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Nouvelle histoire des guerres de Vendée


Les guerres de Vendée, qui courent de 1793 à 1832, ont suscité l’ému­lation de bien des historiens [...], l’ambition des auteurs a été d’en proposer une nouvelle lecture dépourvue de tout manichéisme. Les historiens royalistes favorables aux vendéens ont donné des récits qui jouent de la victimisation pour mieux apitoyer leurs lecteurs. Les historiens républicains, de filiation jacobine, ont minimisé les souffrances des vaincus, souligné leur sauvagerie, pour mieux exalter l’hé­roïsme des Bleus…




VOICI ce que nous pouvons lire sur la quatrième de couverture. Le ton est donné, le travail des auteurs se veut neutre, objectif, un juste équilibre entre deux extrêmes.

Le fond

Plusieurs chapitres développent un thème bien précis plutôt qu’une période ; par exemple nous trouvons un chapitre intitulé « Un signe de ralliement : le Sacré-Cœur », chapitre fort instructif d’ailleurs, qui s’intéresse au choix de ce signe par les « brigands » ; ou un autre : « De quelques figures emblématiques », s’y succèdent de courtes biographies de chaque général vendéen. Ce parti pris des auteurs a ses avantages. Premièrement, il permet d’approfondir dans chacun de ces chapitres un aspect bien précis de ces fameuses guerres de Vendée. Prenons, par exemple, le chapitre sur le signe de ralliement, nous y découvrons que la dévotion au Sacré-Cœur s’est propagée suite à l’institution de sa fête par l’Assemblée Générale du clergé le 17 juillet 1765. Surtout, le terreau vendéen était fertile, grâce notamment au travail des pères du Saint-Esprit dans la région, ainsi que celui des sœurs de la Sagesse. Cela aide à comprendre pourquoi cette zone géographique plutôt qu’une autre s’est soulevée contre l’impiété républicaine, et pourquoi ce signe s’imposa naturellement. Deuxièmement, cette organisation de l’ouvrage permet, si besoin, de naviguer rapidement dans le livre. Si le lecteur ne s’intéresse qu’aux différentes batailles de cette période de l’histoire, par exemple, il lui suffira de lire les chapitres correspondants.

D’autres chapitres sont également très intéressants. Le chapitre 3 : « Les insurgés », nous dit qui étaient les Vendéens. On y apprend que la moitié des insurgés étaient paysans, un quart étaient tisserands, qu’ils avaient de 11 à 67 ans et se battaient habillés comme au quotidien. En revanche, les capitaines de paroisse étaient principalement des artisans. Le chapitre 5 évoque la tentative des chefs vendéens d’établir un gouvernement de la Vendée militaire, présidé par Guillot de Folleville, un prêtre se faisant passer pour l’évêque d’Agra, ville fictive… Fondé le 25 mai 1793, ce gouvernement s’effondre en octobre ; en effet, les paysans n’y sont pas représentés et, surtout, ils ne lui reconnaissent pas une autorité équivalente à celle des généraux.

Le reste de l’ouvrage, à quel­ques exceptions près, suit la trame chronologique de l’insurrection vendéenne.

La forme

La préoccupation principale des auteurs est « l’impartialité ». Ils cherchent à dégager la vérité de l’opposition entre historiens « néo-jacobins » et historiens « ultra-catholiques » (p. 328). Aussi, tout au long du livre, confrontent-ils les points de vue entre Bleus et Blancs. Mais la vérité est-elle affaire de point de vue ? La documentation du livre est abondante, on trouve en effet vingt-deux pages de notes, vingt-trois pages de bibliographie complémentaire et un index des noms propres de douze pages. Chaque chapitre laisse s’exprimer les deux camps en confrontant les documents qui leur sont propres. Le premier camp – celui des Bleus – tente de justifier ses excès, tandis que le second – celui des Blancs – exagère, selon les auteurs, les cruautés républicaines. Mais le lecteur honnête s’aperçoit, à mesure que le récit avance, que les Bleus, qui accusent les royalistes de fanatisme, en sont finalement coupables, alors que les Vendéens ne cherchent qu’à rester fidèles à l’ordre ancien.

Si la richesse du livre n’est pas à remettre en question, la forme du récit est problématique. En effet, cherchant la neutralité à tout propos, les auteurs enchaînent les citations, les chiffres, les noms et surtout les biographies. Ces dernières, dont l’intérêt est souvent limité, interrompent trop fréquemment le récit. Par exemple, une courte biographie de Turreau débute à la page 260 et mentionne quelques noms de son entourage. La biographie de Turreau est alors interrompue et de brèves biographies s’intercalent pour chaque personnage secondaire cité puis, finalement, la biographie principale reprend à la page 263. Ce schéma est reproduit tout au long du livre.

Quant à « l’objectivité » de l’ouvrage, elle est sujette à caution. S’il est vrai que la documentation est copieuse, les principaux historiens cités sont : Michelet, Gérard et Savary ; Secher, lui, ne l’est presque pas. Et puis, il y a cette question récurrente autour des guerres de Vendée : génocide ou pas ? Les auteurs tentent d’y répondre au chapitre : « Peut-on établir un bilan ? ». Les avis de différents historiens y sont reproduits, sans que les auteurs toutefois apportent de réponse. Mais c’est l’opinion de François Furet, donnée en conclusion du chapitre, qui semble trancher pour les auteurs :

La Convention a voulu faire de la Vendée une terre brûlée, non pas détruire un peuple : la sauvagerie – réelle, hélas – des généraux et de ses soldats n’est pas pour autant comparable au caractère de l’entreprise nazie à l’égard des juifs. [p. 329.]

Il fallait s’y attendre !

L’importante documentation fait l’intérêt principal du livre ; en revanche, le souci d’objectivité et les défauts de narration en font davantage un dictionnaire des Guerres de Vendée plutôt qu’une histoire.

 

Alexis Jourdan

 

 

Jean-Joel Brégeon et Gérard Guicheteau, Nouvelle histoire des Guerres de Vendée, Paris, édition Perrin, 2017, 23, 90 €.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 105

p. 191-193

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