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+ École chrétienne renouvelée

L’éducation des filles

 

 

Paru en 1958 aux éditions Téqui, cet ouvrage du R.P. Calmel O.P. (1914-1975) a été réédité par la même maison en 1990 (simple réédition offset). C’est opportun. La question scolaire est plus que jamais la préoccupation des parents catholiques. Le R.P. Calmel donne ici les grands prin­cipes de l’éducation des jeunes filles, tels qu’ils continuent à être appliqués en par­ticulier dans les écoles des religieuses dominicaines de Brignoles et de Fanjeaux.

L’ouvrage concerne aussi bien les en­seignants que les parents soucieux de la bonne éducation de leurs enfants [1]. Sa lecture en est recommandée après l’article de M. l’abbé de la Tour, La reconquête dans nos écoles catholiques, paru dans Le Sel de la terre n° 38.

L’auteur prend pour référence l’ency­clique du pape Pie XI Divini illius magistri, du 31 décembre 1929, sur l’éducation chrétienne des enfants (également dispo­nible chez Téqui), qui est pour lui la charte des écoles catholiques. Parce qu’il s’appuie sur le magistère éternel de l’Église, son livre n’a pas vieilli. Il est même d’une étonnante actualité.

Donnons donc les grandes lignes de chacune des trois parties de l’ouvrage, les mettant en parallèle avec l’enseignement de Pie XI. Nous citerons largement le père Calmel dans cette recension.

 

Première partie :

l’institution et les maîtres

 

Le but d’une école catholique

 

« Le seul fait que [dans une école] se donne une instruction religieuse, ne suffit pas pour qu’elle puisse être jugée conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne et digne d’être fréquen­tée par les enfants catholiques, écrit Pie XI. Pour cette conformité, il est nécessaire que tout l’enseignement [2], toute l’ordon­nance de l’école, personnel, programmes et livres, en tout genre de discipline, soient régis par un esprit vraiment chré­tien [...] de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement. »

« Quel est le but d’une école catholique de filles ? » s’interroge le père Calmel. « Assurer le succès à un examen officiel de l’État laïc ne peut pas être la fin pri­mordiale des établissements qui se récla­ment de l’Église de Jésus-Christ. [...] Par l’enseignement d’abord, mais aussi par l’ensemble de la vie scolaire, par la prière et la liturgie, [le but d’une école catho­lique de jeunes filles est de] contribuer à former intégralement une femme chré­tienne. »

C’est ce que dit le pape Pie XI : « La fin propre et immédiate de l’éducation chré­tienne est de concourir à l’action de la grâce divine dans la formation du véri­table et parfait chrétien, c’est-à-dire à la formation du Christ lui-même dans les hommes régénérés par le baptême. »

 

Les maîtres

 

Évidemment, cela exige des qualités spéciales de la part des maîtres. « C’est moins la bonne organisation que les bons maîtres qui font les bonnes écoles, conti­nue Pie XI. Que ceux-ci [...] ornés de toutes les qualités intellectuelles et mo­rales que réclament leurs si importantes fonctions, soient enflammés d’un amour pur et surnaturel pour [les enfants] qui leur sont confiés, les aimant par amour pour Jésus-Christ et pour l’Église. »

Le père Calmel développe : « Tel maître ou telle maîtresse est vraiment chrétien, non seulement par son amour des enfants, mais dans sa pensée elle-même, dans sa manière même de faire voir le programme, de le reprendre et ré­organiser [...] Ils doivent former des chré­tiens. Ils ne sauraient y prétendre s’ils n’enseignaient pas chrétiennement les matières profanes. »

Cela exige des professeurs qu’ils soient pourvus non seulement d’un minimum de connaissances religieuses, mais aussi d’une philosophie chrétienne de l’homme. Il ne s’agit pas de mélanger ca­téchisme et enseignement profane, mais il suffit que le maître « se souvienne, à l’occasion de certaines questions, qu’une réponse décisive et universelle en a été fournie, formulée, victorieusement expo­sée par les philosophes et les théologiens, notamment par le Docteur commun de l’Église et de la chrétienté [...] Cela exige de repenser les programmes [3] en fonction des nécessités de la vie chrétienne, en vue d’une civilisation intégralement chré­tienne à susciter [...] Il importe de former des chrétiens et des chrétiennes qui, sans ignorer la civilisation actuelle, essaieront de la redresser. »

 

Deuxième partie :

l’éducation par l’enseignement

du maître

 

Il ne s’agit pas de former de purs cer­veaux, surtout chez les jeunes filles. Pie XI écrivait : « L’éducation chrétienne embrasse la vie humaine sous toutes ses formes : sensible et spirituelle, intellec­tuelle et morale, individuelle, domestique et sociale. »

Le père Calmel plaide donc pour une éducation intégrale et réaliste : « Vous sé­chez sur la formule du gaz butane ou vous  apprenez le maniement de l’appa­reil à dénoyauter les olives, mais êtes-vous capable de balayer proprement une chambre, de ranger des draps dans une armoire et d’apprêter chaque jour une cuisine potable avec les moyens du bord ? Commencez donc par savoir ce que vos grands-mères savaient, car, malgré que vous en ayez, c’est indispensable pour bien vivre [4]. »

Pour perdre l’humanité, Satan fait tout aujourd’hui pour faire oublier à la femme sa vocation d’être une autre Marie. Il est capital de faire comprendre aux jeunes filles la situation contre-nature et parfois infernale dans laquelle le monde mo­derne essaie de les mettre : « Que nos filles apprennent les sciences et les tech­niques dans la mesure qui convient ; mais que, pour commencer, elles soient coutu­rières, cuisinières et lavandières. Et qu’elles aient de l’esprit ; c’est encore plus important et ça se tient. Non pas un esprit bourré, ou pointu, mais de l’esprit, c’est-à-dire qu’elles y connaissent quelque chose au monde et à la vie, qu’elles y connaissent le bien et le mal, le vrai bien et le vrai mal, le noble et le vil, et que, pour le connaître, elles aient fréquenté ces auteurs qui savaient (apparemment) ce qu’il y a dans l’homme [...] C’est donc une évidence que l’école chrétienne des filles ne consiste pas en une classe de doc­trine chrétienne additionnée d’une classe de français, à laquelle s’ajoute une classe de mathématiques, que couronne enfin une classe d’histoire et quelques exercices de gymnastique : le tout ayant été entre­lardé de langues et de sciences. L’école chrétienne ne consiste pas dans la présen­tation de matières juxtaposées mais dans la présentation d’une même vérité, en­tière, belle et cohérente, qui est la nourri­ture constante des maîtresses, et qu’elles communiquent avec un enthousiasme se­rein, à travers les diverses disciplines, dont elles respectent cependant les exi­gences propres. »

 

Le père Calmel trace ensuite les grandes lignes de ce que devraient être, dans cet esprit : le cours de doctrine chré­tienne, l’enseignement des sciences, du français, des lettres, de l’Écriture sainte, de la philosophie, du latin, les cours des petites classes. Chaque maîtresse peut puiser ici les conseils nécessaires pour orienter sa classe dans un esprit vraiment catholique.

 

Troisième partie :

l’éducation par le témoignage

des maîtres.

 

L’exemple des enseignants.

 

Encore que l’enseignement soit l’œuvre directe de l’intellect, il est com­muniqué par la personne tout entière. Pie XI, nous avons vu, insiste sur les qualités morales que doivent posséder les ensei­gnants.

Aujourd’hui et plus encore qu’autre­fois, écrit le père Calmel, « il est demandé aux maîtresses et aux maîtres chrétiens un exemple de vie et de religion qui vienne de beaucoup plus loin que les conventions et les convenances, qui jail­lisse réellement de la vie dans le Christ [...] Si les enseignantes comprennent à quelle profondeur certaines de leurs en­fants ont déjà rencontré le mal, elles vou­dront, elles, rencontrer la religion et la vertu à la même profondeur pour per­mettre à leurs enfants d’espérer qu’un remède existe, qu’elles peuvent être gué­ries jusque-là. »

 

L’exemple des parents.

 

Le père Calmel aborde alors l’impor­tante question de la collaboration entre l’école et la famille.

« La famille, écrit Pie XI, reçoit immé­diatement du Créateur la mission [...] de donner l’éducation à l’enfant. [...] Le premier milieu naturel et nécessaire de l’éducation est la famille. [...] De règle donc, l’éducation la plus efficace et la plus durable sera celle qui sera reçue dans une famille chrétienne et bien or­donnée et bien disciplinée, et son effica­cité sera d’autant plus grande qu’y brille­ront plus clairement et plus constamment les bons exemples, surtout des parents, puis des autres membres de la famille. » Le pape faisait déjà la constatation en 1929 que « beaucoup de parents, au­jourd’hui, sont peu ou pas du tout prépa­rés  à cette tâche de l’éducation. »

La famille étant la première respon­sable de l’éducation de l’enfant, l’école ne peut, en tous cas, se refermer sur elle-même, mais une étroite collaboration doit s’installer entre elle et la famille, explique le père Calmel. Pie XI écrivait que « l’école est, de sa nature, une institution auxiliaire de la famille et de l’Église. » D’autre part, le devoir des parents ne s’arrête pas aux sacrifices – parfois fort importants ­­– qu’ils ont consentis pour mettre leur enfant dans une école catho­lique traditionnelle. Le but de l’école ca­tholique – redisons-le avec le père Cal­mel – « n’est pas de former des femmes qui brillent dans le monde, mais de for­mer des femmes chrétiennes qui soient capables, malgré les contradictions, d’être un ferment évangélique dans leur mi­lieu. » Il faut pour cela, nous permettons-nous d’ajouter, que l’enfant retrouve le même esprit, les mêmes principes à la maison et à l’école. Si les parents ne sa­vent plus trop comment donner une édu­cation chrétienne à leurs enfants, ce qui peut se produire pour des familles reve­nues récemment à une vraie vie chré­tienne, ils peuvent demander conseil à des prêtres, ou aux maîtresses elles-mêmes. Tout cela est légitime et louable. Mais si les parents, au contraire, relativi­sent ce qui est dit à l’école sur le véritable esprit chrétien – nous parlons d’une bonne école catholique traditionnelle bien sûr – s’ils mènent une vie mondaine où l’on regarde la télévision, où les enfants vont en soirées, écoutent n’importe quelle musique, s’ils n’apprennent pas à leurs enfants l’esprit de sacrifice, la modestie de l’habillement, dans le même esprit que ce qui leur est dit à l’école, alors tout sera détruit chez l’enfant. Blessé par le péché originel, l’enfant choisira ce qui est le plus facile dans la plupart des cas, et les sacri­fices consentis pour le mettre dans une bonne école n’auront servi à rien. Il ne restera du passage dans l’école qu’un vernis superficiel qui disparaîtra dès que les enfants seront confrontés au monde, par exemple à l’entrée à l’université qui sera un désastre. Et les parents auront d’amères déconvenues.

 

Conclusion.

 

Nous terminerons avec ce que le père Calmel souligne dans l’introduction de l’ouvrage : l’enseignement donné à l’école catholique doit préparer la jeune fille à sa mission de femme aussi bien pour l’Église et le Royaume de Dieu que pour la vie domestique et l’ordre temporel de nos pa­tries charnelles.

Et que dans toute école de jeunes filles, quel qu’en soit le type, le patronage du Docteur commun soit reconnu et de­vienne efficace ; ensuite, que la maison d’école, un peu comme la maison de fa­mille, soit à l’image et ressemblance de la maison de Nazareth.

 

Fr. M.-D.

 

 

Père Roger-Thomas Calmel O.P., École chrétienne renouvelée, l’éducation des filles, Paris, éd. Téqui, 1990, 13,5 x 21, 202 p.

 


[1] — On peut le mettre en parallèle avec École et Sainteté, du même auteur, Paris, Les Éditions de l’école, 1957. Cette brochure traite de la spiritualité de la fonction enseignante.

[2] — C’est nous qui soulignons.

[3] — C’est nous qui soulignons.

[4] — Le milieu naturel pour apprendre cela est d’abord la famille, il faut que les parents en prennent conscience.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 39

p. 230-234

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