T.F.P. Le masque et le visage Deuxième partie Aperçus sur l’histoire de la T.F.P.
par Carlo Alberto Agnoli et Paolo Taufer
Nous avons commencé, dans les numéros 7 et 8 du Sel de la terre, la publication du livre de Carlo Alberto Agnoli et Paolo Taufer sur la « Société française pour la défense de la tradition, famille et propriété, T.F.P. », connue par les associations qui lui servent de « courroies de transmission » : (« Avenir de la culture » et « Lumières sur l’Est »), ainsi que par divers ouvrages (par exemple Noblesse et élites traditionnelles dans les allocutions de Pie XII [1] du professeur Plinio Corrêa de Oliveira) et diverses activités (par exemple « Le droit de naître », questionnaire sur l’avortement à adresser aux candidats des élections législatives [2]). Nous publions ici de larges extraits de la deuxième partie de ce livre. Et puisqu’il est question dans cette étude du « complot » des ennemis de l’Église, nous nous permettons de suggérer à nos lecteurs de se reporter à l’article « Ecclésiologie comparée » paru dans notre numéro 1, qui analyse d’un point de vue théologique le concept de Contre-Église.
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La T.F.P. est née le 26 juillet 1960, sous le nom de Sociedade brasileira de defesa da tradiçào, familia et propriedade, fondée par Plinio Corrêa de Oliveira, alors avocat, député fédéral et professeur universitaire à Sao Paulo, âgé de 52 ans.
En 1985 elle était ramifiée en quatorze associations-sœurs installées respectivement dans des pays latino-américains : Argentine, Bolivie, Vénézuela, Chili, Colombie, Équateur, Pérou, Uruguay où elle a pris le nom de Lepanto, et en outre au Canada, aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, en France et en Afrique du Sud, chacune de ces sections étant étroitement liée à l'association mère du Brésil [3]. En 1990, la T.F.P. s'était encore développée jusqu'à pouvoir compter des bureaux dans plus de vingt-deux pays.
La plus active et la plus connue parmi les T.F.P. européennes est sans doute aujourd'hui la section française, en dépit de sa mésaventure judiciaire de 1982 [4].
En 1986 la T.F.P. française lançait l'association « Avenir de la culture », dont le nom fut bientôt associé à des campagnes de moralisation contre la licence télévisuelle. Au lendemain de la « chute » du communisme elle lança une autre campagne, sous le nom de « Lumières sur l'Est », pour la diffusion du message de Fatima dans les pays de l'Est [5].
Pour rendre plus incisive sa campagne « Lumières sur l'Est », la T.F.P. joignit à ses envois le texte d'une lettre obtenue du cardinal Oddi, qui faisait sienne l'initiative en l'encourageant et en bénissant ses promoteurs.
Mais le 27 juin 1991 le magazine français La Vie (nº 2391) faisait savoir à ses lecteurs que le cardinal, interrogé par Giancarlo Zizola, correspondant romain de la revue, disait avoir soutenu la diffusion du message sur la recommandation d'un ami brésilien, en ajoutant toutefois : « Je reconnais avoir eu le tort de ne m'être pas préoccupé assez des liaisons entre ce mouvement et l'association T.F.P. »
En réalité, ce prélat n'ignorait pas que « Lumières sur l'Est » ne faisait qu'un avec la T.F.P. Cela ressort de sa lettre même, copieusement diffusée en France et que nous reproduisons en appendice. Ce qu'il ignorait certainement, comme, du reste, un très grand nombre des destinataires, c'était les enseignements secrets et les étranges cultes de l'association. Telle est probablement la vraie signification du repentir du cardinal Oddi, que le journaliste de La Vie n'a pas correctement interprété.
Cette ignorance générale du vrai visage de la T.F.P. nous pousse à prendre en considération l'hypothèse suivante : y a-t-il des liens entre cette association et les centres de pouvoir qui aujourd'hui régissent et conditionnent les destinées des peuples ? Et puisque le cœur du mondialisme synarchique bat dans la zone anglo-américaine, nous devons nous arrêter avec une particuli ère attention sur la T.F.P. nord-américaine installée à Washington.
De hautes appréciations venues de là-bas, des échanges de visites, des affinités reconnues ont marqué de façon vraiment spéciale les rapports de la T.F.P. avec les néo-conservateurs de la nouvelle droite américaine. Connaître cette nouvelle droite peut alors signifier connaître davantage la T.F.P., ses orientations, ses buts, ses hommes les plus importants.
Mais avant de nous engager dans ce parcours malaisé, nous demandons au lecteur la patience, non pas de nous suivre dans le dédale des sociétés maçonniques ou para-maçonniques où se développe le phénomène qui est en train de mener l'humanité au coagulum mondialiste, mais d'accepter quelques idées-guides et des renseignements utiles pour estimer dans une juste perspective l'appartenance à ces sociétés des différents personnages qui sont en contact avec la T.F.P.
Gouvernement mondial et hiérarchie mondialiste
D'illustres savants, depuis plus d'un siècle, ont œuvré à déchiffrer le plan visant à l'unification de l'humanité dans une république universelle sous la domination de hauts initiés. Ce pouvoir veut s'asseoir sur la ruine de toutes les religions, en particulier du christianisme, et sur l'élaboration d'un nouveau culte, relativiste et panthéiste. Un tel plan, dont les révolutions américaine et française, à la fin du XVIIIe siècle, ne furent que les prémices violentes, se devinait déjà dans les ouvrages d'auteurs du siècle précédent. Il est énoncé en termes assez explicites dans les « constitutions » de la franc-maçonnerie de 1723 et prévoit, après la destruction des formes traditionnelles de société fondées sur la religion, la formation de groupements sociaux artificiels toujours plus étendus et homogènes.
Ces savants, pour la plupart d'extraction catholique, perçoivent, à l'intérieur des ténébreuses hiérarchies de la grande conjuration, la distinction qui y est faite entre la sphère de l'autorité et celle du pouvoir.
L'autorité est « théocratique », luciférienne, gnostique. Elle pratique la magie et le commerce avec les « esprits ». Elle modèle à son exemple, en les mettant à son service, les niveaux inférieurs, ceux du pouvoir. Elle est étroitement circonscrite et inconnue des sociétés de sa mouvance, mais son existence témoigne de la terrible véracité de la parole de saint Jean : « Le monde entier se trouve en la puissance du malin. » (1 Jn, 19)
De cette autorité émane le pouvoir, qui en constitue en quelque sorte le bras séculier pour l'exécution du plan. Cet instrument est diversifié en fonction des circonstances. Il lui faut gérer et absorber les oppositions accidentelles. Il n'est pas à l'abri des coups ni des obstacles (voir l'exemple de la loge P 2 [6]).
Les deux sphères se compénètrent, et l'on peut parler de présence osmotique [7] des magiciens dans les différents emplacements du pouvoir. Le pouvoir ainsi inspiré s'appuie sur les ressources de la haute finance, elle-même composée d'une foule de sociétés occultes, mi-secrètes ou « discrètes », qui exercent leurs fonctions aux différents niveaux, continentaux, régionaux ou nationaux, qui leur sont assignés.
Ainsi les régimes politiques de fondement laïque ne sont que le prolongement visible d'organes dissimulés, qu'il s'agisse des démocraties parlementaires ou des diverses dictatures de droite ou de gauche qui invoquent la volonté populaire comme source de leur légitimité (y compris les « démocraties populaires »).
C'est un fait plutôt commun que la présence de certains adeptes dans plusieurs sociétés occultes de différents niveaux, jouant dans l'une le rôle de représentation de l'autre, ou de surveillance.
Ce genre de sociétés s'articule en cercles concentriques, le degré d'initiation décroissant à mesure que l'on s'éloigne du centre. On passe ainsi du Lucis Trust, vraisemblablement très proche des sommets de l'autorité, à la haute F.M. juive des B'naï B'rith, aux ordres martinistes et rosicruciens, à la haute maçonnerie britannique Side masonry, tandis que les souverains conseils des 33e degrés rassemblent l'élite des maçonneries nationales au niveau du pouvoir.
Au sommet du pouvoir nous trouvons l'O.N.U. et la haute finance apatride, qui rayonne par des organes très puissants comme la Pilgrim's Society avec ses deux branches britannique et américaine, la Fabian Society, la Round Table, jusqu'aux instituts d'affaires internationales. Parmi ceux-ci se distinguent, dans le monde anglo-américain, le Royal Institute of International Affairs (R.I.I.A.) et le Council on Foreign Relations (C.F.R.), véritables gouvernements de l'ombre, dépositaires de fait du pouvoir d'une nation.
Il existe en outre des cercles politico-financiers intercontinentaux comme le Bilderberg Group (U.S.A.), l'Hakone (Europe-Japon) et la Commission Trilatérale (U.S.A.-Europe-Japon). A côté de ces cercles se rangent des « instituts » comme l'Institut International d'Études Stratégiques de Londres (I.I.S.S.) ; des cercles intellectuels comme l'Aspen Institute, la Pugwash qui, avec l'International Institute for Applied Systems Analysis (I.I.A.S.A.) [8], forme la plus importante réunion de savants du monde entier. On peut y ajouter toute une série de symposiums politiques et économiques périodiques, au cours desquels on échange à voix plus ou moins haute les ordres et directives provenant des sociétés supérieures. Enfin nous rencontrons les basses maçonneries et les zones de « pêche » telles que les divers Rotary, Lion's club, etc.
Pour un développement plus soigné nous renvoyons au livre d'Epiphanius : Massoneria e sette segrete : la faccia occulta della storia, 1991 [9], où les faits mentionnés ci-dessus s'appuient sur de nombreuses références et citations.
Achevons ce tour d'horizon par une remarque :
L'expression « nouvel ordre mondial » fut lancée au début du siècle par Herbert-G. Wells (1886-1946), un haut initié de la secte Golden Dawn, cénacle restreint où l'on pratiquait la magie de cérémonie et qui comptait dans ses rangs beaucoup de chefs du nazisme. Cette expression alors inconnue (on ne parlait que d'internationalisme) ne fut longtemps usitée, ensuite, que dans un cercle réduit d'intellectuels et il y a peu d'années qu'elle s'est vulgarisée.
Il est vrai que la devise Ordre nouveau (et sa référence novus ordo seclorum qui figure sur le billet d'un dollar) a paru dès le début du siècle comme titre du périodique de Gramsci [10], l'inspirateur insoupçonné des tactiques de la Trilatérale. Elle devint ensuite la marque du programme de l'axe Rome-Berlin. Le nazisme, en particulier, proclamait son ambition de fonder un nouvel ordre mondial. Après la guerre ce terme tomba en désuétude, pour reparaître il y a peu, d’abord dans l'organisation de droite « Ordre Nouveau ».
On arrive ainsi à l'année 1991, à la guerre avec l’Irak, qui a vu les premiers succès de l'O.N.U. et du pouvoir mondialiste dans une série d'attaques programmées [11] pour neutraliser le noyau dur de la résistance du tiers-monde : l'Islam [12].
L'Islam est le seul véritable obstacle aujourd'hui au gouvernement mondial. L'Église catholique, en effet, après le concile, ne représente plus une menace pour lui.
Nous assistons alors au concert des mass-media, y compris ceux des pays ex-communistes, découvrant au lendemain de la guerre d'Irak le nouvel ordre mondial et s'en appropriant le nom jusqu’à s'en faire un drapeau. On veut provoquer chez l'homme de la rue, par les mécanismes dès longtemps éprouvés de la propagande, une progressive assimilation de l'idée sous-jacente considérée comme déjà acquise et venant simplement au jour.
Nul ne peut nier l'existence du complot infernal. La république onusienne semble proche de son avènement et s'annonce, parée des Droits de l'homme, comme une société multiraciale artificielle, dépourvue de foi et de mémoire. Le nier, ou simplement le méconnaître, c'est fermer les yeux devant la réalité et se condamner, dans la meilleure des hypothèses, à une vision tronquée des événements qui pourtant nous assaillent jusque dans notre vie quotidienne.
Ceux qui savent ont la grave responsabilité de le dire, selon le commandement du divin Maître : ne pas tenir la lampe sous le boisseau mais s'en servir pour éclairer les esprits et guider les cœurs.
La nouvelle droite
Dans les années 1960-1970 se développa en Amérique un courant dit « conservateur », nouveau par rapport à la ligne libérale. C’est celui qui par la suite devait différencier la présidence Reagan de celle de ses prédécesseurs.
Le personnage clef de ce développement fut Kristol Irving, dont l’itinéraire politique est assez typique de l’évolution culturelle de l’après-guerre : trotszkisme des années d’université, puis position libérale dans le sillage du parti démocrate, enfin conservatisme représenté par le parti républicain.
Le poids intellectuel de ses principaux représentants a donné à ce mouvement néo-conservateur une influence croissante et en a fait un pôle d’attraction pour un grand nombre d’étudiants de cette génération. Un rôle capital y a été joué par les think-tanks (réservoirs de pensée), centres de recherches et d’études que l’on peut aussi bien appeler « banques de cerveaux » ou « fabriques d’idées ». Ce ne sont pas des universités, mais le personnel est recruté parmi les professeurs universitaires et l’ambiance y est celle d’un institut académique de haut niveau. Sans faire partie de l’appareil politique (policy makers) ils entretiennent avec lui et avec les media (opinion makers) des rapports suivis. Ils importent des savants et les exportent dans les sphères du gouvernement.
C’est ainsi que la Brooking Institution, nº 1 de ces think-tanks, a fourni en conseillers économiques et autres les présidents démocrates. Sous le gouvernement Reagan, l’un des deux plus grands think-tanks conservateurs, l’American Enterprise Institute (A.E.I.), a placé quarante de ses membres dans les différents organes du gouvernement. L’autre, l’Heritage Foundation, douze.
Le mécanisme fonctionne aussi en sens inverse, comme « parc de stationnement » pour les politiques qui ont dû céder leur place sans renoncer à y revenir.
C’est ainsi encore que par une remarquable convergence de destinées, le républicain Henry Kissinger (secrétaire d’État de Nixon) et le démocrate Zbigniew Brzezinski (conseiller de Carter) sont entrés tous deux au Center for Strategic and International Studies (C.S.I.S.), un think-tank de « droite ». Tout en les « important », celui-ci « exportait » son président David Abshire comme ambassadeur de Reagan auprès de l’OTAN.
Le fondateur du C.S.I.S fut le conseiller en affaires internationales Richard Vincent Allen, formé chez les jésuites, procommuniste dans sa jeunesse. Il fut remplacé par Brzezinski comme conseiller dans le gouvernement Reagan [13].
David Abshire était président de la multinationale Procter and Gamble et appartenait à des cercles mondialistes comme le C.F.R., l’I.I.S.S. et la commission Trilatérale.
Le C.S.I.S. (de droite) et la Brooking Institution (de gauche) appartiennent l’une et l’autre à la Trilatérale.
Quant aux fondateurs de la nouvelle droite américaine, ils sont issus des rangs de la gauche libérale.
Parmi les plus importants on trouve :
– Bill Daniel, sociologue, israélite, membre du C.F.R. et du conseil d’administration d’une université dont le président, Dilworth J. Richardson, est membre de la Pilgrim’s Society et de la Rockefeller Center Inc. [14].
– Blazer Nathan, sociologue, israélite, membre du C.F.R. [15].
– Lipset Seymour Martin, sociologue, israélite, membre de la Hillel Foundation, filiale du B’nai B’rith [16].
– Kristol Irving, un des fondateurs du néo-conservatisme sioniste [17], rédacteur du Commentary Magazine, organe officiel de l’American Jewish Committee, membre du C.F.R., etc.
– Norman Podhoretz, rédacteur en chef du Commentary Magazine, membre de l’intelligentsia juive de New-York et vedette de la nouvelle droite. Appartenant au C.F.R., il est surtout membre actif du B’nai B’rith. Au B’nai B’rith appartinrent les grands financiers internationaux comme Jacob Schiff, Félix Warburg, Otto Kahn, etc., qui ne cessèrent de soutenir la révolution bolchevique.
Norman Podhoretz appartient aussi à la direction du Committee for the Present Danger (C.P.D.), fondé le 11 novembre 1975, après la victoire électorale de Jimmy Carter, par Eugène V. Rostow, israélite d’origine russe qui ne cachait pas ses idées socialistes avancées [18], directeur de l’American Jewish Committee, membre éminent du C.F.R. et des cercles Bilderberg, et par James R. Schlesinger, israélite converti au luthéranisme [19], ministre de la Défense sous le président G. Ford, membre lui aussi du C.F.R. et de la Rand Corporation (think-tank).
Le C.P.D. illustre bien l’effacement progressif, à mesure que l’on gravit les marches du pouvoir, de la distinction entre droite et gauche, qui disparaît finalement aux niveaux supérieurs dans une coincidentia oppositorum. La droite et la gauche n’y sont qu’un appendice exotérique qui permet de jouer la comédie aux yeux du vulgaire. Comme l’écrivait dans les années 70 l’économiste Charles Levinson : « L’État, le gouvernement sont des abstractions. Il existe seulement un certain nombre d’individus liés à des partis qui reflètent les mêmes forces dominantes quelle que soit leur couleur politique [20]. »
Le C.P.D. est l’un des nombreux exemples de cette façon d’user de groupements divers, créés à mesure des besoins et prêts à rentrer dans l’ombre une fois leur tâche accomplie [21]. Son programme était d’« envisager les moyens d’éliminer le danger d’une Union Soviétique en plein réarmement, au besoin par la programmation d’une guerre limitée, sans victoire [22] ».
Bref, il s’agissait d’une initiative visant à conforter les cercles conservateurs « de droite », affaiblis par des années de détente, dans leur confiance sur le rôle de grande puissance des États-Unis. Née à l’époque de l’administration Carter, elle se proposait de renseigner les Américains sur le danger de négocier avec l’Union Soviétique à propos des armes stratégiques et de rogner sur le budget de la Défense. Aussi, quand le président Reagan s’installa à la Maison Blanche, trente-deux membres du C.P.D. furent-ils nommés à d’importantes charges de politique étrangère et dans le domaine de la défense.
Si nous regardons de plus près quelques personnages importants de ce C.P.D., nous constatons leur appartenance aux centres mondialistes.
