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Informations et commentaires

 

 

« Pour tous » ou « pour beaucoup » ?

 

LA GRAVE FALSIFICATION opérée au numéro 2 de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II a déjà été relevée dans l’éditorial du nu­méro 46 du Sel de la terre : citant la formule de consécration de la messe, l’encyclique remplaçait l’expression « pro multis » (pour beaucoup) par « pro omnibus » (pour tous).

Après avoir universellement répandu cette falsification (reproduite par toutes les versions vernaculaires), les autorités vaticanes ont fini par reculer (sans doute suite aux vives critiques que cette falsification de la sainte Écriture avait suscitées dans certains milieux traditionalistes, surtout aux États-Unis). La version officielle du texte diffusée par les Acta Apostolicæ Sedis a donc été corrigée et porte « pro multis » [1].

En revanche, le texte fourni sur le site internet du Saint-Siège n’a pas été mo­difié [2], et porte toujours la version fautive [3].

Cela semble confirmer la tentative d’explication que nous donnions dans notre numéro 46 :

 

On peut penser que le pape n’a pas écrit son encyclique en latin. […] Il est donc vraisemblable que le pape a écrit « pour tous » en suivant le texte d’une traduction mo­derne de la nouvelle messe. Puis le secrétariat des Lettres Latines du Vatican a retraduit en latin, en mettant pro omnibus, sans s’apercevoir que ce texte n’est pas conforme à la référence donnée [4].

 

En tout cas, la question que nous posions dans l’éditorial de ce même nu­méro 46 demeure :

 

On peut maintenant se demander pourquoi dans les traductions en vernaculaire de plusieurs langues modernes, on a traduit pro multis par « pour tous ».

 

Et l’on peut, de surcroît, se demander pourquoi toutes les « erreurs » réguliè­rement commises par les documents pontificaux lorsqu’ils citent la sainte Écriture (et la plupart d’entre elles ne sont jamais rectifiées) vont toujours dans le même sens : celui du salut universel [5].

Pour un essai de réponse, voir Johannes Dörmann [6].

 

 

Le Monde et la « morale » islamique

 

Le Monde des dimanche 10 et lundi 11 août 2003 [7] :

 

Islam. L’homosexualité est condamnée comme l’adultère et la fornication. Le Coran évoque aussi l’épisode de la destruction de Sodome et Gomorrhe provoquée par la punition divine. Si les théologiens les plus modérés font valoir que cette transgression n’entraîne pas de condamnation grave, les récentes arrestations et condamnations d’ho­mosexuels en Égypte et en Arabie saoudite illustrent la profonde hostilité des autorités politiques et religieuses de l’islam pour toute forme d’homosexualité [8].

 

Commentaire :

 

Lorsque les journalistes occidentaux les ont interrogés sur la question de sa­voir s’ils condamnaient ou non l’homosexualité, les « docteurs de la foi » ont dû être très étonnés, car le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne se situent pas sur la même longueur d’onde. En effet la notion de morale telle que l’entendent les Occidentaux, est complètement étrangère à l’islam. Certes, à la fin de sa vie, l’homme subira un jugement (particulier ou général, ce n’est pas très clair dans le Coran) qui le mènera en enfer (qui n’est pas obligatoirement éternel, puisque Dieu peut en retirer le pécheur), au purgatoire ou au paradis. Mais obtenir la ré­compense du paradis est à la portée de tous les croyants : il ne s’agit pas de lut­ter contre ses mauvaises tendances ou de résister aux trois concupiscences (la chair, l’argent et les honneurs), encore moins de faire pénitence, il suffit d’ac­complir un certain nombre d’actes rituels parfaitement codifiés et moins contrai­gnants (les « cinq piliers de l’islam » : profession de foi, prière, aumône – entre “frères” –, jeûne – ramadan –, pèlerinage à la Mecque). Aussi le musulman pieux pourra commettre de sang froid les actes les plus horribles sans aucun remords. L’essentiel est de ne pas se faire prendre quand il vole, viole ou assassine. Si la victime est un infidèle, cet acte peut même être méritoire.

C’est dans ce contexte religieux particulier, souvent contraire à la loi naturelle, qu’il faut placer la question de l’homosexualité. Pour un musulman, cette particu­larité est indifférente. Il suffit pour s’en convaincre d’observer le spectacle de la rue en Égypte ou en Turquie, par exemple : on y voit des couples homosexuels qui ne font pas mystère de leur attachement réciproque. D’ailleurs, celui qui fait le mâle ne se considère pas comme inverti.

Le fait que le Coran raconte comment la fornication, l’adultère et l’homo­sexualité furent punis par Dieu dans un contexte historique particulier ne signifie pas autre chose que ses emprunts à l’ancien et au nouveau Testament. Il ne faut pas y chercher l’expression d’une loi morale, pas plus que les nombreuses femmes des rois David et Salomon ne sont pour un chrétien une incitation à la polygamie. Quant aux récentes condamnations d’homosexuels en Égypte et en Arabie Saoudite, il faudrait aller voir de plus près si elles n’ont pas d’autres rai­sons. Elles ne signifient certainement pas « la profonde hostilité des autorités po­litiques ou religieuses pour toute forme d’homosexualité » qu’y voit Le Monde. Il s’agit plus probablement d’une réaction contre cette vague occidentale de provo­cations des pédérastes militants encouragés par leurs gouvernements, dans la­quelle les pays musulmans voient un signe évident de la pourriture occi­dentale [9].

Maxime Lenôtre

 

 

Saint Louis et la sainte Inquisition

 

Jaquette d’une cassette réalisée par France Productions [10] pour présenter saint Louis aux enfants :

 

« Jamais je ne vis un si beau chevalier » dit Joinville de Louis IX, aussi bon cavalier qu’apte à brandir l’épée au service des plus faibles. La riche personnalité du roi saint Louis transparaît à travers ce XIIIe siècle de justice et de paix qu’il donna à la France et à l’Europe chrétienne.

Accouru au secours des chrétiens de Jérusalem, il n’en fut pas moins empressé d’abolir le duel, de refuser l’Inquisition, de réconcilier les seigneurs et de conclure la paix avec l’Angleterre.

Écoutons les paroles du roi sage et bon qui rendait la justice aux plus petits de ses sujets sous les beaux chênes de France.

 

Commentaire :

 

L’Église conciliaire a commencé par rayer du calendrier les saints qui la gê­naient le plus. Elle a ainsi fait disparaître du calendrier universel la fête du saint inquisiteur Pierre de Vérone (traditionnellement fêté le 29 avril, jusqu’à la révolu­tion liturgique de 1969) [11].

Elle a ensuite modifié les procédures de béatification et canonisation afin de donner quelque chance à ses candidats : Jean XXIII, Escriva de Balaguer, etc. Ainsi « béatifiés » ou « canonisés » au rabais, ceux-ci popularisent le nouveau type de sainteté : humanitaire, pacifiste et œcuméniste, sans ascèse ni rigueur doctrinale.

Mais certains vieux saints antéconciliaires, trop populaires pour être éliminés, demeurent malgré tout des « contre-exemples [12] ». Qu’à cela ne tienne, on ré­écrira leur vie selon les canons de la sainteté conciliaire !

On ne peut évidemment cacher la participation de saint Louis aux croisades. Mais on peut, habilement, en faire un adversaire de l’Inquisition. Il suffit de tirer parti du désaveu qu’il a pu, dans certains cas particuliers, et pour le bien de la paix, infliger à certains inquisiteurs, et de transformer cela en opposition de principe à l’Inquisition. On déclare donc qu’il fut « empressé » de « refuser l’Inqui­sition », et, pour faire bonne mesure, on inclut le fait dans la liste de ses bonnes actions royales : l’abolition du duel, la pacification du royaume et la paix avec l’Angleterre. L’idée fera sans doute son chemin dans les chères têtes blondes qui liront la jaquette de la cassette : même s’ils ne savent pas encore ce qu’est l’In­quisition, ils sauront désormais qu’il convient de la « refuser », comme le duel ou la guerre civile, à la suite du « croisé au cœur juste ».

Est-il besoin de dire que la réalité historique est tout autre ? Si saint Louis a été prudent dans le Languedoc et a voulu ménager le comte de Toulouse, il a soutenu l’Inquisition dans son royaume, fait exécuter les hérétiques condamnés par elle et veillé à son efficacité.

Et cela précisément parce qu’il avait « le cœur juste ».

Louis Medler


[1]Acta Apostolicæ Sedis, 7 juillet 2003, p. 434.

[2]www.vatican.va/holy_father/special_features/encyclicals/documents/hf_jpii_enc_20030417_

ecclesia_eucharistia_lt.html

[3] — A l’heure où nous achevons ce numéro (23 février 2004), le texte latin donné sur le site du Saint-Siège (encore accessible à l’adresse que nous venons de donner) est toujours fautif. En revanche, le lien permettant d’y acccéder à partir du sommaire du site a été supprimé.

[4]Le Sel de la terre 46, p. 4-5.

[5] — Sur d’autres textes faussement cités par Jean-Paul II, voir l’éditorial du Sel de la terre 34, p. 4 ; Le Sel de la terre 36, p. 222, n. 2 ; et l’éditorial du Sel de la terre 38.

[6] — Analysant les textes de Jean-Paul II, le théologien Johannes Dörmann pense en avoir trouvé la clé précisément dans la croyance au salut universel. Voir notamment, dans Le Sel de la terre 46, p. 191-200, la recension du quatrième tome de son œuvre .

[7] — Le prétendu « journal de référence » prend occasion de la nomination d’un « évêque » homosexuel dans l’Église anglicane américaine pour présenter la position des différentes religions sur l’homosexualité. Fidèle à sa vieille tradition désinformatrice (non répudiée par les trotskistes qui le noyautent aujourd’hui), le quotidien passe sous silence la large complaisance dont le vice contre-nature a toujours bénéficié en terre d’islam (aux siècles passés, les européens voulant s’y adonner ouvertement se réfugiaient souvent en pays musulman ; de même, ce sont des musulmans qui l’ont introduit en Afrique noire où il était auparavant inconnu) — Mais la principale désinformation consiste à faire croire (tout simplement en présentant un parallèle) que l’islam aurait une « morale » comparable à la morale chrétienne. Or s’il prescrit quelques obligations rituelles et impose un ordre extérieur nécessaire à la cohésion de la société musulmane, il n’a aucun précepte régissant l’intérieur de l’âme, rien qui encourage à la perfection. Les barrières extérieures (voiles, harem, etc.) se servent pas à aider la vie vertueuse, mais au contraire à en dispenser. La morale est réduite à un code pénal, l’homme enfermé dans ses passions.

[8]Le Monde nº 18207, dimanche 10 - lundi 11 août 2003, p. 2.

[9] — Pour approfondir la question, voir l’ouvrage classique du père Henri Lammens S.J., L'Islam, croyances et institutions, Beyrouth, 1943 (réédité en 2002 aux éditions du Trident, Paris).

[10] — « Saint Louis, le croisé au cœur juste », cassette audio, texte de Benoît Mancheron, France-productions, 39 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris.

[11] — Sur saint Pierre de Vérone, inquisiteur et martyr, voir Le Sel de la terre 36, p. 118-138.

[12] — Jean-Paul II, 1er septembre 1999 : « Même si beaucoup agirent de bonne foi, il ne fut certainement pas évangélique de penser que la vérité devait être imposée par la force. » En 1994, dans l’encyclique Tertio millennio adveniente, il avait dénoncé ces façons d’agir comme « de véritables formes de contre-témoignage et de scandale ». Pour les références et le commentaire de ces citations, voir Le Sel de la terre 37, p. 157.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 48

p. 211-214

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