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"De Rome et d'ailleurs" n°113, p.9, Liberté religieuse - Le sophisme de l'immunité de contrainte.

Par Michel Martin.

 

Les articles de Michel Martin sur la Liberté religieuse sont toujours intéressants. Nous avons affaire à quelqu'un qui étudie la question de manière objective (sans chercher à la déformer) et qui raisonne avec logique. Il répond ici aux sophismes du Père Harrison repris par le Père de Blignières.

Il remarque avec raison que ces Pères interprètent le texte du Concile d'une manière qui, non seulement est contraire au sens obvie, mais surtout ne correspond pas à l'interprétation officielle faite par le Pape et la pratique de l'Église conciliaire. On en trouve l'aveu sous la plume du Père Harrison lui-même qui écrit : "les tentatives d'harmonisation les plus influentes - ce que l'on pourrait appeler l'apologétique officielle - ont été trop simplistes et superficielles. Ainsi ont-elles été rejetées avec raison par Mgr Lefebvre et d'autres traditionalistes..."

L'interprétation de ces Pères ne souffre pas seulement d'être différente de l'interprétation officielle et obvie, elle est encore sophistique ; c'est-à-dire que, même avec cette interprétation, on ne saurait concilier la thèse du Concile avec la Tradition. C'est ce que montre Michel Martin dans son article en expliquant, par la logique, que "donner un droit à l'immunité de contrainte dans la propagation de l'erreur" est équivalent à "donner un droit de propager l'erreur".

La démonstration de Michel Martin est "globalement juste", mais elle manque, à notre sens, de précision. Elle suppose deux choses qu'il faudrait préciser :

 

- d'une part que l'État est compétent pour intervenir dans ce domaine. Là où l'État n'est pas compétent, disent certains, il peut ne pas avoir le droit d'intervenir, sans pour autant donner un droit positif de faire le mal. Cela fonderait un certain droit à l'immunité de contrainte dans le domaine privé, par exemple, pour les parents, le droit d'élever leurs enfants dans leurs fausses conceptions religieuses.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans la discussion (ébauchée par Michel Martin) pour savoir si un tel droit existe (en justice), car de fait un tel droit n'est possible que là où l'État est incompétent. Or ce ne peut pas être le cas de l'exercice public de la religion.

 

- il faudrait préciser d'autre part qu'il n'est pas imprudent d'intervenir dans ce domaine. Là où l'État ne pourrait pas intervenir sans imprudence, disent d'autres, il n'a pas le droit d'intervenir, et donc les personnes ont droit à l'immunité de contrainte dans ce domaine. Cela pourrait fonder, par exemple, un certain "droit"[1] (au sens très large) pour les prostituées d'exercer leur "profession", attendu que, si l'État supprimait toutes les maisons closes, il en résulterait à coup sûr un grand désordre dans la société.

À cela on peut faire remarquer qu'un tel "droit" n'est pas un droit en justice, mais en vertu de la prudence. On peut surtout opposer la preuve de Tradition, ce que nous ferons dans notre prochain numéro.


[1]Nous mettons ce mot entre guillemets, car à notre avis il s'agit là d'un emploi abusif du mot droit.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 1

p. 120

Les thèmes
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La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

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