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La franc-maçonnerie et Satan 

 

 

 

par Christian Lagrave

 

 

 

Le présent article est le développement d’une conférence prononcée aux Journées Jean-Vaquié de juillet 2018. Nous lui avons laissé son style parlé. Il va sans dire que ce travail ne prétend nullement à l’exhaustivité. Une recherche systématique dans les œuvres d’Albert Pike, d’Oswald Wirth, d’Édouard Plantagenet, de Jean-Pierre Bayard et d’autres écrivains maçonniques donnerait certainement une ample moisson de preuves de ce culte de Satan qui se dissimule derrière les formules ou les images maçonniques.

Le Sel de la terre.

 

 

Origine, but et tactique de la franc-maçonnerie

Le mystère d’iniquité

COMMENÇONS par une citation d’Henri de Guillebert des Essars [1] (1863-1931) qui fut un des collaborateurs de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes ; voici ce qu’il écrivait dans la revue en 1928 :

Toutes les sectes et toutes les sociétés secrètes, qui ont pris naissance en Occident, dérivent de la gnose. Sous des noms divers, avec des formulations différentes, elles n’ont fait que projeter sur des plans particuliers les enseignements gnostiques […] [2].

En effet, toutes les obédiences maçonniques, comme d’ailleurs toutes les sectes ésotériques ou occultistes, partagent une doctrine qui est commune pour le fond, malgré de multiples variantes de forme (ce qui est normal car la vérité est une alors que l’erreur est multiple). Cette doctrine est fondée sur la gnose antique dont elle constitue une résurgence, car cette gnose est semblable à un fleuve souterrain qui disparaît par endroits puis coule sous des centaines de mètres de calcaire pour resurgir plus loin à la surface du sol. Ce fleuve empoisonné a coulé à travers l’histoire humaine d’une façon secrète, transmise d’une manière ésotérique (c’est-à-dire réservée à quelques initiés) et occulte (c’est-à-dire cachée sous le voile des symboles et des mythes, révélée prudemment et d’une façon progressive, rarement en entier), avec de puissantes résurgences lorsque les temps lui devenaient favorables du fait de la faiblesse des pouvoirs politiques ou religieux.

Satan est le singe de Dieu, nous disent les Pères de l’Église. Le Créateur ayant donné aux hommes l’Évangile de Jésus-Christ, l’adversaire a voulu donner à ses partisans un Contre-Évangile : c’est la gnose !

Un prêtre français, Dom Paul Benoît (1850-1915), chanoine régulier de l’Immaculée-Conception, qui fit une grande partie de sa carrière comme missionnaire au Canada, a rédigé une œuvre magistrale en quatre volumes parus en 1885–1886 : La Cité antichrétienne au 19e siècle. Dans la deuxième partie, intitulée La Franc-maçonnerie, il écrit :

Si, sous son nom actuel et dans sa forme présente, la franc-maçonnerie est récente, dans son essence elle est fort ancienne. Elle est, en effet, (...) la fille et l’héritière du manichéisme et par conséquent du gnosticisme [...] [3].

Le fait nous est confirmé par le franc-maçon anglais Walter Leslie Wilmshurst (1867-1939) dans son livre : The Masonic Initiation :

Le système maçonnique a été conçu il y a trois siècles, à une époque de troubles et de changements généraux, en tant qu’école préparatoire où l’on pouvait à nouveau apprendre l’alphabet d’une gnose mondiale et une connaissance élémentaire de la science de la régénération humaine [4].

Dom Paul Benoît a donné de ce « mystère d’iniquité » une judicieuse et frappante description qui mérite d’être citée :

Aussi, de même que les manichéens ne firent que continuer les gnostiques, ainsi ceux-ci étaient les descendants de ces premiers sectaires contre lesquels les Apôtres et spécialement saint Pierre s’étaient élevés avec tant de force. Le mystère d’iniquité, selon l’expression de saint Paul, avait commencé à se dérouler dès la naissance même de l’Église : Satan avait conçu dès lors, et donné au monde la doctrine antichrétienne et antisociale, dont les gnostiques et les manichéens allaient être les premiers apôtres, qui devait plus tard être recueillie par les Pauliciens, les Albigeois et les Templiers, et serait enfin transmise aux sectes maçonniques, pour devenir peut-être la grande hérésie des derniers temps et présider aux combats suprêmes de la Cité du monde contre la Cité de Dieu. En effet, les sectes maçonniques, les sectes manichéennes et les sectes gnostiques, malgré leur multiplicité et leur diversité apparente, professent dans le fond les mêmes principes et poursuivent une même fin ; et quand dans les derniers âges, l’univers séduit et gouverné par les sociétés maçonniques ou celles qui en naîtront, donnera le triste spectacle de la grande apostasie, prédite par saint Paul, ce sera la consommation du mystère d’iniquité dont les Apôtres ont signalé les commencements [5].

Et Mgr Delassus a écrit, dans La Conjuration antichrétienne :

Le luciférisme est la dernière poussée de la gnose et de l’albigéisme. Pour lui le Dieu de l’ancien et du nouveau Testament est le dieu mauvais, hostile au progrès, irrité contre le progrès scientifique. Lucifer est le dieu bon, le pivot de l’évolution universelle, l’aiguillon des élans passionnels. Les révolutionnaires sont ses saints [6].

Cette analyse est profondément juste, comme la suite de cet exposé va le montrer.

Pour comprendre pleinement ce qui va suivre, il ne faut jamais oublier que les légendes maçonniques ne sont que des adaptations des enseignements de la gnose. Or, pour la gnose, la création a été une catastrophe, œuvre d’un « dieu mauvais », d’un démiurge maladroit émané d’une déité suprême, inconnaissable et indifférente au sort des hommes. La création est donc mal faite, l’ordre naturel qui la régit est foncièrement mauvais, c’est en fait un chaos où l’homme se trouve réduit en esclavage. Mais alors intervient un « dieu bon », un autre démiurge, qui, lui, n’a rien créé, mais qui va illuminer l’humanité en lui donnant la vraie lumière de la connaissance, ce qui lui permettra, en se libérant de l’ordre naturel inventé par le « dieu mauvais », de remplacer le chaos par un « nouvel ordre mondial » ou « nouvel ordre des siècles ». Ce « Novus Ordo sæculorum » est la devise qui figure au revers du grand sceau des États-Unis dessiné en 1782, et sur les billets d’un dollar depuis 1935. Par ailleurs « Ordo ab Chao » est la devise du Rite Écossais Ancien et Accepté. Le démiurge illuminateur est présenté comme un architecte, car l’architecte ne créée pas les matériaux qu’il utilise, il ne fait que les mettre en œuvre, c’est le Grand Œuvre auquel l’initié doit participer.

Voilà le « véritable travail initiatique » de la franc-maçonnerie, comme l’expli­que le franc-maçon et occultiste Oswald Wirth, 33e degré du Rite Écossais :

Ce travail par excellence, auquel les sages de tous les temps se sont consacrés, est bien loin de se borner à l’accomplissement de cérémonies symboliques, si profondément significatives soient-elles. Le Grand-Œuvre, auquel nous convie la franc-maçonnerie implique en effet participation effective de notre part à l’entreprise la plus sublime qui puisse se concevoir, puisqu’il ne s’agit de rien moins que de la création du monde, ou de son achèvement, ce qui revient au même. Nous sommes appelés à discerner la marche du progrès, à deviner les intentions de ce qui veut se faire, à déchiffrer, en d’autres termes, le plan de l’intelligence constructive de l’univers, afin de pouvoir utilement intervenir en vue de favoriser partout l’éclosion du mieux [7].

Mais les initiés déplorent que la connaissance de leur « dieu bon » ait été détruite par le « dieu mauvais ». Dans la mythologie maçonnique, cette connaissance est symbolisée par Hiram, personnage essentiel de l’initiation au grade de maître, et le « dieu mauvais » est une trinité symbolisée par les trois mauvais compagnons, meurtriers d’Hiram. L’humanité a donc oublié le « dieu bon » mais la maçonnerie va faire retrouver aux initiés le « mot sacré » ou la « parole perdue », c’est-à-dire le vrai nom de ce « libérateur ».

Les acquis de la recherche antimaçonnique

L’origine gnostique, le cheminement souterrain et le but satanique de la franc-maçonnerie sont indiscutables et nous en avons depuis longtemps les preuves grâce aux travaux des auteurs catholiques antimaçons.

Toutefois, il faut préciser d’emblée que tous les ouvrages antimaçonniques ne se valent pas. Dans ce domaine, il est nécessaire de faire preuve d’esprit critique, de savoir trier les sources et les documents, de rejeter tout ce qui n’est pas sûr. Il ne faut utiliser que des documents irréfutables dûment vérifiés ; des textes maçonniques dont on a pu contrôler l’existence. Il est bon d’utiliser également les images et les symboles de la franc-maçonnerie, qui sont très révélateurs si on sait les interpréter.

Il est nécessaire d’écarter d’emblée les documents faux ou douteux, à commencer par toute la littérature qui émane de Léo Taxil ou de son complice le médecin Racks, dit docteur Bataille.

Rappelons brièvement que Taxil, né en 1854 dans une famille catholique et monarchiste, est devenu athée par la suite et a fait une carrière de journaliste et d’écrivain besogneux subsistant grâce à la publication d’ouvrages anticléricaux, parfois pornographiques (Les Soutanes grotesques, 1879 ; Le Fils du jésuite, 1879 ; Les Débauches d’un confesseur, 1879 ; Calotte et calotins, 1880-1882 ; Les Maîtresses du pape, 1884, etc.). Initié à la franc-maçonnerie en 1881, il en est expulsé pour malversations au bout de quelques mois ; il n’a pas dépassé le grade d’apprenti. En 1885, il prétend s’être converti et rédige jusqu’en 1897 de nombreux ouvrages antimaçonniques qui décrivent des cérémonies sataniques censées se dérouler dans les loges ; ces livres ont un grand succès dans le public catholique et lui rapportent gros, ce qui ne l’empêche pas de continuer à faire diffuser, par sa femme, ses précédents livres antireligieux et pornographiques. Taxil convainc de nombreux ecclésiastiques dont des évêques et même le pape Léon XIII. En 1892-1894, son ami et complice, le docteur Bataille, publie Le Diable au 19e siècle, qui est de la même veine que les livres de Taxil. Mais, en 1896, aussitôt après le congrès antimaçonnique de Trente auquel il a participé, le docteur Bataille avoue qu’il a mystifié ses lecteurs avec son Diable au 19e siècle. L’année suivante, c’est Taxil qui, au cours d’une mémorable séance publique à Paris, reconnaît qu’il a trompé les catholiques et que c’est lui l’inventeur des diableries en loges, de Diana Vaughan, du Palladisme, etc. L’antimaçonnisme était déconsidéré pour longtemps aux yeux du public catholique ; c’était très probablement le but de la manœuvre.

Il est impossible de croire à la sincérité de Léo Taxil. Certes, il se peut que certaines de ses révélations soient basées sur des sources authentiques, mais elles ont été trafiquées par cet imposteur qui les a soigneusement mêlées à des mensonges destinés à les rendre inutilisables [8].

On doit écarter également des auteurs estimables comme Mgr Léon Meurin qui publia, en 1893, La Franc-maçonnerie synagogue de Satan, étude approfondie de la gnose, de la kabbale, de l’hermétisme, et de la maçonnerie écossaise, mais qu’il ne faut utiliser qu’avec précaution, car l’auteur s’appuie principalement sur les ouvrages de Léo Taxil.

De même, les révélations de certains maçons repentis, dont on a des raisons sérieuses de suspecter la sincérité, ne peuvent être utilisées. C’est le cas de Jules Doinel (1842-1902), qui fut membre du conseil de l’ordre du Grand Orient de France, membre de l’ordre martiniste et fondateur de l’Église gnostique de France. Il se convertit au catholicisme et publia en 1895 Lucifer démasqué sous le pseudonyme de Jean Kotska, mais la sincérité de sa conversion est incertaine [9].

Plus suspect encore est Samuel Paul Rosen (1840-1907), ancien rabbin converti au catholicisme et auteur de deux livres publiés, l’un en 1888, l’autre en 1890. Le premier s’intitule Satan et compagnie. Association universelle pour la destruction de l’ordre social. Révélations complètes et définitives de tous les secrets de la franc-maçonnerie par le très illustre souverain grand inspecteur général du 33e et dernier degré de la franc-maçonnerie Paul Rosen [10]. Son deuxième livre a pour titre : L’Ennemie sociale. Histoire documentée des faits et gestes de la franc-maçonnerie de 1717 à 1890 en France, en Belgique et en Italie [11]. L’ouvrage est préfacé par Mgr Fava, évêque de Grenoble, et muni d’un bref d’approbation du pape Léon XIII ! Mais la sincérité et l’honnêteté de Rosen paraissent très douteuses.

Dernière catégorie de document qu’il faut éviter d’utiliser : ceux dont la source est introuvable. Cela semble être le cas pour la fameuse phrase d’Albert Pike [12], à laquelle de nombreux auteurs antimaçons font référence et qui est censée avoir été prononcée le 14 juillet 1889 au Grand Orient de Charleston et aurait été reproduite dans la revue The Freemason du 19 janvier 1935. Pike y affirmerait entre autres que :

La religion maçonnique doit être, par nous tous, initiés des hauts grades, maintenue dans la pureté de la doctrine luciférienne. […] La véritable et pure religion philosophique, c’est la croyance en Lucifer, égal d’Adonaï, mais Lucifer, Dieu de la lumière et Dieu du bien, luttant pour l’humanité contre Adonaï Dieu des ténèbres et Dieu du mal.

Or, d’après plusieurs sites Internet maçonniques ou d’extrême-gauche [13], ce texte ne figurerait pas dans la revue The Freemason du 19 janvier 1935, qui est consultable à la Bibliothèque Nationale de France – il faudrait vérifier la chose, mais je n’ai pas eu la possibilité de le faire. La fameuse citation est, en fait, extraite d’un texte qui a été publié primitivement par Léo Taxil, sous le pseudonyme d’Adolphe Ricoux, dans son ouvrage : L’Existence des loges de femmes…, Téqui, 1891, pages 67 à 95, sous le titre : « Instructions du Suprême Conseil de Charleston aux 23 Suprêmes Conseils Confédérés [14] ».

Ce texte, qui se présente comme un discours, est très long ; il donne de nombreux renseignements sur les Suprêmes Conseils du Rite Écossais et il ne paraît nullement invraisemblable, quand on a lu Morals and Dogma [15], tant son style et sa phraséologie ressemblent à ceux de Pike. Si c’est Taxil qui l’a fabriqué, il était vraiment un faussaire génial. Mais il a pu utiliser un document authentique… Malheureusement, nous ne pouvons en apporter la preuve.

Voyons maintenant les travaux antimaçonniques fiables.

Les meilleurs parmi les travaux anciens sont ceux du père Nicolas Deschamps, dans son livre intitulé « Les Sociétés secrètes et la société », paru en 1882, de l’abbé Emmanuel Barbier dans son célèbre ouvrage « Les Infiltrations maçonniques dans l’Église », paru en 1914, de Mgr Delassus et de Dom Paul Benoît que nous venons de citer, et enfin de Mgr Jouin et de son école rassemblée autour de la RISS. Nous devons faire une mention spéciale pour un auteur et éditeur catholique américain, ami de Mgr Jouin, Arthur Preuss (1871-1934), auteur d’un livre que la RISS traduisit et diffusa en 1908 : Étude sur la franc-maçonnerie américaine d’après différents ouvrages faisant autorité…, ouvrage qui connut cinq éditions en français. L’auteur s’appuie sur des écrits maçonniques irréfutables – notamment ceux du Dr Mackey et d’Albert Pike –, et démontre que le « dieu » de la maçonnerie, le Grand Architecte de l’Univers, est en réalité le Jéhovah de la kabbale, c’est-à-dire Satan.

Des progrès sensibles ont ensuite été faits par la recherche antimaçonnique contemporaine, grâce à des auteurs et des livres que nous allons énumérer rapidement :

– Léon de Poncins, avec surtout Christianisme et franc-maçonnerie – dont tout le chapitre VII intitulé « La théologie occulte et l’influence gnostique », fournit des documents parfaitement probants sur le sujet.

– Jean Vaquié, avec trois études : « Le retour offensif de la gnose » [16] ; « Le brûlant problème de la Tradition » [17] ; « Occultisme et foi catholique, les principaux thèmes gnostiques » [18]. Ce qui caractérise l’œuvre de Jean Vaquié, c’est l’esprit surnaturel avec lequel il étudie les phénomènes subversifs, un remarquable esprit de synthèse et un sens pédagogique hors pair.

– Étienne Couvert, dont toute l’œuvre est consacrée à la gnose et à ses conséquences : De la gnose à l’œcuménisme, Éd. de Chiré, 1984 ; La Gnose contre la foi, Éd. de Chiré, 1989 ; La Gnose universelle, Éd. de Chiré, 1993. Il expose, dans son premier ouvrage, les grandes thèses de la pensée gnostique et leur pénétration dans notre civilisation moderne, et, dans les suivants, il démontre la permanence de cette pensée gnostique à travers les siècles et sa résurgence dans les grands courants de la pensée subversive antichrétienne.

– Jean-Claude Lozac’hmeur a exposé ses recherches dans trois ouvrages fondamentaux : Fils de la Veuve – Essai sur le symbolisme maçonnique (1990 et 2002) ; De la Ré-volution – Essai sur la politique maçonnique (en collaboration avec Bernaz de Karer, 1992) ; Les origines occultistes de la franc-maçonnerie – Recherches sur une religion d´État (2015). Ces ouvrages démontrent d’une façon rigoureusement scientifique, grâce à une étude comparative des mythes, qu’un culte du démon a existé concurremment au culte du Dieu créateur, probablement depuis la plus haute antiquité. De ce culte sont héritières toutes les sectes gnostiques anciennes et actuelles ; quant à la franc-maçonnerie, c’est la forme moderne prise par cette très ancienne religion dualiste qui oppose un dieu prétendument tyrannique (le Dieu de la Bible), à un dieu prétendument émancipateur et ami des hommes, symbolisé par le serpent, qui n’est autre que Satan.

– Dominique Setzepfandt s’est spécialisé dans l’étude du symbolisme maçonnique appliqué à l’architecture et il en dénonce les multiples traces dans l’urbanisme moderne. Il est l’auteur de quatre livres [19] : François Mitterrand, grand architecte de l’univers – La symbolique maçonnique des grands travaux, 1995 ; Paris maçonnique : à la découverte des axes symboliques de Paris, 1996 ; La Cathédrale d’Évry, Église ou Temple maçonnique ? 1996 ; Guide du Paris ésotérique – Itinéraires maçonniques, ésotériques et gnostiques dans la capitale, 1998.

– Il faut citer également les deux livres [20] de Marie-France James sur René Guénon et son entourage, publiés en 1981, ainsi que son étude intitulée : Les Précurseurs de l’Ère du Verseau : jalons du renouveau de l’ésotéro-occultisme de 1850 à 1960 [21], parue en 1985.

– Enfin, deux livres de Nelly Emont qui est une spécialiste catholique du monde de l’ésotérisme, hostile à la franc-maçonnerie et à l’occultisme : Introduction à l’ésotérisme – ésotérisme et christianisme [22], 1991, ouvrage qui constitue une analyse complète du courant ésotérique depuis la gnose antique jusqu’au Nouvel Age ; et La Franc-maçonnerie [23], 1995, livre qui est bien documenté mais dont l’auteur a tendance – me semble-t-il – à faire trop confiance aux écrivains francs-maçons sans tenir compte du double langage par lequel les initiés ont coutume de dissimuler leur véritable pensée [24].

C’est cette question du double langage que nous allons aborder maintenant.

La dissimulation maçonnique ; ésotérisme et exotérisme ; le double langage

La nécessité absolue de la dissimulation maçonnique est très bien expliquée par Jean Vaquié :

La contre-Église initie ses adeptes (c’est une notion de base) aux mystères d’en-bas. Elle s’efforce de les entraîner dans le chœur des démons ; telle est sa véritable finalité ; mais cette finalité est contraire, non seulement à l’ordre de la nature, mais à l’ordre de la grâce.

Elle est contraire à la nature, on ne peut la dévoiler à aucun homme, même non chrétien ; les véritables dieux du paganisme sont des démons, lesquels sont « homicides dès le commencement » ; ils sont donc repoussants pour tout homme et même terrifiants quand ils montrent leur vrai visage ; aussi les dieux du paganisme étaient-ils travestis en hommes ; les véritables maîtres se dissimulaient ; d’où l’ésotérisme des « mystères païens ».

La véritable finalité de la contre-Église est en contradiction avec l’ordre de la grâce inauguré par l’avènement du christianisme ; la dissimulation du véritable but est donc encore plus nécessaire que sous le régime païen ; car il ne s’agit plus de dissimuler le véritable maître ; il faut que l’adepte, qui est donc chrétien au départ, change de maître ; il faut même lui faire adopter un mauvais maître après en avoir connu un bon. Si on lui dévoilait d’emblée le vrai but, il refuserait d’y aller ; on va lui présenter une doctrine travestie, compliquée, cachée, en un mot ésotérique, qui doit opérer en lui un renversement complet.

Telle est, depuis la fondation de l’Église, la raison psychologique profonde du « chiffrement » des doctrines anti-chrétiennes ; elles ne peuvent pas se montrer telles qu’elles sont, parce qu’elles proviennent du « puits de l’abîme » [25].

Nous allons voir maintenant comment la franc-maçonnerie applique cette nécessité de dissimulation que tous ses « bons auteurs » rappellent.

Commençons par Jacques-Étienne Marconis, dit Marconis de Nègre (1795-1868), qui publia, en 1861, Le Rameau d’or d’Éleusis, pour diffuser ses conceptions chez ses FF.˙.

Jacques-Étienne Marconis et son père Gabriel-Mathieu sont des personnages importants de ce qu’on appelle la maçonnerie égyptienne, qui prétendait se fonder sur les mystères de l’Égypte pharaonique. En fait, ses origines sont françaises et occultistes. La principale source en est le Rite primitif des Philadelphes, établi vers 1779 à Narbonne par le Marquis de Chefdebien, un initié des sociétés secrètes supérieures dont le rôle funeste a été dévoilé en 1913 par Benjamin Fabre, pseudonyme de l’historien catholique Jean Guiraud [26]. Le Rite primitif de Narbonne avait, en 1798, été exporté en Égypte par des officiers de l’armée de Bonaparte, qui avaient installé une loge au Caire [27]. Rentrés en France, certains d’entre eux, dont les frères Bédarride [28], ainsi que Gabriel Marconis de Nègre, créèrent le rite pseudo-égyptien dit de Misraïm.

Dissident de ce rite, Gabriel Marconis de Nègre fonda en 1838 le rite de Memphis qui rejoignit plus tard le Rite de Misraïm, pour former le Rite de Memphis Misraïm qui existe toujours.

Voici ce que Jacques-Étienne Marconis, Grand Maître Général du Rite, écrit au début de son livre Le Rameau d’or d’Éleusis :

En donnant le développement des travaux maçonniques, nous n’avons pas l’intention de divulguer les derniers secrets de notre sublime institution ; ils doivent rester couverts d’un voile impénétrable, mais ils renferment une double doctrine : l’une appelée exotérique, et l’autre ésotérique. C’est lorsqu’il est arrivé au grade le plus élevé de l’ordre que l’homme peut espérer connaître réellement cette dernière […] [29].

On trouve le même langage chez le franc-maçon américain Albert Pike ; voici ce qu’il a écrit en 1871 dans Morals and Dogma :

Ce que les chefs de l’Ordre ont vraiment cru et enseigné, est indiqué aux adeptes par les allusions contenues dans les hauts degrés de la franc-maçonnerie, et par les symboles que seuls les adeptes comprennent.

Les grades bleus ne sont que le parvis ou l’antichambre du Temple. Une partie des symboles y est divulguée à l’initié, mais ce dernier est intentionnellement induit en erreur. On ne veut pas qu’il les comprenne ; mais on veut qu’il s’imagine les comprendre. Leur vraie explication est réservée aux adeptes, aux princes de la maçonnerie. Tout le corps de doctrine de l’Art Royal et Sacerdotal fut caché si soigneusement, il y a de cela des siècles, dans les hauts grades que, même aujourd’hui, il est encore impossible de résoudre bien des énigmes qu’il contient. Il est assez bon pour la masse de ceux qui s’intitulent maçons de s’imaginer que tout est contenu dans les grades bleus ; et celui qui essaiera de les détromper perdra son temps et il violera ses obligations d’adepte sans aucun résultat. La maçonnerie est le véritable sphinx enfoui jusqu’au cou dans les sables accumulés par les âges [30].

Or Pike n’était pas n’importe qui. Voici ce qu’écrit à son propos l’Encyclo­paedia of Freemasonry, du franc-maçon américain Albert Mackey :

Sa bibliothèque est une merveille, tant par son importance que par le choix des ouvrages qu’elle contient, surtout en ce qui se rattache aux trésors de la littérature ancienne. Le F.˙. Pike est le Souv(erain) G(rand) Commandeur du Suprême Conseil Méridional du Rite Ecossais Ancien et Accepté, ayant été élu en 1859. Il est le G(rand) Maître Prov(incial) de la G(rande) Loge de l’Ordre Royal d’Écosse aux États-Unis et membre honoraire de presque tous les Suprêmes Conseils du monde. Il occupe un rang des plus distingués parmi les auteurs et les historiens maçonniques et même parmi les poètes. Son zèle inlassable est sans rival [31].

L’initié doit savoir se taire et ne jamais parler ouvertement, mais suggérer habilement sans se découvrir ; c’est ce qu’explique Oswald Wirth :

La parole parlée ou écrite exerce une action puissante, mais qui reste d’ordre profane. Or, la tradition initiatique préconise le silence qui fait la force de conspirateurs sachant penser dynamiquement. […] Un état d’esprit éclairé propage silencieusement une lumière secrète à laquelle rien ne résiste, car elle s’insinue sans éclat et sans éblouir. C’est la Vraie Lumière que recherchent les initiés.

Ceux qui l’ont conquise n’imposent pas leur opinion, mais ils stimulent la réflexion d’autrui à la manière de Socrate, en posant d’habiles questions, facilitant l’accouchement des idées personnelles. La vérité se cache au fond du puits de tout entendement humain. Il s’agit donc de la faire sortir de nous initiatiquement […].

Si les maçons savaient se comporter maçonniquement, ils exerceraient une irrésistible puissance spirituelle, non en s’agitant, mais par leur seule action de présence [32].

La franc-maçonnerie partage avec l’occultisme et la kabbale l’usage du discours ésotérique qui pratique systématiquement la dissimulation. C’est ce qu’a constaté un critique contemporain, Francis Kaplan, à propos du kabbaliste Maïmonide :

Le mérite de [Maurice-Ruben] Hayoun est de bien montrer que sa philosophie [de Maïmonide] est en fait ésotérique. Maïmonide déclare lui-même introduire dans son texte des artifices littéraires et des contradictions grâce aux quels le lecteur qui n’est pas digne de le comprendre lui attribuera une doctrine à sa portée tandis que le lecteur initié saura percer l’apparence et trouver la vraie doctrine [33].

Ce texte est très intéressant, car il expose une tactique qui est, non seulement celle de tous les auteurs ésotériques, mais encore celle des historiens initiés et favorables à la franc-maçonnerie. Ils exposent dans leurs œuvres leur véritable pensée mais en la faisant suivre de réserves contradictoires qui vont en voiler la réalité aux lecteurs profanes, alors que le lecteur initié saura parfaitement ce qu’il faut prendre et ce qu’il faut laisser dans cette palinodie. L’avantage de ce double langage est que, si un adversaire de la maçonnerie veut tirer parti des faits qu’ils révèlent, ils peuvent alors lui opposer leurs réserves. Aux yeux des chercheurs conformistes, ces dernières jouent le rôle de leurre destiné à leur faire abandonner la bonne piste.

Quelques textes de la franc-maçonnerie

Une lumière qui n’est pas faite pour tous les yeux

Dans Morals and Dogma, le Grand-Maître maçon Albert Pike nous fait du démon une description alambiquée, par prudence, mais qui nous dit tout de même qu’il est le libérateur et l’illuminateur :

Le vrai nom de Satan, nous disent les kabbalistes, est celui de Yahveh renversé ; car Satan n’est pas un dieu noir, mais la négation de Dieu. Le Diable est la personnification de l’athéisme ou de l’idolâtrie. Pour les initiés, ce n’est pas une personne, mais une force, créée pour le bien, mais qui peut servir au mal. C’est l’instrument de la liberté ou libre arbitre. Les initiés représentent cette force qui préside à la génération physique sous les traits mythologiques et cornus du dieu Pan ; de là vint le bouc du Sabbat, frère de l’ancien Serpent et le Porte-Lumière ou Phosphor, dont les poètes ont fait le faux Lucifer de la légende [34].

On trouve dans les rituels maçonniques de nombreuses allusions au démon, soigneusement camouflées, ainsi dans le rituel d’ouverture au grade de maître secret, 4e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté :

L’éclat du jour a chassé les ténèbres et la Grande Lumière commence à paraître [35].

Le profane va penser qu’il s’agit du soleil, mais l’initié assimile la Grande Lumière à l’étoile du matin ; la phrase est une parodie d’un passage de la 2e épître de saint Pierre (I, 19) : « …Jusqu’à ce que le jour vienne à poindre et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs » (en latin : donec dies elucescat, et lucifer oriatur in cordibus vestris). On notera que l’étoile du matin se dit en latin « lucifer ». Saint Pierre désignait le Christ qui est « la vraie Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » mais, pour l’initié véritable, le sens est tout autre !

Le nom de Lucifer donné à l’ange rebelle vient du livre d’Isaïe, chapitre XIV, versets 12 à 14 :

Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ? Comment es-tu abattu par terre, toi qui as réduit les nations ? Toi qui disais en ton cœur : « Je monterai dans les cieux, au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, dans l’extrême Nord. Je monterai sur les sommets des nuées, je serai assimilé au Très-Haut. »

Les Pères de l’Église ont assimilé cet « astre brillant » à Satan et comme la Vulgate de saint Jérôme traduisait « astre brillant » par « lucifer » le nom lui est resté.

Les rites maçonniques font souvent allusion à la mystérieuse « lumière » qui doit illuminer le maçon. Nous allons en savoir un peu plus sur cet illuminisme, grâce à un franc-maçon du 18e siècle.

Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe Inconnu (1743-1803), né à Amboise d’une famille de petite noblesse, fit ses études chez les Mauristes, puis à la faculté de droit de Paris. Avocat du roi à Tours, il devint le protégé du duc de Choiseul qui le reçut dans son château de Chanteloup, où il rencontra des occultistes et des illuminés célèbres. Comme le droit l’ennuyait, Choiseul le fit nommer sous-lieutenant au régiment de Foix qui était en garnison à Bordeaux. Là, il rencontra le franc-maçon et occultiste Martinès de Pasqually, créateur et Grand Souverain de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers, dont l’enseignement n’était rien d’autre qu’un mélange de gnose valentinienne, de kabbale et d’hermétisme [36]. Il fut le secrétaire de Martinès qui l’initia à ses pratiques magico-théurgiques. Martinès et ses disciples Willermoz et Saint-Martin vont être les inspirateurs de la maçonnerie dite martiniste qui prétend pratiquer le christianisme ésotérique, lequel n’est qu’un culte démoniaque camouflé [37].

Le premier ouvrage de Saint-Martin s’intitule en toute modestie : Des erreurs et de la Vérité, ou les hommes rappelés au principe universel de la science ; ouvrage dans lequel, en faisant remarquer aux observateurs l’incertitude de leurs recherches, & leurs méprises continuelles, on leur indique la route qu’ils auraient dû suivre, pour acquérir l’évidence physique sur l’origine du bien et du mal, sur l’homme, sur la nature matérielle et la nature sacrée, sur la base des gouvernements politiques, sur l’autorité des souverains, sur la justice civile et criminelle, sur les sciences, les langues & les arts, par un Ph… Inc…, à Édimbourg, 1775.

En fait, l’ouvrage avait été imprimé clandestinement à Lyon par Périsse-Duluc, imprimeur libraire franc-maçon qui faisait partie de la maçonnerie mystique lyonnaise du Rite Écossais Rectifié, fondé par Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Martinès de Pasqually.

Au début de son livre, Saint-Martin a placé un prologue dans lequel il déclare que son but est d’éclairer les hommes « sur les idées fausses qu’on leur a données de la vérité » (p. I). Il veut arracher le « voile hideux » dont on a couvert la science (p. I). Pour une telle entreprise, il lui faut plus que des ressources ordinaires (p. I), mais il ne veut pas s’expliquer sur celles qu’il emploie (p. II). Il ajoute :

Il suffira de dire qu’elles tiennent à la nature même des hommes, qu’elles ont toujours été connues de quelques-uns d’entre eux depuis l’origine des choses, & qu’elles ne seront jamais retirées totalement de dessus la terre, tant qu’il y aura des êtres pensants. [p. II].

Ces ressources que Saint-Martin ne veut pas nommer sont celles de la théurgie qu’il avait apprise de Martinès de Pasqually. Ces pratiques magiques, qui permettent de se mettre en rapport avec des puissances surnaturelles prétendument bénéfiques, sont effectivement connues depuis toujours par une minorité d’initiés aux « mystères d’en-bas ».

Quant aux principes qu’il expose, Saint-Martin prétend

… qu’ils sont la vraie clef de toutes les allégories & des fables mystérieuses de tous les peuples, la source première de toutes les espèces d’institutions, le modèle même des loix qui dirigent l’univers & qui constituent tous les êtres […] hors de ces principes, il ne peut y avoir de véritable science. [p. III.]

Mais avant d’aller plus loin, Saint-Martin a soin de donner à ses lecteurs un avertissement que les initiés comprendront :

Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat. C’est pour cela que le petit nombre des hommes dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels.

Aussi me suis-je promis d’user de beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper souvent d’un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de tout autre chose que de ce dont je parais traiter. [p. IV-V.]

Il est tout de même curieux que des principes si utiles doivent être si soigneusement dissimulés !

A la fin de son livre, Saint-Martin appelle les hommes à retrouver la langue primitive universelle qui pourra les réunir, mais il les prévient qu’ils ne peuvent y arriver seuls et qu’ils ont besoin d’une « main puissante » qui les soutienne. Et il ajoute :

On sait aussi que cette main puissante est cette même cause physique, à la fois intelligente & active, dont l’œil voit tout, & dont le pouvoir soutient tout dans le temps… [p. 536.]

Ensuite, Saint-Martin se laisse emporter par son enthousiasme et nous révèle, à mots couverts bien sûr, la nature de la divinité qu’il adore :

Combien sa confiance n’augmentera-t-elle pas dans cette cause, en qui résident tous les pouvoirs, quand il apprendra qu’elle possède éminemment cette langue vraie et unique qu’il a oubliée, et qu’il est obligé aujourd’hui de rappeler péniblement à sa mémoire ; quand il saura qu’il ne peut sans cette cause en connaître le premier élément, et surtout quand il verra qu’elle habite et gouverne souverainement ce carré fécond, hors duquel l’homme ne trouvera jamais ni le repos ni la vérité.

Alors, il ne doutera plus qu’en s’approchant d’elle, il ne s’approche de la seule et vraie lumière qu’il ait à attendre, et qu’il ne trouve avec elle non seulement toutes les connaissances dont nous avons traité, mais bien plus encore la science de lui-même, puisque cette cause, quoique tenant à la source de tous les nombres, s’annonce néanmoins partout spécialement par le nombre de ce carré, qui est en même temps le nombre de l’homme.

Que ne puis-je déposer ici le voile dont je me couvre, et prononcer le nom de cette cause bienfaisante, la force et l’excellence même, sur laquelle je voudrais pouvoir fixer les yeux de tout l’univers ! Mais, quoique cet être ineffable, la clef de la nature, l’amour et la joie des simples, le flambeau des sages, et même le secret appui des aveugles, ne cesse de soutenir l’homme dans tous ses pas, comme il soutient et dirige tous les actes de l’univers, cependant le nom qui le ferait le mieux connaître, suffirait, si je le proférais, pour que le plus grand nombre dédaignât d’ajouter foi à ses vertus et se défiât de toute ma doctrine ; ainsi, le désigner plus clairement, ce serait éloigner le but que j’aurais de le faire honorer.

Je préfère donc de m’en reposer sur la pénétration de mes lecteurs. Très persuadé que malgré les enveloppes dont j’ai couvert la vérité, les hommes intelligents pourront la comprendre, que les hommes vrais pourront la goûter, et même que les hommes corrompus ne pourront au moins s’empêcher de la sentir, parce que tous les hommes sont des C-H-R. [p. 537-538.]

Nous avons là un panégyrique du prétendu « dieu bon » que servent les initiés !

A ceux qui douteraient de la pertinence de Saint-Martin comme auteur maçonnique, nous objecterons ce passage de la notice « Saint-Martin » du Dictionnaire de la franc-maçonnerie (rédigé par des maçons) :

Saint-Martin est un grand écrivain maçonnique. Son œuvre est capable de contribuer au développement de la spiritualité chez les maçons et, très particulièrement, chez les maçons Écossais Rectifiés : dans sa fidélité à la doctrine de Martinès de Pasqually, il est de leur bord, par l’explication qu’il en donne, il a droit d’être reconnu comme l’un de leurs docteurs [38].

La Parole perdue

Lors d’une initiation au grade de Maître, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté, le vénérable de la loge fait le récit du meurtre d’Hiram – l’architecte du temple de Salomon –, meurtre accompli par trois mauvais compagnons qui voulaient obtenir le mot de reconnaissance dont les Maîtres se servaient pour pouvoir toucher leur salaire, afin de passer pour Maîtres dans d’autres pays et d’en recevoir la paye.

Le vénérable fait ensuite coucher le ré­cipiendaire dans un cercueil et le couvre d’un drap mortuaire, pour qu’il figure Hi­ram ; puis il tient ce discours :

Les assassins s’étant rejoints, se demandèrent réciproquement la parole de Maître ; mais, voyant qu’ils n’avaient pu l’obtenir et désespérés d’avoir commis un crime inutilement, ils ne songèrent plus qu’à en dérober la connaissance ; à cet effet, ils enlevèrent le corps d’Hiram et le cachèrent sous des décombres et dans la nuit, ils le portèrent hors de Jérusalem sur une montagne où il fut enterré.

Le Respectable Maître Hiram ne paraissant plus aux travaux comme à son ordinaire, Salomon fit faire les plus exactes recherches, mais inutilement, lorsque les douze Compagnons qui s’étaient rétractés, soupçonnant la vérité, se réunirent et résolurent entre eux d’aller trouver Salomon, avec des gants et des tabliers blancs, comme témoignage de leur innocence et l’informèrent de ce qui s’était passé. Salomon envoya les douze Compagnons à la recherche de leur Maître Hiram et dans le cas où ils le trouveraient, de chercher sur lui la Parole de leur grade, observant que, s’ils ne pouvaient pas la trouver, elle était alors perdue, attendu qu’il n’y avait que trois personnes qui la connussent, et qu’elle ne pouvait être donnée que par elles réunies, dont Hiram faisait partie ; que, pour l’avenir, le premier signe qui serait fait en retrouvant le corps d’Hiram (en supposant qu’il fut mort) et le premier mot prononcé seraient substitués aux anciens signe et mot [39].

Que signifie ce récit qui n’a aucun fondement biblique [40] ? Voici ce que nous dit le Dictionnaire de la franc-maçonnerie :

La recherche de la Parole perdue est, en fait, la fin dernière de la maçonnerie.

Elle n’est autre que le primitif « mot sacré » des Maîtres que nul ne peut plus prononcer depuis qu’Hiram, ayant refusé de le remettre aux mauvais compagnons, en a emporté le secret dans la tombe. Cette parole est, écrit Wirth, la « clef du secret maçonnique, autrement dit la compréhension de ce qui reste inintelligible aux profanes et aux initiés imparfaits ».

Plantagenêt [41] l’interprète correctement, selon nous, en écrivant : « On ne peut plus clairement faire d’Hiram le symbole de la connaissance, et du “mot sacré” la clé des arcanes de l’harmonie. Ce Maître est assassiné... Ce mot merveilleux perd tout pouvoir. Son enveloppe matérielle reste présente dans la mémoire de tous ceux qui l’ont reçu, mais il n’a plus d’autre valeur que celui d’un traditionnel moyen de reconnaissance. L’esprit qui, dans la sagesse d’Hiram, le rendait vivant et générateur de grandes choses n’est plus. Les Maîtres ne détiennent plus le secret de la loi, c’est à peine si les meilleurs d’entre eux le devinent et tous hésitent, la certitude les a fuis... et le Temple reste inachevé. Le mot sacré primitif des Maîtres maçons ne se prononce plus, la Parole est perdue, mais tous nous la cherchons avec ferveur. »

Le thème de nombreux hauts grades — et particulièrement du 18e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté (Rose-Croix) — est la recherche et la découverte de cette parole [42].

Le grand initié qu’était René Guénon (1886-1951) – occultiste et maçon du 90e degré dans le rite de Memphis-Misraïm va nous fournir un commentaire très intéressant [43] (je coupe les innombrables incidentes oiseuses dont Guénon est coutumier et qui allongent inutilement sa prose) :

Si nous en venons à la « parole perdue » et à sa recherche dans la maçonnerie, nous devons constater que, tout au moins dans l’état actuel des choses, ce sujet est entouré de bien des obscurités […]. La première chose qu’il y a lieu de remarquer à cet égard, c’est que le grade de Maître […] insiste sur la « perte de la parole », qui y est présentée comme une conséquence de la mort d’Hiram, mais paraît ne contenir aucune indication expresse quant à sa recherche, et qu’il y est encore moins question de la « parole retrouvée ». Cela peut sembler vraiment étrange, puisque la Maîtrise, étant le dernier des grades qui constituent la maçonnerie proprement dite, doit nécessairement correspondre, […] à la perfection des « petits mystères » […]. On peut, il est vrai, répondre que l’initiation à ce grade […] n’est proprement qu’un point de départ […] ; mais encore faudrait-il qu’il y ait dans cette initiation même quelque chose qui permette d’« amorcer » […] la recherche constituant le travail ultérieur […] ; or nous pensons que, malgré les apparences, il en est bien réellement ainsi. En effet, le « mot sacré » du grade est manifestement un « mot substitué », et il n’est d’ailleurs donné que comme tel ; mais, en outre, ce « mot substitué » est d’une sorte très particulière : il a été déformé de plusieurs façons différentes, au point d’en être devenu méconnaissable, et on en donne des interprétations diverses […]. Maintenant, si l’on restitue la forme correcte de ce mot, on s’aperçoit que son sens est tout autre que ceux qui lui sont ainsi attribués : ce mot, en réalité, n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai « mot sacré » ou la « parole perdue » elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’univers.

Guénon ajoute ici une note très intéressante :

Nous n’avons pas à chercher si les déformations multiples, tant en ce qui concerne le mot lui-même que sa signification, ont été voulues ou non […] ; mais ce qui est certain en tout cas, c’est qu’elles ont pour effet de dissimuler entièrement ce qu’on peut regarder comme le point le plus essentiel du grade de Maître, dont elles ont fait ainsi une sorte d’énigme sans aucune solution apparemment possible.

Et Guénon conclut ainsi son paragraphe :

Ainsi, la question étant posée, la recherche est bien « amorcée » […] comme nous le disions tout à l’heure ; il appartiendra dès lors à chacun, s’il en est capable, de trouver la réponse et de parvenir à la Maîtrise effective par son propre travail intérieur.

Résumons tout ce que nous venons d’apprendre :

La recherche de la Parole perdue est la fin dernière de la maçonnerie.

C’est la clef du secret maçonnique, autrement dit la compréhension de ce qui reste inintelligible aux profanes et aux initiés imparfaits.

Hiram est le symbole de la connaissance. Il a été tué par une trinité.

Les Maîtres, c’est-à-dire les initiés, ne détiennent plus le secret…, c’est à peine si les meilleurs d’entre eux le devinent et tous hésitent ; la certitude les a fuis.

Le « mot sacré » du grade est un « mot substitué » destiné à mettre les Maîtres sur la voie de la connaissance.

Mais ce mot a été déformé au point d’être devenu méconnaissable. Ces déformations dissimulent entièrement le « mot sacré » et en font une énigme. Il appartient à chaque Maître-maçon, s’il en est capable, de trouver la réponse.

La réponse serait le vrai « mot sacré » ou la « parole perdue » elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’univers.

Ici, je pose à mon tour une question : si le véritable nom du Grand Architecte de l’univers était celui du Dieu de la Bible, serait-il nécessaire de le camoufler aussi soigneusement ?

Poser la question, c’est y répondre !

Les collaborateurs du Grand Œuvre

Dans le livre du Compagnon, Oswald Wirth explique que les ouvriers du Grand Œuvre doivent se laisser posséder par le « Génie » de la franc-maçonnerie :

Le Compagnon, qui au point de vue psychique, parvient à réaliser le programme de son grade, ne travaille plus isolément. Il se surpasse dans ce qu’il entreprend, comme s’il bénéficiait d’une inspiration qu’on aurait jadis attribuée aux dieux, aux muses, aux anges, aux démons ou aux esprits. En réalité, de mystérieuses influences lui prêtent bien leur concours, mais elles s’expliquent naturellement par l’action psychologique exercée par la collectivité sur tout individu qui a su entrer avec elle en communion effective. Il ne suffit pas d’appartenir à la franc-maçonnerie simplement par le corps, en faisant partie d’une loge et en se conformant aux obligations matérielles contractées lors de l’initiation. On ne devient vraiment maçon que par l’âme, en se laissant pénétrer par des vibrations transformatrices de l’individualité profane. Nous ne serons de véritables ouvriers du Grand Œuvre que lorsque notre entité intellectuelle et morale vibrera à l’unisson avec la grande âme de la franc-maçonnerie. Chacun de nous, en cela, doit aspirer au Génie, qui, sous une forme ou sous une autre, ne peut manquer d’être le partage de tout Compagnon authentique [44].

Oswald Wirth décrit ensuite l’illumination maçonnique qui permet à l’initié de conquérir la gnose :

Compagnon est synonyme d’associé. On ne saurait être Compagnon sans avoir des compagnons de travail, et sans constituer avec eux une collectivité unitaire au point de vue psychique. Cette collectivité réagit sur l’individu, si bien que la lumière générale se répercute en chaque intellectualité particulière, dans la mesure où celle-ci a su se rendre réceptive.

Tout initié véritable bénéficie ainsi d’une illumination qui lui permet de conquérir la gnose, c’est-à-dire la connaissance caractéristique de tout esprit ayant su pénétrer les mystères de l’initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu’ils sont strictement incommunicables : il faut les découvrir par soi-même pour les posséder. Ce sont des secrets qui échappent à toute divulgation, car ils portent sur des vérités d’un ordre philosophique si élevé, que la parole est impuissante à les traduire. Aussi la philosophie initiatique n’a-t-elle jamais été formulée en un langage s’adressant à l’oreille. Il ne faut la chercher en aucun texte écrit, pas même en des pages aussi sincèrement rédigées que les présentes à l’usage de ceux qui ont dû voir l’étoile flamboyante.

La gnose ne s’acquiert qu’à force de méditations personnelles, portant sur les symboles multiples qui sollicitent l’esprit à deviner leur sens caché. On ne saurait trop insister sur ce point : un suprême enseignement se dégage pour le penseur averti de l’ensemble de notre symbolisme. Sachons en saisir la signification la plus profonde, et notre entendement s’illuminera de la plus radieuse clarté de compréhension. C’est alors que, possédant la gnose, il nous sera permis d’affirmer que nous connaissons la lettre G [45].

Cette lettre G, qui est le symbole le plus important du grade de Compagnon, est souvent représentée au centre d’une étoile flamboyante à cinq pointes et occupe une place d’honneur dans les temples maçonniques du Rite Écossais puisqu’elle est située à l’orient, au dessus de la chaire du Vénérable [46].

 Que signifie exactement cette lettre ? Les ouvrages maçonniques ne donnent évidemment pas de réponse nette et précise, mais proposent une foule de sens : Géométrie, Génie, Gnose, God ou Gott ; toutefois le F.˙. Jean-Pierre Bayard, dans son livre intitulé Le Symbolisme maçonnique traditionnel, nous dit ceci, à propos de l’initiation au grade de Compagnon :

Ensuite l’étoile flamboyante éclairée avec, en son centre, la lettre G, donne lieu à quelques commentaires. Le symbole de cette étoile se réfère au Grand Architecte de l’univers, il représente l’initié parfait ; l’étoile oriente le Compagnon dans sa marche vers l’idéal initiatique […] [47].

On peut déjà émettre l’hypothèse que la lettre G représente la divinité cachée des maçons. Cette hypothèse devient extrêmement probable quand on continue la lecture de Jean-Pierre Bayard :

D’après la Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), de l’étoile flamboyante émane la vraie lumière, « elle est le symbole du Soleil de l’univers ». Vuillaume dans son Manuel maçonnique (édition de 1830, p. 270) indique qu’au 18e degré, le Très Sage a sur sa poitrine une étoile flamboyante avec la lettre G au milieu :

D. — Quelle est l’heure du parfait maçon ?

R. — Le moment où la Parole est recouvrée, que la pierre cubique s’est changée en rose mystique, que l’étoile flamboyante a reparu dans toute sa splendeur, que nos outils ont repris leur forme, que la lumière est rendue dans tout son éclat à nos yeux, que les ténèbres sont dissipées et que la nouvelle loi maçonne doit régner désormais dans nos travaux.

L’étoile flamboyante rayonne la lumière ; elle illumine l’être qui s’y abreuve ; elle reste l’un des plus beaux symboles maçonniques, car elle matérialise la volonté toute-puissante et elle demeure l’instrument de la réintégration, du savoir et de l’intelligence [48].

Et plus loin Bayard est encore plus clair :

G c’est la recherche de l’absolu, c’est la racine de l’être, c’est tout ce que l’on ne peut définir car, comme le dit Eliphas Levi, « Un Dieu défini est un Dieu fini ». C’est donc l’insondable Absolu, emblème du Grand Arcane, mais c’est aussi l’Esprit vivificateur, l’Âme vivante universelle. Comme le dit Baillon, G est le sperme divin, le fluide universel, impondérable, le reflet du Verbe, du Logos. Et c’est retrouver le mystère de l’union qui constitue finalement le Grand Arcane du Verbe [49].

La lettre G symbolise donc ce dieu de la franc-maçonnerie qu’il vaut mieux ne pas définir.

Revenons à Oswald Wirth et au livre du Compagnon. Pour agir, nous dit-il, l’initié doit capter une énergie extérieure à lui-même :

Après avoir dompté les forces envahissantes, il peut les diriger et les asservir ; telle est la mission du Compagnon qui, pour agir avec efficacité, doit savoir se rendre passif et réceptif avec discernement […]. C’est parce que le compagnonnage est le grade de l’action féconde, qu’il prévoit la réparation des forces et la captation par l’individu d’une énergie extérieure à lui-même [50].

Cette énergie, c’est celle de « l’Intelligence universelle » :

A quelque grade qu’il travaille, le maçon est au service de l’Intelligence universelle, qui préside à l’évolution des êtres. Il se fait l’agent, le ministre de l’Intelligence, l’exécuteur de ses intentions. Il est l’organe agissant, le constructeur qui ne suit pas son caprice, mais se conforme au plan général d’après lequel tout se construit [51].

Satan existe, nous explique Wirth, mais il n’est pas celui qu’on croit ; en fait, le vrai Satan c’est l’obscurantisme – sous-entendu, c’est l’Église catholique qui s’oppose à la lumière du Grand Architecte de l’univers :

Cette bêtise, cette inintelligence coupable de toutes les souffrances que les hommes s’infligent entre eux, représente pour l’initié le grand ennemi, l’adversaire par excellence (1), qui doit être combattu sans relâche d’abord en nous-mêmes, puis autour de nous. S’éclairer soi-même, afin de pouvoir ensuite éclairer autrui, tel est le véritable objet du travail maçonnique. Nous travaillons, nous luttons, en vue de conquérir la lumière, puis de la répandre. Nous sommes ouvriers de lumière et nous collaborons comme tels au Grand Œuvre du Grand Architecte de l’univers.

(1) Adversaire se dit « Satan » en hébreu. Or, le véritable Satan, qui s’oppose à la lumière créatrice, c’est l’obscurantisme, n’en déplaise à ceux qui anathématisent l’émancipation des intelligences [52].

Au contraire, nous dit Wirth, le Grand-Œuvre divinise ceux qui y participent :

Par le travail initiatique enfin, nous participons au pouvoir créateur et nous nous divinisons ! Les initiés comprendront [53].

L’initié véritable connaît les secrets du Dieu-lumière et, de ce fait, il est infiniment supérieur au vulgaire et mérite de gouverner le monde :

En tant qu’être pensant, l’homme participe à la divinité, il est divin, puisqu’il est l’organe grâce auquel s’objective la pensée de notre Dieu planétaire. […] De même que nous avons individuellement une intelligence, une mémoire, une volonté, une imagination, etc., l’humanité dans son ensemble possède ce que l’on est convenu d’appeler une âme. Cette entité psychique collective a toujours été, sous des noms multiples, la grande déesse des anciens initiés, l’épouse du Dieu-lumière, dont le rayonnement est universel. L’initié se distinguait du vulgaire par la connaissance de mystères qui lui donnaient le sentiment de sa dignité. Il se considérait comme un être privilégié, admis à prendre sa part au gouvernement du monde ; car la suprême divinité, celle qui préside à la formation de toutes choses, passait pour l’avoir investi de sa confiance, en lui révélant des secrets dérobés au commun des hommes [54].

Car l’initié est un être divin qui va transformer le mal en bien, nous explique Wirth :

Ces secrets avaient un caractère redoutable et sacré. Leur divulgation, en admettant qu’elle ait pu être praticable, aurait équivalu au pire des sacrilèges. Mais, par sa nature même, le secret initiatique reste inviolable. Les mots ne sauraient le traduire, aucune mentalité ne parvient à le saisir, sans subir, de ce fait, une modification profonde. L’initié ne pense plus comme il pensait avant d’avoir compris ; sa volonté non plus ne s’exerce plus arbitrairement, comme précédemment. Il est devenu un être qui ne s’appartient plus à lui-même en tant qu’individu. Sans mépriser ses intérêts particuliers […], l’initié les subordonnera toujours à d’autres, plus généraux et plus nobles. Il sera au service de ce qui veut et doit se faire, agissant en toutes choses comme un ouvrier intelligent de la transmutation universelle du mal en bien, autrement dit, comme un artisan éclairé du progrès, ou, pour parler maçonniquement, comme un constructeur habile à réaliser le plan du Grand Architecte de l’univers [55].

En fait Wirth a raison sur un point : l’initié est effectivement un être qui transforme le mal en bien puisque la franc-maçonnerie réalise l’inversion des valeurs chrétiennes, le bien devenant le mal et étant condamné comme tel, le mal devenant le bien et étant comme tel protégé par les lois. Dans la société chrétienne, l’infanticide prénatal ou postnatal était un crime. Aujourd’hui, tuer des bébés dans le ventre de leur mère est une bonne œuvre remboursée par la Sécurité sociale et protégée par la loi à tel point qu’il est interdit même de la critiquer ; et naturellement, le fait d’essayer d’empêcher cet infanticide prénatal est un délit que les lois et les juges de notre République maçonnique punissent sévèrement.

Mais le Grand Œuvre est un travail surhumain qui nécessite une assistance supranaturelle :

Pour avoir mordu au fruit défendu, nos premiers parents furent condamnés au travail. Esclaves de leurs besoins physiques, il leur fallut peiner pour vivre et lutter âprement en vue de leur propre conservation. S’ils furent châtiés avec une extrême rigueur, eux qui, dans leur désobéissante curiosité, n’avaient que timidement entamé le fruit tentant, quel sera donc le châtiment des initiés, assez impies pour se nourrir systématiquement de l’aliment interdit ? Ils ne pourront expier leur crime qu’en travaillant, eux aussi ; mais, il ne s’agira plus pour eux de gagner simplement leur pain à la sueur de leur front, avec la perspective de ne retrouver le repos que dans la tombe. A ce labeur purement humain, s’ajoute pour l’initié un travail d’un autre genre, affectant un caractère réellement surhumain. Ce travail, en effet, est celui des Ælohim, de Lui-les-dieux, que la Genèse désigne comme le foyer générateur de la lumière coordinatrice du chaos. C’est une activité qui n’a ni commencement ni fin : elle est éternelle et n’est interrompue par aucune phase de repos. L’être qui s’y associe se condamne à une action incessante, qui ne saurait prendre fin, même avec l’usure de son instrument corporel [56].

Là encore, Wirth a raison : l’activité de l’initié ne s’arrêtera pas avec sa mort ; elle se poursuivra dans l’éternité, en enfer, tout simplement !

Quelques exemples d’iconographie maçonnique

La franc-maçonnerie adore Satan voilé sous des symboles

Le démon est le singe de Dieu. De même qu’à la messe nous adorons le Christ caché sous les apparences du pain et du vin, de même les francs-maçons, en loge, rendent – souvent à leur insu – un culte au démon qui est, lui aussi, caché. Mais il ne s’agit que d’une singerie et non d’une similitude parfaite : alors que le Christ est réellement et substantiellement présent sous le voile des saintes espèces, le démon, lui, n’est présent que d’une présence spirituelle puisqu’il ne peut s’incarner, mais cette présence est manifestée par des symboles qui la rendent intelligible aux véritables initiés, tout en la cachant aux autres. C’est cela le culte satanique de la maçonnerie et non les apparitions de boucs imaginées par Léo Taxil.

Le vrai sens des symboles maçonniques n’est intelligible qu’aux grades supérieurs ; ils ne sont pas explicitement révélés à l’initié qui doit les découvrir lui-même. Les symboles, comme le langage maçonnique, sont à double sens : un sens ésotérique accessible seulement aux initiés supérieurs et un sens exotérique pour les profanes et les initiés inférieurs.

Le profane ou le maçon de grade inférieur, s’il est chrétien, va être rassuré par l’abondance des symboles chrétiens dans l’iconographie maçonnique. Cette abondance s’explique par la nécessité du camouflage qui s’est imposée à la franc-maçonnerie dès ses débuts. L’émergence de la maçonnerie est indiscutablement liée au mouvement rose-croix, association secrète de kabbalistes, d’alchimistes, de magiciens et de théosophes gnostiques du 17e siècle. Ces gens là étaient des lucifériens conscients, mais ils ne pouvaient se présenter comme tels dans une société majoritairement chrétienne. Pour sortir de leurs ghettos et subvertir peu à peu la chrétienté, ils étaient obligés de couvrir leur doctrine satanique d’un emballage chrétien. Ils ont donc repris les symboles de l’iconographie catholique en détournant leur sens ; c’est ainsi que le triangle, symbole de la Sainte Trinité, est devenu dans les loges le « Delta lumineux », symbole du dieu des maçons, le Grand Architecte de l’univers.

Les symboles maçonniques sont extrêmement nombreux : nous avons vu l’étoile flamboyante et la lettre G, puis le triangle, mais il y a aussi l’équerre, le compas, le soleil, la lune, les étoiles à cinq ou six branches, l’œil « divin », etc. Tous ont été abondamment commentés par les auteurs maçons, toujours avec le double langage destiné à égarer les profanes. Nous allons nous limiter à un symbole typique, celui du serpent.

Un symbole maçonnique typique, le serpent Ouroboros

La franc-maçonnerie se proclame, à juste titre, l’héritière de la gnose. Or, dès le début de l’ère chrétienne, les gnostiques les plus avancés pratiquaient le culte du serpent, comme nous le rappelle Étienne Couvert :

Il existait parmi les sectes gnostiques celle des Ophites ou Naasànes (ophis en grec et naas en hébreu signifient serpent) ; ce sont les grands gnostiques, ceux qui ont pénétré le plus avant dans le mystère des révélations : « Nous vénérons le serpent, disent-ils, parce que Dieu l’a fait cause de la gnose pour l’humanité : il apprit à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en-haut » [57].

Or le discours maçonnique moderne rappelle étrangement celui de ces gnostiques de l’Antiquité. Voilà ce qu’écrivait Oswald Wirth :

Le serpent séducteur, qui incite à mordre au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, symbolise un instinct particulier, non plus celui de la conservation, mais une impulsion à la fois plus noble et plus subtile, dont le propre est de faire éprouver à l’individu le besoin de s’élever dans l’échelle des êtres.

Cet aiguillon secret est le promoteur de tous les progrès, de toutes les conquêtes qui étendent la sphère d’action des individus, aussi bien que des collectivités. Cela explique pourquoi le serpent, inspirateur de désobéissance, d’insubordination et de révolte, fut maudit par les anciens théocrates, alors qu’il était en honneur parmi les initiés. Ceux-ci estimaient, en effet, qu’il ne saurait rien y avoir de plus sacré que les aspirations qui nous portent à nous rapprocher progressivement des dieux, envisagés comme les puissances conscientes, chargées de débrouiller le chaos et de gouverner le monde.

Rendre semblable à la divinité, tel était l’objet des anciens mystères. Le myste se divinisait en se purifiant et en s’élevant moralement et intellectuellement au-dessus du vulgaire des humains. De nos jours, le programme de l’initiation n’a pas changé ; le maçon moderne se divinise, lui aussi, mais il a conscience qu’il ne saurait le faire qu’en travaillant divinement, c’est-à-dire en s’appliquant à parachever la création laissée imparfaite. Élevé au-dessus de l’animalité humaine, le constructeur, agent d’exécution du plan divin, se fait dieu, au sens antique du mot [58].

La franc-maçonnerie a donc repris discrètement ce culte en mettant au nombre de ses emblèmes favoris le serpent qui se mord la queue, l’ouroboros [59].

Voici trois exemples de l’ouroboros associé à des symboles maçonniques ; le deuxième est l’emblème du Rite maçonnique de Misraïm.

 

                  

 

Ouroboros et symboles maçonniques

Emblème du Rite maçonnique de Misraïm

Pendentif maçonnique avec étoile flamboyante, lettre G, ouroboros


Sur ce détail d’un tableau célèbre daté de 1789 et attribué à Jean-Jacques Le Barbier, illustrant La Déclaration des Droits de l’homme, on voit l’ouroboros en dessous du titre avec le delta lumineux de la franc-maçonnerie qui surmonte la composition.

De même, on voit l’ouroboros au revers de cette médaille de la loge des Rigides Observateurs, Orient de Paris.

 

Voici maintenant un tablier maçonnique de Rose-Croix ; rappelons que le grade de Prince Rose-Croix est le 18e degré du Rite Écossais Rectifié. A droite, l’hostie et le calice sont enfermés par le serpent ouroboros.


       

 

 


 

Voici un autre tablier maçonnique en soie à décor imprimé – que l’on pouvait donc reproduire à des centaines d’exemplaires. Sur la bavette, en haut, nous voyons l’étoile flamboyante entourée de l’ouroboros.

Nous pourrions multiplier les exemples. Le serpent est un des symboles favoris de la franc-maçonnerie.

Les images du « Génie » de la franc-maçonnerie représentent en fait Lucifer

D’abord qu’est-ce qu’un génie ? Voici ce que nous dit le Dictionnaire iconologique de Lacombe de Prezel, daté 1756, en page 130 :

Génies. En peinture & en sculpture, ce sont des figures d’enfants ailés, avec des attributs qui servent dans les sujets allégoriques à représenter les vertus, les passions, les arts, etc. Les génies sont particulièrement désignés par une petite flamme au dessus de la tête.

Au début de la Révolution, L’Iconologie de Gaucher, illustrée par MM. Gravelot et Cochin (1791, tome 2, p. 64), écrit à peu près la même chose :

Les génies des sciences & des arts se représentent par des adolescents, ou des enfants, ayant une flamme sur la tête & tenant les attributs ou les instruments des sciences ou des arts qu’on veut désigner.

Nous avons là des définitions claires : enfant ou adolescent ailé, flamme sur la tête, attributs variables.

Nous allons voir que la franc-maçonnerie va utiliser cette iconographie dans les œuvres artistiques qu’elle inspire, mais que son génie est représenté par un adulte et non plus par un enfant, ce qui est normal étant donné le rôle capital de ce génie de la franc-maçonnerie, rôle qu’Oswald Wirth nous a expliqué :

Nous ne serons de véritables ouvriers du Grand Œuvre que lorsque notre entité intellectuelle et morale vibrera à l’unisson avec la grande âme de la franc-maçonnerie. Chacun de nous, en cela, doit aspirer au génie, qui, sous une forme ou sous une autre, ne peut manquer d’être le partage de tout Compagnon authentique [60].

Sur cette photo du temple n° 1 du GODF, le temple Arthur Groussier, on voit, à l’Orient, une voûte en cul de four décorée d’une fresque illustrant le thème de la maçonnerie affranchissant les esclaves. En voici le détail :

Au dessus du personnage féminin qui brandit un triangle et qui est l’allégorie de la franc-maçonnerie, on voit planer un personnage ailé, une sorte d’ange : c’est le génie de la franc-maçonnerie ; il occupe la place qui, dans les tableaux religieux, est traditionnellement dévolue à Dieu ou aux anges qu’il envoie.


Détail important, le génie brandit une torche enflammée ; la torche donne la lumière, donc le personnage porte la lumière. Comment nomme-t-on en latin celui qui porte la lumière ? Nous connaissons déjà la réponse à cette question, mais voici une image qui va nous la confirmer.

Ce n’est pas une image maçonnique, c’est une estampe du 17e siècle, d’après Le Guerchin, intitulée « Lucifer ». Vous voyez que son attribut caractéristique est la torche qu’il brandit.

Nous n’en avons pas fini avec ce « Génie » de la franc-maçonnerie, que nous allons retrouver dans bien d’autres images.

La première en date, à ma connaissance, est celle qui orne le frontispice de la 5e édition des Constitutions d’Anderson, publiée à Londres en 1784, par « la société des francs-maçons » [61].

L’ouvrage comporte une explication du frontispice qui en identifie les allégories : en haut, figure la Vérité tenant un miroir qui illumine l’intérieur de Freemasons’ Hall ; elle est accompagnée des trois vertus théologales ; en-dessous, le « Génie de la maçonnerie », envoyé par la Vérité et ses assistants, descend dans la salle en brandissant une torche allumée. Le génie a une flamme sur la tête, à son cou pend un triangle et, à son bras, un ruban muni d’une médaille, ruban destiné au Grand Maître.

Ouvrons maintenant un livre écrit par un important franc-maçon dont nous avons déjà parlé : Le Rameau d’or d’Éleusis du F.˙. Jacques-Étienne Marconis, publié en 1861. Voici le frontispice qui est titré : « Le Génie de la F.˙.M.˙. appelle les hommes ». Il est fort laid, ce génie de la F.˙.M.˙., comme on le constate sur le détail, à droite :


 

 


J. E. Marconis. Le rameau d’or d’Éleusis. Frontispice

 

Nous voyons qu’il est lui aussi un porte lumière : il brandit une torche rayonnante ; il a également une flamme sur la tête et, naturellement, il est pourvu de tous les attributs et symboles maçonniques : maillet, miroir, compas, truelle, triangle, rameau d’acacia, etc.

Ici le génie de la F.˙. M.˙. est revendiqué comme tel et, seule, sa véritable identité est dissimulée. Mais il arrive souvent que ce génie figure dans des œuvres d’art où il reçoit un autre nom et où, seuls, des symboles – compris des seuls initiés – permettent de l’associer à la franc-maçonnerie.

C’est le cas pour ce tableau intitulé « La liberté ou la mort » [62], peint en 1795 par Jean-Baptiste Regnault (1754-1829), peintre néo-classique français contemporain et rival de David. Le tableau figure trois personnages lévitant au-dessus d’un globe terrestre : au centre un génie ailé aux ailes déployées et aux bras grand ouverts, encadré par une femme à gauche et un squelette à droite.

Or, on sait que le peintre Regnault était un initié ; c’est ce qui ressort d’un autre de ses tableaux, intitulé « L’homme physique, l’homme moral et l’homme intellectuel » [63], qu’une étude approfondie faite par Jean-Pierre Cuzin, conservateur au département des Peintures du musée du Louvre, qualifie d’« allégorie maçonnique » [64].

Mais il semble que personne ne se soit avisé que « La liberté ou la mort » est également un tableau maçonnique, car on l’interprète généralement comme une simple allégorie révolutionnaire illustrant la devise jacobine bien connue.

Or, le tableau est ambivalent : la femme qui brandit un bonnet phrygien symbolise, dit-on, la Liberté, mais elle est assise sur un bloc de pierre orné du serpent ouroboros, elle tient une équerre et un fil à plomb et son front est surmonté d’une étoile à six branches : elle symbolise donc surtout la maçonnerie.

Quant au génie ailé qui occupe le centre du tableau, certes, il ne porte pas de torche enflammée – probablement pour une raison d’équilibre de la composition, car une torche eût empiété sur les symboles des deux personnages latéraux – en revanche, la flamme qui surmonte sa tête est nettement plus grande qu’elle ne l’est d’habitude : c’est cette grande et forte lumière qui nous permet d’assimiler le personnage à Lucifer avec d’autant plus de vraisemblance que son visage et sa chevelure ressemblent étrangement à ceux du Lucifer du Guerchin que nous venons de voir.

Enfin la mort, représentée par le squelette de droite, est omniprésente dans la symbolique et surtout la rituélique maçonnique, notamment pour l’initiation au grade de Maître.

Après l’œuvre de Regnault, nous allons nous intéresser à celle d’un de ses élèves, Jacques Réattu, un peintre arlésien dont l’œuvre est conservée presque intégralement au Musée Réattu d’Arles.

Lauréat du prix de Rome en 1790, Réattu y resta vingt mois et y peignit ce grand tableau achevé en 1792 : « Prométhée, élevé par le Génie et protégé par Minerve, dérobe le feu du ciel. » Il s’agit d’un thème typiquement luciférien : Prométhée défiant Zeus en allant chercher le feu sacré pour le donner aux hommes. Un dossier réalisé par le Musée Réattu nous rappelle que :

Derrière le thème mythologique se cache une allégorie révolutionnaire. Prométhée symbolise – selon la Grande Encyclopédie parue à la fin du 18e  siècle – « le héros de l’impiété, défiant les vieilles croyances au nom du progrès […], l’apô­tre d’une religion, sorte de messie qui doit procurer à l’humanité le bonheur idéal, la science infinie ». Il représente le rebelle qui se révolte contre le pouvoir divin. […] La présence du génie ailé auprès de Prométhée confirme cette interprétation : la flamme sur sa tête suffit clairement à l’identifier comme « le Génie de la Vérité » [65].

L’auteur de ce commentaire se trompe : ce génie n’est pas celui de la vérité – mais plutôt du mensonge – et la flamme sur la tête – qui est l’attribut habituel de tous les génies – symbolise ici l’illumination ; le génie n’a pas de torche enflammée et c’est normal, puisque c’est Prométhée qui la brandit.

Je n’ai pas trouvé trace de l’affiliation de Réattu à la franc-maçonnerie, mais elle me paraît cependant probable, étant donné les idées qu’il exprime dans sa peinture. Notons au passage qu’il a pu être initié à Rome où, malgré la police pontificale, qui ne devait pas être très efficace, plusieurs loges maçonniques existaient depuis 1742 [66] au moins.

Rentré à Marseille, républicain et sans doute maçon, Réattu n’a aucune peine à obtenir, en 1794, la commande d’un « Triomphe de la Liberté » destiné à décorer la Convention nationale.

Ce tableau n’a jamais été réalisé du fait de la chute de Robespierre, mais il en reste deux esquisses peintes.

Selon Réattu lui-même, ce tableau représente :

…la force guerrière [qui] fait triompher la liberté des prêtres et rois coalisés contre elle. Les peuples armés pour la défendre la portent en triomphe sur leurs boucliers et foulent aux pieds le royalisme, l’athéisme et le fanatisme. Elle a à ses côtés la sagesse, qui écarte l’épais nuage qui cachait la fraude et la politique de ses ennemis. L’égalité la suit, amenant avec elle le règne des lois, des valeurs et des talents. Le peuple régénéré termine le tableau en bénissant la liberté d’avoir brisé son fer [67].

Bizarrement, Réattu qui détaille tous les personnages, ne parle pas du génie ailé qui domine la composition, occupant la place qui est celle de la divinité ou de ses anges dans les tableaux religieux. Ce génie est nu et coiffé d’un bonnet phrygien que surmonte une flamme. Il ne porte pas de torche, mais c’est tout son corps qui est lumineux et qui éclaire la scène. De plus, dans les deux esquisses, il fait très nettement le geste de repousser les nuages sombres qui sont à gauche. Nous avons là l’inversion luciférienne typique : l’ange de lumière qui écarte les ténèbres de la superstition, car c’est lui qui les écarte et non la sagesse comme le prétend Réattu ! La sagesse fait très nettement le geste de désigner de l’index l’ange de lumière, pour montrer que c’est le personnage le plus important de l’ensemble !

On notera à droite, dans l’obscurité, la présence du personnage qui brandit l’équerre et le fil à plomb ; Réattu le désigne comme l’égalité, alors qu’il s’agit manifestement d’un homme qui pourrait être l’initié qui se dissimule dans l’ombre.

Ce manque d’exactitude, dont fait preuve Réattu dans la description d’un tableau qu’il connaît mieux que personne, est typique du langage de l’initié qui ne peut révéler au grand public le vrai sens des symboles et des allégories qu’il emploie. Mais il sait que les véritables initiés le comprendront.

De Réattu, ce farouche jacobin, la Restauration fera un baron !

On trouve d’autres exemples de ce génie porte-lumière dans l’art de la période révolutionnaire, surtout dans des estampes de qualité plus ou moins médiocre ; en voici une intitulée : « Le Génie de Voltaire et de Rousseau conduisit ces écrivains célèbres au temple de la gloire & de l’immortalité ».

Mais la figure la plus connue du génie-Lucifer est sans doute la statue du « Génie de la Liberté » due à Augustin Dumont (1801–1884) et placée en 1835 au sommet de la colonne de Juillet, place de la Bastille. Ce personnage ailé, entièrement nu, n’a pas de flamme au dessus du front mais une étoile à six branches ; il tient des chaînes brisées dans la main gauche et, de la main droite, il brandit une torche allumée.

Dumont est l’auteur d’un monument figurant le maréchal Bugeaud, monument qui décore depuis 1853 la place Bugeaud, à Périgueux. Or Bugeaud était franc-maçon et Dumont l’a représenté avec la main droite sur le cœur, dissimulée sous son baudrier, geste typiquement maçonnique. Il est donc probable que Dumont était lui-même maçon.

Enfin, voici une affiche, datant de 1875 ou 1876, qui figure le « Triomphe de la République » éclairée par le génie de la franc-maçonnerie, et piétinant les couronnes et les monarques :

En bas et au centre, entre le comte de Chambord et Napoléon III, au-dessus des inscriptions « Droit divin » et « Plébiscite », une tête livide et inidentifiable présente les trois points qui constituent la discrète signature maçonnique de la composition.



 

 

 

 

 

U

 

Conclusion : la franc-maçonnerie prépare la venue de l’Antéchrist

En 1881, dans une lettre prophétique adressée à l’historien Claudio Jannet, à l’occasion de la nouvelle édition qu’il venait de donner de l’ouvrage du R.P. Deschamps, Les Sociétés secrètes et la société, Mgr Gay [68] a dépeint la franc-maçonnerie comme la mère de l’Antéchrist :

Il est donc là (dans les sociétés secrètes) formulé et institué, vivant et opérant, avec des artifices surhumains, une activité formidable, hélas ! et avec un prodigieux succès, ce vieux « mystère d’iniquité », qui, du temps de saint Paul, avait déjà sa place et son action dans le monde, et dont le dernier fruit et l’agent souverain doit être « l’homme de péché, le fils de la perdition », l’Antéchrist, le grand possédé et le maitre ouvrier de Satan. Dans sa superbe et son audace, il se dressera contre tout ce qui porte le nom de Dieu..., contre le Christ..., contre tout pouvoir exercé au nom du Très-Haut : pouvoir sacerdotal, politique, civil ou domestique... Il foulera sous ses pieds choses et personnes, au nom du genre humain dont il se proclamera le roi, le Verbe et même le Dieu, car c’est jusque-là qu’il ira, et il est fatal qu’il y aille. Saint Paul l’annonce en termes explicites (II ad Tess, II, 4.) Et voici qu’en regardant l’État qu’on appelle moderne, encore que ce soit précisément l’État antique, l’État païen, l’État tel que la franc-maçonnerie le rêve et le veut, tel qu’elle a commencé et réussi à l’établir dans le monde, l’État qui domine tout, centralise et absorbe tout et entend le faire sans contrôle, étant la nation même et ce peuple souverain qui n’a pas besoin, dit Rousseau, d’avoir raison pour valider ses actes, il faut reconnaître et affirmer que la prophétie devient déjà l’histoire. 

La franc-maçonnerie est le champ qui produira ce fruit abominable. Elle est l’avant-courrière, elle sera tout à l’heure la mère de ce tyran, régnant pour le compte de l’enfer et en inaugurant l’État ici-bas. Elle prépare tout pour l’avènement et le triomphe de l’Antéchrist ; elle lui aplanit les voies, lui concilie d’avance l’esprit des hommes, lui gagne leur sympathie ; elle lui crée ses ressources et lui forme en tout pays son organisme politique ; elle popularise ses principes et lui formule son dogme ; elle propage sa morale qui, partant du mensonge, aboutit à la perversion ; elle fonde son enseignement et lui en assure le monopole ; elle recrute son armée ; elle pourvoit à ce qu’il ait son appareil scientifique, littéraire, artistique ; elle bâtit ses théâtres ; elle lui dresse ses tribunes ; elle prélude à sa législation et lui en invente la langue ; elle tient sa presse toute prête ; enfin, en construisant son trône, qu’elle sait devoir être un jour un autel, elle lui façonne surtout son peuple, le peuple aveuglé, dégradé et servile qu’il lui faut pour être acclamé, servi et obéi [69].

A n’en pas douter, notre époque est une préfiguration du règne de l’Antéchrist, à moins qu’elle n’en soit le début !


[1]  — Né le 10 février 1863 à Toulouse, décédé le 15 octobre 1931 à Bram (Aude), à l’âge de 68 ans. Ancien élève de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion « des Pavillons Noirs » (1882-1884), il était capitaine d’infanterie lorsqu’il démissionna en 1889. Collaborateur de la RISS dès 1912, soit sous son nom, soit sous le pseudonyme d’A. R. Milous, il se vit confier par Mgr Jouin la responsabilité de la partie « occultiste » de la revue (la RISS « rose ») en 1928. Il fut l’objet d’une campagne d’insinuations calomnieuses de la part de René Guénon – lui-même franc-maçon et occultiste infiltré dans les rangs des anti-maçons –, qui l’accusait plus ou moins d’être un occultiste camouflé. Voir Marie-France James, Esotérisme et christianisme, autour de René Guénon, Paris, Nouvelles Éd. Latines, 1981, p. 327 et 338 à 348.

[2]  — Revue internationale des Sociétés secrètes, t. XVII, année 1928, Partie Occultiste, n° 3, 1er mars 1928, p. 81 (conclusion de l’étude intitulée « Hébro-paganisme », rééditée en brochure par les éditions Delacroix).

[3]  — Dom Paul Benoît La Cité antichrétienne au 19e siècle, 2e partie, La Franc-maçonnerie, tome second, Paris, Victor Palmé, 1886, p. 13.

[4]  — « The Masonic system was devised three centuries ago, at a time of general unrest and change, as a preparatory infant-school in which once again the alphabet of a world-old Gnosis might be learned and an elementary acquaintance made with the science of human regeneration. » Walter Leslie Wilmshurst, The Masonic Initiation, William Rider & Son, Ltd. and Percy Lund, Humphries & Co. Ltd., London, 1924. Consultable sur : https://archive.org/stream /The_Masonic_Initiation_-_W._L._Wilmshurst/The_Masonic_Initiation_-_W._L._Wilmshurst_djvu.txt

[5]  — Ibid., p. 84.

[6]  — Mgr Delassus, La Conjuration antichrétienne. Le Temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Église Catholique, Lille, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer et Cie, 1910, t. II, p. 726, note 1.

[7]  — Oswald Wirth, La Franc‐maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, II. Le Compagnon, Paris, Dervy-Livres, 1974, p. 75.

[8]  — C’était la thèse de l’abbé de Bessonies, voir : Marie-France James, Ésotérisme et christianisme, autour de René Guénon, Paris, Nouvelles Éd. Latines, 1981, p. 341. Certains chercheurs croient cependant à la réalité de Diana Vaughan et du Palladisme. Leur position est expliquée dans : Athirsata, L’affaire Diana Vaughan - Léo Taxil au scanner, consultable sur : http://sourcesretrouvees.free.fr/taxil.htm.

[9]  — Sur cette affaire, voir : Charles Nicoullaud : L’Initiation dans les sociétés secrètes. L’initiation maçonnique, Cadillac, ESR, 2005, p. 96 à 101, et l’abbé Emmanuel Barbier, Les Infiltrations maçonniques dans l’Église, Desclée de Brouwer, 1910, p. 77 à 80.

[10] — Paris-Tournai, Casterman, 1888.

[11] — Paris, Bloud & Barral, Bruxelles, Société belge de librairie, 1890.

[12] — Albert Pike (1809-1891), fut avocat à Little Rock, à Memphis, puis à Washington. Reçu maçon en 1850, il se vit conférer le 32e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté en 1853. Il reçut le 33e en 1857 et fut élu Grand Commandeur Suprême Conseil de la Juridiction Sud du rite, pour les USA.

[13] — Communisme la soluce, Communisme et complotisme : Contre les délires complotistes anti-communistes. Pour une approche réelle des faits. Consultable partiellement sur : https://books.google.fr/ books?id=NXokDwAAQBAJ&pg=PA39&lpg=PA39&dq=Adolphe+Ricoux+L%E2%80%99Existence+des+loges+de+femmes&source=bl&ots=v6Ge9mbS22&sig=CImGYsnPQ0YG3_YMUl-5j-Kq1AM&hl=fr& sa=X&ved=0ahUKEwjO8u_awNbbAhWEDcAKHeI4ChMQ6AEIQzAH#v=onepage&q=Adolphe%20Ricoux%20L%E2%80%99Existence%20des%20loges%20de%20femmes&f=false. L’ouvrage est présenté sur le site : https://communisme-complotisme.jimdo.com/ (il s’agit d’un site communiste).

[14] — Texte consultable sur : http://onvousment.free.fr/antimacons.htm.

[15] — « Morals and Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry est un chef d’œuvre. […] Morale et dogme – dogme, au sens de doctrine, proposée, non point imposée – du Rite Écossais Ancien et Accepté, rédigé et publié en 1871 par ordre du Suprême Conseil de la Juridiction Sud, emprunte à toutes les initiations, à toutes les traditions, à toutes les écoles de mystères. Souvent l’auteur se fait compilateur ; quitte à remanier et à interpoler, il incorpore des fragments d’auteurs précédents, le plus souvent cité étant Eliphas Lévi. » (Extrait de la notice rédigée par le F.˙. Robert Amadou, dans Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 665-666).

[16] — N° spécial 110 de Lecture et Tradition, nov.-déc. 1984.

[17] — N° spécial 167 de Lecture et Tradition, janvier 1991.

[18] — Tiré à part de Action familiale et scolaire, 1988.

[19] — Tous parus aux éditions Faits et Documents.

[20] — Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1981. Esotérisme, Occultisme, Franc-maçonnerie et Christianisme aux 19e et 20e siècles. Explorations bio-bibliographiques, idem.

[21] — Montréal et Paris, Éd. Paulines et Médiaspaul, 1985.

[22] — Éd. Droguet et Ardant.

[23] — Éd. Plon-Mame.

[24] — Quelques ouvrages ont paru récemment sur le sujet que nous étudions, mais nous n’avons pas encore pu les lire : Serge Abad-Gallardo, Je servais Lucifer sans le savoir ; Johan Livernette, La Franc-maçonnerie, 300 ans d’imposture ; Stéphane Blet, Franc-maçonnerie, l’effroyable vérité

[25] — Jean Vaquié, « A propos de la contre-Église » Bulletin d’études de la Société Augustin Barruel, n° 6, 4e trim. 1980, p. 49.

[26] — Benjamin Fabre (Jean Guiraud), « Franciscus, eques a capite galeato », un initié des sociétés secrètes supérieures, Paris, La Renaissance Française, 1913.

[27] — Jean Bricaud Origine du Rite de Memphis Misraïm, 1933. Voir https://www.esoblogs.net/4313 /origine-du-rite-de-memphis-misraim/

[28] — Des juifs du Comtat Venaissin.

[29] — Jacques-Etienne Marconis, Le rameau d’or d’Éleusis, Paris, chez l’auteur, 1861, p. 75. Dans cette citation, comme dans toutes celles qui suivent, les passages mis en italique l’ont été par nous.

[30] — Albert Pike, Morals And Dogma of the Ancient and Accepted Scottish Rite of Freemasonry, Charleston, 1871, p. 819.

[31] — An encyclopaedia of freemasonry and its kindred sciences comprising the whole range of arts, sciences and literature as connected with the institution, by Albert G. Mackey, M.D., containing also an addendum, giving the results of subsequent study, research and discovery to the present time, by Charles T. Mcclenachan…, new and revised edition, Philadelphia, L. H. Everts & Co., 1884, p. 1014-1015.

[32] — Oswald Wirth, « Le Travail maçonnique », Le Symbolisme, n°178, octobre-novembre 1933.

[33] — Francis Kaplan, « Les Lumières de Cordoue », in Passages, n° 86, octobre-novembre 1997, p. 50-51 (recension de l’ouvrage de Maurice-Ruben Hayoun, Les Lumières de Cordoue à Berlin. Histoire intellectuelle du judaïsme).

[34] — Morals and Dogma, p. 102. « The true name of Satan, the Kabalists say, is that of Yahveh reversed ; for Satan is not a black god, but the negation of God. The Devil is the personification of Atheism or Idolatry. For the Initiates, this is not a Person, but a Force, created for good, but which may serve for evil. It is the instrument of Liberty or Free Will. They represent this Force, which presides over the physical generation, under the mythologic and horned form of the God Pan ; thence came the he-goat of the Sabbat, brother of the Ancient Serpent, and the Light-bearer or Phosphor, of which the poets have made the false Lucifer of the legend. »

[35] — Étienne-François Bazot, Le Tuileur expert des sept grades du rite français ou rite moderne ; trente-trois degrés du rite écossais ancien et accepté ; grades symboliques de la grande loge d’Écosse ; maître écossais du régime rectifié de Dresde ; grand inspecteur général anglais primitif…, Paris, Boiste fils ainé, 1828, p. 57. 

[36] — Voir : Alain Marbeuf, « Martinès de Pasqually et La gnose Valentinienne », dans The Rose+Croix Journal, 2008, vol 5. https://53c6d244da20b8bd88b9-d371a9a8dcda56907487b76ea494763b. ssl.cf5.rackcdn.com/vol5_50_73_marbeuf.pdf.

[37] — Les études les plus approfondies du sujet restent celles de René Le Forestier : – La Franc-maçonnerie occultiste au 18e s. & l’ordre des Élus Coens, Paris, Dorbon ainé, 1928, rééd. La Table d’Émeraude, 1987 ; – La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux 18e et 19e siècles, Paris et Louvain, Aubier-Montaigne et Nauwelaerts, 1970. Mais l’auteur était certainement un initié et ses conclusions ne sont pas fiables, même si sa documentation est intéressante.

[38] — Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, 2e édition, Paris, P.U.F., 1987, p. 1077.

[39] — Rituel au Grade de Maître selon le REAA, 1804 – https://www.esoblogs.net/3795/rituel-au-grade-de-maitre-selon-le-reaa-1804/.

[40] — Hiram de Tyr est mentionné dans la Bible au 1er Livre des rois (7, 13-45). Ce n’est pas un architecte mais un fondeur d’airain et Salomon lui fait fabriquer tout le mobilier de la « maison de Yahvé » (le temple de Jérusalem). Il n’est nulle part question de sa mort. La première mention de la légende d’Hiram se trouve dans Masonry dissected (1730) de Samuel Pritchard. Voir http://www.ledifice.net/3241-J.html.

[41] — Plantagenêt est le pseudonyme d’un franc-maçon belge nommé Édouard Ignace Engel (1893-1943), né à Bruxelles dans une famille d’origine judéo-allemande et naturalisé français en 1928. Il fut directeur de la revue Les annales maçonniques et publia en 1929 et 1931 trois volumes de Causeries initiatiques qui ont toujours un grand succès chez les maçons francophones (note C. L.).

[42] — Daniel Ligou, Dictionnaire…, p. 891.

[43] — Publié initialement sous le titre : « Parole perdue et mots substitués », dans la revue Études Traditionnelles, juillet à décembre 1948. Repris dans le recueil posthume Études sur la franc-maçonnerie et le compagnonnage, tome II, Barcelone, Hades éditions, 2017. Consulté sur le site http://esprit-universel.over-blog.com/2014/09/rene-guenon-parole-perdue-et-mots-substitues.html

[44] — Oswald Wirth, La Franc‐maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, II. Le Compagnon, Paris, Dervy-Livres, 1974, p. 68-69.

[45] — Id., ibid., p. 69-70.

[46] — Jean-Pierre Bayard, Le Symbolisme maçonnique traditionnel, Paris, Éd. Du Prisme, 1974, p. 391.

[47] — Id., ibid., p. 375.

[48] — Id., ibid., p. 393.

[49] — Jean-Pierre Bayard, ibid., p. 398.

[50] — Id., ibid., p. 73-74.

[51] — Id., ibid., p. 77-78.

[52] — Id., ibid., p. 76.

[53] — Id., ibid., p. 79.

[54] — Id., ibid., p. 99-100.

[55] — Id., ibid.

[56] — Id., ibid., p. 100-101

[57] — Étienne Couvert, De la gnose à l’œcuménisme, Éditions de Chiré, 1983, p. 21.

[58] — Oswald Wirth, La Franc‐maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, II. Le Compagnon, Paris, Dervy-Livres, 1974, p. 92-93.

[59] — Du mot grec οὐροϐóρος qui signifie « qui se mord la queue ».

[60] — Oswald Wirth, La Franc‐maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, II. Le Compagnon, Paris, Dervy-Livres, 1974, p. 69

[61] — Constitutions of the Antient Fraternity of Free and Accepted Masons…, Londres, Rozea, 1784. Le frontispice porte l’inscription : « Publish’d as the act directs by the society of free masons, at their hall in Great Queen Street, Lincolns Inn Fields, 1786 ».

[62] — Conservé à la Kunsthalle de Hambourg.

[63] — Conservé au musée des beaux-arts de Brest.

[64] —  « Une fraternité dans l’histoire Les artistes et la franc-maçonnerie aux 18e et 19e s. » http://www.besancon.fr/gallery_files/site_1/346/353/779/10441/dossier_de_presse_fraternite.pdf. – Voir aussi : La Revue du Louvre et des musées de France Chronique des amis du Louvre, 22e année, 1972, n° 6, p. 469, et Patrimoines brestois, Lettre n° 7, printemps 2009 https://www.brest.fr/fileadmin/ Documents/publications/patrimoine_brestois/patrimoines_brestois07.pdf.

[65] — Julie Mazé, Jacques Réattu, peintre néoclassique, dossier pédagogique du Musée Réattu, Arles, 2015. http://www.museereattu.arles.fr/assets/pdf/publics/PRINT-VERROU_MR_DossPedago2015_ REATTU.pdf.

[66] — Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris, P.U.F., 1987, p. 627.

[67] — Cité par Julie Mazé, Jacques Réattu, peintre néoclassique.

[68] — Mgr Charles-Louis Gay (1815-1892) fut évêque in partibus d’Anthédon et évêque auxiliaire de Poitiers aux côtés du cardinal Pie. Théologien mystique et directeur spirituel renommé, il a laissé de nombreux ouvrages de spiritualité qui exercèrent une grande influence dans les couvents français jusqu’au concile Vatican II.

[69] — Lettre reproduite par Claudio Jannet, dans le tome III de l’ouvrage du R.P. Nicolas Deschamps, Les Sociétés secrètes et la société, Avignon et Paris, Seguin et Oudin, 1883, pages X à XIV.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 106

p. 67-105

Les thèmes
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