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La papauté discréditée

 Morceaux choisis du « magistère » bergoglien

 

 

 

par Alexandre Marie et Dominicus

 

 

 

Cela va faire bientôt deux ans que François a été élu pape (13 mars 2013). Au fil des mois, il a multiplié les déclarations ambiguës, les petites phrases inquiétantes, les propos choquants, les interviews révolutionnaires, les excentricités d’un goût douteux, les philippiques acerbes et volontairement provocantes contre son clergé et la Curie romaine, sans parler des actes lourds de conséquences (nominations de prélats indignes et progressistes, scandales des JMJ de Rio, « canonisations » fabriquées, sulfureux synode sur la famille, menées judaïsantes en Terre sainte, « turqueries » en Turquie, remontrances politiques au Parlement européen, chambardement programmé de la Curie, etc.).

Adulé par les médias pour son langage et ses gestes non conformistes, François est jugé fin politique par les uns [1], tandis que d’autres voient en lui un dangereux iconoclaste qui brouille les lignes. Après l’enthousiasme des débuts, des voix discordantes commencent à se faire entendre dans les milieux romains et jusque dans les rangs du Sacré Collège, où quelques cardinaux se plaignent de ce que ce pape hors normes s’écarte de l’enseignement, non pas de la Rome éternelle, mais de ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI, devenus comme par enchantement des papes conservateurs et traditionalistes !

Pourtant ces analyses dont les journaux sont remplis restent le plus souvent superficielles. Le fond des choses, c’est que, avec des alternances d’avancées et de reculs, la révolution conciliaire continue sa marche irrésistible, en s’accommodant de toutes les situations et en jouant sur plusieurs registres : trois pas en avant, deux pas en arrière ; un coup à droite, un coup à gauche… La sainte Église et la papauté en sortent chaque jour un peu plus défigurées et discréditées. Paul VI, dans un moment de lucidité, avait parlé naguère d’« autodémolition » de l’Église. Avec François, l’autodémolition prend des allures vertigineuses.

Nous en sommes réduits à gémir et à prier avec le psalmiste : « Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutæ sunt veritates a filiis hominum – Sauvez-nous, Seigneur, car il n’y a plus de sainteté ; car les vérités sont diminuées par les enfants des hommes ! » (Ps 11, 2).

Pour illustrer cette diminution des vérités – vérité de la doctrine, dans l’ordre spéculatif, mais aussi vérité de la vie, dans l’ordre pratique – voici quelques morceaux choisis du « magistère » bergoglien, rassemblés par thèmes et complétés par quelques commentaires.

Le Sel de la terre.

 

 

Encore et toujours plus d’ouverture !

 

L'ouverture et le dialogue sont peut-être les mots clefs de cet étrange pontificat qui se veut avant tout pratique et rénovateur.

 

La culture du dialogue

 

Le pape François s’est fait le promoteur inconditionnel du dialogue :

La culture de la rencontre, la culture du dialogue, c’est la seule route pour la paix. [Angélus du 1er septembre 2013 [2].]

Quelques temps auparavant, pendant les JMJ de Rio, il avait expliqué que le dialogue est une condition nécessaire du progrès :

Quand les chefs des divers secteurs me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue. L’unique façon de grandir pour une personne, une famille, une société, l’unique manière pour faire progresser la vie des peuples est la culture de la rencontre, une culture dans laquelle tous ont quelque chose de bon à donner et tous peuvent recevoir quelque chose de bon en échange. L’autre a toujours quelque chose à me donner, si nous savons nous approcher de lui avec une attitude ouverte et disponible, sans préjugés. Cette attitude ouverte, disponible et sans préjugés, je la définirais comme « humilité sociale », qui est ce qui favorise le dialogue. C’est seulement ainsi que peut grandir une bonne entente entre les cultures et les religions, l’estime des unes pour les autres sans préjugés et dans un climat de respect des droits de chacune. [Discours aux représentants des cultures et de la société civile du Brésil, le 27 juillet 2013, au théâtre de Rio [3].] 

 

Ne pas s’enfermer dans des interprétations dogmatiques invariables

 

Mais qu’est-ce que dialoguer ? François répond :

Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer ne signifie pas renoncer à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. [Message pour la 48e journée mondiale des communications sociales, 1er juin 2014 [4].]

Comment donc l’Église pourrait-elle renoncer à « la prétention » que les vérités qu’elle prêche sont « uniques et absolues » ? Jésus n’a-t-il pas dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) ; « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16 ) ? Et quand Notre-Seigneur parle de croire, il veut dire : croire en lui, parce qu’il est l’unique Sauveur. C’est ce que saint Pierre a affirmé au Sanhédrin qui le sommait de taire le nom de Jésus : « Il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12).

Mais, pour François, le catholique ne saurait s’attacher à des formules figées au contenu absolument invariable :

Il ne faut pas penser que l’annonce évangélique doive se transmettre toujours par des formules déterminées et figées, ou avec des paroles précises qui expriment un contenu absolument invariable. [Evangelii Gaudium, § 129 [5].]

Une telle déclaration n’est-elle pas inconciliable avec ce canon du concile Vatican I : « Si quelqu’un dit qu’il est possible que les dogmes [les formules dogmatiques] proposés par l’Église se voient donner parfois, par suite du progrès de la science, un sens différent de celui que l’Église a compris et comprend encore, qu’il soit anathème [6] » ?

Non seulement François s’en prend à l’immutabilité des vérités dogmatique, mais il dénigre également « la sûreté doctrinale » et la certitude comme n’étant qu’une forme de « légalisme » statique, opposé à l’ouverture :

Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d’ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd’hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la « sûreté » doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. [Interview publiée par la revue Études, 19 septembre 2013, p. 18 [7].]

Et encore :

Bien sûr, dans ce chercher et trouver Dieu en toutes choses, il reste toujours une zone d’incertitude. Elle doit exister. Si quelqu’un dit qu’il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu’il n’y a aucune marge d’incertitude, c’est que quelque chose ne va pas. C’est pour moi une clé importante. Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui, que c’est un faux prophète qui utilise la religion à son profit […]. Le risque de chercher et trouver Dieu en toutes choses est donc la volonté de trop expliciter, de dire avec certitude humaine et arrogance : « Dieu est ici ». Nous trouverons seulement un dieu à notre mesure. [Ibid., p. 21-22 [8].]

Assurément, il peut y avoir de fausses certitudes humaines. Mais le contexte montre que la certitude à laquelle s’attaque ici le pape Bergoglio est la certitude de la foi, à laquelle peut et doit prétendre tout catholique. François fait donc l’apologie du relativisme. Au reste, il le déclare explicitement :

Le monde a changé et l’Église ne peut pas s’enfermer dans des interprétations présumées du dogme. Nous devons aborder les conflits sociaux, anciens et nouveaux, et essayer de donner la main pour rassurer, ne pas stigmatiser, ne pas simplement reprocher. [Interview au journal argentin La Nacion, 5 octobre 2014 [9].]

 

Pas de prosélytisme !

 

L’une des conséquences de ce qui précède, c’est le refus de toute action missionnaire, parce qu’elle serait une entrave à la liberté d’autrui, une « ingérence » insupportable :

La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes, mais Dieu, dans la création, nous a rendus libres : l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible. [Entretien rapporté par la revue Études [10].]

 

Le prosélytisme est une pompeuse absurdité, cela n’a aucun sens. Il faut savoir se connaître, s’écouter les uns les autres et faire grandir la connaissance du monde qui nous entoure. Il m’arrive qu’après une rencontre j’ai envie d’en avoir une autre car de nouvelles idées ont vu le jour et de nouveaux besoins s’imposent. C’est cela qui est important : se connaître, s’écouter, élargir le cercle des pensées. Le monde est parcouru de routes qui rapprochent et éloignent, mais l’important c’est qu’elles conduisent vers le bien. [Entretien avec Eugenio Scalfari [11].]

Quel sera l’objectif, alors, s’il ne faut plus être missionnaire ni prêcher Jésus-Christ ? Ce sera : écouter, partager ses expériences, accueillir les exclus, communiquer, bâtir l’avenir…

Notre objectif n’est pas le prosélytisme mais l’écoute des besoins, des vœux, des illusions perdues, du désespoir, de l’espérance. Nous devons rendre espoir aux jeunes, aider les vieux, nous tourner vers l’avenir, répandre l’amour. Pauvres parmi les pauvres. Nous devons ouvrir la porte aux exclus et prêcher la paix. [Ibid.] 

Tel est également le programme de vie que François a exposé en septembre 2014 aux jeunes étudiants connectés avec lui depuis les cinq continents. Voici un extrait du « profond » message qu’il leur a délivré :

Dans la vie, tu peux faire deux choses opposées : ou construire des ponts ou élever des murs. Les murs séparent, divisent. Les ponts rapprochent. Je réponds à ta question : comment pouvez-vous faire ? Vous pouvez continuer à communiquer entre vous, communiquer les expériences, les expériences que vous faites. […] Avec cette communication personne ne commande, mais tout fonctionne. C’est la spontanéité de la vie, c’est de dire oui à la vie. […] C’est éviter tout type de discrimination. Allez de l’avant, chers jeunes. […] Nous sommes convaincus que les jeunes ont besoin de communiquer entre eux, ils ont besoin de montrer leurs valeurs et de partager leurs valeurs. Les jeunes aujourd’hui ont besoin de trois piliers fondamentaux : instruction, sport et culture. […] Le sport est important parce qu’il apprend à jouer en équipe. Le sport sauve de l’égoïsme, il aide à ne pas être égoïstes. C’est pourquoi il est important de travailler en groupe et d’étudier en groupe et de parcourir le chemin de la vie en groupe. […] Allez de l’avant sur ce chemin de la communication, de la construction de ponts, de la recherche de la paix, à travers l’instruction, le sport et la culture. N’ayez pas peur, allez de l’avant, construisez des ponts de paix, jouez en équipe et rendez l’avenir meilleur, car rappelez-vous que l’avenir est entre vos mains. Rêvez de l’avenir en volant, mais n’oubliez pas l’héritage culturel, sapientiel et religieux que les anciens vous ont laissé. Allez de l’avant et avec courage. Bâtissez l’avenir ! [Vidéoconférence avec les étudiants du réseau Scholas, 4 septembre 2014 [12]].

On aura noté le naturalisme affligeant de ces propos, vides de toute élévation surnaturelle et pleins de lieux communs à la mode.

 

 


 






 




Dialogue interreligieux et œcuménisme

 

L’ouverture dont François a fait le cœur de son programme (si tant est qu’il ait un programme précis) débouche évidemment sur un développement accru du dialogue avec les religions. Il s’en est expliqué ainsi à Eugenio Scalfari :

Le concile Vatican II, inspiré par le pape Jean et par Paul VI, a décidé de regarder l’avenir dans un esprit moderne et de s’ouvrir à la culture moderne [13]. Les pères conciliaires savaient que cette ouverture à la culture moderne était synonyme d’œcuménisme religieux et de dialogue avec les non-croyants. Après eux, on fit bien peu dans cette direction [14]. J’ai l’humilité et l’ambition de vouloir le faire. [Interview avec E. Scalfari [15].]

 

Les religions non-chrétiennes : des voies suscitées par l’Esprit-Saint

 

Commençons par le dialogue avec les non-chrétiens.

Dans la logique des théories énoncées par Nostra Ætate [16], Lumen gentium [17] et Jean-Paul II [18], François n’hésite pas à prétendre que l’action divine du Saint-Esprit produit dans les religions non-chrétiennes des fruits analogues aux effets qu’opèrent les sacrements dans les âmes justes (catholiques) :

Les non-chrétiens, par initiative divine gratuite, et fidèles à leur conscience, peuvent vivre « justifiés par la grâce de Dieu » et ainsi « être associés au mystère pascal de Jésus-Christ ». Mais, en raison de la dimension sacramentelle de la grâce sanctifiante, l’action divine en eux tend à produire des signes, des rites, des expressions sacrées qui à leur tour rapprochent d’autres personnes d’une expérience communautaire de cheminement vers Dieu. Ils n’ont pas la signification ni l’efficacité des sacrements institués par le Christ, mais ils peuvent être la voie que l’Esprit lui-même suscite pour libérer les non-chrétiens de l’immanentisme athée ou d’expériences religieuses purement individuelles. Le même Esprit suscite de toutes parts diverses formes de sagesse pratique qui aident à supporter les manques de l’existence et à vivre avec plus de paix et d’harmonie. Nous chrétiens, nous pouvons aussi profiter de cette richesse consolidée au cours des siècles, qui peut nous aider à mieux vivre nos propres convictions. [Evangelii Gaudium, § 254 [19].]

Si le Saint-Esprit agit ainsi dans les religions non-chrétiennes, on ne s’étonnera pas que tous les hommes soient sauvés. C’est la rédemption universelle – non pas seulement la volonté salvifique universelle, mais la rédemption universelle effective :

Le Seigneur nous a créés à son image et à sa ressemblance et nous demande de faire le bien et de ne pas faire le mal. Le Seigneur nous a tous sauvés par le sang du Christ : tous, pas seulement les catholiques. Tous ! — Mon père, même les athées ? — Oui, eux aussi. Tous ! [Homélie du 22 mai 2013 [20].]

 

Rôle des religions dans la société : animer la démocratie et construire la fraternité humaine

 

Quel est, d’autre part, le rôle des religions par rapport à la société civile ?

Unies dans une parfaite cohabitation, elles doivent concerter leurs efforts pour animer spirituellement la démocratie et donner une dimension religieuse (purement naturelle) à la société laïque, sans pour autant – horresco referens ! – vouloir rendre les États confessionnels. On revient au MASDU [21] dénoncé en son temps par l’abbé de Nantes.

Il est impossible d’imaginer un avenir pour la société sans une contribution décisive d’énergies morales dans une démocratie restée fermée dans la pure logique de représentation des intérêts constitués. Je considère fondamental aussi dans ce dialogue la contribution des grandes traditions religieuses, qui exercent un rôle fécond de levain de la vie sociale et d’animation de la démocratie […]. La cohabitation pacifique entre différentes religions est favorisée par la laïcité de l’État, qui, sans assumer comme propre aucune position confessionnelle, respecte et valorise la présence du facteur religieux dans la société, en en favorisant ses expressions concrètes. [Discours aux représentants des cultures, Brésil, 27 juillet 2013 [22]].

De plus, dans le cadre de cette mission d’animation spirituelle, les religions – et l’Église en premier lieu – sont appelées à édifier la fraternité universelle et l’unité du genre humain (voulues par la franc-maçonnerie). L’ancien président d’Israël, Shimon Peres, a d’ailleurs adressé au pape François une proposition en ce sens, le 4 septembre 2014, à savoir : constituer une ONU des religions dont le pape prendrait la tête. François a répondu qu’il y réfléchirait :

Pour lutter contre cette dérive [des guerres] nous avons l’Organisation des Nations Unies. C’est une institution politique, qui n’a ni les armées dont disposaient les nations ni la conviction qu’engendre la religion. Et alors, en prenant acte du fait que l’ONU a fait son temps, ce qui nous servirait, c’est une organisation des religions unies, une ONU des religions. [Shimon Peres interrogé par l’hebdomadaire italien catholique Famiglia Cristiana.]

Pour François, il y a une véritable « vocation de l’homme à la fraternité » (Appel à la paix du 8 décembre 2013). Inculquer aux hommes le sens de cette fraternité serait même le motif de l’incarnation du Fils de Dieu :

Le Fils de Dieu s’est incarné pour faire pénétrer dans l’âme des hommes le sentiment de la fraternité. Tous les frères et tous les enfants de Dieu. [Entretien avec E. Scalfari [23].]

Jésus est venu au monde pour apprendre à être homme, et en étant homme, à marcher avec les hommes. [Homélie du 15 septembre 2014 à Sainte-Marthe [24].]

Cette préoccupation est si prioritaire pour François, qu’il n’a pas trouvé de meilleure leçon à tirer de l’assassinat au Burundi de trois religieuses catholiques, les 7 et 8 septembre 2014, que la construction de la fraternité entre les peuples :

Que le sang versé devienne semence d’espérance pour construire l’authentique fraternité entre les peuples. [Déclaration au sujet des trois sœurs italiennes violées et assassinées au Burundi [25]].

Est-ce pour un tel idéal maçonnique que ces religieuses ont consacré leur vie à Dieu et sont mortes assassinées ?

 

Dialogue avec les musulmans : les fruits de l’islam

 

Le dialogue interreligieux entrepris par le pape François s’est surtout exercé en direction de l’islam et du judaïsme.

Voici quelques exemples d’ouverture envers l’islam :

 

– Pour la Journée mondiale des migrants, le 19 janvier 2014, François s’est rendu dans une paroisse romaine où il s’est adressé à des immigrés musulmans. Il les a invités à partager leurs expériences en s’aidant du Coran et en s’appuyant sur la « foi » (musulmane) inculquée par leurs parents :

Partager notre expérience en portant la croix pour arracher de nos cœurs la maladie qui empoisonne nos vies : il est important que vous fassiez cela lors de vos réunions. Ceux qui sont chrétiens, avec la Bible ; ceux qui sont musulmans, avec le Coran. La foi que vos parents vous ont inculquée vous aidera toujours à avancer. [19 janvier 2014 [26].]

François considère-t-il le Coran comme authentique parole de Dieu, à l’instar de la Bible, et la foi islamique comme surnaturelle et salvifique ?

 

– Déjà, en juillet 2013, lors de son voyage à Lampedusa, dans ses encouragements aux immigrés clandestins musulmans, il avait évoqué les « fruits spirituels » du Ramadan :

Je désire me tourner en pensée vers les chers immigrés musulmans qui commencent, ce soir, le jeûne du Ramadan, avec le vœu d’abondants fruits spirituels. [Homélie à Lampedusa, le 8 juillet 2013 [27].]

– Deux jours plus tard, il adressait « ses vœux priants » à la communauté musulmane pour qu’elle « glorifie le Très-Haut » par le Ramadan : 

Je vous adresse, enfin, mes vœux priants pour que vos vies puissent glorifier le Très-Haut et apporter la joie autour de vous. Bonne fête à vous tous ! [Salutations à la communauté musulmane pour le Ramadan, le 10 juillet 2013 [28].]

– De même, à quelque temps de là, dans Evangelii Gaudium, il magnifiait la prière et les rites de l’islam (adressés à Allah !) :

Il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux. [Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, § 25 [29].]

L’islam est-il donc susceptible de produire par lui-même des fruits spirituels – terme qui, en théologie, désigne la fécondité surnaturelle donnée par la grâce –, ou encore de glorifier Dieu et de faire dire à ses adeptes des prières qui lui soient agréables ? La doctrine catholique enseigne au contraire que les fausses religions ne peuvent avoir, formellement et par elles-mêmes, de fécondité surnaturelle. Leurs fruits propres sont ou naturels, ou diaboliques. Et si la grâce se trouve et agit dans un homme qui appartient matériellement à l’une de ces fausses religions, c’est malgré elle : en réalité, cette âme reçoit la grâce par Notre-Seigneur et son corps mystique.

 

Mais le point culminant de la communion bergoglienne avec les valeurs de l’islam fut le voyage en Turquie (28-30 novembre 2014). S’étant rendu « en pèlerin » dans la mosquée bleue d’Istanbul, François a fait mieux que son prédécesseur Benoît XVI : il s’est fait lire et expliquer des passages du Coran par le grand mufti ; il lui a proposé de prier et, ensemble, tournés vers la Mecque, ils ont ostensiblement prié pendant un bon moment :

En Turquie, je suis venu comme pèlerin, non comme touriste. […] Quand je suis allé à la mosquée, je ne pouvais pas dire : « Non, maintenant je suis un touriste. » Non, tout était religieux. Et j’ai vu cette merveille ! Le mufti m’expliquait bien les choses, avec beaucoup de douceur, et aussi avec le Coran où l’on parle de Marie et de Jean Baptiste, il m’expliquait tout… A ce moment j’ai senti le besoin de prier. Et j’ai dit : « Nous prions un peu ? » Il a dit : « Oui, oui ». Et j’ai prié : pour la Turquie, pour la paix, pour le mufti… pour tous… pour moi, qui en ai besoin… J’ai prié, vraiment… Et j’ai surtout prié pour la paix. J’ai dit : « Seigneur, finissons-en avec la guerre… ». Ainsi, cela a été un moment de prière sincère. [Conférence de presse dans l’avion du retour de Turquie, 30 novembre 2014 [30].]

 

Dialogue avec les juifs : les valeurs du judaïsme enrichissent l’Église

 

Le dialogue avec le judaïsme occupe une place privilégiée dans les relations de François avec les autres religions. Sur ce thème, pour lequel les témoignages abondent, nous renvoyons aux Éphémérides publiées dans Le Sel de la terre 89 [31]. Pour mémoire, nous rappelons ces quelques paroles particulièrement significatives :

Que le Tout-puissant, qui a libéré son peuple de l’esclavage en Égypte pour le guider vers la Terre promise, continue à vous libérer de tout mal et à vous accompagner de sa bénédiction. [Vœux à la communauté juive de Rome pour la fête de Pessah, le 25 mars 2013 [32].]

Ainsi, Dieu est-il sensé continuer de bénir le judaïsme postérieur à la venue de Jésus-Christ, c’est-à-dire le judaïsme qui refuse le Messie et qui combat l’Église. Il est pourtant clair que ce judaïsme-là n’a rien de commun avec l’ancien judaïsme d’avant Notre-Seigneur, qui était la vraie religion, révélée par Dieu.

Un regard très spécial s’adresse au peuple juif, dont l’Alliance avec Dieu n’a jamais été révoquée, parce que « les dons et les appels de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29). [Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, § 247 [33].]

Cette affirmation selon laquelle l’ancienne Alliance (ou « première » Alliance, comme on dit désormais) n’a pas été révoquée est formellement combattue par saint Paul (He 8, 6-13). La nouvelle théologie se fonde sur elle pour prétendre que les juifs d’aujourd’hui sont nos frères aînés et même nos pères dans la foi, et qu’ils n’ont pas besoin de se convertir.

La conséquence suit : l’Église doit se mettre à l’école de ces frères aînés, s’enrichir de leur intelligence prépondérante de la parole de Dieu et recueillir les valeurs de leur tradition :

Dieu continue à œuvrer dans le peuple de la première Alliance et fait naître des trésors de sagesse qui jaillissent de sa rencontre avec la Parole divine. Pour cela, l’Église aussi s’enrichit lorsqu’elle recueille les valeurs du judaïsme. [Evangelii Gaudium, § 249 [34].]

 

L’œcuménisme : cheminer unis dans les différences

 

Venons-en à la question de l’œcuménisme proprement dit, c’est-à-dire les relations de l’Église avec les chrétiens non-catholiques. Sur ce point également François s’autorise toutes les audaces qu’il attribue… au Saint-Esprit !

Il est important pour les relations œcuméniques non seulement de mieux se connaître, mais aussi reconnaître ce que l’Esprit a semé dans l’autre comme un don qui nous est aussi destiné. [Études, 19 septembre 2013.] 

C’est toujours la même erreur : l’Esprit-Saint a semé des rayons de vérité en dehors des structures visibles de l’Église catholique. Mais, dans la pensée de François, ces semailles vont bien au-delà de ce qu’on imagine. Écoutons-le :

[Le directeur de la Civiltà Cattolica:] Je cherche à comprendre comment le pape voit l’avenir de l’unité de l’Église. Il me répond :

Nous devons cheminer unis dans les différences : il n’y a pas d’autre chemin pour nous unir. C’est le chemin de Jésus. [Études, 19 septembre 2013, p. 19 [35].]

Que signifie cet étrange cheminement « unis dans les différences », qui paraît vouloir concilier les contraires ? Cette conciliation n’est pas impossible, a expliqué François dans son sermon à la cathédrale catholique d’Is­tanbul, le 29 novembre 2014, parce qu’elle est l’œuvre du Saint-Esprit :

Seul l’Esprit-Saint peut susciter la diversité, la multiplicité et, en même temps, opérer l’unité. Quand nous voulons faire la diversité, et que nous nous arrêtons sur nos particularismes et sur nos exclusivismes, nous apportons la division ; et quand nous voulons faire l’unité selon nos desseins humains, nous finissons par apporter l’uniformité et l’homologation. Si au contraire, nous nous laissons guider par l’Esprit, la richesse, la variété, la diversité ne deviennent jamais conflit, parce que lui nous pousse à vivre la variété dans la communion de l’Église. [Sermon à la cathédrale d’Istanbul [36].]

François a tenu des propos similaires en juillet 2014, lorsqu’il visita son ami le pasteur évangélique Giovanni Traettino et adressa la parole à sa communauté (pentecôtiste [37]) :

Que fait l’Esprit-Saint ? J’ai dit qu’il fait autre chose qui peut, peut-être, nous faire croire que c’est la division, mais ce n’est pas cela. L’Esprit-Saint fait la « diversité » dans l’Église (1 Corinthiens 12). Lui, il crée la diversité ! Et vraiment, cette diversité est si riche, si belle. Mais ensuite, le même Esprit-Saint fait l’unité et c’est ainsi que l’Église est une dans la diversité. Et pour utiliser une belle parole d’un évangélique que j’aime beaucoup, une « diversité réconciliée » par l’Esprit-Saint. Il fait les deux : il crée la diversité des charismes et ensuite il fait l’harmonie des charismes. [Visite à Caserte, 28 juillet 2014 [38].] 

Entre chrétiens, il n’y a donc pas de division, mais une simple diversité, et cette diversité est unifiée par l’Esprit-Saint. Car le contexte – tant à Istanbul qu’à Caserte – montre que cette diversité unifiée n’est pas limitée à l’Église catholique. Le Saint-Esprit fait la diversité en suscitant (à tout le moins, en agissant dans) les diverses confessions chrétiennes, afin de permettre leur enrichissement mutuel, et il les réunit ensuite en une seule Église (« l’Église du Christ »).

Pour illustrer cette théorie, François a plusieurs fois utilisé l’image du polyèdre [39], dans laquelle il voit la figure et le modèle de l’unité œcuménique :

Nous sommes dans l’époque de la mondialisation, et nous pensons à ce qu’est la mondialisation et ce que serait l’unité dans l’Église : peut-être une sphère, où tous les points sont équidistants du centre, tous égaux ? Non ! Ça, c’est l’uniformité. Et l’Esprit-Saint ne fait pas l’uniformité ! Quelle forme pouvons-nous faire ? Pensons au polyèdre : le polyèdre est une unité, mais avec toutes les parties différentes ; chacune a ses propres particularités, son charisme. Ça, c’est l’unité dans la diversité. C’est sur cette route que nous, chrétiens, faisons ce que nous appelons du nom théologique d’œcuménisme : nous essayons de faire en sorte que cette diversité soit plus harmonisée par l’Esprit-Saint et devienne unité. [Visite à Caserte, 28 juillet 2014 [40].]

Cette explication, si l’on y réfléchit, va beaucoup plus loin que l’exposé conciliaire classique. La théologie conciliaire voit dans les diverses « Églises » chrétiennes une différence de degrés (et non plus essentielle ou de nature, comme l’expose la doctrine traditionnelle) : à l’intérieur de l’Église du Christ, seule l’Église catholique a la plénitude des moyens de salut, les autres confessions n’ayant qu’une participation décroissante de cette plénitude, selon qu’elles s’éloignent davantage du catholicisme (les fameux rayons de vérités dont « le Saint-Esprit ne dédaigne pas de se servir comme moyens de salut » – Unitatis redintegratio nº 3). Le cardinal Ratzinger avait illustré cette théorie par la figure des parvis du Temple, insérés les uns dans les autres autour du sanctuaire, comme des objets gigognes. Mais ces subtilités ne paraissent pas intéresser François. Dans le polyèdre qu’il propose, toutes les faces sont égales (si le polyèdre est régulier) ou du moins dans une situation semblable par rapport au tout, et se tiennent mutuellement par leurs arêtes. Il n’y a pas de plus et de moins. Cela suggère que toutes les « Églises » sont sur un certain pied d’égalité et complémentaires, sans supérieur ni inférieur. C’est une vision très démocratique des choses. Il n’y a plus de différence de degrés, plus de hiérarchie, mais une simple diversité de richesses. Sans doute, comparaison n’est pas raison, mais on voit que l’explication de François ouvre des perspectives toujours plus audacieuses.

 

Avec les orthodoxes, « nous sommes en chemin »

 

François ne se contente pas d’énoncer ses théories sur l’œcuménisme. Il les met en pratique.

Ainsi, à l’occasion de son récent voyage à Istanbul (28-30 novembre 2014), il a demandé une « faveur » au patriarche orthodoxe Bartholomée 1er : « Bénissez-moi et bénissez l’Église de Rome. » Le patriarche a hésité un moment devant le pape qui baissait la tête et, en guise de bénédiction, il lui a baisé le sommet du crâne [41] !

Dans l’avion du retour, François a tenu une conférence de presse. Répondant à la question d’un journaliste, il a exprimé sa pensée sur les relations de l’Église avec l’orthodoxie. Voici ses paroles ; elles sont caractéristiques de sa méthode : poser les actes, la doctrine suivra.

Je crois qu’avec l’orthodoxie nous sommes en chemin. Ils ont les sacrements, ils ont la succession apostolique [42]… nous sommes en chemin. Que devons-nous attendre ? Que les théologiens se mettent d’accord ? Ce jour n’arrivera jamais, je vous l’assure, je suis sceptique. Ils travaillent bien, les théologiens, mais je me rappelle de ce qu’on disait à propos de ce qu’avait dit Athénagoras à Paul VI : « Nous, avançons seuls ; et mettons tous les théologiens sur une île, qu’ils réfléchissent ! » […] On ne peut pas attendre : l’unité est un chemin, un chemin que l’on doit faire, que l’on doit faire ensemble. Et c’est cela l’œcuménisme spirituel : prier ensemble, travailler ensemble, il y a beaucoup d’œuvres de charité, beaucoup de travail… Enseigner ensemble… Aller de l’avant ensemble. C’est l’œcumé­nisme spirituel […]. Puis, il y a l’œcuménisme du sang, quand on tue les chrétiens ; [… les bourreaux qui tuent] ne disent pas : « Tu es catholique… Tu es anglican… ». Non ! « Tu es chrétien », et le sang se mélange. C’est l’œcuménisme du sang. Nos martyrs crient : « Nous sommes un ! »

Je dirai une chose que peut-être l’un ou l’autre ne pourra pas comprendre, mais… Les Églises catholiques orientales ont le droit d’exister, c’est vrai. Mais l’uniatisme est un mot d’une autre époque. Aujourd’hui on ne peut pas parler ainsi. On doit trouver une autre route. [Conférence de presse, 30 novembre 2014 [43].]

Ainsi, pour François, la pratique prime la doctrine. Il ne faut pas s’em­barrasser des arguties théologiques, mais « aller de l’avant ». C’est là une vision pragmatique, révolutionnaire, ennemie des principes et contraire à toute la tradition de l’Église. On notera aussi le mépris pour l’« unia­tisme [44] », dont l’existence gêne le dialogue œcuménique avec l’orthodoxie.

 

 

Une Église grande ouverte

 

Après l’ouverture vers l’extérieur, en direction des non-catholiques, voici maintenant l’ouverture « ad intra », à l’intérieur de l’Église.

Quel genre d’Église François veut-il ?

 

Pas d’Église « autoréférentielle » ni d’« Église de musée »

 

Le modèle voulu par François est nettement progressiste. C’est celui d’une Église en marche, résolument tournée vers l’extérieur, occupée à des actions « qui génèrent des dynamiques nouvelles », et non pas une Église « de pouvoir » figée dans des traditions surannées ou une « Église mondaine qui vit repliée sur elle-même et pour elle-même [45] » :

Je le répète souvent : entre une Église accidentée qui sort dans la rue, et une Église malade d’autoréférentialité, je n’ai pas de doutes : je préfère la première. [Message pour la 48e journée mondiale des communications sociales, 1er juin 2014 [46].]

Dans son homélie à Sainte-Marthe, le 9 décembre 2014, il a expliqué que l’Église ne devient féconde que lorsqu’elle a la joie d’aller chercher « les frères et sœurs qui sont loin » :

Quand l’Église ne fait pas ça, quand elle se renferme sur elle-même, elle est peut-être bien organisée, avec un organigramme parfait, tout propre, chacun à son poste, mais il manque la joie, la fête, la paix. Ainsi l’Église devient découragée, angoissée, triste, elle ressemble plus à une vieille fille qu’à une mère. Cette Église ne sert pas, c’est une Église de musée. [Homélie du 9 décembre 2014 [47].]

Cette idée, le cardinal Bergoglio l’avait déjà formulée dans l’intervention qu’il fit aux cardinaux avant le conclave où il fut élu :

L’Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries, les périphéries géographiques mais également existentielles : là où résident le mystère du péché, la douleur, l’injustice, l’ignorance, là où le religieux, la pensée, sont méprisés, là où sont toutes les misères.

Derrière ces conceptions, il y a manifestement une vision existentialiste de l’Église et de la réalité en général. Ce qu’on a cru pouvoir résumer en disant que, pour François, « l’Évangile passe avant la doctrine [48] ». Il s’en explique lui-même dans son entretien aux revues jésuites :

La première réforme doit être celle de la manière d’être. Les ministres de l’Évangile doivent être des personnes capables de réchauffer le cœur des personnes, de dialoguer et cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre. [Études, 19 septembre 2013, p. 15 [49].]

 

Dieu se manifeste dans une révélation historique, dans le temps. Le temps initie les processus, l’espace les cristallise [50]. Dieu se trouve dans le temps, dans les processus en cours. Nous devons engager des processus, parfois longs, plutôt qu’occuper des espaces de pouvoir. Dieu se manifeste dans le temps et il est présent dans les processus de l’histoire. Cela conduit à privilégier les actions qui génèrent des dynamiques nouvelles. [Études, 19 septembre 2013, p. 21 [51].]

 

Les jeunes Églises développent une synthèse de foi, de culture et de vie en devenir, et donc différente de celle développée par les Églises plus anciennes. Pour moi, le rapport entre les Églises d’institution plus ancienne et celles plus récentes est semblable au rapport entre jeunes et anciens dans une société : ils construisent le futur, mais les uns avec leur force et les autres avec leur sagesse. Nous courons toujours des risques, évidemment ; les Églises plus jeunes, celui de se sentir auto-suffisantes, les plus anciennes de vouloir imposer aux plus jeunes leur modèle culturel. Mais le futur se construit ensemble. [Études, 19 septembre 2013, p. 13-14 [52].]

Cette conception dynamique explique les divers chantiers ouverts par François pour « aider l’Église à se rapprocher des périphéries existentielles de l’humanité [53] ». Et d’abord dans le domaine de la morale.

 

La morale : le respect des consciences

 

Déjà, dans l’entretien donné à Eugenio Scalfari, François avait eu des propos très relativistes sur le bien et le mal, qui avaient fait scandale :

Tout être humain possède sa propre vision du bien, mais aussi du mal. Notre tâche est de l’inciter à suivre la voie tracée par ce qu’il estime être le bien […]. Et je suis prêt à le répéter : chacun a sa propre conception du bien et du mal et chacun doit choisir et suivre le bien et combattre le mal selon l’idée qu’il s’en fait. Il suffirait de cela pour vivre dans un monde meilleur. [Interview avec E. Scalfari [54].]

Ce faux respect de la conscience individuelle érigée en règle absolue, a amené François, le 16 mars 2013, à donner une « bénédiction silencieuse » aux 5 000 journalistes présents dans la salle Paul VI, pour ne pas heurter les convictions de ceux qui n’étaient pas catholiques :

Étant donné que beaucoup d’entre vous n’appartiennent pas à l’Église catholique, d’autres ne sont pas croyants, j’adresse de tout cœur cette bénédiction, en silence, à chacun de vous, respectant la conscience de chacun, mais sachant que chacun de vous est enfant de Dieu [55]

Avec de tels principes, que peut-il rester des notions de morale et de péché ? Rien d’objectif ; tout est affaire de subjectivité. N’est-ce pas d’ailleurs ce que suggère cette petite phrase lancée par François dans une de ses catéchèses : « Certains disent que le péché est une offense à Dieu [56]… » Parce que, pour lui, ce n’est pas le cas ?

 

Une pastorale décomplexée

 

Dans ses réponses au directeur de la Civiltà Cattolica, François a précisé sa ligne de conduite en matière de morale :

Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Ce n’est pas possible. […] Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance. [Entretien publié par la revue Études, nº de septembre 2013, p. 16 [57].]

La pastorale « missionnaire » à laquelle François fait ici allusion n’est rien d’autre que l’ouverture tous azimuts qu’il préconise, sous prétexte de « miséricorde [58] », fût-ce au détriment de la vérité et de la doctrine. Nous ne devons pas « mettre d’obstacles ni fermer les portes », comme il dit. C’est cette même pensée qui lui fit émettre l’idée saugrenue de conférer le baptême à des martiens, s’ils venaient à le demander :

Si demain arrivait par exemple une expédition de martiens, verts, avec leur long nez et leurs grandes oreilles, et que l’un deux disait : « Je veux me faire baptiser ! », qu’arriverait-il ? [Homélie à Sainte-Marthe, le 12 mai 2014 [59].]

 

« Qui suis-je pour juger ? »

 

Le Sel de la terre a déjà parlé des propos et des gestes invraisemblables de François au sujet de l’homosexualité [60]. A titre de rappel, en voici deux :

Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : « Dis-moi : Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ? » Il faut toujours considérer la personne. [Interview publié par la revue Études, septembre 2013 [61].]

 

Si une personne est gay et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? [28 juillet 2013, conférence de presse dans l’avion au retour des JMJ de Rio de Janeiro [62].]

Que nous sommes loin des solennels avertissements de saint Paul aux païens idolâtres !

Dieu les a livrés selon les convoitises de leur cœur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps [parce qu’ils] ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur […]. Aussi Dieu les a-t-il livrés à des passions avilissantes : leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres. […] Et pourtant, connaissant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. » (Rm 1, 24 et 32).

 

Le synode : s’imprégner de « l’odeur » des hommes

 

Rien d’étonnant, donc, à ce que le pape François ait laissé s’introduire au synode sur la famille (4-19 octobre 2014) un si grand relativisme moral (qui se camoufle désormais sous le nom pudique de « morale de gradualité [63] »).

A sa demande expresse, malgré un nombre de voix insuffisant (bien que largement majoritaire !), le rapport final a maintenu les trois paragraphes les plus contestables sur l’accès des divorcés remariés à la sainte communion [64] (§ 52-53) et l’accueil des homosexuels (« à leur égard, on évitera toute marque de discrimination injuste », § 55).

Il faut ajouter que beaucoup d’autres paragraphes, admis à la majorité requise des deux tiers, sont également scandaleux, spécialement ceux qui traitent de la pastorale envers les concubins : « Il existe des éléments valables aussi dans quelques formes extérieures au mariage chrétien » (§ 22) ; « Aujourd’hui, dotée d’une sensibilité nouvelle, la pastorale s’efforce de saisir les éléments positifs présents dans le mariage civil et, compte tenu des différences, du concubinage » (§ 41).

Mais François, fidèle à sa méthode, avait prévenu :

Pour rechercher ce que le Seigneur demande aujourd’hui à son Église, nous devons percevoir « l’odeur » des hommes d’aujourd’hui, jusqu’à être imprégnés de leur joies et de leurs espérances, de leurs tristesses et de leurs angoisses : ainsi nous saurons proposer avec crédibilité la bonne nouvelle sur la famille [65].

Quand on sait ce qu’est « l’odeur » du monde actuel, le degré d’immora­lité ambiante, comment peut-on vouloir que l’Église aligne sa pastorale sur cette « odeur » ? C’est le nivellement par le bas, l’inverse de ce que le magistère a toujours fait. Mais François dira que c’est de la compassion.

Et, non content d’avoir fait publier l’intégralité du rapport final, il a convoqué une nouvelle session du synode pour octobre 2015 et reconduit la même équipe progressiste pour le préparer, afin que « la réflexion se poursuive ». D’ici là les esprits auront cheminé, le matraquage médiatique aura fait son œuvre et l’opposition, domptée, se rassurera comme elle fait toujours en ces cas-là en disant que les choses auraient pu être encore pire !

C’est un processus véritablement révolutionnaire [66].

 

« Jette-lui une peau de banane ! »

 

On n’en finirait pas s’il fallait relever toutes les piques facétieuses et provocatrices de François envers la discipline ou les usages ecclésiastiques traditionnels.

« Tu as les mains collées ? » a-t-il lancé à un enfant de chœur qui tenait pieusement ses mains jointes devant lui [67]. 

« Je n’aime pas qu’à l’église on éloigne les petits enfants qui pleurent pendant la messe. Leur plainte est la meilleure prédication. Elle ne dérange pas. Cela peut être la voix de Dieu », a-t-il récemment déclaré à des parents d’enfants baptisés dans l’année [68].

Plus grave : dans son homélie à Sainte-Marthe, le 15 décembre 2014, François a voulu dénoncer l’hypocrisie des princes des prêtres du Temple. A Jésus qui ouvrait son cœur aux besoins des gens, a-t-il expliqué, les princes des prêtres « répondaient que la doctrine, la discipline [les] empêchaient de faire de même ; selon eux, la loi était sacrée [69] ». Et, pour illustrer son propos, François n’a rien trouvé de mieux que de railler la pratique traditionnelle du jeûne eucharistique et de persifler les chrétiens qui s’y tiennent :

Certains d’entre vous s’en souviennent peut-être : on ne pouvait même pas boire une goutte d’eau ! Mais quand Pie XII a changé la discipline, tant de pharisiens ont crié à l’hérésie, se sont scandalisés ! En réalité, Pie XII a fait comme Jésus, il avait vu le besoin des gens. [Homélie du 15 décembre 2014 [70].]

Et François a ajouté ce commentaire plein de charité pour ces pharisiens qu’il a également traités de « docteurs de la loi », « rigides dans la peau, mais, comme le dit Jésus, pourris dans le cœur » :

Il m’est arrivé quelquefois, en voyant un chrétien ou une chrétienne avec le cœur faible et si rigide, de demander au Seigneur : « Jette-lui une peau de banane, afin qu’il fasse une belle glissade, qu’il enrage d’être pécheur et ainsi puisse te rencontrer, toi qui es le Sauveur. » [Ibid.]

Quelque temps auparavant, dans une autre homélie matinale à Sainte-Marthe, François s’en était pris aux honoraires de messe. Il raconta d’abord cette anecdote insolite :

Un jour, […] un couple de fiancés désirait se marier. Il s’était rendu dans une paroisse, mais voulait une messe. Et là, le secrétaire de la paroisse leur a dit : « Non, ce n’est pas possible. — Mais pourquoi ne peut-on pas célébrer une messe ? […] — Parce qu’on ne peut pas dépasser les vingt minutes [… et] il y a d’autres célébrations. — Mais nous voulons une messe ! — Alors, payez le prix de deux célébrations ! » Et pour pouvoir se marier avec une messe, ils ont du payer le prix de deux célébrations. C’est le péché du scandale. Nous savons ce que Jésus dit aux responsables de scandales : Mieux vaut être jetés à la mer ! [Homélie à Sainte-Marthe, 21 novembre 2014 [71].]

Puis, de cet exemple isolé et extravagant, François a généralisé et s’en est pris aux prêtres « affairistes » qui rendent un culte à l’argent et nuisent à « la gratuité totale de l’amour de Dieu ». Le clergé italien qui, dans bien des cas, vit pauvrement, n’a guère apprécié cette accusation sans nuance.

 

Quinze « maladies curiales »

 

Le même esprit transparaît dans la diatribe que François a adressée au cardinaux, le 22 décembre 2014, en guise de vœux de Noël.

C’est toujours la même critique d’une « Église mondaine qui vit repliée sur elle-même [72] » – ce qu’il appelle : « la spiritualité mondaine ». Quinze maladies affectent le corps de la Curie selon François, et à ces pathologies « curiales », il a donné des noms volontairement frappants [73] :

La maladie de celui qui se sent « immortel », « immunisé » ou tout à fait « indispensable » ; le « marthalisme » ou l’activité excessive [des pensionnaires de Sainte-Marthe] ; la « pétrification » mentale et spirituelle ; la planification excessive et le fonctionnarisme ; la mauvaise coordination ; la maladie d’« Alzheimer spirituelle » ; la rivalité et la vanité ; la schizophrénie existentielle ; la médisance et le commérage ; la divinisation des chefs ; l’indifférence envers les autres ; le visage lugubre ; le cumul des biens matériels pour combler le vide existentiel ; la maladie des cercles fermés ou l’autodestruction des frères d’armes ; la maladie du profit mondain et des exhibitionnismes qui cherchent le pouvoir.

Sans doute y a-t-il du vrai dans ces reproches (l’actuelle Curie n’est assurément pas un modèle de vertu et d’orthodoxie), mais, nonobstant les références à l’Évangile ou à saint Paul qui donnent une coloration chrétienne au discours, François aurait pu dire exactement la même chose s’il s’était adressé aux cadres d’une quelconque entreprise profane. Il est déplorable de voir celui que le monde entier reconnaît comme le vicaire de Jésus-Christ ne rien trouver de mieux à dire à ses cardinaux que de les mettre en garde contre le danger de devenir « bureaucrates, formalistes, fonctionnaires, simples employés ». En outre, ce déballage public discrédite encore un peu plus l’Église.

Les cardinaux, gourmandés comme des enfants, ont néanmoins applaudi avec enthousiasme, tout comme l’avaient fait, le 25 novembre dernier, les parlementaires européens (par une « standing ovation » !), alors que François venait de leur dire que leur Europe était une « grand-mère qui a perdu sa fécondité et sa vivacité », privée d’idéal, paralysée par le « technicisme bureaucratique de ses institutions [74] ». Les princes de l’Église, comme les dirigeants politiques, sont devenus des chiens muets, lobotomisés.

Que présage ce discours ? Que sera la réforme de la Curie ? Tout est possible avec ce pape autoritaire, farouche partisan de la collégialité ; on parle même de laïcs qui pourraient être mis à la tête de certains dicastères. Et pourquoi pas des femmes ? François n’a-t-il pas expliqué, dans son entretien au directeur de la Civiltà Cattolica qu’il était

nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église […]. Les femmes soulèvent des questions que l’on doit affronter […]. Il faut travailler davantage pour élaborer une théologie approfondie du féminin. C’est seulement lorsqu’on aura accompli ce passage qu’il sera possible de mieux réfléchir sur le fonctionnement interne de l’Église. Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes. Aujourd’hui le défi est celui-ci : réfléchir sur la place précise des femmes, aussi là où s’exerce l’autorité dans les différents domaines de l’Église. [Interview publié par la revue Études, septembre 2013, p. 19 [75].]

Le pape Bergoglio tient manifestement à cette idée, puisque, le 1er juillet 2014, il a redit à peu près la même chose à une journaliste du quotidien romain Il Messaggero qui l’interrogeait :

Franca Giansoldati : Au sein de l’Église, selon vous, quelle place occupent les femmes ? 

François : Les femmes sont la plus belle chose que Dieu ait créée. L’Église est femme, l’Église est un mot féminin. On ne peut pas faire de la théologie sans cette féminité. Vous avez raison, on ne parle pas assez de cela, on devrait travailler davantage sur la théologie de la femme. Je l’ai dit, et nous travaillons en ce sens.

F.G. : N’y a-t-il pas là une certaine misogynie ?

François : Le fait que la femme soit sortie d’une côte… [éclat de rire]. Je plaisante. Je suis d’accord pour que l’on approfondisse davantage la question féminine, sinon on ne peut pas comprendre l’Église elle-même [76].

 

Une Église pauvre et pour les pauvres !

 

« Ah ! Comme je voudrais une Église pauvre, et pour les pauvres [77] ! »

C’est par ce cri lancé lors de la première audience avec les journalistes, le 16 mars 2013, que François a débuté son pontificat.

Ce thème de la pauvreté revient sans cesse dans ses paroles et inspire un grand nombre de ses actes. Mais, ce qui est troublant, c’est la manière très naturaliste et matérialiste dont il en parle.

A l’entendre, on a l’impression que cette question se limite à des problèmes de biens et de besoins matériels, d’économie, de justice sociale, de faim, de logement, de chômage, de solitude… Il n’y est jamais question de Dieu, sinon pour le mettre à contribution dans la lutte contre les abus sociaux. Le surnaturel est absent de ce discours. Et, par ailleurs, il semble que cette question est pour lui la question capitale, plus importante que la foi, plus importante que le salut éternel. Dans la bouche d’un pape, c’est proprement inouï !

Voici un petit florilège de citations bergogliennes sur ce thème :

Si un enfant reçoit son éducation des catholiques, protestants, orthodoxes ou juifs, cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est qu’ils l’éduquent et qu’ils lui donnent à manger. [Entretien avec Gerson Camarotti de la télévision brésilienne en juillet 2013 au cours du voyage au Brésil [78].]

 

Les plus grands maux qui affligent le monde sont le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont laissées les personnes âgées. [Entretien avec Eugenio Scalfari, le 24 septembre 2013, publié le 1er octobre dans La Repubblica [79]].

 

Il est indispensable de prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaître le Christ souffrant, même si, en apparence, cela ne nous apporte pas des avantages tangibles et immédiats : les sans-abris, les toxico-dépendants, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées, etc. [Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, § 210 [80].]

 

Je lui ai dit : « Madame, je crois que l’enfant a faim. […] S’il vous plaît, donnez-lui à manger ! » Elle était timide et ne voulait pas allaiter son enfant en public, pendant que le pape était là. Je veux dire la même chose à l’humanité : Donnez à manger aux gens ! Cette femme avait du lait pour donner à son fils ; Nous avons assez de nourriture dans le monde pour donner à manger à tous. [Décembre 2013, entretien avec Andrea Tornielli de La Stampa [81].]

 

Regardons autour de nous : combien sont nombreux les besoins des pauvres, combien nos sociétés doivent encore trouver des chemins vers une justice sociale plus répandue, vers un développement économique inclusif ! Combien l’âme humaine a besoin de ne pas perdre de vue le sens profond des expériences de la vie et de récupérer l’espérance ! Dans ces domaines d’action, les hommes et les femmes inspirés par les valeurs de leur propre tradition religieuse peuvent offrir une contribution importante, même irremplaçable. C’est là aussi un terrain particulièrement fécond pour le dialogue interreligieux. [Discours aux responsables religieux d’Albanie, le 21 septembre 2014 [82].]

 

Pasteur des migrants

 

Parmi les exclus dont François s’est fait l’énergique défenseur, les migrants jouissent d’une manifeste prédilection :

Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. Par conséquent, j’exhorte les pays à une généreuse ouverture, qui, au lieu de craindre la destruction de l’identité locale, soit capable de créer de nouvelles synthèses culturelles. [Evangelii Gaudium, § 210 [83].]

Pour joindre les actes aux paroles, François s’est rendu, le 8 juillet 2013, sur l’île italienne de Lampedusa (au large de la Tunisie), par où entrent clandestinement en Europe de très nombreux migrants africains.

L’objectif de cette visite très médiatisée était d’attirer l’attention du monde sur la situation de ces migrants et de fustiger « la culture du bien-être » qui rend les hommes « insensibles aux cris d’autrui […] et aboutit à une globalisation de l’indifférence [84] ».

Assurément, le sort de ces pauvres gens est pitoyable, mais est-ce la bonne solution que de soutenir l’immigration clandestine et de réclamer des pays d’Europe « une généreuse ouverture » de leurs frontières et de leur législation [85] à des populations presque entièrement musulmanes et toujours plus nombreuses ? C’est pourtant ce que François a demandé aux eurodéputés de Strasbourg, le 25 novembre 2014 :

Il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la mer Méditerranée devienne un grand cimetière ! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide. L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union Européenne risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail d’esclave et des tensions sociales continuelles. [Discours au parlement européen, 25 novembre 2014 [86].]

François a conclu son discours en disant : « il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets ». Mais la cause, n’est-ce pas d’avoir livré à l’islam et à la révolution les pays d’où affluent aujourd’hui ces migrants, et d’avoir refusé de les christianiser quand c’était possible ? C’est cela qu’on aimerait entendre dans la bouche du pape. Jadis, saint Pie V, le rosaire en main, appelait la chrétienté à la croisade pour se défendre de la menace islamique ; aujourd’hui, François exige au nom de la dignité de l’homme que les vieux pays chrétiens ouvrent tout grand leurs frontières au flux migratoire musulman et opèrent une généreuse « synthèse culturelle » avec ces immigrés.

 

Un pape marxiste ?

 

Fidèle à son image de protecteur des pauvres, François, dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, publiée fin novembre 2013, a condamné de manière très appuyée l’inhumanité d’un marché « implacable » qui crée une « culture du déchet [87] », marginalisant des populations entières, et qui « réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation ».

A cause de cette dénonciation sans nuances du « fétichisme de l’argent » et de « la dictature de l’économie sans visage », plusieurs médias argentins, américains et européens, ont accusé le pape François d’être un « pur marxiste » et un « socialiste ». Il s’en est défendu dans une interview à La Stampa, indiquant que « l’idéologie marxiste est erronée », mais, a-t-il ajouté, « dans ma vie j’ai rencontré de nombreux marxistes qui étaient des gens biens [88] ». Il a expliqué que sa réprobation des inégalités engendrées par le système économique actuel s’inscrivait dans la doctrine sociale de l’Église catholique. Par conséquent, « cette condamnation ne fait pas de moi un marxiste [89] ».

Dans l’entretien avec Eugenio Scalfari, François avait déjà abordé cette question. Voici ses paroles :

J’eus à cette époque [comme étudiant à l’université] une enseignante pour laquelle j’éprouvai du respect et de l’amitié. C’était une fervente communiste. Souvent, elle me lisait ou me donnait à lire des textes du Parti communiste. C’est ainsi que je me familiarisai également avec cette conception très matérialiste. […]

— [Question de Scalfari] Le communisme vous avait-il séduit ? 

— Son matérialisme n’eut pas prise sur moi. Mais l’avoir abordé par l’intermédiaire d’une personne courageuse et honnête m’a été utile et j’ai compris certaines choses, notamment une dimension sociale que je retrouvai par ailleurs dans la doctrine sociale de l’Église [!].

— La théologie de la libération, qui a été excommuniée par le pape Wojtyla, était assez répandue en Amérique latine.

— Oui, bon nombre de ses représentants étaient des Argentins.

— Estimez-vous que le pape ait eu raison de les combattre ?

— Il est certain qu’ils prolongeaient la théologie qu’ils professaient dans la sphère politique, mais nombre d’entre eux étaient des croyants qui avaient une haute idée de la notion d’humanité. [Entretien avec Eugenio Scalfari [90].]

On aura noté la restriction : bon nombre de théologiens de la libération « avaient une haute idée de la notion d’humanité ». Si François se démarque d’eux, il partage néanmoins leur conception de l’humanité, tout comme il admire la sincérité des communistes « honnêtes » [91].

 

En octobre 2014, dans son discours aux participants de la rencontre mondiale des mouvements populaires, François a abordé le thème de la stratégie à employer pour lutter contre « le scandale de la pauvreté ». Les termes de ce discours passé inaperçu sont un net encouragement à la révolution :

On ne peut affronter le scandale de la pauvreté en promouvant des stratégies de contrôle qui ne font que tranquilliser et transformer les pauvres en des êtres apprivoisés et inoffensifs. Qu’il est triste de voir que, derrière de présumées œuvres altruistes, on réduit l’autre à la passivité, on le nie ou, pire encore, se cachent des affaires et des ambitions personnelles : Jésus les définirait hypocrites. Qu’il est beau en revanche lorsque nous voyons en mouvement des peuples et surtout leurs membres plus pauvres et jeunes. Là, on sent vraiment le vent de la promesse qui ravive l’espérance d’un monde meilleur. Que ce vent se transforme en ouragan d’espérance. Tel est mon désir. 

Notre rencontre répond à un désir très concret, quelque chose que n’importe quel père, n’importe quelle mère, veut pour ses enfants : un désir qui devrait être à la portée de tous, mais qu’aujourd’hui, nous voyons avec tristesse toujours plus éloigné de la majorité des personnes : terre, logement et travail. C’est étrange, mais si je parle de cela, certains pensent que le pape est communiste. On ne comprend pas que l’amour pour les pauvres est au centre de l’Évangile. Terre, logement et travail, ce pour quoi vous luttez, sont des droits sacrés. Exiger cela n’est pas du tout étrange, c’est la doctrine sociale de l’Église. [Discours pour la rencontre mondiale des mouvements populaires, 28 octobre 2014 [92].]

Tout cela laisse un sentiment de grand malaise. Sans même parler des fermes condamnations portées par l’Église et des effroyables persécutions communistes, le caractère intrinsèquement inconciliable des doctrines communiste et catholique saute aux yeux. Pas pour le pape François, semble-t-il. Il parle comme les marxistes pour qui seule la matière existe ; il ne dit pas que pour le chrétien le mal suprême, la seule aliénation intégrale, ce n’est pas l’oppression sociale, mais le péché ; il exprime les mêmes buts que les marxistes : combattre l’injustice, lutter pour un monde plus équitable, « travailler pour créer ce village humain, toujours plus humain, qui offre aux enfants un présent de paix et un avenir d’espérance [93] », alors que, pour le chrétien, sans se désintéresser de la vie des hommes ici-bas, l’espérance porte d’abord sur le Royaume de Dieu.

 

U

 

François est un pape du Concile, de ce concile qui a réinterprété l’Évangile, Jésus-Christ, l’Église et tout le catholicisme à la lumière et selon les critères de l’humanisme moderne – culte de l’homme ; dignité de l’homme ; droits de l’homme…

Il le dit lui-même :

Vatican II fut une relecture de l’Évangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l’Évangile lui-même.

Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la liturgie. Le travail de la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète. Il y a certes des lignes herméneutiques de continuité ou de discontinuité, pourtant une chose est claire : la manière de lire l’Évangile en l’actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible. [Interview publiée par la revue Études, 19 septembre 2013, p. 20 [94].]

Ainsi, qu’on interprète le Concile selon l’herméneutique de la continuité de Benoît XVI ou de la discontinuité des progressistes, c’est là une question secondaire qui ne change rien : la révolution conciliaire est acquise et irréversible ; le catholicisme du concile de Trente, du Syllabus, de Pascendi et de la messe de saint Pie V est définitivement révolu.

Au moins, cela a le mérite d’être clair.




[1]  — « Je peux peut-être dire que je suis un peu rusé (un po’furbo), que je sais manœuvrer (muoversi). » (Entretien du pape François publié par le site de la revue Études, le 19 septembre 2013.)

[2]  — http://www.zenit.org. Les italiques insérées dans les citations sont de la rédaction.

[3]  — http://w2.vatican.va.

[4]  — http://w2.vatican.va.

[5]  — 24 novembre 2013. Texte de l’exhortation apostolique sur http://w2.vatican.va.

[6]  — DS 3043. Vatican I, constitution Dei Filius, chap. 4 (De fide et ratione), canon 3.

[7]  — Entretien avec le directeur de la Civiltà Cattolica les 19, 23 et 29 août 2013, publié par la revue Études le 19 septembre 2013 (http://newsletter.revue-etudes.com).

[8]  — Ibid. (http://newsletter.revue-etudes.com).

[9]  — François, interrogé sur le Synode qui allait s’ouvrir, répondait à une question sur le mariage et les jeunes. Voici son propos : « Les jeunes […] ne se marient pas du tout, c’est une caractéristique de la culture de notre temps ; […] beaucoup de jeunes préfèrent vivre ensemble sans se marier. Qu’est-ce que l’Église doit faire ? Les expulser de son sein ? Ou, au contraire, les approcher, les embrasser et essayer de leur apporter la parole de Dieu ? Telle est ma position. » Et c’est pour expliquer cette position qu’il a ajouté : « Le monde a changé et l’Église ne peut pas s’enfermer dans des interprétations présumées du dogme. » (http://medias-presse.info).

[10] — http://newsletter.revue-etudes.com ; voir Le Sel de la terre 87, p. 176. – On notera le mot « opinion » : la religion n’exprime qu’une opinion. – Même la vraie religion ?

[11] — Entretien réalisé le 24 septembre 2013 et publié sur le site du journal Repubblica le 1er octobre : http://www.repubblica (traduction de Isabelle Marbot-Bianchini).

[12] — https://w2.vatican.va. Voir Le Sel de la terre 90, p. 197.

[13] — C’est exactement ce que Pie IX a condamné dans le Syllabus : « Le pontife romain peut et doit se réconcilier et composer avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne » (prop. 80).

[14] — Bien peu ? Assise I à IV ; les visites aux synagogues et aux mosquées ; les accords et les cérémonies œcuméniques avec luthériens, anglicans et orthodoxes ; les repentances etc., toutes choses que Jean-Paul II et Benoît XVI ont littéralement multipliées : était-ce bien peu ? Que sera donc l’avenir ? On peut tout craindre.

[15] — Repubblica du 1er octobre 2013 : http://www.repubblica.

[16] — « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui […] apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (Nostra Ætate 2).

[17] — « Des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent en dehors des structures de l’Église catholique » (Lumen gentium 8), et jusque dans les religions païennes.

[18] — Jean-Paul II, audience générale du 9 septembre 1998 : « Les “semences du Verbe” présentes et agissantes dans les diverses traditions religieuses [Ad gentes 11 ; Lumen gentium 17] sont un reflet de l’unique Verbe de Dieu, “qui illumine chaque homme” [cf. Jn 1, 9] […]. Elles sont “un effet de l’Esprit Saint au-delà des limites visibles du Corps mystique” et qui “souffle où il veut” [Jn 3, 8] (voir Redemptor hominis, 6 et 12). »

[19] — http://w2.vatican.va.

[20] — http://www.news.va. Le site de La Vie qui rapporte le propos explique qu’il a créé une polémique au Vatican pour savoir si François avait seulement voulu dire que ceux qui font le bien iraient au paradis ou s’il avait suggéré que même les athées pourraient aller au paradis. Quelque restriction qu’essaient d’apporter ceux qui veulent défendre le pape, si l’on prend les mots ut sonant, c’est bien la deuxième interprétation qui est obvie.

[21] — Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle.

[22] — http://w2.vatican.va. Cette idée d’une « saine laïcité », prenant en compte l’apport des religions, a été souvent défendue par Benoît XVI (voir Le Sel de la terre 85, p. 63-84 et spécialement 72-77).

[23] — Repubblica du 1er octobre 2013 (http://www.repubblica).

[24] —   http://fr.radiovaticana.va.

[25] — http://www.news.va.

[26] — http://www.romereports.com et http://laportelatine.org.

[27] — http://www.la-croix.com.

[28] — http://w2.vatican.va et http://www.islam-et-verite.com.

[29] — http://w2.vatican.va.

[30] — http://w2.vatican.va.

[31] — « La Rome postconciliaire et ses frères aînés », Le Sel de la terre 89, p. 172-194.

[32] — http://www.romaebraica.it et http://www.zenit.org. Voir Le Sel de la terre 89, p. 175.

[33] — http://w2.vatican.va. Voir Le Sel de la terre 89, p. 179-180.

[34] — Ibid. Voir Le Sel de la terre 89, p. 181.

[35] — Entretien avec le directeur de la Civiltà Cattolica les 19, 23 et 29 août 2013, publié par la revue Études, nº du 19 septembre 2013. (http://newsletter.revue-etudes.com).

[36] —  http://fr.radiovaticana.va.

[37] — François a jugé bon de répondre à l’objection qui vient à l’esprit : « Quelqu’un sera étonné : Mais, le pape est allé chez les évangéliques !… Il est allé voir des frères, oui, parce que – et ce que je dirai est la vérité – ce sont eux qui sont venus en premier me trouver à Buenos Aires. […] Et c’est ainsi qu’a commencé cette amitié, cette proximité entre les pasteurs de Buenos Aires [le pasteur Traettino  et lui]. »

[38] — http://benoit-et-moi et http://www.zenit.org. François avait déjà développé cette même idée dans son sermon de la Pentecôte, le 19 mai 2013.

[39] — Voir : Evangelii Gaudium § 236 ; entretien avec le Corriere (mars 2014) ; entretien avec le journal portugais La Vanguardia (juin 2014). On notera que l’image du polyèdre sert non seulement à illustrer l’œcuménisme, mais aussi la « bonne » mondialisation voulue par l’Église : « La mondialisation à laquelle pense l’Église ne ressemble pas à une sphère, dans laquelle chaque point est équidistant du centre et donc où l’on perd la particularité de chaque peuple, mais à un polyèdre, avec ses différentes faces, où chaque peuple conserve sa propre culture, sa langue, sa religion et son identité » (entretien au Corriere).

[40] — http://benoit-et-moi.

[41] — Ce n’est pas la première fois que François demande ainsi une bénédiction à des hérétiques ou à des schismatiques (Benoît XVI s’était même fait bénir par un rabbin !). Le 16 juin 2014, il s’est fait bénir par l’« archevêque » de Canterbury Justin Welby (un simple laïc) accompagné de deux « prêtresses » anglicanes. Voir Le Sel de la terre 90, p. 193-194.

[42] — « Ils ont… », matériellement seulement !

[43] — https://w2.vatican.va.

[44] — Les Uniates sont des catholiques de rite oriental, revenus à l’unité catholique entre le 17e et le 20e siècle, et qui, à peu de choses près, ont conservé la discipline et la liturgie qu’ils avaient dans l’orthodoxie.

[45] — Intervention du cardinal Bergoglio avant le conclave, révélée par le cardinal Ortega le 23 mars 2013 et publiée par Zenit le 27 mars (http://www.zenit.org).

[46] — http://w2.vatican.va.

[47] — http://fr.radiovaticana.va.

[48] — Isabelle de Gaulmyn, « Le pape François, l’Évangile avant la doctrine », La Croix, 20 septembre 2013.

[49] — http://newsletter.revue-etudes.com.

[50] — Dans Evangelii Gaudium, François développe toute une théorie sur la supériorité du temps par rapport à l’espace (c’est-à-dire, au fond, du devenir sur l’être). « Il y a une tension bipolaire entre la plénitude et la limite. La plénitude provoque la volonté de tout posséder, et la limite est le mur qui se met devant nous. Le “temps”, considéré au sens large, fait référence à la plénitude comme expression de l’horizon qui s’ouvre devant nous, et le moment est une expression de la limite qui se vit dans un espace délimité. Les citoyens vivent en tension entre la conjoncture du moment et la lumière du temps, d’un horizon plus grand, de l’utopie qui nous ouvre sur l’avenir comme cause finale qui attire. De là surgit un premier principe pour avancer dans la construction d’un peuple : le temps est supérieur à l’espace. » (Evangelii Gaudium, § 222).

[51] — http://newsletter.revue-etudes.com.

[52] — http://newsletter.revue-etudes.com.

[53] — C’est ainsi que le cardinal Bergoglio définissait le pape idéal dans son intervention avant le conclave : il faudrait un « homme qui, partant de la contemplation de Jésus-Christ, pourrait aider l’Église à se rapprocher des périphéries existentielles de l’humanité ».

[54] — Repubblica du 1er octobre 2013 : http://www.repubblica.

[55] — http://www.zenit.org.

[56] — Catéchèse du 29 mai 2013 (http://w2.vatican.va).

[57] — http://newsletter.revue-etudes.com.

[58] — Cette « miséricorde » qui s’exerce contre la vérité, le pape François en trouve un écho dans les œuvres du très progressiste cardinal Kasper, celui-là même à qui il a demandé de préparer le questionnaire des choses à débattre au synode sur la famille. Au mépris de la discipline traditionnelle de l’Église, pleine de vraie miséricorde, la fausse miséricorde du cardinal s’est empressée de proposer un large accès à la communion pour les divorcés remariés et une attitude accueillante envers les homosexuels. Voici l’éloge de François sur la « miséricorde » du cardinal Kasper : « Ces derniers jours, j’ai pu lire le livre d’un cardinal – le cardinal Kasper, un théologien de valeur, un bon théologien – sur la miséricorde. Et ce livre m’a fait beaucoup de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Il n’en est pas ainsi ! Mais il m’a fait beaucoup de bien, beaucoup de bien... Le cardinal Kasper disait que ressentir la miséricorde, ce mot change tout. C’est ce que nous pouvons ressentir de mieux : cela change le monde. » (Angélus du 17 mars 2013.)

[59] — http://www.news.va. Voir Le Sel de la terre 89, p. 197.

[60] — Voir Le Sel de la terre 89 : « François, les martiens et la patience de Dieu », p. 195-203.

[61] — http://newsletter.revue-etudes.com ; voir Le Sel de la terre 87, p 176-177.

[62] — Voir Le Sel de la terre 86, automne 2013, p. 179.

[63] — La loi de gradualité a été introduite dans l’Église par Jean-Paul II (exhortation Familiaris consortio sur la famille, 1981). Elle consiste à ne pas exiger du chrétien qu’il applique toute la loi morale, entièrement et d’un coup, mais qu’il avance par étapes successives. Elle entend déculpabiliser celui qui ne parvient pas toujours, malgré ses efforts, à éviter le péché, et l’aider à distinguer l’idéal à atteindre (la « thèse ») et le bien qu’il arrive sincèrement à faire (« l’hypothèse »). C’est du libéralisme moral. Elle a souvent été invoquée au cours du récent synode à propos de la contraception et de l’homosexualité.

[64] — On se souvient que François déclara à une femme unie civilement à un divorcé qui se plaignait de ce que son curé refusait de lui donner l’absolution et la communion : « Il y a certains qui sont plus papistes que le pape : allez dans une autre paroisse et confessez-vous, il n’y a aucun problème » (http://www.fait-religieux.com. Voir Le Sel de la terre 89, p. 197).

[65] — 4 octobre 2014 : http://fr.radiovaticana.va.

[66] — Et relayé par des initiatives subversives largement médiatisées. Ainsi, pour soutenir le temps de réflexion auquel les catholiques sont appelés pendant l’année à venir avant la reprise du synode et marquer leur union avec tous ceux qui sont exclus de la communion au motif que leur situation matrimoniale n’est pas conforme aux règles de l’Église, deux femmes ont lancé un « jeûne eucharistique » très particulier, consistant à aller à la messe tout en refusant ostensiblement de communier (elles se présentent à la table de communion bras croisés et demandent la bénédiction au prêtre. – Voir communionpourtous.com).

[67] — http://callmejorgebergoglio.blogspot.fr.

[68] — Rencontre avec des parents d’enfants baptisés dans l’année, 13 décembre 2014, paroisse Saint-Joseph all’Aurelio, dans la banlieue de Rome.

[69] — Ce n’est donc plus leur fausse et outrancière interprétation de la loi, mais la loi elle-même et la doctrine qui, par leur exigence, sont causes de l’hypocrisie coupable des pharisiens !

[70] — http://fr.radiovaticana.va. Lors de sa visite à Saint-Joseph all’Aurelio, François a lancé en riant aux enfants du catéchisme cette parole sur le jeûne eucharistique en vigueur au moment de sa première communion (1944) : « À l’époque, on ne pouvait même pas boire une goutte d’eau avant de prendre l’hostie. Heureusement que Pie XII nous a libérés de cette dictature. »

[71] — http://fr.radiovaticana.va.

[72] — Intervention du cardinal Bergoglio avant le conclave (Zenit, 27 mars 2013).

[73] — Texte original italien dans l’Osservatore Romano des 22-23 décembre 2014. Traduction de S. Gallé pour Urbi & Orbi-La Documentation catholique, publiée par le site de La Croix (http://www.la-croix.com).

[74] — Texte sur discours sur http://www.eglise.catholique.fr. Comment l’Europe sortira-t-elle de son vieillissement ? En se reconstruisant « autour de la sacralité de la personne humaine ».

[75] — http://newsletter.revue-etudes.com ; voir Le Sel de la terre 87, p 176-177.

[76] — http://www.aleteia.org.

[77] — http://www.lavie.fr.

[78] — http://tradiciondigital.es.

[79] — http://www.la-croix.com ; voir Le Sel de la terre 87, p 183.

[80] — http://w2.vatican.va.

[81] — http://www.independent.co.uk.

[82] — http://w2.vatican.va

[83] — http://w2.vatican.va.

[84] — La Croix du 8 juillet 2013.

[85] — Il faut savoir que ces migrants reçoivent des aides proportionnellement supérieures à ce que gagnent les habitants de l’île de Lampedusa ; ils bénéficient ensuite dans la plupart des pays d’Europe de secours sociaux dont les populations autochtones ne jouissent pas, et ils imposent leurs coutumes et leurs mœurs islamiques chez nous et à notre détriment, tandis que les redresseurs de torts (François en tête) nous donnent mauvaise conscience.

[86] — http://www.eglise.catholique.fr.

[87] — Cette expression plaît à François qui l’a utilisée plusieurs fois dans ses tweet et, encore récemment, dans son discours de Strasbourg.

[88] — Entretien avec Andrea Tornielli, décembre 2013 (http://www.independent.co.uk).

[89] — Pourtant, François préconise un renforcement de l’État dans le contrôle de l’économie, conception qui s’écarte de la doctrine de l’Église qui a toujours promu la liberté d’entreprise. Les citations données ci-après montrent que François entend la doctrine sociale de l’Église d’une manière très originale et dans un sens nettement… socialiste !

[90] — http://www.repubblica.

[91] — « Je suis très heureux d’avoir rencontré un homme sage » a déclaré François après son audience, le 1er juin 2013, avec le président de l’Uruguay, José Mujica (ancien terroriste, athée, communiste, laïciste, partisan de l’homosexualité et de l’avortement). Voir : http://fr.radiovaticana.va.

[92] — http://w2.vatican.va.

[93] — Discours aux Scholas Occurrentes, 4 septembre 2014 (http://w2.vatican.va).

[94] — http://newsletter.revue-etudes.com.

Informations

L'auteur

Religieux dominicain du couvent de la Haye-aux-Bonshommes (Avrillé).

Le numéro

Le Sel de la terre n° 91

p. 144-173

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