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Jean-Paul II

a-t-il consacré la Russie

comme la sainte Vierge le demandait ?

 

 

 

par Dominicus

 

 

 

Le 25 mars 1984, sur la place Saint-Pierre, le pape Jean-Paul II consacrait à Notre-Dame « le monde » ainsi que « les hommes et les nations qui ont particulièrement besoin de cette consécration [1] ».

Dans le document présentant le troisième secret de Fatima en 2000, Mgr Bertone, secrétaire de la congrégation pour la Doctrine de la foi, écrit :

 

« Sœur Lucie confirma personnellement que cet acte solennel et universel de consécration [de 1984] correspondait à ce que voulait Notre-Dame (“Sim, està feita, tal como Nossa Senhora a pediu, desde o dia 25 de Março de 1984” : “Oui, cela a été fait, comme Notre-Dame l'avait demandé, le 25 mars 1984” ; lettre du 8 novembre 1989). C'est pourquoi toute discussion, toute nouvelle pétition est sans fondement [2]. »

 

Bien que le dossier ait été clos par Mgr Bertone, il nous semble important de le rouvrir car la chose n’est pas si claire qu’il l’affirme. Mais auparavant, il nous faudra examiner ce que Notre-Dame a demandé exactement, et ce qu’ont fait ou n’ont pas fait les prédécesseurs de Jean-Paul II.

Le Sel de la terre.

 

 

La demande précise formulée par Notre-Dame

 

C'EST LORS DE SA TROISIÈME apparition à Fatima, le 13 juillet 1917, que Notre-Dame a parlé pour la première fois de la consé­cration de la Russie et de la communion réparatrice. Elle donnait par là le remède souverain aux malheurs du monde actuel, et le seul efficace :

 

Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et l’on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, il en commencera une autre, pire encore. [...] Afin de l’empêcher, je viendrai de­mander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion ré­paratrice des premiers samedis. Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l’on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons se­ront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consa­crera la Russie qui se convertira, et un certain temps de paix sera accordé au monde.

 

Comme elle l’avait promis, Notre-Dame est revenue quelques années plus tard pour demander la consécration de la Russie. Ce fut le 13 juin 1929, à Tuy en Espagne, au couvent des sœurs Dorothée où Lucie était entrée :

 

Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen. Elles sont si nombreuses, les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens de­mander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.

 

La très sainte Vierge indique donc très clairement que ce n’est pas le monde ni un autre pays qu’il faut consacrer à son Cœur Immaculé, mais la seule Russie.

On ne trouve d’ailleurs pas de demande explicite d'autre consécration dans tout l'ensemble des messages de Fatima, Pontevedra et Tuy, reçus entre 1917 et 1929 par sœur Lucie. Et sœur Lucie est absolument sûre d’avoir rapporté exac­tement les paroles de Notre-Dame. Le père Alonso, le grand spécialiste officiel de Fatima, l’atteste :

 

Effectivement, Lucie, en 1917, ne connaissait pas la réalité géographico-poli­tique de la Russie, elle n'en connaissait pas même le nom. Interrogée par son di­recteur, le père Gonçalves, pour savoir comment il se faisait qu'elle connaissait la Russie ou qu'elle se souvenait du nom de la Russie, pour pouvoir dire ce que Notre-Dame lui avait demandé dans l'apparition de juillet, Lucie répondit : « J'avais uniquement entendu parler des Galiciens et des Espagnols ; et je ne sa­vais le nom d'aucune autre nation. Mais ce que nous percevions au cours de ces apparitions de Notre-Dame restait tellement gravé en nous-mêmes qu'on ne l'ou­bliait jamais. C'est pour cela que je sais bien, et avec certitude, que Notre-Dame a parlé expressément de la Russie en juillet 1917 » (Por eso es que yo sé bien, y con cer­teza, que Nuestra Señora hablo expresamente de Rusia, en julio de 1917[3].

 

Dans tous ses écrits, sœur Lucie elle-même, lorsqu’elle parle de la consécra­tion, ne mentionne que la Russie. On le voit par exemple dans la lettre qu’elle a envoyée au pape Pie XI en mars 1937, où elle unit d’ailleurs la consécration de la Russie à la dévotion réparatrice des premiers samedis :

 

Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si votre Sainteté daigne faire, et ordonne à tous les évêques du monde catholique de faire égale­ment, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si votre Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévo­tion réparatrice indiquée ci-dessus [4].

 

 

Pourquoi la Russie ?

 

La Russie est le plus grand pays du globe, avec actuellement plus de dix-sept millions de kilomètres carrés et cent quarante-six millions d’habitants. Des dis­tances inouïes séparent les limites extrêmes de ce territoire : dix mille kilomètres entre Vladivostok à l’est, et la frontière polonaise à l’ouest (onze fuseaux ho­raires) ; deux mille du nord au sud. Une vingtaine de peuples aux langues di­verses l’habitent, constituant comme un résumé de l’humanité. En bref, on peut dire que la Russie est, sur terre, le plus grand empire disposant de la continuité territoriale [5].

Déjà au XIXe siècle, Dom Guéranger écrivait :

 

La puissance des slaves séparés de l’unité catholique grandit chaque jour. De jeunes nations, émancipées du joug musulman, se sont formées dans la presqu’île des Balkans, [...] la direction morale et religieuse de ces nations ressuscitées ap­partient à la Russie. Profitant de ces avantages avec une habileté constante, elle développe sans cesse son influence en Orient. Du côté de l’Asie, ses progrès sont plus prodigieux encore. Le tsar qui, à la fin du XVIIIe siècle, commandait seule­ment à trente millions d’hommes, en gouverne aujourd’hui cent vingt-cinq ; et par la seule progression normale d’une population exceptionnellement féconde, avant un demi-siècle l’empire comptera plus de deux cents millions de sujets.

Pour le malheur de la Russie et de l’Église, cette force est dirigée présentement par d’aveugles préjugés [6].

 

Dans ce contexte, il ne faut pas oublier la prétention de l’Église schismatique russe de Moscou, à être la troisième Rome. Déjà le métropolitain Zozime (1462-1533) déclarait dans son canon pascal en 1492 : « Deux Romes sont tombées [7], la troisième Rome sera Moscou et il n’y en aura pas de quatrième ». L’idée de la troisième Rome ne cessa ensuite de se renforcer. En 1512, le moine Philoté, de Pskov, dans son Histoire du monde, donnait cette étonnante interprétation du chapitre 12 de l’Apocalypse :

 

La femme vêtue du soleil [...] quitta la vieille Rome à cause des azymes [8]. [...] Elle s’enfuit alors dans la Rome nouvelle, mais là non plus elle ne trouva pas la paix [9]. [...] Elle s’enfuit alors dans la troisième Rome qui se trouve dans la nou­velle grande Russie ; elle resplendit maintenant, l’Église une et apostolique, plus brillante que le soleil, dans tout l’univers, et le pieux tsar seul, la dirige et la pro­tège.

 

Ivan III le Grand (1462-1533), Ivan IV le Terrible (1533-1584), donnèrent un élan considérable à cette conception [10].

Ce n’est donc pas un hasard si l’ennemi du genre humain a choisi la Russie comme base de départ pour « répandre à travers la planète les institutions et les mœurs de l’athéisme [11] ».

Mais Dieu, comme il le fait habituellement, retournera contre Satan son propre plan : l’instrument de notre malheur, converti, deviendra l’instrument du retour du catholicisme dans le monde entier. Reprenons Dom Guéranger :

 

La Russie catholique, c’est la fin de l’Islam et le triomphe définitif de la Croix sur le Bosphore, sans péril aucun pour l’Europe ; c’est l’empire chrétien d’Orient relevé avec un éclat et une puissance qu’il n’eut jamais ; c’est l’Asie évangélisée, non plus seulement par quelques prêtres pauvres et isolés, mais avec le concours d’une autorité plus forte que Charlemagne. C’est enfin la grande famille slave ré­conciliée dans l’unité de foi et d’aspirations pour sa propre grandeur. Cette trans­formation sera le plus grand événement du siècle qui la verra s’accomplir, et changera la face du monde [12].

 

Cette conversion de la Russie sera accomplie par la sainte Vierge elle-même lorsque ce pays aura été consacré à son Cœur Immaculé par le pape, en union avec les évêques du monde entier [13].

 

 

Portée théologique de la consécration de la Russie

 

Dans une lettre à son directeur spirituel datée du 18 mai 1936, sœur Lucie écrivait les lignes suivantes :

 

Intérieurement, j’ai parlé à Notre-Seigneur de cette question [de la consécra­tion de la Russie] ; et récemment je lui ai demandé pourquoi il ne convertissait pas la Russie sans que Sa Sainteté ait fait cette consécration. « Parce que je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration [14] comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, pour étendre ensuite son culte et pour mettre, à côté de la dévotion à mon divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé. » Mais, mon Dieu, le Saint-Père ne me croira pas si vous-même ne l’y poussez pas par une inspiration spéciale. « Oh ! le Saint-Père ! Prie beaucoup pour le Saint-Père ! Il fera cette consécration, mais ce sera tard ! Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie. Elle lui est confiée » [15].

 

Si Dieu veut cette conversion spectaculaire de la Russie par sa consécration au Cœur Immaculé de Marie, c’est pour établir dans le monde la dévotion à ce Cœur en complément de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Notre-Dame l’avait d’ailleurs dit clairement le 13 juin 1917 (« [Jésus] veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé ») et le 13 juillet suivant (« Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. »)

Notre-Seigneur veut glorifier aux yeux du monde celle qu’il s’est associée pour accomplir l’œuvre de notre salut. C’est tout le sens de la dévotion répara­trice des premiers samedis, qui a pour but de réparer les péchés commis contre le Cœur de Marie ; c’est aussi celui de la consécration de la Russie à ce même Cœur ; et c’est enfin le sens de l’attribution qui lui est faite de la victoire finale : « A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. »

Ce cœur par lequel la première étape de notre salut a commencé (le Fiat de Marie au jour de l’Annonciation) est maintenant la dernière chance offerte à l’humanité pour son salut.

Si les hommes répondent au triple appel de Fatima (conversion personnelle, dévotion réparatrice, consécration de la Russie), la justice divine qui punit ac­tuellement le monde par la guerre, les calamités et toutes sortes de persécutions contre l’Église, fera place à la miséricorde qui arrêtera aussitôt toutes ces épreuves et accordera un certain temps de paix. Tant que les hommes resteront sourds aux appels du Ciel, ces malheurs continueront et s’accroîtront.

La manière dont la communion réparatrice et la consécration de la Russie obtiendront cette prodigieuse effusion de la miséricorde divine, peut être com­parée à celle des indulgences [16] : les actes demandés par la Vierge Marie sont comme des conditions à accomplir pour obtenir une indulgence aux dimensions du monde.

La consécration de la Russie renvoie à la théologie de l’Alliance : « Si vous conservez mon Alliance, dit Yahweh aux Hébreux, [...] vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation consacrée » (Ex 19, 5-6). Et Notre-Seigneur, au moment de s’offrir à son Père dans le sacrifice de la nouvelle Alliance, dit à ses disciples : « Pour eux, je me consacre [17] moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité » (Jn 17, 19). Consacrer, sanctifier, sont des mots synonymes. La consécration donne à Dieu, c’est-à-dire sanctifie ; elle fait appartenir à Dieu et participer à sa sainteté. En consacrant la Russie au Cœur Immaculé de Marie, et par lui à Notre-Seigneur, le pape la livrerait à l’action de la Miséricorde ré­demptrice, engageant ce pauvre pays sur le chemin de la conversion et de la sanctification. On comprend que la Russie, qui a été le symbole de l’indépen­dance à l’égard de Dieu et l’instrument actif en même temps que la première victime du processus d’athéisation du monde moderne, ait besoin, pour être guérie, d’une consécration spéciale qui la remettra dans la voie de dépendance dont elle n’aurait jamais dû s’écarter. Cette consécration ayant lieu par Marie, sera en même temps une réaffirmation solennelle de la médiation universelle de Notre-Dame si bafouée par les modernistes, et ce n’est pas le moindre des blas­phèmes à l’égard de la Vierge.

Mais une personne peut-elle en consacrer une autre à Dieu ? La consécration ne suppose-t-elle pas un engagement libre ? On entend parfois l’objection. Léon XIII y a répondu dans son encyclique Annum sacrum du 25 mai 1899 an­nonçant la consécration du monde entier au Sacré-Cœur de Jésus :

 

Ce n’est pas seulement sur les nations catholiques que s’étend l’empire de Jésus-Christ. Ce n’est pas seulement non plus sur les hommes purifiés dans l’eau du baptême, et qui de droit appartiennent à l’Église, bien que des opinions erro­nées les en séparent ou que le schisme les arrache à sa charité. [...] Nous tenons la place de celui qui est venu sauver ce qui était perdu, de celui qui a offert son sang pour le salut du genre humain. Aussi mettons-nous nos soins assidus à atti­rer vers celui qui est la vie véritable, les malheureux qui sont assis à l’ombre de la mort ; [...] plein de compassion pour leur sort, Nous les consacrons d’une façon spéciale et autant qu’il est en Nous, au Sacré-Cœur de Jésus [18].

 

La consécration est d’abord la reconnaissance d’une appartenance. Consacrer quelqu’un ou quelque chose à Dieu, c’est reconnaître le souverain domaine de Dieu sur cette personne ou cette chose. L’engagement pris dans cet acte n’est ensuite qu’une conséquence de cette appartenance. Dans le cas de la consécra­tion de la Russie, l’engagement est pris au nom du pays qui est consacré, par ce­lui qui est responsable de son salut éternel, à savoir le pape. La sainte Vierge demande que l’acte soit solennel, accompli en union avec les évêques du monde entier qui reconnaîtront par là la primauté du souverain pontife et son pouvoir suprême.

La médiation de Marie, par laquelle doit se faire cette consécration, rappelle en même temps qu’il ne s’agit pas d’obtenir une simple effusion de la miséri­corde divine sans réponse de l’homme, mais que sa coopération est requise. Car c’est le Cœur de Marie qui a été la réponse la plus parfaite d’une créature au plan de salut inauguré par Dieu. Le Cœur de Marie est ici le modèle le plus par­fait de la correspondance aux grâces que Dieu veut déverser sur ce pauvre pays pour le sauver [19].

 

*

 

Malheureusement, les successeurs de saint Pierre vont se montrer très réti­cents à l’égard de ce plan.

Le refus de Pie XI

 

C’est entre septembre 1930 et août 1931 que Pie XI eut certainement connais­sance des demandes du Ciel concernant la dévotion réparatrice et la consécra­tion de la Russie [20].

Cependant, à la suite des démocraties occidentales, le pape Pie XI s’était en­gagé, dès 1922, dans une politique d’ouverture à l’Est qu’avait déjà esquissée Benoît XV [21]. Il aura d’ailleurs ces paroles étonnantes : « Quand il s’agit de sau­ver les âmes, de prévenir de grands maux capables de les perdre, Nous Nous sentons le courage de traiter même avec le diable en personne [22]. » Ce n’est ce­pendant pas ce qu’avait demandé la sainte Vierge.

Il ne répondit que par le silence à la demande de consécration de la Russie. Il arrêta même de faire allusion aux apparitions de Fatima à partir de 1930-1931.

C’est à la suite de ce refus du pape Pie XI, qu’en août 1931, à Rianjo [23], Notre-Seigneur dira à sœur Lucie dans une communication intime :

 

Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le mal­heur [24].

 

Une nouvelle tentative eut lieu vers la fin de mars 1937 : Mgr Correia da Silva, évêque de Leiria-Fatima, écrivit directement au pape. Ce dernier venait d’écrire la magnifique encyclique Divini Redemptoris (19 mars 1937). Éclairé, semble-t-il, par ses échecs dans ce qu’il appelait le « terrible triangle », il terribile triangolo [25], le pape changeait d’attitude et déclarait fermement :

 

Le communisme est intrinsèquement pervers, et l’on ne peut admettre sur au­cun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civili­sation chrétienne [26].

 

Le moment pouvait donc paraître favorable à la consécration de la Russie. Mais un silence semblable à celui de 1930-1931 fut la seule réponse.

Il est certain que, si le pape avait obéi aux demandes du Ciel, la Russie se se­rait convertie, et ni la Seconde Guerre mondiale ni l’expansion effrayante du communisme ne se seraient produites.

Loin de là, c’est sous le pontificat de Pie XI que Moscou commença à donner des directives à tous les partis communistes pour qu’ils envoient des sujets dans les séminaires catholiques afin d’infiltrer l’Église et de la miner de l’intérieur [27].

Il est dangereux d’ignorer les plans de salut donnés par le Ciel, et les ma­nœuvres de l’ennemi.

 

 

Les consécrations incomplètes de Pie XII

 

Pie XI mourut le 10 février 1939.

Le 21 janvier 1940, sœur Lucie demanda à son confesseur, le père Gonçalves, de renouveler auprès du Saint-Siège la demande de consécration de la Russie. Elle fut transmise à Pie XII en avril 1940. Le père Gonçalves pensait que le pape pourrait ainsi l’accomplir en mai ; on pouvait tout attendre du nouveau pontife, très dévot envers la Vierge Marie, et très bienveillant envers Fatima. Mais rien ne vint de Rome.

 

La consécration du monde en 1942

 

Sur l'initiative de Mgr Manuel Ferreira, évêque titulaire de Gurza, les direc­teurs spirituels de Lucie décidèrent, en septembre et octobre 1940, de tenter une nouvelle démarche auprès du Saint-Père, en présentant une requête jugée plus facilement réalisable : celle de la consécration du monde, avec une mention spé­ciale de la Russie [28]. Mgr Ferreira ordonna à Lucie d'écrire elle-même au pape Pie XII, en formulant cette demande nouvelle, qui n'était pas celle de Notre-Dame, et qui la plongea dans une grande perplexité. Pour trouver la lumière, Lucie recourut à une prière plus instante. Voici le récit qu'elle en fit :

 

22 octobre 1940. J'ai reçu une lettre du R.P. Gonçalves et de l'évêque de Gurza m'ordonnant d'écrire à Sa Sainteté... Dans ce but, j'ai passé deux heures devant Notre-Seigneur exposé [et j’ai eu la révélation suivante] :

« Prie pour le Saint-Père, sacrifie-toi pour que son cœur ne succombe pas sous l'amertume qui l'oppresse. La tribulation continuera et augmentera. Je punirai les nations de leurs crimes, par la guerre, par la famine et par la persécution contre mon Église qui pèsera spécialement sur mon Vicaire sur la terre. Sa Sainteté ob­tiendra que ces jours de tribulation soient abrégés si elle obéit à mes désirs en fai­sant l'acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie du monde entier avec une mention spéciale de la Russie » [29].

 

Cette révélation d'octobre 1940 et celles qui furent faites à Alexandrina Maria da Costa, apparaissent donc comme un ultime moyen de rattrapage, présenté par la miséricorde divine devant la désobéissance persistante de l'autorité su­prême de l'Église au message de Fatima. A cette demande nouvelle et secon­daire, est promis un fruit nouveau, bien inférieur aux trois fruits de la demande principale : l'abréviation du grand châtiment annoncé par Notre-Dame le 13 juillet 1917 et qui était la Seconde Guerre mondiale.

Le pape Pie XII fit cette consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie le 31 octobre 1942, puis la renouvela le 8 décembre 1942. Le texte ne comportait pas de mention explicite de la Russie, seulement une allusion voilée, mais suffi­samment transparente, à cette pauvre nation :

 

C’est à vous, c’est à votre Cœur Immaculé qu’en cette heure tragique de l’his­toire humaine, Nous confions, donnons, consacrons, non seulement la sainte Église, Corps mystique de votre Jésus, [...] mais aussi le monde entier déchiré par de mortelles discordes, embrasé d’incendies, de haine, victime de ses propres iniquités. [...]

Aux peuples séparés par l'erreur et par la discorde, et spécialement à ceux qui vous ont voué une particulière dévotion, tellement qu’il n’était chez eux aucune maison où ne brillât votre vénérable icône – maintenant parfois cachée et réser­vée pour des jours meilleurs – donnez la paix, et reconduisez-les à l’unique trou­peau du Christ, sous l'unique et vrai Pasteur [30] !

 

C’est pour rappeler le souvenir de cette consécration, que le pape Pie XII fixa plus tard la fête du Cœur Immaculé de Marie au 22 août et qu’il l’éleva au rang de deuxième classe [31].

Le fruit promis à cette consécration fut octroyé par la miséricorde divine, puisque l'examen objectif de l'histoire montre que, sur tous les fronts de guerre, un tournant décisif en faveur des Alliés se produisit dans les derniers mois de 1942 et les premiers mois de 1943 ; ce tournant permit certainement une abré­viation de la durée de la Seconde Guerre mondiale.

Sœur Lucie ne se faisait cependant pas d’illusions sur les effets de cette consécration de 1942 :

 

Le bon Dieu m'a déjà montré son contentement de l'acte, bien qu'incomplet selon son désir, réalisé par le Saint-Père et par plusieurs évêques. Il promet, en retour, de mettre fin bientôt à la guerre. La conversion de la Russie n'est pas pour maintenant [32].

Notre-Seigneur promet la fin de la guerre pour bientôt, eu égard à l'acte qu'a daigné faire Sa Sainteté. Mais comme il fut incomplet, la conversion de la Russie sera pour plus tard [33].

 

Les accords de Yalta (4 au 11 février 1945) consolidèrent en effet le pouvoir communiste au niveau international.

Il faut rappeler qu’en 1941, sur pression de Roosevelt qui voulait s’engager dans la guerre aux côtés de l’Angleterre et aussi de Staline, Pie XII avait déjà ac­cepté que la hiérarchie catholique se taise sur la perversité intrinsèque du com­munisme et l’impossibilité de collaborer avec lui. En échange, promesse était faite à l’Église qu’elle serait appelée à participer à la reconstruction après la guerre [34]. Il est sûr que le silence de Pie XII facilita beaucoup la nouvelle organi­sation du monde par la maçonnerie, organisation qui prévoyait de livrer au communisme tout l’Est de l’Europe. Fort de ses nouvelles positions, il s’étendra ensuite en Asie : Chine, Corée, Vietnam, Cambodge, etc [35].

 

L’encyclique Sacro vergente anno en 1952

 

Cependant le Ciel se manifestait au pape : les 30, 31 octobre, 1er et 8 no­vembre 1950, en ces jours encadrant la définition solennelle du dogme de l’As­somption, le Saint-Père vit se renouveler dans les jardins du Vatican le miracle du soleil du 13 octobre 1917. Mais Pie XII ne fit rien.

En mai 1952, Notre-Dame apparut de nouveau à sœur Lucie :

 

Fais savoir au Saint-Père que j’attends toujours la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé. Sans cette consécration, la Russie ne pourra pas être convertie, ni le monde avoir la paix [36].

 

Sans doute à la suite de ce message, et parallèlement à la démarche de catho­liques russes désireux de voir accomplies les demandes de Notre-Dame, Pie XII écrivit une Lettre apostolique aux peuples de Russie où il déclara :

 

Nous consacrons et nous vouons d’une manière très spéciale tous les peuples de la Russie à ce Cœur Immaculé [37].

 

« Je suis peinée que [la consécration de la Russie] n’ait pas été faite comme Notre-Dame l’avait demandé », écrivit sœur Lucie au cours de l’été [38].

Cette fois, l’acte avait manqué de la solennité due : la Russie avait été nom­mée, mais il n’y avait eu aucune cérémonie particulière, et les évêques du monde entier n’avaient pas été appelés à s’y unir.

L’année suivante, à Syracuse en Sicile, une statue de plâtre du Cœur Immaculé de Marie se mit à pleurer et à opérer des miracles qui bouleversèrent le monde entier [39]. Pie XII, apparemment, ne fit pas le lien avec Fatima.

Au contraire, après Sacro vergente anno, il ne parla presque plus de Fatima. Les adversaires de l’apparition, à la suite du P. Dhanis, ne cessaient d’ailleurs d’augmenter leur influence, conjointement avec ceux qui s’opposaient à la doc­trine de Marie médiatrice [40]. A partir de ce moment, les visites à sœur Lucie fu­rent restreintes : « Le pape décida que seules les personnes qui l’avaient déjà rencontrée pourraient la voir sans autorisation expresse du Saint-Siège [41]. » La messagère du ciel commençait à être mise au silence.

Il faut cependant préciser un point important : si, pour ménager la politique des États-Unis, Pie XII avait cru devoir taire Divini Redemptoris – avec les consé­quences incalculables que ce silence put avoir –, il n’en refusa pas moins éner­giquement toute ombre de collaboration avec Moscou.

Quelle ne fut pas alors sa douleur, en automne 1954, lorsqu’il eut la preuve que Mgr Montini, le futur Paul VI, alors substitut à la Secrétairerie d’État, entre­tenait, derrière son dos, des relations secrètes avec le Kremlin [42]. Pie XII dé­cida d’éloigner aussitôt Montini. Mais toujours attentif à éviter les remous, il le mit à un poste honorifique : l’archevêché de Milan, sans cependant le créer car­dinal. Mgr Montini était donc exclu du prochain conclave mais, malheureuse­ment, en même temps placé à un poste très en vue qui lui réservait l’avenir.

 

 

Après Pie XII, les choses se compliquèrent encore dans la mesure où des papes à l’esprit libéral et moderniste accédèrent au siège de Pierre. Plus que ja­mais allait se réaliser l’avertissement de Notre-Seigneur :

 

Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le mal­heur. [Notre-Seigneur à sœur Lucie, août 1931.]

 

L’Église entrait dans une crise qui n’a connu aucun précédent dans toute l’histoire [43], et qui était le châtiment de sa hiérarchie.

Imbus des idées modernes, les nouveaux papes ne pouvaient qu’être très mal à l’aise avec le message authentiquement catholique de la Vierge Marie à Fatima.

 

 

Jean XXIII : les accords Rome-Moscou

 

Alors que l’extension mondiale du communisme devenait de plus en plus alarmante par suite du refus d’obéir aux demandes de Notre-Dame, le pape Jean XXIII décida de placer résolument son pontificat sous le signe de l’opti­misme, sans tenir aucun compte des avertissements du Ciel et de plusieurs de ses collaborateurs. On sait ce qu’il dit dans son discours d’ouverture du concile Vatican II :

 

Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes comme si le monde était près de sa fin [44].

 

Ces paroles résonnent étrangement si on les compare avec les appels de la sainte Vierge à Fatima. Ayant pris connaissance du troisième secret de Fatima en août 1959, le pape avait d’ailleurs décidé de ne pas le publier, ce qui coupa net l’immense élan de dévotion envers Notre-Dame de Fatima qui s’était déve­loppé à l’approche de l’année 1960 [45]. Dès 1959, Jean XXIII avait pris des me­sures pour qu’il ne fût plus possible de voir sœur Lucie sans une licence de Rome [46].

Dans ce contexte, on comprend qu’il ne fut jamais question de la consécration de la Russie sous le pontificat de Jean XXIII. Bien au contraire, pour obtenir l’envoi de deux représentants de l’Église schismatique russe au concile Vatican II, Jean XXIII, par l’intermédiaire de Mgr Willebrands et du cardinal Tisserant, négocia avec Khrouchtchev et s’engagea à ce que le concile Vatican II ne condamne pas le communisme [47]. Mgr Roche dit à ce propos :

 

La décision d’inviter les observateurs orthodoxes russes au concile Vatican II a été prise personnellement par Sa Sainteté le pape Jean XXIII avec les encourage­ments évidents du cardinal Montini, qui fut le conseiller du patriarche de Venise au temps où il était lui-même archevêque de Milan. Bien mieux, c’est encore le cardinal Montini qui dirigea secrètement la politique de la Secrétairerie d’État pendant la première session du Concile, du poste clandestin que le pape lui avait aménagé dans la fameuse Tour Saint-Jean, dans l’enceinte même de la Cité du Vatican.

Le cardinal Tisserant a reçu des ordres formels, tant pour négocier l’accord que pour en surveiller pendant le Concile l’exacte application. C’est ainsi que chaque fois qu’un évêque voulait aborder la question du communisme, le cardi­nal, de la table du conseil de présidence, intervenait pour rappeler la consigne du silence voulue par le pape [48].

 

Ces ménagements envers Moscou n’apportèrent même pas une atténuation des persécutions. Khrouchtchev continua à arrêter les prêtres et multiplia les fermetures des églises [49]. On ne mange pas avec le diable, même avec une longue cuillère.

 

 

Paul VI : l’Ostpolitik

 

Le Concile ne condamne pas le communisme

 

Jean XXIII était mort avant la fin du Concile. Paul VI le mena à son terme en confirmant bien sûr les accords Rome-Moscou : il n’allait pas désavouer une po­litique dont il était l’un des plus ardents promoteurs depuis 1942.

Aussi, lorsqu’en octobre 1965 Mgr Lefebvre remit au secrétariat du Concile une supplique rédigée par Mgr Carli, signée par 454 évêques, et demandant d’insérer une condamnation du communisme dans la constitution Gaudium et spes sur l’Église dans le monde, la pétition ne fut pas prise en considération. Écoutons Mgr Lefebvre lui-même nous rapporter les faits :

 

C’est chose absolument inouïe dans l’histoire de l’Église. Un concile pastoral s’est réuni, qui se disait pastoral, c’est-à-dire destiné au soin des âmes et au salut des fidèles ainsi qu’au salut du monde. Or au plus grand des maux, au plus ignoble, au plus dissolvant pour la société, pour la personne humaine, pour la li­berté, qu’est le communisme, on dit : nous ne le condamnerons pas pendant le Concile.

Personnellement, j’en sais quelque chose. C’est moi qui, avec Mgr Sigaud, ai réuni 450 signatures d’évêques pour la condamnation du communisme. Je les ai portées moi-même au secrétariat du Concile. On les a mises au tiroir ! Et on a voulu faire croire qu’il n’y a pas eu au Concile, de demandes de condamnation du communisme. Et j’ai été moi-même porter personnellement ce document, et j’ai gardé la liste des évêques qui demandaient cette condamnation. C’est vrai­ment incroyable. J’étais témoin. Je me suis levé pour protester. On a démenti que les 450 signatures aient été présentées. Puis on a dit qu’elles étaient arrivées trop tard et qu’on ne savait pas où elles étaient. En réalité, on avait décidé que le communisme ne serait pas condamné, pour faire venir des délégués de Moscou [50].

 

La réunion d’un concile universel au milieu du vingtième siècle, aurait été une occasion providentielle pour consacrer solennellement la Russie au Cœur Immaculé de Marie selon les demandes de Notre-Dame. Les accords Rome-Moscou rendirent impossible un tel acte, et devinrent le principal obstacle à la paix du Ciel. D’ailleurs, lorsque Mgr de Proença Sigaud présenta une requête signée de 510 évêques de 78 nations demandant que le Concile renouvelle la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie avec une mention spéciale de la Russie, cela n’eut pas plus de suite que celle demandant la condamnation du communisme [51].

 

Mépris pour Fatima

 

Paul VI ne cacha pas son mépris pour Fatima. Le mot n’est pas trop fort. Il se rendit bien à la Cova da Iria le 13 mai 1967 pour le cinquantenaire des appari­tions, mais ce fut un simple aller et retour dans la journée. Il n’y célébra qu’une messe basse en portugais devant le million de pèlerins qui étaient présents, re­fusa l’entretien que sœur Lucie lui demanda et n’alla pas prier à la Capelinha comme le programme le prévoyait. Dans son sermon, il exhorta l’humanité à œuvrer pour la paix sans faire aucune allusion au message de Notre-Dame. Robert Serrou écrira que Paul VI s’était rendu à Fatima parce qu’« il était sûr de trouver là l’une des plus extraordinaires tribunes du monde d’où il pourrait faire entendre sa voix sur la surface de la terre [52]. » Mais ce fut pour y prêcher une paix toute humaine comme il fit à l’ONU, car ses plans étaient autres que ceux du Ciel [53].

D’ailleurs, dans sa réforme liturgique, Paul VI a relégué la fête du Cœur Immaculé de Marie – que Pie XII avait élevée au rang de seconde classe – à une place de simple mémoire [54].

 

Développement de l’Ostpolitik

 

Écoutons le cardinal Sodano, secrétaire d’État, nous résumer la politique de Paul VI avec Moscou, dont le maître d’œuvre fut Mgr Casaroli :

 

C’est au cours du pontificat de Paul VI, que se déroula toute la première phase, la plus ardue, de l’Ostpolitik : c’est-à-dire la négociation concernant le cardinal Mindszenty et la possibilité de nommer des évêques en Hongrie ; les tractations exténuantes et interminables avec le gouvernement tchécoslovaque, qui allaient se poursuivre jusqu’à la chute du Mur ; l’accord de Belgrade avec le gouvernement de Tito ; et enfin les conversations avec le gouvernement polonais. [...] L’on enregistra alors le refus que le gouvernement polonais opposa à un voyage de Paul VI, même très bref, à Czestochowa. Suivit la visite de Mgr Casaroli aux diocèses polonais en 1967, qui l’amena jusqu’à Cracovie pour une rencontre cordiale et importante avec le cardinal Wojtyla.

Sous le pontificat de Paul VI, prend également son essor l’expérience multila­térale du Saint-Siège lors de la conférence d’Helsinki (1973-1975), lorsque la délé­gation vaticane obtint une reconnaissance explicite de la liberté religieuse (septième principe de l’Acte final) qui donna une légitimation formelle aux re­quêtes de l’Église dans les négociations bilatérales avec chaque gouvernement. Le pontificat se terminait par la requête que fit le pape au corps diplomatique en janvier 1978 : que les catholiques et les croyants de toutes confessions « puissent bénéficier » de l’espace de liberté dû à leur foi dans ses expressions tant person­nelles que communautaires. Cette requête solennelle sembla avoir la valeur pro­phétique d’une consigne morale donnée par Paul VI à son successeur [55].

 

On négociait donc de plus belle avec le démon. Ce n’est pas ce que le Ciel avait demandé et cela ne put aboutir. Un archevêque tchécoslovaque, Mgr Hnilica, eut le courage de faire une réponse cinglante au livre du cardinal Casaroli. Ce dernier méritait-il vraiment le titre de martyr de la patience que les éditeurs lui avaient donné pour honorer son auteur ?

 

Il me paraît tout à fait inapproprié et injuste d’utiliser le mot martyr pour ho­norer certains qui ne furent point martyrs et qui, par le biais d’actions diploma­tiques sophistiquées et à l’issue improbable, contribuèrent de facto à aggraver de manière notable le vrai martyre des vrais martyrs. [...] Le témoignage de tous les vrais martyrs est singulier, de ce point de vue. Selon eux, leurs souffrances se trouvèrent largement accrues par l’action de ceux de qui ils attendaient appui et soutien [56].

 

 

Jean-Paul Ier

 

Le pontificat de 33 jours de Jean-Paul Ier ne lui laissa pas le temps de faire quelque chose pour répondre aux demandes de Notre-Dame.

Archevêque de Venise, il avait manifesté une grande attention et dévotion envers les événements de Fatima. Il avait même rencontré longuement sœur Lucie le 11 juillet 1977, lors d’un pèlerinage diocésain [57].

Il faut souligner que Jean-Paul Ier avait pleinement accepté le Concile. Il disait de la liberté religieuse : « Pendant des années, j’avais enseigné la thèse que j’avais apprise au cours de droit public donné par le cardinal Ottaviani, selon laquelle seule la vérité avait des droits. J’ai étudié à fond le problème et, à la fin, je me suis convaincu que nous nous étions trompés [58]. » Faisant allusion aux traditionalistes, il affirmait : « Certains abus dans la liturgie ont pu favoriser, par réaction, des attitudes qui ont conduit à des prises de position insoutenables en elles-mêmes et contraires à l’Évangile [59]. »

Il aurait confié à l’un de ses conseillers : « Si je vis, je retournerai à Fatima pour consacrer le monde, et particulièrement les peuples de la Russie, à la sainte Vierge selon les indications que celle-ci a données à sœur Lucie [60]. »

Mais effectuer cette consécration ne consiste pas à réciter une simple prière. Un tel acte aurait signifié un renoncement total à la politique menée jusqu’ici par Jean XXIII et Paul VI. Jean-Paul Ier aurait-il eu la force, et surtout aurait-il eu les convictions nécessaires pour le faire ?

Rien ne permet de l’affirmer puisqu’il avait pris pour nom de pape ceux de ses prédécesseurs, et s’était engagé résolument dans le sens de Vatican II et de la réforme liturgique.

 

 

Jean-Paul II poursuit l’Ostpolitik

 

Arrivé sur le siège de Pierre, Jean-Paul II continua la politique d’ouverture à l’Est entreprise par Paul VI. Reprenons la conférence du cardinal Sodano :

 

En octobre 1978, l’élection de Jean-Paul II introduisit des nouveautés d’une grande importance dans les rapports avec l’Est : 1) l’expérience personnelle d’un pasteur qui avait enduré l’oppression et les injustices faites à son peuple ; 2) l’af­firmation contenue dans l’encyclique Redemptor hominis, que les droits de l’homme et les libertés fondamentales ont un unique enracinement dans la di­gnité de la personne et constituent le critère pour vérifier la légitimité des ré­gimes de quelque pays que ce soit ; 3) la fierté de la nation polonaise qui reven­diquait la restitution de sa dignité chrétienne.

Ce fut un défi dans tous les domaines que le pape venu de l’Est lança à l’URSS et aux autres régimes communistes, tandis que les négociations se poursuivaient avec une plus forte impulsion sous la conduite du cardinal Casaroli devenu se­crétaire d’État. [... Ces tractations] visaient à récupérer des espaces de prière, la possibilité de formation pour la catéchèse, la diffusion d’idées comme la dignité de la personne et la liberté de conscience, qui étaient en contradiction avec l’idéo­logie et l’organisation du monde communiste. De cette manière, l’action patiente et infatigable contribua, sur un long temps [...] à opérer cette érosion du système des régimes communistes, qui les frappait justement en ce qu’ils considéraient comme essentiel pour leur idéologie, le contrôle des esprits [61].

 

Ce n’est pas le règne de Jésus et de Marie, fruit de la consécration de la Russie, qui est poursuivi par ces hommes d’Église, mais la diffusion des Droits de l’homme et de la liberté de conscience. C’est vraiment un autre plan que ce­lui du Ciel.

Jean-Paul II était d’ailleurs indifférent à Fatima au début de son pontificat. C’est la tentative d’assassinat du 13 mai 1981 qui attira subitement son attention sur le message de Notre-Dame et sembla lui donner quelques remords de conscience. Il se décida alors à faire quelque chose.

 

Tentatives de consécration

 

A l’occasion de la publication du troisième secret de Fatima en 2000, Mgr Bertone, secrétaire de la congrégation pour la Doctrine de la foi, fit le récit des tentatives de consécration faites par Jean-Paul II. C’est la version officielle du Vatican.

 

Les consécrations de 1981 (Rome) et 1982 (Fatima)

 

Nous regroupons les consécrations de 1981 et de 1982 car les textes sont identiques.

 

Jean-Paul II a demandé l'enveloppe contenant la troisième partie du « secret » après l'attentat du 13 mai 1981. [...]

Comme on le sait, le pape Jean-Paul II pensa aussitôt à la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie et composa lui-même une prière pour ce qu'il défi­nit comme « un acte de consécration » à célébrer dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, le 7 juin 1981, solennité de la Pentecôte, jour choisi pour rappeler le 1600e anniversaire du premier concile de Constantinople et le 1550e anniversaire du concile d'Éphèse. Le pape étant par force absent [62], on transmit son allocution enregistrée. Nous donnons le texte qui se réfère exactement à l'acte de consécra­tion :

« Mère des hommes et des peuples, toi [63] qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d'une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui secouent le monde, accueille l'appel que, dans l'Esprit-Saint, nous adressons directement à ton cœur, et em­brasse dans ton amour de Mère et de servante du Seigneur, ceux qui ont le plus besoin de ta tendresse et aussi ceux dont tu attends toi-même d'une façon parti­culière qu'ils s'en remettent à toi. Prends sous ta protection maternelle toute la fa­mille humaine que, dans un élan affectueux, nous remettons entre tes mains, ô notre Mère. Que vienne pour tous le temps de la paix et de la liberté, le temps de la vérité, de la justice et de l'espérance » [64].

 

Il ne s’agit pas de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie en union avec les évêques du monde entier. Il s’agit de la remise, par le pape seul, de « toute la famille humaine » entre les mains de la « Mère des hommes et des peuples ».

Le Cœur Immaculé de Marie n’est même pas nommé explicitement. Le texte ne parle que de son « cœur » sans aucune précision.

Le pape renouvela cet acte le 13 mai 1982 à Fatima.

Sœur Lucie réagit d’ailleurs aussitôt en remettant le texte suivant à Mgr Portalupi, nonce apostolique au Portugal :

 

Dans l’acte d’offrande du 13 mai 1982, la Russie n’est pas apparue nettement comme étant l’objet de la consécration. Et chaque évêque n’a pas organisé dans son diocèse une cérémonie publique et solennelle de réparation et de consécra­tion de la Russie. Le pape Jean-Paul II a simplement renouvelé la consécration du monde faite par Pie XII le 31 octobre 1942. On peut en espérer certains bienfaits, mais non pas la conversion de la Russie [65].

 

Et elle conclut :

 

La consécration de la Russie n’est pas faite comme Notre-Dame l’a demandé. Je ne pouvais pas le dire car je n’avais pas la permission du Saint-Siège [66].

 

La consécration du 25 mars 1984

 

Continuons le texte de Mgr Bertone :

 

Mais le Saint-Père, pour répondre plus complètement aux demandes de « Notre-Dame [67] », voulut expliciter au cours de l'Année sainte de la Rédemption l'acte de consécration du 7 juin 1981, repris à Fatima le 13 mai 1982. Le 25 mars 1984, sur la place Saint-Pierre, en union spirituelle avec tous les évêques du monde, « convoqués » précédemment, évoquant le fiat prononcé par Marie au moment de l'Annonciation, le pape consacre au Cœur Immaculé de Marie les hommes et les peuples, avec des accents qui rappellent des paroles poignantes pro­noncées en 1981 :

« C'est pourquoi, ô Mère des hommes et des peuples, toi qui connais toutes leurs souffrances et leurs espérances, toi qui ressens d'une façon maternelle toutes les luttes entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres qui se­couent le monde contemporain, reçois l'appel que, mus par l'Esprit-Saint, nous adressons directement à ton Cœur, et avec ton amour de mère et de servante du Seigneur, embrasse notre monde humain, que nous t'offrons et te consacrons, pleins d'inquiétude pour le sort terrestre et éternel des hommes et des peuples. Nous t'offrons et te consacrons d'une manière spéciale les hommes et les nations qui ont particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration. Sous l'abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu ! Ne rejette pas nos prières alors que nous sommes dans l'épreuve !

« Devant toi, Mère du Christ, devant ton Cœur immaculé, nous voulons au­jourd'hui, avec toute l'Église, nous unir à la consécration que ton Fils a faite de lui-même à son Père, par amour pour nous : “Pour eux, a-t-il dit, je me consacre moi-même, afin qu'ils soient eux aussi consacrés en vérité” (Jn 17, 19). Nous vou­lons nous unir à notre Rédempteur en cette consécration pour le monde et pour les hommes, laquelle, dans le cœur divin, a le pouvoir d'obtenir le pardon et de pro­curer la réparation.

« La puissance de cette consécration dure dans tous les temps, elle embrasse tous les hommes, peuples et nations, elle surpasse tout mal que l'esprit des té­nèbres est capable de réveiller dans le cœur de l'homme et dans son histoire, et que, de fait, il a réveillé à notre époque. 

« Combien profondément nous sentons le besoin de consécration pour l'hu­manité et pour le monde, pour notre monde contemporain, dans l'unité du Christ lui-même ! A l'œuvre rédemptrice du Christ, en effet, doit participer le monde par l'intermédiaire de l'Église. [...]

« Aide-nous [68] à vivre dans la vérité de la consécration du Christ pour toute la famille humaine du monde contemporain ! En te confiant, ô Mère, le monde, tous les hommes et tous les peuples, nous te confions aussi la consécration même du monde [69] et nous la mettons dans ton cœur maternel » [70].

 

Cette consécration fut-elle celle que la Vierge Marie avait demandée ?

Tout d’abord, Jean-Paul II, en union avec les évêques, a consacré le monde, il le répète même plusieurs fois, sans allusion, même voilée, à la Russie [71]. Dans l’homélie de la messe qu’il célébra le matin même à Rome, le pape dit claire­ment son intention :

 

Accomplir une fois de plus ce que mes prédécesseurs ont déjà fait : confier le monde au Cœur de la Mère.

 

Tout le monde sait que ses prédécesseurs n’ont pas consacré la Russie au Cœur Immaculé. D’ailleurs un seul de ses prédécesseurs a fait une consécration solennelle : Pie XII, consacrant le monde en 1942. Jean-Paul II affirme clairement qu’il ne veut rien faire de plus.

S’il avait voulu consacrer la Russie, il aurait dit : « La Russie n’ayant pas en­core été consacrée au Cœur Immaculé de Marie, j’ai décidé d’accomplir cet acte aujourd’hui pour répondre aux demandes de Notre-Dame de Fatima. »

Le pape était si sûr de ne pas répondre aux demandes de la sainte Vierge, que le soir même de la consécration, dans une prière à Notre-Dame, il parla de « ces peuples pour lesquels tu attends toi-même notre acte de consécration [72] ». Le pape savait que la Vierge Marie attendait encore, malgré la cérémonie du matin.

A Mgr Cordes, président du conseil pontifical pour les Laïcs, lui demandant pour quelle raison il avait renoncé à nommer expressément la Russie, il répon­dit qu’il craignait « que ses paroles soient interprétées comme une provocation par les dirigeants soviétiques [73]. »

Il est vrai que, cette fois, dans la formule employée par Jean-Paul II, le Cœur Immaculé de Marie est explicitement mentionné, ce qui n’existait pas dans les consécrations de 1981 et 1982 où le pape disait seulement : « Nous nous adres­sons directement à ton cœur. » L’ensemble du texte est cependant assez confus, et sa seule lecture laisse au moins un doute : on ne sait pas si la consé­cration a été faite à la « Mère des hommes et des peuples » ou explicitement au Cœur Immaculé de Marie [74].

Sœur Lucie ne s’y est pas trompée. Trois jours avant la consécration, le jeudi 22 mars 1984, à Mme Pestana qui lui demandait : « Alors, Lucie, dimanche, c’est la consécration ? », elle fit signe que non et ajouta : « Cette consécration ne peut avoir un caractère décisif [75]. » Sœur Lucie savait de quoi il s’agissait, car elle avait eu en mains le texte que le pape allait lire.

L’année suivante, dans un entretien paru dans Sol de Fatima en septembre 1985, et portant sur la consécration de 1984, sœur Lucie dit clairement : « Il n’y avait pas la participation de tous les évêques, et il n’y avait aucune mention de la Russie. » A la question : « Alors, la consécration n’a pas été faite comme le demandait Notre-Dame ? » Sœur Lucie répondit : « Non. Beaucoup d’évêques n’y ont attaché aucune importance. »

Dans Chrétiens-Magazine de mars 1987, le très progressiste abbé Laurentin avouait : « Sœur Lucie demeure insatisfaite. [...] Elle semble penser que la consécration n’a pas été faite comme Notre-Dame l’a voulu. »

Les choses sont claires : les consécrations faites par Jean-Paul II en 1981, 1982 et 1984, ne sont pas celles que Notre-Dame a explicitement demandées.

 

Après la Perestroïka

 

Le Vatican s’oppose à la consécration de la Russie

 

L’Ostpolitik de Jean-Paul II trouva son sommet le 1er décembre 1989, moins d’un mois après la chute du rideau de fer, par la réception au Vatican de Mikhaïl Gorbatchev, président du Soviet suprême de l’URSS [76].

Rome inaugura à ce moment une nouvelle politique. L’accès aux pays de l’Est était devenu plus facile, mais ce n’est pas une campagne d’évangélisation qui fut décidée, ce fut au contraire l’application de l’œcuménisme conciliaire. On arriva aux accords de Balamand, signés le 23 juin 1993 entre catholiques et schismatiques. Ceux-ci furent conclus « en excluant pour l’avenir tout prosély­tisme et toute volonté d’expansion des catholiques aux dépens de l’Église or­thodoxe (n° 35) [77]. »

On ne peut s’opposer davantage au désir de la Vierge Marie de convertir la Russie. Le père Alonso, historien officiel de Fatima, écrivait en effet en 1976 :

 

Nous devons affirmer que Lucie a toujours pensé que la conversion de la Russie ne doit pas être limitée au retour du peuple russe à la religion chrétienne orthodoxe, rejetant le marxisme athée des soviétiques, mais elle se réfère pure­ment et simplement à la conversion totale, intégrale, de la Russie à l’unique Église du Christ, l’Église catholique [78].

 

Revirement de sœur Lucie ?

 

En mai 1989, sœur Lucie confie au cardinal Law, archevêque de Boston, au sujet de la consécration :

 

Le Saint-Père considère qu’elle a été faite, au mieux des possibilités, selon les circonstances. Faite sur le chemin étroit de la consécration collégiale que [Notre-Dame] a demandé et qu’elle désirait ? Non, cela n’a pas été fait [79].

 

Sœur Lucie dit clairement ici que :

— c’est le pape qui considère que la consécration a été faite ;

— celle-ci ne correspond pas aux demandes exactes de Notre-Dame.

Ce texte est important, car c’est la dernière fois que sœur Lucie affirme que la Russie n’a pas été consacrée comme la sainte Vierge l’a demandé.Il semble qu’ensuite, à partir de juin, sœur Lucie ait fini par dire que la consécration a été accomplie [80].

En 2000, à l’occasion de la publication de la troisième partie du secret de Fatima, Mgr Bertone alla beaucoup plus loin dans le document que nous avons déjà cité :

 

Sœur Lucie confirma personnellement que cet acte solennel et universel de consécration [de 1984] correspondait à ce que voulait Notre-Dame (“Sim, està feita, tal como Nossa Senhora a pediu, desde o dia 25 de Março de 1984” : “Oui, cela a été fait, comme Notre-Dame l'avait demandé, le 25 mars 1984” ; lettre du 8 no­vembre 1989). C'est pourquoi toute discussion, toute nouvelle pétition est sans fondement [81].

 

Pourtant il est clair que la consécration telle que l’a demandée Notre-Dame n’a pas été faite. Sœur Lucie aurait-elle fini par se persuader que le Ciel avait ac­cepté l’acte incomplet de 1984 ? Différentes causes pourraient expliquer son changement de discours : la pression des autorités vaticanes, la chute du rideau de fer, l’arrêt des persécutions physiques [82] en Russie et une totale désinforma­tion sur la situation réelle de ce pays. En tous cas, la nouvelle attitude de la voyante permettait à Rome de faire passer la Perestroïka comme le résultat de la consécration de 1984 [83] et d’en attribuer la gloire à Jean-Paul II. Cette interpréta­tion des choses était un moyen de clore définitivement le dossier de Fatima : la consécration est faite, Fatima appartient au passé [84].

Cependant, toute une partie du monde catholique continuant à réclamer la consécration de la Russie [85], Mgr Bertone se rendit lui-même le 17 novembre 2001 au carmel de Coïmbra pour obtenir une nouvelle confirmation de la part de sœur Lucie. Il lui fit redire : « La consécration désirée par Notre-Dame a été faite en 1984 et a été acceptée au ciel [86]. »

Une lecture attentive du texte laisse toutefois perplexe. D’une part, le compte-rendu de la conversation d’une heure et demi à deux heures que le pré­lat eut avec la voyante, comporte seulement quelques dizaines de mots. D’autre part, Mgr Bertone fait affirmer par sœur Lucie qu’elle « a lu attentivement et a médité le fascicule publié par la congrégation pour la Doctrine de la foi, et confirme tout ce qui y a été dit [87]. »

Or, dans ce texte présentant la troisième partie du secret de Fatima, le cardi­nal Ratzinger se réfère explicitement au « théologien flamand E. Dhanis, émi­nent connaisseur de cette question [88] »

De plus, il n’hésite pas à dire :

 

Il est clair que dans les visions de Lourdes, Fatima, etc., il ne s’agit pas de la perception normale extérieure des sens : les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l’espace, comme s’y trouve par exemple un arbre ou une maison. Cela est absolument évident, par exemple, en ce qui concerne la vision de l’enfer (décrite dans la première partie du secret de Fatima) ou encore dans la vision décrite dans la troisième partie du secret [89]. [...] La conclusion du secret rappelle des images que sœur Lucie peut avoir vues dans des livres de piété et dont le contenu provient d’anciennes intuitions de foi [90].

 

On ne peut mieux mettre le doute sur les apparitions et le message de Fatima.

Comment sœur Lucie a-t-elle pu approuver un tel texte ? Ou bien il est faux qu’elle ait confirmé « tout ce qui y a été dit », ou bien elle ne l’a fait que par obéissance.

Quoi qu’il en soit du mystère entourant le témoignage de sœur Lucie à partir de 1989, et que sa mort laisse maintenant entier [91], il faut de toutes façons appli­quer le conseil de Notre-Seigneur : « On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Mt 12, 33). Si le Ciel a accepté la consécration de 1984, on devrait en voir les fruits. Qu’en est-il après vingt ans ?

 

 

Le Ciel attend toujours

 

Les fruits attachés par Notre-Dame à cet acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie à son Cœur Immaculé sont au nombre de trois, d'après le message du 13 juillet 1917:

— la conversion de la Russie ;

— un certain temps de paix donné au monde ;

— le salut éternel de beaucoup d'âmes.

Il suffit de regarder la situation du monde et de l’Église vingt ans après la prétendue consécration de 1984, pour constater l’absence complète de ces trois effets et du triomphe du Cœur Immaculé de Marie qui doit s’ensuivre.

 

La Russie n’est pas convertie

 

Le 13 juillet 1917, Notre-Dame avait dit : « Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira. » Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous avons un point de comparaison : le Portugal fut consacré au Cœur Immaculé de Marie en 1931. Le résultat en fut une résurrection extraordinaire du catholicisme dans ce pays [92]. Peut-on observer quelque chose d’analogue en Russie depuis la consécration de 1984 ?

Le peuple russe est aujourd’hui en train de sombrer dans le désespoir le plus profond et se réfugie dans l’alcoolisme : près de 50 % des hommes et 17 % des femmes [93]. Les chiffres de la démographie sont encore plus révélateurs de l’ef­fondrement moral du pays, puisque 2/3 des enfants conçus sont maintenant victimes de l’avortement. Il y a eu, en 1999, 2 300 000 avortements et seulement 1 214 000 naissances.

La natalité très basse jointe à la mortalité importante due à l’alcoolisme, aux accidents de la route, aux suicides (même chez les enfants), aux crimes et à la très mauvaise santé de la population, font que la Russie a perdu plus de trois millions d’habitants entre 1989 (chute du Mur de Berlin) et 2004 [94]. On compte en fait deux décès pour une naissance [95]. Le déficit de population avoisine un million de personnes par an, ce qui est un cas unique dans le monde [96].

Ce sont là les chiffres d’un peuple désespéré, se considérant sans avenir ; de tels chiffres ne se rencontrent habituellement que chez des peuples en guerre.

Toujours sur le plan de la moralité, Boris Eltsine a légalisé l’homosexualité en Russie en 1993,  qui est aussi devenue un centre international de pornographie enfantine [97].

 

Dans une entrevue à l’hebdomadaire argentin Cristo Hoy, le père Hector Muñoz O.P., au retour de trois années de ministère en Russie, confiait :

 

La Russie est une terre dévastée par le marxisme, par les siècles qui l’ont pré­cédé et par le passage brutal et irrationnel à un autre système. L’athéisme a péné­tré très profondément. Selon les données des prêtres orthodoxes, la pratique re­ligieuse dans leur Église n’arrive pas à 2 %. Les dirigeants politiques sont très at­taqués et avec raison. La corruption atteint des niveaux de scandale public, le sa­laire moyen d’un ouvrier ordinaire est de quatre-vingts dollars par mois, celui d’un travailleur rural de trente dollars, et les pensions des veuves de quatorze dollars. Le pourcentage de divorces à Moscou atteint 70 % et, sur l’ensemble de la Russie 45 %, ce qui signifie que la moitié des familles sont blessées [98].

 

L’Osservatore Romano en langue portugaise, du 30 octobre 1999 (p. 9-10) confirmait cette appréciation en écrivant :

 

L’évangélisation de la Russie représente une entreprise d’une difficulté qui dépasse l’imaginable. Il suffit d’observer le fait que le nombre de croyants qui pratiquent la foi, toutes confessions chrétiennes comprises, correspond à environ 2 à 3 % de la population.

 

Pour aggraver le tableau, les autorités politiques semblent de leur côté s’acharner à entraver l’action de l’Église catholique en Russie. La loi sur la « liberté religieuse » adoptée en 1997 sur pression du patriarcat schismatique de Moscou, est une loi de véritable persécution contre l’Église catholique. Cette loi fait en effet une distinction entre :

— les « organisations religieuses », qui ont le statut de personne morale, et bénéficient donc d’une totale existence légale en Russie. Quatre religions sont reconnues ainsi : l’Église schismatique russe, le judaïsme, l’islam et le boud­dhisme.

— les « groupes religieux » qui ne bénéficient pas du statut précédent et dont la situation demeure très précaire dans le pays. L’Église catholique est placée dans cette catégorie, mise au même rang que les sectes. En conséquence, elle n’a pas le droit d’enseigner la religion dans les écoles publiques, ni de fonder ses propres écoles, ni d’assurer l’aumônerie dans les prisons, hôpitaux et maisons de retraite, ni même d’être propriétaire d’imprimeries, de journaux, etc.

La persécution contre l’Église n’a donc pas cessé. Elle a simplement pris une autre forme.

A ce tableau moral et religieux, il faut ajouter que la Russie est en train de re­prendre une puissance politique et militaire qui peut inquiéter :

— renforcement du pouvoir central,

— puissance nucléaire recouvrée,

— coopération économique et militaire avec l’Iran et la Chine,

— expansion économique (même si elle n’améliore guère le niveau de vie du citoyen moyen).

Dans le contexte international troublé que nous connaissons, la Russie pour­rait facilement devenir à nouveau une menace pour l’Occident.

Il faut dire plus encore. Non seulement la Russie n’est pas convertie, mais ses erreurs sont aujourd’hui répandues dans le monde entier [99]. Cette situation, qui ne cesse d’empirer vingt ans après l’acte de Jean-Paul II de 1984, prouve bien a posteriori, et de manière évidente, que la consécration n’a pas été faite.

 

Le monde n’est pas en paix

 

Il est une autre promesse attachée par la sainte Vierge à la consécration de la Russie : « Il sera donné au monde un certain temps de paix » (13 juillet 1917).

Or le monde se trouve actuellement dans un état d’instabilité générateur de guerres continuelles.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, elle-même prophétisée par Notre-Dame dans son message du 13 juillet 1917 comme châtiment des crimes du monde, il n’y a jamais eu de paix globale sur la terre. Rien n’a changé à ce sujet depuis la consécration de 1984. Les guerres du Kosovo, d’Afghanistan et d’Irak en sont la preuve, sans compter les guerres civiles qui continuent ici ou là, en Afrique ou ailleurs, à ravager des pays entiers : le journal portugais 24 Heures du 18 avril 1999, publia une carte des guerres civiles qui se sont déroulées dans le monde durant la décennie 1990. Il recensait près de six millions de morts. Son bilan n’incluait pas les guérillas communistes d’Amérique latine.

Sœur Lucie elle-même, dans son ouvrage Appels du message de Fatima, qu’elle a terminé en 1997 (donc treize ans après la consécration de Jean-Paul II), et que le Vatican a autorisé à publier en décembre 2000 [100], écrivait :

 

Dirigeons notre regard vers le monde ! Que voyons-nous ? Quel tableau se déploie sous nos yeux ? Des guerres [101], toutes sortes de haines et d’ambitions, des enlèvements, des vols, des vengeances, des fraudes, des homicides, de l’immora­lité, etc. Et comme châtiment de tant de péchés : des catastrophes, des maladies, des désastres, la faim et toute espèce de douleur et de souffrance, sous le poids desquels l’humanité gémit et pleure.

Les hommes qui se jugent sages et puissants continuent toujours d’entretenir des projets de guerres, de meurtres, de dévastations, de malheurs... avec toujours plus de sang répandu, sang qui forme une mer où ils noient les peuples [102].

 

On ne peut tracer un tableau plus tragique de la situation du monde.

Jean-Paul II fait d’ailleurs la même constatation, manifestant ainsi lui-même que son acte de 1984 n’a servi à rien :

 

Dans quelques jours, nous rappellerons le tragique attentat des « tours ju­melles » de New York. Malheureusement, avec les tours, semblent s’être écrou­lées également de nombreuses espérances de paix. Les guerres et les conflits conti­nuent de s’étendre et d’empoisonner la vie de tant de peuples, en particulier des pays les plus pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine [103].

Regardant la situation actuelle du monde, on ne peut que constater un défer­lement impressionnant de multiples manifestations sociales et politiques du mal : du désordre social à l’anarchie et à la guerre, de l’injustice à la violence contre au­trui et à sa suppression [104] ?

 

Mais pour obtenir la paix, ce n’est pas dans le message de la Vierge Marie à Fatima que Jean-Paul II met toute son espérance, c’est dans l’œcuménisme :

 

Voyant combien les peuples avaient un besoin pressant de rêver à nouveau d’un avenir de paix et de prospérité pour tous, j’invitai les croyants des diverses religions du monde à se rassembler en prière pour la paix. J’avais devant les yeux la grande vision du prophète Isaïe : tous les peuples du monde en chemin des divers points de la terre pour se rassembler autour de Dieu comme une famille unique, grande et multiforme [105]. Telle était la vision qu’avait dans le cœur le bienheureux Jean XXIII et qui le poussa à écrire l’encyclique Pacem in terris. A Assise, ce rêve prit une forme concrète et visible [106].

 

Pas plus que l’acte de 1984, ces réunions interreligieuses n’ont amené la paix sur la terre, Jean-Paul II le constate lui-même. Or la très sainte Vierge avait promis « un certain temps de paix » si l’on accomplissait ses demandes. Ces guerres permanentes qui continuent à ravager le monde, prouvent que l’on n’a toujours pas obéi à la sainte Vierge.

 

Les âmes sont de plus en plus nombreuses à tomber en enfer

 

La Vierge Marie avait enfin attaché une troisième promesse à la consécration de la Russie : « Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauve­ront » (13 juillet 1917).

Un monde où beaucoup d’âmes seraient sauvées serait un monde qui vivrait majoritairement et officiellement dans le respect des règles de la morale, et en particulier des saintes lois du mariage chrétien.

Or il n’est pas besoin de faire de longues démonstrations pour constater que le monde s’enfonce dans une immoralité qui dépasse de loin les crimes de Sodome et de Gomorrhe.

Sœur Lucie, là aussi, tient à le faire remarquer dans son dernier ouvrage. Ainsi, à propos du sixième commandement de Dieu, elle écrit :

 

En ces temps-ci où la société paraît avoir fait de ce péché une loi, la sainte Écriture rappelle toujours le commandement de Dieu : « Tu ne commettras pas d’adultère » (Dt 5, 17). [...]

Cela fait donc peur de regarder le monde d’aujourd’hui, avec le désordre qui règne à ce sujet et la facilité avec laquelle on plonge dans l’immoralité [107].

 

A propos du neuvième commandement, elle dit encore :

 

« Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain » (Dt 5, 21). Le désordre contre ce commandement est tel dans le monde que je me demande à moi-même s’il vaut encore la peine d’en parler. Mais la réponse est affirmative : parce que, même si tout le monde se perd dans l’abîme, la parole de Dieu subsiste [108].

 

Dans les Appels, sœur Lucie insiste spécialement sur ces deux péchés. C’est qu’elle a en tête ce que la sainte Vierge avait dit à la petite Jacinthe : « Notre-Dame a dit que le péché de la chair est celui qui conduit le plus d’âmes en en­fer [109]. »

La Vierge Marie avait promis qu’un grand nombre d’âmes pourrait être sauvé si la Russie était consacrée à son Cœur Immaculé. La situation présente du monde conduit au contraire un grand nombre d’âmes en enfer. C’est la preuve que la Russie n’est pas consacrée.

 

Le Cœur Immaculé de Marie n’est pas exalté

 

Aucune des trois promesses attachées à la consécration de la Russie ne s’est donc réalisée. Il faut encore ajouter une dernière remarque, la plus importante : sœur Lucie demanda un jour à Notre-Seigneur pourquoi ces trois bienfaits mer­veilleux ne pouvaient être accordés sans que le pape consacrât la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Notre-Seigneur répondit :

 

Parce que je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration [conversion de la Russie] comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, pour étendre ensuite son culte et pour mettre, à côté de la dévotion à mon divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé [110].

 

Ce n’est pas ce qui s’est passé depuis le 25 mars 1984. La dévotion au Cœur Immaculé de Marie n’a jamais été si absente, et la chute du mur de Berlin a été exploitée, non pour exalter la Vierge Marie, mais la politique de Jean-Paul II. A sa mort, les médias l’ont salué comme « le tombeur du communisme [111] », « l’artisan de l’effondrement du communisme en Pologne [112] », et l’Osservatore Romano écrivit : « On a beaucoup insisté sur le rôle que le pape a joué dans l’ef­fondrement du communisme. C’est une histoire qui est encore en grande partie à écrire [113]. » Jean-Paul II lui même avait d’ailleurs déclaré en 1994 :

 

Il serait simpliste de prétendre que l’effondrement du communisme a été pro­voqué par l’intervention directe de la divine Providence. [...] Le communisme est tombé tout seul, à cause de sa faiblesse immanente [114].

 

Le pape ne dit pas qu’il a consacré la Russie, il ne fait aucun lien entre la chute du mur de Berlin et la consécration de 1984, il n’attribue pas la situation présente de la Russie à une action du Cœur Immaculé de Marie, il dit même que le mur est tombé tout seul.

On est très loin d’un triomphe du Cœur de Notre-Dame. Il est donc manifeste que Jean-Paul II n’a pas consacré la Russie comme la sainte Vierge l’a demandé. Il faut ajouter qu’il n’a jamais rien fait non plus pour répandre la dévotion répa­ratrice des premiers samedis du mois.

 

 

Épilogue

 

Le dimanche de Pâques 1984, Mgr Lefebvre termina ainsi son sermon :

 

La très sainte Vierge Marie désire que la Russie soit consacrée à son Cœur Immaculé. Pourquoi ? Pour que son Fils règne en Russie, pour que le règne de Notre-Seigneur revienne dans ce pays qui est maintenant le pays livré à Satan, l’instrument de Satan pour détruire le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans toute l’humanité, dans le monde entier. Alors la très sainte Vierge, elle qui a écrasé la tête du serpent, elle qui lutte contre Satan, sait que c’est là qu’il faut por­ter la bénédiction de Dieu. Et c’est pourquoi elle a demandé que la Russie soit consacrée à son Cœur Immaculé : elle veut être Reine de la Russie pour y faire régner son Fils.

Il semble que l’on n’arrive pas à faire dire cette parole : « Nous consacrons la Russie au Cœur Immaculé de Marie » afin que les grâces de la très sainte Vierge Marie convertissent ce pays et en fassent un pays de mission, un pays qui soit missionnaire, au lieu d’être l’instrument de Satan.

Vraiment, nous vivons une période surprenante, étonnante : le bon Dieu per­met que Satan étende son règne d’une manière incroyable. Alors, nous devons lutter contre Satan avec le secours de la très sainte Vierge Marie pour que règne Notre-Seigneur Jésus-Christ son divin Fils [115].

 

Dans ce combat des derniers temps, nous gardons une espérance invincible fondée sur la promesse infaillible de Notre-Seigneur : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18).

Notre-Seigneur dira lui-même à sœur Lucie, à Rianjo, en écho à ses paroles de l’Évangile :

 

Ils n’ont pas voulu écouter ma demande ! Comme le roi de France, ils s’en re­pentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir [116].

 

Et le 29 août 1931, dans une lettre à Mgr da Silva, évêque de Leiria-Fatima, sœur Lucie précisera que Notre-Seigneur avait ajouté : « Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie [117]. »

 

« A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. »

(Notre-Dame, le 13 juillet 1917.)

 


[1] — DC 2230, p. 672.

[2] — DC 2230, ibid., p. 673.

[3] — Père Joaquin Maria Alonso, Fatima ante la esfinge el mensaje escatologico de Tuy, Éd. Sol de Fatima, Madrid, 1979, p. 92. Cet ouvrage n’a jamais été traduit en français. — Le père Joaquin-Maria Alonso (1913-1981), clarétain espagnol, est certainement le spécialiste le plus autorisé des apparitions de Fatima. En 1966, Mgr Venancio, évêque de Leiria-Fatima, lui demanda d’entreprendre une étude critique complète de l’histoire et du message de Fatima. Ses recherches l’amenèrent à rencontrer souvent sœur Lucie. Les travaux étaient terminés en 1975 lorsque Mgr do Amaral évêque de Leiria-Fatima en a interdit la publication. Il fallut attendre 1992 pour qu’un premier volume de documents soit publié par le sanctuaire en langue portugaise. Trois autres ont été publiés depuis. Mais l’ensemble de l’œuvre (24 livres de 800 pages chacun) reste encore inaccessible.

[4] — Cité par le père Alonso dans Marie sous le symbole du cœur, contribution de six experts à la connaissance de Fatima, Paris, Téqui, 1973, p. 50.

[5] — Voir B. de Lespielle, « La Russie ou “l’empire intérieur” », dans Civitas n° 10, 4e trimestre 2003, p. 61-67 (article très favorable à Vladimir Poutine ; sans vouloir préjuger de l’avenir, une plus grande prudence nous semble de mise).

[6] — Dom Guéranger, Année liturgique, 12 novembre, fête de saint Josaphat.

[7] — Il fait allusion à la Rome catholique (« première Rome ») qu’il estime maintenant déchue, et à la chute de Constantinople (« seconde Rome »).

[8] — Lors du schisme, les orientaux reprochaient à l’Église romaine d’utiliser du pain azyme pour la consécration du Corps de Notre-Seigneur à la Messe.

[9] — Il s’agit de Constantinople.

[10] — Voir Gaston Zananiri, Pape et patriarches, Paris, NEL, 1962, p. 63-66.

[11] — Père Calmel O.P., « Le Cœur Immaculé de Marie et la paix du monde », dans Itinéraires 38, décembre 1959, p. 24.

[12] — A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, parmi les catholiques, un élan de ferveur se produisait en faveur de la conversion de la Russie. Dieu semblait préparer les cœurs en vue des événements de Fatima. Voir l’article du père Emmanuel-Marie O.P. : « Le père Emmanuel et l’Orient chrétien » dans Le Sel de la terre 44, p. 424-449 ; et Antoine Wenger, Rome et Moscou, 1900-1950, Paris, DDB, 1987, p. 18, au sujet du père d’Alzon qui remit à Pie IX en 1878 un Mémoire sur un essai d’évangélisation en Russie.

[13] — Il est important de noter ici que Notre-Dame n’a pas parlé de la « conversion des Russes », mais de la « conversion de la Russie », désignant ainsi ce pays en tant qu’entité politique et sociale. Il s’agit donc, non seulement d’une conversion de la majorité de la population – préalable nécessaire à tout redressement – mais aussi d’une régénération de toutes les institutions de la Russie qui deviendra un authentique pays de chrétienté.

[14] — On s’attendrait à touver le mot conversion. Il semble qu’il s’agisse d’un lapsus calami de sœur Lucie.

[15] — Lettre reproduite par le père. A.M. Martins S.J. dans Memórias e cartas da irmã Lúcia, Porto, L.E., 1973, p. 415. Dans cet ouvrage, les lettres de sœur Lucie sont présentées en langue portugaise, française et anglaise. Le texte original portugais indique mas será tarde : « mais il sera tard ». Une grossière erreur, que l’on retrouve parfois dans certains ouvrages, met dans les traductions française et anglaise : « ce sera trop tard, it will be too late ». Sœur Lucie écrira à Mgr da Silva le 29 août 1931 : « Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie » (lettre citée par le père Alonso dans Marie sous le symbole du cœur, ibid., p. 43).

[16] — Sur la question des indulgences, on peut se reporter au Sel de la terre 46 (p. 23-53) et 48 (p. 79-118).

[17] — La Vulgate de saint Jérôme traduit sanctifico meipsum, je me sanctifie moi-même. Mais l’original grec emploie le mot de consécration. Les commentateurs s’accordent à reconnaître que c’est en ce sens que Notre-Seigneur s’est offert pour ses disciples. Il s’est consacré comme victime afin qu’eux soient consacrés en vérité, c’est-à-dire pleinement (voir par exemple le commentaire de la Bible par les abbés Pirot et Clamer, sur ce verset de l’Évangile selon saint Jean).

[18] — Léon XIII, Lettre encyclique Annum sacrum, dans Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, Paris, Bonne Presse, sans date, t. VI, p. 27 et 31.

[19] — Nous avons résumé ici un article du père Joseph de Sainte-Marie O.C.D., « Réflexions sur un acte de consécration », paru dans la revue Marianum XLIV (Rome, 1982). Nous ne partageons pas toutes les considérations de l’auteur, mais les réflexions que nous avons extraites nous paraissent les plus profondes qui aient été écrites sur ce sujet.

[20] — Voir : frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1986, troisième section ; ou le résumé qui en est fait par le frère François de Marie-des-Anges, Fatima joie intime événement mondial, CRC, 1991, ch. 10.

[21] — Le 5 août 1921, Benoît XV lança un appel mondial en faveur de la Russie pour envoyer des secours lors de la grande famine qui sévit en Russie après la guerre de 1914-1918. Puis il entra en pourparlers avec le gouvernement de Lénine pour la distribution des vivres. L’intention charitable était louable, mais l’opération favorisait grandement le gouvernement communiste qui tentait au même moment de se faire reconnaître par les grandes puissances. Continuant sur la lancée, Pie XI alla beaucoup plus loin : à la conférence de Gênes de 1922, la première rencontre internationale où siégèrent les bolcheviques, Mgr Pizzardo suggéra « la réadmission de la Russie dans la communauté des pays civilisés » en échange de la liberté de conscience et de la liberté de culte. Mgr d’Herbigny fut l’un des agents les plus actifs de cette politique. Voir : Ulisse Floridi, Moscou et le Vatican, Paris, France-Empire, 1979 ; Frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 351-382.

[22] — Pie XI, Allocution aux élèves du collège de Mondragone, 14 mai 1929 ; dans Actes de S.S. Pie XI, Paris, Bonne Presse, 1932, p. 119.

[23] — Petite cité maritime proche de Pontevedra où sœur Lucie, en mauvaise santé, avait été envoyée pour se reposer.

[24] — Lettre de sœur Lucie citée par le père Alonso et reproduite par le frère Michel de la Sainte-Trinité dans Toute la vérité sur Fatima, t. 2, ibid., p. 344. — Certaines dates sont à souligner, qui tendent à faire penser que le châtiment des hommes d’Église commença à se mettre en place dès ce moment. C’est en 1932 que le père de Lubac, qui élaborait sa « nouvelle théologie » inspirée de Blondel, fit paraître dans la Revue des sciences religieuses un article tendant à affaiblir l’autorité de l’Église sur la société temporelle. C’est aussi en 1932 que le père Congar commença à suivre des cours à la faculté de théologie protestante ; la même année, Karl Rahner se rendit à l’université de Fribourg pour y suivre les cours d’Heidegger, tandis que le père Chenu était nommé recteur des études au couvent dominicain du Saulchoir. C’est en 1933 que Maritain exposa pour la première fois ses nouvelles idées politiques dans Du régime temporel et de la liberté. Selon plusieurs témoignages convergents, c’est aussi dans les années 1930 que commença l’infiltration communiste dans les séminaires (voir infra).

[25] — Ce « triangle » était composé de la Russie (où la diplomatie de Pie XI n’avait pas arrêté les persécutions), du Mexique (où cette même diplomatie avait livré les Cristeros à une fin tragique) et de l’Espagne qui sombrait dans l’horreur.

[26] — Pie XI, lettre encyclique Divini Redemptoris, dans Actes de S.S. Pie XI, Paris, Bonne Presse, sans date, t. XV, p. 83. — Ce passage est curieusement omis dans l’édition des Enseignements pontificaux de Solesmes, Paris, Desclée, 1952, volume intitulé La paix intérieure des nations. On ne le trouve pas non plus dans le Denzinger de 1957, ni dans le Denzinger–Schönmetzer de 1976 (tous deux ne citent que de courts passages de cette encyclique).

[27] — Des anciens communistes ont témoigné du fait, tant aux États-Unis (Bella Dodd : « Dans les années 1930, nous avons poussé 1100 hommes à entrer dans les séminaires pour détruire l’Église de l’intérieur » ; Douglas Hyde ; etc.) qu’en France (Henri Barbé [1901-1966] ; Albert Vassart [1898-1958], etc.). Voir Le Sel de la terre 45, p. 207-208 et 27, p. 188-190 ; Itinéraires 227, p. 151 ; Catholic Family News, août 1991. — De ces événements, Marie Carré a tiré un roman célèbre : ES 1025, ou les mémoires d’un anti-apôtre, Chiré-en-Montreuil, Éditions de Chiré, 1978. — Plus tard, en 1945, ce sera la fondation du groupement « Pax » par le général Serov, chef des services secrets soviétiques, avec mission de s’infiltrer dans toute l’Église catholique à partir de la Pologne (voir L’affaire Pax en France, supplément au n° 86 d’Itinéraires). Le budget de Pax fut d’ailleurs doublé au moment du Concile (voir Itinéraires 79, p. 55-57) et le groupement contribua aux attaques lancées à cette époque contre la Curie romaine (voir Itinéraires 88, p. 14-18).

[28] — Cette idée de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie venait d’une mystique portugaise, Alexandrina Maria da Costa, qui la tenait de révélations particulières de Notre-Seigneur. L’enquête sur le sérieux de ces communications s’étant révélée très positive, les évêques du Portugal avaient fait part de cette demande au pape Pie XI dès le mois de juin 1938. Devant les difficultés à obtenir la consécration de la Russie, Mgr Ferreira pensa joindre les deux demandes en une seule. — Voir l’article de M. l’abbé Delestre, « Pourquoi ne pas obéir à la Mère de Dieu comme il le faudrait ? », dans Le Sel de la terre 32, spécialement les pages 53 et 54.

[29] — Texte publié par le père A. M. Martins et reproduit par le Frère François de Marie-des-Anges dans Fatima joie intime, ibid., p. 233-234.

[30] — Pie XII, Radiomessage au peuple portugais à l’occasion des solennités célébrées en l’honneur de Notre-Dame de Fatima, dans Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII, Éd. Saint-Augustin/Saint Maurice, 1962, p. 275 et 276.

[31] — Décret de la sacrée congrégation des Rites du 4 mai 1944, AAS, 1945, p. 37-52.

[32] — Lettre de sœur Lucie du 28 février 1943 à l’évêque de Gurza.

[33] — Lettre de sœur Lucie du 4 mai 1943 au père Gonçalves.

[34] — Voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, ibid., t. 3, p. 94-97.

[35] — C’est une intervention spéciale de Notre-Dame, à L’Ile-Bouchard, qui sauva la France du communisme en 1947 (voir l’article de M. Paul Chaussée dans le présent numéro du Sel de la terre).

[36] — Cette apparition a été relatée à la page 440 de l’ouvrage Il Pellegrinaggio delle Meraviglie, publié sous les auspices de l’épiscopat italien à Rome en 1960. Le même livre affirme que le message fut transmis au pape en juin. Le chanoine Barthas mentionne le même fait dans sa communication au congrès mariologique de Lisbonne-Fatima en 1967 : « De primordiis cultus mariani », Acta congressus mariologici in Lusitania anno 1967 celebrati, Rome, 1970, p. 517 (voir frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 3, ibid., p. 217, note 1).

[37] — Pie XII, Lettre apostolique Sacro vergente anno, 7 juillet 1952, dans Documents pontificaux de S.S. Pie XII, Saint-Maurice, Éd. Saint-Augustin, 1955, p. 300.

[38] — Lettre citée par le père Alonso et reproduite dans l’ouvrage collectif Marie sous le symbole du cœur, ibid., p. 56.

[39] — Le phénomène se produisit du 29 août au 1er septembre 1953. Il eut lieu dans la maison du couple Jannuso. Angelo, le mari, venait de s’inscrire au parti communiste. On peut se reporter à l’ouvrage de Mgr Ottavio Musumeci, A Syracuse, la Madone a pleuré, Paris, Casterman, 1956.

[40] — Le père Dhanis S.J. commença ses critiques à partir de 1944. Il voulait distinguer un prétendu « Fatima I » (les apparitions de 1917, reconnues officiellement par l’Église), d’un prétendu « Fatima II » (les apparitions postérieures de Notre-Seigneur et de Notre-Dame à Pontevedra et Tuy, dont il mettait en doute l’authenticité et qu’il attribuait surtout à l’imagination de la voyante). Cela lui permettait de mettre de côté la consécration de la Russie comme la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, et de réduire Fatima à un simple message de prière et de pénitence qui ne dérange personne. Cette thèse du P. Dhanis a fini par dominer au Vatican bien qu’elle ait été réfutée magistralement dès le début par le père da Fonseca, puis plus tard par le père Alonso, spécialiste officiel de Fatima, spécialement dans son article Fatima y la critica publié dans la revue espagnole de théologie mariale qu’il dirigeait : Ephemerides Mariologicæ 18 (1968), p. 393-435. Voir l’article de M. l’abbé Delestre : « Comment Fatima s’est imposé à l’Église » dans le présent numéro du Sel de la terre.

[41] — John Haffert, Fatima, apostolat mondial, Paris, Téqui, 1984, p. 54.

[42] — Sur la découverte, par Pie XII, de cette trahison inouïe, voir le frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1985, t. 3, p. 299-305. — Mgr Roche, qui avait été pendant 25 ans collaborateur intime du cardinal Tisserant, écrivit à Jean Madiran que les relations de Montini avec Staline duraient depuis au moins douze ans : « Vous semblez ignorer un accord précédent qui se situe durant la dernière guerre mondiale, en 1942 pour être plus précis, et dont furent protagonistes Mgr Montini et Staline en personne. Cet accord de 1942 me semble avoir une importance considérable. » (Itinéraires 285, p. 153.) L’Ostpolitik menée après la mort de Pie XII n’a pas été le fruit d’une décision subite de Jean XXIII : elle était en préparation depuis longtemps.

[43] — Le pape saint Pie X l’a démontré magistralement dans son encyclique Pascendi où il constate que le modernisme est l’« égout collecteur de toutes les hérésies. »

[44] — Jean XXIII, discours d’ouverture du Concile, 11 octobre 1962 (Jean xxiii et Paul vi, Discours au Concile, Paris, Centurion, 1966, p. 60. — Jean XXIII confiera : « Par-dessus tout, je suis reconnaissant au Seigneur du tempérament qu’il m’a donné et qui me préserve d’inquiétudes et de frayeurs inutiles » (Jean XXIII, Journal de l’âme, Paris, Cerf, 1964, p. 460).

[45] — On savait en effet que la Vierge Marie avait demandé la révélation de ce secret pour cette année-là. Voir le frère Michel de la Sainte-Trinité, Toute la vérité sur Fatima, t. 3, ibid., p. 312-319.

[46] — On peut se référer au livre du frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul, 1er, le pape du secret (Toute la vérité sur Fatima, t. 4), Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, p. 65-68.

[47] — On trouvera les documents précis sur cette question dans : Ulisse Floridi, Moscou et le Vatican, Paris, France-Empire, 1979. — Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Étampes, Clovis, 2002, p. 323-324. — Itinéraires n° 70 (février 1963), p. 177-178 ; n° 72 (avril 1963), p. 43 ; n° 84 (juin 1964), p. 39-40 ; n° 280 (février 1984), p. 1-11 ; n° 285 (juillet-août 1984), p. 151 et s.

[48] — Mgr Roche, lettre à Jean Madiran, publiée dans Itinéraires 285, p. 154.

[49] — Voir Ulisse Floridi, Moscou et le Vatican, ibid., p. 232-233 et 292.

[50] — Conférence de presse de Mgr Lefebvre à l’aéroport de Roissy, le 9 décembre 1983.

[51] — C’était en 1964. On peut regretter qu’ils n’aient pas demandé la consécration de la seule Russie, même si cela n’aurait bien sûr pas eu davantage d’effet sur Paul VI. Dans son discours de clôture de la troisième session du Concile, le 21 novembre 1964, Paul VI déclara seulement : « Notre prédécesseur Pie XII, de vénérée mémoire, non sans inspiration d’en haut, a consacré solennellement [le monde entier] au Cœur Immaculé de Marie. » Puis il ajouta : « A ton Cœur Immaculé, ô Marie, nous confions le genre humain. » Mais il s’agit d’un discours, non d’une cérémonie solennelle, et la Russie n’est pas nommée. Après ce que nous avons dit sur les consécrations manquées de Pie XII, ce discours ne peut être considéré comme une réponse aux demandes de Notre-Dame de Fatima. Paul VI prend d’ailleurs le terme confier (en latin committimus) et non celui de consacrer qu’avait employé Pie XII.

[52] — Robert Serrou, Paris-Match n° 946, du 27 mai 1967, p. 52-53.

[53] — Paul VI avouera d’ailleurs que ce voyage à Fatima lui avait coûté : « Je crois qu’en allant à Rome, le général de Gaulle a fait un pèlerinage de pénitence, comme moi je l’ai fait à Fatima. » (Rapporté par Jean Guitton, Journal de ma vie, Paris, DDB, 1976, t. 2, p. 226-228.)

[54] — Rappelons ici que le désir de Lucie, exprimé à Pie XII dans une lettre du 2 décembre 1940, était « que la fête en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie soit étendue au monde entier comme l’une des principales fêtes de la sainte Église » (lettre publiée dans l’ouvrage d’António Maria Martins S.J., Memórias e cartas da irmã Lúcia, Porto, ibid., p. 439). Une fête de deuxième classe n’est pas l’une des principales fêtes de l’Église. Mais que dire d’une simple mémoire ? — Dans le missel de Paul VI, cette mémoire du Cœur Immaculé de Marie se trouve maintenant le samedi après le deuxième dimanche après la Pentecôte, au lendemain de la fête du Sacré-Cœur de Jésus.

[55] — On voit ici la continuité sans faille d’une politique inaugurée par Montini dès 1942. Ces lignes du cardinal Sodano sont extraites de la présentation qu’il fit à la presse et à de hautes autorités politiques, le 27 juin 2000, du livre posthume du cardinal Casaroli (décédé en juin 1998) : Il martirio della pazienza. La Santa Sede e i paesi communisti (1963-1989), Einaudi editore. — M. Mikhaïl Gorbatchev, dernier président de l’URSS avant l’ouverture du Mur de Berlin, assistait à cette conférence dont on trouve le texte dans la DC des 6 et 20 août 2000, n° 2231, p. 721 à 724.

[56] — Mgr Hnilica, dans un article publié par Pro Deo et Fratribus, n° 40-41, de mars-avril 2001.

[57] — Le cardinal Luciani publia un compte-rendu de sa visite dans l’hebdomadaire catholique vénitien Gente veneta du 23 juillet 1977 (texte intégral dans le livre du frère François de Marie-des-Anges, Jean-Paul Ier, le pape du secret, ibid., p. 321-322).

[58] — Cité par le frère François de Marie-des-Anges, Toute la vérité sur Fatima, t. 4, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, p. 343.

[59] — DC 1750, 15 octobre 1978, p. 860. On se demande comment le frère François de Marie-des-Anges et la CRC peuvent voir en Jean-Paul 1er un nouveau saint Pie X, et le présenter comme l’élu du Cœur Immaculé de Marie.

[60] — Cité par le frère François de Marie-des-Anges, ibid., t. 4, p. 347.

[61] — Cardinal Sodano, DC  2231, p. 723-724.

[62] — Il était encore à l’hôpital.

[63] — On notera le tutoiement.

[64] — DC 2230, p. 672.

[65] — Citation reproduite par le frère François de Marie-des-Anges, dans Fatima, joie intime, événement mondial, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 1991, p. 360. On peut d’ailleurs mettre en doute que ce soit la même consécration que celle de Pie XII. Ce dernier avait dit très clairement : « C’est à votre Cœur Immaculé que nous consacrons le monde », ce que n’a pas dit Jean-Paul II. Les consécrations de 1981 et de 1982 n’ont d’ailleurs guère eu de fruit visible.

[66] — Cette clausule est à retenir : sœur Lucie ne dit que ce que la hiérarchie lui permet de dire.

[67] — Mgr Bertone reconnaît donc que les consécrations de 1981 et 1982 ne répondaient pas complètement aux demandes de la Vierge Marie. Les guillemets qu’il met à « Notre-Dame » sont bien étranges. Ils laissent un doute sur l’authenticité des apparitions.

[68] — Jean-Paul II s’adresse ici à la sainte Vierge.

[69] — L’expression est très curieuse. On se serait attendu à ce que le pape dise : « Nous te consacrons le monde ».

[70] — DC 2230, ibid., p. 672-673.

[71] — Jean-Paul II parle bien des « nations qui ont particulièrement besoin de cette offrande et de cette consécration », mais la lettre de cette phrase, qui parle de plusieurs nations, ne peut laisser entrevoir la Russie, alors que le texte de Pie XII était plus clair puisqu’il mentionnait « l’icône [...] cachée et réservée pour des jours meilleurs ».

[72] — ORLF, 27 mars 1984, p. 5.

[73] — Frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, événement mondial, ibid., p. 363-364.

[74] — Ces hésitations et imprécisions de langage viennent en grande partie du fait que la notion même de Cœur Immaculé de Marie est difficile à comprendre pour le clergé officiel actuel. Le cardinal Ratzinger avoua lui-même : « Comme chemin […] est indiquée – de manière surprenante pour des personnes provenant de l’aire culturelle anglo-saxonne et germanique – la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. » (Cardinal Joseph Ratzinger, Comprendre le sens du message de Fatima, DC 2230, p. 681. Ce texte fait partie du dossier Le secret de Fatima publié par la congrégation pour la Doctrine de la foi le 27 juin 2000.) Cette phrase est terrible. Si l’on en croit le cardinal, le message de Fatima, centré sur le Cœur Immaculé de Marie, ne serait pas universel ; il ne concernerait que les pays latins, seuls capables de le comprendre.

[75] — Frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, événement mondial, ibid., p. 361.

[76] — Le rideau de fer a été démantelé à partir du 9 novembre 1989. On peut se reporter sur ce sujet à l’ouvrage de Pascal Bernardin, L’Empire écologique, Cannes, Éditions Notre-Dame des Grâces, 1998, chapitre II. L’auteur explique que la Perestroïka, préparée de longue date par le KGB, marqua une nouvelle étape de la Révolution mondiale. — Voir aussi, par Hélène Blanc, KGB connexion, Le système Poutine, Éditions Hors Commerce, 14/18 rue Kléber, 75012 Paris, 2004 (www.horscommerce.com).

[77] — Déclaration de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, DC 2077, 1er et 15 août 1993, p. 714.

[78] — P. Joaquin Alonso, La Verdad Sobre el Secreto de Fatima, Fatima sin mitos, Madrid, Ejercito Azul, 1988, p. 78.

[79] — Voir frère François de Marie-des-Anges, Fatima, joie intime, ibid., p. 374.

[80] — Le frère François de Marie-des-Anges, dans Jean-Paul Ier, le pape du secret, Saint-Parres-lès-Vaudes, CRC, 2003, p. 451, donne un certain nombre de témoignages allant en ce sens. L’abbé Caillon affirme : « Le pape dit que la consécration est faite. Il force Lucie à dire comme lui. »

[81] — DC, 16 juillet 2000, ibid., p. 673.

[82] — Une persécution morale et administrative sévit toujours contre le catholicisme en Russie, nous en parlons plus bas. N’oublions pas que les persécutions physiques continuent en Chine et en Corée du Nord, par exemple. Voir en particulier, de Harry Wu : Retour au Laogai, La vérité sur les camps de la mort dans la Chine d’aujourd’hui, Paris, Belfond, 1996.

[83] — Cette thèse est défendue aussi par les ralliés. Ainsi, dans La Nef n° 158, de mars 2005, dans un article intitulé : « In memoriam. Sœur Lucie », Alain de Penanster n’hésite pas à écrire : « En 1985, [sœur Lucie] a répondu qu’enfin la condition [posée par Notre-Dame pour convertir la Russie] était réalisée et que Marie était satisfaite. Alors arrivèrent en Russie Gorbatchev et la Perestroïka. La conversion de la Russie pouvait commencer. » Signalons d’abord une grossière erreur chronologique : c’est à partir de 1989, et non 1985  — donc après le début de la Perestroïka et non avant — que sœur Lucie commença à changer de discours. D’autre part, Alain de Penanster semble ignorer la situation actuelle de la Russie : nous allons voir un peu plus bas ce qu’il en est de la « conversion » de ce pays.

[84] — Le cardinal Ratzinger l’affirme clairement : « Avant tout, nous devons affirmer avec le cardinal Sodano : “Les situations auxquelles fait référence la troisième partie du secret de Fatima semblent désormais appartenir au passé”. » (DC 2230, 16 juillet 2000, p. 683.)

[85] — Nous pouvons signaler ici l’action persévérante et courageuse du père Nicholas Grüner, directeur de la revue Fatima Crusader. (Voir Le Sel de la terre 39, p. 249.)

[86] — ORLF, 1er janvier 2002, p. 6.

[87] — Ce fascicule a été reproduit par la DC 2230, ibid.

[88] — DC, ibid., p. 679. — Nous avons déjà remarqué que le père Dhanis était le principal responsable du discrédit jeté à Rome sur l’authenticité du message de Fatima.

[89] — Le cardinal mélange les choses. La vision de l’enfer ou celle du troisième secret peuvent avoir été causées par Dieu dans l’imagination des enfants, ce qui ne veut pas dire qu’elles seraient une invention de leur part. Mais il est grave de prétendre qu’il en serait ainsi pour l’apparition de Notre-Dame elle-même : que fait-il des phénomènes atmosphériques que tout le monde a pu constater, et surtout du miracle du soleil perçu par 70 000 témoins, dont de nombreux incroyants ? (Le cardinal ne fait d’ailleurs aucune allusion à ce miracle dans son texte.) Sœur Lucie devra même porter des lunettes toute sa vie en raison de la brûlure causée à ses yeux par la lumière de l’apparition elle-même. Voir Le Sel de la terre 43 (éditorial) et, dans le présent numéro, l’article sur le renouveau miraculeux du Portugal (paragraphe sur les phénomènes atmosphériques entourant les apparitions).

[90] — DC, ibid., p. 680.682. — Un tel commentaire de la conclusion du secret est même proprement scandaleux.

[91] — Il est intéressant de noter que c’est Mgr Bertone, maintenant cardinal, qui a été envoyé par le Vatican pour célébrer les obsèques de sœur Lucie le 15 février 2005 et qui a posé les scellés sur la porte de sa cellule de religieuse.

[92] — Voir l’article « Le renouveau miraculeux du Portugal » dans ce numéro 53 du Sel de la terre.

[93] — Article de Pierre Lagier : « L’alcoolisme, fléau de la Russie » dans La Montagne (journal local de la région de Clermont-Ferrand), 15 octobre 2000.

[94] — Article d’Alain Blum : « La mortalité augmente » dans La Croix du 6 mai 2005, cahier central p. II.

[95] — Article de Jean-Claude Chesnais : « L’Europe centrale deviendra aussi une terre d’immigration », dans Le Figaro du 12 août 2002.

[96] — Article d’Evgueni Primakov : « Les trois handicaps de la Russie », dans Le Figaro du 3 septembre 2002. — Sur la démographie russe, on peut se reporter à l’étude d’Alexandre Avdeev et Alain Monnier, publiée par l’Institut National d’Études Démographiques (INED) en 1996 : Mouvements de la population de la Russie, 1959-1994 : tableaux démographiques. — Voir aussi Alain Blum, Naître, vivre et mourir en URSS, Paris, Payot, 2004.

[97] — « Un communiqué de l’agence Associated Press du 9 août 2001 a révélé qu’à Moscou existe un centre de pornographie enfantine lié avec un organisme semblable au Texas » écrit John Vennari dans Catholic Family News de février 2002, p. 17.

[98] — Entrevue du père Hector Muñoz O.P. par M. Humberto J. Macchi, publié dans l’hebdomadaire argentin Cristo Hoy du 30 septembre 1999, p. 18.

[99] — Voir l’article de Pascal Bernardin, « La Russie répandra ses erreurs », dans le présent numéro du Sel de la terre.

[100] — Il s’agit de l’édition portugaise. L’édition en langue française n’a été faite qu’en 2003.

[101] — C’est nous qui soulignons. On note que sœur Lucie place même cela en premier. (NDLR.)

[102] — Sœur Lucie, Appels du message de Fatima, Fatima, Éd. Secrétariat des Pastoureaux, 2003, p. 94. Les éditeurs de l’ouvrage n’ont cependant pas hésité à reproduire une photographie de l’acte de 1984 avec la légende suivante : « Sur la place Saint-Pierre à Rome, le pape Jean-Paul II, devant la statue de la Capelinha et en union avec tous les évêques de l’Église, consacre le monde et la Russie au Cœur Immaculé de Marie le 25 mars 1984. » Mêmes photographie et légende dans les Mémoires de sœur Lucie éditées par le Secrétariat des Pastoureaux à Fatima en 2003 (édition française).

[103] — Jean-Paul II, « Le rêve d’un monde libéré des guerres », ORLF, 9 septembre 2003, p. 1-2. Nous avons commenté ce texte dans Le Sel de la terre 47, p. 248-253.

[104] — Jean-Paul II, « Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2005 », ORLF, 21 décembre 2004, p. 6.

[105] — En réalité, la vision d’Isaïe est une prophétie de l’Église rassemblant tous les peuples en une même foi. Il ne s’agit pas d’un conglomérat où chacun garderait sa religion.

[106] — Jean-Paul II, ORLF, 9 septembre 2003, ibid.

[107] — Sœur Lucie, Appels du message de Fatima, ibid., p. 249 et 252.

[108] — Sœur Lucie, Appels du message de Fatima, ibid., p. 262.

[109] — Cité par le père de Marchi dans Témoignages sur les apparitions de Fatima, Fatima, Éd. Missoes Consolata, 1966, p. 279. — Il s’agit d’une apparition personnelle de Notre-Dame à Jacinthe dont nous avons connaissance par sa mère, madame Olympia. Jacinthe avait d’ailleurs compris que la sainte Vierge demandait de ne pas manger de la viande (chair) les jours défendus ! Mais Jacinthe ajoutait en même temps : « Il viendra des modes qui offenseront beaucoup Notre-Seigneur. »

[110] — Lettre de sœur Lucie du 18 mai 1936, reproduite par le P. A.M. Martins S.J. dans Memórias e cartas da irmã Lúcia, ibid., p. 415.

[111] — Dépêche de l’Agence France-Presse du 13 avril 2005.

[112] — Dépêche de l’agence américaine Associated Press, du 4 avril 2005.

[113]ORLF, 5 avril 2005, p. 13. Notons qu’un morceau du mur de Berlin a été placé, sous la protection d’une baie vitrée, à l’une des entrées les plus fréquentées de la grande esplanade du sanctuaire de Fatima. A côté se trouve écrit en portugais une phrase de l’homélie de Jean-Paul II à Fatima le 12 mai 1991 : « Merci, bergère céleste, d’avoir conduit avec tendresse maternelle les peuples vers la liberté ! » (obrigado, celeste pastora, por terdes guiado com carinho maternel os povos para a liberdade !) (ORLF, 28 mai 1991, p. 7).

[114] — Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Paris, Plon-Mame, 1994, p. 204. Jean-Paul II réduit même Fatima à une simple prophétie de ce qui allait se passer en Russie : « Ces enfants [les voyants] n’ont pu inventer de telles prédictions » (p. 203).

[115] — Mgr Marcel Lefebvre, Homélie du dimanche de Pâques, 22 avril 1984, à Écône, tirée du magnifique CD : Pour l’amour de l’Église, le Christ-Roi, Homélies et allocutions de Mgr Lefebvre, édité par le service-enregistrement du séminaire Saint-Pie X, Écône (CH – 1908, Riddes), coffret n° 1.

[116] — Texte cité par le père Alonso dans Marie sous le symbole du cœur, ibid., p. 42.

[117] — Lettre citée par le père Alonso dans Marie sous le symbole du cœur, ibid., p. 43.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 53

p. 55-101

Les thèmes
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Apparitions mariales

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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