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La pénétration des principes maçonniques dans l’Église

 

 

 

par Alexandre Olivier Musey

 

 

Introduction

APRÈS LE CONSUMMATUM EST du Vendredi saint, mesurant tout ce qu’il avait perdu et tout ce qu’il allait perdre dans la suite des âges, le démon n’a poursuivi qu’un but : ruiner totalement l’œuvre du salut opérée par le nouvel Adam et édifier son propre règne sur ce monde. Une première question se pose immédiatement : existe t-il un lien organique qui sous-tendrait les erreurs des pagodes de l’Inde, des temples de Memphis ou d’Héliopolis, et les mystères d’Éleusis en Grèce ? Ce lien perdurerait-il dans la gnose, le Manichéisme, les erreurs des Albigeois et les secrets des Templiers ? Établirait-il enfin une filiation avec les Encyclopédistes, les Illuminés, les Jacobins et les franc-maçons des trois derniers siècles ? Existe t-il entre les uns et les autres un lien qui en ferait un même corps, un même être ?

Au point de vue historique, il est certain qu’aucune secte ne s’est perpétuée depuis les temps anciens jusqu’à l’époque moderne. Si la plupart des écrivains francs-maçons cherchent à donner à leurs officines une origine antique, c’est pour leur conférer une autorité qu’elles ne peuvent tirer ni de la raison, ni de l’histoire. Une telle revendication prouve seulement que la secte tend, par ses doctrines et ses pratiques, à la restauration du paganisme antique dans sa plus grande perversion. Les déviations des gnostiques, des manichéens, des albigeois et des Templiers, sont le fond commun d’où la franc-maçonnerie est issue. En puisant à ces diverses sources, la secte s’est forgée un ésotérisme de synthèse, dont les variantes entre les diverses obédiences ne portent en fait que sur des points de détail sans véritable importance.

Dans les Constitutions des francs-maçons – fondement de la maçonnerie spéculative, rédigées en partie par Anderson et publiées à Londres en 1723 –, on lit :

Bien qu’autrefois les maçons aient eu l’obligation d’appartenir dans chaque pays à la religion du lieu, quelle qu’elle fût, maintenant il a paru plus à propos de ne les obliger à appartenir qu’à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, en leur laissant le choix de leurs opinions individuelles. [...] Par là, la maçonnerie deviendra le centre de l’union et le moyen de créer une fraternité véritable entre des gens qui, sans cela, seraient restés divisés pour toujours [1].

Quelle est donc cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord ? L’ancien Grand Maître du Grand-Orient de France, Jacques Mitterrand, écrit :

Poser cette question c’est déjà reconnaître le caractère révolutionnaire du texte d’Anderson. [...] Tout d’abord, Anderson répudie la religion d’État. Mais cela ne lui suffit pas, il laisse à chacun ses propres opinions. [...] Ainsi toutes les opinions, et les opinions religieuses en particulier, sont à égalité de droit. De telles idées devaient mener loin. Elles constituaient vraiment une religion universelle [2].

Dès sa fondation au début du 18e siècle, la maçonnerie spéculative s’est adjugée une prétention à l’universalité. Elle s’est assignée d’opérer, écrit Bernard Fäy, « l’unité mentale et sociale de l’humanité ». Léon de Poncins ajoute :

Cette pseudo-mystique se base avant tout sur le principe de Démocratie ; on affirme, et c’est la clé de voûte maçonnique, que le Grand Secret, en quelque sorte, est l’éminente Royauté de l’Homme. C’est l’affirmation de la primauté de l’Homme devant la Révélation. [...] L’Homme, dit la franc-maçonnerie, est un Dieu possible. Organisons-le socialement, internationalement, universellement et il pourra se jouer du Dieu de légende et de cauchemar qui le poursuit. C’est la libération de l’Homme par rapport au divin [3].

Cependant, cette religion était trop intellectuelle et trop sèche. Elle s’avéra insuffisante et inefficace car elle n’était qu’exotérique.

Rien d’étonnant, écrit l’abbé Catry, qu’à la faveur du secret, une autre tradition [...] se soit insinuée, venue de la kabbale juive, ésotérique celle-ci, [...] non pas par le dessus, en chevauchant doctrines et sectes, mais par le dessous, en se saisissant du fond et en le transformant, et qui branche le sujet, au moyen de l’initiation, sur un Esprit puissant, sorte de force centrale du monde. Du coup, l’institution, toujours empêchée de dogmatiser par sa profession de tolérance et de libéralisme, se trouvait en possession d’une doctrine qu’elle ne pouvait qu’occulter en des symboles, et d’un réseau distribuant lumière et force. [...] La maçonnerie devenait une sorte de corps mystique destinée à concurrencer le Corps Mystique du Christ, elle se dressait en Contre-Église [4].

Cette doctrine se réfère à la « Tradition Primitive », sans doute parce qu’elle se rattache à la tentation du paradis terrestre, où Satan suggéra à l’homme de l’imiter, c’est-à-dire de se diviniser lui-même par les seules forces de sa nature, avec son assistance.

Les juifs du 13e siècle, en Espagne, prétendaient la tenir de Moïse par tradition orale (Kabba). Oswald Wirth, l’un des rénovateurs de l’« esprit initiatique », l’appelait « la gnose intégrale, révélatrice de tous les secrets », dont la possession fait que « tout devient rectificativement vrai », parce qu’elle éclaire, en les interprétant comme autant de symboles, tous les cultes et toutes les doctrines. René Guénon l’a nommée « Métaphysique » et son disciple Frithjof Schuon en a tiré un livre proclamant dans son titre « l’unité transcendante des religions » [5].

L’Esprit puissant, sorte de force centrale du monde, est l’énergie universelle, sorte de dieu immanent de l’univers, un dieu cosmique. Comment viendra son règne ?

Par un travail en deux phases distinctes et complémentaires, marquées par les deux bras d’un personnage symbolique à la quinzième lame du tarot initiatique (selon une image empruntée à Oswald Wirth) [6]. Il est dénommé le diable. Le bras droit brandit le cierge jaune dont la flamme allume les révolutions, le gauche représente la fécondité, en élevant dans la main le symbole de l’union des sexes. Deux inscriptions affectent les besognes en termes d’alchimie : au droit de dissoudre, disloquer, ruiner, décomposer : « solve »; au gauche de procéder aux cristallisations et synthèses nouvelles c’est-à-dire de construire : « coagula ». A la rage de destruction qui marque le satanisme, succède, au moment voulu, l’avènement de l’ordre luciférien. Ainsi, alors que le Grand-Orient mène à son terme la révolution, le Suprême Conseil écossais s’adonne à l’œcuménisme, il prépare le rassemblement et l’unification des religions dans l’empire mondial qui s’annonce [7].

On lit, d’autre part, dans la revue maçonnique Le Symbolisme :

Ne laissez pas dire, mes frères, que la franc-maçonnerie est l’anti-Église ; cela n’a été qu’une phrase de circonstance ; fondamentalement, la franc-maçonnerie se veut une super-Église, l’Église qui les réunira toutes [8].

Ce n’est donc qu’après un démantèlement suffisant que l’Église pourra être absorbée dans la super-Église.

Nous allons maintenant illustrer la pénétration des principes maçonniques dans l’Église. C’est l’ultime combat de Satan, le dernier débordement de haine de l’Enfer.

La Révolution française

Pour reconstruire la société sur une base entièrement nouvelle, la maçonnerie devait au préalable ébranler les trônes qui protégeaient l’Église (solve). C’est ce qu’elle fit en suscitant des révolutions depuis la fin du 18e siècle, d’abord en Europe, puis dans le monde. Dans La Conjuration antichrétienne, Mgr Delassus retranscrit quelques fragments d’ouvrages publiés dans la deuxième partie du 18e siècle [9]. Ils montrent, d’une part, que la Révolution de 1789 a été un premier essai d’application des principes enseignés dans les loges maçonniques et, d’autre part, que ce crime révolutionnaire fut l’œuvre des francs maçons. En 1771, Sébastien Mercier, futur conventionnel, publia : L’an 2240 ou rêve s’il en fut jamais, un livre étrange où tous les événements qui allaient s’accomplir, dix-huit ans après, étaient nettement indiqués : avènement de la République, abolition des ordres religieux, mariage des moines, permission du divorce, annexion des États pontificaux, « Ô Rome, disait Mercier, que je te hais ! Que tous les cœurs embrasés d’une juste haine ressentent la même horreur que j’ai pour ton nom ! » L’abbé Le Franc, martyr aux Carmes en septembre 1792, publia, peu avant les massacres, deux ouvrages [10], où il montra la filiation entre les philosophes des Lumières et les révolutionnaires de 1789.

Le même langage tenu par tous les clubs, écrit-il, le même esprit d’irréligion manifesté de la même manière dans toutes les loges maçonniques, tout indique l’unité de principes, le même moteur, les mêmes enseignements, la même haine et la même fureur contre la religion chrétienne et contre la seule religion chrétienne. Oui ! c’est à elle seule qu’on en veut, et c’est pour la détruire que l’on bouleverse la France, puisque la religion catholique est la seule dont le culte soit proscrit, la seule à laquelle on refuse des temples, la seule dont on persécute les ministres avec un acharnement qui tient de la fureur.

La franc-maçonnerie s’accommode en effet assez bien du protestantisme, elle s’en sert même comme d’un pont pour faire passer le peuple chrétien au naturalisme, c’est-à-dire à l’affranchissement du surnaturel. En jugeant la Révolution le 11 juin 1793, le pape Pie VI évoqua lui aussi « une vaste conjuration tramée ». La négation pratique du principe de subordination de la société civile à la loi divine positive fut une victoire de 1789. Elle fragilisait non seulement l’Église de France, mais aussi l’exercice du pouvoir temporel des papes.

Le concordat de 1801

Si la volonté systématique de déraciner la foi catholique fut un échec, un autre danger s’annonçait. La franc-maçonnerie, Napoléon en tête – car les sources citées par le père Nicolas Deschamps semblent ne laisser aucun doute sur son affiliation à la secte [11] –, préparait une lutte moins brutale, mais plus sournoise, contre l’Église. Ils n’avaient pu la détruire de front, ils allaient tenter de la séduire. Le Concordat de 1801 fut une étape cruciale de cette manœuvre séductrice.

L’État, écrit Mgr Delassus, va commencer par s’unir à l’Église et se servir de cette union pour l’asservir ; puis, quand il la croira assez affaiblie pour ne pouvoir plus vivre par elle-même, il se séparera de nouveau d’elle ; espérant que, privée de son soutien, elle périra [12].

C’est ce qu’il fit en France en 1905. Le Concordat de 1801, signé par le pape Pie VII et Napoléon, reconnaît que « la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des citoyens français ». Elle n’obtint donc pas seule le bénéfice de la publicité du culte, contrairement à ce que le pape avait demandé. Dès lors, l’Église se trouvait en position de faiblesse. Que pourra-t-elle dire le jour où la majorité décidera que Dieu n’existe pas ? Mgr Delassus écrivit très justement :

Le Concordat, par cette rédaction, reconnaissait au protestantisme et au judaïsme, à raison de la fraction de citoyens qui en font profession, des droits dans l’État semblables à ceux du catholicisme. Ces droits semblables devinrent bientôt des droits égaux, et, actuellement, c’est aux protestants et aux juifs, qui restent cependant toujours le petit, très petit nombre, qu’est faite la situation privilégiée [13].

Si les articles du Concordat n’étaient, ni formellement, ni directement opposés à la doctrine catholique, ils donnaient néanmoins au gouvernement français la possibilité d’entraver l’exercice de l’autorité ecclésiastique. D’autre part, l’empereur promulgua, le 18 avril 1802, des articles organiques que le pape Pie VII n’avait jamais lus et qui mettaient le clergé français sous la dépendance absolue du gouvernement. Le pape Pie VII désapprouva ces lois le 24 mai 1802 dans son allocution Quam luctuosam, puis le 10 juin 1809, dans la bulle Quum memoranda. Le 22 mars 1806 il déclara :

Sous cette égale protection de tous les cultes, se cache et se déguise la persécution la plus dangereuse, la plus astucieuse qu’il soit possible d’imaginer contre l’Église de Jésus-Christ.

L’empereur n’en tint aucun compte : il fit surveiller l’enseignement des évêques, des prêtres, ainsi que les cours donnés dans les séminaires, nomma plusieurs évêques qui avaient prêté serment à la schismatique Constitution du clergé, empêcha les ordres religieux de se reconstituer, mit en prison un grand nombre de prêtres, et décida la rédaction d’un nouveau catéchisme pour prescrire ce que les catholiques de ses États devaient croire en matière de foi. Enfin, il exprima, peu avant sa chute, le regret de ne pas régner dans un pays où le souverain fût en même temps le chef de l’Église.

Lorsqu’il fut interrogé, à Sainte-Hélène, par son chirurgien anglais O’Méara, sur son opinion concernant les sectes maçonniques, il déclara : « Ils ont aidé à la Révolution et, dans ces derniers temps encore, à diminuer la puissance du pape et l’influence du clergé [14]. » O’Méara lui demanda également s’il n’avait pas encouragé les francs-maçons : « Un peu, répondit-il, parce qu’ils combattaient le pape [15]. » Ce fut la miséricorde de Dieu qui change souvent les obstacles en moyens, le zèle éclairé du clergé français et la foi de la nation française qui, pour un temps, permirent d’empêcher l’idée napoléonienne de parvenir à ses fins.

Le carbonarisme et la Haute-Vente

La révolution maçonnique qui ébranla la France et l’Europe à partir de 1789 n’était cependant que l’étape d’un plan plus vaste et plus diabolique encore. Ce plan nous est connu par les documents que le cardinal Bernetti, secrétaire d’État et gouverneur de Rome, sous le pontificat de Léon XII, intercepta. Il s’agit des instructions secrètes et de la correspondance particulière des chefs de la Haute-Vente des Carbonari, dont la tâche, à partir de 1819, fut de faire disparaître le pouvoir temporel des papes et celle, plus hardie encore et plus incroyable, de corrompre l’Église catholique dans ses membres, dans ses mœurs et même dans ses dogmes.

Le 3 avril 1824, Nubius, jeune timon de la Vente Suprême en Italie, écrivait : « On a chargé nos épaules d’un lourd fardeau. Nous devons arriver par de petits moyens bien gradués, quoiqu’assez mal définis, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape. » L’Instruction secrète permanente donnée aux membres de la Haute-Vente est plus explicite encore :

Notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution française, l’anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l’idée chrétienne. [...] Ce que nous devons chercher et attendre comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins. [...] C’est à la jeunesse qu’il faut aller ; c’est elle qu’il faut séduire, elle que nous devons entraîner, sans qu’elle s’en doute, sous le drapeau des sociétés secrètes. [...] Vous vous arrangerez à peu de frais une réputation de bon catholique et de patriote pur... Cette réputation donnera accès à nos doctrines au sein du jeune clergé comme au fond des couvents. Dans quelques années, ce jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions; il gouvernera, il administrera, il jugera, il formera le conseil du souverain, il sera appelé à choisir le pontife qui devra régner, et ce pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera nécessairement plus ou moins imbu des principes italiens et humanitaires que nous allons commencer à mettre en circulation. [...]  Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière. [...] Les alchimistes du Moyen Age ont perdu leur temps et l’or de leurs dupes à la recherche de ce rêve. Celui des sociétés secrètes s’accomplira par la plus simple des raisons : c’est qu’il est basé sur les passions de l’homme. [...] Flattons toutes les passions, les plus mauvaises comme les plus généreuses, et tout nous porte à croire que ce plan réussira un jour, au-delà même de nos calculs les plus improbables [16].

Pour accomplir ce programme ambitieux il fallait d’abord soustraire la jeunesse à toute influence religieuse par l’« école neutre » et s’infiltrer dans les séminaires grâce à des professeurs influencés par l’idéologie maçonnique. En France, l’expulsion des religieux est décidée le 29 mars 1880 ; ce fut un premier pas vers le remplacement de l’école confessionnelle par l’école laïque. Deux ans plus tard, au congrès de la Ligue, le frère Jean Macé pourra dire : « Qui tient les écoles, tient tout. » La loi Waldeck-Rousseau en 1901, puis celle de Combes en 1902, iront beaucoup plus loin, en contrôlant d’abord les congrégations enseignantes, pour finir par les interdire et les spolier. Dès l’été 1902, au moins 3000 écoles dirigées par des congrégations religieuses sont fermées sur l’ordre d’Émile Combes et les fermetures s’accélèrent en 1903, suite à la loi du 4 décembre 1902. On chassa des établissements scolaires qu’ils avaient créés, des milliers de prêtres et de religieuses. Puis ce fut la loi de séparation de l’Église et de l’État.

Le catholicisme libéral

Le travail des sociétés secrètes et l’empiètement de la puissance laïque sur les droits de l’Église fit naître, au cours du 19e siècle, le sentiment que l’Église, pour mieux accomplir sa mission, devait s’émanciper de l’emprise de l’État ; qu’elle ne devait revendiquer aucun privilège de la part du pouvoir temporel, mais seulement se borner à lui demander de la laisser accomplir en paix une mission toute spirituelle. Ce fut le combat des « catholiques libéraux ». Au lieu de garder la doctrine sociale de l’Église, ils revendiquèrent les principes et les libertés proclamés en 1789.

L’un des plus célèbres d’entre eux fut l’abbé Félicité de La Mennais. Son ouvrage Essai sur l’indifférence en matière de religion, fut l’événement théologique et littéraire de la Restauration. « Tout le monde regarde ce que je regarde, disait La Mennais, mais personne ne voit ce que je vois. »

Que voyait-il ?

Plus haut que Rome, il y a l’autorité du genre humain. [...] Tôt ou tard, une grande religion immuablement une [...] sortira du chaos actuel et réalisera parmi les hommes une plus vaste unité que le passé n’en connut jamais. 

[…] La liberté a son principe indestructible dans la loi première et fondamentale, en vertu de laquelle l’humanité tend à se dégager progressivement des liens de l’enfance, à mesure que, l’intelligence affranchie par le christianisme croissant et se développant, les peuples atteignent, pour ainsi dire, l’âge d’hommes.

Mgr Lefebvre commente ainsi : « Au Moyen Age, l’humanité en enfance a eu besoin de la tutelle de l’Église : [tandis qu’] aujourd’hui les peuples devenus adultes doivent s’émanciper de cette tutelle en séparant l’Église de l’État [17]. » Le pape Grégoire XVI condamna les écrits de La Mennais dans l’encyclique Mirari Vos. La Mennais refusa de se soumettre. Il se fit, par la suite, l’apôtre d’un christianisme évolutif, interprété directement par le peuple. Sur la fin de sa vie, Chateaubriand fut un de ses disciples. « Loin d’être à son terme, écrit-il dans Mémoires d’Outre-Tombe, la religion du Libérateur entre à peine dans sa troisième période, la période politique : Liberté, Égalité, Fraternité. » Chateaubriand regretta cependant de voir La Mennais quitter l’Église, alors qu’il eût suffit d’y rester pour y glisser ses idées nouvelles. D’autres, plus tard, retiendront la leçon.

Au moment où meurt La Mennais, en 1854, l’abbé Paul Rocca (1830-1893) est à l’école des Carmes, à Paris et se prépare au sacerdoce. Ordonné en 1858, il fit plusieurs séjours à l’étranger et s’installa à Neuilly où il publia cinq ouvrages. Connu sous le nom de chanoine Rocca, il fut le propagateur zélé d’un christianisme ésotérique et social. Très versé dans les sciences occultes, il entreprit une effroyable propagande auprès des ecclésiastiques et de la jeunesse, en se conformant au plan de la Haute-Vente. Il fréquenta les sociétés secrètes martiniste, occultiste, kabbaliste, et les maîtres : Stanislas de Guaita, Oswald Wirth, Papus (fondateur du Martinisme et rédacteur de la revue Le voile d’Isis), en y apportant le prestige du prêtre renégat.

« Ce que veut bâtir la chrétienté, écrit-il, n’est pas une pagode, c’est un culte universel où tous les cultes seront englobés ». Dans Le Christ, le pape et la démocratie, en 1884, il juge que : « Le catholicisme vécu suivant les doctrines romaines, écrase la liberté, la science, la démocratie, et empêche les principes sacrés de 1789, les Droits de l’homme, de s’épanouir. » La même année, il publie L’abbé Gabriel et Henriette sa fiancée, ouvrage dans lequel il fustige le célibat sacerdotal et prône un gouvernement mondial. Dans La fin de l’ancien Monde, publié en 1886, il annonce la déroute générale du vieux monde et la destruction de la « vieille terre politique » qui ne sont que « la queue du Moyen Age ». « Le Christianisme aura une nouvelle exégèse, des dogmes nouveaux, notamment ceux de la création, de la chute originelle et de la Rédemption. [...] Un nouveau sacerdoce et un nouveau pontificat apparaîtront », et la femme elle-même, transfigurée, sera « comme un agent de rénovation sociale ». Au sommet de l’édifice, le Christ ésotérique, dont l’influx se répandra dans le cerveau de l’homme et dans la société comme « un générateur de force cosmique toute divine ».

Il voit un concile reproduisant les États Généraux de France de 1789.

Je crois que le culte divin, tel que le règlent la liturgie, le cérémonial, le rituel et les préceptes de l’Église romaine, subira prochainement, dans un concile œcuménique, une transformation qui [...] le mettra en harmonie avec l’état nouveau de la conscience et de la civilisation chrétiennes. 

[…] La hideuse plaie du célibat, source de corruption et de stérilité chez tous les peuples qui ont souffert de ce fléau, disparaîtra.

Rocca est trop voyant, mais des prêtres, gagnés à la cause des sectes, marchant dans leur voie, l’aplanissant même, vont la rendre peu à peu carrossable aux pèlerins du modernisme.

A la fin de ce 19e siècle si tourmenté, évoquons également Marc Sangnier qui fonda, en 1894, le mouvement de jeunesse « Le Sillon ». Sangnier rêvait de réconcilier l’Église avec les principes de 1789, le socialisme et la démocratie universelle, sur la base des progrès de la conscience humaine. La pénétration de ces erreurs dans les séminaires poussa saint Pie  X à condamner le mouvement, le 25 août 1910. Dans sa lettre Notre charge apostolique, le pape écrit :

Le Sillon place une fausse idée de la dignité humaine. D’après lui, l’homme ne sera vraiment homme, digne de ce nom, que du jour où il aura acquis une conscience éclairée, forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître, ne s’obéissant qu’à elle-même et capable d’assumer et de porter sans forfaire les plus graves responsabilités. [...] Le souffle de la Révolution a passé par là [18].

Les philosophes modernes et le modernisme

« Une conscience éclairée, forte, indépendante, autonome, pouvant se passer de maître, ne s’obéissant qu’à elle-même ». Ces mots de saint Pie X nous rappellent la condamnation du modernisme et de la philosophie moderne, dont il dénonça les principes erronés dans l’encyclique Pascendi, trois ans plus tôt, en 1907.

Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, écrit le pape, c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent [...] dans le sein même et au cœur de l’Église, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement.  [...] Nulle partie de la foi catholique qui reste à l’abri de leur main, nulle qu’ils ne fassent tout pour corrompre [19].

La philosophie moderne avait déjà, au début du 20e siècle, infecté l’intelli­gence de nombreux théologiens catholiques, et le saint pape visait juste. Dans son encyclique Qui Pluribus, du 9 novembre 1846, Pie IX condamnait déjà les erreurs d’Hermès mort en 1831, et qui avait essayé de composer le christianisme avec le kantisme. Saint Pie X dira, le 9 mars 1907, au chanoine Gaudeau : « Le kantisme, c’est l’hérésie moderne [20]. » L’origine du modernisme, que saint Pie X dénonce dans son encyclique Pascendi, c’est l’idéalisme kantien. L’origine de la foi subjective des modernistes, c’est l’idéalisme de Kant.

 

Emmanuel Kant (1724-1804) a transporté dans la métaphysique le principe de Luther, la négation de toute autorité supérieure à la raison humaine. Sa pensée s’appuie sur le rationalisme de Leibnitz et de son disciple Wolff. Par ailleurs, l’apologie que fit Rousseau de la liberté donna à Kant l’idée de sa morale. Kant rejette la possibilité de connaître les choses en soi, de parvenir à la connaissance métaphysique, ce qui conduit à l’agnosticisme. D’autre part, il sépare radicalement la raison et la foi. La foi ne vient plus de l’extérieur, de mystères objectifs que je n’ai pas faits, mais elle vient de mon intérieur, elle est l’émanation du besoin religieux : c’est l’immanentisme. La conscience morale est autonome et absolue et, en matière de foi, elle est le souverain juge.

Dans la note du paragraphe 4 de la Critique de la faculté de juger, après avoir évoqué le caractère indicible de l’idée esthétique, Kant précise :

On n’a peut-être jamais rien dit de plus sublime ou exprimé une pensée de façon plus sublime que dans cette inscription du temple d’Isis (la mère Nature) : « Je suis tout ce qui est, qui était et qui sera, et aucun mortel n’a levé mon voile ».

Kant n’anticipe t-il pas la philosophie de la nature des poètes romantiques et des penseurs de l’idéalisme allemand ? Baignant dans un milieu hautement maçonnique, et prenant le ton des Inspirés et des Illuminés, il n’hésite pas à évoquer « le langage chiffré de la nature ». Le voile d’Isis symbolise le voile des apparences toujours changeantes, les phénomènes. Soulever ce voile, pour Kant, c’est porter la connaissance par-delà les limites de l’expérience humaine possible. Il ne peut donc connaître ni les choses en soi, ni la loi morale. D’ailleurs, s’il était parvenu à soulever ce fameux voile, qu’aurait-il pu découvrir, sinon l’homme lui-même ?

L’effort commun des trois principaux successeurs de Kant : Schelling (1775-1854), Fichte (1762-1814) et Hegel (1770-1831) va être d’éliminer « la chose en soi », dont Kant reconnaissait l’existence sans toutefois parvenir à la connaître. Jamais l’orgueil humain n’avait pris un tel essor. On retrouve le « voile d’Isis » dans L’esprit du christianisme et son destin, un ouvrage de jeunesse de Hegel, lorsque le philosophe fait allusion à la révélation de la déesse de Saïs – c’est dans cette ville égyptienne que s’élevait le temple d’Isis. Hegel écrit que le dieu d’Israël, dans sa toute-puissance, nie le sensible, réduit le monde et sa sensualité à n’être qu’un pur néant, une infinité morne et sans vie. Il nie ici toute valeur propre au monde sensible. Dans ses ouvrages ultérieurs il affirme qu’il n’y a pas de choses en soi en dehors de la pensée, c’est l’idéalisme absolu. Dieu n’est pas, mais devient, et l’Église prend conscience d’elle-même à travers les consciences des chrétiens. Les dogmes ne sont plus que des symboles. Hegel insiste beaucoup sur ce qui différencie l’Antiquité du monde moderne : dans un cas, il n’y a pas de droit de la liberté subjective, tandis que dans l’autre ce droit est proclamé. La filiation avec la liberté religieuse est évidente.

Triste 20e siècle

Si l’encyclique Pascendi freina pour un temps la propagation de ces erreurs, elle ne l’arrêta pas. Le modernisme gagna l’esprit d’innombrables théologiens au cours du 20e siècle : Rahner, de Lubac, Teilhard de Chardin, Küng, Congar, Chenu, Schillebeeckx, etc. La plupart d’entre eux suivront les conseils que l’italien Antonio Fogazzaro fit passer en 1906 dans son roman Il Santo : conquérir l’Église de l’intérieur et amener ainsi une évolution de l’Église favorable aux idées modernes, qui triompheront au moment du concile Vatican II. Lorsque l’ouvrage de Fogazzaro fut mis à l’index, le cardinal Mathieu lui écrivit le 30 juillet 1906, et dans le plus grand secret : « Un cardinal ne peut donner tort à un tribunal romain. [...] Vengez-vous, cher monsieur. » Le ton était donné pour le siècle à venir.

Angelo Roncalli, très tôt, sera imbu du nouvel œcuménisme, tandis que J.‑B. Montini versera dans la démocratie chrétienne et le libéralisme. En Pologne, K. Wojtyla lira les textes de son ami J. Maritain, un des pères de la liberté religieuse, tandis que J. Ratzinger pervertira sa jeune intelligence en lisant les auteurs allemands pétris de modernisme et rejettera la pensée trop « cristalline » de saint Thomas d’Aquin. Un jour, ils deviendront les papes « conciliaires », ils penseront différemment de leurs prédécesseurs, comblant les conjurés de la Haute Vente au-delà de leurs calculs les plus improbables.

Par ailleurs, les contacts entre les membres du clergé catholique et la franc-maçonnerie s’intensifièrent au cours du 20e siècle. Depuis les premiers entretiens du R. P. Berteloot, jésuite, et du Frère maçon Albert Lantoine, ils se sont multipliés. Citons les ouvrages de Maurice Colinon et d’Alec Mellor, qui publia, en 1961 : Nos frères séparés, les francs-maçons [21]. Le livre est loué et recommandé par le R.P. Riquet S. J. dans le Figaro du 18 mars 1961. Ce même jour, le R. P. Riquet était reçu à la loge Volney de Laval. Le 2 juin 1971, Paul VI reçut chaleureusement, au Vatican, des membres de la loge maçonnique des B’naï B’rith. C’est sous Paul VI qu’a été préparée la suppression de l’excommu­nication des francs-maçons. Elle sera effective dans le nouveau code de Droit canonique publié en 1983 par Jean-Paul II. Les membres des associations « qui conspirent contre l’Église » ne sont donc plus excommuniés latæ sententiæ, mais seront « punis d’une juste peine ». Le 22 mars 1984, Jean-Paul II recevait les représentants de la secte maçonnique juive des B’naï B’rith. L’allocution qu’il leur adressa résume bien le changement profond de l’attitude de l’Église conciliaire envers la franc-maçonnerie : « Chers amis, qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble », leur dit-il, citant le psaume 132.

 

Pour terminer, voyons quelques exemples illustrant les profonds changements qui se sont manifestés dans la pensée des papes conciliaires depuis la fin du pontificat du pape Pie XII. Ils nous montrent à quel point ces pontifes ont adopté le programme des loges.

 

A la mort de Marc Sangnier, le nonce Roncalli écrivit à sa veuve la lettre suivante, le 6 juin 1950 : « Le pouvoir fascinant de sa parole, de son esprit, m’avait ravi, et je conserve de sa personne et de son activité politique et sociale le souvenir le plus vif de toute ma jeunesse sacerdotale [22]. » Saint Pie X décrivait pourtant le Sillon comme un « misérable affluent du grand mouvement d’apostasie ».

Disciple du grand initié Oswald Wirth, maçon de très haut rang, Yves Marsaudon connut Mgr Roncalli, lorsque ce dernier était nonce à Paris. En 1964, quelques mois après la mort de Jean XXIII, il fit paraître L’Œcuménisme vu par un franc-maçon de tradition :

Dans le plus large esprit de tolérance, nous espérons que le monde chrétien [...] retrouvera son unité. S’il existe encore quelques îlots pas trop éloignés, en pensée, de l’époque de l’inquisition, ils seront forcément noyés dans la marée montante de l’œcuménisme et du libéralisme. [...] De tout cœur nous souhaitons la « Révolution » de Jean XXIII [23]. [...]

Aujourd’hui, on parle, non seulement de rapprochement, mais, c’est cela la révolution voulue par Jean XXIII, de liberté de pensée. [...] Les catholiques, surtout les conservateurs, ne doivent pas oublier que toutes les voies mènent à Dieu. Ils doivent accepter cette courageuse notion de la liberté de pensée qui, on peut vraiment parler là de révolution, partie de nos loges maçonniques, s’est étendue magnifiquement au-dessus du dôme de Saint-Pierre [24].

Marsaudon affirme que Mgr Roncalli, qu’il revit en tant que pape, ne le dissuada jamais de quitter la franc-maçonnerie. L’encyclique Pacem in terris, enfin, fut l’occasion d’un concert mondial de louanges à Jean XXIII pour l’esprit moderne de cette doctrine tout inspirée de la Déclaration des Droits de l’homme, de liberté, de paix universelle, en accord saisissant avec les fondements maçonniques de la société moderne.

 

Quelques faits concernant Paul VI :

–    Sur le mont des Oliviers, le 6 janvier 1964, il embrassa le patriarche orthodoxe Athénagoras Ier, maçon du 33e degré. A l’initiative du pape, le patriarche et lui-même bénirent ensemble l’assistance ;

–    Il abandonna la tiare symbole du pouvoir temporel des papes, le 13 novembre 1964. Le 4 octobre 1965, il délivra un discours humaniste à l’ONU : « Ce que vous proclamez ici, ce sont les droits et les devoirs fondamentaux de l’homme, sa dignité, sa liberté, et, avant tout, la liberté religieuse. Nous sentons que vous êtes les interprètes de ce qu’il y a de plus haut dans la sagesse humaine » ;

–    Il démocratisa les institutions de l’Église par la création du synode des évêques à Rome ;

–    Il changea le rite multiséculaire de la sainte messe en voulant imposer un rite bâtard inspiré de la liturgie protestante ;

–    Il modifia de nombreux concordats, en Espagne, Italie, Portugal, etc. Mgr Lefebvre a montré, par des témoignages indiscutables, que Rome était directement intervenue pour que, au nom du principe de la liberté religieuse, la religion catholique ne fût plus la religion des États.

 

Jean-Paul II et Benoît XVI ont poursuivi et aggravé la politique de Paul VI par des réunions œcuméniques toujours plus scandaleuses, d’une part, et ont, d’autre part, inscrit les réformes libérales en norme de droit dans les lois de l’Église conciliaire. Avec François, l’effondrement donne davantage encore le vertige ; même la morale, qui tenait plus ou moins chez ses prédécesseurs, est désormais bafouée ouvertement.

 

Le 20 octobre 1985, le cardinal Casaroli, alors secrétaire d’État de Jean-Paul II, déclara, pendant son sermon à la cathédrale saint Patrick de New York :

Les concordances entre l’Église et la franc-maçonnerie peuvent être considérées comme un fait acquis.

L’Église conciliaire dans sa partie humaine s’est rapprochée de la franc-maçonnerie. L’objectif de la franc-maçonnerie n’est plus tant la destruction de l’Église, que son utilisation après infiltration.

Conclusion

Lors de sa troisième apparition à Quito, en Équateur, le 16 janvier 1599, la sainte Vierge nous prévenait du danger qui ne se manifesterait que deux siècles plus tard :

Au 19e siècle, pendant ces années qui seront funestes pour l’Église, la secte exécrable de la franc-maçonnerie prendra la direction du gouvernement civil. [...] La précieuse lumière de la foi s’éteindra progressivement, jusqu’à ce que l’on arrive à une presque totale corruption des mœurs.

Faisant écho aux paroles de Notre-Dame, Mgr Lefebvre déclarait le 2 mai 1976 :

Il y a une dizaine d’années, au moment du Concile, une mutation s’est opérée dans l’Église […] par l’introduction des idées libérales, qui ont pénétré à l’intérieur de l’Église, comme elles ont pénétré dans toutes les sociétés civiles. […] Il y a désormais trois erreurs fondamentales, qui, d’origine maçonnique, sont professées publiquement par les modernistes qui occupent l’Église : le remplacement du Décalogue par les Droits de l’homme, […] ce faux œcuménisme qui établit en fait l’égalité des religions, […] enfin, le troisième acte qui est maintenant courant, c’est la négation du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ par la laïcisation des États. […] Si l’on réunit ces trois changements fondamentaux et qui, en vérité, n’en font qu’un, c’est vraiment la négation de l’unicité de la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ [25].

Ce constat dramatique nous fait penser au commentaire de saint Thomas d’Aquin sur la deuxième épître de saint Paul aux Thessaloniciens :

L’Apôtre indique le signe auquel on reconnaîtra le crime de l’Antéchrist, quand il dit : « Jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu. » Mais dans quel temple viendra t-il s’asseoir ? Le temple de Jérusalem a été détruit par les Romains. [...] On explique donc « dans le temple de Dieu », par l’Église, car beaucoup, parmi les enfants de l’Église, recevront l’Antéchrist. Ou bien encore, suivant saint Augustin : « jusqu’à ce qu’il vienne s’asseoir dans le temple de Dieu », c’est-à-dire, qu’il y ait la puissance et la domination, en sorte qu’il forme lui-même avec les siens, comme le temple de Dieu, ainsi qu’il en est du Christ et de ceux qui croient en lui [26].

Au début de cet article, nous nous demandions quel sens donner à cet esprit puissant, sorte de force centrale du monde, énergie universelle, sorte de dieu immanent de l’univers, qui entend devenir roi par l’homme. Ses adeptes, ses initiés, s’identifient progressivement à lui, sur la voie d’une prétendue divinisation, au point de former comme un « corps mystique », calqué sur celui du Christ, et dans lequel l’Église est absorbée en un œcuménisme initiatique. Ce « corps mystique » est-il le temple évoqué par saint Thomas, que l’Antéchrist formera avec les siens ? Ne s’érige-t-il pas en effet, peu à peu, sous nos yeux ? L’Église conciliaire n’est-elle pas l’étape préliminaire de la super-Église ou, selon le mot du pape Pie IX, de « la synagogue de Satan » ?

 


[1]  — The Constitutions of the Free Masons, Londres, 1723, p. 7-46.

[2]  — Jacques Mitterrand, La Politique des francs-maçons, Paris, A l’Orient, 2004, p. 45.

[3]  — Léon de Poncins, La Franc-maçonnerie d’après ses documents secrets, Chiré, 2014, p. 16.

[4]  — J.-M. Jourdan, L’Œcuménisme vu par un franc-maçon de Tradition, Tiré à part de la revue Permanences, Paris, 1965, p. 8.

[5]  — J.-M. Jourdan, L’Œcuménisme vu par un franc-maçon de Tradition, p. 9.

[6]  — En 1931, dans une brochure intitulée Introduction à l’étude du Tarot, Oswald Wirth donnait vingt deux images enseignant symboliquement l’étape initiatique. Cette représentation du diable n’est autre que le Baphomet : tête et pieds de bouc, torse et bras de femme, ailes de chauve-souris, etc.

[7]  — J.-M. Jourdan, L’œcuménisme vu par un franc-maçon de Tradition, p. 10.

[8]  — Revue maçonnique Le Symbolisme, nº 359, janvier-mars 1963, cité par le Bulletin du Centre de Documentation du Grand Orient de France, nº 37, janvier-février 1963, p. 88.

[9]  — Mgr Henri Delassus, La Conjuration antichrétienne, Lille, Ed. Desclée, De Brouwer et cie, 1910, t. III, p. 1027-1035.

[10] — La Conjuration contre la religion catholique et les souverains (1791) et La Conjuration contre la religion catholique et les souverains (1792), publiés à Paris, chez Le Petit, 10 rue de Lavori.

[11] — N. Deschamps, Les Sociétés secrètes et la société, Oudin, 1880, t. II, p. 196, note 3.

[12] — Mgr H. Delassus, La Conjuration antichrétienne, t. I, p. 210.

[13] — Mgr H. Delassus, ibid., t. I, p. 197-199.

[14] — Révolution française, Revue d’histoire publiée par la Société de l’Histoire de la Révolution, fascicule du 14 juillet 1905, p. 45.

[15] — Ibidem.

[16] — Instruction secrète permanente donnée aux membres de la Haute-Vente, cité in Mgr Henri Delassus, La Conjuration antichrétienne, t. III, p. 1038-1047.

[17] — Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné, Escurolles, Fideliter, 1987, p. 123-124.

[18] — Saint Pie X, Notre charge apostolique, dans Actes de S. S. Pie X, t. 5, Paris, Ed. de la Documentation catholique, p. 132.

[19] — Saint Pie X, encyclique Pascendi Dominici gregis, dans Actes de S. S. Pie X, t. 3, Paris, Ed. de la Documentation catholique, p. 87.

[20] — Parole de saint Pie X au chanoine Bernard Gaudeau, fondateur de la revue La Foi catholique, le 9 mars 1907. Voir l’éditorial du Sel de la terre nº 5.

[21] — Éditions Mame.

[22] — In Itinéraires nº 247, novembre 1980, p. 152-153, qui le cite de : E. Pezet, Chrétiens au service de la cité, de Léon XIII au Sillon et au M.R.P., Paris, NEL 1965 ; ainsi que de la revue L’Ame populaire nº 571, p. 61 (année 60), août-septembre 1980.

[23] — Yves Marsaudon, L’Œcuménisme vu par un Franc-Maçon de Tradition, Paris, Éd. Vitiano, 1964, p. 25-26.

[24] — Id., ibid., p. 119-121.

[25] — Mgr Marcel Lefebvre, Conférence à la Villa Aurore, 2 mai 1976 ; Retraite sacerdotale à Écône, septembre 1986.

[26] — Commentaires de saint Thomas d’Aquin sur toutes les épîtres de saint Paul, Paris, Louis Vivès, 1874, t. V, p. 113-123.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 106

p. 106-121

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