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Le Syllabus, signe de contradiction 

 par Dominicus

 

 

« Ils ne veulent pas comprendre que si le Syllabus reste à l’état de lettre morte, les sociétés sont finies, et que si le pape nous remet devant les yeux les vrais principes sociaux, c’est que le monde en a besoin pour ne pas mourir. » Garcia Moreno, président de l’Équateur, assassiné en 1875 par la franc-maçonnerie [1].

 

« Le Syllabus est le code du bon sens et de la vérité, non seulement religieuse, mais politique et sociale. »                                     Émile Keller [2].

 

« Pie IX a lancé, comme un éclair, le Syllabus, c’est-à-dire le catalogue des erreurs modernes, avec leur condamnation : publication doctrinale qui a exaspéré les hommes de ténèbres. »                                               Abbé Joseph Lémann [3].

 

« De tous les textes du 2e concile du Vatican, la constitution pastorale Sur l’Église dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes) a été incontestablement le plus difficile, et aussi, à côté de la constitution sur la liturgie et du décret sur l’œcuménisme, le plus riche en conséquences. […] Si l’on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. […] Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d’un contre-Syllabus, dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Église avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789. » Cardinal Joseph Ratzinger [4].
 « On ne peut nier qu’un tel texte [la déclaration Dignitatis humanæ du concile Vatican II sur la liberté religieuse] ne dise matériellement autre chose que le Syllabus de 1864, et même à peu près le contraire des propositions 15, 77 à 79 de ce document. »                                         Père Yves Congar O.P. [5].

Trancher les camps

 

"Trancher les camps », tel était le but de Pie IX en publiant le Syllabus. Il s’en est expliqué au cardinal Mermillod :

Un jour que l’illustre cardinal de Fribourg et de Genève, Mgr Mermillod, prosterné aux pieds du saint et intrépide vieillard, lui demandait avec une douce familiarité : Très Saint Père, comment Votre Sainteté a-t-elle eu le hardi courage de lancer le Syllabus dans la société moderne ? Pie IX lui répondit : Mon fils, j’ai voulu trancher les camps. Depuis lors, en effet, les camps ont commencé à se trancher. Devant la précision doctrinale du Syllabus, tout homme a été contraint de se définir. Nulle intelligence n’a plus osé tirer profit de la confusion, se tenir entre la vérité et l’erreur, et rester neutre. Les événements, en même temps, ont aidé puissamment à ce travail de séparation. Les événements, qui sont les anges de Dieu, ont acquis une logique et une promptitude irrésistibles pour forcer les hommes à se ranger vers la droite ou vers la gauche ; les centres s’effacent, campement des timides, centre droit ou centre gauche ; c’est comme un acheminement au jugement dernier où il n’y aura plus de centre, mais uniquement ces deux côtés avec leur séparation éternelle : la droite et la gauche [6].

Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ a paru sur la terre, tout de suite le monde, sous l’inspiration du Prince de ce monde, s’est opposé à lui. Les trois années de prédication du Fils de Dieu furent trois années de lutte contre les Pharisiens et leurs adeptes. Après son départ de cette terre, la lutte a continué entre l’Église et le monde, entre les deux Cités.

La lutte fut particulièrement aiguë sous la Révolution dite française : alors le monde crut un instant qu’il pourrait triompher et faire disparaître l’Église. Mais l’Église est immortelle, aussi la Révolution dut-elle signer une trêve sous Napoléon avec le Concordat.

Cette trêve favorisa l’apparition d’une tentative de conciliation entre le monde et l’Église : ce fut le libéralisme dit catholique dont l’initiateur fut l’abbé Félicité de Lamennais (1782-1854) [7]. Ce dernier fonda en 1830 le journal l’Avenir, dont la devise : « Dieu et la liberté ! » disait clairement le but :  la conciliation entre l’Église et la Révolution.

Le pape Grégoire XVI vit immédiatement le danger et condamna le journal l’Avenir et ses idées libérales dans l’encyclique Mirari vos (15 août 1832).

Le libéralisme catholique, un instant battu, ne tarda pas à relever la tête. Montalembert, notamment, après s’être soumis à l’encyclique, reprit peu à peu sa croisade pour le libéralisme. Il le fit d’une façon spectaculaire dans ses fameux discours de Malines (20 et 21 août 1863) : défense de la liberté de conscience, indépendance réciproque de l’Église et du pouvoir politique (incompétent en matière religieuse), exaltation des libertés publiques (liberté de la presse, etc.).

Là encore, le pape ne tarda pas à réagir, et ce fut l’encyclique Quanta cura à laquelle était jointe le Syllabus, un recueil des principales erreurs du temps, notamment celles du libéralisme dit catholique. Le pontife s’en expliqua lui-même en ces termes, dans un bref adressé à des journalistes catholiques : 

Nous ne pouvons que vous approuver d’avoir entrepris de défendre et d’expliquer les décisions de notre Syllabus, surtout celles qui condamnent le libéralisme soi-disant catholique, lequel comptant un grand nombre d’adhérents parmi les hommes honnêtes eux-mêmes, et paraissant s’écarter moins de la vérité, est plus dangereux pour les autres, trompe plus facilement ceux qui ne se tiennent pas sur leurs gardes et, détruisant l’esprit catholique insensiblement et d’une manière cachée, diminue les forces des catholiques et augmente celle des ennemis [8].

En condamnant rapidement et énergiquement les erreurs, les papes se sont bien acquittés de leur charge. Dom Guéranger, après avoir rappelé un certain nombre de ces condamnations fulminées depuis 1713 (condamnation du jansénisme) jusqu’à 1832 (Mirari vos) et 1864 (Quanta cura et le Syllabus), conclut :

Il est donc hors de doute que les papes ont constamment exercé dans l’Église le droit de définition dans les questions de doctrine ; et je ne sache rien de plus imposant dans l’histoire que cette succession de jugements qui attestent si hautement et la vigilance du Pasteur suprême, et la confiance avec laquelle il n’a cessé de remplir son office de confirmer ses frères [9].

Frappé une deuxième fois, le libéralisme catholique dut à nouveau baisser la tête, mais la lutte n’était pas finie. Après une troisième tentative sous Léon XIII, écrasée par saint Pie X, le libéralisme se redressa au milieu du 20e siècle et triompha (provisoirement !) au concile Vatican II (1962-1965). Jean Madiran notera, en 1974 : « Les prétendues “nouveautés” du monde contemporain, et celles de l’Église post-conciliaire, ne sont que les antiques erreurs du 19e siècle. Relisez le Syllabus de Pie IX (publié en 1864, il y a cent dix ans), il énumère toutes les “idées nouvelles” que l’on prétend avoir inventées depuis Vatican II [10]. »

Deux textes du concile Vatican II s’opposent directement au Syllabus : la constitution Gaudium et spes sur « l’Église dans le monde de ce temps » et la déclaration Dignitatis humanæ sur « la liberté religieuse ». Au sujet de cette dernière, un fait symptomatique mérite d’être rapporté. Les novateurs essayèrent jusqu’au bout de la faire voter en 1964, comme un contre-centenaire du document de 1864. Le 20 novembre 1964, les progressistes adressèrent à Paul VI une supplique lui demandant « instanter, instantius, instantissime » de faire voter sans discussion préalable la déclaration sur la liberté religieuse [11]. Mais l’opposition fut trop forte et finalement, Dignitatis humanæ ne fut votée qu’à la 4e session, en 1965.

 

Pourquoi « trancher les camps » ?

Rien n’est plus dangereux que l’absence d’une ligne de démarcation entre l’Église et le monde. On peut le constater aujourd’hui où le triomphe du libéralisme « catholique » a entraîné la plus grande crise de toute l’histoire de l’Église. Mais on pouvait le prévoir, car les meilleurs esprits ont toujours vu le danger :

Le mal du jour est celui-ci : que la ligne de démarcation tend de plus en plus à s’effacer entre chrétiens et non-chrétiens, entre chrétiens et hérétiques et même idolâtres. Ceux qui se disent encore chrétiens vivent trop souvent comme ceux qui ont renoncé à ce titre ; les femmes soi-disant dévotes portent les mêmes toilettes que les incroyantes. De plus, une doctrine téméraire [12] tend à prévaloir : qu’on se sauve facilement dans toutes les religions, qu’une bonne foi quelconque tient lieu de la foi, qu’en fin de compte tout le monde, ou à peu près, est sauvé. Par suite de ces maximes et de ces mœurs, l’Église tend à se dissoudre dans le monde, la chrétienté dans l’humanité déchue. On ne trouve presque plus de chrétiens auxquels on puisse appliquer les paroles de saint Paul : « Soyez fils de Dieu tout d’une pièce [13], sans reproche au milieu d’une nation dépravée et perverse, parmi laquelle vous luisez comme des flambeaux en ce monde » (Ph 11, 15). […] Le remède à ce mal, c’est le rétablissement de la ligne de démarcation effacée, c’est la reconstitution d’un peuple nouveau, vraiment chrétien, qui soit, dans le monde, un exemplaire vivant des maximes évangéliques [14].

Pie IX, en promulguant le Syllabus, a tracé aux catholiques une ligne de conduite sûre :

Chaque fois que l’occasion s’en présenta, Pie IX, a condamné les fausses opinions les plus en vogue, et ensuite il en fit faire un recueil, afin que, dans un tel déluge d’erreurs, les catholiques eussent une direction sûre [15].

Sans cette ligne de démarcation, c’est la contagion et la mort à plus ou moins brève échéance, comme le dit un autre grand esprit : le père Garrigou-Lagrange (1877-1964), s’appuyant sur Donoso Cortès (1809-1854) :

Donoso Cortés, dans sa lettre de 30 pages au cardinal Fornari, écrite en 1850 pour être présentée à Pie IX, dit très justement, que lorsque les peuples se sont séparés des principes chrétiens et catholiques et qu’ils ont accepté une législation athée sur l’école, l’enseignement secondaire et supérieur, sur la famille, le divorce, etc., pendant quelque temps le libéralisme a la vogue ; mais comme il ne conclut rien, ce qui ne suffit pas pour agir, si l’on ne veut revenir aux principes chrétiens et catholiques, on descend au radicalisme dans la négation, et par une accélération semblable à celle de la chute des corps, au socialisme, puis finalement au communisme matérialiste et athée. Il a même prévu, en 1850, qu’il y aura en Russie un « empire matérialiste et communiste colossal, à la tête duquel sera un plébéien de grandeur satanique, l’homme de péché ». Il a même ajouté dans un autre discours sur la situation générale de l’Europe à cette époque (vers 1850), que pour résister efficacement il n’y a qu’une force capable : celle de la foi catholique profonde, c’est pourquoi, disait-il, l’Allemagne dominée par la Prusse protestante ne pourra pas réagir. Donoso Cortés disait qu’une législation athée conduit un peuple à la mort comme un cancer qui ravage l’organisme ; on ne le voit pas à la 1ère et 2e génération, on le voit à la 5e par le nombre des incroyants, des athées, des divorces. Ce que disait Donoso Cortés en 1850, vous le redites aujourd’hui, mon Père, et malheureusement les événements ne vous donnent que trop raison. Je regrette que J. Maritain ne le voie pas mieux et je souhaite vivement que les événements actuels l’éclairent ; il s’est aventuré sur un chemin où Lamennais est allé beaucoup plus loin que lui ; ce qui se passe à l’heure actuelle l’éclairera, j’espère, si ce n’est déjà fait [16].

 

Les pro et les anti Syllabus

La ligne de démarcation tranchée par le Syllabus continue de partager les catholiques. Aujourd’hui, c’est elle qui sépare les catholiques fidèles (appelés « traditionalistes ») des conciliaires.

Pour s’en convaincre, il suffit de citer Mgr Lefebvre :

• Notre combat se résume dans le Syllabus et Pascendi

Ces temps-ci (puisque je suis un peu au chômage [17]) j’ai relu le livre que vous connaissez bien, de Barbier, sur le catholicisme libéral [18]. Il est frappant de voir que notre combat est exactement celui des grands catholiques du 19e siècle depuis la Révolution, et le combat des papes Pie VI, Pie VII, Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, jusqu’à Pie XII. Or en quoi se résume-t-il ? C’est Quanta Cura et le Syllabus de Pie IX, et Pascendi dominici gregis de saint Pie X. Ce sont des documents sensationnels, qui d’ailleurs ont fait choc en leur temps, et qui ont opposé la doctrine du Saint-Siège devant les erreurs modernes. C’est la doctrine que l’Église a opposée aux erreurs qui se sont manifestées au cours de la Révolution, particulièrement dans la Déclaration des Droits de l’homme. Or c’est le même combat que nous livrons aujourd’hui : il y a les pro-Syllabus, les pro-Quanta Cura, les pro-Pascendi et il y a ceux qui sont contre. C’est tout simple. Ceux qui sont contre ces documents adoptent les principes de la Révolution, les erreurs modernes. Ceux qui sont pour demeurent dans la vraie foi catholique.

• L’anti-Syllabus du cardinal Ratzinger

Or, vous savez très bien que le cardinal Ratzinger a dit officiellement que pour lui Vatican II était l’anti-Syllabus. S’il s’est clairement placé contre le Syllabus, c’est donc qu’il a adopté le principe de la Révolution. D’ailleurs il l’a dit très clairement : « L’Église s’est ouverte aux doctrines qui ne sont pas nôtres mais qui viennent de la société, etc… » Tout le monde a compris : les principes de 89, les Droits de l’homme. […] Nous nous retrouvons à présent dans la même situation, il faut ne pas se faire d’illusions : nous menons un combat très fort. Mais comme il est assuré par toute une lignée de papes, nous n’avons pas à hésiter ou à avoir peur. Certains voudraient changer ceci ou cela, se rallier quand même à Rome, au pape… Nous le ferions, bien sûr, s’ils étaient dans la Tradition, et continuaient le travail de tous les papes du 19e siècle et de la première moitié du 20e. Mais eux-mêmes reconnaissent qu’ils ont pris une voie nouvelle, que le concile Vatican II a ouvert une nouvelle ère, et que l’Église parcourt une nouvelle étape. Je pense qu’il faut inculquer cela à nos fidèles, de telle manière qu’ils se sentent solidaires de toute l’histoire de l’Église. Parce qu’enfin cela remonte même avant la Révolution : c’est le combat de Satan contre la Cité de Dieu. Comment cela va-t-il se résoudre ? C’est le secret de Dieu, un mystère. Mais il n’y a pas à se faire de souci, il faut avoir confiance dans la grâce du Bon Dieu. […]

• Un combat de plus d’un siècle

Tout au long du 19e siècle, les catholiques se sont littéralement déchirés à propos de ce document du Syllabus, pour, contre, pour, contre… Vous vous souvenez en particulier du comte de Chambord que l’on a critiqué d’avoir refusé la royauté pour une question de drapeau. Mais ce n’était pas tellement une question de drapeau, le comte de Chambord a refusé d’être soumis aux principes de la Révolution. Il a dit : « Je ne consentirai jamais à être le roi légitime de la Révolution. » Et il avait raison, car il aurait été plébiscité par le pays et l’Assemblée, mais à condition d’accepter le parlementarisme, c’est-à-dire les principes de la Révolution. Alors il a dit : « Non, si je dois être roi, je le serai selon mes ancêtres d’avant la Révolution ». Il avait raison, c’est à choisir. Avec le pape il choisissait les principes d’avant la Révolution, principes catholiques et contre-révolutionnaires. Et nous aussi, nous avons choisi d’être contre-révolutionnaires, avec le Syllabus, contre les erreurs modernes, d’être dans la vérité catholique et de la défendre. Ce combat entre l’Église et les libéraux modernistes, c’est celui du concile Vatican II. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Et cela va très loin. Plus on analyse les documents de Vatican II et l’interprétation qu’en ont donnée les autorités de l’Église, plus on s’aperçoit qu’il s’agit non seulement de quelques erreurs – l’œcuménisme, la liberté religieuse, la collégialité, un certain libéralisme –, mais encore d’une perversion de l’esprit. C’est toute une nouvelle philosophie, basée sur la philosophie moderne du subjectivisme. […]

• Les explications du cardinal Ratzinger

Alors, notre fameux Ratzinger se trouve maintenant gêné d’avoir dit que Vatican II était un contre-Syllabus, car on le lui reproche souvent. C’est pourquoi il a trouvé une explication, qu’il a donnée le 27 juin 1990. […] « Le document, dit le cardinal, affirme, peut-être pour la première fois avec cette clarté (en effet, je pense que c’est vrai), qu’il y a des décisions du magistère qui ne peuvent être le dernier mot sur la matière en tant que telle, mais qui sont un ancrage substantiel dans le problème (le malin !) et avant tout une expression de prudence pastorale. Une espèce de disposition provisoire (des décisions officielles du Saint-Siège, des dispositions provisoires !), le noyau reste stable mais les aspects particuliers sur lesquels ont une influence les circonstances du temps, peuvent avoir besoin de rectifications ultérieures. A cet égard on peut signaler les déclarations des papes du siècle dernier sur la liberté religieuse (s’il vous plaît) comme aussi les décisions antimodernistes du début du siècle (il va fort !) et surtout les décisions de la Commission biblique de la même époque (alors, cela, il ne peut pas le digérer). » Voilà trois décisions du magistère que l’on peut mettre de côté. Cela peut changer. « A cet égard, on peut signaler les déclarations des papes du siècle dernier qui ont besoin de rectifications ultérieures. Les décisions antimodernistes ont rendu un grand service, mais après avoir rendu leur service pastoral en leur temps, dans leurs déterminations particulières, elles sont maintenant dépassées » (et voilà, on tourne la page du modernisme. C’est terminé, on n’en parle plus). Il se dégage ainsi de l’accusation qu’on lui fait d’être contre le Syllabus, contre des décisions pontificales et le magistère : un noyau reste (quel noyau ? on ne sait pas !), mais les aspects particuliers sur lesquels ont une influence particulière les circonstances du temps peuvent avoir besoin de rectifications ultérieures. Voilà, le tour est joué, c’est incroyable ! Comment voulez-vous que l’on ait confiance en des gens comme cela, qui justifient la négation de Quanta Cura, de Pascendi, des décisions de la Commission biblique, etc. ? Ou bien nous sommes les héritiers de l’Église catholique, c’est-à-dire de Quanta Cura, de Pascendi, avec tous les papes jusqu’avant le concile, et la grande majorité des évêques d’alors, pour le règne de Notre-Seigneur et le salut des âmes, ou bien nous sommes les héritiers de ceux qui s’efforcent, même au prix d’une rupture avec l’Église et sa doctrine, d’admettre les principes des Droits de l’homme, basés sur une véritable apostasie, en vue d’obtenir une présence de serviteurs dans le gouvernement mondial révolutionnaire. Car, c’est cela au fond : à force de dire qu’ils sont pour les droits de l’homme, pour la liberté religieuse, la démocratie et l’égalité des hommes, ils auront une place dans le gouvernement mondial, mais ce sera une place de serviteurs.

• Tout n’a pas commencé avec le Concile

Si je vous dis ces choses, c’est parce qu’il me semble qu’il faut raccrocher notre combat à ce qui l’a précédé. Car il n’a pas commencé avec le Concile, ce combat très dur, très pénible, dans lequel le sang a coulé. La séparation de l’Église et de l’État, les religieux et les religieuses chassés, la mainmise sur tous les biens de l’Église, ont constitué une véritable persécution, pas seulement chez nous, mais en Suisse, en Allemagne, en Italie. C’était le moment de l’occupation des États pontificaux, lorsque le pape s’est trouvé relégué dans le Vatican, en proie à des choses abominables. Alors, serons-nous avec tout ce monde-là, contre la doctrine des papes, sans nous occuper des protestations qu’ils ont élevées pour défendre les droits de l’Église et de Notre-Seigneur, pour défendre les âmes ? Je crois que nous avons vraiment une assise et une force qui ne sont pas de notre fait. Bien précisément, ce n’est pas notre combat que nous livrons, c’est celui de Notre-Seigneur, continué par l’Église. Nous ne pouvons pas hésiter : ou bien nous sommes avec l’Église ou bien nous sommes contre elle ; nous ne sommes pas pour cette Église conciliaire qui a de moins en moins de l’Église catholique, pratiquement plus rien. […] Nous sommes persécutés, c’est évident, nous sommes les seuls excommuniés, les seuls persécutés, mais nous ne pouvons pas ne pas l’être [19].

 *

Plus que jamais, la ligne de démarcation est nécessaire. Elle avait déjà été tracée par saint Paul :

Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Car quelle société y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? ou quelle part entre le fidèle et l’infidèle ? [2 Co 6, 14-15].


[1]  — Auguste Berthe C.SS.R., Vie de Garcia Moreno, Paris, Téqui, 1926, t. 2, p. 145.

[2]  — Émile Keller, Les Syllabus de Pie IX et Pie X, Paris, Lethielleux, 1909, p. 349.

[3]  — Joseph Lémann, La Religion de combat, Paris, Victor Lecoffre, 1891, p. 25.

[4]  — Joseph Ratzinger, Les Principes de la théologie catholique, Paris, Téqui, 1985, p. 427.

[5]  — Yves Congar, La Crise dans l’Église et Mgr Lefebvre, Paris, Cerf, 1976, p. 51.

[6]  — Abbé Joseph Lémann, La Religion de combat, Paris, Victor Lecoffre, 1891, p. 25-26.

[7]  — Sur l’histoire du libéralisme dit catholique entre 1830 et 1864, nous renvoyons aux trois articles du frère Innocent-Marie : « Histoire du catholicisme libéral », parus dans Le Sel de la terre 14, 15 et 16 (1995 et 1996).

[8]  — Pie IX, Bref aux rédacteurs d’un journal catholique de Rodez, décembre 1876.

[9]  — Dom Guéranger, La Monarchie Pontificale,

[10] — Itinéraires 185, juillet-août 1974, p. 2.

[11] — L’abbé Berto, théologien au Concile et témoin direct, raconte : « Certains, principalement en France, voulaient obstinément, voulaient puissamment, voulaient passionnément la déclaration avant la fin de 1964. On était au 20 novembre, à la veille même de la clôture de la troisième session. Voilà certainement un cas d’urgence, et d’extrême urgence. Mais pourquoi tenaient-ils tant à cette déclaration avant la fin de 1964 ? Parce que 1964 était l’année centenaire de Quanta cura et du Syllabus y annexé, et que la déclaration devait être, dans leurs désirs, l’amende honorable que l’Église doit au genre humain en expiation du Syllabus, et le témoignage de son bon vouloir à suivre désormais des maximes qui lui permettent « un bon compagnonnage » avec le monde moderne. Pour qu’il fût bien clair qu’on entendait donner à la « déclaration » la valeur d’une rétractation, on lui associait la réhabilitation de Galilée, de la naissance duquel, en 1564, le quatrième anniversaire centenaire arrivait aussi en 1964. » (Itinéraires 91, p. 65-66.)

[12] — Elle est évidemment apparentée au modernisme, qui défigure la notion de la foi en la confondant avec le sentiment religieux naturel. (Note de Dom Bernard Maréchaux.)

[13] — Nous croyons pouvoir traduire ainsi le mot : Simplices filii Dei. (Note de Dom Maréchaux.)

[14] — Dom Bernard Maréchaux, « La vénérable Élizabeth Canori Mora », La Vie spirituelle, 1928, p. 495-496. Citation plus complète dans Le Sel de la terre 9 (1994).

[15] — Léon XIII, encyclique Immortale Dei, 1er novembre 1885.

[16] — Lettre du père Réginald Garrigou-Lagrange O.P. à l’abbé Julio Meinvielle (Balcon 9, 26 juillet 1946).

[17] — Cet entretien a été prononcé en septembre 1990, six mois avant le rappel à Dieu de l’archevêque (25 mars 1991).

[18] — Il s’agit de L’Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France par l’abbé Emmanuel Barbier, en 5 tomes, édités chez Cadoret, à Bordeaux, en 1924.

[19] — Conférence de Mgr Lefebvre à l’issue de la retraite sacerdotale au mois de septembre 1990 à Écône, texte paru dans Fideliter n° 87, mai-juin 1992.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 90

p. 6-14

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