Oportet illum regnare
Notre combat quotidien pour le Christ-Roi
par le frère Marie-Dominique O.P.
Le combat des papes et de Mgr Lefebvre
L’Église a toujours combattupour étendre le règne du Christ
Quel est le cœur de notre combat ? C’est celui de l’Église de tous les temps depuis sa fondation : Oportet illum regnare, dit saint Paul (1 Co 15, 25). Il faut relire et étudier, crayon à la main, l’encyclique Quas Primas du pape Pie XI (11 décembre 1925) se faisant l’écho de toute la Tradition de l’Église sur ce sujet. Le pape y rappelle les fondements de la royauté de Notre-Seigneur sur les individus et sur les nations :
— il est Roi de tous les hommes individuels – même des non-catholiques – par droit de nature en raison de son union hypostatique ; et par droit de conquête depuis qu’il nous a libérés de l’esclavage du démon par son sacrifice de la Croix ;
— et il est Roi des sociétés parce que c’est lui qui a créé l’homme « animal social », afin que les hommes travaillent à leur salut en se groupant en sociétés : « de l’économie terrestre des sociétés, dépend l’élargissement des voies du ciel », dit saint Grégoire le Grand.
C’est pourquoi l’Église n’a cessé d’œuvrer, dès sa fondation, pour étendre le règne du Christ dans le monde entier, convertissant les chefs d’État et s’appuyant sur eux pour qu’ils fassent régner Notre-Seigneur sur leurs peuples.
La cité de Satan contre la royauté du Christ
• La Révolution renverse le règne social de Notre-Seigneur
Cette volonté de l’Église d’instaurer le Règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ a suscité dès le début les assauts de l’enfer. On peut dire que la royauté du Christ est l’enjeu de la lutte opposant la Cité de Satan (la Contre-Église) à l’Église catholique. Cela est apparu encore plus clairement depuis que la Révolution a réussi à renverser le règne social de Notre-Seigneur en France, et de la France, dans le monde entier.
D’où les cris d’alarme des papes. Ainsi saint Pie X faisant du combat pour le Christ-Roi le but unique de son pontificat [1]. Au joug doux et suave du Sauveur du monde a succédé « la peste du laïcisme », dit le pape Pie XI dans son encyclique Quas Primas. Le résultat, c’est « ce déchaînement de malheurs qui a envahi l’univers », ajoute-t-il.
• La Révolution pénètre dans l’Église à l’occasion du concile Vatican II
Depuis ces papes, les ennemis de l’Église sont passés à une étape supérieure, réussissant à circonvenir la hiérarchie catholique pour la mettre de leur côté, spécialement à l’occasion du concile Vatican II. On peut dire que le combat central du Concile, ce fut la question de la liberté religieuse, sortie des loges judéo-maçonniques [2], sans cesse refusée, amendée par les Pères, et victorieusement introduite dans les textes conciliaires à la dernière session. L’œcuménisme, autre point noir du Concile, n’est qu’une conséquence de la liberté religieuse : dans la mesure où Notre-Seigneur ne règne plus, et où toutes les religions ont un droit égal dans la société, elles doivent chercher à se connaître et à travailler ensemble pour vivre en harmonie.
• La route est libre pour la nouvelle civilisation
Désormais, l’Église n’est plus, aux yeux de la franc-maçonnerie, un obstacle pour instaurer son nouvel ordre mondial totalitaire : c ’est la réalisation du projet de la Haute Vente italienne au 19e siècle :
Une Révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une Révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde [3].
Quelle est cette nouvelle civilisation sans Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’elle cherche à édifier ? Ce n’est pas un athéisme, mais un antithéisme [4] :
[Il s’agit d’instaurer] une civilisation qui aura pour objectif la divinisation de l’homme par le développement des sciences et des techniques. Dans cet univers globalisé, d’où famille et patrie auront disparu, on pratiquera l’eugénisme et l’euthanasie. L’individu, libéré des règles de la morale, pourra s’adonner aux passions les plus viles. Quant aux religions, elle auront été unifiées au sein d’une Église universelle ayant pour loi la religion de Noé chère aux Kabbalistes [5].
Après la transformation de toutes les sectes religieuses, de toutes les formes de gouvernement et d’État les unes dans les autres, [... ce sera] l’âge d’or qui précédera le jugement dernier, et dont la caractéristique politique sera l’avènement de la monarchie universelle par le gouvernement d’un chef unique, à la fois roi et prêtre [6].
Ce Maître de la terre ne sera autre que l’Antéchrist.
Est-il déjà né ou non ? Saint Pie X se posait déjà la question :
Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (2 Th 2, 3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous [7].
Quoi qu’il en soit, nous voyons la Cité de Satan étendre son empire jour après jour sur ce monde [8].
La résistance héroïque de Mgr Lefebvre
Dans l’Église, cependant, il y eut une résistance à la capitulation du Concile. Mgr Lefebvre, qui n’a cherché rien d’autre qu’à continuer dans la même ligne que les papes d’avant Vatican II, fit du Christ-Roi le cœur de son combat. Il ne cessait d’en parler dans ses sermons, ses écrits (par exemple l’ouvrage : Ils l’ont découronné), ses entretiens avec les autorités conciliaires (ainsi son entretien historique du 14 juillet 1987 avec le cardinal Ratzinger). Il avait même fait rééditer, pour qu’il se trouve dans toutes les chapelles, le Catéchisme des Droits divins [de Notre-Seigneur] dans l’Ordre Social, du père Philippe, rédemptoriste [9].
Cette question du Christ-Roi fut la pierre d’achoppement essentielle entre lui et la nouvelle église conciliaire :
Voilà ce qui fait notre opposition [à la Rome actuelle], et c’est pourquoi l’on ne peut pas s’entendre. Ce n’est pas d’abord la question de la messe, car la messe est justement une des conséquences du fait qu’on a voulu se rapprocher du protestantisme et donc transformer le culte, les sacrements, le catéchisme, etc.
La vraie opposition fondamentale est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Oportet illum regnare, nous dit saint Paul, Notre-Seigneur est venu pour régner. Eux disent non, et nous, nous disons oui avec tous les papes [10].
Mgr Lefebvre ne voyait d’ailleurs pas de réconciliation possible avec les autorités romaines actuelles tant qu’elles n’auraient pas recouronné Notre-Seigneur :
Il ne faut pas s’étonner que nous n’arrivions pas à nous entendre avec Rome. Ce ne sera pas possible tant que Rome ne reviendra pas à la foi dans le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. [...] Nous nous heurtons sur un point de la foi catholique [11].
Quand on nous pose la question de savoir quand il y aura un accord avec Rome, ma réponse est simple : quand Rome recouronnera Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous ne pouvons être d’accord avec ceux qui découronnent Notre-Seigneur. Le jour où ils reconnaîtront de nouveau Notre-Seigneur Roi des peuples et des nations, ce n’est pas nous qu’ils auront rejoint, mais l’Église catholique dans laquelle nous demeurons [12].
Changement d’orientation
Mgr Lefebvre rendit son âme à Dieu le 25 mars 1991.
En 1998, commencèrent les réunions du GREC : douze années de rencontres « discrètes mais non secrètes », parfois mensuelles, entre des représentants de la hiérarchie officielle (spécialement des évêques français), des responsables d’instituts Ecclesia Dei et des membres de la Fraternité Saint-Pie X. Le but était de « parler sans se fâcher de choses qui fâchent » pour favoriser la nécessaire réconciliation. Comment ne pas penser que douze années de rencontres, faites dans cet esprit, n’aient pas fini par avoir des conséquences [13] ?
Du côté de Rome, c’est à partir du pèlerinage spectaculaire – on peut se demander si cela était prudent – de la Fraternité Saint-Pie X à Rome, à l’occasion du jubilé de l’an 2000, que les autorités conciliaires, émues par le développement de l’œuvre de Mgr Lefebvre, commencèrent à bouger. Des contacts amicaux furent noués avec Mgr Fellay, par l’intermédiaire du très diplomate cardinal Castrillon Hoyos. Il proposa de travailler à une régularisation canonique de la Fraternité
