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La royauté sociale de NSJC

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Informations

LE PÈRE CALMEL

Les thèmes

Doctrine sociale et politique

Civilisation chrétienne

Grandes heures de la Tradition

Restaurer une chrétienté

Le Sel de la terre n° 12 bis

Le numéro

Printemps 1995

p. 251-270

Fr. Roger-Thomas  CALMEL O.P.

L'auteur

Fr. Roger-Thomas CALMEL O.P.

Tout le numéro 12 bis du Sel de la terre est consacré à la figure du père Calmel.

 0,00 €

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La royauté sociale de N.S.J.C.

selon le Fr. Roger Calmel O.P.

Si une chrétienté doit renaître, serait-ce à la manière de petites îles perdues dans l’immense mer, elle sera un don du cœur de la Vierge. Elle qui a donné au monde le Verbe incarné sait mieux que personne la valeur des choses du temps et le prix pour la sanctification des âmes d’institutions temporelles saines et justes. Ce n’est pas une simple coïncidence si nos pères du Moyen Age ont fait surgir les Notre-Dame en même temps qu’ils bâtissaient la chrétienté – si la Vierge du Rosaire à Lépante a repoussé les Turcs tout près d’engloutir ce qui subsistait de civilisation chrétienne.
École chrétienne renouvelée, p. 170.
 

Politique et vie intérieure

Héroïsme et gentillesse

 
IL est un héroïsme de la révolte, et un héroïsme de la charité. L’héroïsme de la charité demande avant tout de prendre, à cause de Dieu, une route de droiture parfaite et de ne vouloir rien entendre quand il s’agit de changer de direction. Moyennant quoi, il est fort possible que la vie, quelque jour, devienne extrêmement dure et même qu’il faille consentir au sacrifice suprême. Seulement, et c’est ici qu’il ne faudrait pas que l’on se fasse des idées, choisir le chemin de l’héroïsme de l’amour, ce n’est pas être acculé, sans répit, à une existence intenable et irrespirable. Ce n’est pas à chaque minute et à longueur de vie être emporté dans un tourbillon étouffant et vertigineux comme celui d’une tragédie de Racine ou de Shakespeare ; au théâtre le paroxysme est tel, du reste, parce que, sur le plateau, la pièce ne dure que quelques heures. Or la vie, par définition, n’est pas une pièce de quelques heures. Une vie héroïque n’est pas haletante et précipitée comme un drame sur une scène. Elle admet des repos, des détentes, des paliers et des reprises. Elle trouve une connivence de certaines personnes et de certains événements, plus ou moins proche, plus ou moins réconfortante, mais toujours réelle, – excepté, il est vrai, dans la solitude unique des heures d’agonie. Mais alors, un ange du ciel descend et réconforte. Pour le reste, et à travers le déroulement ordinaire des jours, le Père du ciel a ménagé une familiarité, une grâce, une clémence de la vie qui empêchent que ne soit inhumain et exaspéré l’héroïsme de l’amour.
Qui douterait qu’on ne puisse, qu’on ne doive parler d’héroïsme à propos de la vie de saint Joseph le Juste ? Et beaucoup plus encore à propos, non seulement de la passion, mais même de la vie cachée et de la vie publique du Fils de l’homme ? Si l’héroïsme est le contraire de la tiédeur et de la protection égoïste de soi-même ; si l’héroïsme dont nous parlons demande d’être prêt à sacrifier sa vie en ce monde pour rester fidèle à la loi de Dieu dans le spirituel et dans le temporel, on ne peut douter que la vie de saint Joseph, fidèle et ferme dans la pauvreté de Nazareth et dans l’exil en Egypte, ne porte la marque de l’héroïsme.
L’héroïsme de la charité suppose incontestablement cette tension des énergies où, pour demeurer fidèle à la loi de Dieu, l’homme accepte de perdre sa vie, soit dans la mort pure et simple, soit dans un sacrifice qui ressemble à une mort. L’héroïsme de la charité ne suppose pas cette tension maintenue tous les jours à son point extrême. Il faut seulement que l’on se soit mis sur le chemin où l’on doit rencontrer, si l’on ne triche pas, le suprême sacrifice ou ce qui en est l’équivalent.
Pour devenir ce héros magnifique de l’amour de Dieu et du service du royaume de France, il suffit que saint Louis ait préféré de toute son âme la lèpre au péché mortel : après quoi, tout normalement et à leur heure, les sacrifices ne manqueront pas de venir : la croisade sans succès, la captivité chez les Sarrazins, la mort sur le lit de cendre. Mais enfin, le choix premier, décisif, qui devait amener le roi à ces extrémités, n’exigeait aucunement l’exclusion de la tendresse de sa femme Marguerite ni le bondissement dans son palais tout neuf d’une douzaine de garçons et de filles. De même, ayant voulu une fidélité totale à la lumière, saint Thomas More devait un jour faire l’expérience de l’emprisonnement à la Tour de Londres et de la mort des criminels ; mais cela ne l’a pas empêché de goûter les charmes, au matin de la Renaissance, de la compagnie lumineuse des princes de la pensée. Parlerons-nous encore de Péguy et de ses jeunes amitiés pour montrer qu’une vie héroïque n’a pas ce caractère durci, farouche, tendu sans rémission, que certains s’imaginent, peut-être pour avoir une excuse de s’en détourner ?
Ce n’est point parce que vous aurez l’esprit du martyre que les bourreaux vous sauteront dessus à tous les tournants. Seulement, vous n’aurez rien réservé. Vous aurez tout donné, et vos forces et votre cœur. Et cet abandonnement total, loin de vous condamner à ne plus connaître les sourires de la vie est, au contraire, le seul moyen de les apprivoiser.
Ces nécessaires précisions ayant été fournies, nous croyons que le lecteur n’aura pas à s’exaspérer si nous parlons souvent d’héroïsme dans les pages qui suivent.
A la vérité s’attendrait-il à ce que nous lui proposions autre chose ? Il sait trop bien qu’en dehors de la vie héroïque, orientée vers l’héroïsme, il ne reste que la vie installée, tiède et médiocre. Eh bien, encore que les êtres tièdes, sans parler de ceux qui sont sclérosés ou même cadavériques, foisonnent dans la cité et même dans l’Église, encore qu’ils y occupent des postes de toute importance, ce ne sont pas eux qui permettent à la cité de tenir et de se réformer, à l’Église d’être brûlante d’amour et d’arracher les hommes à Satan.
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