Les rapports avec Rome
par Maubert
Nous achevons la reproduction de l’étude sur l’actualité religieuse parue en feuilleton dans L’Acampado, bulletin du Prieuré de Marseille de la FSSPX. Ce dernier article est tiré des n° 131 (novembre 2017), 132 (décembre 2017) et 133 (janvier 2018) de L’Acampado.
Le Sel de la terre
Dire qu’une reconnaissance canonique n’est pas envisageable avant que Rome ne soit revenue à la Tradition :
Est-ce une attitude schismatique ?
Raisons en faveur d’une réponse positive
Première raison
Refuser la juridiction qui nous est offerte revient à nier que toute juridiction vient du pape. Or, nier le primat de juridiction du pontife romain, c’est le propre des schismatiques.
Deuxième raison
Refuser la communion avec le pape et la plupart des fidèles, pendant des années et des années, nous a donné un habitus schismatique : nous ne sentons même plus le besoin d’intégrer le périmètre visible de l’Église, nous avons perdu le sensus Ecclesiæ.
Troisième raison
Se tenir à l’écart des autorités de l’Église quand elles nous demandent d’abandonner la foi et la liturgie de toujours, cela se comprend et excuse du schisme ; mais puisque, aujourd’hui, on nous accepte « tels que nous sommes », notre conduite deviendrait injustifiée et le schisme serait formel.
Quatrième raison
La place de la tradition doit être dans le périmètre officiel de l’Église pour que celle-ci demeure visible.
Avis en sens contraire
Continuer à professer la foi de toujours et à célébrer le culte traditionnel à l’écart de l’Église conciliaire n’a jamais été considéré par Mgr Lefebvre comme un schisme : « Nous représentons vraiment l’Église catholique [1] », disait-il, et cela même après les sacres de 1988, alors que Jean-Paul II venait de l’excommunier. Pourquoi serions-nous donc schismatiques si nous gardons la même attitude que lui vis-à-vis de la Rome moderniste ?
Réponse de fond
Qu’est-ce que le schisme ?
Le schisme, dit le cardinal Billot, s’oppose à l’unité de communion. […] Il est encouru de deux manières. Premièrement, si l’on refuse directement l’obéissance au souverain pontife, en n’acceptant pas ce qu’il commande, non pas précisément du point de vue de ce qui est commandé (car cela équivaudrait à une simple désobéissance), mais du point de vue de l’autorité qui commande, c’est-à-dire en refusant de reconnaître le pape comme chef et supérieur. Deuxièmement, si l’on se sépare directement de la communion des fidèles catholiques, par exemple en se comportant comme un groupe séparé [2].
A première vue, les traditionalistes semblent être schismatiques des deux manières : l’absence de lien effectif de dépendance laisse présumer qu’ils ne reconnaissent pas l’autorité du pape ; et ils semblent bien former une sorte de « petite Église » à part – qualifiée de « lefebvriste » ou d’« intégriste » – refusant de se mêler aux autres fidèles.
Le lien de la foi est premier
Cependant, le pape Léon XIII, dans l’encyclique Satis cognitum, parlant de l’unité de l’Église, dit ceci :
Une si grande, une si absolue concorde entre les hommes doit avoir pour fondement nécessaire l’entente et l’union des intelligences, d’où suivra naturellement l’harmonie des volontés et l’accord dans les actions. C’est pourquoi, selon le plan divin, Jésus a voulu que l’unité de foi existât dans son Église : car la foi est le premier de tous les liens qui unissent les hommes à Dieu et c’est à elle que nous devons le nom de fidèles.
Quelques années plus tard, dans sa magistrale encyclique condamnant le faux œcuménisme, Mortalium animos, Pie XI reprendra la même idée :
Puisque la charité, dit-il, a pour fondement une foi intègre et sincère, c’est l’unité de foi qui doit être le lien principal unissant les disciples du Christ.
Il ressort de ces enseignements pontificaux qu’il y a dans l’Église une unité plus fondamentale que l’unité de communion : c’est l’unité de foi. Et, pour que l’unité de communion soit véritable, il faut absolument qu’elle ait pour fondement l’unité de foi. Dès lors, il est clair que les premiers schismatiques sont les hérétiques : « L’hérésie, dit le cardinal Billot, est un schisme, car elle s’oppose directement à l’unité de foi. » On peut s’opposer à l’unité de communion sans s’opposer à l’unité de foi, mais on ne saurait s’opposer à l’unité de foi sans s’opposer à l’unité de communion, puisque la première est le fondement de la seconde.
Ce sont ceux qui s’écartent de la foi qui font le schisme
Or, lorsqu’on considère la situation de l’Église depuis le concile Vatican II, on constate que les personnes qui occupent les postes d’autorité sont imbues de libéralisme et de modernisme. Elles ont imposé des réformes qui détruisent l’Église, parce qu’elles s’opposent à la foi et au culte traditionnels. Ainsi, elles ont rompu avec la Tradition multiséculaire, c’est-à-dire, en définitive, avec l’unité de la foi ; et l’unité de communion qu’elles essaient de réaliser n’est qu’une pseudo-unité, parce qu’elle a perdu son vrai fondement. La hiérarchie moderniste, en tant que moderniste, est hérétique : elle s’oppose à l’unité de foi par la prédication de ses erreurs et, par conséquent, à l’unité de communion. Autrement dit, c’est l’Église conciliaire qui est schismatique, parce qu’elle cherche à réaliser une unité qui n’est plus l’unité catholique.
Mgr Lefebvre le disait clairement :
L’Église conciliaire est pratiquement schismatique. […] C’est une Église virtuellement excommuniée, parce que c’est une Église moderniste. […]
Le pape veut faire l’unité en dehors de la foi. C’est une communion. Une communion à qui ? à quoi ? en quoi ? ... Ce n’est plus une unité. Celle-ci ne peut se faire que dans l’unité de la foi [3].
Et le pape ?
Comme l’explique le cardinal Journet, dans l’Église du Verbe Incarné [4], le pape lui-même peut pécher contre la communion ecclésiastique en brisant l’unité de direction, ce qui se produirait s’il n’accomplissait pas son devoir et refusait à l’Église l’orientation qu’elle est en droit d’attendre de lui, au nom d’un plus grand que lui, le Christ, son fondateur et chef invisible. Et c’est malheureusement la situation pénible dans laquelle nous nous trouvons depuis le Concile. Si Mgr Lefebvre a voulu rester à l’écart de la hiérarchie moderniste et de l’Église conciliaire, c’est par fidélité à la Tradition, refusant de faire schisme et rupture avec l’unité de foi, telle qu’elle a toujours été dans l’Église. L’Église, disait le père Calmel, n’est pas le corps mystique du pape, mais du Christ [5]. Si donc le pape manque à sa charge au point de promouvoir l’hérésie et le schisme, alors il vaut mieux obéir au Christ et rester fidèle à l’Église de toujours, quitte à endurer les foudres des autorités en place. Mgr Lefebvre a préféré se tenir à l’écart de cette hiérarchie et de cette fausse communion :
Sortir, donc, de l’Église officielle ? Dans une certaine mesure, oui évidemment. Si les évêques sont dans l’hérésie, il faut sortir de ce milieu des évêques si l’on ne veut pas perdre son âme. Si nous nous éloignons de ces gens-là, c’est absolument comme avec les personnes qui ont le sida. On n’a pas envie de l’attraper. Or, ils ont le sida spirituel, des maladies contagieuses. Si on veut garder la santé, il ne faut pas aller avec eux [6].
D’où notre attitude
En pratique, le catholique ne doit ni ne peut être en communion avec une hiérarchie qui favorise le modernisme, le libéralisme, l’œcuménisme, condamnés par les papes, et qui oriente les fidèles dans des voies étrangères à la Tradition. Il vaudrait mieux supporter les persécutions, les critiques, les sobriquets de « schismatiques » et d’« excommuniés », plutôt que de collaborer à l’entreprise de cette hiérarchie et à la perte des âmes.
Conclusion
Ainsi, ce ne sont pas ceux qui s’attachent à la Tradition qui sont schismatiques, en réalité, ce sont ceux qui s’en éloignent. Si les traditionalistes ne sont pas « en communion », ce n’est qu’avec l’Église conciliaire en tant que telle ; mais cela, c’est leur titre de gloire. La communion sera retrouvée naturellement le jour où Rome reviendra à la Tradition et « re-couronnera Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Mais rechercher l’union avec Rome avant que les autorités ne soient revenues à l’unité de la foi, c’est abandonner notre combat, c’est – d’une certaine manière – trahir la vérité en la faisant entrer dans le système pluraliste et indifférentiste, orchestré par la hiérarchie infidèle à sa charge. Ce serait le triomphe de la nouvelle ecclésiologie du concile Vatican II, avec son « subsistit in »… Pour nous, il ne suffit pas que Rome admette : « l’Église du Christ subsiste dans la Tradition » ; il faut qu’elle avoue : « la véritable Église du Christ, c’est la Tradition ». Enfin, à la suite de Mgr Lefebvre, nous ne voulons pas constituer une « petite Église [7] » indépendante, par principe, de la grande, et c’est pourquoi nous ne cherchons pas à établir de hiérarchie parallèle, ni à vivre repliés sur nous-mêmes et fermés aux autres.
Nous voulons simplement continuer en toute sécurité notre témoignage pour la foi et le culte de toujours. Seuls, les contacts compromettants ou dangereux pour la survie de la Tradition sont évités. Nos chapelles sont ouvertes à tous les fidèles et nous ne refusons à personne notre témoignage. Nous ne refusons pas d’aller vers les autres, avec la prudence requise, pour les ramener à la Tradition ; mais nous ne nous émouvons pas non plus de la « marginalisation » (pour reprendre l’expression du père Calmel), conséquence de notre fidélité à la foi de toujours.
Précision
Lorsque nous disons que les autorités de l’Église sont hérétiques et schismatiques, nous ne voulons pas dire qu’elles aient rompu avec la société qu’est l’Église, car il faudrait, pour cela, que leur hérésie et leur schisme soient déclarés notoires de droit, ce qui semble bien impossible, puisque c’est à elles-mêmes qu’il revient de le faire. Cependant, leur hérésie et leur schisme n’en sont pas moins véritables, rompant avec la Tradition, détruisant la foi et la liturgie de toujours, et favorisant grandement la perte des âmes. Une hérésie et un schisme qui ne sont pas encore notoires de droit peuvent continuer leurs ravages à l’intérieur de l’Église sans que les fidèles soupçonnent le danger, ce qui les rend d’autant plus redoutables [8]. Il nous faut donc nous tenir à l’écart de ceux qui les promeuvent et continuer à les dénoncer : telle a été notre conduite jusqu’à ce jour.
Réponses aux objections
A la première : ce serait refuser le primat du pape
Nous ne nions pas que le pape puisse donner la juridiction et même que – en temps normal – c’est de lui que toute juridiction est reçue dans l’Église. Le problème n’est pas là. Il est dans le fait que la juridiction est un pouvoir, et que ce pouvoir implique la sujétion effective à celui qui le confère, à savoir le pape. Et ce dernier est en droit de contrôler la façon dont ce pouvoir est exercé par ses sujets.
Or, cette sujétion à une autorité néo-moderniste étant un péril immédiat pour notre foi et pour sa confession publique, nous ne pouvons l’accepter.
Certes, la juridiction est nécessaire pour l’exercice légitime du ministère ecclésiastique et pour la validité de certains actes. Aussi, n’ayant pas la juridiction par la voie ordinaire, nous continuons à nous appuyer sur la suppléance de juridiction, que l’Église confère directement dans les cas de nécessité, et sur laquelle nous nous sommes toujours appuyés ces dernières décennies. Ce droit de nécessité prendra fin le jour où Rome retrouvera la Tradition.
A la deuxième : notre attitude nous a donné un habitus schismatique
Un habitus se contracte par la répétition des actes. Pour contracter un habitus schismatique, il faudrait poser des actes schismatiques. Mais nous avons vu que nos refus d’obtempérer aux directives de la Rome moderniste ne sont en aucune manière des actes schismatiques, à cause des raisons justes et graves qui les motivent. De plus, il faut comprendre que notre conduite vis-à-vis de Rome ne dépend pas du temps. Il ne nous appartient pas de savoir combien de temps va encore durer la crise : Dieu seul le sait. Pour nous, nous continuerons aussi longtemps qu’il le faudra, sans nous décourager ni nous lasser. Nous éviterons toujours le schisme si nous continuons à suivre les recommandations de Mgr Lefebvre, « de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises, dans la foi catholique intégrale, exprimée dans les symboles de la foi, dans le catéchisme du concile de Trente […] [9] ». Le fait que la crise dure depuis de nombreuses années cause un danger beaucoup plus réel que celui d’un schisme : c’est celui de l’abandon du combat, par lassitude. C’est contre ce danger surtout qu’il faut nous prémunir.
Enfin, ce ne sont pas ceux qui gardent le véritable « sensus fidei » qui doivent être accusés d’avoir perdu le « sensus Ecclesiæ ». Ce dernier, en effet, serait faux s’il devait mettre en péril la fidélité à la Tradition.
A la troisième : on nous accepte « tels que nous sommes »
Nous pouvons lire, dans la déclaration de Dom Gérard, suite aux sacres de 1988 et à son ralliement à Rome :
Ce que nous demandions depuis le début (messe de saint Pie V, catéchisme, sacrements, le tout conforme au rite de la Tradition séculaire de l’Église), nous était octroyé, sans contrepartie doctrinale, sans concession, sans reniement, Le Saint-Père nous offrait donc d’être intégrés dans la Confédération bénédictine tels que nous sommes. […] Toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire, la foi et les sacrements étant saufs, il est meilleur d’être en accord avec les lois de l’Église plutôt que d’y contrevenir.
Ainsi, pour éviter de tomber dans le « résistantialisme », de faire schisme et de constituer une « petite Église », Dom Gérard rallie Rome, non sans poser la condition : « Que nulle contrepartie doctrinale ou liturgique ne soit exigée de nous et que nul silence ne soit imposé à notre prédication antimoderniste [10]. » Toutes les précautions semblaient prises pour que ce ralliement soit prudent et permette au Barroux de rester fidèle à la Tradition. Mais voilà, l’histoire a prouvé que le ralliement pratique à la Rome moderniste se termine par un ralliement doctrinal. Nous avons amplement montré, précédemment, que nous ne serions pas accept és « tels que nous sommes ».
Ainsi, tant que Rome ne sera pas revenue à la Tradition, notre conduite reste justifiée, et se tenir à distance des autorités modernistes ne constitue pas un schisme.
A la quatrième : la place de la Tradition est dans le périmètre officiel de l’Église
L’Église catholique est visible par ses quatre notes : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Si l’Église officielle perd cette visibilité, c’est parce qu’elle s’éloigne de la foi traditionnelle. Mgr Lefebvre le disait très clairement :
Il n’y a plus chez eux d’unité de la foi, or c’est la foi qui est la base de toute visibilité de l’Église. La catholicité, c’est la foi une dans l’espace. L’apostolicité, c’est la foi une dans le temps. Et la sainteté, c’est le fruit de la foi.
Dès lors, la solution apparaît clairement : si l’Église officielle veut retrouver sa visibilité, il faut qu’elle revienne à la Tradition. Mais demander aux traditionalistes d’intégrer l’Église officielle pour qu’elle retrouve sa visibilité, c’est prendre le problème à l’envers, et l’expérience des communautés Ecclesia Dei montre que ce serait une erreur, comme le pressentait Mgr Lefebvre :
Ces derniers temps, on nous a dit qu’il était nécessaire que la Tradition entre dans l’Église visible [il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle]. Je pense qu’on a fait là une erreur très, très grave. […] C’est nous qui avons les marques de l’Église visible.
La conclusion de l’archevêque est claire : « Ce n’est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l’Église [11]. »
Pour clore la question
Terminons par ces paroles très claires de Mgr Lefebvre :
Nous ne sommes pas dans le schisme, nous sommes les continuateurs de l’Église catholique. Ce sont ceux qui font les nouveautés qui vont dans le schisme [12].
En effet :
L’anomalie dans l’Église n’est pas venue de nous, mais bien de ceux qui se sont efforcés d’imposer une orientation nouvelle à l’Église, orientation contraire à la Tradition et même condamnée par le magistère de l’Église. Si nous paraissons être dans une situation anormale, c’est parce que ceux qui ont l’autorité aujourd’hui dans l’Église, brûlent ce qu’ils adoraient autrefois et adorent ce qui était brûlé autrefois. Ce sont ceux qui se sont écartés de la voie normale et traditionnelle, qui auront à revenir à ce que l’Église a toujours enseigné et toujours accompli. Comment cela pourra-t-il se faire ? Humainement parlant, il semble bien que, seul, le pape, disons un pape, pourra rétablir l’ordre détruit dans tous les domaines. Mais il est préférable de laisser ces choses à la Providence [13].
Ainsi, la solution de la crise ne consistera pas dans un prétendu retour de la Tradition à une unité qu’elle n’a jamais brisée, mais dans le retour de la hiérarchie et de l’Église conciliaire à la foi et au culte traditionnels. Ce retour serait davantage empêché que favorisé, si nous entrions dans leur unité qui n’en est pas une, dans leur « communion » pluraliste. Notre identité serait noyée dans ce tout hétérogène : notre témoignage serait offusqué et nous aurions trahi le Christ-Roi.
Ce qui nous intéresse d’abord, c’est de maintenir la foi catholique. C’est cela notre combat. Alors, la question canonique, purement extérieure, publique, dans l’Église, est secondaire. […] D’être reconnus publiquement, cela est secondaire. Il ne faut pas rechercher le secondaire, en perdant ce qui est primaire, ce qui est le premier objet de notre combat [14].
Dire qu’une reconnaissance canonique n’est pas envisageable avant que Rome ne soit revenue à la Tradition :
Est-ce du sédévacantisme ?
Raisons en faveur d’une réponse positive
Première raison
Prier pour le pape ne suffit pas à prouver qu’on reconnaît son autorité. Il faut donner des marques plus patentes de soumission. Or, nous refusons d’en donner, même lorsque des occasions favorables se présentent.
Deuxième raison
Refuser systématiquement tout ce que dit ou fait le pape équivaut à considérer qu’il n’est pas pape. A fortiori rejeter l’offre d’une reconnaissance canonique, lorsqu’aucun compromis doctrinal ou liturgique ne nous est demandé. Or, c’est ce que nous ferions en refusant aujourd’hui les propositions romaines.
Avis en sens contraire
Nous continuons à déclarer que nous reconnaissons les papes conciliaires pour légitimes successeurs de saint Pierre et vrais chefs de l’Église.
Tant que je n’ai pas l’évidence que le pape ne serait pas le pape, disait Mgr Lefebvre, eh bien ! j’ai la présomption pour lui, pour le pape. Je ne dis pas qu’il ne puisse pas y avoir des arguments qui peuvent mettre [cela] en doute, dans certains cas. Mais il faut avoir l’évidence que ce n’est pas seulement un doute, un doute valable. Si l’argument était douteux, on n’a pas le droit de tirer des conséquences énormes [15] !
Nous comptons bien garder, nous aussi, cette conduite prudentielle. Par conséquent, nous refusons la théorie du sédévacantisme.
Réponse de fond
Ce qu’est le sédévacantisme
Le sédévacantisme est l’opinion selon laquelle le pape qui occupe actuellement le Siège de Rome n’est pas véritablement pape [16].
Au premier abord, cette opinion paraît avoir quelque vraisemblance. En effet, comment admettre qu’un vrai pape puisse prêcher, à temps et à contre-temps, de faux principes – liberté religieuse, œcuménisme, collégialité, etc. –, qui sont en opposition formelle avec la Tradition, et favorisent la ruine de l’Église et la perte des âmes ? C’est pourtant ce que fait le pape François, à la suite de Paul VI, de Jean-Paul II et de Benoît XVI.
Réfutation
Cependant, le sédévacantisme reste une simple opinion théologique, qui n’est d’ailleurs pas la plus probable.
En effet, lorsqu’on étudie la chose de près, on se rend compte que le pape régnant, tout comme ses prédécesseurs imbus des erreurs conciliaires, n’exerce jamais son infaillibilité, et que sa fausse conception de sa propre fonction, l’empêche même certainement d’exercer un véritable magistère [17]. Par conséquent, il n’enseigne pas l’Église avec une vraie autorité et il peut se tromper, car un pape peut errer lorsqu’il ne remplit pas sa fonction de docteur de l’Église universelle avec l’assistance du Saint-Esprit. Ainsi, la prédication par le pape François de nouveautés étrangères, et même contraires à la Tradition, s’explique et elle ne semble pas incompatible avec le souverain pontificat.
Ensuite, si le pape régnant est hérétique, son hérésie n’est pas pour autant notoire, ni de fait – car la majorité des pasteurs et des fidèles ne le considèrent pas comme hérétique ; ni surtout de droit – car nulle autorité dans l’Église ne peut a priori le déclarer tel, le pape n’étant jugé par personne sur la terre. C’est pourquoi il demeure malgré tout membre et chef de la société qu’est l’Église [18]. Voilà ce qui semble théologiquement le plus probable [19].
Par conséquent
Nous ne suivons pas l’hypothèse aventureuse du sédévacantisme, mais nous préférons imiter la conduite prudentielle de Mgr Lefebvre : tant qu’il n’y a pas évidence que le pape n’est pas pape, nous continuons à le reconnaître pour le vrai vicaire du Christ sur la terre. C’est pourquoi nous n’admettons pas l’étiquette de « sédévacantistes ».
En revanche
Nous refusons de suivre les orientations nouvelles que les pontifes donnent à l’Église depuis le Concile, parce qu’elles s’opposent à la volonté de son divin Fondateur et Chef invisible, Jésus-Christ. Nous rejetons les hérésies divulguées par les autorités modernistes et nous refusons d’obtempérer aux directives destructrices de l’Église.
Il faut en effet distinguer l’autorité pontificale de son exercice qui, depuis le Concile, est devenu révolutionnaire. La situation est vraiment exceptionnelle et on ne peut la résoudre selon les règles ordinaires, comme l’expliquait bien le père Calmel :
Les traités spirituels ne nous enseignent à peu près rien […] sur les formes révolutionnaires de l’exercice de l’autorité, ni, par suite, sur la pratique de l’obéissance dans cette situation sans précédent. […] Soit dans l’acceptation, soit dans le refus, nous sommes en dehors des catégories ordinaires de l’obéissance et de la désobéissance. […] [L’obligation d’obéir] n’existe pas à l’égard du système monté par la Révolution, quelle que soit l’autorité qui la patronne [20].
Nous ne pouvons entrer dans le système conciliaire, qui est orienté tout entier vers une fin étrangère et même opposée à celle de l’Église catholique.
Conclusion
Ainsi, si nous refusons la reconnaissance canonique proposée par Rome, ce n’est pas parce qu’elle vient de l’occupant actuel du Siège de Pierre, car nous reconnaissons l’autorité du pape régnant et sommes conscients du devoir de soumission que nous avons vis-à-vis du successeur de Pierre ; mais c’est à cause du danger prochain qu’il y aurait pour nous de dépendre d’un pape moderniste : nous risquerions en effet de perdre l’intégrité de la foi. Et, comme nous le disions plus haut, l’acceptation d’une reconnaissance canonique serait par elle-même une trahison, puisque la Tradition serait comme noyée dans l’amalgame que cherchent à constituer les papes férus de pluralisme (« unité dans la diversité »).
Ainsi, notre ligne de conduite ne ressemble à celle des sédévacantistes que matériellement, et non formellement. Comme eux, nous nous tenons à l’écart du pape moderniste, mais nos raisons ne sont pas les mêmes : eux ne veulent pas reconnaître l’autorité d’un tel pape, tandis que nous cherchons seulement à échapper à l’exercice de son autorité, afin de protéger notre foi et de continuer à rendre témoignage à la Tradition. Ce n’est donc pas l’inexistence du pape qui fonde notre conduite, mais la défense et la proclamation de notre foi catholique [21].
Enfin, contrairement aux sédévacantistes, nous continuons à prier pour le pape, afin que Dieu l’éclaire et qu’il redevienne fidèle à sa charge.
Réponses aux objections
A la première : prier pour le pape ne suffit pas
Nous ne nous contentons pas de prier pour le pape, mais nous reconnaissons à travers sa personne, Celui dont il est le vicaire sur la terre, même lorsque nous devons dénoncer publiquement ses erreurs. Nous ne refusons pas de parler avec lui, et nous essayons de l’éclairer par notre combat en faveur de la Tradition, persuadés que c’est là le meilleur service que nous puissions lui rendre. Nous sommes disposés à lui donner toutes les marques de soumission qui nous seront moralement possibles. Mais pour la reconnaissance canonique, nous ne pouvons l’envisager, en conscience, tant qu’il n’aura pas manifesté un désir sincère de revenir à la Tradition, en renonçant aux erreurs qu’il continue de répandre à l’heure actuelle, avec plus de zèle que jamais.
A la deuxième : refuser systématiquement ce que fait le pape, ce n’est pas le reconnaître comme pape
Il est faux de dire que nous refusons systématiquement tout ce que dit ou fait le pape.
Nous nous réjouissons quand il redit ce qui est conforme à la doctrine de toujours, ce qui, chez lui, est de plus en plus rare.
En réalité, notre résistance est restreinte aux points sur lesquels le pape s’éloigne de la Tradition. Et si, de fait, cette résistance est quasi systématique, c’est parce que sa prédication est quasi systématiquement entachée d’erreurs, et que l’orientation donnée à l’Église depuis le Concile ne varie pas.
Quant à la reconnaissance canonique « unilatérale », nous avons déjà expliqué pourquoi nous ne pouvons l’accepter.
Pour clore la question
Terminons en reprenant à notre compte la déclaration que faisaient les prêtres de Campos, en l’an 2000, avant leur défection :
Quand les autorités ecclésiastiques reviendront, sans condition, à enseigner et faire ce que l’Église a toujours enseigné et fait, nous, évêque, prêtres et fidèles, nos séminaires, maisons religieuses, églises, chapelles, écoles, tout sera à l’entière disposition de ces mêmes autorités. Dans l’attente, le meilleur service que nous puissions rendre à l’Église, au pape et aux évêques, est de résister, et de continuer notre ministère sacerdotal, en conformité avec l’Église de toujours [22].
Voilà notre ligne de conduite.
Conclusion générale
Le processus de régularisation canonique actuellement en cours, peut se comparer au processus d’inflammation d’une bûche de bois vert. Lorsqu’on jette celle-ci sur la flamme, elle est incapable de prendre feu, car il y a un obstacle : la sève. Alors, la flamme commence à lécher la bûche pour la réchauffer et faire sortir la sève. Cette dernière une fois sortie, la bûche s’enflamme.
De même, dans notre cas, il y aurait un obstacle au statut canonique, c’est la méfiance réciproque entre le monde conciliaire et nous. Les gestes de « bienveillance » de la part du pape ont pour rôle de faire tomber cet obstacle [23]. Ces gestes n’impliquent pas formellement de dépendance canonique envers les autorités romaines. L’obstacle de la méfiance une fois tombé, plus grand-chose n’empêchera l’octroi du statut définitif, cette fois avec dépendance effective envers le Saint-Siège. Pouvons-nous entrer dans une telle structure canonique ?
Pour répondre à cette question, reprenons, en cette conclusion, les éléments de cette étude.
Nous nous sommes demandé si la situation à Rome avait changé à un point tel qu’on pourrait aujourd’hui envisager une solution canonique, chose que nous regardions comme impossible, il y a peu. Force nous a été de constater que rien d’essentiel n’avait changé : les actes du pape sont de plus en plus graves ; la réaction des conservateurs, si elle est courageuse et mérite d’être saluée, ne remet cependant pas en cause les principes de la crise, au contraire ; l’attitude du Saint-Siège vis-à-vis de ce qui est traditionnel n’est pas bienveillante ; enfin, les exigences de Rome vis-à-vis de nous sont fondamentalement toujours les mêmes.
Alors, quels sont précisément les fondements de nos refus antérieurs d’un accord avec Rome ? Plus exactement, pouvons-nous accepter un accord avec une Rome néo-moderniste ? Une telle acceptation nous ferait entrer dans le pluralisme conciliaire, ferait taire nos attaques contre les erreurs modernes et mettrait notre foi en un danger prochain. Par conséquent, la solution canonique ne peut être envisageable qu’avec une Rome convertie doctrinalement, et ayant prouvé sa conversion en œuvrant au règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ et en luttant contre les adversaires de ce règne.
En nous mettant entre les mains des autorités romaines, nous mettrions en péril notre bien particulier non moins que le bien commun de l’Église.
Notre bien particulier : car nous sommes responsables de notre âme, et donc de notre foi ; or, sans la foi on ne peut être sauvé (He 11, 6). Et nul ne peut se décharger de cette responsabilité sur les autres.
Le bien commun de l’Église : en effet, nous ne sommes pas maîtres de la foi, en ce sens que nous ne pouvons la modifier à notre gré. Elle est le bien de l’Église, car c’est par la foi que celle-ci vit de la vie de son divin Époux. Elle est un bien commun, non seulement parce qu ’elle est commune à tous les catholiques, mais parce qu’il faut le concours de tous – bien que pas dans la même mesure pour tous – afin de la conserver. La confirmation fait de nous des soldats du Christ : tout chrétien doit être prêt à s’exposer pour défendre la foi. Et le caractère sacerdotal joint à la mission de l’Église donne aux prêtres le devoir sacré de la prêcher et de la défendre publiquement en combattant l’erreur.
Nous sommes dans l’Église militante, attaquée de toutes parts par l’erreur. Ne plus élever publiquement la voix contre celle-ci, c’est devenir son complice.
Donc, il nous est impossible, aujourd’hui, de nous mettre, par une solution canonique, entre les mains des autorités néo-modernistes, à cause de leur néo-modernisme. C’est là le véritable obstacle à notre reconnaissance par ces autorités.
Ce faisant, loin de remettre en cause l’autorité du pape, nous sommes convaincus de lui rendre le premier des services, qui est celui de la vérité. Par nos prières, nous supplions le Cœur Immaculé de Marie de lui obtenir la grâce de la conversion doctrinale, afin qu’à nouveau il « confirme ses frères dans la foi » (Lc 22, 32).
Nous sommes conscients que beaucoup d’amis ne partagent pas notre avis sur toute cette question. Certes, ces amitiés nous sont d’un très grand prix, et nous espérons qu’elles demeureront. Mais l’amitié avec Jésus-Christ l’emporte sur elles, et nous préférons cette dernière aux amitiés humaines, si celles-ci devaient la mettre en péril.
Non, nous ne pouvons pas – non possumus – entrer dans une structure canonique nous soumettant à une autorité moderniste. Nous ne disons pas cela contre nos amis qui estiment pouvoir y entrer. Mais nous le disons parce que c’est notre devoir.
C’est notre devoir d’abord vis-à-vis de Notre-Seigneur et de sa sainte Église ; nous n’avons pas le droit de nous exposer à faire la paix avec ceux qui les trahissent.
C’est notre devoir ensuite pour nous-mêmes, parce que nous avons notre âme à sauver, et qu’on ne peut se sauver sans la foi intègre.
C’est notre devoir à l’égard de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés, chacun selon notre état. Or, la première condition de la sainteté, c’est l’orthodoxie, laquelle est mise en un péril prochain par une solution canonique.
C’est notre devoir à l’égard des fidèles qui nous ont fait confiance pour les sacrements et pour être soutenus dans le rude combat du maintien de la foi : nous ne pouvons tromper leur confiance et les mettre dans une situation inextricable ; nous n’avons pas le droit de les conduire tout doucement vers les pâturages empoisonnés de Vatican II.
Nous savons que certains de ceux qui nous ont fait confiance, souhaiteraient que nous suivions le mouvement et entrions dans la structure canonique, si Rome nous la concède. Autrefois, ces chers amis pensaient comme nous ; nous déplorons qu’ils aient changé. Mais nous ne leur en voulons pas du tout ; nous comprenons que la situation est très délicate et qu’il n’est vraiment pas facile d’y voir clair. Puissent les pages qui précèdent leur avoir apporté quelques lumières. En tout cas, nous prions pour eux. Mais nous prions aussi pour nous-mêmes : « Veillez et priez, nous dit le divin Maître, afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Mc 14, 38).
Oui, veiller : c’est une condition fondamentale dans ce combat. La foi ne suffit pas, il faut encore lucidité et prudence.
Mais cela non plus n’est pas suffisant : en effet, combien de nos devanciers, depuis le Concile, avaient vu clair et pourtant sont tombés. C’est qu’en plus de la lucidité, il faut la force, pour tenir envers et contre tout, quand bien même tout le monde irait contre ce que nous voyons être la volonté de Dieu. Il faut une force persévérante, pour tenir à l’usure du temps. Et la persévérance est avant tout une grâce.
Vierge forte comme une armée en bataille, Vierge fidèle, obtenez-nous la grâce de la force et de la persévérance ; accordez-la à tous ceux que nous aimons ! Saint Joseph, Patron de l’Église universelle, protégez-nous.
[1] — Fideliter 70, p. 6.
[2] — Cardinal Billot, L’Église, tome II, Publications du Courrier de Rome, 2010, p. 69-70.
[3] — Fideliter 70, p. 8.
[4] — Cardinal Journet, L’Église du Verbe Incarné, Desclée de Brouwer, Fribourg, 1962, vol. II, p. 839 sq.
[5] — Père Roger-Thomas Calmel O.P., « De l’Église et du pape », dans Itinéraires 173, mai 1973, p. 28.
[6] — Conférence à Écône, 9 septembre 1988, cité dans Fideliter 66, p. 28.
[7] — « Nous ne sommes ni schismatiques ni excommuniés ; nous ne sommes pas contre le pape ; nous ne sommes pas contre l’Église catholique. Nous ne faisons pas d’Église parallèle. Tout cela est absurde. Nous sommes ce que nous avons toujours été, des catholiques qui continuent. C’est tout. Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures. Nous ne faisons pas une “petite Église”. » (Fideliter 70, p. 8.)
[8] — Citons aussi les paroles de celui qui fut le théologien de Mgr Lefebvre lors du concile Vatican II : « Qu’est-ce qu’un moderniste ? C’est un homme qui, n’ayant plus la foi (puisque par définition le modernisme est une hérésie), a sa manière propre de ne plus l’avoir [...]. Il retient toutes les expressions dogmatiques en en changeant radicalement la signification ou en les accompagnant de leurs contradictoires — il ne s’embarrasse pas de contradictions. Il n’éprouve pas le besoin de sortir de l’Église : au contraire, sa manière propre d’être hérétique comporte qu’il y demeure. Un moderniste hors de l’Église n’est plus un moderniste. C’est un protestant libéral ou rationaliste ; c’est un philosophe incroyant, ou un exégète incroyant, ou un historien incroyant, tout ce qu’on voudra, sauf un moderniste. La note spécifique du modernisme c’est d’être une hérésie intérieure à l’Église. L’entreprise du modernisme est de miner le dogme du dedans, comme les termites le font d’une poutre [...]. Le moderniste est d’autant plus difficilement reconnaissable qu’il est plus moderniste, c’est-à-dire qu’il sait mieux sauver les apparences. » (Abbé Berto, document extrait des archives personnelles de Mgr Lefebvre.)
[9] — La Tradition « excommuniée », Publications du Courrier de Rome, juin 1989, p. 45.
[10] — Fideliter 65, p. 17-18.
[11] — Fideliter 66, p. 27-28.
[12] — Mgr Lefebvre à Lille, le 29 août 1976.
[13] — Le coup de maître de Satan, Réponses à diverses questions d’actualité, 1977, p. 47.
[14] — Mgr Lefebvre, Conférence à Écône, le 21 décembre 1984.
[15] — Mgr Lefebvre, le 16 janvier 1979.
[16] — Le sédévacantisme diffère du schisme, car il ne nie pas, par principe, que l’occupant du Siège de Rome soit chef de l’Église universelle et qu’il faille être en communion avec lui, mais il nie, de fait, que l’occupant actuel du Siège de Rome – à cause de son intention habituelle et objective contraire au bien commun de l’Église – soit pape légitime ; et, par conséquent, il affirme qu’on doit rompre toute relation avec lui.
[17] — Selon la conception moderniste, qui transparaît dans la constitution Lumen gentium du concile Vatican II, le souverain pontife exerce un service : il doit se mettre à l’écoute du sentiment religieux du peuple de Dieu et en assurer l’unité au fur et à mesure de son évolution à travers les siècles. Sa fonction n’est plus d’enseigner avec autorité les fidèles en imposant à leur foi ce qui est contenu dans la Tradition immuable de l’Église.
[18] — « L’opinion la plus commune des théologiens est que l’hérésie et le schisme détruisent l’appartenance à l’Église précisément en tant qu’ils sont notoires […]. La rupture de l’unité de l’Église se produit en effet au niveau qui est le sien : puisqu’il s’agit de la rupture d’un lien social, elle se produit seulement à la faveur d’actes susceptibles de priver d’un pareil lien […], c’est-à-dire à la faveur d’actes sociaux, qui sont des actes, non seulement externes, mais encore publics et notoires de droit. De tels actes sont tous ceux (et seulement ceux-là) que l’autorité hiérarchique de l’Église dénonce juridiquement comme incompatibles avec le bien commun de la société catholique. » (Abbé Gleize, professeur d’ecclésiologie au séminaire d’Écône, dans le Courrier de Rome, septembre 2013). Ainsi, tant qu’il n’y a pas constatation juridique de son hérésie par l’autorité, un hérétique reste membre de la soci été ecclésiastique.
[19] — Pour une réfutation plus complète et détaillée du sédévacantisme, on pourra consulter le nº 79 du Sel de la terre ou le Courrier de Rome de février 2016.
[20] — Itinéraires 148, p. 14 et 17.
[21] — « Ce n’est pas l’inexistence du pape qui fonde ma conduite, mais la défense de ma foi catholique » (Réponse de Mgr Lefebvre au père Guérard des Lauriers).
[22] — Catholiques, Apostoliques, Romains ; notre position dans l’actuelle situation de l’Église, Union Sacerdotale Saint-Jean-Baptiste-Marie Vianney, Campos, Brésil. Plaquette éditée par les Publications saint Jean Eudes, juin 2000.
[23] — Quant à nous, nous entendons bien ne pas nous départir de cette juste méfiance envers des autorités hostiles à la Tradition, car hostiles au règne de Notre-Seigneur.

