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In memoriamPaul Chaussée, 1932-2019

 

 

par un ami de Paul Chaussée

 

 

Paul Chaussée est né en novembre 1932, en Belgique, de nationalité Belge.

Dans ses ouvrages, il donne quelques éléments de son enfance et de sa jeunesse : élevé dans une famille catholique, à la campagne, il a acquis un bon sens et un attachement aux choses simples de la terre et de la création.

Il a fréquenté des mouvements de jeunesse, en particulier le scoutisme. Il a fait son service militaire dans une unité parachutiste, notamment au Congo belge (devenu Zaïre, puis RDC).

Il a gardé de son éducation une grande rigueur intellectuelle, un sens de l’organisation, un goût pour la lecture – la lecture méthodique, un crayon à la main. Il avait le sens de la synthèse et de la logique. Ses cours « d’éloquence » lui avait donné des principes pour parler en public, ce qu’il déplorait souvent, la surdité venant, ne plus voir chez les jeunes habitués des micros. A son contact, on mesurait la différence grandissante entre l’éducation de cette époque et celle d’aujourd’hui.

On apprend dans son livre La Porte du Ciel [1] qu’en 1953, son âme est en danger : sa famille se réunit auprès d’une statue de Notre Dame pour demander sa conversion.

Sa mère, peu de temps avant de mourir, le visita à Bordeaux en revenant de Lourdes et lui dit : « J’ai prié pour toi à la Grotte. » Il attribuait à cette prière familiale son retour à Dieu.

En effet, comme de nombreux jeunes de son époque, la fréquentation des milieux scouts infestés d’idées « nouvelles » (mais « vieilles comme le prince de ce monde », disait-il), l’avait poussé dans un premier temps vers l’évolutionnisme délirant d’un Teilhard de Chardin, et, dans la logique du refus de voir l’action de la Providence dans le monde, fasciné par les sciences et les formidables réalisations techniques de son temps, il était tombé dans l’agnosticisme et avait été absorbé par la vie « dans le monde, comme le monde ».

Ses activités professionnelles – il était ingénieur, spécialiste de la lubrification des machines de fabrication de pâte à papier – l’amenèrent à s’installer dans la région bordelaise, à proximité des principales papeteries françaises. A la fin des années 1970, il devint responsable des ventes à l’exportation pour la société qui l’employait : il multiplie alors les voyages, ce qui provoque des tensions familiales qu’il évoque dans son livre. Devant la difficulté, il se surprend à demander l’aide de la sainte Vierge et reconnaît son intervention dans un changement providentiel d’emploi qui lui permet d’être plus présent à sa famille. Parallèlement, il commence une étude des religions, en particulier de l’islam et du Coran qu’il compare à l’Évangile.

En 1981, à la suite d’une discussion avec un « collègue de travail », il découvre l’existence du Saint-Suaire. Son esprit scientifique le pousse à s’y intéresser et il commence à se rapprocher de la religion de son enfance.

Il reconnaît rapidement que seule l’authenticité de cette relique peut expliquer son existence et sa conservation : il s’agit réellement du linceul témoin de la résurrection de Notre-Seigneur sur lequel se trouvent toutes les souffrances du Christ, qui a été « codé » pour notre époque seule capable de le déchiffrer.

Il cherche alors à reprendre une pratique religieuse et à donner des conférences pour faire connaître le Saint-Suaire. Devant l’accueil glacial des prêtres conciliaires qu’il contacte, et le vide de la nouvelle messe si éloignée de ce qu’il avait appris dans son enfance, il se souvient d’un article du journal Sud-Ouest paru sept ou huit ans auparavant qui annonçait l’ouverture d’un prieuré traditionnel à …. mais il ne se souvient pas du nom du village : uniquement qu’il finissait par …ac ; ce qui est assez fréquent en Gironde !

Il entreprend alors des recherches et visite nombre de villages avant de découvrir Vérac. Il se présente dans la cour du prieuré, rencontre l’abbé Méry. Celui-ci lui dit qu’avant toute discussion, il est l’heure pour lui de dire sa messe … et lui demande de la servir. C’est le début de sa découverte de la Tradition et de l’œuvre de Mgr Lefebvre. Il deviendra « tertiaire » de la Fraternité Saint-Pie X.

Comprenant très rapidement que seule la Tradition représente la vraie religion, il consacre ses dernières années à l’étude de la doctrine de l’Église, de la Révolution et de la Contre-Révolution, …. et à les faire connaître.

Sur chaque sujet, il lit, crayon à la main, plusieurs ouvrages qu’il synthétise et il se constitue un « dossier de synthèse ». Il réalise ainsi des dossiers sur l’islam, sur la Révolution, sur la franc-maçonnerie, sur le judaïsme, sur la Providence, sur le sédévacantisme, et bien sûr sur le Saint-Suaire.

Sa vie de retraité est consacrée à la contemplation, à l’étude, aux travaux manuels : il cultive quelques rangs de vigne, produit son vin, élève des moutons et s’occupe de ruches, « le remède à l’évolutionnisme » disait-il. Comme sur tous les sujets qu’il aborde, il étudie dans le moindre détail la vie des abeilles à « Casteret », un havre de paix, dans un vallon, au milieu d’un bois, dans l’Entre-deux-Mers.

Il a donné de nombreuses conférences sur le Saint-Suaire, tout d’abord au prieuré de Bordeaux, puis un peu partout en France.

Il a participé à la fondation du Centre International d’Études sur le Linceul de Turin (CIELT) et a publié, tout d’abord sous forme d’articles dans la revue Credo, son livre Miracle et message du Saint-Suaire de Turin [2]. Ce livre, qu’il fit relire par l’abbé Denis Roch, n’est pas seulement une œuvre scientifique sur le linceul : après avoir prouvé son authenticité, il montre pourquoi cette relique a été « codée » pour notre époque. Il analyse la crise dans tous ses aspects : social, politique, éducatif et, bien sûr, religieux ; et il donne le remède : la dévotion au Cœur Immaculé de Marie et à la Sainte Face.

Très conscient de la décrépitude de l’enseignement, il accepte la direction de l’école Sainte-Jeanne-d’Arc, école catholique traditionnelle située à Villenave d’Ornon jusqu’à sa fermeture par le prieuré de Bordeaux.

Il connaît une première sérieuse alerte de santé en traitant sa vigne, qu’il raconte dans son livre La Divine Providence. La Providence le fera hospitaliser dans le même hôpital que l’abbé Roch avec qui il avait passé de nombreuses heures à achever son livre sur le Saint-Suaire.

Les années 2000 sont marquées par la longue maladie de sa femme, auprès de laquelle il restera présent au point de ne plus sortir pendant de longs mois. Il « obtiendra » sa conversion et sa mort avec les sacrements de l’Église.

A partir de 2000, suite à la diffusion de son livre, il possède un réseau important de « correspondants » qui l’interrogent sur de nombreux sujets. Cela l’amène à rédiger un livre sur le sédévacantisme : Le siège de Pierre est-il vacant ? Le sédévacantisme et ses variantes, une tentation sous apparence de bien. Après bien des hésitations, il décide de ne pas le publier, se contentant de le diffuser dans son réseau à ceux qui se posent des questions devant la profondeur de la crise et l’attitude des papes conciliaires.

Ayant lu le livre de Paul Sernine, La Paille et le sycomore, il rédige une étude où il réfute cet ouvrage qui ignore le combat des deux Cités.

Sur le parvis du prieuré de Vérac desservi alors par l’abbé Vignalou, sont évoqués les débats qui agitent le monde de la tradition : le pèlerinage à Rome et le danger d’un rapprochement avec la Rome moderniste (2001), le ralliement de Campos (2002), la « question Sernine » (2003), la création de l’IBP à Bordeaux (2006), le Te Deum pour le motu proprio de Benoit XVI sur la messe (2007), la demande de levée de l’excommunication (2009) et ses tentatives de justification, etc.

Paul Chaussée se livrait à une analyse poussée de tous ces sujets, et il mettait en garde ses correspondants, soit par courriel, soit à très haute voix du fait de sa surdité lors de la sortie de la messe : aucun paroissien n’a pu ignorer ses convictions et ce qu’il pensait de Mgr Fellay, du GREC et de la lâcheté de nombre de pasteurs qui n’osent plus dire la vérité.

Vers décembre 2013, il a organisé une réunion d’une dizaine de personnes à son domicile pour dire : « La Fraternité déraille, un jour viendra où il n’y aura qu’un petit nombre de prêtres fidèles. » L’esprit toujours pratique, il voulait mettre en place une organisation qui recevrait les prêtres et détiendrait la « valise chapelle nécessaire » pour avoir les sacrements.

Il a été le principal instigateur de la chapelle Sainte-Cécile (dans le Sud-Ouest) qu’il a fréquentée exclusivement depuis la première messe par Mgr Williamson en mai 2014, venant avec son fidèle compagnon Youk II. Malgré un accident de voiture, il a pu, grâce à la bonne volonté de plusieurs, continuer à assister à la messe, jusqu’à ce que sa santé ne lui permette plus de se déplacer, en janvier 2019.

Il a soutenu les jeunes des Amis du Sacré-Cœur : il leur a donné une conférence sur le Saint-Suaire en 2014, et il les recevait régulièrement chez lui.

Ainsi, après sa conversion, il est resté fidèle à tous les combats de la foi, refusant les compromissions avec l’Église conciliaire qu’il avait fuie dans les années 1980. Il a gardé toute sa lucidité et son sens de l’analyse jusqu’à la fin.

Il a donné sa dernière conférence sur le Saint-Suaire en octobre 2018, preuve s’il en était besoin de sa parfaite condition « intellectuelle ».

Il avait essayé de commencer l’écriture d’un nouveau livre ces derniers mois, avant de s’apercevoir qu’il n’en aurait plus la force, ce qu’il a accepté et offert à la Vierge Marie, s’abandonnant à la divine Providence…

Le 4 mars il a reçu pour la dernière fois la sainte communion.

Le 8 mars, il a insisté auprès d’un visiteur pour qu’il transmette à ses enfants le goût de l’étude et de la lecture, surtout en cette période de crise dans l’Église. « Il n’y a plus que quelques bastions épars. […] Que vos enfants continuent les Amis du Sacré-Cœur ».

Le dimanche 10 mars, il a demandé de réciter une dizaine de chapelet avec la personne venue le visiter et a donné lui-même l’intention : « Pour la guérison de votre frère. » Il était parfaitement conscient et toujours attentif aux autres.

Il méditait beaucoup et offrait sa « décrépitude progressive », ce sont ses mots, pour l’Église, pour les quatre évêques fidèles.

Il a été rappelé à Dieu à Libourne, le 18 mars 2019.


[1]  — Recensé dans Le Sel de la terre 51, p. 212.

[2]  — Recensé dans Le Sel de la terre 32, p. 227.

Informations

L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 109

p. 195-199

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