top of page

Nouvelles de Rome

 

 

 

par Maubert

 

 

 

Nous reproduisons ici les commentaires d’actualité religieuse parus dans L’Acampado (bulletin du prieuré de Marseille de la Fraternité Saint-Pie X), numéro 125 (avril 2017).

Le Sel de la terre.

N’est-ce pas un devoir de chercher à être reconnus officiellement par le pape ?

Raisons en faveur d’une réponse positive

Oui, il semble que c’est un devoir de rechercher à être reconnus officiellement par le pape.

• Première raison

En effet, si les autorités romaines, et en particulier le pape lui-même, nous appellent à unir nos efforts pour rechristianiser la société, nous ne pouvons que nous en réjouir, tout en veillant à rester tels que nous sommes. Or, justement, le pape voit dans la FSSPX une force qui peut mettre la main à la pâte de la nouvelle évangélisation réclamée de toutes parts. Il apprécie que nous allions vers les « périphéries existentielles » - c’est-à-dire que nous portions secours aux âmes là où elles sont – ce qui va dans le sens de son programme. Enfin, il voit bien que tout s’effondre, alors qu’au contraire nous représentons une force vive pour l’Église. Avons-nous le droit, dès lors, de refuser une recon-naissance et de garder tous ces trésors pour nous ?

• Deuxième raison

Parmi les conservateurs, nous avons des sympathisants – même des cardinaux – dont certains ont besoin de notre aide. Cela pourrait contrebalancer le poids des progressistes.

• Troisième raison

Toute situation anormale conduit d’elle-même à la normalisation. C’est dans la nature même des choses. Il faut donc aller dans ce sens et chercher à nous rétablir dans une situation normale.

• Quatrième raison

Dans les années à venir, nous aurons un besoin urgent de nouveaux évêques. Il est certainement possible de sacrer sans mandat pontifical, en cas d’urgence, mais s’il est possible de sacrer des évêques avec la permission de Rome, ladite permission doit être recherchée.

• Cinquième raison

Ce n’est pas par œcuménisme que le pape vient vers nous, mais comme vers des catholiques. Il dit à qui veut l’entendre que nous sommes des catholiques. D’ailleurs, les discussions que nous avons avec nos interlocuteurs romains ou avec ceux mandatés par le Saint-Siège, sont des discussions entre catholiques. Quoi donc de plus normal que d’être reconnus officiellement comme catholiques ?

• Sixième raison

Notre reconnaissance canonique provoquerait un trouble sain à l’intérieur de l’Église : le bien serait encouragé, les malveillants subiraient une défaite.

• Septième raison

D’ailleurs, justement, nos ennemis (modernistes et autres) s’opposent fortement à cette reconnaissance : c’est le signe que ce serait une bonne chose.

• Huitième raison

Saint Pie X lui-même nous en montre l’exemple. En effet, les anticléricaux, profitant de la désunion de leurs adversaires, avaient pris le pouvoir à Venise. Lors des élections suivantes, le cardinal Sarto résolut de changer la situation. « Il jeta les bases d’une alliance honorable, dit son biographe, entre les membres les plus représentatifs du parti catholique et ceux du parti modéré, alliance contractée sous le signe de la plus ample confiance. » La victoire fut totale. Ainsi, les papes de la fin du 19e et du début 20e siècle ont donné l’exemple de l’apaisement avec les pays sécularisés pour y réinsuffler une influence de l’Église. Et sur cette route du pragmatisme, tournant le dos à l’isolement, un des pionniers est saint Pie X, aussi célèbre pour ses réformes que pour son attachement aux principes. De même dans la crise de l’Église : après le concile, il était important de prendre ses distances, comme le fit Mgr Lefebvre, pour montrer notre réprobation de certaines nouveautés. Maintenant, le danger est l’isolationnisme. Il faut arriver à un apaisement avec les modérés, pour réinsuffler dans l’Église les principes de la Tradition ; et cela passe nécessairement par une solution canonique.

• Neuvième raison

Mgr Lefebvre, d’ailleurs, a toujours cherché une solution canonique pour la FSSPX. Il a continué ses efforts même après les sacres, bien que, dans son réalisme, il eût peu d’espoir de succès.

• Dixième raison

Aujourd’hui, nous ne sommes pas les seuls à critiquer les dérives. A Rome même, des voix se font entendre. Cette liberté qu’on leur laisse est la garantie de celle qu’on nous laissera, après la reconnaissance canonique.

Avis en sens contraire

Contre les raisons qui précèdent, relevons ce qui suit.

Le 14 juillet 1987, Mgr Lefebvre disait au cardinal Ratzinger :

Éminence, voyez, même si vous nous accordez un évêque, même si vous nous accordez une certaine autonomie par rapport aux évêques, même si vous nous accordez toute la liturgie de 1962, si vous nous accordez de continuer les séminaires et la Fraternité, comme nous le faisons maintenant, nous ne pourrons pas collaborer, c’est impossible, impossible, parce que nous travaillons dans deux directions diamétralement opposées : vous, vous travaillez à la déchristianisation de la société, de la personne humaine et de l’Église, et nous, nous travaillons à la christianisation. On ne peut pas s’entendre. (Le Sel de la terre 31, p. 194).

En décembre 1988, il disait encore :

Quand on nous pose la question de savoir quand il y aura un accord avec Rome, ma réponse est simple : quand Rome recouronnera Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous ne pouvons être d’accord avec ceux qui découronnent Notre-Seigneur. Le Jour où ils reconnaî-tront de nouveau Notre-Seigneur roi des peuples et des nations, ce n’est pas nous qu’ils auront rejoints, mais l’Église catholique dans laquelle nous demeurons. (Fideliter 68, p. 16).

Enfin, dans son Itinéraire spirituel, qui est comme son testament, il écrit : « Tant que ce secrétariat [pour l’unité des chrétiens] gardera le faux œcuménisme pour orientation et que les autorités romaines et ecclésiastiques l’approuveront, on peut affirmer qu’elles demeureront en rupture ouverte et officielle avec tout le passé de l’Église. C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeu-rer catholique de se séparer de cette Église conciliaire, tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du Magistère et de la foi catholique. »

Réponses aux objections

• A la première : le pape nous appelle à la nouvelle évangélisation

Le pape, étant l’autorité, est cause efficiente de la société qu’est l’Église. S’il nous appelle, il faut bien examiner vers quelle cause finale il entend nous diriger. Quelle est cette « nouvelle évangélisation » ? Ce terme veut-il dire la même chose pour lui et pour nous ? François cherche-t-il le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? (nous avons vu que non). Si ce n’est pas le cas, nous ne pouvons répondre à son appel ; ce serait cautionner son programme, laissant entendre faussement que nous sommes d’accord sur les termes. Or, nous l’avons vu : depuis le Concile, les hommes d’Église se dirigent vers une fin tout opposée à celle fixée par Notre-Seigneur.

Quant aux « périphéries existentielles », il s’agit pour lui de se pencher sur les divorcés remariés, les homosexuels, etc., avec un regard complaisant sur leurs désordres moraux. Est-ce cela que ce terme signifie aussi pour nous ?

• A la deuxième : avec les conservateurs, nous pourrions faire contre­poids

Plus que jamais il faut aider ces sympathisants. Mais la reconnaissance canonique en est-elle le moyen adéquat ? En effet, ce dont ils ont besoin, c’est qu’on leur ouvre les yeux sur les erreurs du Concile. A l’heure qu’il est, ils ne voient pas ces erreurs. En effet, d’après eux, la chose qui nous manque, c’est la reconnaissance canonique : autrement dit, ils n’ont pas compris que le problème n’est pas chez nous, mais chez eux.

Notre vraie façon de les aider, c’est de leur fournir tous les ouvrages qui leur permettront de comprendre la crise que nous vivons, et de prier pour que le Saint-Esprit les éclaire. C’est ce que firent certains prêtres auprès de Mgr Lazo, évêque émérite de San Fernando de la Union (Philippines). Quelle magnifique conversion ils obtinrent ! Ce ne furent pas seulement des marques de sympathie de la part du prélat. Il devint confesseur de la foi. Pourquoi êtes-vous devenu traditionnaliste, lui demandait-on ? « Eh bien, voici, répondait-il, c’est parce que j’ai rejeté la nouvelle messe ! » (Le Sel de la terre 21, p. 163). Mais il n’y a pas que la messe ; le combat de la foi est encore plus important. En 1998, il envoya à Jean-Paul II une Déclaration de foi, où il dénonçait les erreurs conciliaires. « Je suis pour la Rome catholique, y disait-il, la Rome des saints Pierre et Paul. […] Je ne sers par la Rome contrôlée par les francs-maçons qui sont les agents de Lucifer, le prince des démons. » (Le Sel de la terre 26, p. 166 (le texte in extenso p. 162-167). Et lui-même est devenu apôtre auprès d’autres évêques, leur envoyant des documents. « Je le leur ai donné parce que je pense que c’est à ce niveau d’idées que doit se livrer la bataille. » (Le Sel de la terre 21, p. 167. Voir son autobiographie dans Le Sel de la terre 34, p. 89-112).

• A la troisième : toute situation anormale conduit à la normalisation

L’expression est ambigüe. Elle peut vouloir dire que toute situation anormale doit être rendue normale à nouveau. Par exemple, après le schisme d’Orient, l’Église a fait tous les efforts, pendant des siècles, afin de ramener les dissidents au bercail.

Cependant, le sens obvie semble être que, inéluctablement, les choses doivent évoluer dans la bonne direction. Or, notre pauvre nature humaine, livrée à elle-même, ne peut que rouler d’abîmes en abîmes, si personne ne vient la secourir. Pour reprendre l’exemple des schismatiques, malgré les nombreux efforts des papes, très peu d’entre eux sont revenus à l’Église, depuis mille ans.

En outre, l’expression utilisée insinue que nous sommes dans une situation anormale. Ce qui est effectivement anormal, c’est que les autorités romaines répandent le modernisme. Pour prendre une comparaison, lorsqu’un père de famille oblige ses enfants à voler, sous la menace de peines graves, ceux-ci sont tenus de lui désobéir et de lui résister ; certes, il est anormal que des enfants résistent à leur père ; mais le désordre premier est bien celui du père ; et si cela devient intenable et dangereux pour leur vertu, il est prudent pour eux de s’éloigner de lui. En tant que ce désordre demeure, les enfants sont obligés de résister, ou de se tenir à l’écart. Il serait incompréhensible que les enfants reprennent des relations normales avec leur père, alors qu’ils savent pertinemment que celui-ci est toujours obstiné dans le vice.

Dans notre cas, nous nous tenons à distance de la Rome moderniste pour les raisons évoquées plus haut, et pour d’autres que nous verrons dans les articles suivants. Tant que ces raisons demeurent, nous sommes obligés de rester dans la situation où nous nous trouvons et qualifiée d’« anormale » par l’objectant.

• A la quatrième : le besoin urgent de nouveaux évêques

Il faut bien distinguer les deux questions : la solution canonique et le sacre d’un évêque. Chacune se résout par ses principes propres. (Notons que, en 1987-1988, l’occurrence de ces deux problèmes a brouillé la question. Tout était plus clair en 1991, pour le sacre de Mgr Rangel, où seule la question du sacre était en jeu).

Pour la première (la solution canonique), nous exposerons les principes dans le prochain numéro. Quant à la seconde (le sacre d’un évêque), elle se résout par le principe de l’état de nécessité. Écoutons comment Mgr Lefebvre en parlait, peu avant sa mort.

En 1990, ayant appris que la santé de Mgr de Castro Mayer déclinait, Mgr Lefebvre lui adressa une lettre pour lui proposer le sacre d’un successeur dans l’épiscopat. « Pourquoi envisager une telle succession, se demandait-il, en dehors des normes canoniques habituelles ?

« 1) Parce que les prêtres et les fidèles ont un droit strict d’avoir des pasteurs qui professent dans son intégrité la foi catholique, essentielle pour le salut de leurs âmes, et des prêtres qui sont de vrais pasteurs catholiques.

2) Parce que l’Église conciliaire étant désormais répandue universellement, diffuse des erreurs contraires à la foi catholique et, en raison de ces erreurs, a corrompu les sources de la grâce que sont le saint sacrifice de la Messe et les sacrements. Cette fausse Église est en rupture toujours plus profonde avec l’Église catholique.

Il résulte de ces principes et de ces faits la nécessité absolue de continuer l’épiscopat catholique pour continuer l’Église catholique. […].

Voilà mon opinion, je pense qu’elle repose sur les lois fondamentales du Droit ecclésiastique et sur la Tradition. » (Fideliter 82, p. 13-14).

On peut ajouter que Mgr Lefebvre avait fait auprès des autorités romaines toutes les démarches en vue des sacres épiscopaux pour la Fraternité avant 1988. Il en avait conclu que « le recours à Rome, toujours physiquement possible, est rendu moralement impossible par l’esprit dont est pénétré le Saint-Père : « communion avec les fausses religions », « esprit adultère qui souffle dans l’Église », « cet esprit n’est pas catholique ». Depuis vingt ans, nous nous efforçons avec patience et fermeté de faire comprendre aux autorités romaines cette nécessité du retour à la saine doctrine et à la Tradition pour le renouveau de l’Église, le salut des âmes et la gloire de Dieu. Mais on demeure sourd à nos supplications, bien plus on nous demande de reconnaître le bien-fondé de tout le concile et des réformes qui ruinent l’Église. (Cité dans Mgr Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Clovis, Étampes, 2002, p. 570).

Si donc se fait sentir la nécessité de sacres épiscopaux, il suffit de reprendre ces principes et d’en faire l’application : les fidèles ont toujours droit à la vraie doctrine et aux vrais sacrements ; l’Église conciliaire est toujours en rupture – et même davantage qu’en 1990 – avec l’Église catholique ; enfin, le Saint-Siège ne semble pas avoir remis en cause le bien-fondé du Concile et ne supporte pas qu’on l’attaque sur cette question. Par là on peut voir facilement « s’il est possible de sacrer des évêques avec la permission de Rome ». Quant à savoir quand il faut sacrer, ceci relève de la « prudence royale », celle du chef. A lui d’appliquer les principes à la réalité du moment.

• A la cinquième : ce n’est pas de l’œcuménisme

Certes, les relations entre le Saint-Siège et les fidèles de la Tradition ne sont pas de l’œcuménisme. En effet, l’œcuménisme est la recherche d’une certaine union entre chrétiens (catholiques et non catholiques) sans conversion. Or, ici, les deux termes de ces relations sont catholiques, donc ce n’est pas de l’œcuménisme.

Cependant, le principe qui est à la base de l’œcuménisme est le pluralisme : en effet, dans les relations œcuméniques, chacun respecte les convictions de l’autre, les admettant comme valables.

Or, c’est le même principe que le Saint-Siège veut imposer aux relations avec nous. Donc, il ne suffit pas de dire que ce n’est pas œcuménisme que le pape vient vers nous – ce qui est vrai – encore faudrait-il que ce ne soit pas dans une optique pluraliste, ce qui n’est pas le cas.

• A la sixième : le trouble sain que causerait notre reconnaissance à l’intérieur de l’Église

Tout ce qui est de tendance traditionnelle rencontre des sympathisants et des opposants (plus ou moins virulents). Par exemple, certains firent montre de leur mécontentement lors de l’érection de l’Institut du Bon Pasteur, disant que « ces gens auraient dû rester dehors » ; d’autres manifestèrent leur soutien, voyant là un pas vers la « réconciliation ». De même les Franciscains de l’Immaculée étaient appréciés de beaucoup, honnis par d’autres. Or, ce n’est pas suffisant pour dire que l’I.B.P. avait raison et que la position doctrinale des Franciscains est irréprochable. Ce n’est pas sur la réaction des autres qu’il faut juger d’un acte, mais sur sa nature intime. Nous examinerons la nature morale d’une reconnaissance canonique avec les autorités néo-modernistes. C’est suffisant pour juger de son bien-fondé.

• A la septième : nos ennemis s’opposent à cette reconnaissance

La raison que nous venons de donner suffit à répondre à l’objection présente. Ajoutons simplement qu’il ne suffit pas qu’un effet soit bon, pour justifier l’acte qui l’a produit ; autrement dit, la fin ne justifie pas les moyens. Il n’est pas permis de voler de l’argent pour construire une église. Ici, de même, l’effet bon (d’ailleurs très limité) procéderait d’un moyen mauvais : l’agrégation au pluralisme conciliaire.

• A la huitième : saint Pie X a donné l’exemple de l’union avec les libéraux

Certes, il y avait eu union avec les libéraux pour chasser les francs-maçons. Mais, comme le dit le père Dal Gal, « observons d’ailleurs que, dans cette alliance entre les catholiques et les libéraux modérés, ce n’étaient point ceux-ci mais ceux-là qui avaient élaboré le programme d’action commune à mener dans la période des élections et après les élections. Ce n’étaient pas les catholiques qui avaient atténué leurs principes pour adhérer aux modérés, mais les modérés qui avaient adhéré au programme des catholiques ». Or, dans notre cas présent, ce sont bien les néo-modernistes qui entendent nous imposer leurs principes.

Notons que dans le cas de la séparation de l’Église et l’État, saint Pie X a résisté au gouvernement français qui voulait imposer les associations cultuelles, lesquelles eussent conduit l’Église de France au schisme. Sa fermeté a fait reculer les sectaires. Il est donc faux de dire que le pontificat de saint Pie X s’inscrit dans une logique inéluctable de rapprochement et d’apaisement. C’est lire les événements à la lumière du « sens de l’histoire ».

En outre, l’isolement n’est pas un mal en soi : Dieu l’avait même prescrit au peuple d’Israël. Si Mgr Lefebvre a pris ses distances, c’était pour préserver ses prêtres des influences modernistes. On ne voit pas trop pourquoi, par le seul fait que trente ans soient passés, il faille nécessairement passer par une solution canonique pour réintroduire à Rome les principes de la Tradition.

• A la neuvième : Mgr Lefebvre a toujours cherché une solution canonique

Commençons par préciser : Mgr Lefebvre a longtemps cherché une solution canonique. Mais il est absolument clair qu’après les sacres Mgr Lefebvre jusqu’à sa mort n’a plus cherché de solution canonique.

Mais il n’est pas inutile de dire pourquoi Mgr Lefebvre avait cherché d’abord une solution sur le plan canonique. C’est qu’il a longtemps espéré et cru que les autorités romaines étaient capables de vouloir sincèrement le bien de la Tradition. « J’ai espéré jusqu’à la dernière minute, dit-il, qu’à Rome on témoignerait d’un peu de loyauté. » (Fideliter 79, p. 11). Cette volonté de favoriser la Tradition était indéniablement celle de Mgr Charrière, lorsqu’il approuva la FSSPX. Mais, plus tard, Mgr Lefebvre dut se rendre compte que ce n’était pas du tout celle des autorités romaines. « Ils veulent nous avoir sous leur coupe directement, dit-il, et pouvoir nous imposer justement cette politique anti-Tradition dont ils sont imbus. […] Je me suis aperçu de cette volonté de Rome de nous imposer leurs idées et leurs manières de voir. » (Fideliter 66, p. 28-30).  « Rapidement nous nous sommes aperçus que nous avions affaire à des gens qui ne sont pas honnêtes. […] Nous, nous désirions la reconnaissance [la volonté d’aider la Tradition], Rome voulait la réconciliation (que chacun fasse des concessions) et que nous reconnaissions nos erreurs. » (Fideliter 70). Le cardinal Gagnon disait lui-même à l’Avvenire du 17 juin 1988 : « Nous avons, de notre côté, toujours parlé de réconciliation, Mgr Lefebvre, par contre, de reconnaissance. La différence n’est pas mince. La réconciliation présuppose que les deux parties accomplissent un effort, que se reconnaissent les erreurs passées. Mgr Lefebvre entend seulement que l’on déclare que c’est lui qui a toujours eu raison, et ceci est impossible. » (Cité dans La Tradition excommuniée, Publication du Courier de Rome, Versailles, 1989, p. 40-41). « La volonté de Rome de ne pas aider la Tradition, dit encore Mgr Lefebvre, de ne pas lui faire confiance, était évidente. » (Fideliter 68, p. 9- voir p. 4 et 7). Finalement, il écrit à Jean-Paul II « que le moment d’une collaboration franche et efficace n’était pas encore arrivé » parce que « le but de cette réconciliation n’est pas du tout le même pour le Saint-Siège que pour nous ». (Le Sel de la terre 25, p. 153).

Aussi, pour lui, il n’est pas question d’entrer dans le système pluraliste : « Pour eux, tout cela [la doctrine catholique] évolue et a évolué avec Vatican II. Le terme actuel de l’évolution, c’est Vatican II. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome. » (Fideliter 66, p. 30). « Il ne faut pas s’étonner que nous n’arrivions pas à nous entendre avec Rome. Ce ne sera pas possible tant que Rome ne reviendra pas à la foi dans le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tant qu’elle donnera l’impression que toutes les religions sont bonnes. » (L’Église infiltrée par le modernisme, p. 71).

• A la dixième : la liberté des prélats conservateurs est la garantie de la nôtre

Comme nous l’avons vu, aucun des prélats conservateurs ne remet en cause le Concile et ses principes. Ce n’est qu’à condition d’admettre, nous aussi, d’une façon ou d’une autre, ces principes, que Rome pourra tolérer des critiques de notre part. Ce qui est évidemment inacceptable.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 102

p. 191-199

Les thèmes
trouver des articles connexes

Les Ralliements : Histoire, Doctrine et Conséquences pour la Tradition

La Crise dans l'Église et Vatican II : Études et Analyses Traditionnelles

Télécharger le Pdf ici :

.

bottom of page