La vertu du signe de la croix et la franc-maçonnerie
Le récit qui suit est tiré de la Vie du révérendissime père Alexandre-Vincent Jandel, soixante-treizième maître général des Frères Prêcheurs, par le père Hyacinthe-Marie Cormier, du même Ordre. La véracité des faits rapportés dans ce récit a été confirmée par des témoins dignes de foi, comme le rapporte l’annexe jointe.
Le Sel de la terre.
C'EST A LA SUITE d’un sermon sur la vertu du signe de la croix, qu’eut lieu le fait extraordinaire suivant, cité par un grand nombre de revues religieuses [1].
Le père Jandel, prêchant à Lyon, fut un jour pressé par un mouvement intérieur, d’enseigner aux fidèles la vertu du signe de la croix ; il ne résista point à cette inspiration et prêcha. Au sortir de la cathédrale, il fut rejoint par un homme qui lui dit :
— Monsieur, croyez-vous à ce que vous venez d’enseigner ?
— Si je n’y croyais pas, je ne l’enseignerais pas, répond-il ; la vertu du signe de la croix est reconnue par l’Église, je la tiens pour certaine.
— Vraiment… reprend l’interlocuteur étonné… Vous croyez ?... Eh bien ! moi, franc-maçon, je ne crois pas ; mais, profondément surpris de ce que vous nous avez enseigné, je viens vous proposer de mettre à l’épreuve le signe de la croix… Tous les soirs, nous nous réunissons dans telle rue, à tel numéro, le démon vient lui-même présider la séance. Venez ce soir avec moi, nous nous tiendrons à la porte de la salle ; vous ferez le signe de la croix sur l’assemblée, et je verrai si ce que vous avez dit est vrai.
— J’ai foi à la vertu du signe de la croix, ajoute le père Jandel, mais je ne puis, sans y avoir mûrement pensé, accepter votre proposition. Donnez-moi trois jours pour réfléchir.
Aussitôt, il se rend auprès de Mgr de Bonald et lui demande s’il doit accepter le défi. L’archevêque réunit quelques théologiens et discute longtemps avec eux le pour et le contre. Enfin, tous finissent par être d’avis que le père Jandel doit accepter : « Allez, mon fils, lui dit alors Mgr de Bonald en le bénissant, et que Dieu soit avec vous ! »
Quarante-huit heures restaient au père Jandel ; il les passe à prier, à se mortifier, à se recommander aux prières de ses amis ; et, vers le soir du jour désigné, il va frapper à la porte du franc-maçon. Celui-ci l’attendait. Rien ne pouvait révéler le religieux ; il avait vêtu un habit laïque ; seulement il avait caché sous cet habit une grande croix. Ils arrivent bientôt dans une vaste salle meublée avec luxe et s’arrêtent à la porte… Peu à peu, la salle se remplit ; tous les sièges allaient être occupés, lorsque le démon apparaît sous forme humaine. Aussitôt, tirant de sa poitrine le crucifix, le père Jandel l’élève à deux mains, en formant sur l’assistance le signe de la croix.
Un coup de foudre n’aurait pas eu un résultat plus inattendu, plus subit, plus éclatant !... Les bougies s’éteignent, les sièges se renversent les uns sur les autres, tous les assistants s’enfuient… Le franc-maçon entraîne le père Jandel, et quand ils se trouvent loin, sans pouvoir se rendre compte de la manière dont ils ont échappé aux ténèbres et à la confusion, l’adepte de Satan se précipite aux genoux du prêtre :
« Je crois, lui dit-il, je crois ! Priez pour moi !... Convertissez-moi ! … Entendez-moi !... »
Tel est le fait raconté dans le monde entier. Outre les graves autorités sur lesquelles, pris dans sa substance, il s’appuie, il est incontestablement digne de la vertu du signe rédempteur, digne aussi du religieux choisi par Dieu pour confondre Satan, convertir un sectaire et enseigner à tous, les ressources infinies de sa miséricorde.
Père Hyacinthe-Marie Cormier, Vie du révérendissime père Alexandre-Vincent Jandel, soixante-treizième maître général des Frères prêcheurs, 3e éd., Paris, Librairie Ch. Poussielgue, 1896, p. 138-140.
U✯
Annexe
Parmi les témoins qui ont été invoqués, on a cité M. Sauve, propriétaire et longtemps directeur de l’Hôtel de la Minerve, à Rome ; le père Lécuyer, vicaire général du Tiers-Ordre enseignant ; le père Eymard, fondateur des Pères du Saint-Sacrement ; le frère Floride, procureur général des Frères des Écoles chrétiennes, à Rome, que l’on dit avoir entendu le fait de la bouche même du père Jandel ; enfin le père Talongo, jésuite.
Il y a deux ans, nous écrit d’Alger un collègue de ce dernier, le père E. Hoursat, je ne sais plus à quelle occasion, ce fait tomba chez nous dans le cours de la conversation. Comme quelques-uns émettaient un certain doute, un des pères présents, le père Talongo, nous dit : « Moi, j’en suis sûr ; je le tiens de la bouche même du très révérend père Jandel. J’ai eu, en effet, plusieurs fois, l’honneur d’être reçu par le très révérend père Jandel, à Rome ; un jour je suis allé exprès l’interroger sur ce fait qui faisait tant de bruit, et le révérend père m’a affirmé que le fait était vrai.
Directement interpellé plus tard, le père Talongo fit envoyer, le 2 août 1892, par le père Silva son secrétaire, les lignes suivantes :
Je vous écris au nom du père Talongo empêché par sa complète cécité. Il atteste avoir entendu le fait, quant à ses circonstances essentielles, tel qu’il est raconté dans la vie du père Jandel, de la bouche même dudit père, à Rome, entre 1857 et 1860. Il ne se rappelle pas l’année précise, et il doute un peu du lieu, bien qu’il lui semble que ce soit « la Minerve » ; il ne se rappelle pas exactement non plus si le signe de la croix fut fait avec la main ou avec un crucifix. Quoi qu’il en soit, il honore beaucoup la mémoire du saint religieux.
Le docteur Imbert, à son tour, donna publiquement, en 1895, cette déclaration :
Un père jésuite de Clermont m’a raconté tenir le fait de la bouche même du père Gautrelet, alors supérieur de la maison de Lyon, et appelé au Conseil de l’Archevêché lors du défi maçonnique.
Enfin M. de Bazelaire, secrétaire général de l’évêché de Saint-Dié, atteste, dans le journal L’Univers, en date du 25 juillet 1895, avoir connu, étant vicaire à Plombières, le père Jandel, qui, interrogé par M. le curé Balland sur le fait en question, après beaucoup d’hésitations inspirées par son humilité, le confirma comme il suit :
Invité par un de ses amis de Lyon à assister à un important convent de francs-maçons, il accepte, prend des habits laïques, et, conduit par cet ami, entre dans la salle de réunion. Les francs-maçons arrivent et se rangent à leurs places ; on attend l’entrée du président au milieu d’un silence absolu et terrifiant. Tout à coup la porte s’ouvre, le Grand Maître fait son apparition et s’avance vers son siège. En le voyant, le père Jandel est glacé d’épouvante, tant cet être lui paraît inconcevable et effrayant ; il fait un grand signe de croix et, tout à coup, on eût dit que tout s’effondrait ; l’horrible personnage s’évanouit, les lumières s’éteignent, et tous les maçons, pleins de terreur, se précipitent, dans un affreux délire, hors du temple.
Oui, poursuit M. de Bazelaire, le révérend père Jandel nous a raconté cette scène, j’étais là, j’ai entendu son récit, et j’affirme avec la plus entière certitude ce que j’avance, et ne permets à personne de contester mon affirmation. Alors, il faudrait mettre en doute la véracité du père Jandel et le traiter de menteur ! Or, je ne le crois permis à qui que ce soit. Que les détails donnés par le révérend père Cormier sur le franc-maçon qui veut éprouver la vertu du signe de la croix, la consultation de l’archevêque de Lyon, la grande croix cachée sous l’habit laïque du père Jandel, la conversion du maçon, etc., soient vrais, cela se peut, je n’en réponds pas. Ce que je certifie de la manière la plus absolue, c’est le fait brut tel que je viens de le raconter et tel qu’il nous a été raconté brièvement par le révérend père Jandel. Et je conclus avec le Dr Imbert : oui, le célèbre dominicain a réellement chassé le diable de la loge maçonnique de Lyon par un signe de croix.
[Cette annexe figure en note, aux pages 138-140 de l’ouvrage du père Cormier d’où est tiré le récit donné ci-dessus.]
[1] — Voir l’annexe.

