Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre :
Sermon pour les obsèques de sœur Marie de la Croix, prononcé à Écône le 23 décembre 1990 [1]
Mes bien chers frères, je suis heureux de voir que vous êtes venus nombreux participer aux prières que l'Église met sur nos lèvres à l'occasion du décès de nos amis, de nos parents, de nos connaissances, et vous êtes venus partager ces prières à l'occasion du décès de notre chère sœur Marie de la Croix.
Je ne puis pas passer sous silence les événements qui ont marqué les dernières années de sa vie parce que, à mon sens, ils sont un exemple remarquable de la démarche qu'en définitive tous ceux qui ont voulu garder la tradition et garder la foi ont été obligés de faire d'une manière ou d'une autre. Elle a été un exemple remarquable, unique peut–être, et certainement – à mon sens – unique en son genre; car je pense que vous connaissez tous les circonstances dans lesquelles notre chère sœur Marie de la Croix a cru en conscience, devant le Bon Dieu, (devoir) quitter son monastère. Monastère qu'elle aimait, monastère de Colombey, monastère des Bernardines chez lesquelles elle était entrée depuis déjà de nombreuses années, puisqu'elle est décédée à 86 ans et qu'elle est venue ici il y a 14 ans.
Elle avait donc 72 ans lorsqu'elle a quitté son monastère. 72 ans, cela représente certainement plus de 50 ans de présence dans son monastère des Bernardines de Colombey. Ce n'est pas une petite chose; elle était donc très attachée à sa famille religieuse, sans aucun doute, très attachée à cette vie de famille. J'ai eu l'occasion de visiter ce Monastère de Colombey et je comprends que les religieuses puissent être attachées à un beau monastère, monastère ancien qui représente des générations et des générations de religieuses qui ont offert leur vie pour le Bon Dieu dans ce monastère, alors elle y était certainement très attachée. Cette petite religieuse que nous avons connue, pas seulement petite de taille mais petite aussi dans sa simplicité, ce n'était pas une grande savante, ce n'était pas une grande intellectuelle mais elle avait la foi, elle était de ces petits dont parle le Bon Dieu, dont parle Notre Seigneur lorsqu'il dit: "Bienheureux ces petits et ces humbles", qui ont reçu une grâce particulière de la part du Bon Dieu pour garder la foi en Notre Seigneur Jésus–Christ.
Et alors, hélas, ce couvent certainement fervent et admirable avant le Concile, a cru devoir, sous la pression certainement des aumôniers du monastère, faire entrer à l'intérieur de ce couvent, de ce monastère, les influences conciliaires, particulièrement l'influence œcuménique, et il s'est trouvé qu'un jour la Mère Prieure, ou Mère Abbesse je ne sais pas, a jugé bon de faire venir un pasteur protestant à l'intérieur du monastère pour faire une conférence à ses religieuses. La petite sœur Marie de la Croix, ce jour–là, a décidé : "Je ne reste plus dans mon monastère. Je ne puis pas tolérer d'être enseignée par un pasteur protestant, je suis catholique et je veux rester catholique", et elle a pris la résolution de quitter son monastère. Elle l'a dit sans ambages à sa supérieure, elle n'a pas hésité ; et dès ce jour–là elle a été surveillée d'ailleurs, on lui interdisait toute sortie, mais dans sa volonté ferme de garder la foi catholique, elle a pris des moyens invraisemblables, inimaginables, qui sont des moyens que, seuls, je dirais des héros, des héroïnes, peuvent vraiment prendre pour garder la foi, elle a averti des amis de venir la chercher, et, puisqu'elle ne pouvait plus sortir par la porte du couvent, eh bien elle a demandé qu'on vienne avec une échelle double et qu'on la mette par–dessus la clôture, elle est passée un jour que les sœurs se rendaient à la messe solennelle et a traversé le jardin, monté les échelons de l'échelle qu'on lui tendait du dehors, est redescendue par la deuxième échelle et ainsi a voulu protéger sa foi dans toute sa simplicité, dans tout ce naturel (je dirais qu'elle avait toujours), avec ce sourire extraordinaire qu'elle avait, ce sourire d'enfant, sourire d'une âme pure, d'une âme angélique.
Oui, elle a ainsi quitté son monastère, et est venue demander refuge ici à Écône. Bien sûr nous l'avons accueillie avec plaisir, avec joie, et voilà que depuis 14 ans elle est restée attachée à cette maison d'Écône. Sans doute à cause de ses infirmités, grâce à Dieu, elle a pu être soignée dans la maison de Riddes et bien soignée jusqu'à la fin de ses jours, mais elle demeurait vraiment attachée à Écône, et c'est pourquoi nous n'avons pas hésité un instant à la pensée de la garder avec nous et de la mettre dans notre cimetière. Elle fait vraiment partie de notre communauté.
Quel exemple, mes bien chers frères, et pour vous–mêmes, chers séminaristes, quel exemple pour ceux qui auraient une hésitation quelconque, je pense que c'est la démarche que nous avons tous faite en définitive, nous les traditionalistes, nous avons voulu garder la foi et quitter ce milieu, ce milieu qui tendait à nous faire devenir protestant, qui tend à nous faire changer notre sainte Religion, alors nous fuyons, nous fuyons pour garder la foi et nous nous réunissons là où nous pouvons, là où le Bon Dieu, ou la Providence, nous indique un endroit où nous pouvons nous réunir pour garder la foi. C'était le cas d'Écône. Écône a été un refuge de la foi catholique, oui, un refuge pour former des prêtres catholiques et c'est ainsi dans toutes nos chapelles, toutes nos fondations. Alors, demandons à la chère sœur Marie de la Croix, qui maintenant nous regarde du haut du ciel, qu'elle nous communique cette grâce particulière qu'elle a eue, cette force dans la foi catholique, oui, qu'elle nous communique cette grâce, qu'elle nous fasse garder la foi catholique au prix même de séparations douloureuses, au prix de séparations très dures.
Voilà, mes bien chers Frères, je ne voulais pas ne pas citer en exemple cette chère sœur Marie de la Croix, parce que vraiment elle est pour nous un modèle, et nous sommes persuadés que son exemple demeurera dans nos esprits et dans l'histoire de notre fondation
[1]Nous ne reproduisons ici que la première partie de ce sermon, qui donne un bel exemple de fidélité.

