A la gloire du créateur de la nature (I) Sens et communication chez les animaux
par Olivier Dugon
Dans le numéro 3 du Sel de la terre (p. 112-116), nous avions déjà donné quelques documents sur des découvertes récentes concernant la nature et nous portant à admirer le Créateur. Nous sommes heureux de revenir sur ce sujet et, si Dieu le permet, nous espérons même donner une chronique régulière sur cette question. Cela nous paraît important pour plusieurs raisons :
Nous voulons faire de la philosophie réaliste, c’est-à-dire qui se fonde sur l’observation de la réalité. Comme nous le rappelions dans l’introduction du numéro 3, Aristote fut un grand observateur de la nature, et des animaux en particulier. Or malheureusement, à notre époque où la plupart des contemporains vivent dans de grandes villes, ils ne savent plus observer la nature. Ils ne connaissent plus ses lois élémentaires. Un prêtre de nos amis nous disait récemment qu’un de ses enfants du catéchisme, agé d’une dizaine d’années, pourtant d’origine normande, ne savait pas comment on faisait le beurre : il croyait qu’on le tirait d’une plante mystérieuse.
Outre que le contact avec la nature nous ramène à la réalité, il a pour résultat de susciter en nous l’admiration. Or l’admiration est une des premières attitudes de celui qui veut entreprendre l’étude d’une science, comme l’explique Aristote. Nos contemporains sont « blasés », et cela les rend paresseux intellectuellement.
Autre raison : les merveilles que l’on observe dans la nature – simplement en France dans nos campagnes, il n’est pas besoin de rechercher les animaux bizarres des îles Galapagos – nous poussent naturellement à reconnaître l’existence de Dieu et à le louer. C’est aussi en grande partie parce que notre monde contemporain a perdu ce contact avec la nature qu’il y a tant d’athées aujourd’hui.
Le spectacle de cet ordre merveilleux qui préside à la nature est aussi un précieux antidote à ce poison de l’évolutionnisme qui veut nous faire croire que le monde s’est fait tout seul, par hasard et nécessité. Mais, quand on y regarde d’un peu près, la nature c’est l’anti-hasard : la finalité la plus admirable règne partout.
Enfin ajoutons cette triste constatation : notre monde moderne « fou » est en train de détruire la belle nature que le bon Dieu a faite Un grand nombre d’espèces animales sont en voie d’extinction. Voici le sous-titre d’un récent article de La Recherche, revue qui n’est pas spécialement au service des « verts » : « De nombreuses espèces animales sont aujourd’hui menacées d’extinction ; parmi elles, beaucoup de représentants de la faune d’eau douce disparaissent dans l’indifférence, négligés au profit d’espèces plus médiatiques [1]. »
Nous souhaitons que nos lecteurs ne se contentent pas de lire cet article et ceux qui vont suivre, mais qu’ils aillent aussi faire des travaux pratiques en allant admirer, le dimanche après-midi ou durant leurs vacances, le beau livre de la nature qui nous parle si bien de son Créateur.
Le Sel de la terre.
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Voici quelques données particulièrement intéressantes sur la communication chez les animaux. (La plupart de ces renseignements proviennent d’un passionnant petit livre russe : « Le langage des animaux » par L. Stichkovskaïa, paru aux éditions Mir en 1980, traduction française en 1986).
Lorsque nous connaissons mal un sujet, nous le trouvons inintéressant, car nous en ignorons la richesse. Ce résumé a pour but d’amorcer, si c’était nécessaire, l’intérêt que nous pouvons tous porter aux merveilles de la nature et dans le cas présent aux merveilles du monde animal qui nous entoure. La recherche de l’exotisme, de l’oiseau le plus coloré, du mammifère le plus lourd, du serpent le plus long, du carnassier qui fait le plus frémir, etc., nous cache le trésor de la nature qui nous entoure.
Émission des sons
Chez les insectes il y a 25 types d’organes sonores. Chez la sauterelle, la nervure stridulente garnie de denticules de l’élytre gauche frotte contre la membrane résonnante de l’élytre droit. Le grillon champêtre enfonce l’avant de son corps dans une feuille qu’il a percée avant en la rongeant, ce qui sert d’amplificateur. Le papillon sphinx tête de mort pousse de véritables petits cris grâce à son épipharynx particulièrement développé qui vibre lors de l’inspiration ou de l’expiration avec deux notes différentes.
Grâce aux hydrophones, appareils destinés à détecter la présence des sous-marins, on s’est aperçu que les poissons émettaient des sons, principalement avec leur vessie natatoire.
Chaque batracien émet un « chant » différent. Grâce à leur gosier, à leurs cordes vocales et, pour certains, à leurs sacs vocaux, les batraciens peuvent chanter. Le sonneur à ventre jaune dont le chant est peu bruyant chante en inspirant l’air, la grenouille verte qui est très bruyante le fait en expirant l’air.
Certains reptiles émettent des sons : les serpents sifflent.
Parmi les animaux, ce sont les oiseaux qui émettent les sons les plus complexes. Les oiseaux qui chantent le mieux ont un grand nombre de muscles vocaux et une anatomie particulière du syrinx. Le rossignol possède neuf paires de muscles vocaux, le coucou deux seulement. La trachée des oiseaux possède de 30 à 400 anneaux. Les oiseaux n’émettent pas seulement des sons avec leur gorge, mais avec leurs ailes (bécasse), voire leur bec (chouette).
Les mammifères émettent des sons principalement en expirant de l’air, par exemple le brame du cerf. L’âne par contre produit deux sons différents en utilisant l’inspiration et l’expiration. En combinant l’utilisation de leur larynx, de leur bouche et de leur nez, les mammifères arrivent à produire des sons différents. Les chauves-souris émettent leurs sons ultrasoniques avec leur nez, et même quand elles ont la bouche pleine !
Réception des sons
L’ouïe des animaux est adaptée au milieu où ils vivent et elle doit être adaptée à des fonctions essentielles : trouver de la nourriture, échapper à leurs ennemis et se reproduire. L’ouïe est un des sens les plus utiles à l’animal : le son contourne l’obstacle, la vision ne le fait pas. L’ouïe est indispensable aux animaux nocturnes. Tous les animaux n’entendent pas de la même manière :
— Chez les insectes : l’organe de l’ouïe chez le moustique par exemple se trouve dans les antennes, chez les sauterelles et les grillons il se trouve dans les pattes antérieures, chez les araignées il se situe à l’extrémité des pattes et chez de nombreux papillons il se trouve sur le thorax.
— Chez les poissons, par exemple chez la carpe, c’est encore la vessie natatoire qui sert d’oreille en transmettant les vibrations à l’oreille interne. Les poissons entendent également par leur peau et par la ligne latérale de leur corps.
— Les batraciens n’écoutent que les sons émis par leurs congénères. Analyser les autres sons n’est pas indispensable pour eux et leur cerveau n’est pas assez perfectionné pour cela.
Les animaux supérieurs ont une ouïe plus perfectionnée, car ils peuvent analyser des bruits plus variés. Cela est indispensable à leur mode de vie. Les prédateurs ont une ouïe adaptée aux bruits émis par leurs proies, adaptée aux sons graves pour les prédateurs de cervidés, adaptée aux sons aigus chez le loup qui chasse aussi bien des rongeurs que des cervidés. Les écureuils ont une ouïe sismique, c’est-à-dire sensible aux secousses d’une branche qui annoncent l’arrivée d’une martre, leur prédateur.
Le renard peut entendre à 250 mètres le cri d’un mulot caché sous la neige. Mais ce sont les chauves-souris qui sont les championnes de l’ouïe.
Les mammifères, dont l’homme, localisent le bruit grâce à leurs deux oreilles. Si le son provient de la droite, il arrive plus vite à l’oreille droite qu’à l’oreille gauche, 0,00003 seconde plus tôt, ce qu’analyse le cerveau. Pour augmenter ce phénomène, les animaux peuvent orienter leur oreille externe (ce que ne peut l’homme), ce qui leur indique très nettement l’origine du bruit émis par une proie, ou au contraire un prédateur, suivant qu’il s’agit d’un mulot ou d’un renard.
Le hérisson, qui est peu rapide et qui doit pouvoir se mettre en boule à temps, possède un vrai et un faux tympan, ce qui augmente ses performances auditives.
L’oreille des chouettes et des hiboux n’a pas de pavillon, mais les plumes concentriques autour du bec, le disque facial, servent de parabole. En plus les 600 plumes du disque facial, chez le hibou moyen duc, sont mobiles individuellement. Enfin un repli de peau borde en bas le conduit de l’oreille gauche et en haut le conduit de l’oreille droite. Ceci veut dire que le son n’arrive pas en même temps à chaque oreille, ce qui permet au cerveau de localiser l’origine du bruit, non seulement sur un plan horizontal, comme nous l’avons vu, mais aussi sur un plan vertical et cela à un degré près ! Sans parler des yeux adaptés à la vision nocturne, on comprend que les rapaces nocturnes soient d’excellents chasseurs malgré la nuit.
Langage et communication
Par la voix :
Un insecte n’utilise pas plus de 7 « mots ».
La grenouille a 6 « mots » cris.
Les poules se servent de 24 « mots ».
La fauvette utilise 25 « mots », le merle 14 et la mésange charbonnière 20. Ces mots peuvent se classer en signaux d’envol, d’atterrissage, nuptiaux, d’alimentation, d’appel, de danger.
Le renard utilise 36 « mots ». Par comparaison un enfant de deux ans en utilise 300 et à cinq ans il en utilise 5 000.
Les animaux peuvent combiner entre eux ces mots, ce qui enrichit leur expression.
En répétant plus ou moins de fois une syllabe, le sens varie également : si l’oie répète plus de six fois le son « ga », cela veut dire que la pâture est abondante, six fois, cela veut dire qu’il vaudrait mieux chercher ailleurs, cinq « ga » signifient : « il faut accélérer l’allure », quatre « ga » : « en avant à toute vitesse » et trois « ga » : « sauve qui peut, il faudra sans doute s’envoler ».
Le rouge-gorge utilise 250 notes différentes et 2 300 motifs. Le moineau indique l’arrivée d’un faucon crécerelle, son ennemi, en poussant deux cris très brefs ; s’il s’agit d’un chat, il produira une sorte de crépitement ininterrompu.
Chez la poule, un cri continu prolongé indique une menace aérienne ; au contraire, de nombreux sons répétés annoncent l’approche d’un carnassier terrestre.
Chez les humains, il existe divers patois locaux ; il en est un peu de même chez les animaux. Il y a à travers le monde des marmottes de plaine et des marmottes de montagne, elles ne prononcent pas leurs « mots » de la même façon. Le même cri de la corneille américaine qui fait fuir ses congénères en Amérique fait, au contraire, passé au magnétophone, se rassembler les corneilles françaises !
A la saison des amours
C’est à cette époque que les oiseaux ont le plus de communications vocales : le chant du coucou, par exemple, est fait pour attirer une compagne. Pour être entendus de loin, les oiseaux, à cette époque, chantent souvent à la cime des arbres.
A cette époque ils ne communiquent pas seulement entre eux par la voix, mais par des gestes rituels. Par exemple le corbeau freux offre un ver de terre à sa fiancée. Ce rite est propre aux espèces où, pendant la couvaison, c’est le mâle qui nourrit la femelle. Un mâle peut chanter pour montrer à une femelle le trou d’arbre où il veut nicher. Si le choix de l’emplacement est mauvais, la femelle ira chercher un autre mari plus capable d’élever une famille.
Les pics exécutent leur sérénade en tambourinant sur un arbre. Une femelle de pic épeiche n’accourra pas au tambourinage d’un pic-vert car chaque espèce de pic a une fréquence différente de martellement.
Le corbeau freux, en apportant à manger à sa femelle qui couve, la tient en même temps au courant des événements extérieurs en utilisant quatre signaux distincts.
Les animaux ont des cris particuliers pour communiquer avec leurs petits. Ainsi la renarde en apportant à manger pousse une sorte de « ouf-ouf ». Notre renarde apprivoisée, à laquelle on avait apporté trois renardeaux à adopter, poussait des petits « glou-glou » pour les appeler, petits cris qu’on ne lui avait jamais entendu pousser auparavant.
Lorsque les petits du blaireau jouent devant le terrier, la mère donne l’alarme s’il y a danger et aussitôt les petits se précipitent dans le terrier.
Les oiseaux apprennent-ils à chanter à leurs petits ? Dans une certaine mesure, oui. Les oisillons séparés de leurs parents ne chanteront pas, en général, aussi bien que ceux-ci, leur langage sera plus pauvre. Des oisillons élevés par des oiseaux d’une autre espèce apprennent parfois le chant de ces derniers : des chardonnerets élevés par des serins imitent le chant de ceux-ci.
La défense du territoire
Le chant d’un oiseau mâle est aussi un instrument de défense du territoire. En général, ce chant met en fuite tout envahisseur de la même espèce. Le propriétaire chante sur les limites de son territoire pour bien les désigner aux intrus éventuels. La surface de ce territoire dépend de la nourriture qu’il devra fournir pour élever une famille. Le rossignol « possède » par exemple 1 200 à 2 000 m2. Les oiseaux dont l’habitude est de chercher loin leur nourriture n’ont pas de territoire précis.
Certains poissons ont également un territoire, tout comme les grenouilles dont le chant sert entre autres à faire respecter ce territoire. Celui-ci est de 4 à 5 m2 au moment de la reproduction, puis de 15 à 40 m2 par la suite. (Mesures prises en déplaçant au bout d’un fil une boîte, l’ennemi, et en faisant entendre en même temps le chant d’un mâle avec un magnétophone).
La menace et l’attaque
Si le chant normal d’un rossignol n’arrive pas à faire partir un autre rossignol intrus, le propriétaire du territoire lance un « r-r-r-r- », c’est-à-dire la sommation avant la poursuite.
Si des sauterelles ou des grillons doivent repousser des congénères de leur territoire, leurs chants redoublent d’intensité, en quelque sorte le ton monte ! Si la parole ne suffit pas, les grillons en viennent aux mains, pardon aux antennes, avec lesquelles ils s’agrippent tout en cherchant à mordre. Le vaincu est renversé sur le flanc.
Chez la grenouille verte, le dernier avertissement avant le conflit se traduit par un « bré-ké-ké ».
Le langage des animaux et la recherche de leur nourriture
Lorsqu’un animal découvre de la nourriture, selon l’espèce il se comportera de façon différente. Les uns menacent leurs congénères si ces derniers approchent trop près. Au contraire les autres appellent leurs congénères. C’est le cas de la corneille qui se met à crier si elle découvre des déchets. Les autres corneilles de la bande viennent au festin. Mais le renard qui a entendu la corneille appeler ses collègues profite de l’aubaine et va droit, lui aussi, aux victuailles.
Le signal d’alarme
La plupart des animaux émettent des sons spéciaux à l’approche d’un intrus : les marmottes sifflent pour alerter la compagnie. Certains animaux, pour avertir du danger, ont des signaux sonores multiples ; c’est le cas, nous l’avons vu, de la poule qui indique l’origine du danger, terre ou air. L’étourneau a un chant d’alarme différent s’il s’agit d’un homme ou d’un chat. Le sifflement d’un serpent effraie bêtes et gens. La chouette effraie essaie de déclencher le même réflexe de peur en sifflant, elle aussi, comme un serpent.
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[1] — La Recherche 268, septembre 1994, p. 954. L’article continue : « Bien que beaucoup d’espèces de poissons d’eau douce aient disparu ou soient en réel danger d’extinction, leur sort n’inquiète apparemment pas le grand public, plus préoccupé par des espèces médiatiques telles que l’éléphant, le rhinocéros ou la baleine. Pourtant, une étude récente réalisée en Malaisie suggère que près de la moitié des deux cent soixante-six espèces de poissons connues de ce pays auraient actuellement disparu. Dans l’île de Singapour, dix-huit des cinquante-trois espèces collectées en 1934 n’ont pu être retrouvées trente ans après, malgré des recherches très sérieuses. Aux États-Unis, près des deux tiers des espèces originaires de Californie sont éteintes, en danger ou en déclin, et l’on estime qu’environ un tiers des espèces nord-américaines ont disparu ou sont en danger d’extinction. Toutes les espèces indigènes de la vallée de Mexico ont elles aussi disparu. »

