Un regard français sur le nationalisme québécois
Le journaliste français Jean-Claude Rolinat (National-Hebdo et Présent) et le militant nationaliste québécois Rémi Tremblay (Fédération des Québécois de souche) ont rédigé en commun un ouvrage qui résume l’histoire du Québec dans une optique résolument indépendantiste. C’est un travail de journalistes plutôt que d’historiens. Les chapitres qui portent sur la période qui précède la Révolution tranquille (1960) laissent à désirer, mais ceux qui traitent des événements politiques plus récents sont de meilleure qualité. Ce livre permettra au lecteur français qui connaît peu le Québec d’avoir une rapide vue d’ensemble, et au lecteur québécois de se rappeler plusieurs événements qui ont fait les manchettes, mais que l’on a parfois oubliés trop rapidement.
Les auteurs soutiennent que le Parti Québécois a noyé le projet d’indépendance nationale dans une idéologie mondialiste et multiculturaliste, qui lui enlève finalement sa raison d’être. Pourquoi faire l’indépendance du Québec si l’on a l’intention de l’intégrer aussitôt dans une République fédérale universelle sous l’autorité de l’ONU ? Pourquoi se séparer de la fédération canadienne, bilingue et multiculturelle, pour créer un État québécois souverain, mais bilingue et multiculturel ? Le PQ propose une souveraineté juridique qui n’aurait rien d’une véritable indépendance politique, économique ou culturelle. Ses militants de base restent plus ou moins nationalistes, mais ses dirigeants, qui sont bien intégrés dans les réseaux occultes du Nouvel Ordre mondial, ne semblent plus vraiment croire au projet souverainiste. Ils parlent encore d’indépendance dans les congrès de leur parti, mais ils ne se préoccupent que de « bonne gestion économique » lorsqu’ils accèdent au pouvoir. Dans le contexte de la « mondialisation des marchés », le discours indépendantiste québécois paraît de plus en plus folklorique. Même s’ils ne le disent pas clairement, on sent que les auteurs souhaiteraient que le projet d’indépendance du Québec soit plutôt véhiculé par un parti de droite dans le style du Front National.
Rolinat et Tremblay soulignent à quelques reprises que la religion catholique a été historiquement au cœur de l’identité culturelle canadienne-française. Ils constatent, avec un certain regret, que la Révolution tranquille a chassé l’Église hors de la société civile. Ils admettent que les Québécois n’ont pas réussi à se construire une nouvelle culture nationale post-catholique. Mais quel est leur propre idéal identitaire ? Ils décrivent l’impasse du souverainisme péquiste, mais ils ne semblent pas avoir de projet alternatif à proposer.
L’ouvrage est préfacé par le Québécois d’origine française Richard Le Hir, qui a été président de l’Association des manufacturiers canadiens (1989-1994) et brièvement ministre dans le gouvernement péquiste de Jacques Parizeau (1995-1996). Le Hir a ensuite quitté le PQ et il dirige maintenant le blogue Vigile.québec, qui prône un certain nationalisme identitaire. Dans la préface, il affirme que c’est l’idéologie des droits de l’homme qui a brisé l’identité québécoise, en commençant par la cellule familiale. « A qui profite ce crime, demande-t-il, car c’en est un, sinon à ceux qui ont conçu ce projet de gouvernance mondiale ? » (p. 14.)
Richard Le Hir nous invite à étudier l’histoire de l’Église catholique au Québec. Il est sur la bonne piste. Toutefois, il semble vouloir immédiatement rassurer les bien-pensants de la rectitude politique en écrivant : « Le Québec doit se réapproprier son histoire et se réconcilier avec son passé religieux […] [Mais] il ne s’agit absolument pas de suggérer qu’il doit redevenir religieux […] [car] la sensibilité de l’époque n’est pas du tout en phase avec un renouveau religieux. » (p. 15.) L’auteur de la préface recommande finalement à l’État québécois de consacrer plus d’argent à la préservation du patrimoine architectural religieux, qui est d’un grand intérêt touristique. C’est la montagne qui accouche d’une souris.
J’aimerais poser une question aux trois écrivains : si l’identité québécoise ne peut plus être cimentée ni par la foi catholique ni par l’idéologie des droits de l’homme, sur quoi d’autre pourrait-on la fonder?
En réalité, le Québec sera catholique ou il ne sera pas. La renaissance de la nation canadienne-française ne se fera que dans le sillage de la renaissance miraculeuse de la sainte Église. Nous ne pouvons peut-être pas réaliser cet idéal dans l’immédiat, mais nous pouvons préparer le terrain, ne serait-ce que dans nos propres âmes. « Un Canadien français qui n’est pas catholique, disait l’historien Thomas Chapais, c’est quelque chose de monstrueux. » Commençons par redevenir nous-mêmes d’authentiques Canadiens français, et le reste de la société québécoise suivra, comme l’intendance.
J.-C. Dupuis
Jean-Claude Rolinat et Rémi Tremblay, Le Canada français, de Jacques Cartier au génocide tranquille, préface de l’ancien ministre Richard Le Hir, Paris, Dualpha, 2016, 252 p., 25 €.

