Catéchisme sur la franc-maçonnerie
d’après l’encyclique Humanum genus de Léon XIII
par le père Jean-Baptiste Lemius O.M.I.
Préface
LE SOUVERAIN PONTIFE a publié, le 20 avril 1884, une lettre encyclique contre la franc-maçonnerie. Léon XIII a, d’une main ferme, déchiré le voile et montré au monde, dans leur hideuse réalité, les mystères de la secte maçonnique : son organisation criminelle, sa doctrine perverse, ses attentats contre l’Église, la famille, la société ; ses hypocrisies et ses mensonges. Il a réalisé sa propre parole : « Enlevez à la franc-maçonnerie le masque dont elle se recouvre et faites-la voir telle qu’elle est. »
Répandre cette encyclique de plus en plus, la faire lire et comprendre par toutes les âmes, c’est l’œuvre la plus opportune et la plus nécessaire. L’intention de Sa Sainteté, a écrit l’inquisition romaine, est que l’encyclique soit publiée avec le plus grand soin, afin que tous les chrétiens « comprennent quel terrible poison circule parmi eux, quelle perte les menace, eux et leurs enfants, s’ils ne prennent les précautions opportunes. »
Appel est fait aux évêques, aux prêtres, à tous les laïques qui peuvent avoir quelque influence. — Cet appel a été entendu, et déjà, la lettre du souverain pontife a été distribuée avec le plus grand zèle.
Mais une pensée toute apostolique nous a préoccupé. Chargé, par l’apostolat qui nous a été confié, d’évangéliser le peuple, « evangelizare pauperibus misit me », nous avons compris qu’il était difficile au peuple de saisir dans tous leurs détails ces pages admirables, d’une science si profonde, d’un raisonnement si serré. Cette lettre adressée aux évêques n’est-elle point le pain des forts, et n’est-il pas nécessaire de le rompre, de l’émietter même, pour que tous, jusqu’aux esprits les plus faibles, puissent s’en nourrir ? « Frange esurienti panem » (Is 53, 7).
Oui, vulgariser l’encyclique Humanum genus, pour en faciliter la lecture au peuple, au travailleur de la campagne, à l’ouvrier de la ville, à tant de gens d’affaires qui n’ont ni le loisir ni la patience d’approfondir une question, aux jeunes gens de nos collèges et même aux simples enfants de nos écoles, est, croyons-nous, une œuvre éminemment utile, sinon nécessaire.
Et toutefois, nous ne voudrions pas toucher au texte ; ce serait lui enlever son cachet pontifical. Il faut que la parole du père commun arrive dans toute sa pureté et dans toute son intégrité jusqu’au dernier de ses enfants.
Tel est donc le problème : vulgariser l’encyclique Humanum genus, sans en changer une seule ligne, sans en modifier un seul mot.
Ce problème, nous espérons l’avoir résolu.
Le catéchisme est le livre essentiellement populaire, à la portée de toutes les intelligences. Or, à mesure que nous relisions, que nous analysions les pages de S. S. Léon XIII, nous étions de plus en plus convaincu que nous avions sous nos yeux un vrai et parfait catéchisme. Chaque phrase est une réponse simple, claire, substantielle, à une demande qui se pose d’elle-même.
C’est ce catéchisme que nous avons tenté de faire. Nous suivons pas à pas le souverain pontife. Nous faisons les questions, et Léon XIII, docteur infaillible, nous répond ; l’enfant interroge, le père instruit. Puissent les âmes comprendre de si graves enseignements et en faire leur règle de conduite !
Pour la plus grande clarté, nous avons divisé l’encyclique, sans toutefois changer de place une seule ligne. Dans le premier chapitre, les deux camps, l’Église et la franc-maçonnerie, sont délimités et décrits. — Le chapitre deuxième raconte la lutte des papes contre la secte maçonnique. — Dans le troisième chapitre, sont exposées les raisons qui motivent la condamnation de la franc-maçonnerie, à savoir ses erreurs et ses attentats : 1º la franc-maçonnerie est criminelle dans son organisation ; 2º elle est impie dans ses principes et ses actes contre la religion ; 3º elle est immorale dans ses principes et ses actes contre la loi naturelle ; 4º elle est destructive de la famille par ses principes et ses actes contre le mariage et l’éducation ; 5º elle est révolutionnaire dans ses principes et ses actes opposés à la vraie science politique ; 6º elle est, dans l’ensemble de sa doctrine et de ses actes, irrationnelle et perverse ; 7º elle est dangereuse pour les États ; 8º enfin, elle est remplie d’hypocrisie et de mensonge. — Le chapitre quatrième expose les remèdes contre la franc-maçonnerie : 1º la lutte du clergé et des laïques ; 2º le Tiers-Ordre de Saint-François ; 3º les corporations ouvrières ; 4º la société de Saint-Vincent de Paul ; 5º l’éducation de la jeunesse ; 6º l’union de tous les catholiques dans la prière.
Notre bien-aimé pontife, en terminant sa lettre, nous recommande de prier Marie. Nous prions la Vierge Immaculée, sous la protection de laquelle nous travaillons, de bénir ce catéchisme, d’en favoriser la diffusion, et d’éloigner toutes les âmes qui le liront, de la franc-maçonnerie, secte maudite et vouée aux œuvres de Satan.
J.-B. Lemius, O. M. I.
Chapitre I
Les deux camps : l’Église et la franc-maçonnerie
D. 1. — L’humanité est-elle partagée en deux camps ?
R. — Oui : « Depuis que, par la jalousie du démon, le genre humain s’est misérablement séparé de Dieu, auquel il était redevable de son appel à l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps ennemis, lesquels ne cessent de combattre, l’un pour la vérité et la vertu, l’autre pour tout ce qui est contraire à la vérité et à la vertu [1]. »
D. 2. — Quel est le premier camp ?
R. — « Le premier est le Royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable Église de Jésus-Christ. »
D. 3. — Que doivent faire ceux qui veulent appartenir à l’Église du fond du cœur ?
R. — « Les membres de l’Église, s’ils veulent lui appartenir du fond du cœur et de manière à opérer leur salut, doivent nécessairement servir Dieu et son Fils unique de toute leur âme et de toute leur volonté. »
D. 4. — Quel est le second camp ?
R. — « Le second est le royaume de Satan. »
D. 5. — Quels sont ceux qui en font partie ?
R. — « Sous son empire et en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant les funestes exemples de leur chef et de nos premiers parents, refusent d’obéir à la loi divine et multiplient leurs efforts, ici pour se passer de Dieu, là pour agir directement contre Dieu. »
D. 6. — Comment saint Augustin a-t-il décrit ces deux royaumes ?
R. — « Ces deux royaumes, saint Augustin les a vus et décrits avec une grande perspicacité sous la forme de deux cités opposées l’une à l’autre, soit par les lois qui les régissent, soit par l’idéal qu’elles poursuivent : et, avec un ingénieux laconisme, il a mis en relief dans les paroles suivantes le principe constitutif de chacune d’elles : Deux amours ont donné naissance à deux cités : la cité terrestre procède de l’amour de soi porté jusqu’au mépris de Dieu ; la cité céleste procède de l’amour de Dieu porté jusqu’au mépris de soi. »
D. 7. — Ces deux royaumes ont-ils été toujours en lutte ?
[1] — N’oublions pas que toutes les réponses de ce catéchisme sont prises textuellement dans l’encyclique Humanum genus de Sa Sainteté Léon XIII.

