Le péché originel chez les enfants d’Adam
L’Église conciliaire face à l’Église catholique (VI)
par le frère Pierre-Marie O.P.
Le cardinal Ottaviani (1890-1979), responsable de la foi catholique en tant que secrétaire de la congrégation du Saint-Office [1], avait rédigé pour le concile Vatican II le schéma préparatoire d’une « constitution dogmatique sur le dépôt de la foi à conserver dans sa pureté [2] ». Ce schéma résume, avec une certaine autorité, les enseignements du magistère anté-conciliaire. On sait qu’il a été écarté dès la première session du Concile.
Nous en avons déjà publié les sept premiers chapitres [3]. Nous traduisons et commentons ici le chapitre 8 sur le péché originel et le monogénisme, qui rétablit la vraie doctrine face au naturalisme et à l’évolutionnisme partout répandus de nos jours.
Le Sel de la terre.
CE CHAPITRE 8, « du péché originel chez les fils d’Adam », regroupe deux chapitres du schéma préparé par la commission de théologie présidée par le cardinal Ottaviani, un chapitre sur le péché originel et un chapitre « de l’unité ou de l’origine commune du genre humain ».
Pour leur élaboration, on a tenu compte des propositions (« vota ») exprimées par les évêques et les supérieurs des ordres religieux, concernant la nature, l’universalité, la transmission et les conséquences du péché originel [4].
Ils furent élaborés deux fois par une sous-commission de la commission de théologie, en tenant compte des souhaits exprimés par le père Labourdette O.P., professeur au studium de Toulouse et consulteur de la commission de théologie, et des pères Alszeghy et Flick, professeurs à la Grégorienne.
Ils furent présentés à la commission centrale préparatoire le 22 janvier 1962 [5].
Le 10 février suivant, le cardinal Confalonieri, président de la sous-commission des amendements, envoya au cardinal Ottaviani un résumé des observations faites par les Pères de la commission centrale préparatoire [6].
Le 13 avril suivant, le père Sébastien Tromp S.J., secrétaire de la commission de théologie, répondit au cardinal Confalonieri en proposant des corrections tenant compte des observations [7].
Le 27 avril, le cardinal Confalonieri écrivait aux membres de la sous-commission des amendements, les invitant à se réunir le 7 mai, en leur adressant une « positio » sur les corrections à faire [8].
A cette réunion du 7 mai, tous les membres de la sous-commission (les cardinaux Confalonieri, Micara, Copello, Léger, Siri) furent présents. Ils firent quelques remarques que nous signalerons en leur lieu [9].
Introduction
La raison de ce chapitre 8 est clairement indiquée dans l’introduction, comme le disait le cardinal Ottaviani dans sa relation devant la commission centrale :
Il paraît opportun de traiter aussi du péché originel dans le Concile à cause de la diffusion de certaines opinions incompatibles avec la doctrine catholique sur la nature, l’origine et les effets du péché originel. Pie XII a déjà voulu s’opposer face à ce grave danger menaçant la pureté de la foi dans l’encyclique Humani generis [10], dans laquelle il a réprouvé les affirmations de ceux qui « au mépris des définitions du Concile de Trente, ont perverti la notion du péché originel ». Cependant, ce remarquable document [Humani generis] n’a pas été reçu par tous les catholiques avec le respect qui lui était dû. Aussi il n’est pas étonnant que les fausses opinions sur ce sujet soient toujours présentes [11].
42. Comme à notre époque également se répandent des opinions sur le péché originel et sa transmission dans tous les hommes qui corrompent la vraie notion de la foi et blessent les fondements mêmes de la vie chrétienne par des profanes nouveautés de paroles (voir 1 Tm 6, 20), le saint concile Vatican II juge nécessaire de confirmer à nouveau et de déclarer avec plus de précision la doctrine définie par les conciles précédents concernant ce péché originel. | 42. [Introductio.] Cum nostro etiam tempore de peccato originali eiusque transfusione in omnes homines opiniones circumferantur, quæ genuinam fidei notionem corrumpunt et ipsa fundamenta vitæ christianæ lædunt profanis vocum novitatibus (cf. 1 Tm 6, 20), sacrosancta Vaticana Synodus secunda necessarium esse ducit doctrinam a superioribus Conciliis definitam quoad idem originale peccatum iterum confirmare et pressius declarare. |
Le dogme du péché originel est recouvert par le voile du mystère
Dans ce paragraphe, il est affirmé de façon opportune que le péché originel, en ce qui concerne sa notion précise et son mode de transmission, revêt la nature de mystère, tout en laissant pendante la question de savoir si l’on peut démontrer son existence à partir des maux de la vie présente [12].
43. Tout d’abord, pour déraciner de multiples opinions aberrantes, [le Concile] avertit fermement les chrétiens de se rappeler que le péché originel est un dogme de foi que la seule raison humaine ne peut pas explorer. Bien que la vie même de l’homme, remplie de misères et de tentations, offre un certain témoignage à l’existence d’un péché infectant la race humaine dès le début, la nature intime de ce péché, que la révélation nous donne à croire, est recouverte par le voile du mystère ; et ce mystère est en quelque sorte illustré par la solidarité – comme on dit – de la race humaine avec Jésus-Christ Rédempteur (voir Rm 5, 17-21). Par conséquent, ceux qui sont troublés par la difficulté de la question doivent se laisser guider par le gouvernail de l’autorité, qui est la règle de la foi ; parce que même si la nature du péché originel n’est pas facile à examiner par la raison ou à expliquer par la parole, « il est vrai cependant que depuis les temps anciens [ce péché originel] a été enseigné et cru par la vraie foi catholique dans toute l’Église ». | 43. [Dogma de peccato originali mysterii velamine obtectum est]. Primum quidem enixe monet Christi fideles, ut meminerint, ad multarum aberrantium opinionum resecandam radicem, peccatum originale esse dogma fidei, cui perscrutando humana ratio non sufficit. Licet enim de exsistentia peccati, quo ab origine genus humanum infectum est, etiam ipsa vita hominum, ærumnis et tentationibus plena, testimonium quoddam præbeat, eiusdem tamen peccati intima natura, prout a revelatione credenda proponitur, mysterii velamine obtecta est ; quod autem mysterium solidarietate, ut aiunt, generis humani cum Iesu Christo Redemptore aliquo modo illustratur (cf. Rm 5, 17-21). Igitur, etiam qui experiuntur difficultatem quæstionis, regantur oportet gubernaculo auctoritatis, quod est regula fidei ; etsi enim natura peccati originalis non facili ratione pervideatur, nec expedite sermone explicetur, « verum tamen est quod antiquitus veraci fide catholica prædicatur et creditur per Ecclesiam totam [13] ». |
A la place de l’expression « le gouvernail de l’autorité, qui est la règle de la foi », plusieurs cardinaux avaient demandé qu’on mette « le gouvernail de la suprême autorité de l’Église, qui est la règle prochaine de la foi ». Mais la commission de théologie répondit qu’on ne parlait pas ici de la règle prochaine de la foi, mais simplement de la règle de la foi, qui comprend aussi bien l’autorité de l’Église que celles de la Sainte Écriture et de la Tradition [14].
Sur ce paragraphe 43, le schéma comprenait une explication :
« Le péché originel a la nature du mystère. » Si l’on considère tous les éléments que la Révélation présente sur le péché originel – à savoir qu’il est un vrai péché et non seulement une pénalité pour le péché, qu’il est volontaire par la volonté de notre premier parent, qu’il est transmis par génération même par des parents en qui il a été déjà remis, qu’il consiste dans la privation de la justice originelle – il semble impossible de nier que le péché originel soit par nature un mystère.
Affirmant que le péché originel est un mystère, cependant, il faut éviter de régler la question disputée au sujet de la possibilité de prouver l’existence du péché originel seulement à partir des maux de cette vie. Nous savons que saint Augustin a utilisé cet argument (voir, par exemple, Contra Iulianum, IV, 16, 82). Saint Thomas écrit qu’« il est assez probable qu’on puisse prouver que des défauts de ce genre [la mort et la concupiscence] sont des peines ; et qu’on puisse ainsi tirer la conclusion que le genre humain a été infecté à l’origine par un péché » (Contra Gentes, IV, 52). Saint Bonaventure est d’avis que « pour les docteurs catholiques, il apparaît certain non seulement par la foi, mais aussi par l’évidence des raisons » que la nature humaine a été déchue jusqu’à son état actuel en raison d’une transgression initiale (II Sent., D . 30, a. 1, q. 1).
Il était donc nécessaire de faire la distinction entre l’existence du péché originel, dont rend témoignage, au moins d’une manière probable, la vie de l’homme avec ses difficultés et ses épreuves, que personne ne nie, et le concept précis et exact du péché originel, qui est voilé de mystère.
Également, il a paru bon de citer les mots écrits par saint Augustin contre le rationalisme de Julien d’Éclane [15] à l’occasion de la dispute sur le péché originel.
Le péché originel, qui infecte l’homme dès sa naissance,a la vraie nature de péché
Ce paragraphe affirme de nouveau la doctrine contenue dans la Sainte Écriture et définie dans les conciles d’Orange et de Trente, à savoir que le péché originel a la vraie nature de péché, et n’est pas seulement une peine. Cette vérité doit être rappelée aujourd’hui du fait qu’il ne manque pas de personnes pour la combattre, comme le montrent les diverses opinions rapportées dans ce paragraphe [16].
44. Comme le montre l’usage de baptiser les nourrissons, l’Église a toujours cru et prêché que le péché qui s’est transmis par propagation ou génération depuis un seul homme à tout le genre humain, n’est pas, comme le prétendent certains modernes, un défaut qui découle des limites de la nature humaine, ou la privation de l’unité avec la société des personnes qui servent Dieu, ou la variété elle-même et la division dont toute la race humaine souffre depuis le début, ou encore seulement une tendance au mal que tout le monde éprouve dès la naissance ; mais il est, bien que différemment du péché personnel, vraiment et proprement un péché, qui rend les hommes coupables et les entraîne à la perte de la vie éternelle, à moins que ce qui a été contracté par la génération ne soit effacé par une régénération. D’après ce que la foi nous enseigne, nous savons que les hommes naissent privés de la vie de Dieu, injustes, morts quant à l’âme, par nature enfants de colère (voir Ep 2, 3) et, s’ils ne sont pas réconciliés avec Dieu par les mérites du Christ et nés de nouveau dans le Christ, ils ne peuvent atteindre la vie éternelle à laquelle ils sont destinés : « Par la faute d’un seul, dit en effet l’Apôtre, la condamnation atteint tous les hommes » (Rm 5, 18). | 44. [Peccatum originale, quo homines infecti nascuntur, veram habet peccati rationem]. Porro semper credit et prædicat Ecclesia universa, quemadmodum et consuetudo baptizandi etiam infantes ostendit, peccatum, quod ab uno homine in omne genus humanum propagatione seu generatione transfunditur, non esse ut quorundam ferunt placita modernorum, defectum ex limitatione humanæ naturæ manantem, vel privationem unionis cum societate hominum Deo servientium, vel ipsam varietatem divisionemque qua universum genus humanum inde ab initio laborat, vel solum propensionem in malum, quam omnes a nativitate experiuntur, sed esse, licet diversa ratione ac peccatum personale, vere et proprie peccatum, quod homines reos tenet eosque, nisi per regenerationem deleatur quod generatione contractum est, in perditionem vitæ æternæ trahit. Novimus enim, docente fide, homines nasci expertes vita Dei, iniustos, mortuos quantum ad animam, natura filios iræ (cf. Ep 2, 3), eosdemque, nisi per meritum Christi Deo reconcilientur et in Christo renascantur, vitam æternam, ad quam destinati sunt, consequi non posse : « Per unius delictum, ait enim Apostolus, in omnes homines in condemnationem » (Rm 5, 18). |
Le cardinal Alfrink voulait qu’on enlève la référence à Ep 2, 3 comme ne se rapportant pas au péché originel. Mais la commission de théologie répondit que non seulement le concile de Trente avait utilisé cette référence (voir DS 1521), mais toute la Tradition a entendu ces mots « par nature enfants de colère » comme se rapportant au péché originel [17].
Sur ce paragraphe 44, le schéma comprenait une explication : « Le péché originel a vraiment la nature de péché. »
Que péché originel ait la vraie nature du péché, cela a été défini par le 2e concile d’Orange (c. 2, DS 372) et le concile de Trente (voir. sess. V, le décret sur le péché originel, c. 2, DS 1512). Le concile de Trente a exprimé ce concept de péché de bien des manières : il parle de la faute [reatus] du péché originel remise dans le baptême (DS 1515), du péché originel qui est la mort de l’âme (DS 1512), qui rend les hommes injustes dès leur conception (DS 1521), impies (DS 1524), ennemis de Dieu (DS 1528), enfants de colère (DS 1521), ayant besoin de se réconcilier avec Dieu par le Christ Seigneur (DS 1513). En outre, le concile de Lyon (DS 858) et le concile de Florence (DS 1306) ont défini que les âmes de ceux qui meurent dans l’état de péché mortel actuel, ou avec le seul péché originel, descendent immédiatement en enfer, pour être punis par des sanctions inégales.
Il convient de souligner toutes ces choses à cause de ceux qui cherchent à nier ou affaiblir la faute [reatus] du péché originel, estimant que le péché originel n’est rien d’autre qu’un défaut de la nature humaine qui découle de sa finitude (mal radical), ou l’absence d’une communauté religieuse à laquelle l’homme doit appartenir par une disposition de Dieu, ou une tendance forte qui attire l’homme vers le mal, ou (ce point de vue est obscur) une multiplicité de choses qui existaient avant d’être ramenées à l’unité par l’évolution .
Pour quelle raison le péché originel a la nature de péché
La commission de théologie avait préparé ce paragraphe pour expliquer que le péché originel, qui infecte chaque personne, n’est pas volontaire par la volonté propre de la personne, mais par la volonté de notre premier père, Adam. Cette vérité traditionnelle devait être rappelée à cause de certains qui, omettant la doctrine de foi sur la transmission du péché originel par la génération, cherchent d’autres explications soit parce qu’ils confondent le péché originel avec une solidarité avec les péchés actuels des autres hommes, soit parce qu’ils professent le polygénisme et qu’ils doivent donc chercher d’autres modes de transmission de la faute d’Adam que la génération charnelle [18].
Toutefois 28 membres de la commission centrale avaient demandé qu’on n’aborde pas la question du caractère volontaire du péché originel (le péché originel n’est pas volontaire par la volonté propre de la personne, mais par la volonté d’Adam) du fait que c’est une notion difficile pour les fidèles.
La commission de théologie répondit que si l’on voulait suivre la voie facile, il faudrait faire silence sur tous les mystères. Mais à cause de l’insistance d’un si grand nombre de cardinaux (« tot purpurarum », tant d’hommes en pourpre), elle accepta de se plier « non libenter sed potius invito animo » (non de bon gré, mais plutôt sous la contrainte) et de modifier le texte afin de ne pas parler dans le texte du caractère « volontaire » de ce péché. Cela ne changea pas le fond du texte, même si l’omission de ce mot rendit l’explication moins précise [19].
45. L’Église croit et professe aussi que le péché originel, qui est en chacun comme son propre péché, ne tire pas sa nature pécheresse du fait que par naissance l’homme est membre de la société corrompue des hommes, mais par le fait que l’homme est engendré dans une nature infectée par le péché d’Adam, lequel a été le principe, la tête et la source de toute la nature humaine [20]. « Dans le premier Adam nous avons offensé [Dieu] », dit saint Irénée, témoin de la vénérable Tradition, « pour ne pas avoir obéi à son commandement [21]. » Et de même saint Ambroise, docteur de l’Église, dit : « Nous avons tous péché dans le premier homme, et par la succession de la nature, la succession de la faute a été aussi transmise d’un à tous [22]. » | 45. [Quanam causa peccatum originale habeat rationem peccati]. Credit præterea ac profitetur Ecclesia originale peccatum, quod inest unicuique proprium, non ex eo habere peccati rationem, quod homo nascendo fit membrum societatis hominum corruptæ, sed ex eo quod homo generatur in natura peccato Adam infecta, quippe qui fuit principium, caput et fons totius humanæ naturæ. « In primo quidem Adam (Deum) offendimus, inquit venerandæ traditionis testis Irenaeus, non facientes eius præceptum », et similiter Ecclesiæ Doctor Ambrosius : « Omnes, inquit, in primo homine peccavimus, et per naturæ successionem culpæ quoque ab uno in omnes transfusa successio est ». |
L’explication jointe à ce paragraphe avait gardé le titre primitif, avec le mot « volontaire » : « Le péché originel est volontaire de par la volonté de notre premier parent. »
Il faut insister sur ce point à cause de ceux qui disent que les hommes contractent le péché originel à la naissance parce qu’ils sont placés dans une société de personnes qui ne servent pas Dieu mais le péché, et à cause de ceux qui ont tenté de défendre le polygénisme ou tout au moins de démontrer que le polygénisme n’est pas exclu avec certitude par la foi catholique.
Par le péché originel le genre humain a été changé en un état pire
Dans ce paragraphe, on confirme la doctrine des conciles d’Orange II et de Trente sur les suites du péché originel, par lequel l’homme a été changé en un état pire, en faisant la distinction opportune entre la perte de la grâce sanctifiante d’une part, et la nécessité de mourir et les blessures d’ignorance et de concupiscence d’autre part. De plus, comme de nos jours, certains relèvent trop la bonté native de l’homme ou négligent les moyens surnaturels dans l’éducation de la jeunesse et professent une confiance exagérée dans les moyens psychologiques, il a paru expédient d’expliquer les paroles du concile de Trente, en insistant sur la nécessité de la grâce tant pour faire des œuvres salutaires que pour éviter longtemps les péchés contre la loi divine [23].
46. L’Église croit et professe que par cette faute de notre premier parent le genre humain tout entier a non seulement perdu l’innocence, avec le résultat que tous les hommes sont nés depuis lors nécessairement privés de la justice due, mais aussi que cette même race humaine a été changée en un état pire dans le corps et l’âme. En raison de la perte de la justice originelle, qu’Adam a perdue pour lui et pour toute sa postérité en transgressant le commandement de Dieu, l’homme est soumis aussi au pouvoir de la mort corporelle et il a reçu les blessures de la concupiscence et de l’ignorance. A cause de ces blessures, le libre arbitre de l’homme, même s’il n’a pas été éteint, a été tellement affaibli et a contracté un tel mauvais penchant que, non seulement l’homme ne peut rien faire pour le salut sans l’aide de la grâce prévenante comme dit le Seigneur : « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5), mais encore il est incapable d’observer toute la loi naturelle et d’éviter longtemps les péchés, à moins qu’il ne soit libéré et aidé par Dieu. Depuis la chute d’Adam, l’homme ne doit pas désespérer, cependant ; car Adam lui-même était la figure de celui qui devait venir (voir Rm 5, 14), à savoir le Christ Seigneur, qui nous a rachetés de la puissance du péché et qui nous a donné une grâce beaucoup plus abondante. Parce qu’« il n’en est pas du don comme du péché : car si, par le péché d’un seul, beaucoup sont morts, à plus forte raison la grâce et le don de Dieu se sont-ils répandus abondamment sur un grand nombre par la grâce d’un seul homme, Jésus-Christ » (Rm 5, 15), c’est-à-dire sur ceux qui renaissent de l’eau et l’Esprit-Saint (voir Jn 3, 5). | 46. [Per peccatum originale genus humanum in deterius commutatum est]. Item credit et profitetur Ecclesia per illam prævaricationem primi parentis universum genus humanum non solum innocentiam amisisse indeque id obvenisse ut omnes homines debitæ iustitiæ expertes deinceps necessario nascantur, verum etiam ipsum genus humanum, quoad corpus et animam, in deterius mutatum esse. Amissa enim originali iustitia, quam sibi et universæ suæ propagini mandatum Dei transgrediendo Adam perdidit, homines imperio mortis etiam corporalis subacti sunt et vulnera susceperunt concupiscentiæ et ignorantiæ ; quibus liberum eorum arbitrium, etsi minime exstinctum fuerit, adeo tamen attenuatum est ac talem ad malum proclivitatem contraxit ut non solum ad opera salutis facienda nihil valeat sine gratiæ prævenientis auxilio, dicente Domino : « Sine me nihil potestis facere » (Jn 15, 5), sed etiam ad totam legem naturalem servandam diuque peccata vitanda, nisi divinitus liberatum adiutumque, impares habeat vires. Minime autem hominibus post prævaricationem Adæ desperandum est ; nam ipse Adam forma fuit futuri (cf. Rm 5, 14), scilicet Christi Domini, qui nos de potestate peccati redemit et gratiam largitus est multo magis abundantem. Nam « non sicut delictum, ita et donum ; si enim unius delicto multi mortui sunt : multo magis gratia Dei et donum in gratia unius hominis Iesu Christi in plures abundavit » (Rm 5, 15) ; in omnes videlicet, qui renascuntur per ipsum ex aqua et Spiritu Sancto (cf. Jn 3, 5). |
Sur ce paragraphe 46, le schéma comprenait une explication : « En raison du péché originel, tout l’homme est changé en un état pire » :
En rédigeant le § 46, d’accord avec la proposition de certains membres de la sous-commission, une distinction a été faite entre la perte de la grâce sanctifiante d’une part, et la nécessité de la mort et les blessures de l’ignorance et de la concupiscence d’autre part.
En ce qui concerne le fait qu’à cause du péché originel, l’homme a été changé en un état pire, voir le concile d’Orange II, c. 1 (DS 371) et le concile de Trente, Sess. V, Décret sur le péché originel (DS 1511).
Sur les blessures du péché originel, voir comment saint Thomas l’affirme clairement dans I-II, q. 85, a. 3.
Sur le fait que le libre arbitre n’est pas éteint, mais atténué et affaibli, voir le concile de Trente, Session VI, Décret sur la justification (DS 1521).
Enfin, ces mêmes paroles du concile de Trente [« tout l’homme est changé en un état pire » DS 1511] sont expliquées par la doctrine sur la nécessité de la grâce tant pour faire des œuvres salutaires que pour éviter longtemps les péchés contre la loi naturelle de Dieu ; ces paroles doivent être soulignées à cause de ceux qui, faisant l’éloge de la doctrine pélagienne sur la puissance du libre arbitre, rejettent la nécessité de la grâce.
Les cardinaux Ruffini et Ottaviani auraient souhaité qu’avec l’ignorance et la concupiscence soient mentionnées les autres blessures de malice et de faiblesse, ainsi que les quatre vertus cardinales opposées.
Mais la commission de théologie n’accéda pas à la demande en donnant ces quatre raisons :
La malice et la faiblesse sont implicitement contenues dans l’ignorance et la concupiscence comme des suites ordinaires.
Il ne convient pas de parler de malice pour les enfants morts sans baptême.
Lorsqu’on parle du Christ, on dit généralement qu’il nous a été semblable en tout, sauf quant au péché, à la concupiscence et à l’ignorance.
L’opposition des quatre vertus cardinales semble artificielle.
La Révélation du péché originel est contenuedans l’Épître aux Romains
Il a paru très opportun de rappeler l’interprétation authentique de la péricope Rm 5, 12 sur le péché originel (« par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes, tous ayant péché en lui »), à cause des interprétations diverses qui ont lieu même parmi les exégètes catholiques, comme si le magistère de l’Église ne s’était pas déjà exprimé clairement [24].
47. En tenant et professant la doctrine du concile de Trente et des conciles précédents [25], le Concile confirme et déclare que la vérité sur le péché originel, qui est passé dans tous les hommes, est enseignée par l’Apôtre dans l’épître aux Romains (5, 12-19), ainsi que l’Église catholique à travers le monde a toujours compris ces mots. | 47. [Peccatum originale revelatum continetur in Epistola ad Romanos]. Tenet insuper ac profitetur sacrosancta Synodus, doctrinam Concilii Tridentini et superiorum Conciliorum confirmans ac declarans, veritatem de peccato originali, quod in omnes homines pertransiit, ab Apostolo doceri in Epistola ad Romanos, cap. 5, 12-19, prout verba illa Ecclesia catholica ubique diffusa semper intellexit. |
Sur ce paragraphe 47, le schéma comprenait une explication : « Le péché originel est révélé dans l’Épître aux Romains. »
Il est bien connu qu’il y a diverses interprétations de Rom 5, 12. Mais, d’un point de vue dogmatique, il semble toutefois que le magistère de l’Église a donné une interprétation faisant autorité des paroles de l’Apôtre, en sorte qu’il n’est pas permis de leur faire dire autre chose. En effet :
a) Le concile de Carthage, qui a été approuvé par le pape Zosime, après avoir parlé du péché originel contracté à la naissance, ajoute : « Il n’y a en effet pas d’autre façon d’interpréter les paroles de l’Apôtre : “Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes, tous ayant péché en lui” [Rm 5, 12], que la manière dont l’Église catholique universelle les a toujours comprises » (DS 223). Ces mêmes paroles [du concile de Carthage] ont été répétées lors du concile de Trente (Décret sur le péché originel, DS 1514) ;
b) Le 2e concile d’Orange déclare que ceux qui nient que le péché originel, mort de l’âme, est passé dans tous les hommes, contredit l’Apôtre : « Par un seul homme, etc. » (DS 372). Le concile de Trente a répété aussi ces paroles : DS 1512.
Il faudrait ajouter qu’au concile de Trente, la troisième erreur dénoncée par le décret sur le péché originel est la suivante : « En troisième lieu, l’erreur des pélagiens, également partagée par Érasme, pour qui dans Rm 5, saint Paul ne mentionne pas du tout le péché originel. »
Le cardinal Liénart, suivi par plusieurs membres de la commission centrale, pensait que ce paragraphe montrait un défaut général de tout le schéma, à savoir qu’on mettait la preuve scripturaire à la fin, comme si la Sainte Écriture était la servante de la théologie : il faudrait au contraire par citer en premier la Sainte Écriture et la Tradition, et ensuite laisser à la théologie le rôle de les expliquer et de les développer.
La commission de théologie répondit qu’il est des cas où le vrai sens de la Sainte Écriture n’apparaît pas clairement, et est clarifié par une doctrine plus claire de l’Église. L’exemple donné est celui de l’immaculée conception.
De plus, en ce qui concerne le cas présent, il ne s’agit pas ici de prouver que la doctrine sur le péché originel est une doctrine révélée (ce qui a été fait dans le § 45 où l’on s’est servi de la Tradition et de la Sainte Écriture), mais de déclarer que cette doctrine se trouve contenue dans Rm 5, ce que nient certains exégètes.
Pour prouver la doctrine sur le péché originel, on ne s’est pas servi de Rm 5, 12, mais de Rm 5, 18. En effet Rm 5, 12 est sujet à une controverse exégétique sur le sens des mots « in quo omnes peccaverunt ».
Cette difficulté exégétique fait que Rm 5, 12 ne peut être un argument scripturaire, mais il reste un argument de Tradition par les commentaires qu’en ont fait les Pères (dans le § 45 on a cité deux commentaires apodictiques de saint Irénée et de saint Ambroise).
La doctrine sur l’origine commune du genre humain (monogénisme)
Ce paragraphe formait, avec le suivant, un chapitre séparé. A la demande de la commission centrale, il fut joint au chapitre 8, du fait que cet enseignement sur le monogénisme est donné pour défendre la doctrine du concile de Trente sur le péché originel, à savoir que celui-ci est transmis à tous les hommes par voie de génération.
Celui qui professe le polygénisme se trouve en contradiction avec le concile de Trente. Si l’on permettait de combattre indirectement le concile de Trente sur ce point, on permettait par le fait même de combattre indirectement tous les conciles, y compris Vatican II.
Ces deux paragraphes ont donc paru expédient pour protéger la pureté de la foi sur la transmission du péché originel.
De plus, plusieurs évêques ou supérieurs généraux, surtout français, allemands et américains, ont demandé une confirmation de la doctrine sur l’origine de tous les hommes vivant actuellement sur la terre à partir d’un seul ancêtre commun, Adam, pour resserrer le liens d’amitié entre les peuples et rejeter les préjugés sur les peuples inférieurs et supérieurs, ainsi que les excès du nationalisme et du racisme.
Outre les membres de la commission de théologie, on a tenu compte des souhaits exprimés par les pères Cerfaux, Kerrigan O.F.M., Marcozzi et Bone S.J.
48. Il en est aujourd’hui, même parmi les enfants de l’Église, qui nient ou mettent en doute l’unité d’origine du genre humain. Par conséquent, pour préserver l’intégrité de la doctrine présentée ci-dessus, par laquelle nous croyons que le péché a été transmis par un seul homme [26] à tous les hommes par la génération [27], et de promouvoir les liens de parenté et d’amour entre tous les peuples, qui, résultant d’une seule source, sont également appelés à une seule grâce du Christ, le Saint-Synode de Vatican II déclare et enseigne que l’Église tout entière, en se fondant sur la Révélation divine, a toujours tenu et enseigné qu’ici sur la terre les hommes (qui ont vécu après Adam), quelle que soit la forme de leur corps ou leur couleur, ont une origine naturelle commune, comme ils ont un commun auteur du salut [28]. En effet, l’Apôtre dit : « de même que par la faute d’un seul, la condamnation atteint tous les hommes, de même, par la justice d’un seul, la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes » (Rm 5, 18) ; et encore « comme tous meurent en Adam, de même dans le Christ tous recouvreront la vie » (1 Co 15, 22). Le même Apôtre, héraut de cette vérité, dit que Dieu, en effet, « a fait naître d’un seul toute la race des hommes, pour habiter sur la face entière de la terre » (Ac 17, 26), parce qu’il a créé « le premier homme » (voir 1 Co 15, 45) [29], Adam et sa femme, qui est appelée « la mère de tous les vivants » (Gn 3, 20), de sorte que ces deux époux étaient le principe naturel de toute la race humaine ; de cette origine, donc, proviennent par génération les hommes partout où ils sont nés. | 48. [Doctrina de communi origine generis humani]. Cum exstent, etiam inter Ecclesiæ filios, qui, nostris diebus, unitatem originis humani generis aut negent aut in dubium vocent, sacrosancta Vaticana Synodus secunda ad integritatem tutandam doctrinæ supra expositæ, qua credimus peccatum originale illud ab uno in omnes generatione transfundi, et ad fovenda necessitudinis caritatisque vincula inter omnes populos, qui ad unam Christi gratiam vocantur quemadmodum ab uno fonte promanant, profitetur et docet, quod universa Ecclesia, divina innixa revelatione, semper tenuit et docuit, homines nempe hisce in terris (post Adam viventes), quamlibet gerant corporis formam vel colorem, communem suæ naturæ habere originem sicut communem salutis habent auctorem. Ait enim Apostolus, « Sicut per unius delictum in omnes homines in condemnationem, sic per unius iustitiam in omnes homines in iustificationem vitæ » (Rm 5, 18) et ulterius : « Sicut in Adam omnes moriuntur, ita et in Christo omnes vivificabuntur » (1 Co 15, 22). Deus quippe, ut idem ait Apostolus, huius præco veritatis, « fecit ex uno omnes genus hominum inhabitare super universam faciem terræ » (Ac 17, 26) formans « primum hominem » (cf. 1 Co 15, 45), Adam, eiusque uxorem, quæ « mater cunctorum viventium » (Gn 3, 20) appellata est, ut bini illi coniuges totius humani generis naturale essent principium, ex quo scilicet qui ubilibet nascerentur homines generatione descenderent. |
Ces deux paragraphes furent combattus à la commission centrale : neuf membres votèrent « non placet », et une bonne trentaine « placet juxta modum » en demandant qu’on ne dise rien de plus que ce que Pie XII avait dit dans son encyclique Humani generis. Nous verrons, en expliquant le paragraphe suivant, qu’on leur donna en partie raison.
D’autres, à la suite des cardinaux Ruffini et Agagianian votèrent aussi « placet juxta modum » mais en demandant qu’on condamne plus fortement le polygénisme, notamment en affirmant l’impossibilité d’hommes préadamites. La commission de théologie ne voulut pas trancher cette question, préférant la laisser aux Pères conciliaires. Toutefois, par égard pour cette demande, ils mirent entre parenthèses les mots « post Adam viventes » (qui ont v écu après Adam).
Les opinions contraires au monogénisme sont condamnées
49. Le saint Concile rejette donc les vues de ceux qui prétendent qu’après Adam il y a eu sur terre de vrais hommes qui ne sont pas nés par génération naturelle de cet ancêtre unique, ou qu’Adam représente une multitude d’ancêtres : ces vues contredisent la doctrine catholique. En effet, on ne voit pas comment ces opinions seraient compatibles avec ce que les sources de la vérité révélée et les documents du Magistère de l’Église exposent au sujet du péché originel, qui procède d’un péché réellement commis par un Adam unique, et est transmis à tous par la génération, et qui est en chaque personne comme son propre péché [30]. | 49. [Opiniones contra monogenismum reprobantur]. Reprobat igitur sacrosancta Synodus eorum placita, qui asseverant vel post Adam hisce in terris veros homines exstitisse, qui non ab eodem protoparente naturali generatione originem duxerint, vel per Adam multitudinem quamdam protoparentum significari, cum huiusmodi opiniones contradicant doctrinæ catholicæ. Nequaquam enim apparet, quomodo huiusmodi sententiæ componi queant cum iis, quæ fontes revelatæ veritatis et acta Magisterii Ecclesiæ proponunt de peccato originali, quod procedit ex peccato vere commisso ab uno Adamo, quodque generatione in omnes transfusum, inest unicuique proprium. |
La dernière phrase a été ajoutée au schéma primitif pour rappeler l’enseignement de Humani generis.
Toutefois, on ne s’est pas contenté, comme le demandaient un grand nombre de membres de la commission centrale, de rapporter les paroles de cette encyclique. Le cardinal Siri, à la séance du 7 mai de la sous-commission des amendements, fit une belle intervention. La voici :
Il y a ici trois questions et il est bon de les traiter séparément.
a) le « meritum rei » [le fond du problème] ;
b) l’interprétation exacte du fameux passage de Humani Generis ;
c) la position des trente membres de la commission centrale qui souhaitent qu’on s’en tienne à ce qui est dit dans Humani Generis.
En ce qui concerne la première question, qui touche le fond et la substance de notre problème, nous ne pouvons pas ne pas suivre la Tradition et, surtout, l’Écriture Sainte (voir en particulier saint Paul), qui ne laissent aucun doute sur l’existence et la transmission du péché originel. Ce n’est donc pas une question d’opportunité, mais de vérité dogmatique : telle elle était hier et sera demain, quoiqu’il en soit du texte de Humani Generis de Pie XII, qui présuppose et doit être interprété sur la base du texte tridentin, qui a résumé et fixé la pensée de la Sainte Écriture et de la Tradition.
En ce qui concerne la deuxième question, relative au célèbre passage de Humani Generis, je ne trouve là rien d’exceptionnel, pour la simple raison que Pie XII n’a pas dit autre chose que ce qui a toujours été l’enseignement de la Tradition ; et les différentes interprétations qui ont été données du texte, pour moi sont fausses. En effet, voici ce qui y est affirmé : « Les fidèles en effet ne peuvent pas adopter une théorie dont les tenants affirment ou bien qu’après Adam il y a eu sur la terre de véritables hommes qui ne descendaient pas de lui comme du premier père commun par génération naturelle, ou bien qu’Adam désigne tout l’ensemble des innombrables premiers pères. En effet on ne voit absolument pas comment pareille affirmation peut s’accorder avec ce que les sources de la vérité révélée et les Actes du magistère de l’Église enseignent sur le péché originel, lequel procède d’un péché réellement commis par une seule personne Adam et, transmis à tous par génération, se trouve en chacun comme sien [31]. »
Comment peut-on affirmer que ce passage n’est pas dans la ligne de la Tradition ou, pire encore, qu’il laisse la porte ouverte au polygénisme ? Il est, au contraire, une confirmation claire du monogénisme parce qu’il condamne le polygénisme dans la première partie, et réaffirme le monogénisme dans la seconde.
Le « nequaquam » [« on ne voit absolument pas »] n’est pas du tout en rapport avec l’état de la science et son évolution ; Pie XII n’a pas rompu avec la Tradition, ni entendu ouvrir des portes sous la pression de certains scientifiques.
En ce qui concerne la troisième question sur la position des trente membres de la commission centrale qui souhaitent qu’on s’en tienne à ce qui est dit dans Humani Generis, il n’y aurait rien à dire s’ils interprétaient le texte cité dans son sens objectif. Mais s’ils ont l’intention de donner au texte le sens (qu’il n’a pas) d’une porte ouverte au polygénisme, alors il faut dire que leur demande ne peut être acceptée, car elle est contraire à la Tradition et à la pensée même de Pie XII.
Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui un certain progressisme est à la mode, qui paraît aussi chez certains membres de la commission centrale qui voudraient faire changer le concept de monogénisme en faveur de la science, sans penser que celle-ci est en mutation constante. On doit à cette mode que, quelques années après l’encyclique de Pie XII, le texte cité ci-dessus a reçu de fausses interprétations, qui ont eu lieu en particulier dans certains pays où l’on a commencé à croire que Humani Generis a ouvert l’espoir d’une thèse favorable au polygénisme qui ne serait pas condamnable par l’Église. Nous ne pouvons pas affaiblir la doctrine traditionnelle avec des prétextes scientifiques : la science n’a encore rien trouvé qui contredise la doctrine traditionnelle, et nous ne pouvons en douter, elle ne trouvera jamais.
Ma conclusion est donc de garder le texte proposé par la commission théologique et, si toutefois on le souhaite, d’ajouter simplement le passage précité de Humani Generis ; dans ce cas, je suggère de mettre en évidence la façon dont la déclaration de Pie XII est dans la ligne de la doctrine traditionnelle et cela seulement parce que – comme je l’ai dit – la pensée du pape a été faussement interprétée [32].
Noble langage, et son avis fut suivi par la sous-commission des amendements, puis par la commission de théologie.
Il est à regretter que les « théologiens » qui ont pris par la suite la direction du Concile, ne furent pas dans la ligne du cardinal Siri, mais dans celle qu’il dénonce dans son excellent ouvrage Gethsémani [33].
U
Annexe :
Le premier Adam en qui tous ont péché
par le père Roger-Thomas Calmel O. P.
Le père Calmel a publié un article intitulé « Le premier Adam en qui tous ont péché » dans Itinéraires 108 (p. 132-175). En voici quelques extraits qui illustrent l’article précédent. Les titres sont de notre rédaction.
Le Sel de la terre.
Le dogme du péché originel implique le monogénisme
A |
insi par un seul homme le péché est entré dans le monde … tous ayant péché en lui (Rm 5, 12). Le concile de Trente ne fait qu’expliciter ce mot de saint Paul lorsqu’il définit :
Unique en son origine, ce péché appartient en propre à chacun des hommes.
[Canon 3.]
On voit tout de suite que le monogénisme encore qu’il ne soit pas (pas encore) un dogme défini est nécessairement impliqué dans le dogme du péché originel. Si en effet nous n’avons pas tous la même origine, si nous ne sommes pas tous des enfants d’Adam et Ève, comment le péché d’origine pourrait-il nous atteindre ? Comment parler encore de péché originel s’il y a des parents multiples à l’origine de l’humanité ? Ou bien dirons-nous que ces couples multiples ont tous été élevés à la vie surnaturelle, que tous
