Lucie – Jacinthe – François
2017 : c’était l’année de mettre à l’honneur Notre-Dame de Fatima, non seulement pour les adultes friands de grands anniversaires, mais aussi pour les enfants qui ont soif de connaître les messages pressants de leur Mère. C’est ce que les éditions « Enfants de Fatima » ont réussi avec talent, chose qui semblait une gageure tant le sujet de haute importance avait été rebattu. Nous voici en présence de trois jolis grands livres illustrés, accompagnés chacun d’un CD attrayant, le tout confectionné avec goût et qualité. Chaque livre compte une centaine de pages et des illustrations joyeuses, fraîches et variées. Tout y est simple : l’histoire de chacun des trois enfants et le message de la Vierge sont parcourus sans grande originalité ; et pourtant l’on ne s’ennuie pas une seconde ; les petits lecteurs de 6 à 8 ans pourront s’y nourrir des faits historiques les plus exacts et y découvrir certaines anecdotes instructives peut-être souvent oubliées.
Trois saintetés bien campées
Il n’était pas courant de trouver la vie de chacun des trois voyants présentés dans un relief bien personnel.
a) François « le petit consolateur de Jésus », apparaît comme le type du « campagnard joyeux et franc » (p. 11). On retient de lui son caractère mélancolique et artiste, sa propension à la méditation solitaire, sa fragilité aussi puisqu’il restera toujours le plus petit, celui qui n’entend pas les paroles de Marie, celui qui meurt à 11 ans de la grippe espagnole. Mais surtout, l’on admire sa correspondance à la grâce qui fera de lui un saint, sa détermination aimante à obéir à la Dame et la mesure inouïe de ses sacrifices réparateurs.
b) Jacinthe, « le petit agneau de Dieu », se distingue par une grâce apostolique bien propre. Au cours d’un jeu, une seule prière offerte dans la cour d’une maison lui a obtenu la conversion d’une vieille dame acariâtre et dépravée (p. 64). Cela, parce qu’elle se laisse profondément pénétrer par les souffrances des Cœurs de Jésus et de Marie : toute petite, elle pleurait à chaque récit de la Passion (p. 14) ; puis c’est elle qui est le plus marquée par la vision de l’enfer, enfin le martyre de sa dernière maladie fera rayonner sa charité réparatrice : « Tout comme son Jésus, elle devient une victime d’amour pour la conversion des pécheurs, un véritable petit agneau offert à Dieu sur la croix de sa maladie » (p. 78-79). De tempérament ardent et spontané, elle est celle dont les défauts apparaissent les plus saillants, mais aussi celle qui pose les actes les plus nets et les plus généreux : elle saura se mettre à genoux devant Lucie avec humilité après avoir dilapidé imprudemment le secret de la Vierge auprès de sa famille. Elle sait également charmer son petit monde lorsque, du haut de ses sept ans (p. 59), elle offre une danse à un voisin de prison, ou lorsqu’elle s’autorise à lancer ce compliment à un saint missionnaire : « Oh ! vous êtes un aimable petit vieux, vous ! » (p. 50). C’est Jacinthe enfin qui reçoit des visions prophétiques sur les souffrances du Saint-Père. Elle passe les derniers mois de sa vie dans une tendre intimité avec Jésus, nous laissant des phrases propres à réveiller la charité des plus endurcis. Le 20 février 1919, « Notre-Dame vient chercher son petit agneau » (p. 104).
c) Auprès des enfants Marto, la cousine Lucie, « la messagère du Cœur Immaculé », apparaît comme une petite maman. Elle leur sert de maîtresse de catéchisme et leur apporte les repères de l’exemple, de la joie, de la bonté. Ils ne peuvent plus se séparer d’elle. Sa vie est marquée d’emblée par la gravité du message qu’elle devra porter (« La sainte Vierge n’a jamais souri ; elle est toujours grave », p. 83) ; la croix des persécutions – surtout celle de sa mère, sceptique sur les apparitions – est son pain quotidien.
Plus que ses cousins encore, Lucie baigne dans le surnaturel ; ses premiers mots sont « Je vous salue Marie » ; elle reçoit un sourire de la statue de la Vierge au jour de sa première consécration, une confidence divine après sa première communion et surtout, les secrets de la Reine du Ciel. C’est elle aussi qui semble la plus malmenée par l’épreuve intérieure, puisqu’elle subit le rejet de tout son entourage ; elle finit même par douter des apparitions, signe de ce que Dieu l’a aimée jusqu’à l’unir à son agonie.
La biographie s’achève sur l’émouvant récit de son départ au couvent, rude mort au monde dont elle ne se console que par cet acte de foi devant Notre-Dame : « Depuis le Ciel, votre regard maternel suit mes pas » (p. 105).
Trois hagiographies très éducatives
a) Ces vies extraordinaires sont racontées sans laisser oublier qu’il s’agit d’enfants comme les autres : de nombreux passages ramènent les petits lecteurs aux jeux, danses et batifolages de bon ton des enfants. Sont également rapportés leurs caprices ou leurs ponctuels retards à suivre la grâce.
b) Mais c’est justement leur croissante fidélité à la grâce qui édifie et qui entraîne. Non seulement ils pratiquent habituellement les vertus de joie, de simplicité, de franchise, de générosité, d’ardeur au travail, mais encore ils se dépouillent de plus en plus au creuset des sacrifices croissants. Les lecteurs ne peuvent qu’être entraînés au désir des sacrifices réparateurs lorsqu’ils découvrent l’inventivité des trois voyants pour se mortifier universellement et comme naturellement. Point important : l’auteur a su décrire tous ces sacrifices dans leur juste lien avec la charité. C’est ainsi que jaillissent de très belles pensées surnaturelles, soigneusement mises en valeur dans les livres, faciles à retenir par les lecteurs qui pourront s’en nourrir : « Notre-Dame nous aide toujours ! Elle est tellement notre amie ! » (p. 55 in Lucie, la messagère du Cœur Immaculé) ; « Dis à Jésus-caché que je l’aime beaucoup et que je Lui envoie toutes mes pensées » (p. 81 in Jacinthe, le petit agneau de Dieu).
c) Ces vies exceptionnellement crucifiées ne peuvent s’expliquer sans l’intervention directe de Notre-Dame du Rosaire, qui a explicitement demandé aux petits voyants de nombreux sacrifices et, par eux, à tous les hommes ; mais ces enfants ont également des parents chrétiens au-dessus de la norme. L’on admire le geste d’aumône du père dos Santos, son recueillement et son sens du devoir. Maria-Rosa éduque l’âme de ses enfants avec douceur et régularité. La clé de ce climat chrétien est donnée (p. 12 in Lucie la messagère du Cœur Immaculé) : « Dans cette maison il règne beaucoup de paix et de joie ». Ainsi, les trois cousins sauront se témoigner affection et délicatesse. Sur ce point aussi, les lecteurs apprennent la beauté de la vie chrétienne, sa dignité.
Ces livres sont enfin éducatifs et formateurs sur les plans intellectuel et culturel. La langue utilisée est très correcte, ce qui n’est malheureusement pas courant dans les livres pour enfants en langage accessible. La seule petite incorrection relevée serait le « c’est de ta faute » attribué à Lucie (p. 59 in Lucie, la messagère du Cœur Immaculé et p. 30 in Jacinthe, le petit agneau de Dieu)… mais on le pardonne aisément à une petite fille !
Les illustrations respectives de Cécile Guinement et Bérengère Flament, à la fois dignes et attrayantes, accrochent les enfants, aident à mémoriser les anecdotes et les événements.
Enfin, on admire la précision du récit : sans qu’on ait le moins du monde l’impression de suivre un cours d’histoire, on constate que tous les détails de dates, noms et lieux sont donnés : de quoi combler les petites intelligences les plus perspicaces.
Le plus agréable reste à découvrir : ce sont les supports audio qui accompagnent les livres, en voix alternées vivantes, agrémentés de courts extraits musicaux ou de quelques bruitages appropriés pour incarner le récit. L’on pourra regretter la voix trop jeune et un peu mièvre choisie pour la sainte Vierge, mais on retiendra le résultat de qualité qu’ont fourni les réalisateurs petits et grands, pour la joie du cœur de Notre-Dame.
Dominica
Père ANGE-MARIE, Lucie, la messagère du Cœur Immaculé – Jacinthe, le petit agneau de Dieu – François, le petit consolateur de Jésus – Toulouse, Éditions Enfants de Fatima, 2016 ; chaque volume : 112 p., 14,90 € ; chaque CD : 12, 90 €.

