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Catéchisme de la Somme théologique

 

par le fr. Thomas Pègues O.P.

 

 

 

Depuis le numéro 6 du Sel de la terre, nous donnons le texte du livre paru en 1918 sous le titre de La Somme théologique de saint Thomas d’Aquin en forme de catéchisme pour tous les fidèles. Nous avons utilisé l’édition de Privat-Téqui de 1929.

Le Sel de la terre.

 

 

Deuxième partie : L’homme

(venu de Dieu et devant retourner à Dieu)

 

 

Première section : Vue générale de ce retour de l’homme à Dieu

 

1. Ressemblance de l’homme avec Dieu dans la libre gestion de ce qui le concerne

 

– Est-ce que l’homme a quelque ressemblance spéciale avec Dieu dans ses actions ?

– Oui, l’homme a une ressemblance spéciale avec Dieu dans ses actions.

– En quoi consiste cette ressemblance spéciale que l’homme a avec Dieu dans ses actions ?

– Elle consiste en ce que, comme Dieu dispose de tout l’univers, qui dépend de lui, à son gré et en toute liberté, de même l’homme dispose à son gré et en toute liberté de ce qui dépend de lui (Prologue).

 

2. De la fin dernière de l’homme en toutes ses actions, qui est le bonheur

 

– L’homme a-t-il toujours un but en chacune de ses actions ?

– Oui, l’homme a toujours un but en chacune de ses actions, quand il agit comme homme et non comme une machine ou par impulsion et réaction purement physique ou instinctive (q. 1, a. 1).

– N’y a-t-il que l’homme, dans le monde matériel, à avoir un but dans ses actions ?

– Oui, il n’y a que l’homme, dans le monde matériel, à avoir un but dans ses actions (q. 1, a. 2).

– S’ensuit-il que tous les autres êtres, dans le monde matériel, agissent sans aucun but ?

– Non, il ne s’ensuit pas que tous les autres êtres, dans le monde matériel, agissent sans aucun but ; et tous, au contraire, agissent toujours pour un but très déterminé ; mais eux-mêmes n’ont point ce but comme une chose qu’ils se proposent ; c’est Dieu qui l’a pour eux et qui le leur a fixé (q. 1, a. 2).

– Tous les autres êtres agissent donc en vue d’une fin ou pour atteindre un but qui leur a été marqué par Dieu ?

– Oui, tous les autres êtres agissent en vue d’une fin ou pour atteindre un but qui leur a été marqué par Dieu (q. 1, a. 2).

– Est-ce que Dieu n’aurait point marqué à l’homme le but pour lequel il agit ?

– Si ! Dieu a marqué aussi à l’homme le but pour lequel il agit.

– Quelle est donc la différence entre l’homme et les autres êtres du monde matériel, quand il agit ?

– C’est que l’homme peut se fixer à lui-même, sous l’action supérieure de Dieu et en dépendance de cette action, le but pour lequel il agit, tandis que les autres êtres du monde matériel ne font qu’exécuter aveuglément, par leur nature ou leur instinct, ce que Dieu a marqué comme fin de leur action (q. 1, a. 2).

– A quoi tient cette différence entre l’homme et les autres êtres matériels, dans ses actions ?

– Cette différence tient à ce que l’homme a la raison et que les autres ne l’ont pas (q. 1, a. 2).

– Y a-t-il pour l’homme un but suprême ou une fin dernière qu’il se propose dans ses actions ?

– Oui, il y a toujours pour l’homme un but suprême ou une fin dernière qu’il se propose dans ses actions ; puisque sans cette fin dernière ou ce but suprême, il ne pourrait rien vouloir (q. 1, a. 4-5).

– Est-ce que l’homme ordonne tout, dans ses actions, à cette fin dernière ou à ce but suprême qu’il se propose dans ses actions ?

– Oui, l’homme ordonne tout, dans ses actions, à cette fin dernière ou à ce but suprême qu’il se propose dans ses actions, sinon toujours d’une façon consciente et explicite, du moins implicitement et par une sorte d’instinct naturel dans l’ordre de la raison (q. 1, a. 6).

– Quelle est la fin dernière ou quel est le but suprême que l’homme se propose toujours et à laquelle ou auquel il ordonne tout dans ses actions ?

– Cette fin dernière ou le but suprême que l’homme se propose toujours et à laquelle ou auquel il ordonne tout dans ses actions, c’est le bonheur (q. 1, a. 7).

– L’homme veut donc nécessairement être heureux ?

– Oui, l’homme veut nécessairement être heureux.

– Est-il absolument impossible de rencontrer un homme qui veuille être malheureux ?

– Il est absolument impossible de rencontrer un homme qui veuille être malheureux (q. 5, a. 8).

– L’homme peut-il se tromper sur l’objet de son bonheur ?

– Oui, l’homme peut se tromper sur l’objet de son bonheur ; parce que, pouvant chercher son bien en des biens multiples et divers, il peut se tromper sur son bien véritable (q. 1, a. 7).

– Qu’arrive-t-il si l’homme se trompe sur l’objet de son bonheur ?

– Il arrive, si l’homme se trompe sur l’objet de son bonheur, qu’au lieu de trouver le bonheur au terme de ses actions, il n’aura pour lui que le plus affreux malheur.

– Il est donc souverainement important pour l’homme de ne pas se tromper sur l’objet de son bonheur ?

– Il n’y a rien de plus important pour l’homme que de ne pas se tromper sur l’objet de son bonheur.

 

3. De l’objet de ce bonheur

 

– Quel est l’objet du bonheur de l’homme ?

– L’objet du bonheur de l’homme est un bien qui est au-dessus de lui et en qui seul il peut trouver sa perfection (q. 2, a. 1-8).

– Cet objet du bonheur de l’homme, sont-ce les richesses ?

– Non, ce ne sont point les richesses ; car elles sont au-dessous de l’homme et elles ne suffisent point à assurer son bien total et sa perfection (q. 2, a. 1).

– Sont-ce les honneurs ?

– Non, ce ne sont point les honneurs ; parce que les honneurs ne donnent point la perfection, mais la supposent, quand ils ne sont point faux ; et, s’ils sont faux, ils ne sont rien (q. 2, a. 2).

– Est-ce la gloire ou la renommée ?

– Non, car elles n’ont de valeur que si on les mérite ; et, de plus, c’est chose très fragile et très vaine parmi les hommes (q. 2, a. 3).

– Est-ce le pouvoir ?

– Non, parce que le pouvoir est pour le bien des autres ; et qu’il est à la merci de leurs caprices et de leurs révoltes (q. 2, a. 4).

– Est-ce la santé ou la beauté du corps ?

– Non, parce que ce sont là des biens trop fragiles, et que d’ailleurs ils ne sont que la perfection de l’extérieur de l’homme, non de son âme ou de son intérieur (q. 2, a. 5).

– Sont-ce les plaisirs où le corps peut avoir part ?

– Non, ce ne sont point les plaisirs où le corps peut avoir part, attendu que ces plaisirs sont très peu de chose, comparés aux plaisirs supérieurs de l’esprit qui sont le propre de l’âme (q. 2, a. 6).

– Le bonheur de l’homme consisterait-il dans ce qui est le bien de l’âme ?

– Oui, le bonheur de l’homme consiste dans ce qui est le bien de l’âme (q. 2, a. 7).

– Et quel est ce bien de l’âme en quoi consiste le bonheur de l’homme ?

– Le bien de l’âme en quoi consiste le bonheur de l’homme, c’est Dieu, le Bien Suprême, Souverain et Infini (q. 2, a. 8).

 

4. De la possession de ce bonheur

 

– Comment l’homme peut-il arriver à posséder Dieu, son Bien Suprême, et à en jouir ?

– L’homme peut arriver à posséder Dieu, son Bien Suprême, et à en jouir, par un acte de son intelligence, mue à cette fin par sa volonté (q. 3, a. 4).

– Que faut-il pour que l’homme trouve son bonheur parfait dans cet acte de son intelligence ?

– Pour que l’homme trouve son bonheur parfait dans cet acte de son intelligence, il faut que Dieu soit atteint par lui, selon qu’Il est en lui-même, et non pas seulement tel qu’Il peut être atteint à l’aide des créatures, quelles qu’elles soient (q. 3, a. 5-8).

– Comment s’appelle cet acte par lequel Dieu est atteint par l’intelligence, selon qu’Il est en lui-même ?

– Cet acte s’appelle la vision de Dieu (q. 3, a. 8).

– Est-ce donc dans la vision de Dieu que consiste le bonheur parfait de l’homme ?

– Oui, c’est dans la vision de Dieu que consiste le bonheur parfait de l’homme (q. 3, a. 8).

– Cette vision de Dieu, quand l’homme la possédera dans toute sa perfection, entraînera-t-elle avec elle tout ce qui peut être une perfection pour l’homme dans son âme, dans son corps, et dans tout ce qui sera autour de lui ?

– Oui, cette vision de Dieu, quand l’homme la possédera dans toute sa perfection, entraînera nécessairement avec elle tout ce qui peut être une perfection pour l’homme, dans son âme, dans son corps et dans tout ce qui sera autour de lui ; car, étant le bien de l’homme en sa plus haute source, elle dérive en tout ce qui est de l’homme pour le combler et le parfaire (q. 4, a. 1-8).

– Ce sera donc pour l’homme la possession de tout bien et l’exclusion de tout mal ?

– Oui, ce sera pour l’homme la possession de tout bien et l’exclusion de tout mal (Ibid.).

 

5. Du moyen de s’assurer cette possession, ou des actes bons qui la méritent et des actes mauvais qui la font perdre

 

– Cette vision de Dieu constituant le bonheur parfait de l’homme, l’homme peut-il l’avoir sur cette terre et dans cette vie ?

– Non, l’homme ne peut avoir sur cette terre et dans cette vie cette vision de Dieu qui constitue le bonheur parfait de l’homme, les conditions et les misères de la vie présente étant incompatibles avec une telle plénitude de bonheur ou de félicité (q. 5, a. 3).

– Comment l’homme pourra-t-il obtenir cette vision de Dieu qui doit constituer son bonheur parfait ?

– L’homme ne pourra obtenir cette vision de Dieu qui doit constituer son bonheur parfait qu’en la recevant de Dieu lui-même (q. 5, a. 5).

– Est-ce que Dieu la lui donnera sans qu’il s’y prépare et la mérite ?

– Non, Dieu ne la lui donnera pas sans qu’il s’y prépare et la mérite (q. 5, a. 7).

– Qu’est-ce que l’homme a donc à faire sur cette terre et dans cette vie ?

– L’homme, sur cette terre et dans cette vie, n’a qu’à se préparer, par voie de mérite, à recevoir de Dieu, un jour, la vision de Dieu et tout ce qui devra la suivre quand Dieu donnera à l’homme sa récompense.

 

6. Ce que comporte l’acte humain à l’effet d’être un acte bon méritoire, ou un acte mauvais déméritoire, à parler du mérite et du démérite en général

 

– Pourriez-vous me dire ce par quoi l’homme, sur cette terre et dans cette vie, peut se préparer, par voie de mérite, à recevoir de Dieu, un jour, la vision de Dieu qui doit faire son éternel bonheur à titre de récompense ?

– Oui, c’est uniquement par ses actes (q. 6, prologue).

– Que sont ces actes par lesquels l’homme peut, sur cette terre et dans cette vie, se préparer, par voie de mérite, à recevoir de Dieu, un jour, la vision de Dieu qui doit faire son éternel bonheur à titre de récompense ?

– Ce sont les actes de vertu.

– Qu’est-ce que vous entendez par les actes de vertu ?

– Ce sont les actes que l’homme fait par sa volonté en conformité de la volonté divine sous l’action de la grâce (q. 6 & 114).

– Que faut-il pour que les actes de l’homme soient faits par sa volonté ?

– Il faut qu’il les fasse spontanément et en connaissance de cause (q. 6, a. 1-8).

– Qu’est-ce que vous entendez quand vous dites qu’il faut qu’il les fasse spontanément ?

– J’entends qu’il faut qu’il les fasse de lui-même et sans y être contraint ou forcé (q. 6, a. 1-4-5-6).

– Comment l’homme peut-il être contraint ou forcé à faire quelque chose contre sa volonté ?

– L’homme peut être contraint ou forcé à faire quelque chose contre sa volonté de deux manières : par la violence et par la peur (q. 6, a. 4-5-6).

– Qu’entendez-vous par la violence ?

– J’entends une force extérieure à l’homme qui lie ses membres et qui l’empêche d’agir comme il voudrait, ou lui fait faire extérieurement ce que sa volonté repousse (q. 6, a. 4-5).

– Et qu’entendez-vous par la peur ?

– J’entends un mouvement intérieur qui porte l’homme à vouloir une chose qu’il ne voudrait pas en d’autres circonstances, mais qu’il consent à vouloir en telles circonstances pour éviter un mal qui le menace (q. 6, a. 6).

– Ce qu’on fait sous le coup de la violence est-il tout à fait involontaire ?

– Oui, ce qu’on fait sous le coup de la violence extérieure est tout à fait involontaire (q. 6, a. 5).

– Pourquoi dites-vous sous le coup de la violence extérieure ?

– Parce que le mot violence se prend aussi quelquefois pour le mouvement intérieur de la colère.

– Dans ce cas et dans le cas des autres mouvements intérieurs qui excitent ou inclinent la volonté, peut-on parler aussi d’acte involontaire ?

– Non, dans ces divers cas, on ne peut point parler d’acte involontaire, à moins que ces mouvements intérieurs ne soient si véhéments qu’ils arrivent à lier l’usage de la raison (q. 6, a. 7).

– Et, quand on agit par peur, y a-t-il alors acte involontaire ?

– Quand on agit par peur, l’acte est volontaire, mais il y a un certain mélange d’involontaire : en ce sens qu’on veut bien ce qu’on fait, mais qu’on le veut à contre cœur et à cause d’un mal qu’il s’agit d’éviter (q. 6, a. 6).

– Vous avez dit aussi qu’il faut, pour que les actes de l’homme soient faits par sa volonté, qu’ils soient faits en connaissance de cause ?

– Oui ; et cela veut dire que, si l’on fait une chose en se trompant au sujet de cette chose, la chose que l’on fait n’est pas volontaire (q. 6, a. 8).

– Cette chose-là est-elle involontaire ?

– Oui, si en la sachant, on ne l’eût point faite (q. 6, a. 8).

– Ce que l’on fait ou que l’on ne fait pas, à cause de l’ignorance ou de l’erreur dans laquelle on se trouve, peut-il quelquefois être cependant volontaire ?

– Oui ; ce le sera toujours, si l’on est responsable de son ignorance ou de son erreur (q. 6, a. 8).

– Et quand est-on responsable de son ignorance ou de son erreur ?

– Quand on l’a voulue directement ou qu’elle est l’effet d’une négligence coupable (q. 6, a. 8).

– L’acte que l’homme fait par sa volonté se présente-t-il revêtu de certaines circonstances dont il faille tenir compte et qui puissent contribuer au caractère de cet acte ?

– Oui ; et rien n’est plus important que la considération de ces circonstances pour apprécier comme il convient l’acte que l’homme fait par sa volonté (q. 7, a. 1-2).

– Pourriez-vous me dire quelles sont ces circonstances ?

– Ce sont les circonstances de personne, d’objet, ou d’effet produit, de lieu, de motif, de secours, de temps (q. 7, a. 3).

– Que faut-il entendre par ces diverses circonstances ?

– Ces diverses circonstances portent sur le caractère ou la condition de la personne qui agit, sur ce qu’elle fait ou ce qui résulte de son acte, sur le lieu où elle agit, sur le but pour lequel elle agit, sur ceux qui lui servent de moyens, sur le temps où elle agit (q. 7, a. 3).

– De ces circonstances, quelle est la plus importante ?

– C’est celle du motif pour lequel on agit, ou du but que l’on se propose dans son action (q. 7, a. 4).

– Est-ce toujours la volonté qui produit les actes que l’homme fait par sa volonté ?

– Oui, c’est toujours la volonté ; mais quelquefois la volonté toute seule ; et, d’autres fois, ce sont d’autres facultés ou même les membres extérieurs du corps, mais sous l’impulsion et par l’ordre de la volonté (q. 8 & 17).

– C’est donc toujours à la volonté que tout se ramène, pour l’homme, dans les actes qui constituent sa vie et le prix de cette vie en vue du bonheur du ciel à conquérir ou à perdre ?

– Oui, c’est toujours à la volonté que tout se ramène, pour l’homme, dans les actes qui constituent sa vie et le prix de cette vie en vue du bonheur du ciel à conquérir ou à perdre ; et cela veut dire que l’acte de l’homme n’a de valeur qu’autant qu’il émane de sa volonté : soit qu’elle-même le produise ; soit qu’elle meuve à la produire les autres facultés ou membres qui le produisent (q. 8 & 21).

– Quel est, de tous les actes intérieurs de la volonté, celui qui est le plus important et qui engage définitivement la responsabilité de l’homme ?

– C’est l’acte de choisir ou le choix (q. 13, a. 1-6).

– Pourquoi l’acte de choisir ou le choix ont-ils cette importance ?

– Parce qu’ils font que la volonté s’arrête, en connaissance de cause et après délibération, sur tel bien déterminé qu’elle accepte et qu’elle entend faire sien de préférence à ce qui n’est pas lui (q. 13, a. 1).

– Le choix est-il proprement l’acte même du libre arbitre ?

– Oui, le choix est proprement l’acte même du libre arbitre (q. 13, a. 6).

– C’est donc par le choix qu’il fait sur toutes choses que l’homme prend son vrai caractère moral et sa valeur réelle en vue de son bonheur éternel à conquérir ou à perdre ?

– Oui, c’est par le choix qu’il fait sur toutes choses que l’homme prend son vrai caractère moral et sa valeur réelle, en vue de son bonheur éternel à conquérir ou à perdre.

– Comment se divise le choix de l’homme quant à son vrai caractère et à sa valeur réelle en vue de son vrai bonheur éternel à conquérir ou à perdre ?

– Il se divise en choix bon et en choix mauvais (q. 18 à 21).

– Qu’est-ce que le choix bon ?

– C’est celui qui porte sur une chose bonne, en vue d’une fin bonne, et dont toutes les circonstances qui l’accompagnent sont bonnes (q. 18 & 19).

– D’où se tire la bonté de la chose, et la bonté de la fin, et la bonté des circonstances ?

– Cette bonté se tire du rapport qu’ont toutes ces choses avec la droite raison (q. 19, a. 3-6).

– Qu’entendez-vous par la droite raison ?

– J’entends la raison éclairée de toutes les lumières venues de Dieu, ou qui, du moins, ne leur est pas sciemment contraire.

– C’est donc quand l’homme veut ou choisit une chose conforme à la droite raison, dans un but ou pour une fin que la droite raison approuve, et avec les circonstances dont toutes et chacune s’harmonisent avec la droite raison, que l’acte voulu ou choisi et fait par l’homme est un acte bon ?

– Oui ; c’est alors, et alors seulement, que l’acte de l’homme est un acte bon. Si, sur un de ces points quelconques, l’acte de l’homme n’est pas conforme à la droite raison, il n’est plus un acte bon, et il devient, bien qu’à des degrés divers, un acte mauvais (q. 18 à 21).

– Comment s’appelle l’acte mauvais ?

– L’acte mauvais s’appelle la faute ou le péché (q. 21, a. 1).

 

7. Des mouvements affectifs qui sont dans l’homme et qu’on appelle du nom de passions

 

– N’y a-t-il dans l’homme, en ce qui est d’actes affectifs pouvant contribuer au prix de sa vie, que les actes de sa volonté ?

– Il y a encore d’autres actes affectifs dans l’homme.

– Quels sont ces autres actes affectifs qui sont dans l’homme ?

– Ce sont les passions (q. 22 à 48).

– Qu’entendez-vous par les passions ?

– J’entends, par les passions, des mouvements affectifs de la partie sensible dans l’homme.

– N’y a-t-il que l’homme à avoir ces mouvements affectifs de la partie sensible ?

– Non, ces mouvements affectifs de la partie sensible se trouvent dans tous les animaux (q. 22, a. 1-2-3).

– Ces mouvements affectifs de la partie sensible dans les autres animaux ont-ils une valeur morale ?

– Non, ces mouvements affectifs de la partie sensible dans les autres animaux n’ont pas une valeur morale ; c’est seulement dans l’homme qu’ils ont une valeur morale.

– Pourquoi est-ce seulement dans l’homme que ces mouvements affectifs de la partie sensible ont une valeur morale ?

– Parce que c’est seulement dans l’homme qu’ils sont en rapport avec les actes supérieurs de la volonté libre et qu’ils sont soumis à leur empire (q. 25, et 24, a. 1-4).

– Quels sont ces mouvements affectifs de la partie sensible dans l’homme, qu’on appelle du nom de passions ?

– Ces mouvements affectifs de la partie sensible dans l’homme, qu’on appelle du nom de passions, sont les mouvements du cœur, se portant vers le bien ou s’éloignant du mal que les sens nous présentent (q. 23, 24 et 25).

– Combien y a-t-il de ces sortes de mouvements du cœur ?

– Il y en a onze (q. 22, a. 4).

– De quels noms les appelle-t-on ?

– On les appelle des noms : d’amour, de désir, de plaisir ou de joie ; de haine, de dégoût, de tristesse ; d’espoir, d’audace, de crainte, de désespoir, de colère (q. 22, a. 4).

– Ces mouvements du cœur occupent-ils une grande place dans la vie des hommes ?

– Oui, ces mouvements du cœur occupent une grande place dans la vie des hommes.

– Et pourquoi ces mouvements du cœur occupent-ils une si grande place dans la vie des hommes ?

– Parce que les hommes portent en eux une double nature : raisonnable, et sensible ; et que la nature sensible est celle qui est émue la première par l’action du monde sensible au milieu duquel nous vivons et d’où nous tirons toutes les données mêmes de notre vie raisonnable.

– Les mouvements du cœur ou les passions ne sont donc pas toujours et de soi chose mauvaise ?

– Non, les mouvements du cœur ou les passions ne sont pas toujours et de soi chose mauvaise.

– Quand ces mouvements du cœur ou ces passions sont-ils chose mauvaise ?

– Quand ils ne sont pas dans l’ordre voulu par la droite raison.

– Et quand ne sont-ils pas dans l’ordre voulu par la droite raison ?

– Quand ils se portent à un bien sensible ou qu’ils s’éloignent d’un mal sensible en prévenant le jugement de la raison ou contrairement à ce jugement (q. 25, et 24, a. 3).

– N’y a-t-il que dans la partie sensible des mouvements d’amour, de désir, de joie, de haine, de dégoût, de tristesse, d’espoir, d’audace, de crainte, de désespoir et de colère ?

– Ces mêmes mouvements se retrouvent aussi dans la volonté (q. 26, a. 1).

– Quelle différence y a-t-il entre ces mouvements selon qu’ils sont dans la partie sensible ou selon qu’ils sont dans la volonté ?

– Il y a cette différence que, dans la partie sensible, ils impliquent toujours une participation de l’organisme ou du corps, tandis que, dans la volonté, ils sont purement spirituels (q. 31, a. 4).

– Quand on parle des mouvements du cœur, de quels mouvements affectifs s’agit-il, de ceux de la partie sensible ou de ceux de la volonté ?

– Il s’agit, au sens propre, des mouvements de la partie sensible ; mais, dans un sens métaphorique, il s’agit aussi de ceux de la volonté.

– Lors donc qu’on parle du cœur de l’homme, peut-il s’agir de cette double sorte de mouvements ?

– Oui, lorsqu’on parle du cœur de l’homme, il peut s’agir de cette double sorte de mouvements.

– Et lorsqu’on dit d’un homme qu’il a du cœur, que veut-on dire par là ?

– Quand on dit d’un homme qu’il a du cœur, on veut dire tantôt qu’il est affectueux et tendre, de quelque ordre d’affection qu’il s’agisse, ou purement sensible, ou aussi d’ordre supérieur ; et, d’autres fois, on veut dire qu’il a du courage, de l’énergie.

– Pourquoi dit-on quelquefois qu’il faut veiller sur son cœur, et que veut-on dire par là ?

– Quand on dit qu’il faut veiller sur son cœur, on veut dire qu’il faut prendre garde à ne pas suivre inconsidérément les premiers mouvements affectifs, surtout d’ordre sensible, qui nous portent à rechercher ce qui nous plaît ou à fuir ce qui nous déplaît.

– On parle aussi quelquefois de la culture du cœur ; que veut-on dire par là ?

– On veut dire qu’il faut s’appliquer à n’avoir en soi que de bons mouvements affectifs.

– Cette culture du cœur ainsi entendue est-elle chose importante ?

– Cette culture du cœur ainsi entendue résume tout l’exercice de l’homme dans l’acquisition de la vertu et dans la fuite du vice.

 

(à suivre)


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L'auteur

Le numéro

Le Sel de la terre n° 11

p. 77-86

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