La famille de Lorraine
Trois générations au service de la foi catholique
par Louis Dominici
Si le nom de la Ligue ou des princes lorrains parvient quelquefois aux oreilles de nos contemporains, ce n’est que pour être décrié sous les accusations d’intransigeance et de complicité étrangère [1].
Mais qu’est-ce que la Ligue ? Et qui connaît la famille de Lorraine ?
En réalité, la Ligue, née en 1576, est une réaction populaire face au laxisme du pouvoir royal. Dans toutes les villes se constitua un front de la foi, réaction salutaire qui empêcha la France de tomber entre des mains hérétiques. Devant l’infidélité des chefs légitimes, la Ligue s’est tournée vers les princes de la famille de Lorraine qui se sont montrés dignes d’elle.
Ce choix était parfaitement justifié car, par tradition, cette famille était profondément attachée au catholicisme. Dès le début de la Réforme, elle est apparue comme le bras armé du christianisme contre les attaques de l’hérésie. Et, à chaque génération, on trouve au moins un cardinal et un grand militaire pour mener la lutte à la tête de toute la famille.
Dans les pages qui suivent, nous découvrirons ces princes héritiers d’une tradition familiale vouée à la défense de la foi. Nous les suivrons sur trois générations, depuis la révolte des Rustauds en 1525 jusqu’à la signature de l’édit de Nantes en 1598.
Les fils de René II et la révolte des paysans
Les fils de René II
René II (1451-1508), petit-fils de René 1er d’Anjou et d’Isabelle de Lorraine, acquiert le duché de Lorraine en 1473. Il eut de sa femme Philippe de Gueldre (1467-1547) de nombreux enfants dont six fils survécurent :
– Antoine le Bon (1489-1544), qui hérita du titre ducal de son père ;
– Claude (1496-1550), qui fut le premier duc de Guise ;
– Jean (1498-1550), cardinal de Lorraine, un temps archevêque de Reims, qui fut toujours au conseil du roi François 1er et l’un de ses grands favoris ;
– Louis (1500-1528), comte de Vaudémont, qui assista au camp du drap d’or et mourut lors du siège de Naples ;
– François (1506-1525) comte de Lambesc, qui mourut à la tête de lansquenets durant la défaite de Pavie ;
– et enfin, un autre fils, Ferry, qui décéda à Marignan en 1515 [2].
Par une heureuse disposition de la Providence, de manière un peu exceptionnelle, les frères de Lorraine n’étaient pas tous présents à la défaite de François 1er à Pavie, en 1525. Ayant ainsi échappé à la captivité ou à la mort, ils purent répondre à l’appel que leur adressa leur frère Antoine, le duc de Lorraine, pour stopper l’invasion des paysans protestants en 1525.
La campagne contre les paysans allemands révoltés
En effet, dans le courant de l’année 1524, les paysans luthériens allemands s’étaient révoltés.
Presque toute l’Allemagne est en feu par le fait de la faction luthérienne. Un certain nombre de ses adeptes, avides de nouveautés, ont formé une ligue dont les membres sont liés par un serment ; ils ont passé en Alsace, et ont fait savoir publiquement qu’ils entendaient proposer aux hommes de toute condition la doctrine évangélique du Christ, aujourd’hui abolie par les méchantes constitutions humaines, et délivrer le peuple misérable de l’impuissante domination des nobles [3].
Au début du mois de mai 1525, l’un des contingents les plus considérables de cette armée de paysans, dirigé par Érasme Gerber, menace la Lorraine après avoir dévasté l’Alsace. Voici la description que le cardinal Jean de Lorraine fait de cet ennemi dans une lettre au pape Clément VII :
Celui-ci [l’ennemi] s’était arrêté devant Saverne, en Alsace, et mettait à feu et à sang tous les villages environnants. Non contents de menacer de mort les nobles et les prêtres, ils semblaient avoir déclaré la guerre à Dieu lui-même et aux saints, détruisant de fond en comble les églises, mutilant les autels et les statues de la Vierge Marie ; à l’une rompant la tête, à l’autre les jambes, au milieu d’horribles blasphèmes. Ils s’attaquaient (chose que ma plume tremble d’écrire) au Corps même du Christ, conservé, selon la coutume, dans les églises, et mettaient sur lui leurs mains sacrilèges. Ils n’épargnaient pas les reliques des saints, les arrachant de leurs reliquaires d’or ou d’argent, et jetant au vent les ossements sacrés. Si vous ajoutez à cela qu’ils forçaient les religieuses à se marier, les moines à prendre femme, vous aurez un tableau complet de la sauvagerie et de l’impiété de ces misérables [4].
Pour épargner à son duché ces hordes barbares, le duc fait appel à deux de ses frères, Claude de Guise et Louis de Vaudémont. Ils accourent avec leurs armées sans se faire prier. Une fois réunis, les trois frères marchent sur Saverne, à la frontière de l’Alsace et de la Lorraine. Des renforts luthériens (environ 5000 hommes) sont tout d’abord battus à Lupstein par le duc de Guise et le comte de Vaudémont, et le village est brûlé. Le lendemain, 17 mai, environ 20 000 Rustauds sont écrasés à Saverne par les fantassins de l’armée ducale ; trois jours plus tard, le 20 mai, à Scherviller près de Sélestat, 12 000 paysans sont défaits [5]. Le duc Antoine rentre alors à Nancy, acclamé comme un héros. A la suite de cette épopée, Claude de Guise est surnommé par les protestants le « grand boucher [6] », comme Marie Tudor sera nommée « Marie la Sanglante » par les anglicans.
Cette victoire va consacrer la famille de Lorraine dans le rôle qui sera désormais le sien : la défense de la foi. Un récit épique, la Rusticiade de Laurent Pillard, s’inspirera de cette campagne pour glorifier les ducs comme defensores fidei. Les écrits du secrétaire du duc Antoine, Nicolas Volcyr de Sérouville, ceux de Symphorien Champier [7], et ceux, plus tardifs, de Pierre Biré [8] célèbrent cette vocation des princes de Lorraine sur leur peuple et le peuple de France, cherchant à la légitimer par les ascendances carolingiennes de la famille, mais ce n’est pas nécessaire car la confirmation est venue du Ciel.
Notre-Dame de Bonne-Nouvelle
En effet, dans la collégiale Saint-Georges de Nancy, la piété des ducs de Lorraine avait fait ériger une petite chapelle où la Vierge était honorée de manière quotidienne. A l’entrée de cette chapelle se tenait une statue de Marie. Pendant que le duc Antoine combattait les Rustauds [9], la duchesse Renée, fort pieuse, fidèle à la tradition de sainteté des femmes de la famille, implorait le ciel pour le succès de son époux.
Mais pendant qu’il [le duc Antoine] combattait ainsi dans la plaine, pour la défense de sa foi comme de ses États, la duchesse Renée de Bourbon, son épouse, l’accompagnait par la pensée, le secondait par ses bonnes œuvres. Elle avait mis en Dieu sa confiance ; néanmoins elle n’était pas sans inquiétudes sur les résultats d’une entreprise meurtrière et vraiment gigantesque. Or, une jeune fille, muette de naissance, priant un jour au pied de l’image dont il est ici question, entendit cette statue lui ordonner très distinctement « d’aller porter parole à la duchesse » Renée, de faire et ordonner des prières, et « que le duc obtiendrait la victoire », ce qui advint glorieusement. Cette prédiction fut acceptée d’autant plus volontiers que la personne qui la vint apporter à la duchesse était auparavant muette, publiquement connue pour telle, et se trouvait elle-même l’objet d’une faveur incontestablement miraculeuse. […]
Le bruit de la miraculeuse révélation s’étant répandu, les plus grands personnages de la cour voulurent voir et entendre la fille muette, qui l’avait articulée à la duchesse et qui continuait à jouir de l’usage de la parole ; puis bientôt l’événement confirma la prédiction et les lauriers de la victoire la couronnèrent [10].
Suite à cet événement, la statue miraculeuse fut honorée sous le vocable de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, et elle continua d’accomplir de très nombreux miracles aux siècles suivants [11]. Les pèlerins prirent l’habitude de venir la prier de toute la Lorraine. Cette statue est aujourd’hui vénérée dans la cathédrale de Nancy.
Le culte réformé banni des États de Lorraine
Forts de cette bénédiction de l’au-delà, les princes de Lorraine perpétuent la tradition familiale de défense de la foi par leurs décisions et par leurs actes politiques.
Le 26 décembre 1523, Antoine le Bon proscrit le protestantisme dans tous ses États, proscription que renouvelleront tous ses successeurs [12].
De son côté, Claude de Guise se montre également digne de l’office assigné à la famille, comme le prouve l’événement suivant :
En 1543, se joue un nouvel acte de la défense de la religion catholique par le comte de Guise. La terre de Gorze est remise au comte Guillaume de Fürstenberg par François 1er pour cause de gages non payés des services militaires qu’il a rendus avec ses reîtres. Fürstenberg est Luthérien et facilite le nouveau culte à Gorze. Il permet au réformateur Guillaume Farel de prêcher la Semaine sainte et, s’en retournant à Strasbourg, laisse une petite garnison dans Gorze. C’est le jour de Pâques, 25 mars 1543, que le comte de Guise, avec un détachement de plusieurs compagnies vient empêcher la Cène, célébrée par Farel devant plusieurs centaines de fidèles dont 200 bourgeois de Metz [13].
Claude de Guise soutient fidèlement son frère Antoine, servant à la fois la Lorraine et la France depuis son château de Joinville situé entre Nancy et Paris. C’est à Joinville, où se fixe la famille, que les générations suivantes viendront puiser les traditions de leurs aînés et recueillir la mission dont la famille se sent investie : défendre les intérêts catholiques, non pas à l’échelle d’une région, mais dans la France entière et même bien au-delà, partout où la nécessité l’exige. Et comme la seule autorité universelle est celle de la papauté, chacun des Lorrains se met au service du pape et noue avec lui d’excellentes relations, comme en témoigne cette lettre écrite par Clément VII à Louis de Vaudémont le 9 janvier 1528 :
De notre côté, cher fils, nos dispositions envers vous et vos frères sont ce qu’elles ont toujours été et seront toujours, comme il convient, à cause de votre haute noblesse d’âme et de race, et de votre dévouement envers nous, qui va de pair avec elle [14].
C’est dans cette atmosphère familiale que la génération suivante se prépare à marcher sur les traces de ses pères.
Les « jumeaux » : François de Guise et le cardinal Charles de Lorraine
Deux frères, favoris d’Henri II
François de Guise naît en février 1520 au château de Bar. A la cour de France, il se lie d’amitié avec Henri de Valois (le futur Henri II). Il deviendra un grand militaire et un homme d’État.
Son frère, Charles de Lorraine, naît le 17 février 1524. Dès son jeune âge, on le destine à l’épiscopat. Réputé comme l’un des esprits les plus brillants de son temps, il restera toute sa vie un conseiller indispensable du pouvoir.
A la mort de François 1er, le 31 mars 1547, Henri II (1547-1559) appelle les deux frères à son conseil privé. Il les comble de faveurs, accordant même la préséance au duc de Guise sur les princes du sang [15].
Les deux frères de Lorraine, bien que nés à quatre ans d’intervalle, sont tellement unis de cœur et de pensée qu’on les appelle les « jumeaux ». Ils agissent auprès du roi pour sauvegarder la prépondérance du catholicisme et contrebalancer, en particulier, l’influence du connétable Anne de Montmorency.
Dès 1547, par la faveur du roi, Charles de Lorraine va chercher à Rome son chapeau de cardinal. Il en profite pour demander au pape d’approuver la création d’une université dans son archevêché de Reims, afin d’y combattre le protestantisme qui commence à se répandre [16]. En 1550, il rencontre dans la Ville éternelle saint Ignace de Loyola, dont il soutiendra toujours ardemment la Compagnie [17].
De son côté, le duc François de Guise, qui a hérité des qualités guerrières de son père, acquiert rapidement une renommée extraordinaire de grand capitaine grâce à sa victoire au siège de Metz en juillet 1552. Il s’illustre déjà comme le chef des catholiques et lutte avec zèle contre la religion réformée, ainsi que l’y encourage et le fait également Henri II [18].
Adverti qu’en plusieurs lieux de la ville, y avoit des livres contenans doctrine reprouvee, Monsieur de Guyse les feit, sans scandale d’aucun, tous assembler en un lieu, et y mettre le feu, donnant ordre que les habitans eussent pour l’advenir a suyvre un train de meilleure vie, qu’auparavant qu’ils eussent esté receuz a la protection du Roy [19].
Envoyé faire la guerre à Naples et en Italie de 1555 à 1557, François en revient pour reprendre Calais aux Anglais, le 8 janvier 1558.
Le roi de France, Henri II, meurt peu après. La renommée du duc de Guise ainsi que celle de son frère le cardinal, leur vaut d’être chargés de la régence du royaume aux dépens des princes du sang dont plusieurs sont passés à l’hérésie.
Au pouvoir sous François II (1559-1560), les Guise sont la cible des protestants
Le jeune roi François II confie le gouvernement aux Guise. Ceux-ci, en accord avec le roi, poursuivent la politique antiprotestante d’Henri II, en publiant divers édits.
En mars 1560, les protestants, soutenus par Louis de Bourbon, prince de Condé, veulent soustraire le roi à leur influence. C’est la fameuse conjuration d’Amboise dont la famille des Guise est la cible, mais le complot est déjoué et les traîtres sont châtiés.
La révolte protestante s’intensifie ; l’autorité des Guise est contestée, souvent publiquement :
Dans la capitale plusieurs effigies du cardinal de Lorraine sont malmenées ; l’une d’elle est pendue sur la place Maubert, puis brûlée. Les demeures parisiennes des Guise dont Cluny, ainsi que le palais de Meudon, connaissent des départs de feu criminel [20].
Les insultes et les pamphlets circulent. Ainsi, le libelle de François Hotman contre le cardinal de Lorraine intitulé l’Epistre envoiée au Tigre de la France :
Tigre enragé, Vipère venimeuse, Sépulcre d’abomination, Spectacle de malheur : jusques à quand sera-ce que tu abuseras de la jeunesse de nostre Roy ? Ne mettras tu jamais fin à ton ambition démesurée, à tes impostures, à tes larcins ? Ne vois-tu pas que tout le monde les sçait, les entend, les cognoist [21] ?
De mauvaise santé, le roi de France François II s’éteint le 5 décembre 1560. A sa mort, les deux princes lorrains sont écartés du pouvoir. L’éloignement des Guise favorise l’essor du protestantisme dans le royaume, de la même manière que la mort de leur sœur, Marie de Guise, a marqué le triomphe du protestantisme en Écosse.
La politique écossaise
Marie de Guise (1515-1560) est en effet une fille de Claude de Guise. Après un premier veuvage, elle a épousé à vingt ans le roi Jacques V d’Écosse (1512-1542). Celui-ci décède en 1542, la laissant régente du royaume. Leur fille, Marie Stuart (née en 1542), est élevée en France par la volonté d’Henri II, et elle épouse le dauphin François II le 24 avril 1558.
Marie de Guise gouverne l’Écosse avec l’appui d’Henri II et de ses frères de Lorraine. Cependant, la révolte des barons nommés Lords of the Congregation, gronde. Par le traité de Berwick (27 février 1560), les Lords obtiennent le soutien militaire de l’Angleterre afin de chasser les Français d’Écosse, de la même manière que les protestants voulaient chasser les Guise de France. Dans ce traité, Marie Stuart n’est désignée que sous le nom de Queen of Scots [reine des Écossais] [22].
L’instabilité en France et l’hostilité de la reine Elizabeth 1ère ne permettent pas aux Guise d’envoyer de nombreuses forces pour secourir leur sœur. Marie de Guise décède dans la nuit de 10 au 11 juin 1560 alors que ses armées sont assiégées.
La fin de l’Auld Alliance, l’antique alliance franco-écossaise, est confirmée peu après. Dès le début du mois de juillet 1560, les représentants français signent le traité d’Édimbourg avec la Congrégation des barons et les Anglais. Ce traité demande l’évacuation des forces françaises de l’Écosse et l’abandon de toute prétention au trône d’Angleterre par la France ; un conseil de gouvernement doit être désigné par élection et par choix de Marie Stuart. Le roi François II refuse de ratifier cet accord. L’Écosse bascule dans le protestantisme.
Les Guise éloignés du pouvoir perdront-ils leur raison de vivre ?
La naissance du parti catholique sous le roi Charles IX (1560-1574)
A l’avènement du roi Charles IX en 1560, la reine mère Catherine de Médicis devient régente. Elle préconise, avec le Chancelier Michel de l’Hospital, une politique de concession.
Le cardinal de Lorraine est retourné dans ses États. A la cour, l’influence des princes de sang protestants grandit. Cependant, Catherine de Médicis refuse de rompre totalement avec les Lorrains. De son côté, le duc de Guise finit par ne plus supporter le climat ambigu de la cour, infestée d’esprit protestant, et il n’hésite pas à bouder les prêches qui y sont donnés pour le carême de 1561.
Durant la Semaine sainte, les Guise veulent être plus près de Dieu que du roi. Le cardinal de Lorraine est décidé à célébrer Pâques dans sa cathédrale, entouré de ses frères cadets. […] Marie Stuart, après son séjour en Champagne, le rejoint : elle parvient à Reims le 26 mars. A Fontainebleau, le jour de Pâques 6 avril, le connétable invite à sa table François de Guise et Jacques d’Albon de Saint-André. Leur réconciliation est officielle et elle ne trompe personne : l’union des princes catholiques orthodoxes pour préserver l’Église romaine est formée [23].
En effet, le duc de Guise, le connétable Anne de Montmorency et Alban de Saint-André, sacrifiant leurs vieilles rancunes, s’unissent en un front commun de la foi : ce triumvirat constitué, c’est le début du parti catholique.
Le cardinal de Lorraine tente alors de prévenir le roi : au sacre de Charles IX (15 mai 1561), il avertit le jeune monarque que « quiconque lui conseillerait de changer de religion lui arracherait en même temps la couronne de la tête [24]. »
Catherine de Médicis, par peur, se rapproche des catholiques, mais dans le même temps, elle convoque un colloque à Poissy, du 9 septembre au 14 octobre 1561, pour tâcher de concilier la vérité et l’erreur. Le cardinal Charles de Lorraine y défend ardemment le catholicisme ; son discours de réponse aux protestants est d’une grande éloquence [25].
Mais ces discussions doctrinales n’aboutissent pas.
Wassy : 1er mars 1562
Le 1er mars 1562, François de Guise, passant à Wassy, affronte des protestants regroupés pour leur culte dans une grange. Ces protestants s’étaient rassemblés en ville et contrevenaient donc à l’édit du 17 janvier 1562. Mais surtout, le duc de Guise était sur ses terres, puisque la prévôté de Wassy faisait partie du douaire de la veuve Marie Stuart [26]. Il y venait précisément afin de régler certains désordres causés par des protestants.
Voici ce que Brantôme dit au sujet de l’attitude du duc après l’incident de Wassy :
Je l’ay veu cent fois plus misericordieux envers les Huguenotz que le roy de Navarre [27] et M. le connétable, qui ne demandoient que pendre ; et luy ne vouloit que leur conversion, ainsy que je l’ay veu à l’endroict de plusieurs [28].
Prétextant le « massacre de Wassy », les huguenots se soulèvent et dévastent tout le royaume.
Les princes protestants (essentiellement Condé, les Châtillon, Coligny et Andelot, les seigneurs de la Rochefoucauld, de Piennes, de Rohan, de Soubise) s’assurent des villes d’Orléans, de Lyon, de Rouen, de Valence et de Grenoble. Le 11 avril, Condé forme une « association » avec ces princes [29], qui n’est pas sans rappeler celle des Lords of the Congregation écossais, et qui désigne les Guise comme leurs principaux ennemis. Elle se fait l’écho des libelles anti-guisards qui continuent de paraître.
Toute la famille de Lorraine se mobilise. Au mois d’août 1562, les troupes du duc de Guise assiègent Bourges occupée par les protestants et libèrent la ville le 1er septembre. Le 26 octobre, le duc est vainqueur des huguenots à Rouen.
Le cardinal de Lorraine au concile de Trente
Le 26 novembre une courte trêve est décidée. Le cardinal Charles de Lorraine part pour le concile de Trente où il jouera un rôle considérable comme chef de la délégation française.
A titre d’exemple, voici les acclamations qu’il composa selon l’usage et prononça à la dernière session du Concile ; elles méritent d’être rapportées intégralement :
Le cardinal. — A Notre très Saint-Père le pape Pie, pontife de la sainte Église universelle, longues années et éternelle mémoire !
Réponse des Pères. — Seigneur Dieu, conservez de longues années le très Saint-Père à votre Église.
Card. — Aux âmes des bienheureux pontifes Paul III et Jules III, par l’autorité desquels ce saint concile général a été commencé, Notre-Seigneur accorde, dans la lumière des saints, la paix, la gloire, la félicité éternelles !
Rép. — Que leur mémoire soit en bénédiction ! […]
Card. — Sacro-saint concile œcuménique de Trente ! Confessons sa foi ; gardons à jamais ses décrets !
Rép. — Toujours, confessons-la ; toujours, gardons-les !
Card. — C’est là ce que nous croyons tous, c’est là ce que nous sentons tous. Nous y souscrivons, d’un commun accord, d’une commune affection. C’est là la foi du bienheureux Pierre et des apôtres ; c’est là la foi des Pères ; c’est là la foi des orthodoxes.
Rép. — Ainsi nous croyons ; ainsi nous sentons ; ainsi nous souscrivons.
Card. — Adhérents à ces décrets, que nous soyons dignes des miséricordes et des grâces du premier et grand prêtre souverain, Jésus, Christ de Dieu, par l’intercession de Notre-Dame, l’inviolée sainte Mère de Dieu, et de tous les saints.
Rép. — Fiat, fiat ; amen, amen !
Card. — Anathème à tous les hérétiques !
Rép. — Anathème, anathème ! [30].
Les suites de la guerre et la mort de François de Guise
En France, la guerre se poursuit. Le 19 décembre 1562, c’est la victoire de Dreux : le duc de Guise met en fuite les protestants groupés sous les ordres de Coligny. Le maréchal de Saint-André y trouve la mort, mais Louis de Condé est fait prisonnier. La France catholique est en joie.
A Paris, on exaltait le vainqueur comme un héros choisi de Dieu. Le 20 décembre, toutes les églises de la capitale célébraient de solennelles actions de grâces. Un Te Deum fut chanté à Notre-Dame. Le 28 décembre, les Pères du concile réuni à Trente apprirent la victoire. Les participants se rendirent à la cathédrale pour chanter un Te Deum. Douze jours plus tard, une messe solennelle d’action de grâces célébrée par le cardinal de Lorraine, frère du vainqueur de Dreux, assembla tous les Pères du concile. A cette occasion, l’évêque de Metz, François de Beaucaire, prononça l’oraison funèbre des héros tombés au champ de bataille et l’éloge des vainqueurs. François de Guise fut à l’honneur : « Invincible duc de Guise, je vous glorifierai, en votre absence, au milieu des princes les plus illustres de l’Église ; votre nom sera toujours cher à nos cœurs et restera gravé dans notre mémoire » [31].
Après cette victoire, le duc se dirige vers Orléans pour reprendre la ville aux huguenots. Mais, la veille de l’assaut, le 18 février, il est lâchement assassiné par le protestant Poltrot de Méré. Le 24, premier jour de carême, il meurt.
Avant de mourir, il a prié Catherine de Médicis de pardonner à son assassin, exhorté le roi à « vivre en la religion de ses ancestres » et demandé à être enterré à Joinville. Pour ses funérailles, il a voulu que soit apposé l’écu de Jérusalem avec ces mots écrits en dessous : « Je veulx monstrer ce qui est de Dieu comme venu de Dieu [32]. »
Toute la chrétienté pleure le champion de la foi. Des obsèques solennelles sont célébrées dans plusieurs grandes villes du royaume et même à Trente, devant l’assemblée des Pères du concile.
Orléans n’est finalement pas assiégée ; le connétable négocie la paix et un édit de pacification est signé à Amboise, le 19 mars 1563, au grand désespoir des catholiques.
Fin décembre 1563, le cardinal de Lorraine revient du concile de Trente. Mais le roi refuse de faire appliquer les décrets du Concile dans le royaume. Le cardinal rentre alors dans son évêché de Reims, pour y faire appliquer ces décrets. Il soutient aussi son cousin Charles III dans l’œuvre de réforme catholique du duché de Lorraine, l’aidant à créer une université à Pont-à-Mousson en 1572. Il rend son âme à Dieu en 1574, non sans avoir auparavant recommandé au futur Henri III de défendre la religion catholique [33].
Charles de Lorraine fut l’un des plus grands ecclésiastiques de son temps, oublié, voire calomnié, mais ces calomnies ne résistent pas à l’examen sérieux et objectif de sa vie.
Les grands princes lorrains de la troisième génération
Après la mort de François de Guise et celle du connétable Anne de Montmorency, en novembre 1567, le parti catholique n’a plus de chefs. Charles IX et sa mère poursuivent une politique de balancier entre répression violente et tolérance excessive.
La mort de Charles IX, en 1574, apporte une lueur d’espoir aux catholiques de France : Henri III, le vainqueur de Jarnac et de Moncontour [34], monte sur le trône. Mais cet espoir est rapidement déçu, car le roi poursuit la politique de sa mère, Catherine de Médicis. Dès lors, les catholiques, attaqués de toutes parts, s’organisent et, en 1576, forment la sainte Ligue, dont la direction est confiée aux princes attachés à la défense de la foi.
On ne peut retracer ici l’histoire des vingt années de combat de la Ligue. Nous nous contenterons de donner un aperçu des trois grandes figures lorraines qui illustrent cette lutte : Henri de Guise, Charles de Mayenne et le duc de Mercœur. Ces hommes ne sont pas en tout irréprochables, mais, à la suite de leurs pères, ils n’ont pas hésité à faire le sacrifice de leur personne et ont mis leur épée au service de la foi menacée.
L’intérêt d’étudier ces trois personnages vient de ce que chacun d’eux défend les intérêts catholiques à sa manière et selon son caractère – belle leçon pour notre époque, où chacun peut défendre la vérité selon ses capacités et les moyens qui s’offrent à lui.
Henri de Guise (1550-1588), le soldat
Henri de Guise est le fils aîné du duc François de Guise. Il naît en 1549.
Dès sa plus tendre enfance, il a pour son père la plus grande admiration. La mort de celui-ci le consterne et le rend insensible à toute autre chose qu’au désir d’imiter son père et de le venger.
Il fait ses premières armes à dix-sept ans : répondant à l’appel de l’empereur, il part combattre les Turcs en Hongrie en juin 1566 [35]. L’inaction sur place le fait rentrer en janvier 1567 [36].
La nature a doté Henri de grandes qualités :
On remarquoit dans toutes ses actions une douceur mêlée de hardiesse qui inspirait le respect et la crainte à ceux qui le regardoient. Il étoit infatigable au travail, et de complexion si robuste que rien n’altéroit sa santé. Il mangeoit peu, et cependant sa disposition pour les armes estoit jointe avec une force et une agilité si prodigieuses que les fonctions de la guerre les plus pénibles des simples soldats ne l’incommodoient point ; et durant la paix il prenoit plaisir à nager, armé de toutes pièces, contre le courant, d’une rivière rapide [37].
Comme soldat, Henri de Guise s’illustre à plusieurs reprises, en particulier à Jarnac (13 mars 1569), lors de la défense de la ville de Poitiers assiégée par Coligny, et à Moncontour (3 octobre 1569) où il est blessé.
Il accroît sa renommée en battant les protestants à la bataille de Dormans, le 10 octobre 1575. C’est au cours de cet engagement qu’il reçoit au visage la grave blessure qui l’immobilise quelque temps et lui vaut le qualificatif de Balafré, que portait déjà son père. Après la paix de Beaulieu, en 1576, une première Ligue populaire est créée. Chef de l’opposition aux protestants, Henri la soutient.
C’est à cette période que se place la tentative de reconquête des royaumes d’Angleterre et d’Écosse, pour mettre Marie Stuart sur le trône. Henri de Guise y prend part, mais l’opération est un échec.
Henri continue sa carrière de grand capitaine. Présent toujours et partout sur les champs de bataille, il est vainqueur des reîtres [38] à Vimory et à Auneau en 1587.
Officiellement, le roi Henri III soutient les Ligueurs ; mais en réalité, il favorise le parti protestant et Henri de Navarre qu’il a reconnu comme son héritier en 1584. Il permet même à ce dernier de lever vingt mille Suisses à condition qu’il les lui cédera, si nécessaire, contre les Ligueurs. La tension entre le roi et les Guise ne fait que s’accentuer.
Sur ces entrefaites, Henri de Guise, devenu chef de la Ligue, se rend à Paris malgré l’interdiction du roi. L’ovation enthousiaste dont il est l’objet de la part des Parisiens et son intervention efficace dans la journée dite des Barricades (15 mai 1588) [39] révèlent à toute la cour sa puissance et le crédit dont il jouit auprès de la population catholique. Henri III juge prudent de s’éloigner secrètement. Le duc part de son côté vers Chartres où il taille les Allemands en pièces, le 26 octobre 1588.
Afin de remettre de l’ordre dans le royaume, le roi Henri III a décidé de convoquer les États généraux à Blois, pour la fin de l’année 1588. Il profite de l’occasion pour faire lâchement assassiner le duc de Guise ainsi que son frère Louis, le cardinal de Guise, et brûler leurs corps. Il fait également emprisonner le cardinal de Bourbon, oncle de Henri de Navarre, et l’archevêque de Lyon, d’Espinac, ainsi que plusieurs princes catholiques.
Cet assassinat scandalise toute la France catholique et révèle le divorce désormais consommé entre la Ligue et Henri III. Dans le consistoire du 9 janvier 1589, le pape Sixte Quint se fait l’écho de l’indignation générale :
Nous devons vous exposer le sujet d’une affreuse douleur, vraiment affreuse en effet car le crime et le sacrilège est affreux et inouï. On a tué le cardinal-prêtre archevêque de Reims, sans procès, sans jugement, sans loi, sans pouvoir légitime, par des mains laïques, sans prévenir le Saint-Siège dont il était membre, comme si Nous n’étions plus de ce monde, comme si le Saint-Siège n’existait plus et qu’il n’y eût plus de Dieu, ni au ciel, ni sur la terre.
Par la bulle In coena Domini du 26 mai 1589, Sixte Quint impose à Henri III, sous peine d’excommunication, de remettre le cardinal de Bourbon et l’archevêque de Lyon en liberté dans les dix jours, et de comparaître en personne ou par procureur à Rome, dans les soixante jours, afin de demander pardon pour l’assassinat du cardinal de Guise.
Mais l’histoire continue : Henri de Guise assassiné, son frère Charles prend la relève.
Charles de Mayenne (1573-1611), le sage
Charles de Mayenne est né vers 1554. Très lié à son frère Henri, bien que de caractère plus mesuré, il se montre comme lui ardent au combat et participe aux luttes mentionnées plus haut.
Réputé pour sa grande clémence envers ses ennemis, Mayenne a reçu de ses compatriotes le surnom de « Prince de la foi [40] ».
Devenu gouverneur de Bourgogne à la mort de son oncle Claude d’Aumale, il y dirige la Ligue [41], avant d’en devenir le lieutenant général à la mort de son frère. Bien que très respectueux du pouvoir, le comportement de Henri III le révolte, comme on peut le constater dans ces paroles qu’il tint au cardinal Morosini :
Ma résolution de servir ce misérable était si grande, s’il eût été fidèle à ses devoirs, que j’aurais marché contre ma propre famille, si elle avait eu quelques desseins contre lui. […] Maintenant, je ne puis me fier à cet infâme. Il est impossible de faire la paix avec lui, parce qu’il n’observera aucune de ses promesses qu’autant qu’il y trouvera avantage et qu’il ne pourra faire autrement [42].
Henri III mort, Henri de Navarre tente de prendre la couronne de France par la force. Il assiége Paris en 1590, mais c’est sans compter sur la résistance héroïque des parisiens, tous prêts au martyre. Au cours du siège, il meurt près de 45 000 habitants (sur une population de 200 000 âmes).
Charles de Mayenne, paré du titre de lieutenant général de l’État et Couronne de France, tente de résoudre la crise en convoquant les États généraux le 5 janvier 1593 ; l’application du concile de Trente y est décrétée, et l’objectif est d’élire un roi pour la France.
Ces États incitent Henri de Navarre à se convertir au catholicisme, ce qu’il fait en 1593, mais sans obtenir l’absolution papale. Ce n’est qu’en 1595, lorsque le pape accordera son absolution, que Mayenne fera sa soumission, écrivant à Henri IV (28 octobre) :
Je n’ai pas voulu abandonner mon parti avant la déclaration du pape, mais à présent, je regarderai comme une grande félonie de n’être pas le serviteur du Roi et le défenseur de cette couronne dont je suis le vassal [43].
Mayenne donne en cela un grand exemple de prudence. Il avait parfaitement compris qu’on ne peut se mettre sous une autorité qui n’est pas catholique. Une fois les principes saufs par l’absolution papale, il se soumet et sa soumission l’honore.
Toutefois, ce choix n’est pas celui de son cousin, le duc de Mercœur, qui sera le dernier à résister à Henri de Navarre.
Philippe-Emmanuel de Mercœur (1558-1602), le saint
Philippe Emmanuel appartient à la famille des Vaudémont, une branche cadette de la maison de Lorraine. Sa mère, Jeanne de Savoie, décède quand il n’a que dix ans.
Philippe-Emmanuel est éduqué à la cour des Vaudémont, à Nomeny, au nord de Nancy. Son éducation est très soignée, mais surtout très pieuse, ce qui fait de lui un prince vertueux, aspirant à la sainteté.
Le témoignage des contemporains est unanime sur ce caractère imprégné de saintet é qui résista à la corruption ambiante de la cour des Valois. […] Cette vertu était le fruit d’une très sérieuse discipline religieuse et morale, ravivée par de fréquents retours à la résidence familiale de Nomeny, où les Vaudémont tenaient leur petite cour plus sincèrement pieuse que celles des grands Lorrains [44].
Sa sœur Louise épouse Henri III à Reims, le 15 février 1575. C’est pourquoi Philippe-Emmanuel bénéficie des faveurs du roi et de la cour. Lui-même épouse en 1576 Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, ce qui lui permet de prétendre au gouvernement de Bretagne qu’il obtient en 1582 [45].
Dans ses premières campagnes guerrières aux côtés de son cousin Henri de Guise, il fait un peu pâle figure [46]. Et même, durant les guerres de religion, il ne montre pas une très grande valeur militaire, en dépit de ce qu’ont pu dire certains catholiques un peu trop enflammés. En 1585, Mercœur se voit même attribuer le titre de « duc de la recule » par les protestants, car il s’enfuit devant l’armée du prince de Condé. Bien que farouche partisan de la Ligue, il est très fidèle au roi Henri III son beau-frère. Mais il prend ses distances et rompt complètement avec le roi après l’assassinat de ses cousins, en 1588.
Usant de son influence, il parvient à rallier certaines villes de Bretagne à la cause ligueuse, en particulier Nantes qu’il transforme en sa capitale. Il y installe en janvier 1590 un parlement de la Ligue, mais il continue à faire jurer obéissance au roi ; plus tard il fait battre monnaie au nom de Charles X (Charles de Bourbon) [47]. Il s’illustre tout de même en remportant quelques victoires, à Craon et à Vitré.
Sa devise est « Plus fidei quam vitae ». Voici le commentaire qu’en a fait saint François de Sales : « Il eût à la vérité toujours plus de foi que de vie ; car sa foi fut toujours maîtresse de sa vie. Il ne vivait que de foi ; son âme était la vie de son corps, sa foi la vie de son âme. »
Sa foi se concrétise aussi par sa grande dévotion à saint François [48]. Après avoir fait rebâtir le couvent des Minimes de Nantes et projeté de construire un couvent de capucins, il prénomme « François » et « Françoise » les deux jumeaux que son épouse met au monde en 1592. A cela on peut ajouter qu’« au bout de l’île d’Indrette, proche du dit Nantes, il a pareillement fait bâtir un Hermitage, où le plus souvent il se retire pour prier Dieu, lorsqu’on pense qu’il soit à prendre ses plaisirs [49] ».
Mercœur refuse de se soumettre au roi de Navarre (Henri IV) même après l’absolution papale de 1595. Mais quand le soutien espagnol lui fait défaut, il ne peut plus se dérober. Le duc, en quête d’autres dévouements, part alors s’immortaliser dans ses combats contre les Turcs en Hongrie.
Conclusion
Nous avons essayé de donner un bref aperçu de ce qu’a été ce beau combat de la famille de Lorraine au 16e siècle. Bien des choses seraient à ajouter. Il pourrait nous être reproché de n’avoir pas assez mentionné les défauts de tous ces princes ; nous ne les nions pas, mais ces défauts paraissent accidentels comparés à l’essentiel : ils ont défendu la foi.
Dans son panégyrique de saint Louis, le cardinal Pie appelle le duc de Mercœur « le dernier des croisés » ; c’est le meilleur qualificatif que l’on puisse donner à ces vaillants héros. Tous les membres de cette famille font figure de chevaliers, vrais défenseurs de l’ordre chrétien face à la rébellion naturaliste de la Renaissance et du protestantisme.
On peut leur appliquer ce que Léon Gautier disait de la chevalerie. Il savait de quoi il parlait pour l’avoir beaucoup étudiée et s’être profondément imprégné de son esprit :
C’est la Chevalerie qui sauve les Nations et qui en est l’arôme. Et la Chevalerie, c’est le dédain pour toutes les petites aises d’une vie amollie et sans nerf ; c’est le mépris de la souffrance ; c’est la mise en action de l’antique Esto vir ! C’est aussi le mépris des petites habitudes rampantes, des moyens tortueux, des finesses menteuses, des sous-entendus et des nuances. De toutes les choses d’ici-bas, la Chevalerie est celle qui est la plus réfractaire à la nuance. Elle veut que nous affrontions les périls de l’heure présente avec la franchise la plus lumineuse : que nous répétions, si nous croyons au Christ éternel, le cri des premiers martyrs : Je suis chrétien ; et que le front découvert et l’âme transparente, nous sachions non seulement mourir pour la vérité, mais, ce qui est plus difficile, vivre pour elle [50].
[1] — Ainsi, le nº de juillet 2016 des Cahiers Sciences et Vie présentait-il Henri de Lorraine, duc de Guise et chef de la Ligue catholique, comme figure du « fanatisme religieux ».
[2] — Saulnier Verdun-Louis. L’épopée néo-latine dans la vie. La « Rusticiade » de Laurent Pillart, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Lettres d’humanité, n°37, décembre 1978, p. 365.
[3] — Lettre du cardinal Jean de Lorraine au pape Clément VII, in Mgr Fourier Bonnard, Les relations de la famille ducale de Lorraine et du saint siège dans les trois derniers siècles de l’indépendance, Mémoires de la Société d’archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, t. LXX (4e Série, 20e volume) 1932, p. 14.
[4] — Mgr Fourier Bonnard, Ibid., p. 15.
[5] — Saulnier Verdun-Louis, L’épopée néo-latine dans la vie. La « Rusticiade » de Laurent Pillart, Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Lettres d’humanité, n°37, décembre 1978. p. 360-361.
[6] — Éric Durot, François de Lorraine, duc de Guise, entre Dieu et le Roi, Classiques Garnier 2012, p. 94.
[7] — Recueil ou croniques des hystoires des royaulmes d’Austrasie ou France orientale dite a present Lorrayne, de Jerusalem, de Cicile, et le duché de Bar – 1510.
[8] — Alliances généalogiques de la maison de Lorraine – 1593.
[9] — Rustauds : sectaires protestants, principalement paysans, qui attisaient ou fomentaient les révoltes sous prétexte de religion.
[10] — Notre-Dame de Bonne Nouvelle en l’église cathédrale de Nancy, Histoire de son image miraculeuse, Nancy, 1856, p. 20-21.
[11] — Dans ce même ouvrage, est rapporté le récit d’un certain nombre de miracles accordés par Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. On y trouvera aussi une neuvaine à N-D de Bonne-Nouvelle.
[12] — Extrait des principales ordonnances des sérénissimes ducs de Lorraine et de Bar concernant la police extérieure de l’Église dans leurs États, touchant la Foy et Religion catholique contre les hérétiques.
[13] — Éric Durot, François de Lorraine, duc de Guise entre Dieu et le Roi, Classiques Garnier 2012, p. 96. — Gorze est un bourg qui se situe non loin de Metz.
[14] — Mgr Fourier Bonnard, p. 21. On y constate les excellents rapports qu’entretenaient chacun des membres de la maison de Lorraine avec le Saint-Siège.
[15] — Éric Durot, p. 49. Cette faveur cessera au moment du sacre de Charles IX sur ordre de Catherine de Médicis.
[16] — J.J. Guillemain, Le cardinal de Lorraine, son influence politique et religieuse au 16e siècle, Paris, Joubert, 1847, p.24.
[17] — J. J. Guillemain, p. 264.
[18] — Henri II a beaucoup combattu contre les protestants ; dès 1545 il institue la « chambre ardente » qui appartient à la justice séculière et a le pouvoir de condamner à mort ; le 27 juin 1551 l’édit de Châteaubriant durcit la répression envers les calvinistes ; le 24 juillet 1557, l’édit de Compiègne est promulgué en même temps que sont établis les inquisiteurs généraux (cardinaux de Bourbon, de Châtillon et de Lorraine). Selon Guillemain (p. 100) cette mesure avait uniquement pour but de rapprocher le roi de France du pape car le cardinal n’utilisa jamais cette juridiction ; Henri II voulut même faire appliquer en Écosse l’édit d’Écouen du 2 juin 1559.
[19] — Bertrand de Salignac, Le siège de Mets, en l’an M. D. LII. , Paris, Ch. Estienne, 1553, (éd. cit., p. 104 ; de Thou, t. 2, p. 325)
