé les fouilles à partir de 1900, et le père Bagatti pensent qu’elle se trouve sur l’emplacement de la maison de saint Joseph. Leur jugement s’appuie sur le résultat des fouilles archéologiques, riche en éléments pré-byzantins analogues à ceux retrouvés sous l’église de l’Annonciation, et sur quelques témoignages tardifs qui situent les ruines de la maison de saint Joseph « à un jet de pierre au septentrion de l’église de l’Annonciation [84] ».
Les archéologues ont mis à jour des vestiges pré-byzantins (IIIe siècle) que l’on visite dans la crypte de l’église actuelle. Ce sont d’abord plusieurs citernes, creusées ou réaménagées au milieu d’installations agricoles antérieures. Surtout, il y a une belle vasque baptismale, identique à celle trouvée dans le sanctuaire de l’Annonciation, ornée et entourée d’un parterre de mosaïques formant une composition de six rectangles, et munie de sept degrés. Enfin, à côté de la vasque et orienté comme elle, un escalier prolongé d’un corridor en demi-cercle donne accès à une grotte entièrement souterraine, qui paraît avoir été taillée à partir de silos agricoles plus anciens.
Cette grotte, suppose le père Testa, servait aux rites d’initiation baptismale judéo-chrétiens qu’il croit semblables à ceux que décrit saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchèses mystagogiques. Le catéchumène, descendu dans les ténèbres de la grotte pour les prières préparatoires et les exorcismes, en remontait en portant une lampe allumée (dont on a retrouvé de nombreux exemplaires à Bethléem), et recevait le baptême par immersion dans le baptistère proche.
Mais, si ces vestiges paléo-chrétiens confirment une nouvelle fois la vigueur de la pratique chrétienne à Nazareth aux premiers temps de l’Église, rien, si ce n’est le voisinage de l’Annonciation et la tradition tardive de « l’atelier de saint Joseph », n’oblige à faire le rapport avec l’histoire de la sainte Famille et saint Joseph.
Il est vrai que la grotte conserve en son centre l’arasement d’un ancien pilier de soutènement dans lequel on a cru voir les restes d’un des pilastres de voûte (ou tertres) signalés par Arculfe ; les citernes proches seraient la fontaine décrite ; un treuil pouvait en faire monter l’eau jusque dans l’église édifiée au-dessus. Mais l’identification semble un peu forcée et on ne peut pas dire que le résultat des fouilles ait donné un appui vraiment déterminant à la tradition qui place à cet endroit la maison de saint Joseph. Cette tradition ne vient-elle pas d’une confusion des pèlerins ? Ce ne serait pas le seul cas : Ainsi, l’higoumène russe Daniel, qui vint à Nazareth en 1106-1107, visitant la grotte de l’Annonciation, l’appelle « la maison de Joseph ». Et n’a-t-on pas cru pendant longtemps, suite à son témoignage, que la tombe de saint Joseph était dans la grotte de Conon, au sanctuaire de l’Annonciation ?
Les fouilles des sœurs de Nazareth : « la tombe du Juste »
Tout près du sanctuaire de l’Annonciation [85], sous le couvent des sœurs de Nazareth, on a retrouvé d’autres vestiges très intéressants qui paraissent contredire les conclusions des fouilles de l’église Saint-Joseph [86].
Quand, en 1855, les « Dames de Nazareth » achetèrent quelques boutiques du souk avoisinant la basilique de l’Annonciation pour construire leur couvent, les habitants du quartier les prévinrent que, sous leurs pieds, se trouvait « la tombe du Juste » et que « cette terre était une terre sainte » ; ils tenaient cette croyance de leurs ancêtres. A ce moment-là, les sœurs ne prêtèrent guère attention à ces allégations.
Puis, en 1884, à l’occasion de travaux de nettoyage dans une citerne, un ouvrier découvrit l’existence d’une salle souterraine surmontée d’une belle voûte en croix (indiquée A sur le plan donné page suivante). Après avoir dégagé cette salle, on parvint dans une grande grotte (B), située plus bas, éclairée par une coupole naturelle percée d’une ouverture qui laissait passer la lumière (d’où son nom de « grotte éclairée »). Sous cette coupole, on découvrit de mystérieux petits bassins taillés dans le rocher et, dans la boue, on ramassa des débris de marbre ciselé, des tronçons de colonne, des cubes de mosaïques, des monnaies byzantines et même une table d’autel…
Des fouilles systématiques furent alors entreprises pendant cinq ans. On dégagea ainsi une autre grotte très profonde, au nord de la salle voûtée précédemment découverte, contenant des débris de toute sorte (récemment datés entre le Ve et le IXe siècle par le service des Antiquités d’Israël), des cendres et une épaisse couche de limon. Le fond rocheux était recouvert d’un mortier imperméable. Cette grotte servait de réservoir (C). Un système de canalisations et de surverses y aboutissait, venu de deux citernes voûtées, situées plus au nord. Toutes ces voûtes purent être datées de la fin du IVe ou du Ve siècle.
Donnant dans la grotte éclairée, on découvrit des tombeaux. L’un d’eux contenait un squelette masculin, enterré assis, portant une bague dont le chaton avait disparu : c’était la tombe d’un évêque byzantin. Enfin, toujours dans la même grotte, on découvrit les fondations d’une ancienne église, notamment des naissances d’arcs de soutènement destinés à supporter un plancher de pierre : on était dans le sous-sol d’une ancienne église.
En prolongeant cette fois les fouilles vers le sud, à partir de la croisée des voûtes, on découvrit une remise voûtée obscure (D), d’où on aperçut une grande voûte médiévale en berceau qui partait vers le sud, mais qui s’effondra sous les pluies torrentielles de 1891, avant qu’on ait pu la dégager. En 1900, on dégagea enfin une chambre rectangulaire ou petite maison hérodienne (E), adossée au rocher et enchâssée sous la voûte qui s’était partiellement effondrée. Cette chambre était encadrée par des escaliers datés du Moyen Age qui montaient au travers de la voûte : ils rejoignaient manifestement un sanctuaire supérieur d’époque romane qui avait remplacé l’église primitive byzantine. Le sol de la chambre ou maison était en partie recouvert d’un dallage en pierre posé sur des canalisations de terre cuite, du Ier siècle. Le mur oriental était percé d’une porte avec ses montants et sa feuillure caractéristiques, transformée plus tard en fenêtre, et donnant accès à un passage qui n’était rien d’autre que la rue contemporaine de la maison.
La maison ainsi découverte se terminait, au sud, par un mur au pied duquel on découvrit une pierre épaisse posée à plat sur le dallage. Cette pierre recouvrait l’orifice d’une cheminée carrée qui laissa échapper une forte odeur d’encens refroidi lorsqu’on l’ouvrit. Par la cheminée on descendit dans une salle ronde creusée dans le rocher, de 2,70 m de diamètre, contenant des ex-voto (lampes de terre cuite et éperons du Moyen Age pendus à la paroi) : un saint avait donc été honoré à cet endroit. Mais surtout, cette salle ronde communiquait, par deux ouvertures sommairement bouchées, avec un splendide tombeau de l’époque hérodienne (F) muni de deux loculi et fermé par une grosse pierre ronde. Pour pouvoir ouvrir cette pierre, il fallut creuser par l’extérieur jusqu’à une profondeur de 7 m, ce qui permit de trouver quantité de cubes de mosaïques byzantines. On avait donc enfin trouvé la fameuse « tombe du Juste », placée exactement en-dessous de la maison.
De qui était cette tombe du Ier siècle ? A qui appartenait cette maison de construction frustre, pour avoir été insérée de la sorte dans un sanctuaire byzantin, puis dans une église romane ? Car, pour les constructeurs du IVe et du XIIe siècles, c’était se compliquer singulièrement la tâche que d’enchâsser cette maison dans leur construction, comme un joyau dans un écrin, et d’édifier un grand sanctuaire sur un tel dédale de citernes et de grottes. Il fallait une raison très importante qui ne pouvait être que la présence d’un lieu saint.
La première guerre mondiale interrompit l’élan provoqué par ces découvertes et il fallut attendre 1940 pour reprendre les recherches. L’archéologie avait fait entre temps d’immenses progrès. Le père Senès S.J., qui dirigea la nouvelle campagne de fouilles, put conforter chaque résultat et il arriva à la conclusion que ce qu’on avait découvert sous le couvent des sœurs de Nazareth était en fait « l’église de la Nutrition » dont parle Arculfe et, avant lui, saint Jérôme. La localisation « officielle » de l’église Saint-Joseph était remise en question.
Interprétation du texte d’Arculfe
et histoire de la maison de Joseph
Il est vrai que le texte d’Arculfe s’explique beaucoup mieux quand on le confronte au site des sœurs de Nazareth.
Ce texte dit en effet que l’église de la Nutrition « est fondée sur deux substructures » (super duos fundata cancros), mot-à-mot : sur deux crabes, c’est-à-dire sur deux arcs en forme de pince de crabe. Il précise encore : « élevée sur deux tertres » ou éminences (subfulta duobus tumulis) « reliés par des arches » (et interpositis arcibus, mot à mot : et sur deux arcs ou voûtes en arc, interposés, c’est-à-dire croisés). Or, il se trouve que la salle fouillée en premier (A) est effectivement recouverte par une croisée de voûtes émergeant, au nord et à l’ouest, de la masse du rocher qui forme comme deux éminences ou piliers naturels (tumuli) reliés entre eux par les arches maçonnées de la voûte. L’église construite au-dessus reposait donc à la fois sur ces tumuli et sur les arches en croix de la voûte.
La description de la fontaine convient aussi. Arculfe signale « une fontaine très limpide » placée « entre les tertres » dont il vient de parler ; et, ajoute-t-il, « d’en haut, de l’église construite en-dessus, on en monte aussi de l’eau dans de petits vases au moyen de poulies. » Or, dans le mur nord de la salle voûtée, entre les éminences, se trouve une ouverture en forme de niche cintrée, en partie creusée dans la paroi rocheuse et en partie maçonnée, de facture plus ancienne que la voûte, et qui donne sur le réservoir placé en contre-bas (C) : on pouvait donc puiser par là l’eau du réservoir. On remarque d’ailleurs, à droite et à gauche de l’ouverture, des œillets traversant l’angle saillant de la pierre pour fixer des cordes. On a même retrouvé la margelle (utilisée ailleurs comme pierre de réemploi) qui porte les traces d’usure caractéristiques du frottement de cordes. Enfin, l’arc qui domine cette niche porte à son sommet un orifice de 50 cm de diamètre également usé par le passage des cordes, indice manifeste qu’on puisait aussi depuis le haut, c’est-à-dire depuis l’église placée au-dessus. Il y avait donc une double installation de puisage, tout à fait conforme à la description donnée par Arculfe.
D’après les Dames de Nazareth le réservoir était sans doute alimenté non seulement par le réseau de citernes qu’on a retrouvé, mais par une source descendant du Nebi S’aïn, la colline qui domine Nazareth au nord-ouest. Les tremblements de terre, spécialement celui de 1754, ont pu déplacer le lit souterrain de cette arrivée d’eau probable dont les sœurs attestent l’existence à une assez grande profondeur.
On peut donc conclure : la maison découverte paraît bien être la maison de saint Joseph et l’église qui la recouvrait, l’église de la Nutrition. Il est même possible de retracer quelques éléments de son histoire.
L’église byzantine de la Nutrition a dû être détruite (incendiée sans doute, vu les dépôts de cendres retrouvés) entre 670 – visite d’Arculfe – et 724-726, puisque le témoignage de saint Willibald datant de ces années ne parle plus que d’une seule église à Nazareth [87]. A moins qu’elle ne fut détruite par Hakim, en 1009, comme l’église de l’Annonciation. Plus tard, après le départ des croisés, elle aurait été recouverte par une mosquée. Les sœurs ont en effet retrouvé, au nord-est de leur propriété, le départ très caractéristique d’un escalier de minaret. Une tradition orale recueillie par les religieuses rapporte d’ailleurs que cette mosquée, construite « avec les pierres de la grande église », fut déplacée plus au nord après trois effondrements suffisamment mystérieux pour que les musulmans en concluent : « Le saint des grottes ne veut pas de nous ». On sait l’importance des traditions orales dans ce pays.
Reste « la tombe du Juste ». « Le Juste » est le titre donné par les évangélistes à saint Joseph (Mt 1, 19). Ce tombeau du Juste datant du Ier siècle, creusé sous cette maison vénérée, ne peut être logiquement que celui de saint Joseph.
La présence de ce tombeau a cependant fait croire que le site était une ancienne nécropole extérieure au village du Ier siècle. Or, comme les juifs ne construisaient jamais leurs maisons sur un tombeau ou sur une nécropole connue (car c’est en contradiction formelle avec les prescriptions de la loi mosaïque), on en a conclu que la maison ne pouvait être celle de saint Joseph, qui était précisément juste et pieux. Elle serait plus tardive et n’aurait pas de rapport avec la sainte Famille. Mais alors, comment expliquer les ruines byzantines et croisées et les vestiges manifestes d’un culte rendu ?
Tout peut néanmoins s’accorder si l’on comprend que la tombe a été creusée après la maison, alors qu’elle n’était déjà plus une maison, et à cause d’elle (ce qui semble suffisamment établi par le fait qu’elle est placée exactement en dessous). La famille du Seigneur, convertie au christianisme, propriétaire des lieux, a dû en effet soigneusement conserver la maison du Juste Joseph où le Christ avait grandi, non pas pour l’habiter mais pour en faire un lieu de culte, dès le Ier siècle. Quelques dizaines d’années après la mort de saint Joseph [88], ces premiers chrétiens ont pu creuser un riche tombeau dans le roc, sous le sol de sa maison vénérée, pour l’y transférer. (Était-ce avant la dormition de Marie pour qu’ils aient pris soin de creuser deux loculi ?) Plus tard, l’humble sanctuaire de ces premiers chrétiens aurait cédé la place à une riche église byzantine élevée en l’honneur de la maison où le Christ fut « nourri » et du tombeau du Juste Joseph, et d’importants pèlerins se seraient bientôt faits enterrer aux abords de ces lieux vénérables. Le culte aurait continué jusqu’au Moyen Age, jusqu’à ce que la persécution barbare de l’islam efface jusqu’au souvenir du lieu même [89].
Évidemment, nous n’avons pas la certitude que les choses se sont passées ainsi en tous points. Mais les indices ne manquent pas. Peut-être, des fouilles plus approfondies chez les dames de Nazareth [90] et à Saint-Joseph permettront d’élucider un jour complètement ce probl ème. En attendant, nous en sommes réduits à des conjectures ; saint Joseph reste aussi silencieux et effacé en ce qui concerne ses sanctuaires qu’il l’est dans l’Évangile… Dieu se réserve peut-être de lever un coin du voile dans les temps pour lesquels il nous a promis le triomphe de sa mère ?
Annexe
Il existe un autre sanctuaire à Nazareth que les pèlerins visitent avec émotion.
Au milieu des venelles du souk, à côté de l’église melkite (grecque catholique), se trouve une petite chapelle de pierre construite sur l’emplacement de l’ancienne synagogue de Nazareth où Notre-Seigneur a prêché (Lc 4,16-30 ; Mt 13, 54 sq. ; Mc 6, 1 sq.). La base des murs est très ancienne (IVe siècle ?) et la voûte paraît du XIIe.
L’épisode lié à ce lieu se situe au cours de la vie publique du Christ. « Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon sa coutume, le jour du sabbat il entra dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il le déroula et trouva le passage où il est écrit : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction, il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre aux opprimés la liberté, proclamer une année de faveur du Seigneur” [Is 61,1-2]. Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux sur lui. Alors il se mit à leur dire : “Aujourd’hui est accomplie cette Écriture que vous venez d’entendre”… » (Lc 4, 16 sq.). Mais, malgré l’admiration qu’ils avaient pour ses paroles, ses compatriotes refusèrent de croire en lui. Saint Luc dit qu’en entendant ses reproches, ils « le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie pour le précipiter en bas » (Lc 4, 29). On situe cet endroit au Djebel-el-Kafze, « le Mont du Précipice », dont le sommet s’appelle le « Saut du Seigneur ». C’est un rocher surplombant un ravin qui domine la plaine d’Esdrelon, au sud de Nazareth.
[1] — III, q. 27, prologue.
[2] — Lorsqu’on arrive à Nazareth par le Sud, depuis la plaine (par Affula), on emprunte une route qui monte brusquement en lacets serrés jusque dans la ville, construite sur la pente du Nebi Sa’ïn (488 m) et encadrée par un amphithéâtre de collines.
[3] — Voir Le Monde de la Bible nº 16, p. 11. On a retrouvé, dans l’enceinte du village antique, quelques tombes plus anciennes (IIe millénaire avant le Christ). Les juifs ne s’installant jamais sur une nécropole, ces tombes devaient être inconnues quand le village fut fondé. Ce n’est qu’à partir du IIe siècle avant J.-C. que les vestiges abondent, ce qui suggère un développement du village à cette période.
[4] — Aujourd’hui, la ville arabe compte environ 60 000 habitants, dont 38 % de chrétiens ; mais les Israéliens ont construit à côté une nouvelle ville entièrement juive pour leurs immigrants : Nazareth-Ilit.
[5] — Les Évangiles ne font pas mention des parents de la Vierge, sans doute parce qu’elle les avait perdus de bonne heure. En effet, une tradition respectable (tirée notamment du Protévangile de Jacques qui contient quelques éléments de vérité mêlés à d’invraisemblables légendes) veut que saint Joachim et sainte Anne, originaires, croit-on, de Sépphoris – l’antique capitale de la Galilée –, l’aient eue à un âge avancé, à Jérusalem (à l’endroit où se trouve actuellement la basilique Sainte-Anne), et la consacrèrent au Temple dès son plus jeune âge. Ils l’avaient appelée « Marie » (Myriam), nom devenu commun en ce temps-là puisqu’on ne compte pas moins de cinq Marie dans l’entourage d’Hérode et plusieurs autres parmi les saintes femmes.
[6] — Prat père Ferdinand S.J., Jésus-Christ, sa vie, sa doctrine, son œuvre, 21e éd., Paris, Beauchesne, 1953, t. I, p. 41.
[7] — Saint Luc (1, 27) dit explicitement de Joseph qu’il était « de la maison de David » (voir aussi Mt 1, 20 ; Lc 2, 5). La tradition, à cause de Lc 1, 32, Rm 1, 3 et 2 Tim 1, 8, affirme que Marie appartenait aussi à la lignée de David et qu’elle était une parente éloignée de Joseph. En effet, pour que Notre-Seigneur ne soit pas descendant de David au seul plan juridique par son père putatif, mais réellement et physiquement, il devait l’être aussi par sa mère. Eusèbe de Césarée écrit : « Marie elle aussi apparaît virtuellement être de la même tribu que lui [Joseph], car, selon la loi de Moïse, il n’était pas permis de se marier dans d’autres tribus que la sienne » (Histoire ecclésiastique, I, 7, 17). En outre, il se peut que Marie appartînt en même temps, comme sa cousine Elisabeth, à la famille sacerdotale d’Aaron.
[8] — Le mariage, matrimonium ratum, était scellé par le paiement du môhar (compensation économique ou « dot » versée au père de la jeune fille) ou, à l’époque de N.-S., par la signature de l’acte juridique établissant le lien conjugal (cérémonie dite des qiddûshîm, des « sanctifiés »). Mais la cohabitation pouvait être différée (ius futuræ cohabitationis), en raison, par exemple, du jeune âge de l’un des époux ou pour permettre au mari de remplir les clauses onéreuses stipulées dans le contrat. Néanmoins, dans ce cas, le Deutéronome comme l’Évangile considèrent la jeune « fiancée » (me’ôrâshâh) comme une « épouse » (th;n gunai`kav sou, Mt 1, 20), parce qu’elle l’était réellement : Si elle était infidèle, elle subissait la peine des adultères (Dt 22, 23-27) ; si son fiancé venait à mourir, elle était considérée comme veuve et bénéficiait de la loi du lévirat qui obligeait le frère du défunt mort sans enfants à la prendre pour femme ; enfin, elle ne pouvait être répudiée qu’avec les formalités exigées pour l’épouse légitime. Au terme du laps de temps convenu, au jour des « noces », l’épouse, escortée de ses parents et amis, était solennellement introduite dans la maison de son mari (Ps 44,14-16) qui la prenait chez lui (Dt 20, 7) et pouvait désormais la « connaître » (ius ad corpus). Les noces donnaient lieu à un banquet (Jn 2, 1) où se tenait, tout joyeux, l’ami de l’époux (Jn 3, 29), et à des réjouissances qui variaient suivant le rang et la fortune des conjoints.
[9] — Les apocryphes (Protévangile de Jacques, Histoire de Joseph le charpentier, Évangile de la nativité de Marie, Évangile du Pseudo-Matthieu), voulant suppléer au silence des Évangiles, ont imaginé une histoire bien plus fantastique : Lorsque Marie, élevée à l’ombre du Temple et nourrie par les anges, eut douze ans, le grand prêtre résolut de la fiancer. Il fit convoquer les hommes en état de veuvage qui vinrent, nombreux, portant à la main une baguette. Le bâton de Joseph fleurit et de la fleur s’échappa une colombe qui vint se reposer sur sa tête. Ainsi désigné par le sort, Joseph dut consentir, malgré ses réticences et son grand âge, à prendre Marie pour épouse… Ces contes expliquent que saint Joseph soit représenté dans l’art comme un vieillard à cheveux blancs. Mais tout porte à croire que le père nourricier et le gardien de la sainte Famille, chargé de la faire vivre du fruit de son travail, était dans la force de l’âge.
[10] — Lc 1, 39. Certains auteurs ont situé la maison de Zacharie et Elisabeth à Hébron ou dans la région d’Hébron. Mais le service du Temple obligeait les prêtres à résider à peu de distance de Jérusalem pour pouvoir facilement prendre leur service quand venait leur tour. C’est le cas du village d’Aïn Karim (« la source des vignes »), situé à une dizaine de kilomètres de la vieille ville de Jérusalem, au sud-ouest, dans les Monts de Juda. On y vénère le lieu de la naissance du Baptiste et, un peu plus haut, au sommet d’une colline, le lieu de la visitation : conformément à l’Évangile (Lc 1, 24 : « Elle se tint cachée pendant cinq mois »), la tradition veut en effet qu’Elisabeth se soit retirée à l’écart au temps de sa grossesse. Ces lieux étaient déjà vénérés à l’époque byzantine et au temps des croisés.
[11] — « Apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode son père, il [Joseph] n’osa pas y aller et, ayant été averti en songe, il se retira en Galilée et vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dit les prophètes : “Il sera appelé Nazaréen” » (Mt 3, 22-23).
[12] — Guerre des Juifs, III, 3, 2. Zébédée, le père de Jacques et Jean, serait originaire de Jaffia, citée en Jos 19, 13 (Japhié). Quant à Jotopata, c’est là que Flavius Josèphe fut fait prisonnier et passa aux Romains.
[13] — Capharnaüm, Tibériade, Sepphoris, Scythopolis, etc.
[14] — Le DTC, à l’article « judéo-chrétiens » distingue, pour l’époque post-apostolique :
– les judéo-chrétiens orthodoxes ou nazaréens, c’est-à-dire les chrétiens d’origine juive qui, pendant un certain temps, continuèrent d’ajouter aux pratiques de la religion de Jésus l’observation de plusieurs prescriptions de la loi de Moïse. (Plus tard cependant, aux IIIe et IVe siècles, le terme de nazaréens fut appliqué par saint Épiphane et saint Jérôme à une secte modérée installée en Transjordanie et en Syrie, qui avait rompu avec l’Église, pratiquait la circoncision et conservait un Évangile apocryphe proche de l’original hébreu de saint Matthieu (PG 41, 401 et PL 23, 613). Comme « judéo-chrétien », le terme « nazaréen » est donc ambigu.) ;
– et les judaïsants hérétiques (ébionites, elcéaïtes, etc.). Eusèbe de Césarée (HE IV, 22, 5), citant Hégésippe, situe le commencement de l’erreur dans l’Église « judéo-chrétienne » de Jérusalem après la mort de saint Jacques, son premier évêque : « Ce fut Thébouthis, parce qu’il n’était pas devenu évêque, qui commença à la [l’Église] souiller parmi le peuple » et qui fut le père des judéo-chrétiens hérétiques que combattirent saint Justin, Origène, saint Épiphane, saint Irénée, etc. (Voir DTC, « judéo-chrétiens », t. 16, col. 1694 sq.)
[15] — Encore faudrait-il distinguer, parmi ces judéo-chrétiens catholiques, si l’on peut dire, certaines tendances résultant des clivages du judaïsme dont ils étaient issus. Ainsi, les historiens estiment qu’après la dispersion des apôtres, l’évangélisation de Jérusalem, de la Galilée et de la Transjordanie (où se réfugia la communauté de Jérusalem pendant la guerre juive) fut l’œuvre des « hébreux », tandis que la Samarie fut évangélisée par les « héllénistes » chassés de Jérusalem après la mort de saint Étienne, comme il est raconté en Ac 8. Mais il y a une propension actuelle à exagérer, sur de simples intuitions, ces dépendances à l’égard du judaïsme et à imaginer, dans tel écrit du NT ou dans tel personnage du christianisme primitif, une tendance « baptiste » ou « essénienne » ou « zélote », etc. Les premiers chapitres du tome I de la Nouvelle Histoire de l’Église (Paris, Seuil, 1963), rédigés par J. Daniélou, en donnent un exemple frappant.
[16] — Voir Ac 24, 5.
[17] — Ou Jamnia, où s’étaient réorganisées les structures du judaïsme officiel après la ruine du Temple, sous la direction de rabbi Yohanan ben Zakkaï.
[18] — La Amidah (litt. « la prière debout ») est la prière centrale des offices juifs : elle se récite les pieds joints, trois fois par jour, pour remplacer les offrandes quotidiennes au Temple devenues impossibles après 70. Elle est composée de 18 bénédictions (3 initiales, 3 finales et 12 centrales) auxquelles est venue s’ajouter la « bénédiction » des Minim (Birkat ha-minim). Elle est attribuée à Gamaliel II († avant 132) qui fixa le culte juif dans le cadre de la réorganisation religieuse ébauchée par ben Zakkaï.
[19] — Voici le texte de cette imprécation dans sa version ancienne : « Que les apostats qui ont rejeté ta Torah n’aient pas d’espoir. Que les nazaréens (Notzrim) et les hérétiques (Minim) périssent à l’instant. Que tous les ennemis de ton peuple, la maison d’Israël, soient promptement retranchés. Puisses-tu déraciner au plus vite, briser, détruire, subjuguer et humilier le royaume de l’arrogance, rapidement et de notre vivant ! Béni sois-tu, Éternel, toi qui brises tes ennemis et humilies les arrogants. » Certains pensent que cette imprécation est en réalité plus ancienne : elle daterait de l’époque des Maccabées et viserait les oppresseurs héllénistiques ; puis Rabbi Chemouel ha-Qatan l’aurait adaptée aux judéo-chrétiens après 70, parce qu’ils interprétaient les malheurs du peuple juif comme un châtiment divin pour son refus du Christ.
[20] — Eusèbe de Césarée dit que les quinze premiers évêques de Jérusalem, jusqu’à la répression de la deuxième révolte juive (135-136), étaient issus de « l’Église de la circoncision », autrement dit étaient des « judéo-chrétiens » (HE IV 5, 2). Le Talmud parle des Minim de Tibériade, Sépphoris, Carpharnaüm. On a des traces d’une présence chrétienne au Ier siècle à Bethléem (autour de la grotte), à Capharnaüm (autour de la maison de saint Pierre), à Lydda (Ac 9, 32-35), à Joppé (Ac 9, 36-42), à Césarée Maritime (Ac 21, 8), à Sébaste et dans sa région (Ac 8). Saint Justin, originaire de Naplouse, dit dans sa Ie Apologie (écrite au IIe siècle) qu’il y avait des chrétiens en Samarie, quoique moins nombreux et moins fervents que dans le monde païen. Eusèbe, dans son Histoire écclésiastique (Martyrs de Palestine, 10, 2), parle de deux villages situés au sud-ouest d’Hébron, Anéa et Jéthira, qui étaient entièrement chrétiens au IIIe siècle.
[21] — Joseph était un tektôn, c’est-à-dire un artisan du bâtiment. On traduit par « charpentier » mais assurément, son savoir-faire et son activité ne devaient pas se limiter au travail du bois, relativement rare en ces régions.
[22] — Voir aussi Mc 6, 3 ; Mt 12, 47 et Mc 3, 31 ; Jn 2, 12 ; Jn 7, 3. 5. 10 ; 1 Co 9, 5. Flavius Josèphe aussi nomme Jacques « frère de Jésus appelé le Christ » (Antiquités Judaïques 20, 200).
[23] — Ainsi Lot est appelé frère d’Abraham, Laban frère de Jacob, etc. Voir Gn 13, 8 ; 14, 12 ; 29, 10 ; Lv 10, 14, etc. Influencés probablement par les apocryphes qui font de saint Joseph un veuf, quelques Pères (Clément d’A., Origène, saint Épiphane, saint Éphrem et Eusèbe – HE II, 1, 2) ont pensé que les frères de Jésus étaient des enfants que saint Joseph aurait eus d’un premier mariage. Cette opinion va contre le sentiment commun de l’Église qui, à la suite de saint Jérôme (PL 23, 203), regarde comme certaine la virginité perpétuelle de saint Joseph.
[24] — Hégésippe, palestinien né au début du IIe siècle, écrivit ses souvenirs à Rome vers 175, à un âge avancé. Son témoignage nous a été conservé dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de C.
[25] — Eusèbe, HE II, 23, 1 sq. Saint Jacques fut précipité depuis le pinacle du Temple et lapidé (ou bastonné par un foulon, HE II, 1, 5). Le Sanhédrin profita de la vacance du procurateur romain pour ordonner cette mise à mort (Albinus, le remplaçant de Festus, n’était pas encore arrivé).
[26] — « Je ne vis aucun des autres apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. »
[27] — Non pas Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean l’Évangéliste, mais l’autre Jacques, fils d’Alphée, nommé en tête du troisième groupe d’apôtres dans les listes données par les évangélistes. (Celui qu’après saint Marc, on a appelé « le Mineur » pour le distinguer précisément de Jacques le Majeur.)
[28] — Alphée est sans doute à distinguer de Clopas. Certes, le même individu pouvait porter deux noms, mais Hégésippe déclare Alphée de la race d’Aaron (tribu de Lévi) et Clopas de celle de David (tribu de Juda).
[29] — Eusèbe de Césarée, HE III, 11. Eusèbe précise qu’il s’agit du Clopas nommé dans l’Évangile. Il tient ces renseignements d’Hégésippe et précise que celui-ci « rapporte que Clopas était le frère de [saint] Joseph », et donc l’oncle du Christ. C’est pourquoi « tous le [le fils de Clopas, Siméon] préférèrent comme deuxième évêque, parce qu’il était cousin du Seigneur » (HE IV, 22, 4). Certains identifient Simon avec l’apôtre Simon le Zélé ou le Zélote qui figure dans la liste des Douze, mais ce n’est pas la tradition du martyrologe ni du bréviaire romain.
[30] — Voir Renié, Manuel d’Écriture sainte, t. IV, Les Évangiles, 5e éd., Paris-Lyon, Vitte, 1957, p. 318. Les Dossiers de l’archéologie nº 249, déc.1999/janvier 2000, dans l’article intitulé « La famille de Jésus » (Cl. Roure), résument les données du problème par un tableau récapitulatif de P. Perrier qui donne une autre solution : Marie de Cléophas y est présentée comme la fille de Cléophas et l’épouse d’Alphée, dont elle aurait eu les quatre « frères » de Jésus : José, Simon, Jacques et Jude.
[31] — HE III, 20, 1-2. Sources chrétiennes nº 31, p. 123 (traduction Bardy).
[32] — HE III, 20, 5-6. Trajan devint empereur en 98.
[33] — Constitutions apostoliques II, 63, 2 (Sources chrétiennes nº 320, p. 337, traduction Metzger).
[34] — Cette lettre, citée par Eusèbe (HE I, 7, 1 à 16), a pour but d’accorder les généalogies du Christ transmises par saint Matthieu et saint Luc.
[35] — despovsunoi : « qui sont (de la maison ou de la famille) du maître ».
[36] — Meyers E.M. et Strange J.E., Les rabbins et les premiers chrétiens, Paris, Cerf, 1984, p. 151-152.
[37] — Il aurait provoqué la destruction de 30 000 églises, tant en Égypte qu’en Syrie. Voir Grousset, L’Empire du Levant, Paris, 1949, p. 126.
[38] — Guillaume de Tyr, cité par Grousset René, Histoire des Croisades et du royaume franc de Jérusalem, t. I, Paris, Perrin, (1934) réédition de 1991, p. 180.
[39] — Vita sancti Ludovici, chapitre 22.
[40] — Voyage de Jérusalem et autres Lieux saints, Paris 1864, p. 30-31 ; ouvrage cité par Amédée Brunot dans Bible et Terre sainte nº 110, avril 1969, p. 9.
[41] — Lettre du 24 juin 1896.
[42] — Lettre du 12 avril 1897 à Louis de Foucauld.
* — Le père Baldi O.F.M. a réuni tous les témoignages de la tradition dans son Enchiridion Locorum sanctorum, 2e éd., Jérusalem, 1955, p. 1-43. Les citations sans référence sont tirées de cet ouvrage.
[43] — Pierre Diacre, Les Lieux saints (1193), nº 4,T ; cité par Maraval Pierre, Récits des premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient (IVe-VIIe siècle), Paris, Cerf, 1996, p. 64. Pierre Diacre ajoute : « Dans cette grotte est l’endroit où elle prenait l’eau. » Ce qui est manifestement une confusion avec le sanctuaire de « la Nutrition » (voir témoignage d’Arculfe).
[44] — Lettre 108 écrite plus tard, en 404 (voir Maraval, ibid., p. 159).
[45] — « Domus sanctæ Mariæ basilica est. »
[46] — Maraval, ibid., p. 273.
[47] — « Altera vero est ecclesia, ubi domus erat in qua angelus ad Mariam venit. » Cité par le père Loffreda, Le Monde de la Bible nº 16, p. 14.
[48] — Saint Willibald, anglo-saxon de naissance, fils du roi Richard et de la sœur de saint Boniface, l’apôtre de la Germanie, fit le pèlerinage de Terre sainte en 724-726. Il raconta son voyage à une religieuse du monastère d’Heydenheim (près d’Ulm), dont son frère Wunebald était abbé, et celle-ci mit le récit par écrit entre 760 et 780 (saint Willibald était alors devenu évêque d’Eichstatt).
[49] — La ville se trouvait alors sous le régime de la trève conclue entre le sultan et les chrétiens d’Acre : « Le sultan garantissait aux pèlerins et aux clercs le libre accès de l’église de Nazareth et la possession de quatre maisons dans cette ville. »
[50] — Cité par Fr. Bruno Bonnet-Eymard dans la CRC de novembre 1995 : « De Nazareth à Lorette, la maison de Marie », p. 14. Le texte de Ricoldo est généralement daté de 1294 (voir Baldi, Ench. des Lieux saints, p. 19). Frère Bruno montre, après Eschbach, qu’il est forcément antérieur à 1291 puisque Ricoldo, dans la suite de son récit, précise qu’il est allé à Saint-Jean d’Acre encore occupé par les croisés et qu’il a appris la chute de cette ville (tombée en mai 1291) lorsqu’il était à l’extrême limite de l’Orient. Cette question de date importe beaucoup pour l’histoire des rapports entre Nazareth et Lorette comme on le verra plus bas.
[51] — Cité par Fr. Bruno Bonnet-Eymard dans la CRC de novembre 1995, p. 14. Guillaume de Boldensele fit ce pèlerinage à la demande du cardinal Élie de Talleyrand, en pénitence pour son « apostasie » : il avait quitté son couvent de Minden pour des raisons inconnues. Voir Croisades et pèlerinages ; récits, chroniques et voyages en Terre sainte, XIIe-XVIe siècle, Paris, Bouquins, R. Laffont, 1997, p. 996.
[52] — Livre d’Outremer, Éd. B. Bagatti, Jérusalem, 1945, p. 74.
[53] — Lc 19, 40.
[54] — Le petit musée situé sous l’esplanade nord de la basilique conserve plusieurs spécimens de ces découvertes.
[55] — Voir : Bagatti Bellarmino, Excavations in Nazareth, vol. 1, Jérusalem, Franciscan Press, 1969 ; Meyers E.M. et Strange J.E., Les rabbins et les premiers chrétiens, Paris, Cerf, 1984, p. 150-159.
[56] — On appelle ainsi le soubassement maçonné destiné à recevoir une rangée de colonnes. Le diamètre des morceaux de colonnes retrouvés indique que l’édifice était important, de forme carrée ou rectangulaire. Il y avait beaucoup de morceaux de marbre poli, épais d’un centimètre, restes vraisemblables d’un revêtement de marbre.
[57] — Parmi ces graffiti, il y avait des fragments de mots grecs et syriaques. Les noms grecs relevés sont typiquement judéo-chrétiens : Zénon, Ruth, Naukida, etc. Une plaquette de marbre portait même une inscription en araméen. Sur l’explication des graffiti judéo-chrétiens, voir Testa, Il simbolismo de giudeo-christiani, Jérusalem, 1962.
[58] — Les pèlerins des premiers temps laissaient ainsi volontiers leur nom ou leurs suppliques gravés dans les sanctuaires qu’ils visitaient. Ainsi, le pèlerin de Plaisance (580) dit, à propos de sa visite à Cana : « Moi, indigne, j’ai écrit le nom de mes parents. »
[59] — La loi mosaïque contenant beaucoup de lois de purification, le miqveh (pl. miqvaot) ou bain rituel, qui est le seul moyen de purification des personnes et des ustensiles, est l’une des institutions de base de la vie communautaire juive. Tout un traité de la Mishnah est consacré aux règles de construction des miqvaot. On en retrouve beaucoup dans les fouilles de Palestine.
[60] — Il existe un cas parallèle : l’église de Shavei Zion, au nord d’Akko. Les fouilles ont mis à jour, au nord des vestiges de l’église byzantine dont les mosaïques ressemblent à celles de Nazareth, une vasque semblable à celle de l’Annonciation, dont l’orientation est légèrement différente de celle de l’église et dont la construction paraît antérieure à l’église. Voir Prausnitz, Excavations at Shavei Zion. The Early Christian Church, Rome, 1967.
[61] — Traduction du père Testa. Les spécialistes discutent sur l’interprétation de certains mots qui paraissent devoir être compris autrement.
[62] — Voir : Testa E., Nazareth Giudeo-Cristiana, Jérusalem, 1969 ; Briand Jean, L’Église judéo-chrétienne de Nazareth, Cahiers de la Terre sainte, Jérusalem, 1981 (3e édition). Cette profession de foi en la divinité du Christ montre bien que les « judéo-chrétiens » de l’église primitive de Nazareth étaient parfaitement catholiques et n’avaient rien à voir avec les « judéo-chrétiens » hérétiques, ébionites ou disciples de Cérinthe, qui niaient la divinité du Christ et sa conception virginale. Si, du vivant de Jésus, « ses frères eux-mêmes ne croyaient pas en lui » (Jn 7, 5), il faut convenir que ce n’était plus le cas de leurs descendants.
[63] — Les fouilles ont montré que dans le dessin du pavage en mosaïque de cette église, la croix était souvent représentée. Or, en 427, un décret de l’empereur Théodose II interdit de représenter la croix dans les pavements pour qu’elle ne soit pas foulée aux pieds. L’église byzantine de l’Annonciation est donc antérieure à cette date.
[64] — Si toutefois cette nef existait, car on n’en a pas retrouvé la trace ; comme on va le voir, à cet emplacement, se trouvait plutôt la « maison » maçonnée contiguë à la grotte : tel est l’avis du père Santarelli, recteur de la Santa Casa de Lorette.
[65] — Un premier projet de l’architecte Barluzzi, controversé, fut heureusement abandonné : il était de plan central et non basilical, de style néobyzantin et de proportions considérables ; son emprise aurait effacé la plupart des anciens vestiges. L’étude d’un nouveau projet fut donc confié à l’architecte G. Muzio : il a l’avantage de conserver et de mettre en évidence les témoins des basiliques précédentes ainsi que l’aire archéologique du village évangélique.
[66] — Le premier récit de la translation de la Santa Casa est de Jérôme Angelita : Histoire de la Vierge de Lorette (Virginis Lauretanæ historia), écrite à partir des archives des villes de Fiume et Recanati et présentée au pape Clément VII, le 19 septembre 1531. Il inaugure la tradition selon laquelle, le 10 mai 1291, la maison de la sainte Vierge aurait été transportée de Nazareth en Dalmatie et, de là, le 10 décembre 1294, en Italie à Recanati, puis, après une station intermédiaire, le 2 décembre 1295, au sommet de la colline de Lorette. Parmi les partisans du miracle, il faut citer A. Eschbach, ancien supérieur du séminaire français de Rome : La vérité sur le fait de Lorette, Paris 1909 ; Lorette et l’ultimatum de M. U. Chevalier, Rome-Paris, 1915. Contre la translation miraculeuse et partisans de la légende : chanoine Ulysse Chevalier, Notre-Dame de Lorette, Étude historique sur l’authenticité de la Santa Casa, Paris 1906 ; Dom Henri Leclercq dans le Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, article « Lorette ».
[67] — En d’autres termes, des quatre murs de la Casa actuelle, seuls trois sont d’origine, et en partie seulement : les murs sud, nord et ouest. Le mur nord était originellement percé d’une porte aujourd’hui murée.
[68] — C’était en fait le seul espace plat au sommet de la colline avant les travaux de terrassement rendus nécessaires par la construction de la basilique et de son esplanade.
[69] — Santarelli, ibid., p. 128. Cité par Fr. Bruno, ibid., p. 4.
[70] — Leclercq Dom Henri, Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de liturgie, article « Lorette », t. IX (1930) col. 2473.
[71] — Pour comprendre la présence apparemment insolite de ces morceaux de coquille, il faut savoir qu’on trouve des autruches en Palestine et que l’œuf d’autruche était placé au Moyen Age dans les églises de Palestine à titre d’ornement, comme le symbole de la naissance virginale du Christ : les anciens croyaient en effet que l’œuf d’autruche, déposé par la femelle dans le sable, était porté à maturation par le soleil seul. Ainsi, le Christ est né par l’opération du Saint-Esprit, sans le concours d’un père humain.
[72] — Fr. Bruno, ibid., p. 10.
[73] — Santarelli, ibid., p. 220. Cité par Fr. Bruno, ibid., p. 13.
[74] — Folio 181 du Chartularium culisanense. Ce précieux document a péri au cours de la guerre, en 1943, mais certains feuillets en avaient été copiés au siècle dernier par Benedetto d’Acquisto (1790-1867) évêque de Monreale, près de Palerme.
[75] — Comme l’indique le Fr. Bruno, tel n’est pas l’avis du père Loffreda (Le Monde de la Bible nº 16, p. 14), qui pense que la maison devait se trouver au-dessus de la grotte entièrement enterrée et fermée du côté sud : l’ouverture, rendue nécessaire par la dévotion des pèlerins, serait tardive. Mais il ne prouve pas cette opinion.
[76] — Ainsi, le pèlerin de Plaisance dit : « la maison (domus) de sainte Marie est une basilique ».
[77] — Et non pas en 1294, comme on date par erreur son témoignage. Voir ci-dessus.
[78] — Santarelli (ibid., p. 296-298) cite le poème que Giovanni Battista Petrucci, archevêque de Tarente († 1514), consacra à saint Jacques de la Marche († 1476), et où il dit que la Casa, « volée, fut emportée de force à travers les flots » : rapto undosa sacello per freta. Ces témoignages anciens montrent que le ministère providentiel des anges a pu se servir d’instruments humains. C’est encore ce que suggère l’iconographie lorétaine analysée en détail par Santarelli (ibid., p. 295 et 305-368) : la translation de la Casa se trouve fréquemment représentée sur deux plans, un bateau chargé de pierres est survolé par la Vierge ou par des anges portant une maison. Il est possible aussi que « les anges » soient simplement la déformation de la famille des « Angeli ». C’est ce qui résulte du témoignage de Mgr Landrieux, évêque de Dijon, dans son journal personnel à la date du 17 mai 1900. L’évêque avait reçu à ce sujet les confidences du médecin de Léon XIII, le docteur Lapponi, lequel avait consulté le dossier de la Casa Santa aux archives du Vatican (Voir Santarelli, ibid., p. 169 et Fr. Bruno, ibid., p. 13).
[79] — Le Fr. Bruno explique le choix apparemment insolite de cet emplacement par une configuration topographique similaire avec celle de Nazareth, de sorte que la Casa aurait en quelque sorte retrouvé son cadre d’origine. La démonstration nous parait moins concluante que ce qui précède, ne serait-ce que parce que la colline de Nazareth n’est pas orientée est-ouest comme celle de Lorette. Le Fr. Bruno fait erreur sur ce point.
[80] — Ainsi, le mortier des pierres du mur ouest a pu être daté du XIVe siècle par les spécialistes.
[81] — Or Arculfe dit que l’église de la Nutrition est « au milieu de la ville ».
[82] — Par exemple, Kopp, dans JPOS 1939, p. 254-277.
[83] — Adomnan, Des Lieux saints, livre II, XXVI, 2-3 ; cité par Maraval Pierre, ibid., p. 273.
[84] — Récit du pèlerin J. Kootwyck, venu à Nazareth en 1598. De même, le père Quaresmius, custode de Terre sainte au XVIIe siècle et auteur de l’ouvrage Terræ sanctæ elucidatio paru en 1639, écrit : « Lorsqu’on s’éloigne d’un jet de pierre de la sainte maison de l’Annonciation de la sainte Vierge, on trouve vers le nord un lieu que, de tout temps et jusqu’à aujourd’hui, les habitants appellent maison et atelier de saint Joseph. »
[85] — Également à un jet de pierre, mais au nord-ouest cette fois (l’église Saint-Joseph étant au nord-est).
[86] — Sur les fouilles du couvent des Dames de Nazareth, voir l’article du père J.-B. Livio dans Le Monde de la Bible n º 16, p. 28 sq. et la plaquette Les fouilles chez les religieuses de Nazareth, diffusée sur place. Une première étude de la tombe se trouve dans DBS, article « Nazareth ».
[87] — « Il y a là maintenant une église et le bourg où se trouve l’église, c’est Nazareth. Cette église, les chrétiens l’ont souvent protégée contre les païens sarrasins qui voulaient la détruire » (Texte dans : Croisades et pèlerinages, récits, chroniques et voyages en Terre sainte XIIe-XVIe siècle, Paris, Bouquins/Robert Laffont, 1997, p. 906).
[88] — Sans accorder au texte apocryphe intitulé Histoire de Joseph le charpentier plus d’autorité qu’il n’en mérite, on notera cependant qu’il situe la mort de saint Joseph à Nazareth. Or cet écrit, dont nous ne possédons que de tardives versions copte, arabe et latine, a dû être composé au IVe siècle et contient certaines traditions bien plus anciennes difficiles à démêler.
[89] — L’on n’est même pas sûr que le sanctuaire roman a été achevé, comme celui de l’église dite « Saint-Joseph », d’ailleurs.
[90] — Pour confirmer notamment la présence d’une source sous le réservoir C (Le fond du réservoir garde en permanence des traces d’humidité, même en période sèche).

