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Bethléem et sa grotte

 

 

 

par le frère Emmanuel-Marie O.P.

 

 

 

Hic de virgine Maria Jesus Christus natus est.

 

Bethléem de Juda,

« la reine du désert * »

 

La cité biblique

 

ON ARRIVE à Bethléem depuis Jérusalem en passant par Ramat Rahel, l’antique Rama de l’Écriture où se trouve le tombeau de Rachel [1], l’épouse préférée de Jacob et la mère de Joseph et de Benjamin. Ce tombeau est à une dizaine de ki­lomètres au Sud de Jérusalem, aux portes de Bethléem. En 586 avant J.-C., après la ruine de Jérusalem, c’est là que les fils d’Israël se rassemblèrent avant de partir en déportation pour Babylone, comme l’avait prédit Jérémie. « Ainsi parle Yahvé : A Rama, une voix se fait entendre, une plainte amère ; c’est Ra­chel qui pleure ses enfants et elle ne veut pas être consolée pour ses fils, car ils ne sont plus » (Jr 31, 15). On sait que saint Matthieu a repris cette prophétie pour l’appliquer au massacre des saints innocents. « Alors s’accomplit l’oracle du prophète Jérémie : Une voix dans Rama s’est fait entendre, des pleurs et une longue plainte. C’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus » (Mt 2, 17-18).

La petite cité de Bethléem, dont le nom signifie la « maison du pain » (µjl tb) – nom qui « s’accorde au mystère », commente saint Thomas [2], puisque le Christ est « le Pain de vie descendu du ciel » (Jn 6, 51) –, portait primitivement le nom d’Ephrata, « la fertile » (1 Ch 4, 4). Son nom apparaît plusieurs fois dans la Bible, mais ce n’est pas toujours pour des événements heureux.

 

Ainsi, au temps des Juges, c’est à Bethléem que le lévite d’Éphraïm était allé prendre sa jeune femme qui eut un si triste sort à Gabaa (Jg 19). Cette femme, épouse infidèle, avait quitté son mari pour retourner chez son père à Bethléem. Le lévite, étant allé la rechercher, la ramenait chez lui, au fond de la montagne d’Éphraïm. Ayant fait halte pour la nuit à Gabaa, il reçut l’hospitalité d’un vieillard. Mais une bande de dépravés, vrais « fils de Bélial », entoura la maison pour satisfaire leur vice contre-nature aux dépens du voyageur. Terro­risé, celui-ci leur abandonna sa femme qu’ils maltraitèrent toute la nuit. Elle re­vint mourir au matin sur le seuil de la maison. Alors, ayant remporté le cadavre chez lui, le lévite le dépeça en douze parts et envoya chaque morceau aux tri­bus d’Israël pour les exciter à la vengeance contre les Benjamites. Les habitants de Gabaa furent massacrés dans la guerre qui suivit. Cette terrible histoire il­lustre ce que déclare par deux fois le livre des Juges (17, 6 et 21, 25) : « En ce temps-là, il n’y avait point de roi en Israël et chacun faisait ce qui lui plaisait. » Les vices les plus graves rongeaient le peuple élu et il n’y avait pas de pouvoir central pour les réprimer. Le peuple hébreu, immergé au milieu des cananéens idolâtres, était lui aussi « assis à l’ombre de la mort » et avait grand besoin du Sauveur. Il eut d’abord, issu de Bethléem, le saint roi David ; il eut surtout le Roi divin, le Sauveur du monde. Saint Athanase a fait une belle application de cette histoire à l’Église opprimée par l’arianisme. On la croirait écrite pour notre temps :

 

Le malheur de ce lévite paraît peu de chose, si nous le comparons aux calami­tés qui affligent actuellement l’Église. Celles-ci sont telles, que l’on n’a jamais rien entendu de pareil ; personne n’a jamais enduré des maux semblables. Alors, en ef­fet, il n’y eut qu’une femme accablée d’outrages, un lévite atteint. Maintenant, c’est toute l’Église qui est frappée, c’est tout l’ordre sacerdotal qui est meurtri. Alors, chaque tribu ne vit qu’un lambeau de la femme assassinée, et elle frémit d’indignation : aujourd’hui, ce sont tous les membres de l’Église universelle que vous voyez déchirés. […] Dressez-vous donc, je vous en prie, vous aussi, comme si l’injustice subie par quelques-uns vous avait tous atteints. Et que chacun, comme s’il avait été lésé lui-même, se hâte de nous secourir, de crainte que les saints ca­nons et la foi de l’Église ne coulent jusqu’au fond [3].

 

C’est encore à Bethléem que se situe la charmante idylle de Ruth la moa­bite avec Booz. De leur union naquit Obed, le grand-père de David et l’aïeul du Christ (Rt 1, 1–4, 11). Cette histoire, par opposition à la précédente, montre qu’il subsistait au milieu de la décadence, de pieuses familles où se conservaient les pures traditions patriarcales. Ruth, quoiqu’étrangère au peuple élu, suivit réso­lument sa belle-mère Noémi à Bethléem où l’attendait son heureuse destinée : « Où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu » (Rt 1, 16). Elle préfigure dans sa personne la marche des rois mages et, au-delà, de la gentilité tout entière, suivant l’étoile jusqu’à Bethléem pour y trouver l’Enfant-Dieu.

 

Sur l’inspiration de Dieu, le prophète Samuel vint également à Bethléem pour sacrer roi le jeune pâtre David, le dernier-né des fils d’Isaï (ou Jessé – 1 S 16), l’un des types les plus accomplis du Messie. La gloire du roi prophète rejaillit sur sa ville natale qui est appelée dans l’Évangile la « ville de David » (Lc 2, 4). Et c’est pourquoi saint Joseph, « fils de David » (Lc 1, 27), dut aller à Bethléem « pour se faire recenser avec Marie son épouse qui était enceinte ».

D’après le Protévangile de Jacques (apocryphe du milieu du IIe siècle, ra­contant l’enfance de Jésus de manière très romancée), la sainte Vierge serait, elle aussi, d’ascendance bethléemite. Son ancêtre, un certain Mathan de Beth­léem, aurait eu trois filles : Marie de qui serait née Marie-Salomé ; Sobé qui au­rait engendré Élisabeth, la mère du Baptiste ; et Anne, l’épouse de Joachim, ori­ginaire de Sépphoris en Galilée, qui devint l’heureuse mère de la Vierge immaculée.

 

Mais c’est à cause de Jésus-Christ, bien sûr, que Bethléem a acquis une renommée immortelle. Michée, sept cents ans avant l’événement, avait prophé­tisé que le Messie naîtrait en ce lieu :

 

Et toi, Bethléem-Éphrata, petite parmi les clans de Juda, c’est de toi que sort pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent au temps de jadis, aux jours antiques [4]. C’est pourquoi il [Yahvé] les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter [5]. […] Il [le Messie] se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance de Yahvé, par la majesté du nom de Dieu [6].

 

Cet oracle était bien connu des juifs puisque, lorsque les mages vinrent trouver Hérode en son palais de Jérusalem pour lui demander où venait de naître « le roi des juifs » dont ils avaient vu l’astre, les grands-prêtres et les scribes rassemblés par le monarque répondirent sans hésiter : « A Bethléem de Juda, car il est écrit par le prophète : “Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël” [7] » (Mt 2, 2-6).

 

Pourquoi Jésus voulut-il naître à Bethléem ? Saint Thomas donne trois raisons :

 

— Premièrement, pour se garder de la gloire. A cette fin, il choisit deux lieux : l’un où il voulut naître, à savoir Bethléem ; l’autre où il souffrit, et c’est Jérusalem. Cette manière de faire est contraire à celle de ceux qui cherchent la gloire : ils veu­lent naître dans des lieux célèbres et ne veulent pas souffrir dans un lieu honorable. Jn 8, 50 : « Moi, je ne cherche pas ma gloire. »

— Deuxièmement, pour confirmer sa doctrine et montrer sa vérité. S’il était né dans quelque grande cité, la force de sa doctrine aurait pu être attribuée à la puissance humaine. […]

— Troisièmement, pour montrer qu’il était de la descendance de David [8].

 

Mais, si Notre-Seigneur a choisi Bethléem parce qu’elle était la plus humble, grâce à lui, elle est devenue « la plus auguste des cités », comme l’ap­pelle saint Jérôme [9].

 

Du village antique à la ville moderne

 

Située aux confins de la région fertile de Beth-Jala et encadrée de pro­fondes vallées (sauf au Nord-Ouest), Bethléem borde le désert de Juda dont les hauteurs escarpées et arides descendent vers la mer Morte.

La ville est étalée en longueur sur le sommet d’un éperon rocheux [10], à huit cents mètres d’altitude. Depuis le Liwan – sorte de belvédère voûté ouvert sur l’extérieur – des antiques maisons de pierre de la vieille ville, la vue porte très loin sur les collines écrasées de soleil.

Les premières traces d’habitat remontent à l’âge du bronze. Les fouilles ont révélé que le village primitif était situé à l’extrémité orientale de l’éperon rocheux, à l’endroit où s’élève aujourd’hui la basilique de la Nativité. Ce type d’implantation en hauteur était habituel en Palestine, car il facilitait la surveil­lance et la défense en cas d’attaque ennemie.

Les spécialistes discutent de l’emplacement du bourg à l’époque romaine. Certains pensent que le village n’avait pas changé de place et, dans ce cas, la grotte où naquit Jésus se trouvait dans le village (ou dans ses abords immé­diats). Pour d’autres archéologues, au temps du Christ, les maisons étaient construites plus à l’Ouest sur la colline, à l’emplacement du souk actuel [11]. Selon cette hypothèse, l’éperon rocheux était alors divisé en deux monticules : une dépression séparait le village de la croupe où se trouve la grotte. On croit même que l’aqueduc de Pilate qui reliait Jérusalem aux bassins de Salomon (au Sud-Est de Bethléem), pour l’alimentation en eau de la Ville sainte, passait par cette dépression. Ce n’est que plus tard, lors de la construction de la basilique du IVe siècle, qu’on aurait comblé le fossé pour réaliser l’esplanade du grand atrium constantinien, à l’endroit de la grande place actuelle, devant la basilique. Ainsi s’explique-t-on que cet espace soit toujours resté non bâti [12].

La ville fut fortifiée par Constantin. C’est le sultan Selim Ier, en 1489, qui fit disparaître les derniers restes du mur d’enceinte. De nouveaux quartiers fu­rent construits durant l’époque Ottomane et les plus anciennes maisons de la vieille ville, en calcaire rose et ocre, avec leur dôme de pierre caractéristique, datent de cette époque. L’architecture paysanne n’a pas beaucoup bougé pen­dant des siècles et l’on peut penser que les habitations de Bethléem au temps de Jésus devait ressembler à ces vieilles constructions du XVe-XVIe siècle.

Les saintes Paula et Eustochium, ces pieuses romaines qui avaient suivi saint Jérôme en Palestine et fondé sous sa conduite un monastère à Bethléem, ont chanté pour Marcella restée à Rome les charmes de l’antique village chré­tien où le chant des psaumes de David rythmait le cours de la vie (elles écri­vaient vers 392-393) :

 

[…] Dans la bourgade du Christ, tout est rustique. Hormis les psaumes, ce n’est que le silence. De quelque côté que tu te tournes, c’est le laboureur qui, te­nant le mancheron, chante Alleluia ; tout en sueur, le moissonneur se distrait en psalmodiant ; le vigneron qui taille la vigne de son sécateur recourbé chante quelque poème davidique. Telles sont, en ce pays-ci, les cantilènes, telles sont, comme l’on dit, les chansons d’amour, tel le sifflotage des bergers, tels les outils de la culture [13].

 

A partir de 1860, de nombreuses congrégations religieuses européennes sont venues s’installer et ont construit des églises et des couvents dans la ville et à sa périphérie. Jusqu’en 1950, l’agglomération est restée petite, concentrée sur son éperon rocheux et entourée de jardins. Depuis, elle a explosé et les constructions de béton, hélas ! se multiplient. Devenue dépendante de l’Autorité palestinienne à l’automne 1995, Bethléem compte environ 60 000 habitants (120 000 avec les faubourgs environnants qui se développent très vite, car les Palestiniens sont nombreux pour des territoires trop petits, et les permis de construire leur sont refusés en territoire israélien). L’endroit est resté très pauvre. La population, presqu’entièrement palestinienne, compte encore une notable proportion de chrétiens (autrefois majoritaires), mais qui s’amenuise ra­pidement d’année en année.

 

 

La grotte et la basilique constantinienne

 

Les témoignages anciens

 

L’Évangile parle d’une mangeoire (favtnh, præsepium, Lc 2, 7) et non pas d’une grotte. Mais cette dernière est mentionnée par une tradition très ancienne que rapportent, au IIe siècle, le Protévangile de Jacques et, dès 160, saint Justin dans son Dialogue avec Tryphon  (78, 5). Saint Justin, originaire de Palestine, était fort bien renseigné sur la topographie des Lieux saints [14].

 

L’enfant était né à Bethléem ; comme Joseph n’avait pas où loger dans ce vil­lage, il s’installa dans une grotte toute voisine de Bethléem, et c’est tandis qu’ils étaient là, que Marie enfanta le Christ et le plaça dans une mangeoire : à leur arri­vée les mages d’Arabie l’y trouvèrent. Ce qu’Isaïe a annoncé à l’avance sur le sym­bole relatif à la grotte, je vous l’ai déjà raconté, dis-je ; mais pour ceux qui sont ve­nus aujourd’hui avec vous, je vais vous rappeler le passage, dis-je.

Et je répétai le passage d’Isaïe que j’ai transcrit plus haut [15], et j’ajoutai que c’est à cause de ces paroles que ceux qui confèrent les mystères de Mithra ont été poussés par le Diable à dire qu’ils faisaient leurs initiations dans un lieu qu’ils ap­pellent « grotte » [16].

 

De son côté, Origène (Contre Celse, 1, 51), qui visita les lieux en 215, af­firme : « On montre à Bethléem la grotte dans laquelle il est né. […] »

Mais le témoin le plus célèbre des traditions de Bethléem est le prince des exégètes, saint Jérôme, qui vécut à l’ombre de la grotte de 386 à sa mort, en 420. Dans sa lettre au prêtre Paulin, il raconte comment les Romains, sous le règne d’Hadrien (117-138), voulant faire disparaître tous les Lieux saints de Pa­lestine, avaient profané le sanctuaire en y installant le culte des dieux de la fé­condité :

 

Depuis les jours d’Hadrien jusqu’au règne de Constantin, pendant cent quatre-vingts ans environ, sur le lieu de la résurrection, on adorait l’image de Jupi­ter, et sur le rocher de la croix la statue en marbre de Vénus, élevée là par les païens. […] Bethléem – qui est maintenant à nous et le lieu le plus auguste, dont le psalmiste chante : « La vérité est sortie de la terre » [Ps 84, 12] – était ombragé par un bois sacré de Tammouz, c’est-à-dire d’Adonis, et dans la grotte où le Christ petit enfant a jadis vagi, on pleurait l’amant de Vénus [17].

 

Après la conversion de Constantin et le pèlerinage en Palestine de sa mère, sainte Hélène, tout changea. Le bois sacré de Tammouz fut coupé, les prostituées d’Adonis chassées et la grotte devint la crypte d’une splendide basi­lique chrétienne.

Saint Jérôme paraît d’ailleurs avoir été un peu gêné par le luxe de la basi­lique toute neuve (elle avait alors un peu plus de cinquante ans), surtout par la crèche d’argent qui habillait désormais le trou dans la pierre où Jésus avait été déposé. N’avait-on pas trahi la sainte pauvreté voulue par le Christ ?

 

Nous autres, maintenant, sous prétexte d’honorer le Christ, nous avons enlevé la crèche de terre pour lui en substituer une d’argent. Celle qui a été enlevée m’était plus précieuse. L’or et l’argent sont l’affaire des païens. La foi chrétienne exigeait cette crèche d’argile. Celui qui y est né méprisait l’or et l’argent. Je ne condamne pas ceux qui ont agi de la sorte par dévotion – pas plus que je ne condamne ceux qui ont fabriqué des vases d’or pour le Temple –, mais j’admire que le Seigneur, Créateur du monde, soit né non dans l’or et l’argent, mais dans la boue [18].

 

Cependant, malgré la somptueuse basilique, les ors et les tentures, la foule grouillante des pèlerins, l’affluence des moines et le clergé nombreux, la grotte continuait de répandre son parfum de silence et de pauvreté. Paula et sa fille Eustochium, dans la lettre à Marcella déjà citée, la qualifient de villula, « petite bicoque » du Christ :

 

Mais, pour en venir à la petite bicoque du Christ et à l’hôtellerie de Marie, de quel langage, de quelle voix pouvons-nous te dépeindre la grotte du Sauveur ? Et cette crèche fameuse où il a vagi tout petit enfant, c’est plutôt par le silence que par un trop faible discours qu’on doit l’honorer. Où sont les amples portiques ? où les lambris dorés ? où les demeures revêtues de marbre au prix du supplice des malheureux et du labeur des forçats ? […] Eh bien, c’est dans ce petit trou de terre qu’est né le Créateur des cieux ! Ici, il fut enveloppé de langes, ici découvert par les bergers, ici indiqué par l’étoile, ici adoré par les mages [19]. »


La grotte

 

La grotte est en réalité un long couloir creusé dans le roc (douze mètres de long sur environ quatre mètres de large). C’est au fond de cette caverne qui servait d’étable aux animaux et d’entrepôt – un rawieh – qu’on vénère le lieu où le Christ naquit de manière virginale. Un autel surmonte une étoile d’argent incrustée dans le pavement de marbre pour marquer l’endroit. Une inscription latine encadre l’étoile : Hic de virgine Maria Jesus Christus natus est. A droite (c’est-à-dire au Sud) et légèrement en contrebas (au niveau primitif de la grotte ?), une excavation pratiquée dans la paroi forme comme une minuscule pièce d’environ trois mètres sur deux. C’est l’endroit de la crèche où la Vierge déposa le nouveau-né. Le rocher est actuellement recouvert de marbre et sur­monté d’un autel. Un second autel – dédié aux mages – est en vis-à-vis.

On accédait originellement dans la grotte par le devant et elle devait être de plain-pied avec le sol extérieur. Depuis plusieurs siècles déjà, on y descend par deux escaliers latéraux qui prennent de part et d’autre du sanctuaire sur­élevé de la basilique.

La grotte est reliée à un réseau de cryptes taillées dans le roc et situées sous la partie Nord de la basilique. Ces grottes ont été transformées en cha­pelles. L’une est dédiée à saint Joseph, une autre aux saints innocents, la der­nière abrite trois tombeaux : celui de saint Eusèbe de Crémone, un disciple de saint Jérôme, et ceux des saintes Paula et Eustochium, qui furent l’une et l’autre enterrées là, la première en 404, la seconde en 419. Saint Jérôme lui-même fut enseveli à cet endroit, mais son corps a été transféré au XIIIe siècle à Sainte-Marie-Majeure, à Rome. Tout au fond du dédale des cryptes, on débouche dans la cellule dite de saint Jérôme, où, d’après la tradition, il travaillait à ses com­mentaires bibliques, à quelques pas de la grotte de la Nativité. Cette cellule, unique vestige remanié de l’ancien monastère construit par le saint, est trans­formée aujourd’hui en oratoire. On accède à l’ensemble de ces grottes par l’église Sainte-Catherine des Latins.

 

La basilique constantinienne

 

Par le pèlerin de Bordeaux (qui visita la Terre sainte en 333 [20]) et par Eu­sèbe de Césarée [21], nous savons qu’en 326 sainte Hélène vint présider en per­sonne les travaux de construction de la basilique de Bethléem. Le chantier, en­trepris sur l’ordre de son fils Constantin s’acheva en 333. Les ouvriers de Constantin firent un énorme travail de terrassement pour dégager la grotte et créer une esplanade artificielle en décapant la colline.

La basilique s’ouvrait par un atrium immense à quatre galeries couvertes. Le père Vincent, le célèbre archéologue dominicain du début du siècle, en a proposé une reconstitution. Un petit baptistère était situé dans l’angle extérieur Sud-Est.

L’entrée dans la basilique se faisait par trois grandes portes. Passé le seuil, c’était pour le pèlerin un éblouissement : Comment n’aurait-il pas été impres­sionné par ce grand vaisseau basilical à cinq nefs, inscrit dans un carré de vingt-sept mètres de côté ? Le plus beau était certainement l’alignement des quatre rangées de puissantes colonnes. Ce sont ces mêmes colonnes que nous admirons encore aujourd’hui avec leurs très purs chapiteaux corinthiens à trois ordres de feuilles d’acanthe et leurs grands fûts monolithes (de quatre mètres quarante-cinq de haut) taillés dans la pierre rose de Bethléem. Chaque rangée de colonnes supporte une lourde architrave très dépouillée, sans frise. Celles de la nef centrale sont surmontées d’un haut mur percé de baies qui monte jusqu’à la charpente.

Le plan et le style sont ceux des majestueuses basiliques civiles de la Rome impériale, caractérisées par la prédominance un peu froide des lignes droites et des plans horizontaux et verticaux. L’espace entre les colonnes n’est pas encore rythmé par ces suites d’arcades élégantes qui donnent tant de légè­reté et d’harmonie aux grandes nefs basilicales de la génération suivante (comme à Sainte-Sabine, à Rome) et aux vaisseaux romans.

Le chœur de la basilique constantinienne, dominant la grotte à la façon d’un diadème ou d’un baldaquin, était octogonal. Au centre, se dressait une pla­teforme légèrement surélevée et de forme ronde, d’environ quatre mètres de diamètre. Un oculus central entouré d’une balustrade crevait la voûte de la grotte, semble-t-il, et permettait aux pèlerins de jeter un regard à l’intérieur.

Le sol de la nef était plus bas qu’aujourd’hui. On a retrouvé, en 1932, à soixante dix centimètres sous le dallage de pierre actuel, le pavement de mo­saïque originel (ou légèrement postérieur [22]). Plusieurs mètres carrés en ont été dégagés dans la nef centrale. C’est un somptueux tapis polychrome d’une grande richesse de teintes. De grands motifs carrés se succèdent, composés de petits panneaux où des fruits et des oiseaux s’inscrivent dans un décor d’entre­lacs et de volutes figurant l’acanthe ou la vigne. Ce pavement est d’une rare qualité d’exécution pour l’époque, utilisant des cubes plus fins que la moyenne ordinairement employée.

Malheureusement, nous ne savons pas comment les murs de la basilique de Constantin étaient décorés, car l’ensemble du décor mural conservé aujourd’hui remonte à l’époque des croisés.

 

 

Saint Jérôme à Bethléem

 

Privé de son protecteur par la mort du pape saint Damase, saint Jérôme, en butte à de graves difficultés et méchamment calomnié, quitta Rome pour l’Orient en juillet 385.

L’année suivante, au terme d’un périple à travers la Palestine et l’Égypte, il vint s’installer à Bethléem, accompagné de sainte Paula et des jeunes religieuses romaines qui l’entouraient. Il trouva là, aux portes du désert, le havre de paix qu’il cherchait. A Rome, « la marmite de Jérémie s’était mise à bouillonner et le sénat des Pharisiens à pousser des glapissements, […] comme si le signal de la lutte doctrinale contre moi avait été donné. […] Après la chaumière de Romulus et les Lupercales, j’ai contemplé l’hôtellerie de la Vierge et la grotte du Sei­gneur [23]. »

Il édifia, au flanc Nord de la basilique (là où se trouve aujourd’hui le cou­vent franciscain) un monastère d’hommes et le pourvut d’une tour de défense. On ignore en revanche où Paula et ses filles construisirent leur propre monas­tère qui fut achevé en trois ans. On le situe ordinairement à courte distance, au Sud de la basilique, à l’emplacement des couvents grecs et arméniens actuels. Mais peut-être était-il au champ des bergers [24].

Durant les travaux de construction des deux monastères, Jérôme, qui avait rassemblé ses livres, continuait à travailler. Il étudiait l’hébreu, accumulait les manuscrits, multipliait les conférences bibliques aux moniales de Paula, rédi­geait des commentaires et travaillait aux grandes traductions de ce qui devien­dra la Vulgate.

C’est de cette époque que datent en effet ses commentaires de l’Ecclé­siaste et des épîtres de saint Paul, bientôt suivis de l’explication des petits pro­phètes. Plus tard, après 407, il clôturera ses travaux d’exégèse par les commen­taires sur les grands prophètes qui sont les meilleurs de tous ses commentaires.

Mais surtout, il se mit, vers 390-392 – on ne connaît pas la date exacte –, au grand œuvre de sa vie : la traduction de l’ancien Testament de l’hébreu en latin. Il n’affronta pas cette tâche du premier coup ; il entreprit d’abord des tra­vaux d’approche, notamment une nouvelle révision du psautier latin [25] (vers 388). Il révisa encore Job, les Proverbes, le Cantique, les Paralipomènes… Mais, arrivé aux prophètes, ayant constaté la nécessité d’une vraie traduction faite sur l’original si l’on voulait que les Latins disposent d’une version exacte et fidèle de l’ancien Testament, il laissa les révisions et se mit à traduire directement, sans prêter attention aux critiques qui ne lui furent pas épargnées :

 

Ce Christ, plus vous l’aimerez, ô Paula et Eustochium, plus vous lui deman­derez qu’en compensation des épreuves présentes que me font subir les ennemis qui me déchirent, je reçoive de lui une récompense future. Il sait quelle sueur j’ai répandue sur cette route de l’érudition linguistique afin que les juifs cessent pour longtemps d’insulter l’inexactitude de la Bible usitée dans son Église [26].

 

Pour que son travail soit meilleur, il recourut à des rabbins, se procura des manuscrits hébreux qu’il recopiait lui-même, consulta les versions, spécia­lement la Septante et les versions grecques d’Aquila, de Symmaque et de Théo­dotion, telles qu’il les trouvait dans les Hexaples d’Origène. La tâche dura jusqu’en 405. Voici comment le pèlerin Postumianus a décrit le labeur acharné du solitaire de Bethléem : « Toujours, il est tout entier à la lecture, tout entier aux livres. Ni jour, ni nuit, il ne se repose. Il est toujours à lire ou à écrire. »

Il en est sorti ce monument de gloire qu’est la Vulgate, fruit de son amour passionné pour l’Écriture et de son génie personnel, comme l’a solennellement déclaré le pape Benoît XV :

 

La lecture assidue de l’Écriture, l’étude approfondie et très attentive de chaque livre, voire de chaque proposition et de chaque mot, lui ont permis de se familiari­ser avec le texte sacré plus qu’aucun autre écrivain de l’antiquité ecclésiastique. Si, de l’avis de tous les critiques impartiaux, la version de la Vulgate établie par notre docteur laisse très loin derrière elle les autres versions anciennes, parce qu’on es­time qu’elle rend l’original avec plus d’exactitude et d’élégance, cela est dû à cette connaissance de la Bible alliée à un esprit très fin [27]

 

Effectivement, la traduction de saint Jérôme est toujours de bonne qua­lité ; elle brille par sa fidélité [28], mais cette fidélité n’empêche pas l’élégance. Ce n’est pas le moindre mérite de cette traduction que de constituer un chef-d’œuvre au point de vue littéraire. Comme Augustin, Jérôme est un maître de la prose latine chrétienne. Son génie l’a même poussé, « par fidélité à l’hébreu, à user d’un latin poétique, étrange, hébraïsé jusque dans sa grammaire et son rythme, qu’il a puisé en grande partie dans la langue populaire de la vieille ver­sion latine. Langue nouvelle pour lui, que ne laissait prévoir ni le style classique de ses lettres, ni le latin des grands écrivains chrétiens : Ambroise, Augustin, Paulin de Nole [29]. » Ce latin de la Vulgate est la mère du latin liturgique et sco­lastique et des langues romanes. Rémy de Gourmont l’a appelé « le latin mys­tique » : « Cette langue rigoureusement neuve, le texte latin de la Vulgate la contient toute et c’est là que vinrent l’un après l’autre puiser tous les écrivains mystiques, et cette langue est au latin classique ce que Notre-Dame est au Par­thénon [30]. »

Quel autre traducteur a mené à bout une entreprise aussi importante, avec un tel succès et des conséquences aussi étendues dans le temps et dans l’espace ? La Vulgate de saint Jérôme, qu’un décret du concile de Trente or­donne de tenir pour authentique [31] et de suivre dans l’enseignement et la litur­gie, a été consacrée par le long usage qu’en a fait l’Église romaine ; elle est de­venue non seulement la version officielle de l’Église latine, mais l’un des plus grands trésors de la chrétienté. Ce n’est pas la moindre des grâces de Bethléem.

 

 

La restauration justinienne de la basilique

 

Les transformations du VIe siècle

 

Un récit transmis par Eutychius, patriarche d’Alexandrie vers 875, nous apprend qu’en 529, sous le règne de l’empereur Justinien [32], les Samaritains de Palestine se révoltèrent, pillèrent et incendièrent de nombreuses églises et mas­sacrèrent beaucoup de chrétiens dont l’évêque de Naplouse. L’empereur, alerté, écrasa les séditieux. Le patriarche Pierre de Jérusalem chargea alors le célèbre moine saint Sabbas d’obtenir des subsides du prince pour relever les édifices de Palestine détruits ou détériorés, au nombre desquels se trouvait la basilique de Bethléem qui avait souffert de la révolte.

Sur ordre de Justinien, la basilique de la Nativité fut donc restaurée en 531. Elle n’a pratiquement plus été modifiée depuis, et c’est donc cette église restaurée que nous admirons encore aujourd’hui.

La nef fut allongée de quelques mètres au détriment de l’atrium [33] et pré­cédée d’un narthex percé de trois portes rectangulaires que les croisés trans­formeront en ouvertures ogivales, et qui correspondent aux portes de l’édifice intérieur. L’austère façade justinienne se devine encore sous les gros contreforts extérieurs rajoutés tardivement qui bloquent désormais deux des trois ouver­tures.

A l’intérieur, on rehaussa le sol de plus d’un demi-mètre, cachant les socles cubiques qui supportent les colonnes [34]. Le pavement de mosaïques fut ainsi enfoui et remplacé par un dallage de pierre.

Mais surtout, l’architecte de Justinien transforma le sanctuaire : conformé­ment aux goûts nouveaux ou pour répondre aux usages liturgiques, il créa un transept dont chaque bras se termine en abside, et il dilata le chevet qu’il cou­ronna par une abside identique à celles du transept.

Il faut reconnaître que le résultat est du plus heureux effet [35] (même si, aujourd’hui, la clôture du chœur grec empêche de bien voir l’ensemble archi­tectural). Le patriarche saint Sophrone de Jérusalem (603-604) a d’ailleurs chanté en vers « la splendeur des trois absides, […] les colonnes aux reflets d’or, […] les tableaux de mosaïques si habilement réalisés, […] les plafonds aux dé­corations brillantes comme les astres [36]. »

 



La seule basilique de Terre sainte

conservée depuis l’origine

 

La basilique de la Nativité a eu la rare fortune d’échapper aux dévasta­tions des Perses, puis des Arabes. De ce fait, elle est l’une des plus vieilles, sinon la plus vieille église de la chrétienté entièrement conservée.

Une lettre synodale de 836, relative à la querelle des images, rapporte en quelles circonstances les soldats perses de Chosroès épargnèrent le sanctuaire en 614 :

 

La bienheureuse Hélène […] orna les Lieux saints d’images vénérées. A Beth­léem, elle éleva le grand temple de la mère de Dieu et, au couchant, dans la partie extérieure, elle fit représenter en mosaïque la naissance du Christ, la mère de Dieu portant sur sa poitrine l’enfant qui apporte la vie, et l’adoration des mages. Quand les Perses impies dévastèrent toutes les villes de l’Empire romain et de la Syrie, […] à leur arrivée à Bethléem, ils virent avec étonnement les images des mages persans, observateurs des astres, leurs compatriotes. Par respect et par affection pour leurs ancêtres, les vénérant comme s’ils étaient vivants, ils épargnèrent l’église [37].

 

Les rois mages avaient protégé la crèche de la fureur du nouvel Hérode comme ils avaient jadis sauvé l’Enfant.

De la même manière, en 638, les cavaliers d’Allah, qui détruisirent pour­tant le village, respectèrent la basilique. Le patriarche Eutychius d’Alexandrie, décrivant l’entrée du calife Omar à Bethléem, après la reddition de Jérusalem, raconte qu’à l’heure de la prière, Omar pria dans l’abside Sud et qu’il autorisa les musulmans à venir y prier, mais un à un. Au IXe et au Xe siècle, ils y vien­dront en groupe. Cependant, même les énergumènes du calife Hakim, qui dé­truisirent en 1009 tant de sanctuaires en Terre sainte, passeront à Bethléem sans rien détériorer.

 

 

Bethléem croisée

 

La ville des sacres royaux

 

Enfin, arrivèrent les Croisés. De cet événement, les chroniqueurs du Moyen Age nous ont transmis des récits pleins de charme et d’enthousiasme chrétien.

Albert d’Aix raconte que Godefroi de Bouillon, arrivé avec l’armée croisée à Emmaüs (al-Qoubeibah) le 6 juin 1099, reçut une délégation de Bethléémi­tains venus le supplier de presser sa marche, car les Fatimides occupant Jérusa­lem les menaçaient de représailles. Le chef des Francs dépêcha immédiatement vers Bethléem une avant-garde de cavalerie sous les ordres de son cousin Bau­douin du Bourg et de Tancrède. Ayant galopé toute la nuit, les cavaliers entrè­rent dans Bethléem à l’aube. La population chrétienne laissa exploser sa joie. « Tous, tant de rite grec que de rite syriaque, sortirent en procession avec leurs croix et leurs Évangiles, pleurant de joie et chantant des cantiques pour recevoir les libérateurs accourus du fond de l’Occident [38]. »

Résumant les récits du temps, Guillaume de Tyr [39] écrit :

 

A procession les menèrent en l’église qui siet en leu [lieu] où la glorieuse mère [de] Jhesu enfanta le Sauveur du monde, et virent la crèche où fu mis reposer li dous enfanz qui fist le ciel et la terre. Li citoien de la ville, pour signe de joie et par demostrance que Dieus et Nostre Dame donroient [donneraient] à nostre gent victoire, pristrent la bannière [de] Tancré [Tancrède] et la mistrent en haut sur l’église à la mère [de] Dieu [40]

 

Le même jour, l’armée franque arrivait devant Jérusalem.

On devine ce que fut la première Noël célébrée par les Croisés dans l’antique basilique :

 

Quant la haute feste de la Nativité [de] Jésuscrist aproucha, tuit [tous] li ba­ron et li prélat issirent [allèrent] de Jhérusalem et vindrent en Beteléem ; et là fu­rent au Noël. Mout regardoient volentiers la sainte crèche où li Sauverres du monde just entre les bestes. Volentiers firent leur oroisons au destour qui est aussi come une petite fosse où la douce dame, qui fu vierge après son enfantement, en­veloppa d’un drapelet son fill et aleta du let de son piz [41]

 

Bethléem devint la cité des sacres. En souvenir du sacre de David, les rois de Jérusalem vinrent y recevoir l’onction et la couronne que Godefroi de Bouillon n’avait pas voulu porter. C’est dans la nuit de Noël 1100 que Baudoin, le premier, se fit sacrer dans la basilique [42].

Le passage des Francs a fortement marqué la petite cité pour des siècles, et cela, jusque dans le costume des femmes de Bethléem : les jours de fête, les chrétiennes palestiniennes étaient encore nombreuses il n’y a pas si longtemps à porter un costume inspiré de celui des femmes du Moyen Age, tout spéciale­ment la chatouch – une sorte de hennin blanc.

 

Le décor intérieur de la basilique

 

Les croisés donnèrent aux abords de la basilique de Bethléem l’aspect de forteresse qu’ils ont conservé.

Au flanc Nord, ils édifièrent le monastère fortifié des chanoines réguliers de Saint-Augustin qui deviendra, en 1347, le couvent des franciscains. Il com­prenait une église dédiée à sainte Catherine (reconstruite au XIXe siècle, elle sert de paroisse catholique à Bethléem) et un joli cloître roman que le voyageur peut encore admirer. Côté Sud, les Francs élevèrent une imposante tour de dé­fense que les Grecs transformèrent plus tard en couvent à leur usage. Enfin, au Sud-Ouest, longeant la vaste place où se dressait jadis l’atrium de Constantin, les croisés construisirent l’évêché, devenu aujourd’hui le couvent des Arméniens.

Depuis, les trois confessions qui ont hérité de ces édifices les ont surmon­tés chacun d’un clocher distinct.

 

A l’intérieur de la basilique, la décoration fut entièrement renouvelée. De 1160 à 1169 [43], grecs et latins s’entendirent pour réaliser à cet effet une œuvre commune.

Les murs de la nef centrale furent couverts de somptueux panneaux de mosaïques, en grande partie détruits malheureusement. L’artiste réalisateur, peut-être même concepteur de ce vaste programme décoratif, a laissé son nom écrit en latin – « Basilius pictor » – mais aussi en syriaque – tsar basil mshm, ce qui veut dire : « le diacre Basile a fait ». C’est un ensemble réparti sur trois niveaux qui illustre et symbolise à merveille tout ce que représente la basilique de la Nativité et le mystère qu’elle abrite.

Situés entre les baies supérieures, dans le registre le plus élevé par consé­quent – le plus près du ciel –, de grands anges élancés marchent vers l’Orient, c’est-à-dire vers la grotte. Ils font penser à la troupe de la milice céleste dont parle saint Luc et qui chanta pour les bergers la joie de Noël : « Un Sauveur vous est né… Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Lc 2, 14).

Le bandeau du milieu, le plus large des trois, représente en alternance des ornements de branchages en enroulement – très semblables aux « candélabres » orfévrés des mosaïques omeyyades du Dôme du Rocher, à Jérusalem –, et une représentation symbolique des anciens conciles qui ont traité de christologie. Chaque concile est figuré par un autel ou un pupitre drapé, encadré de chande­liers et portant un livre richement relié, disposé sous un arc parfois agrémenté de maisons stylisées (pour symboliser les villes qui abritèrent les assemblées synodales). Le texte grec (latin pour Nicée II) inscrit en dessous ou au-dessus des pupitres, rappelle le motif de la convocation et la doctrine définie.

Sur le mur Nord, sont ainsi figurés plusieurs synodes provinciaux [44]. Au Sud, ce sont les sept premiers conciles œcuméniques : Nicée (en 325), Constantinople (381), Éphèse (431), Chalcédoine (451), Constantinople II (553), Constantinople III (680), Nicée II (787). Ces deux séries sont rangées par ordre chronologique, d’Est en Ouest, c’est-à-dire depuis la grotte située sous le chœur, qui marque évidemment l’année de la naissance de Jésus-Christ. Après l’hommage des anges, c’est donc l’hommage de l’Église et de son magistère so­lennel qui est ainsi rendu à la personne du Verbe incarné, vrai Dieu et vrai homme.

Enfin, en bas, les mosaïstes ont représenté les bustes des ancêtres du Christ. Les portraits du côté Nord reproduisaient la généalogie de Jésus selon saint Luc : quelques noms seulement sont encore visibles. En face, les bustes auréolés des ancêtres du Christ de la généalogie de saint Matthieu se sont mieux conservés et l’on peut toujours lire les noms d’Azor, Sadoc, Achim, Éléa­zar et Matthan. Dans cette partie du décor la plus proche du sol se trouve donc affirmée l’ascendance humaine du Christ, « fils de David » et « fils d’Abraham ».

 

Il ne reste pas grand chose, hélas, des mosaïques des absides. Quelques parties d’une Transfiguration sur le Thabor, d’une Entrée à Jérusalem (Rameaux), d’une Apparition à l’apôtre Thomas et d’une Ascension. D’autres scènes de l’Évangile s’y ajoutaient, qu’évoquent les récits des anciens pèlerins. L’abside méridionale notamment, était ornée d’une splendide Nativité qui a dis­paru. Les dommages du temps et le manque d’entretien ont eu raison de toutes ces compositions.

 

Enfin, les grandes colonnes de calcaire rougeâtre de la nef reçurent éga­lement une décoration propre : peintes à l’encaustique et aujourd’hui très effa­cées, des figures de saints d’Orient et d’Occident ornaient quarante quatre fûts de ces colonnes. On aperçoit encore vaguement les silhouettes des saints moines Sabas, Euthyme, Onuphre, etc., ou de quelques princes chrétiens : Théodose, Canut de Danemark, Olaf de Norvège, etc. Ces figures dressées comme des sentinelles en avant de la grotte, incarnent l’Église militante, les té­moins et les défenseurs historiques de la sainteté et de l’Évangile du Dieu fait homme.

 

Au XIIIe siècle, des portes en ogive vinrent remplacer les portails byzan­tins. Le narthex fut compartimenté en trois et, dans l’angle Nord, on implanta un solide clocher (on a retrouvé les cloches du XIIIe siècle en 1950). Deux ar­tistes arméniens posèrent la belle porte intérieure en bois sculpté qu’on voit en­core à l’entrée de la basilique, portant deux inscriptions en arabe et en armé­nien avec la date de 1226.

 

 

La domination musulmane

et l’occupation grecque

 

Après le désastre de Hattin, en 1187, le royaume franc s’écroula. Grâce à l’accord passé entre Richard-Cœur-de-Lion et Saladin, les pèlerins chrétiens pu­rent toutefois continuer de venir à Bethléem et une présence sacerdotale fut maintenue.

Mais, faute d’entretien, la basilique se détériora peu à peu. La façade exté­rieure du narthex menaçant de s’écrouler, on la renforça bientôt par de gros contreforts.

Plus tard, les cavaliers turcs ayant pris l’habitude de rentrer à cheval dans l’église, les chrétiens obstruèrent l’entrée en une nuit, dit-on, pour ne laisser que l’actuelle ouverture minuscule qui oblige le visiteur à se courber. Cela n’est pas sans suggérer qu’il faut se faire petit pour approcher l’Enfant-Dieu.

Jusqu’en 1634, les Latins conservèrent l’usage de l’autel de la Nativité dont ils furent alors dépouillés au profit des Grecs. Il ne leur sera rendu qu’en 1689, sur les énergiques représentations de Louis XIV au sultan de la Sublime Porte. Mais, au milieu du XVIIIe siècle, un grave incident opposa Grecs et Latins : huit prêtres franciscains furent tués. Depuis ce temps, la basilique est définitivement passée sous contrôle grec. Il faut dire que cela lui a été très préjudiciable : mal­gré quelques restaurations, l’absence d’entretien a provoqué des détériorations irrémédiables. Ce n’est que depuis peu que la conservation du sanctuaire fait l’objet de soins méticuleux.

Enfin, suite à un incendie dans la grotte, en 1873, le maréchal de Mac-Mahon offrit une toile d’amiante qui tapisse les parois de la grotte et lui donne, à ce jour, un aspect pitoyable et délabré que ne peuvent complètement mas­quer les tentures qui encadrent les autels de la nativité et de la crèche. La pau­vreté et le dénuement n’ont pas déserté la crèche de l’Enfant Jésus !

 

 

La grandeur du mystère de Noël

 

Pour terminer cette visite de Bethléem, revenons au mystère de l’Homme-Dieu en relisant la célèbre homélie de saint Léon le Grand que l’Église propose à notre méditation au cours des matines de la nuit de Noël. C’est l’un des plus beaux textes écrits sur le sujet :

 

1. Notre Sauveur, fils bien-aimés, est né aujourd’hui, réjouissons-nous ! Car il serait impie de laisser place à la tristesse en ce jour de naissance de la vie ; de la vie qui, détruisant la crainte de la mort, nous comble de la joie que donne l’éternité promise. Il n’est personne à qui soit refusé de partager cette allégresse, un seul et même motif de joie est commun à tous, car notre Seigneur, qui, venu détruire le péché et la mort, n’a trouvé parmi les hommes, personne qui fût libre de faute, est venu les libérer tous. Qu’exulte le saint, car il est près de recevoir la palme ; que se réjouisse le pécheur, car on l’invite au pardon ; que le païen prenne courage, car on l’appelle à recevoir la vie.

En effet, lorsque vint la plénitude des temps [Ga 4, 4] qu’avait fixée l’impéné­trable profondeur du conseil divin [Rm 11, 33], le Fils de Dieu prit la nature propre au genre humain afin de la réconcilier avec son auteur, en sorte que le diable, inventeur de la mort [Sg 2, 24], fût vaincu par cette nature même qu’il avait vaincue. Dans cette lutte engagée pour nous, le combat fut mené en se conformant au droit admirable et suprême de l’équité, car le Seigneur tout-puis­sant se mesura avec ce très cruel adversaire non dans sa majesté, mais dans notre humilité, lui opposant la même condition, la même nature que les nôtres, parta­geant notre mortalité tout en demeurant étranger à tout péché. Oui, cette nais­sance échappe à ce qui est écrit de tous les hommes : « Personne n’est sans souil­lure, pas même l’enfant qui n’a vécu qu’un seul jour sur la terre [Jb 14, 4-5]. » Rien donc dans cette naissance unique qui vienne de la concupiscence charnelle, rien qui découle de la loi du péché. De la race de David est choisie une vierge de sang royal qui, appelée à porter un rejeton sacré, concevrait dans son esprit avant que dans son corps cette divine et humaine descendance. […]

2. Le Verbe de Dieu, Dieu, Fils de Dieu, qui au commencement était avec Dieu, par qui toutes choses ont été faites et sans qui rien n’a été fait [Jn 1, 1-3], afin de délivrer l’homme de la mort éternelle, est donc devenu homme. Pour épouser la bassesse de notre condition sans que sa majesté en soit diminuée, il s’est abaissé de telle sorte que, demeurant ce qu’il était et assumant ce qu’il n’était pas, il unit la véritable condition de serviteur [Ph 2, 7] à cette condition dans laquelle il est égal à Dieu le Père, réalisant entre les deux natures une alliance si étroite que ni l’inférieure ne fût absorbée par cette glorification, ni la supérieure diminuée par cette assomption. Les propriétés de chaque nature restant donc sauves et se réunis­sant en une seule personne, la majesté se revêt d’humilité, la force de faiblesse, l’éternité de caducité ; pour payer la dette due par notre condition, la nature invio­lable s’est unie à une nature passible, vrai Dieu et vrai homme s’associant dans l’unité d’un seul Seigneur ; ainsi le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes [1 Tm 2, 5] put, comme 1’exigeait notre guérison, mourir en vertu d’une des deux natures et ressusciter en vertu de l’autre.

C’est donc à juste titre que l’enfantement du Sauveur ne porta aucune atteinte à l’intégrité virginale de sa mère ; car la mise au monde de celui qui est la Vérité fut la sauvegarde de sa pureté.

Une telle naissance, bien-aimés, convenait au Christ, puissance de Dieu et sa­gesse de Dieu [1 Co 1, 24], cette naissance par laquelle il s’adaptait à nous par l’humanité et l’emportait sur nous par la divinité. Si, en effet, il n’était pas vrai Dieu, il n’apporterait pas de remède ; s’il n’était pas vrai homme, il ne procurerait pas d’exemple. Aussi, à la naissance du Seigneur, les anges chantent-ils en liesse : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux », et proclament-ils « la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » [Lc 2, 14]. […]

3. Remercions donc, bien-aimés, Dieu le Père [Col 1, 12], par son Fils, dans l’Esprit-Saint, lui qui, à cause de la grande miséricorde dont il nous a aimés [Ep 2, 4], a eu pitié de nous, et, alors que nous étions morts par suite de nos pé­chés, nous a fait revivre par le Christ [Ep 2, 5], voulant que nous soyons en lui une nouvelle création [2 Co 5, 17], une nouvelle œuvre de ses mains. Dépouillons donc le vieil homme avec ses agissements [Col 3, 9], et, admis à participer à la naissance du Christ, renonçons aux œuvres de la chair [Ga 5, 19]. Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, après avoir été fait participant de la nature divine [2 P 1, 4], ne va pas retourner, par un comportement indigne de ta race, à ta pre­mière bassesse. Souviens-toi de quelle tête et de quel corps tu es membre [1 Co 6, 16]. Rappelle-toi qu’arraché à l’empire des ténèbres, tu as été transféré dans le royaume de Dieu et dans sa lumière [Col 1, 13]. Par le sacrement du bap­tême, tu es devenu le temple de l’Esprit-Saint [1 Co 6, 19] : ne va pas, par tes mauvaises actions, faire fuir loin de toi un tel hôte et te soumettre à nouveau à l’esclavage du diable ; ta rançon, c’est le sang du Christ [1 Co 6, 20], et il te jugera selon la vérité, celui qui t’a racheté selon sa miséricorde, lui qui règne avec le Père et l’Esprit-Saint dans les siècles des siècles. Amen [45].

 

 

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* — L’expression est du père Lagrange.

[1] — « Rachel mourut [en donnant le jour à Benjamin] et fut enterrée sur le chemin d’Éphrata – c’est Bethléem » (Gn 35, 19 et 48, 7). Cependant 1 S 10, 2 situe le tombeau de Rachel « sur la frontière de Benjamin », près d’une bourgade nommée aussi Rama (l’actuelle Râm) et située à 9 km au Nord de Jérusalem, non loin du territoire d’Éphraïm. C’est pour cette raison que plusieurs exégètes situent la prophétie de Jérémie (31, 15) au Nord de Jérusalem. Mais alors, l’application de ce texte faite par saint Matthieu aux saints innocents de Bethléem ne se comprend plus.

[2] — Super Evangelium S. Matthæi lectura, 5e éd., Rome, Marietti, 1951, p. 29.

[3] — Athanase saint, Epistola encyclica, I ; PG 25, 224. Cité par Dom de Monléon, Josué et les Juges, Paris, éd. de la Source, 1959, p. 287.

[4] — Ces jours antiques (antiques par rapport au temps du Messie) désignent les jours glorieux du roi David. Mais la Vulgate les applique à l’origine éternelle, c’est-à-dire divine, du Messie (« …et egressus eius ab initio, a diebus æternitatis »).

[5] — Pour les Israélites, l’avènement du Messie marquera la fin de l’épreuve (à condition, bien sûr, qu’ils le reçoivent).

[6] — Mi 5, 1-3.

[7] — On remarquera que la citation de saint Matthieu, qui n’est, strictement, ni tirée du texte hébreu ni de la version de la Septante, en disant : « tu n’es nullement le moindre des clans de Juda », énonce le contraire du texte de Michée tel que nous le connaissons. Le père Carmignac y voit un exemple de sémitisme de transmission. Selon lui, la différence des deux textes pourrait bien être à l’avantage de saint Matthieu qui, retraduit en hébreu, rétablirait le texte original de Michée, tronqué (avant la traduction grecque de la LXX) par suite d’un saut visuel de copiste (la négation « nullement » aurait sauté). Saint Matthieu aurait connu le texte non tronqué.

[8] — Super Evangelium S. Matthæi lectura, 5e éd., Rome, Marietti, 1951, n. 183, p. 29.

[9] — Prologue au commentaire sur l’Ecclésiaste et Lettre 58.

[10] — L’abbé Adomnan, dans son ouvrage Des Lieux saints, rédigé d’après le récit de pèlerinage de l’évêque Arculfe (vers 680), écrit : Bethléem « est située sur une arête étroite, entourée de toutes parts par des vallées. Cette arête s’étend d’Ouest en Est sur près de mille pas » (Livre II, 1, 2-3. Cité dans Maraval Pierre, Récits des premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient (IVe-VIIe siècle), Paris, Cerf,1996, p. 260).

[11] — Cette solution est plus conforme au témoignage de saint Justin qui parle de « grotte voisine de Bethléem ». Voir plus loin.

[12] — Voir les Dossiers d’Archéologie, nº 240, janvier-février 1999, p. 74.

[13]Lettre 46, 12 (« Sur les Lieux saints »). Traduction de J. Larbourt, in Saint Jérôme, Lettres, Paris, Belles Lettres, 1951, t. II, p. 112. Cette lettre a sans doute été rédigée par Jérôme lui-même.

[14] — La présence d’une grotte servant d’étable n’a rien d’original à Bethléem. Il y a beaucoup de grottes dans la région, et les paysans les utilisaient encore comme étable ou comme annexe de leur maison il y a peu de temps.

[15] — « Celui qui habitera dans les hauteurs, les roches escarpées seront son refuge » (Is 33,16).

[16] — Le culte de Mithra était très répandu dans l’Empire romain, principalement par les militaires venus d’Orient. Les adeptes se réunissaient dans des grottes pour l’initiation, les sacrifices et les banquets. Le Diable est le singe de Dieu !

La citation de saint Justin est tirée de Justin martyr, Œuvres complètes, coll. Bibliothèque Migne, Paris, Brépols, 1994, p. 224.

[17]Lettre 58.

[18]Analecta Maredsolana, III, 2, p. 393.

[19]Lettre 46, 11. Belles Lettres, ibid., p. 111.

[20] — « Bethléem, où est né le Seigneur Jésus-Christ : une basilique y a été faite sur l’ordre de Constantin (ibi basilica facta est iussu Constantini) », Itinera Terræ sanctæ. Traduit et présenté dans Récits des premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient (IVe-VIIe siècle), par Pierre Maraval, Paris, Cerf,1996, p. 35.

[21] — Dans son De laudibus Constantini écrit en 335 et sa Vita Constantini.

[22] — Les spécialistes le datent plutôt du Ve siècle.

[23] — Préface à la traduction latine du Traité du Saint-Esprit de Didyme l’Aveugle.

[24] — Le champ des bergers (Beith Shour), à l’Ouest de Bethléem, où la tradition situe l’apparition des anges aux bergers (Lc 2, 8-15), est propriété franciscaine. Pierre Diacre (Les Lieux saints, l. 1., cité dans Maraval, ibid., p. 61) y signalait déjà « l’église qu’on appelle Aux bergers, […] un grand jardin clos de murs, et une grotte très belle avec un autel » Des fouilles du père Corbo ont mis à jour les vestiges d’un sanctuaire byzantin du IVe siècle, transformé au Ve (monastère ?) et restauré au VIIe siècle après l’invasion perse. Plusieurs grottes naturelles ont été retrouvées. Une chapelle moderne en forme d’étoile a été construite pour marquer le lieu où les anges apparurent aux bergers. Ce lieu est également donné comme étant l’ancien champ de Booz où Ruth vint glaner.

[25] — Il avait déjà fait en 384, à Rome, une première révision du psautier latin de la vetus Itala à partir du texte grec de la Septante. Pour cette deuxième révision de 388 (appelée « psautier gallican » et qui sera incorporée à la Vulgate), il s’aida des Hexaples d’Origène (sur six et parfois huit colonnes, Origène avait retranscrit, outre le texte hébreu de l’AT, de nombreuses versions grecques parmi lesquelles la Septante, recopiée avec un appareil critique). Plus tard (date incertaine, entre 392 et 405), saint Jérôme traduisit entièrement les psaumes en latin à partir de l’hébreu (c’est ce qu’on appelle le Psalterium Hebraicum ou ex Hebræo).

[26] — Préface à Isaïe.

[27] — Encyclique Spiritus Paraclitus du 15 septembre 1920.

[28] — Les livres historiques et Job sont, de l’avis général, les mieux traduits. Cependant, pressé par le temps, saint Jérôme dut parfois se hâter, spécialement pour les parties traduites sur l’araméen : Judith traduit en une nuit, Tobie en un jour, dit-il lui-même. Mais ce furent là des exceptions.

[29]Saint Jérôme par Jean Steinmann, Paris, cerf, 1985, p. 210.

Dans la préface du livre III de son commentaire sur les Galates, saint Jérôme s’est comme excusé de la « simplicité » de son latin par comparaison avec la langue châtiée des rhétoriciens païens dont il s’était coupé. Sa confidence s’applique à la Vulgate : « Vous le savez, depuis plus de quinze ans, je n’ai repris en main ni Cicéron ni Virgile ni aucun auteur profane. S’il m’arrive de les citer, c’est comme le souvenir d’un ancien songe, qui m’apparaît dans un brouillard. Mes progrès en hébreu, dus à cet effort infatigable, j’en laisse juges les autres, mais je sais ce que j’ai perdu dans ma propre langue. Ajoutez-y l’infirmité de mes yeux, la faiblesse de mon corps. Je n’écris pas moi-même. Comment corriger la pesanteur du discours, par le travail et le poli du style, on le sait par Virgile, qui léchait ses livres comme une ourse ses petits. J’en suis réduit à un secrétaire auquel je dicte ce qui me vient aux lèvres. Si je veux réfléchir un peu pour améliorer mon explication, son silence me le reproche. Il crispe la main, fronce les sourcils, et me fait comprendre qu’il perd son temps… »

Mais, quoi qu’il en dise, en y perdant « dans sa propre langue » classique, saint Jérôme y a beaucoup gagné pour notre avantage et notre bonheur !

[30] — Cité dans Steinmann, ibid., p. 211.

[31] — Décret du 8 avril 1546 (session IV ; DS 1506) : « De plus le même saint Concile a considéré qu’il pourrait être d’une grande utilité pour l’Église de Dieu de savoir, parmi toutes les éditions latines des livres saints qui sont en circulation, celle que l’on doit tenir pour authentique : aussi statue-t-il et déclare-t-il que la vieille édition de la Vulgate, approuvée dans l’Église même par un long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les leçons publiques, les discussions, les prédications et les explications, et que personne n’ait l’audace ou la présomption de la rejeter sous quelque prétexte que ce soit. »

[32] — 527-565.

[33] — On ne sait pas à quelle époque l’atrium fut détruit.

[34] — Le père Vincent pensait que ce rehaussement visait peut-être à faire reposer les colonnes sur des bases plus solides sans gêner la circulation entre les nefs par la création de stylobates.

[35] — On prétend pourtant que Justinien, mécontent, fit périr l’architecte.

[36] — PG 87, 3.

[37] — DBS, article « Bethléem », col. 974.

[38] — Grousset René, d’après la chronique de Foucher de Chartres (Histoire des Croisades et du royaume franc de Jérusalem, t. I, Paris, Perrin, 1991, p. 151).

[39] — Guillaume de Tyr (1130-1186), a vécu presque toute sa vie à Jérusalem au temps du royaume franc. Il commença d’écrire vers 1170 une longue histoire du royaume latin, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, appelée improprement Chronique, à la demande du roi de Jérusalem. Pour rédiger cet ouvrage, il puisa dans les nombreux récits de la première croisade. Il fut élu archevêque de Tyr en 1175.

[40] — Traduction de Guillaume de Tyr en vieux français du XIIIe siècle (l’original est en latin) telle qu’elle figure dans les manuscrits édités par Paulin Paris. Texte cité dans Grousset, ibid., p. 151-152.

[41] — Id., ibid., p. 193-194.

[42] — « L’an 1100 […] Baudouin fut consacré le jour de la Nativité du Seigneur dans l’église de Bethléem, en présence du clergé et du peuple, des prélats des églises et des princes du royaume, il reçut l’onction de roi de la main du seigneur Daimbert, patriarche, et fut solennellement couronné du diadème royal. » (Guillaume de Tyr, Chronique, Livre X, 9. Traduit du latin par M. Zerner, dans : Croisades et pèlerinages, coll. Bouquins, Paris, R. Laffont, 1997, p. 529).

[43] — Inscrite sur le décor mural, se trouve la date de 6607, qui est à calculer d’après l’ère byzantine de la création, située en 5508 avant Jésus-Christ. Les noms de l’évêque latin de Bethléem, Raoul, et du Comte de Jérusalem, Amaury, joints au nom de l’empereur grec, Manuel Comnène, se lisent à côté en caractères grec et latin. Pour plus de détails, voir Dossiers d’Archéologie nº 240, janv.-fév. 1999.

[44] — Antioche (en 272), Sardes (en 347), Ancyre (en 314), Gangres et Laodicée (IVe siècle), Carthage.

[45] — Léon le Grand saint, « Premier sermon en la Nativité du Seigneur » (Sermon XXI). Traduction Sources chrétiennes nº 22 bis, Paris, Cerf, 1964, p. 67 sq.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 35

p. 8-29

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