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La désinformation autour du régime de Vichy


La diabolisation du « Régi­me de Vichy » ne s’est imposée que progressivement à l’opinion française. Dans les années 1950-1980, les historiens honnêtes (notamment Robert Aron ou Henri Amouroux) essayaient encore de respecter la réalité, en expliquant objectivement la situation. Mais à partir des années 1980, en même temps qu’une génération qui n’avait pas connu les faits accédait aux postes de commande, on est entré dans une sorte de manichéisme, pour qui Vichy n’est plus qu’un pseudonyme du Mal absolu. Bernard Legoux, capitaine de frégate honoraire et spécialiste de l’année 1940, démonte de façon précise cette diabolisation.

Dans son 1er chapitre, l’auteur résume ses travaux précédents (2010 et 2012) sur la nécessité de l’armistice. Il raconte le débat qui eut lieu à ce sujet à l’École militaire de Paris, le 16 janvier 2010, sans oublier la façon dont la publication des actes de ce colloque fut truquée. Le 2e chapitre aborde la première source de la désinformation anti-Vichy : la propagande gaulliste qui s’est déchaînée contre le Maréchal Pétain avant même qu’il ait eu le temps de faire quoi que ce soit. C’est alors le tour des désinformateurs actuels, qui dominent l’historiographie depuis les années 1980. L’américain Robert O. Paxton et les français Jean-Baptiste Duroselle, Philippe Valode, François Delpla, Virginie Sansico et Bénédicte Vergez-Chaignon, dont la malveillance semble sans limites, sont courtoisement mais fermement mis en face de leurs multiples contrevérités. L’auteur tente enfin un recensement des procédés de désinformation sur le « régime de Vichy », fournissant à chaque fois une réponse claire et précisément référencée.

Essayant, dans sa conclusion, d’identifier les différentes forces qui imposent aujourd’hui cette diabolisation, l’auteur évoque la franc-maçonnerie, que, dit-il, « les gouvernements du Maréchal ont pourchassé[e] avec bien peu d’à-propos » (p. 295-296). Rappelons tout de même que la franc-maçon­nerie a bien moins été poursuivie sous Vichy qu’elle n’avait elle-même pourchassé les congrégations religieuses catholiques sous la Troisième République (interdiction d’enseigner aux membres des congrégations religieuses ; fermeture par la force de plus de 20 000 écoles catholiques ; expulsion de plus de 60 000 religieux ; vol des biens de l’Église, etc.). Signalons aussi, avec François Brigneau, que l’hostilité de la franc-maçonnerie au maréchal Pétain semble remonter plus haut : très précisément à l’année 1934, où le Maréchal osa critiquer l’école laïque [1]. Jean Madiran commentait :

François Brigneau rappelle opportunément que le maréchal Pétain n’était pas du tout détesté par la gauche jusqu’au moment où il mit en cause la dégradation morale de l’école publique. C’était toucher à l’œuvre essentielle de la franc-maçonnerie, qui s’employa dès lors à le disqualifier. Je pense qu’il faut compter aussi avec la parole du Maréchal dénonçant la ténébreuse alliance du capitalisme libéral et du socialisme apatride :

« Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Le capitalisme international et le socialisme international qui l’ont exploité ont été d’autant plus funestes que, s’opposant l’un à l’autre en apparence, ils se ménageaient l’un l’autre en secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance. »

Cette ténébreuse alliance, qui dans les coulisses fonctionne aujourd’hui mieux que jamais, ce n’était pas une découverte du Maréchal. Quelques auteurs l’avaient discernée et analysée. Mais le maréchal Pétain est le seul chef de l’État français qui l’ait jamais dénoncée : et quand c’est non plus un écrivain ou un journaliste mais un chef d’État qui parle, les peuples risquent d’entendre et de se souvenir. Pour maintenir les mythes dont vit la démocratie moderne, il fallait abattre l’in­discret, il fallait déconsidérer l’effronté, il fallait que ses paroles fussent ensevelies sous le mépris et la haine. La franc-maçonnerie est au cœur de la ténébreuse alliance comme elle est au cœur de l’école laïque. C’est parce qu’il avait constaté la décomposition de l’école laïque et parce qu’il avait dévoilé le secret de la ténébreuse alliance que le maréchal Pétain a été condamné à la diffamation perpétuelle [2].

Contre cette diffamation, l’ou­vrage de Bernard Legoux fournit un argumentaire solide et convaincant, une véritable somme qu’il faut mettre dans les mains des jeunes générations pour les protéger du mensonge ambiant [3].

 

Louis Medler

 

 

Bernard Legoux, La désinformation autour du régime de Vichy, Atelier Fol’fer (147 rue Bel Air – 28260 La Chaussée d’Ivry – www.atelier-folfer.com), collection L’étoile du berger, 2016, 322 p., 25 x 13, 5 cm, ISBN 978-2-35791-078-2, 25 E 

 

Dans la même collection La désinformation (à l’Atelier Fol’fer) sont parus une quinzaine d’autres ouvrages, parmi lesquels La Désinformation autour de Jésus et Marie (Daniel Raffard de Brienne, 2005), La Désinformation autour de l’esclavage (Arnaud Raffard de Brienne, 2006), La Désinformation autour de la colonisation (Arnaud Raffard de Brienne, 2007), La Désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen (Reynald Secher, 2009), La Désinformation autour de la guerre de Sécession (Alain Sanders, 2012), La Désinformation autour de la fin de l’In­dochine française (Paul Rignac, 2013).


[1] — François Brigneau, « Le Maréchal, l’école et la franc-maçonnerie » dans la revue Itinéraires nº 283 (mai 1984), p. 7-22. — Au début des années 1930, Pétain était encore le maréchal que la gauche préférait (Brigneau cite Léon Blum dans Le Populaire du 25 janvier 1931 et Pierre Cot en janvier 1934). Mais le 3 décembre 1934, Pétain critique publiquement le « système pédagogique » officiel. Audace impardonnable. Le vain­queur de Verdun devient un personnage dangereux. En 1936, Léon Blum interdira que son discours pour le 20e anniversaire de de Verdun soit radiodiffusé.

[2] — J. Madiran dans Itinéraires 283, p. 5.

[3] — On regrette toutefois, en page 195, une mention laudative de la « Laïcité ». On sait que ce mot laïcité a été forgé par le protestant Ferdinand Buisson pour désigner non pas la saine distinction des pouvoirs temporel et spirituel, qui découle du christianisme, mais, au contraire, une nouvelle religion d’État qui s’impose par manipulation (sous le drapeau d’une neutralité qui est évidemment impossible) et dont la franc-maçonnerie constitue la hiérarchie secrète. Voir, sur ce sujet, la recension de l’ouvrage de Valentine Zuber (Le Culte des droits de l’homme) dans Le Sel de la terre 98, p. 186-193, ainsi que l’article « D’où vient cette religion sans nom ? » dans Le Sel de la terre 101, p. 61-82.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 102

p. 200-202

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