Nos plaies sociales et la mission de Bernadette
par le frère Laurent O.F.M. cap.
Cette conférence a été donnée par le père Laurent dans le cadre des Journées Jean Vaquié 2011, spécialement consacrées à Mgr Henri Delassus. Cela explique les rapprochements que fait le conférencier entre le père Marie-Antoine (le « saint de Toulouse ») et l’auteur de la Conjuration anti-chrétienne.
Le Sel de la terre
En avril de cette année (2011) a été réédité l’ouvrage du : Nos Plaies sociales et la mission de Bernadette, écrit en 1879 [1]. L’instigatrice de cette réédition est Jacqueline Baylé, maire-adjointe de Toulouse, qui à l’occasion du centenaire de la mort du père Marie-Antoine, a fondé une association destinée à faire connaître celui qu’on connaît sous le nom de « saint de Toulouse ». Elle a commencé par écrire sa vie, la biographie du centenaire, rédigée dans un très bon esprit [2]. Puis, l’association a réédité plusieurs œuvres du père Marie-Antoine (sur l’infaillibilité pontificale, sur Lourdes ; ses lettres à sa famille).
Mais qui est le « saint de Toulouse » ? Léon Clergue, de son nom de naissance, est né en 1825 à Lavaur, ville connue comme bastion cathare, délivrée de l’hérésie grâce à la vaillance de Simon de Montfort.
Il entre d’abord dans le clergé séculier, et est ordonné prêtre à Toulouse le 21 septembre 1850. Il a 25 ans. Il consacrera les prémices de son ministère à la paroisse de Saint-Gaudens, (entre Tarbes et Toulouse), où il est nommé vicaire. Il se signale par sa charité envers tous, et spécialement par son dévouement envers les pauvres. En 1855, alors qu’il faisait le chemin de croix, il entend cet appel intérieur : « Tu seras capucin ». C’est dans l’Ordre de Saint-François, dans lequel il fera profession l’année suivante, que le grand missionnaire se dépensera au service des âmes. Attaché au couvent de Toulouse, il rayonne dans tout le sud de la France.
Grand apôtre de Notre-Dame de Lourdes, c’est lui qui est à l’origine des processions aux flambeaux. Il a longuement interrogé sainte Bernadette et a consigné les réponses de la voyante dans l’ouvrage Le Lis immaculé (loué par des évêques et par le pape lui-même) [3]. Il est un infatigable pèlerin de Lourdes, où les foules ne se lassent pas de l’entendre.
Prédicateur populaire, il va rencontrer nécessairement l’opposition de l’enfer, qui ne veut pas lâcher ses malheureuses proies. Face à cette attaque, il se révèle une âme de combattant : « Ça sent la poudre, disait-il, le diable se débat, il est furieux, c’est de bon augure, il sera vaincu. » (P. 135). Il nous reste, entre autre, un livre de lui [4], où il réfute le protestantisme à l’aide de la question fondamentale de l’autorité.
Cet ouvrage est le résumé de ses controverses avec les huguenots. Il déploiera toute son ardeur à combattre la législation impie, surtout l’école sans Dieu, qui lui donne l’occasion d’écrire : Satan maître d’école.
Je vise à réformer les mœurs de mon siècle, écrit-il, à guérir les maux dont souffre la société. J’y userai mes efforts ; j’y récolterai des ennuis ; je serai critiqué, censuré, contrecarré parfois par ceux-là mêmes qui devraient m’aider dans la lutte. Ceux qui se croisent les bras trouveront que j’agis trop, ceux qui sont muets blâmeront la force de mon langage, ceux qui fuient l’ennemi et s’abritent derrière la prudence et la sagesse, comme dans une tente fermée, ne me pardonneront pas de les troubler par mes cris d’alarme, de les appeler au combat, de leur faire entendre le cliquetis des épées qui se croisent et le bruit de la mitraille. Mais je suis la sentinelle, j’ai le devoir de veiller. Je suis apôtre et je dois parler, je dois combattre [5].
Mais ses luttes sont, non pas tant contre les hommes, en qui il voyait de malheureuses victimes, mais contre le diable ; à la fin de sa vie, il s’écriait : « Je n’ai plus de dents. Je les ai toutes laissées dans la peau du diable [6] ! »
C’est dans cette perspective qu’il faut lire Nos plaies sociales, c’est-à-dire la perspective de la lutte contre le diable et ses suppôts pour le salut des âmes. L’intérêt de ce livre est, entre autres, de manifester à la fois la grande unité qui a existé dans le combat antilibéral aux 19e et 20e siècles, et la variété des rôles des soldats de cette armée. Ainsi, Mgr Delassus – spécialement à l’honneur aux Journées Jean Vaquié cette année – fut docteur de la contre-révolution, spécialiste de l’ennemi, et enfin combattant par ses écrits [7]. Quant au Père Marie-Antoine, prédicateur populaire, il a lutté sur le terrain. La doctrine qu’il propose est la même, mais l’agencement qu’il propose est original. Dans Nos plaies sociales, il dresse l’inventaire des fléaux qui rongent la société moderne, et c’est sous la forme d’un dialogue qu’il va donner les remèdes ; dialogue entre l’ange du pèlerinage et un pèlerin de Lourdes. Car ce lieu saint est un nouveau paradis, gardé par un ange, comme autrefois le chérubin à l’épée de feu gardait l’entrée du paradis terrestre, mais pour notre malheur.
Objet de l’ouvrage
Pour la rédemption de l’homme perdu par l’orgueil, le Fils de Dieu a dû se faire petit. Pour la confusion de Satan, le roi, le type même de l’orgueilleux, il a fallu que la Vierge immaculée choisît ce qu’il y avait de plus petit, la petite Bernadette. C’est la pensée dominante de notre ouvrage, elle le résume comme elle résume toutes les choses de Dieu [8].
Un décret de la sacrée congrégation des Rites concernant sainte Bernadette, traduit la même idée :
Dieu, qui choisit ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est fort (1 Co, 1, 27), a élu cette jeune enfant pauvre, cachée et inconnue du monde, pour être l’instrument de sa toute-puissance, dans l’incomparable prodige qui s’accomplit à Lourdes, près de la Grotte de Massabielle et jeta un si vif éclat sur le milieu du 19e siècle [9].
Le monde moderne se perd par l’orgueil et par sa révolte contre l’ordre surnaturel. Dieu va répondre en envoyant sa Mère. Notre-Dame se choisira un instrument faible pour nous guérir de notre orgueil, et, à travers son instrument, faire éclater le surnaturel, pour confondre le naturalisme contemporain.
C’est par le surnaturel que Dieu a toujours sauvé le monde et en particulier notre chère France, la nation de son cœur. Geneviève, la petite bergère, arrête Attila ; Jeanne d’Arc, la petite bergère, repousse l’envahisseur et fait sacrer à Reims le roi de France ; et aujourd’hui, c’est notre Bernadette, la petite bergère, dont Dieu se sert pour nous sauver. Mais remarquez la différence : pour les aider à remplir leur mission, Dieu revêt Geneviève et Jeanne d’Arc d’un éclat incomparable. Ici, au contraire, tout est voilé, Bernadette demeure toujours le grain de sable et le néant. Il le fallait pour mieux confondre l’orgueil de ce siècle. N’a-t-il pas la passion d’attribuer tout aux hommes et rien à Dieu [10] ? Toutes les plaies de la société moderne peuvent être guéries, elles ne sont que trop naturelles à l’humanité ! Le remède est surnaturel, c’est la grâce rédemptrice [11].
Mgr Delassus ne parle pas autrement. Entamant son chef-d’œuvre, La Conjuration antichrétienne, il établit d’emblée la ligne de démarcation entre les deux civilisations : l’acceptation ou le refus de l’ordre surnaturel. La conception de la vie apportée par Jésus-Christ relève la société et la famille, les institutions et les mœurs. La conception païenne de la vie réside essentiellement dans le naturalisme, que la révolution s’est donné pour mission d’instituer. Nous reviendrons sur cette question du surnaturel à l’occasion de la quatrième plaie.
Enfin, le surnaturel donne la clef de l’histoire. Sans cela, dit-il,
l’histoire reste un livre fermé, elle n’est qu’une arène où les passions s’entrechoquent au hasard. Mais, vue dans sa profondeur, avec la lumière d’en haut, […] on constate immédiatement que, si l’homme s’agite, c’est Dieu qui le mène. Ne regardez donc jamais les hommes et les faits que dans leur rapport avec l’ordre surnaturel [12].
Rien ne se fait donc au hasard. Le père Marie-Antoine n’est pas parti au combat au hasard. Il sait tout cela. « A l’âge de treize à quatorze ans, dit-il, je savais presque par cœur la Vie dévote de saint François de Sales, le Combat spirituel, et j’analysais la Cité de Dieu de saint Augustin [13]. » Il insiste plusieurs fois sur ce combat des deux cités, dans son ouvrage [14] ; mais nous y reviendrons.
Les deux armées sont en présence. Ceux qui nient le surnaturel ont Satan pour chef, ils portent déjà le caractère de la bête, comme l’a dit le prophète, sur les mains et sur leur tête. Les membres des sociétés secrètes en sont là. […] Voilà bien l’armée de l’Antéchrist ! Elle se prépare [15].
Mais entrons dans le détail de ces neuf phases dénoncées par le père Marie-Antoine, en voyant comment Notre-Dame, à travers son faible instrument, la petite Bernadette, va leur administrer le remède surnaturel adéquat.
Première plaie sociale : la décadence morale
L’Immaculée guérit cette plaie en choisissant Bernadette, qui n’a d’autre grandeur que l’innocence et la vertu.
Les hommes ont oublié que, sans la douceur, il n’y a pas de paix sur la terre, et, sans humilité, il n’y a pas de gloire dans le ciel.
Comme Bernadette, si vous voulez plaire à Marie et à son Fils divin, croissez sans cesse en vertu. […] Méprisez toute gloire humaine, tout luxe, toute dissipation et toute vanité, aimez la solitude et la vie cachée, […] vivez loin du monde et sous l’œil de Dieu. Là, vous trouverez une paix profonde que le monde n’a jamais pu vous donner, et vous goûterez les chastes délices du divin amour [16].
Deuxième plaie sociale : la stérilité du foyer familial
L’Immaculée y remédie en choisissant Bernadette dans une famille nombreuse et pieuse.
La stérilité au foyer familial,
voilà la plaie hideuse qui ronge au cœur la société moderne. Voilà le crime des crimes. Il conduit infailliblement la société à la mort, parce qu’il s’attaque à la source de la vie et viole la loi fondamentale de la création. Malheur à ces époux infidèles à leur vocation ! En s’insurgeant contre la volonté sainte du Créateur, ils le blessent au cœur et outragent, par un sensuel égoïsme, sa toute-puissance et son amour [17].
Mais voici la contre-attaque :
En choisissant Bernadette au milieu de neuf petits enfants qui forment la couronne d’un père chrétien et d’une pieuse mère, […] Dieu proteste contre ces affreuses théories du crime [18]. Il faut beaucoup prier pour les époux chrétiens. Qu’ils comprennent, eux aussi, le grand devoir de la prière. La prière seule leur obtiendra la grâce de la chasteté et la grâce de la confiance en Dieu, deux vertus indispensables pour remplir leur mission sublime. Cette confiance n’exclut pas la sage et prudente économie. L’économie n’est-elle pas le grenier de la famille, comme la vertu en est le trésor ? Or, où est l’économie quand on n’aime que le luxe, et que devient la vertu quand on ne cherche que le plaisir [19] ?
Voilà encore des thèmes développés à l’envi par Mgr Delassus. Dans Le Problème de l’heure présente [20], il consacre plusieurs chapitres à ce qu’on appelle la « famille-souche », la famille telle qu’elle existait sous l’Ancien Régime. L’éducation morale reçue au foyer était le plus grand bien ; et, telle qu’elle était constituée, la vertu se transmettait de génération en génération ; plus encore, elle croissait de l’une à l’autre. C’est ainsi que les familles vertueuses, croissant plus vite en bien-être que les moins vertueuses, ont constitué une « classe des meilleurs », ou aristocratie [21]. Voilà pour la vertu, trésor de la famille.
Quant à l’économie, « grenier de la famille », Mgr Delassus en traite dans le même ouvrage [22], lorsqu’il parle du capital, c’est-à-dire sur l’acquis de l’humanité, obtenu par le travail, conservé par la tempérance, fécondé par l’intelligence [23].
Le capital, dit-il, c’est donc premièrement un produit, deuxièmement un produit épargné, troisièmement un produit épargné et employé à obtenir d’autres produits [24].
Au contraire,
celui qui consomme sur l’heure, en alcool, en tabac ou autres inutilités ou nocivités, le salaire qui pourrait être la première assise d’un bien familial, retourne à la misère du sauvage. L’homme ne sort de l’indigence que lorsqu’il commence à mettre un frein à ses appétits et à prévoir l’avenir pour lui et pour les siens [25].
Ainsi donc, fécondité dans la famille, et plus encore, piété dans l’éducation. Sainte Bernadette y encourage sa sœur, mère de famille, en ces termes, au sujet de son quatrième enfant :
Je préférerais apprendre sa mort que d’apprendre plus tard qu’elle n’est pas bonne chrétienne. Tu comprends par là le soin qu’il faut donner à son éducation [26].
Troisième plaie sociale : l’abandon des campagnes pour la ville
L’Immaculée la guérit en éloignant Bernadette des villes. Lourdes était alors un petit village.
Les malheurs de l’Église et de la France, dit le père Marie-Antoine, sont toujours venus de l’abandon d’une vie sérieuse et utile des champs, pour la vie factice et trop souvent dissipée de nos villes. […] Oui, la France sera sauvée quand les fils des Croisés sauront mettre, au besoin, la main à la charrue, comme les premiers Francs, nos pères, et ne la quitteront que pour prendre l’épée et verser leur sang pour Dieu et leur patrie [27]. Pour conserver pure la petite Bernadette et la rendre digne de sa belle vocation, [Dieu] l’éloigne des villes et la fait grandir au milieu des saintes solitudes de nos belles montagnes [28].
Quatrième plaie sociale : la négation du surnaturel par le positivisme
L’Immaculée y pourvoit en comblant Bernadette de faveurs surnaturelles et de visions extatiques.
La connaissance et la possession de Dieu sont un besoin de la nature, mais cette connaissance et cette possession sont au-dessus de la nature. Dieu seul se connaît et Dieu seul jouit de lui-même. Entre la créature et le Créateur, il y a une distance infinie. Pour combler cette distance, il faut que le Créateur descende le premier, il faut qu’il prenne cette créature par la main et l’élève jusqu’à lui, pour la faire jouir de lui par la connaissance et par l’amour [29].
Mais ce don de la grâce,
Mais les négateurs du surnaturel finissent par nier la raison. En effet,
le triomphe de la raison est de nous conduire à la foi en nous faisant remonter de l’effet à la cause et de la créature au Créateur, et en concluant à l’existence du miracle en regard de la divinité de la religion [32].
Fous qu’ils sont, dit-il en parlant des positivistes, ils ne veulent pas venir à Lourdes voir des miracles. Assis dans leurs académies, ils bravent notre foi. Et cependant, ce surnaturel qu’ils ont beau nier les écrase. Tout leur parle du surnaturel. [33]
Mais le père Marie-Antoine ne se fait pas d’illusions quant à l’avenir.
Cette négation du surnaturel est la négation suprême. […] Elle est le grand prélude du combat qui doit se livrer entre Satan vivant dans l’Antéchrist et le Christ vivant dans le pape infaillible [34].
Cinquième plaie : le socialisme, ou la guerre des pauvres contre les riches
L’Immaculée guérit cette plaie en choisissant Bernadette parmi les pauvres. Depuis que le Fils de Dieu est venu sur terre, dit l’Ange au pèlerin de Lourdes, « ce n’est pas dans l’exil que tu dois porter ta couronne, mais dans le ciel [35] ». On reconnaît une idée-maîtresse de La Conjuration antichrétienne, de Mgr Delassus. Ici-bas, avant tout, bienheureux le pauvre en esprit.
A celui-ci, Jésus donne deux récompenses : l’assurance d’une éternelle félicité dans la vie future ; la seconde, l’assurance de ne jamais manquer du nécessaire dans la vie présente.
Le père Marie-Antoine rappelle ensuite le terrible Vœ vobis divitibus. Dit-il cela pour élever les pauvres contre les riches ? Surtout pas ! Jésus « n’honore le pauvre que pour dissiper, au contraire, toute haine dans son cœur, toute tristesse et toute envie [36] ». Il a aussi une auréole pour le riche :
Lui aussi peut devenir pauvre en esprit, en tenant son cœur élevé au-dessus des biens de la terre. Et, en les partageant avec le pauvre, il entre par ce seul fait, en partage de son éternelle félicité [37]. Le riche est le vice-gérant du Dieu Créateur qui nourrit et réchauffe le pauvre ; le pauvre est le vice-gérant du Dieu Rédempteur qui travaille et qui, par sa souffrance, expie pour le riche, le sanctifie et lui ouvre les portes du ciel [38].
Telle est la solution chrétienne de la question sociale.
Hors de celle-ci, il n’y a que la solution païenne qui est l’esclavage, ou la solution socialiste qui est la folie. Venons à la solution chrétienne par la charité. Dieu nous y convie, en choisissant Bernadette parmi les pauvres [39].
Le père Marie-Antoine se devait, en ce chapitre, de nommer saint François, le Poverello, et sa prière : Mon Dieu et mon tout [40].
Sainte Bernardette lui fait écho : « Je suis assez riche, j’ai l’Immaculée Conception ! J’ai vu le ciel [41] ! »
Faites régner dans vos familles la piété, l’ordre, la simplicité, et vos familles seront de vrais royaumes : le père sera le roi, la mère la reine, et les enfants les heureux sujets. N’enviez pas d’autre richesse et gardez-vous bien, surtout, d’envier une autre souveraineté et d’avoir la naïveté d’y croire [42].
On voit une ironique allusion au mouvement de la démocratie chrétienne [43].
Encore une fois, Mgr Delassus a abondamment traité de ces sujets, il tient exactement le même langage, qu’il serait superflu de transcrire.
Sixième plaie sociale : le césarisme ou l’omnipotence de l’État voulant exercer sur les âmes les droits de Dieu
Bernadette y remédie par son non possumus aux autorités civiles :
Ces deux mots suffisent pour garantir la liberté de l’âme humaine et sauvegarder sur la terre les droits de Dieu, et, par cela même, tous les droits réunis. Quand les droits de Dieu sont ébranlés, tous les autres croulent à la fois [44].
Le père Marie-Antoine, dans les pages suivantes, s’emploie à montrer qu’en niant les droits de Dieu, les potentats scient la branche sur laquelle ils sont assis, pour conclure :
En résistant à l’omnipotence aveugle de l’État, Bernadette sauve la société. [45] L’autorité que vous avez, dit le père Marie-Antoine aux dirigeants, c’est de lui que vous la tenez. Dieu s’est réservé le domaine des âmes, qu’il a confié à son Église. Et comme c’est l’âme qui dirige le corps, c’est à l’Église de vous diriger, de vous conseiller, et non pas à elle d’être dirigée et conseillée par vous [46].
Dans cette question délicate des relations entre l’Église et l’État, le père Marie-Antoine ne fait aucune concession au catholicisme libéral. Il indique la vraie liberté, celle de pouvoir obéir à Dieu envers et contre tout.
Quant à Mgr Delassus, il a parlé de tout cela spécialement dans ses ouvrages contre la démocratie chrétienne [47].
Septième plaie sociale : la guerre contre les religieux
La réponse : l’Immaculée appelle Bernadette à la vocation religieuse.
Ce livre est écrit quelques mois avant les décrets contre les Ordres religieux (29 mars 1880), qui entraînèrent leur expulsion de France. C’était déjà dans l’air.
L’éternelle gloire de la vie religieuse, écrit l’auteur, est d’avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis que Jésus-Christ [48].
Il dresse un parallèle contrasté entre les aspirations du monde et celui des religieux, contraste qu’explique la haine du monde contre eux. Il rappelle que ce monde, en tant que diamétralement opposé à Jésus, est maudit.
Il ne peut y avoir d’accord possible entre lui et Jésus. Et ceux qui veulent se tenir entre les deux, par le seul fait, sont déjà perdus. Jésus ne les reconnaît plus comme siens : celui qui n’est pas avec moi est contre moi ! […] Que de chrétiens se font illusion à cet égard et s’éveillent dans un enfer [49].
On est loin de Gaudium et Spes ! Puis le père Marie-Antoine indique que c’est là le danger pour ceux qui ne sont pas religieux (à savoir : le ralliement au monde).
Le pèlerin fictif de l’ouvrage s’écrie alors : « Il faut donc que tout le monde embrasse la vie religieuse ? » Non, certes, mais il faut au moins que tout le monde en ait l’esprit, puisque la vie religieuse n’est pas autre chose que la vie chrétienne dans sa sublime perfection. Comment ? Par l’obéissance aux commandements, la fidélité aux devoirs d’État, le détachement des richesses, la chasteté.
C’est pour leur faciliter la pratique de ces grandes vertus que Jésus a inspiré au séraphique François d’ établir le Tiers-Ordre, glorifié par tant de saints et recommandé par tant de pontifes. […] Le Tiers-Ordre, c’est l’ancre prêtée au pauvre vaisseau et jetée au milieu de la tempête pour l’empêcher de sombrer [50].
Le saint de Toulouse, pour terminer, donne des conseils pour bien suivre sa vocation, si l’on est appelé à la vie religieuse.
Huitième plaie sociale : la guerre faite à l’enseignement donné par les religieux
L’Immaculée proteste en appelant Bernadette dans une congrégation enseignante. Avec une verve pittoresque, l’auteur décrit la loi divine sur l’enseignement, en trois articles.
Dans le premier, Dieu se réserve sur terre le droit d’enseigner. Dans le second, il expose la façon dont il se rend visible, c’est-à-dire par son Église, investie de cette mission d’enseignement, avec le charisme de l’infaillibilité. Dans le troisième, il décrit l’étendue de cette mission : elle s’étend à toutes les nations [51].
L’État, dit-il ensuite, n’a pas d’autres droits et d’autres devoirs, en fait d’enseignement, que celui de protéger le droit divin de l’Église et le droit naturel des parents. […] En dehors de cela, ce n’est qu’injustice et tyrannie [52]. Ces grandes vérités ont toujours retenti […] mais il y a une chose qui dure autant que la vérité, c’est la haine de la vérité dans le cœur des fils de Satan ! […] Voulant détruire les âmes, la famille, la société, ils s’attaquent à l’enfance qui est la racine de la vie, de la famille et de la société [53].
Quel est le cadre de la liberté de l’enseignement, après avoir énoncé ces droits divins de l’Église ? « Comment se fait-il qu’elle demande l’égalité pour tous ? », demande l’auteur. C’est que l’Église, dans les pays qui ne sont plus chrétiens, demande d’avoir part au moins à ce que la législation accorde à tout citoyen. Ainsi,
l’Église, qui, en thèse divine, est obligée de repousser la liberté absolue d’enseignement, […] la revendique cependant en thèse naturelle [54].
Et le père Marie-Antoine cite en note, le Syllabus.
Les religieux sont les éducateurs-nés de l’humanité. Éduquer [e-ducere], c’est sortir l’humanité de l’abîme, briser les chaînes des trois concupiscences. Les religieux le font par leur exemple, avant même de l’enseigner aux enfants. Comment briser ces chaînes, si l’on est soi-même enchaîné [55] ? Élever un enfant, c’est l’élever à la hauteur divine, à l’image de Jésus-Christ [56].
Pour rappeler tout cela, Dieu a conduit Bernadette,
non au Carmel, au milieu des douceurs de la contemplation céleste, non dans l’ordre séraphique, au milieu des saintes rigueurs de la pauvreté, mais dans une communauté spécialement vouée à l’enseignement de l’enfance [57].
Sur cette huitième plaie, Mgr Delassus a aussi des pages éloquentes, cette fois dans La Conjuration antichrétienne. Le père Marie-Antoine dénonçait en général la haine de Satan contre l’enfance. L’illustre chanoine de Cambrai entre dans les détails de la machination. Il rapporte les consignes de la Haute-Vente, pour propager les idées maçonniques. « Allez à la jeunesse, et, si c’est possible, jusqu’à l’enfance [58]. » Déjà Weisshaupt (Spartacus) donnait comme conseil de veiller à ce que les connaissances soient étendues, mais non pas profondes. Montrer une opposition entre science et foi. Les connaissances étendues et superficielles produisent la vanité, ou la flatterie [cela fait penser à internet]. Quant aux lectures, vanter les ouvrages écrits dans l’esprit de la loge, comme faisant date dans la science et comme perles littéraires [59].
Par le colportage, la secte s’efforce principalement de corrompre les mœurs. Par l’enseignement, elle vise surtout à pervertir les esprits [60].
Aussi, « le premier souci de l’État révolutionnaire est de s’emparer de l’enfance [61] ». et Mgr Delassus de citer à l’appui Jules Ferry, Danton, Rousseau. Il revient sur le sujet dans son chapitre sur l’Israélitisme humanitaire, avec son organe, l’Alliance Israélite Universelle, dont les objectifs avoués sont de réunir toutes les religions en abattant les cloisons qui les séparent.
Le moyen le plus puissant peut-être inventé pour réaliser son programme, dit Mgr Delassus, pour se procurer les pierres vivantes qui doivent entrer dans la construction du Temple, c’est l’école neutre. […] Les enfants élevés dans l’ignorance des vérités religieuses appartiennent par le fait à l’Israélitisme libéral et humanitaire ; ils sont les éléments tout faits de la « religion universelle [62]. »
Ainsi, l’enseignement sans Dieu est l’instrument de choix de Satan pour construire le Temple maçonnique dans sa nef religieuse. On saisit ici tout l’enjeu de l’existence de congrégations enseignantes et les écoles catholiques.
Neuvième plaie : le sensualisme. Bernadette sera un lys au milieu des épines de la souffrance
Le sensualisme renverse l’ordre divin ; par lui, l’âme devient esclave du corps. Par là, l’humanité est frappée au cœur. Tout le divin disparaît en elle, la chair domine et prend la place de l’esprit. Toutes les autres plaies aboutissent à celle-ci, comme tous les fleuves aboutissent à l’océan [63].
Par le sensualisme,
la vie se flétrit dans ses sources, la beauté s’efface du visage, la bonté se retire du cœur, les familles s’épuisent et disparaissent, les nations perdent graduellement leur principe de résistance et d’expansion, le respect de la hiérarchie s’éteint dans les scandales. Tous les maux, enfin, entrent par cette porte [64].
Le christianisme est aux antipodes du sensualisme, car il prescrit la chasteté et lui seul en donne la force. Voilà ce que dit l’auteur au sujet du général de Sonis et de ses zouaves, à Loigny : « Intrépides et héroïques parce que vous étiez chastes [65]. » Un jour qu’il discute avec un franc-maçon, il le plaint ; en effet, il y en a deux catégories :
les niais qui se laissent prendre aux grands mots de liberté, égalité, fraternité, philanthropie et qu’on dupe par des fantasmagories, et, sous ceux-ci et, couverts par leur bêtise, il y a les vrais scélérats, les vrais possédés de Satan. […] Vous êtes certainement de la première catégorie et je vous plains, parce que vous coopérez indirectement à l’œuvre satanique. Puis il dit à brûle-pourpoint : Voici mon argument décisif. Répondez-moi franchement. Vous a-t-on jamais demandé comme condition pour être admis dans la franc-maçonnerie la pratique de la chasteté ?
Et d’exposer toutes les exigences de la chasteté chrétienne. Le franc-maçon répond : « A cette condition, nous n’aurions pas un seul franc-maçon [66] ! » De cette opposition si radicale, on comprend la haine du monde contre les chrétiens. Écoutons Gambetta : « Nous n’en voulons plus de ces religieux ! Ils sont venus troubler les plaisirs de l’humanité [67]. »
Enfin, c’est par la corruption du cœur que commencent les chutes.
Aucun grand scélérat n’a jamais péri par l’intelligence. […] L’intelligence rapproche toujours de Dieu. Mais tous, sans exception, tous ont commencé et continué par la corruption du cœur. Celle-ci donne le vertige, la folie, et, pour quitter Dieu, il faut le vertige, il faut la folie. […] N’allez pas chercher à convaincre un homme tant que son cœur est corrompu [68].
Dans la Conjuration antichrétienne [69], Mgr Delassus a tout un chapitre consacré à exposer la place de la corruption des mœurs dans la stratégie maçonnique. Il se contente de citer les instructions de la Haute-Vente et la correspondance entre ses membres. Ces paroles sont connues :
Tertullien décrit avec raison que le sang des martyrs enfantait des chrétiens. Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de chrétiens, ne faisons donc pas de martyrs, mais popularisons le vice dans les multitudes. Qu’elles le respirent par les cinq sens, qu’elles le boivent, qu’elles s’en saturent. Faites des cœurs vicieux et vous n’aurez plus de catholiques [70].
La suite du chapitre n’est que l’illustration de ce programme par les faits [71]. S’appuyant sur les dires mêmes des francs-maçons de l’époque, Mgr Delassus conclut :
Le fléau dont nous souffrons [il vient de parler de la corruption des mœurs, du mouvement néo-malthusien, etc.] n’est pas seulement engendré par les conditions sociales et morales de la vie française, mais il est surtout le résultat d’un véritable complot organisé par la Maçonnerie [72].
Il termine le chapitre en citant Scipion Petrucci, secrétaire de Mazzini : « Notre association est un grand parti de pourceaux. Ceci, nous pouvons le dire en famille. » [73]
Le remède à ce fléau nous est donné dans l’exemple de sainte Bernadette. Le père Marie-Antoine fait parler ainsi la sainte Vierge :
Je veux que tu sois martyre pour expier le sensualisme de cette France qui se meurt de plaisirs avilissants. Je veux que tu sois martyre pour guérir cette plaie hideuse en prouvant une fois de plus à la terre qu’il n’y a pas de chasteté, et par conséquent pas de famille, de vrai bonheur, sans les épines de la mortification chrétienne [74].
En outre,
pas de chasteté possible sans la communion fréquente et sans une participation continuelle aux douleurs intimes et aux souffrances sensibles de Jésus [75].
Pendant son agonie, une compagne dit à Bernadette :
Je vais demander à notre Mère Immaculée de vous donner des consolations. – Non, répond-elle, pas de consolation, mais la force et la patience.
Elle meurt après avoir pressé son crucifix sur son cœur, en disant : « Mon Jésus ! Je l’aime ! Ah ! je l’aime ! »
Conclusion
Ce qui nous aura probablement frappé, à travers le diagnostic de ces neuf plaies de la société moderne, c’est la simplicité du remède apporté. Le rapprochement des textes du père Marie-Antoine avec ceux de Mgr Delassus auront sûrement causé un nouveau contraste : d’une part, l’appareil subtil et complexe des sociétés secrètes qui, avec force ruses, s’ingénient à détruire le surnaturel et à établir définitivement le monde dans le naturalisme ; et, d’autre part, la simplicité de la réponse du ciel à travers Bernadette.
Ceci nous amène à une conclusion [personnelle]. D’abord, ne jamais nous décourager face à l’attaque généralisée des forces du mal aujourd’hui ; le remède reste simple ; il est dans le surnaturel tel que nous venons de le voir et nous pouvons nous l’appliquer sans restriction. [76] C’est la simplicité de la colombe. Mais, par ailleurs, soyons conscients que l’enfer est en train de tout faire pour empêcher l’application du remède, et cela de façon terriblement sournoise ; d’où la nécessité de connaître les manœuvres de l’ennemi, telles que les auteurs comme Mgr Delassus les ont décrites [77]; ici, c’est la prudence du serpent. Voilà deux conditions de succès, à laquelle on peut ajouter une troisième : une profonde union entre nous. Là encore, la vie de sainte Bernadette en est l’exemple et le symbole. Le père Marie-Antoine signale les trois grands saints que Dieu a suscités il y a sept siècles pour renouveler le monde : saint Bernard, qui a soulevé le monde par les croisades, saint Dominique par le rosaire, et saint François par ses stigmates et son amour pour l’Immaculée Conception.
Merveille ! Dieu voulant de nouveau sauver la France et le monde, réunit dans Bernadette ces trois moyens de salut : il lui donne au baptême le nom de saint Bernard, et, appelant l’univers à la grotte, elle renouvelle les croisades. Marie lui confie à la grotte le rosaire de saint Dominique, et elle ne veut pas la laisser mourir sans la rendre, par le cordon, fille de saint François. Qui méritait mieux cette dernière grâce que cette âme séraphique ? N’a-t-elle pas dit au monde : elle est l’Immaculée Conception, et n’a-t-elle pas porté toute sa vie les stigmates de la douleur [78] ?
[1] — Père Marie-Antoine de Lavaur O.F.M. cap., Nos Plaies sociales et la mission de Bernadette, Toulouse, Éditions du Pech, 2011, 198 p, 11x18cm, 13,5 €, ISBN 978-2-95339-266-1.
[2] — Jaqueline Baylé, Le Saint de Toulouse s’en est allé, P. Marie-Antoine de Lavaur, Capucin (1825-1907), 640 pages, Ed. du Carmel.
[3] — Le Lis immaculé. A Lourdes, ce que j’ai vu et entendu, 120 pages, Ed. du Carmel.
[4] — Le Protestantisme confondu.
[5] — P. Ernest-Marie de Beaulieu, Le Saint de Toulouse, p. 301.
[6] — Ibid., p. 302.
[7] — Voir Louis Medler, Monseigneur Delassus.
[8] — Nos plaies sociales, p. 184.
[9] — Ibid., p. 27.
[10] — Ibid., p. 45.
[11] — Ibid. p. 187.
[12] — Nos plaies sociales, p. 65.
[13] — Ibid., p. 27.
[14] — Ibid., p . 86, 88, 121, 189.
[15] — Ibid. p. 95.
[16] — Ibid. p. 70.
[17] — Ibid., p. 72.
[18] — Nos plaies sociales, p. 73.
[19] — Ibid., p. 74-75.
[20] — Chapitres 55 à 58, p. 384-409.
[21] — Du grec ajristoi (les meilleurs).
[22] — Chapitre 29.
[23] — Le Problème de l’heure présente, t. II, p. 223.
[24] — Ibid., p. 219.
[25] — Ibid.
[26] — Nos plaies sociales, p. 77.
[27] — Ibid., p. 82. Voir l’exemple de Saül, dans l’ancien Testament.
[28] — Ibid., p. 80.
[29] — Ibid., p. 86.
[30] — Ibid., p. 87.
[31] — Ibid., p. 86.
[32] — Ibid., p. 88.
[33] — Nos plaies sociales, p. 94.
[34] — Ibid., p. 95.
[35] — Ibid., p. 98.
[36] — Ibid., p. 99.
[37] — Ibid., p. 100.
[38] — Ibid., p. 102.
[39] — Ibid., p. 104.
[40] — Ibid., p. 108.
[41] — Ibid., p. 109.
[42] — Ibid., p. 110.
[43] — Voir Mgr Delassus, Vérités sociales et erreurs démocratiques.
[44] — Nos plaies sociales, p. 116.
[45] — Ibid., p. 118.
[46] — Ibid., p. 118.
[47] — Vérités sociales et erreurs démocratiques, reprise dans Le Problème de l’heure présente, t. II, ch. 16 à 28.
[48] — Nos plaies sociales, p. 122.
[49] — Ibid., p. 125.
[50] — Ibid., p. 126-127.
[51] — Ibid., p. 135-136.
[52] — Ibid., p. 138.
[53] — Ibid., p. 142.
[54] — Ibid., p. 140.
[55] — Ibid., p. 146.
[56] — Ibid., p. 148.
[57] — Ibid., p. 152.
[58] — La Conjuration antichrétienne, DDB, 1910, p. 470.
[59] — Ibid., p. 478.
[60] — Ibid., p. 484.
[61] — Ibid., p. 553.
[62] — Ibid., p. 645-646.
[63] — Nos plaies sociales, p158.
[64] — Ibid. p. 170.
[65] — Ibid., p. 162.
[66] — Ibid., p. 171-172.
[67] — Ibid., p. 161.
[68] — Ibid., p. 167-168.
[69] — Ch. 28.
[70] — La Conjuration antichrétienne, ibid., p. 383.
[71] — On peut compléter cette description par ce qui a été réalisé depuis 1910. Pour cela, voir Épiphanius, Maçonnerie et sectes secrètes, 2005, ch. 24.
[72] — La Conjuration antichrétienne, p. 395.
[73] — Id., ibid. Voir aussi Nos plaies sociales, p. 142, note 7 : Ce mode nouveau d’éducation […] nous mène droit à un régime nouveau : la Pourceauterie.
[74] — Nos plaies sociales, p. 174.
[75] — Ibid., p. 177.
[76] — C’est, de loin, le remède le plus important. Si la sainteté règne chez les bons, les méchants n’auront plus d’emprise. En substance, les Carbonari disaient, au sujet de leur plan infernal pour arriver au triomphe de la Révolution par un pape : « Notre plan réussira, car il est fondé sur les passions humaines » (ambition, curiosité, concupiscence de la chair) ; or, justement, l’ascèse et la sainteté chrétiennes ferment ces portes ; notre victoire sur le monde, c’est notre foi, la grâce qui nous fait triompher des charmes du monde.
[77] — Voir saint Jérôme, Lettre 50 : sur la nécessité pour le prêtre d’être bien formé : « L’ignorance, quelque sainte qu’elle soit, n’est utile qu’à elle-même ; et, autant elle édifie par sa vertu l’Église du Christ, autant elle lui devient nuisible si elle ne résiste pas à ceux qui l’attaquent ».
[78] — Nos plaies sociales, p. 178.

