Les psaumes des vêpresdu dimanche
Latin, traduction française et bref commentaire
par le père Emmanuel O.S.B., de Mesnil-Saint-Loup
Dans Le Sel de la terre 44 [1] consacré au père Emmanuel et à Notre-Dame de la Sainte-Espérance, nous avons publié un texte intitulé « Allons à Vêpres » (p. 235-240). Lisons-en quelques extraits :
« C’était chez nos pères une règle suivie de tous : la messe et vêpres. Avec cela on sanctifiait son dimanche. […] Qui veut la fin doit vouloir les moyens, et qui veut sanctifier le dimanche doit, en ce jour-là, assister aux offices, aux prédications, et s’appliquer aux bonnes œuvres, puisque tels sont les moyens recommandés par l’Église. Voilà la tradition de l’Église, l’enseignement avec lequel elle a formé un peuple chrétien ; voilà les moyens vrais de la sanctification du dimanche. […] L’Église, il est vrai, prescrit l’assistance à la messe le dimanche, et il suffit d’une demi-heure pour entendre une messe basse ; mais nous ne croyons pas qu’une demi-heure, fût-elle très bien employée, suffise pour la sanctification du dimanche. […]
« Et c’est ainsi que nous comprenons le mot du catéchisme : “Il faut assister aux offices du soir, aux instructions de la paroisse, et s’appliquer à toutes sortes de bonnes œuvres.”
« Conclusion : Nous irons à vêpres dimanche prochain, et de même tous les dimanches et fêtes. »
Pour nous encourager à mettre en pratique ce conseil du père Emmanuel, voici son commentaire des vêpres du dimanche, extrait du Bulletin de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, novembre 1883 à mai 1884.
Le Sel de la terre.
Nous avons, à plusieurs reprises, donné à nos lecteurs la traduction de certains psaumes de l’office. Nous voulons aujourd’hui leur donner les psaumes des vêpres et, sans plus tarder, nous commençons par le premier d’entre eux.
Psaume 109 – Le Dixit
1. Dixit Dominus Domino meo : | Inondé des divines lumières, organe prophétique du Saint-Esprit, David chanta ce sublime cantique : Dieu le Père, Le Seigneur a dit à Mon Seigneur son Fils : (et cette parole s’accomplira au jour de son Ascension triomphante). |
Sede a dextris meis, | Assieds-toi à ma droite : Prends séance en mon propre trône, que ma gloire soit ta gloire, puisque ma divinité est ta divinité. |
2. donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum. | Jusqu’à ce que je pose tes ennemis si bas qu’ils deviennent l’escabeau de tes pieds. En remontant au ciel, le Fils de Dieu laissa sur la terre son Église, et tout autour d’elle des ennemis nombreux. Le Seigneur prendra le double soin d’humilier les ennemis et d’exalter l’Église. |
3. Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion : | O Fils de Dieu, toi qui un jour seras mon propre fils, quand tu seras remonté dans les cieux, Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de ta puissance : ton royaume spirituel commencera au centre de mon royaume temporel : ton sceptre s’étendra là où le mien n’aura jamais été porté, car, née à Sion, ton Église embrassera la terre entière : |
dominare in medio inimicorum tuorum. | Les ennemis, les juifs incrédules, les païens endurcis, les chrétiens pervertis créeront des difficultés, mais tu les vaincras : règne, tu règneras au milieu même de tes ennemis. |
4. Tecum principium in die virtutis tuæ | Avec toi, à toi est et sera l’empire, la suprême autorité, au jour de ta puissance, et ce jour sera le temps où tu te révèleras au monde dans la faiblesse de notre chair : |
in splendoribus sanctorum : | alors que tu apparaîtras dans les splendeurs de la sainteté : et la raison de cette puissance jointe à l’infirmité d’une chair mortelle, c’est que, dit le Père céleste, tu es mon Fils, un même Dieu avec moi, |
ex utero, ante luciferum, genui te. | Et que de mon sein, de ma propre nature, avant l’étoile du matin, avant la première aurore, avant toutes choses et de toute éternité, je t’ai engendré, Dieu de Dieu. |
5. Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : | Le Seigneur l’a juré, il en a fait le serment inviolable, et il ne s’en repentira pas, rien ne pourra jamais changer ce qu’il a établi : |
Tu es sacerdos in æternum | Tu es prêtre pour l’éternité, le Pontife Suprême de la nouvelle Alliance, non à la ressemblance d’Aaron qui offrait des sacrifices d’animaux selon la loi mosaïque, |
secundum ordinem Melchisedech. | Mais selon l’ordre et à la ressemblance de Melchisédech, qui offrait le sacrifice du pain et du vin, figures de l’Eucharistie. David s’adresse ensuite à Dieu le Père, et, lui parlant de son Fils, il dit : |
6. Dominus a dextris tuis ; | O Père, le Seigneur est à ta droite, après avoir accompli sur la terre tous les mystères de la Rédemption : de là il gouverne son Église et le monde entier. |
confregit in die iræ suæ reges. | Il a brisé, et brisera les rois au jour de sa colère, c’est-à-dire à l’heure où sa justice fera tomber sur les méchants le châtiment par eux mérité. |
7. Judicabit in nationibus, implebit ruinas ; | Il exercera ses jugements parmi les nations, d’abord contre la nation juive qui l’a rejeté, puis contre l’empire romain qui a fait tant de martyrs : ensuite contre toutes les nations qui auront combattu son Église. Il mettra tout en ruines, |
conquassabit capita in terra multorum. | Il brisera sur la terre la tête de plusieurs. Dans tout ce verset, il ne s’agit point du jugement dernier, mais des jugements par lesquels Notre-Seigneur a constamment réduit à néant les ennemis de l’Église. |
8. De torrente in via bibet ; | Aux jours de sa vie mortelle, le Sauveur boira dans le chemin de l’eau du torrent : il aura à souffrir toutes sortes d’humiliations et mourra en croix : |
propterea exaltabit caput. | Pour cela il lèvera la tête, et sera dans le ciel couronné de gloire et d’honneur, étant établi de Dieu le juge souverain des vivants et des morts (Ac 10, 42) ; |
Psaume 110 – Le Confitebor
Après avoir chanté la divinité du Fils de Dieu, son sacerdoce et son règne éternel dans l’Église et dans le ciel, nous chantons le Confitebor, psaume d’action de grâces des Israélites avant Notre-Seigneur, et des chrétiens depuis Notre-Seigneur.
1. Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo, in consilio justorum, et congregatione. | Je te rendrai grâces, Seigneur, au souvenir de tes bienfaits, je te rendrai grâces, et de tout mon cœur : dans le conseil des justes, dans les réunions particulières, et dans l’assemblée publique. |
2. Magna opera Domini : exquisita in omnes voluntates ejus. | Grandes sont les œuvres du Seigneur, dans la délivrance de la servitude de l’Égypte, dans le passage de la mer Rouge, dans le don de sa loi sur le Sinaï : exquises, très parfaites selon toutes ses volontés : la volonté de Dieu est la seule cause, la source unique de ses œuvres et de tous ses bienfaits envers nous. |
3. Confessio et magnificentia opus ejus, et justitia ejus manet in sæculum sæculi. | Son œuvre est toute de gloire et de magnificence : ce qu’il fait est grand et divin, ce qu’il fait est pour nous un sujet inépuisable de louanges : Et sa justice, source des grâces par lesquelles il nous sauve, demeure dans les siècles des siècles. |
4. Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : escam dedit timentibus se. | Il a fait, il a institué une mémoire, un souvenir de ses merveilles, il a établi la Pâque, souvenir de la délivrance et de la sortie d’Égypte : Lui, le Seigneur miséricordieux et plein de tendresse pour son peuple : il a donné une nourriture miraculeuse à ceux qui le craignent : il les a nourris de la manne durant quarante ans. |
5. Memor erit in sæculum testamenti sui : virtutem operum suorum annuntiabit populo suo. | Il se souviendra à jamais de son alliance : ce qu’il a promis à Abraham et à ses enfants aura son entier accomplissement : il fera connaître à son peuple tiré de l’Égypte la puissance de ses œuvres, la grandeur des miracles par lesquels il les rendra victorieux. |
6. Ut det illis hæreditatem gentium : opera manuum ejus veritas et judicium. | Afin qu’il leur donne l’héritage des nations, c’est-à-dire la terre de Chanaan habitée par des nations qui, par leurs crimes, avaient mérité l’extermination : les œuvres de ses mains, tout ce que Dieu a fait pour établir son peuple dans la Terre promise, sont vérité et jugement : vérité dans l’accomplissement des promesses, jugement dans le châtiment des nations idolâtres. |
7. Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sæculum sæculi : facta in veritate et æquitate. | Tous ses commandements sont fidèles, sont stables, immuables, confirmés pour les siècles des siècles : parce qu’ils sont faits en la vérité et en l’équité, qui ne peuvent pas plus changer que Dieu, dont elles émanent. |
8. Redemptionem misit populo suo : mandavit in æternum testamentum suum. | C’est ainsi que Dieu a envoyé la rédemption à son peuple, en le tirant d’Égypte sous la conduite de Moïse : il a ordonné pour l’éternité son alliance, en donnant sa loi sur le Sinaï. |
9. Sanctum et terribile nomen ejus : initium sapientiæ timor Domini. | Son nom est saint et terrible, non en ce sens qu’il fasse peur, mais parce qu’il doit être souverainement révéré : la crainte du Seigneur est le commencement, par en haut, la tête, la meilleure part, de la sagesse : la plus haute sagesse, c’est la crainte de Dieu. |
10. Intellectus bonus omnibus facientibus eum : laudatio ejus manet in sæculum sæculi. | Le bon esprit, le succès heureux appartient à tous ceux qui la pratiquent, cette crainte du Seigneur : sa louange, que la louange du Seigneur demeure dans les siècles des siècles, à tout jamais. |
Sens figuratif
Les merveilles de Dieu en faveur du peuple juif ne sont qu’une image de ce qu’il a fait en faveur du peuple chrétien : aussi, en chantant ce psaume, nous, chrétiens, nous le chantons dans un sens plus élevé, et nous rendons à Dieu une action de grâces plus grande que celle de l’ancien peuple. La sortie d’Égypte, c’est pour nous la délivrance de la tyrannie de Satan ; le passage de la mer Rouge, c’est notre baptême ; l’Agneau pascal, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ immolé pour nous sur la croix ; la manne, c’est l’Eucharistie, avec toute sa douceur ; le désert, c’est la vie présente ; la Terre promise, la vie éternelle. Elle sera le partage de ceux qui auront gardé les commandements, adoré le Rédempteur et reçu les grâces de sa rédemption.
Psaume 111 – Le Beatus vir
1. Beatus vir qui timet Dominum : in mandatis ejus volet nimis. | Bienheureux l’homme qui craint le Seigneur, qui, ayant reçu la connaissance de Dieu, se tient en sa présence dans ce respect profond qui est l’adoration, et qui dans ses commandements voudra bien fort, qui mettra sa joie dans l’accomplissement des saints commandements. |
2. Potens in terra erit semen ejus ; generatio rectorum benedicetur. | Puissante sur la terre sera sa descendance : la génération, la race des hommes droits sera bénie : l’homme qui craint Dieu sera béni dans ses enfants, il le sera aussi dans ses biens : |
3. Gloria et divitiæ in domo ejus, et justitia ejus manet in sæculum sæculi. | La gloire (héb. l’abondance et les richesses) sont en sa maison : les Israélites fidèles recevaient toujours les biens temporels comme récompense des bonnes œuvres : en cela Dieu les traitait comme des enfants : les chrétiens attendent des biens plus durables : et sa justice demeure en le siècle du siècle : en outre des bénédictions du temps, Dieu réservait et réserve au juste des récompenses éternelles. |
4. Exortum est in tenebris lumen rectis : misericors, et miserator, et justus. | Il s’est levé dans les ténèbres une lumière pour les cœurs droits : c’est l’homme miséricordieux et compatissant et juste. Qui a la crainte de Dieu, est une lumière en ce monde. |
5. Jucundus homo qui miseretur et commodat ; disponet sermones suos in judicio : quia in æternum non commovebitur. | L’homme de bien est celui qui a compassion, qui fait l’aumône et prête selon le besoin du prochain : qui règle ses discours et toutes ses affaires avec droiture : pour cela, éternellement il ne sera pas ébranlé. |
6. In memoria æterna erit justus ; ab auditione mala non timebit. | Le juste sera en mémoire éternelle : toujours on se souviendra de lui. Il n’aura pas de frayeur à une mauvaise nouvelle, ou bien quelque mal qu’on annonce, il ne craindra rien. Et parce que |
7. Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus ; non commovebitur donec despiciat inimicos suos. | Son cœur est préparé, disposé, à espérer dans le Seigneur : son cœur est affermi dans la confiance en Dieu ; il ne sera pas ébranlé, jusqu’à ce qu’il voie renversés ses ennemis. |
8. Dispersit, dedit pauperibus ; justitia ejus manet in sæculum sæculi : cornu ejus exaltabitur in gloria. | Il a répandu ses largesses, ses aumônes, il a donné aux pauvres sa justice, le bien qu’il a fait et la récompense qui l’attend demeure en le siècle du siècle. Sa corne, sa puissance sera exaltée en la gloire, et parmi les hommes, et encore plus parmi les saints du ciel. |
9. Peccator videbit, et irascetur ; dentibus suis fremet et tabescet : desiderium peccatorum peribit. | Le pécheur, l’homme qui n’aura pas eu la crainte de Dieu, et n’aura pas fait les bonnes œuvres, le pécheur verra, il verra surtout à l’heure du grand jugement, il verra le juste couronné de gloire, et il se courroucera d’une colère impuissante : de ses dents il frémira, tant son dépit sera violent, et il se consumera dans l’impuissance où il sera vis-à-vis du juste triomphant et vis-à-vis du châtiment qui l’aura dès lors atteint : le désir des pécheurs périra, ce qu’ils auront voulu n’aura pas réussi, tandis que les justes seront éternellement heureux. |
Psaume 112 – Laudate pueri
Ce psaume est un chant d’action de grâces pour toutes les merveilles que Dieu avait opérées en faveur de son peuple, surtout en le délivrant de la captivité de Babylone. Nous chrétiens, délivrés d’une captivité plus lamentable, heureux d’avoir place parmi les serviteurs et les enfants de Dieu, nous nous réjouissons dans les grâces que Dieu nous a faites, et encore plus en celui qui en est l’auteur.
1. Laudate, pueri, Dominum ; laudate nomen Domini. | Louez le Seigneur, vous ses serviteurs [2] : louez le nom du Seigneur. |
2. Sit nomen Domini benedictum ex hoc nunc et usque in sæculum. | Béni soit le nom du Seigneur dès ce moment et jusqu’à toujours. Louer le nom du Seigneur, c’est reconnaître sa grandeur et sa puissance : le bénir, c’est plus spécialement le remercier de ses bienfaits. |
3. A solis ortu usque ad occasum laudabile nomen Domini. | Depuis le lever du soleil, de l’Extrême-Orient jusqu’à son coucher, jusqu’aux extrémités de l’Occident, c’est-à-dire dans le monde entier (Is 45, 6), louable, digne de louanges est le nom du Seigneur. |
4. Excelsus super omnes gentes Dominus, et super cælos gloria ejus. | Le Seigneur est élevé, grand et puissant, par-dessus toutes les nations : et sa gloire est par-dessus les cieux, et elle est plus grande que l’univers entier. |
5. Quis sicut Dominus Deus noster, qui in altis habitat, et humilia respicit in cælo et in terra ? | Qui donc est grand comme le Seigneur notre Dieu : lui qui habite en les hauteurs, au plus haut des cieux, et regarde toutes choses humbles en le ciel et en la terre. Sa grandeur n’a d’égal que sa tendresse pour ses créatures, lesquelles sont devant lui si humbles et si petites : toutefois, aucune d’elles n’est en oubli aux yeux de sa bonté. |
6. Suscitans a terra inopem, et de stercore erigens pauperem : | Relevant de terre l’indigent : et de la boue redressant le pauvre. Le pauvre, l’indigent, c’est l’Israélite que Dieu retira de la captivité, c’est surtout le chrétien que Dieu rétablit en sa grâce. |
7. Ut collocet eum cum principibus, cum principibus populi sui. | Afin qu’il le place avec les princes, avec les princes de son peuple. Dieu appela les Israélites à entrer en l’héritage d’Abraham, Isaac et Jacob ; et il appelle les chrétiens à participer à la joie de ses Anges dans le ciel. |
8. Qui habitare facit sterilem in domo, matrem filiorum lætantem. | Lui qui fait habiter celle qui était stérile, et sans enfants, en une maison, où elle est environnée d’enfants nombreux qui font sa gloire et sa joie : qui la rend joyeuse mère de ses enfants. |
Ce verset est une allusion aux prophéties d’Isaïe sur la fécondité de la synagogue au retour de la captivité, et de l’Église au temps de la rédemption (Is 46, 18, 21 – Ga 4, 26, 27).
Psaume 113 – L’In Exitu
Récit très animé des merveilles de Dieu en faveur du peuple juif, vanité des idoles, fruits précieux du culte du vrai Dieu.
Allelu-ia [3] | Louez Dieu ! |
1. In exitu Israël de Ægypto, domus Jacob de populo barbaro, | En la sortie d’Israël de l’Égypte, en la sortie de la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare, c’est-à-dire parlant une langue étrangère, inconnue. |
2. facta est Judæa sanctificatio ejus ; Israël potestas ejus. | La Judée fut faite, devint chose sainte de lui, devint un pays tout spécialement appartenant, consacré à Dieu : Israël devint son domaine, un peuple créé uniquement pour Dieu et pour préparer la venue du Sauveur. |
3. Mare vidit, et fugit ; Jordanis conversus est retrorsum. | La mer vit l’armée d’Israël arriver sur ses bords, elle vit Moïse étendant sa main sur ses eaux, et elle s’enfuit ; elle se retira pour laisser passer le peuple de Dieu : le Jourdain, alors que ses eaux étaient plus grandes que de coutume, se retourna en arrière, ses eaux s’amoncelèrent d’un côté comme une montagne et de l’autre s’écoulèrent pour faire place à l’armée de Josué. |
4. Montes exsultaverunt ut arietes, et colles sicut agni ovium. | Les montagnes ont bondi comme des béliers, alors que Dieu descendait sur le Sinaï pour donner sa loi à Moïse, et les collines comme les agneaux des brebis : mouvement de crainte et d’admiration à la fois. |
5. Quid est tibi, mare, quod fugisti ? et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum ? | Quoi est à toi, ô mer, qu’as-tu donc, que tu as fui ? à qui obéissais-tu en te retirant ainsi ? et toi aussi, Jourdain, qu’as-tu donc éprouvé, que tu t’es retourné en arrière ? |
6. Montes, exsultastis sicut arietes ? et colles, sicut agni ovium ? | Montagnes, vous avez bondi comme des béliers, et vous, collines, comme les agneaux des brebis. Oui, vous deviez trembler ainsi : car vous sentiez la présence de Dieu marchant à la tête de son peuple. |
7. A facie Domini mota est terra, a facie Dei Jacob : | A la face du Seigneur, à la présence du Seigneur, la terre fut émue, ébranlée : à cause de la présence du Dieu de Jacob. |
8. Qui convertit petram in stagna aquarum, et rupem in fontes aquarum. | Lui, le Tout-Puissant, qui a converti le rocher du désert en des étangs plein d’eaux : et la roche en sources d’eaux. O Dieu, qui a opéré tant de merveilles en faveur de nos pères, use envers nous d’une miséricorde semblable : sauve-nous des tribulations présentes, et cela pour ta gloire et non pour nos mérites : |
9. Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam : | Non à nous, Seigneur, non à nous, mais à ton nom donne gloire, |
10. Super misericordia tua et veritate tua ; nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ? | Au sujet de ta miséricorde que nous implorons, et de ta vérité, en laquelle nous nous confions : exauce-nous, Seigneur, de peur que les gentils ne disent : où est leur Dieu ? Il ne montre guère qu’il les protège. |
11. Deus autem noster in cælo ; omnia quæcumque voluit fecit. | Ah ! notre Dieu, nous le savons, il est au ciel ; tout ce qu’il a voulu, il l’a fait. |
12. Simulacra gentium argentum et aurum, opera manuum hominum. | Mais les Dieux des gentils sont impuissants, les idoles des nations sont argent et or, métaux méprisables en comparaison du vrai Dieu : ces idoles sont des œuvres de mains d’hommes. |
13. Os habent, et non loquentur ; oculos habent, et non videbunt. | Elles ont une bouche et ne parleront pas : elles ont des yeux, et ne verront pas. |
14. Aures habent, et non audient ; nares habent, et non odorabunt. | Elles ont des oreilles et n’entendront pas : elles ont des narines, et ne sentiront point d’odeurs. |
15. Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt ; non clamabunt in gutture suo. | Elles ont des mains, et ne palperont pas : elles ont des pieds, et ne marcheront pas : elles ne crieront pas en leur gosier : loin de pouvoir parler, elles ne tireront pas de leur gorge même le plus faible bruit. Bien différent de ces idoles, notre Dieu est vivant et parlant, il nous a faits à son image, nous vivons et parlons : que les adorateurs des idoles deviennent donc comme leurs dieux. |
16. Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis. | Que ceux qui font ces idoles leur deviennent semblables, eux, et tous ceux qui se fient en elles ; qu’ils deviennent sourds, et muets, et imbéciles. |
17. Domus Israël speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est. | Combien nous sommes plus heureux au service de Dieu ! La maison d’Israël a espéré dans le Seigneur, et en a reçu mille bienfaits : il est leur aide et leur protecteur. |
18. Domus Aaron speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est. | La maison d’Aaron a espéré dans le Seigneur : c’est-à-dire les prêtres et les lévites : il est leur aide et leur protecteur. |
19. Qui timent Dominum speraverunt in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est. | Ceux qui craignent le Seigneur, les serviteurs du vrai Dieu en dehors du peuple juif, en dehors de la race d’Abraham, ont espéré dans le Seigneur : il est leur aide et leur protecteur. |
20. Dominus memor fuit nostri, et benedixit nobis. | Le Seigneur s’est souvenu de nous, nous retirant de la captivité de Babylone, comme il nous avait retirés de l’Égypte : Et il nous a bénis. |
21. Benedixit domui Israël ; benedixit domui Aaron. | Il a béni la maison d’Israël : il a béni la maison d’Aaron. |
22. Benedixit omnibus qui timent Dominum, pusillis cum majoribus. | Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, sans exception de personnes : il a béni les petits avec les plus grands. |
23. Adjiciat Dominus super vos, super vos et super filios vestros. | Que le Seigneur ajoute à sa bénédiction sur vous, sur vous et sur vos enfants. |
24. Benedicti vos a Domino, qui fecit cælum et terram. | Soyez ainsi bénis, vous, par le Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. |
25. Cælum cæli Domino ; terram autem dedit filiis hominum. | Le ciel du ciel, la plus sublime partie du ciel, est au Seigneur : là il est loué par ses anges : mais il a donné la terre aux enfants des hommes, afin qu’ils le glorifient ici-bas, comme les anges le glorifient dans les cieux. |
26. Non mortui laudabunt te, Domine, neque omnes qui descendunt in infernum : | Ce ne sont pas les morts qui te loueront, Seigneur : si Dieu permettait que les impies fassent disparaître ses serviteurs de dessus la terre, il n’y aurait plus personne pour lui rendre gloire : ni tous ceux qui descendent en l’enfer. |
27. Sed nos qui vivimus, benedicimus Domino, ex hoc nunc et usque in sæculum. | Mais nous qui sommes vivants, et que Dieu par sa miséricorde conserve dans son Église, nous bénissons le Seigneur : nous répondons à ses bénédictions par nos bénédictions, à ses bienfaits par nos actions de grâces : dès ce moment et jusqu’à toujours. |
Le Magnificat
C’était peu de jours après le grand mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur : la sainte Vierge allait visiter sa cousine Élisabeth. Celle-ci, en apercevant Marie, fut éclairée d’une lumière surnaturelle qui lui révéla les merveilles de Dieu en l’auguste Vierge. Au premier mot de Marie, saluant sa cousine, Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit ; alors, répondant au salut qui lui était adressé, elle ne salua pas sa cousine, mais la mère de son Seigneur. « Et d’où me vient à moi, s’écria-t-elle, que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? O la plus bénie des femmes, tu es bienheureuse, car tout ce que le Seigneur t’a annoncé, sera accompli. »
Marie avait été magnifiée par sa cousine : sans s’arrêter à elle-même, elle voulut à son tour magnifier le Seigneur, qui avait opéré en elle de si grandes merveilles, et elle dit :
1-2. Magnificat anima mea Dominum : et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo. | Mon âme magnifie, glorifie le Seigneur, et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur. |
C’est là un cri de reconnaissance et d’allégresse, pour deux motifs : premier motif, le choix que Dieu a fait de la sainte Vierge :
3. Quia respexit humilitatem ancillæ suæ : ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. | Parce qu’il a regardé la petitesse de sa servante : car voici, dès ce moment, dès maintenant, bienheureuse me diront toutes les générations. |
Second motif, les grandes choses que Dieu a faites en elle :
4-5. Quia fecit mihi magna qui potens est et sanctum nomen eius ; et misericordia eius a progenie in progenies timentibus eum. | Parce qu’il a fait en moi de grandes choses par trois de ses perfections : la puissance, la sainteté, la miséricorde ; lui qui est puissant : c’est cette puissance qui a fait l’Homme-Dieu et la Mère de Dieu ; lui dont le nom est saint : c’est cette sainteté qui a sanctifié le Fils et la Mère. Lui dont la miséricorde s’étend de race en race, de génération en génération sur ceux qui le craignent. |
Ayant exalté ces trois sublimes perfections de Dieu sur elle-même, elle les exalte sur tout le genre humain :
6. Fecit potentiam in brachio suo ; dispersit superbos mente cordis sui. | Il a fait acte de puissance par son bras ; il a dispersé les superbes en la pensée de leur cœur [4]. |
7. Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles. | Il a déposé les puissants du trône, et il a exalté les humbles. |
8. Esurientes implevit bonis et divites dimisit inanes. | Il a rempli de biens les affamés, œuvre de miséricorde envers tous : et il a laissé avec rien les riches, ceux qui se croyaient tels, les pharisiens, les superbes. |
9. Suscepit Israel puerum suum, recordatus misericordiæ suæ. | Il a recueilli, au moment où il allait tomber, Israël son serviteur, ceux des juifs qui sont demeurés fidèles : S’étant ressouvenu de sa miséricorde, de sa miséricorde spéciale envers le peuple qui était plus particulièrement le sien. |
Tout cela, Dieu l’avait promis par les prophètes, et il l’accomplit fidèlement.
8. Sicut locutus est ad patres nostros Abraham et semini eius in sæcula. | Comme il a parlé, promis, à nos pères, à Abraham et à sa race pour les siècles, pour tous les siècles, pour toujours [5]. |
[1] — Printemps 2003 – toujours disponible dans nos bureaux (480p., 20 € [15 € pour les abonnés] + 3 € de port).
[2] — Le mot latin pueri signifie également enfants et serviteurs : mais comme il est la traduction de l’hébreu Habdé, il doit être rendu serviteurs.
[3] — Il faut nécessairement, avec beaucoup de textes anciens, placer ce mot en tête de notre psaume. Le mot Ia (Yahwé), Dieu, est l’antécédent des pronoms ejus du verset 2. Il ne faut donc pas dire avec un auteur, d’ailleurs très savant : Relativum sine antecedente (ce relatif est sans antécédent).
[4] — Il fallait traduire cordis eorum : le grec porte en effet autón.
[5] — Les mots Abraham et semini eius, qui sont au datif, devraient être à l’accusatif, comme complément de la préposition ad.
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L'auteur
Tout le numéro 44 du Sel de la terre est consacré au père Emmanuel André et aux multiples facettes de son activité à Mesnil-Saint-Loup.
Le numéro

p. 4-15
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